Rouge et noir interdits, blanc et vert purs — et la regle de montrer la bedika au Rav
יורה דעה · סימן קפ״ח
דִּינֵי מַרְאוֹת הַדָּם
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Premiere approche du Siman 188 : les 6 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hebreu vocalise et traduction francaise fluide. Tout depend de la couleur du sang. De la Torah, seules cinq teintes rendent טמא ; les Sages ont durci — de peur de confondre un דם avec un autre דם — en interdisant toute teinte tirant vers le rouge et en permettant toute teinte sans aucun soupcon de rougeur (Shach). De la decoule la regle pratique majeure d'aujourd'hui : on ne juge jamais soi-meme une couleur ; on montre la בדיקה a un מורה הוראה.
Sujet : Les couleurs de sang — rouge/noir טמא, blanc/vert טהור, la נאמנות, la תליה במכה, la שרייה Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קפ״ח
Compilation : הרב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l'etude
1.Le texte du Mehaber : les 6 seifim, par groupes thematiques
2.Contexte : pourquoi tout depend de la couleur (5 מראות מן התורה, גזרת חכמים)
5.Le Shach, le Taz et le Pitchei Teshuva : qui ils sont, quelques entrees-cles
6.La glose du Rama (הגה)
7.תליה במכה / שרייה : rattacher a une plaie, distinguer un דם d'une בריה
8.Cas pratiques modernes : montrer la בדיקה, les couleurs, la תליה במכה, la מפלת
9.Synthese et questions de comprehension
1. Le texte du Mehaber — les 6 seifim
Avis de lecture. Les blocs hébreux de cette section portent le texte du Choul’han Aroukh verbatim, séif par séif et dans l’ordre du livre, tel que l’édition le donne — parenthèses de sources et gloses du Rama comprises. Ce qui suit chaque bloc est une traduction et une explication de notre rédaction, jamais du texte source.
Le Siman 188 ouvre les דיני מראות הדם : les couleurs de sang. Le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) etablit quelles teintes rendent la femme טמאה et lesquelles la laissent טהורה, puis traite de sa נאמנות (sa parole), du sang qui ne sort pas de la facon ordinaire (שפופרת, חתיכה, נעקר מקור), et du test de la שרייה qui distingue un veritable דם d'une simple בריה (formation de matiere). Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute ses gloses (הגה). Decouvrons les seifim par groupes. Sujet sensible : tout ce qui suit est etude — une בדיקה reelle se montre toujours a un Rav.
Groupe A — Les couleurs et la נאמנות (seifim 1-2)
Seif 1 — Rouge et noir טמא ; blanc et vert טהור
דיני מראות הדם. ובו ו' סעיפים: כל מראה אדום בין אם היא כהה הרבה או עמוק טמאים וכן כל מראה שחור ואין טהור אלא מראה לבן וכן מראה ירוק אפי' כמראה השעוה או הזהב וכ"ש הירוק ככרתי או כעשבים (מרדכי) (וכן מראה שקורין בל"א בלו"א בכלל ירוק הוא) ואפי' יש בו סמיכות דם והוא עב הרבה ואפילו הרגישה שנפתח מקורה ובדקה מיד ומצאה מראות הללו טהורה. (ד"ע דלא כת"ה סימן רמ"ו דמגמגם בזה): הגה וכן עיקר (ב"י וטור) דלא כיש מחמירין לטמאה אם יש בו סמיכות והוא עב (ת"ה סימן רמ"ו) (ואם הרגישה שנפתח מקורה ובדקה מיד ולא מצאה כלום ע"ל סימן ק"ץ):
Chapeau du siman — Lois des teintes du sang (דיני מראות הדם) ; et il comporte six séifim. Toute teinte rouge — qu'elle soit très foncée ou profonde — est טמא ; et de même toute teinte noire. N'est טהור que la teinte blanche, ainsi que la teinte verte (ירוק) — même comme la couleur de la cire ou de l'or, et à plus forte raison le vert comme le poireau ou les herbes (Mordekhi) — et la teinte que l'on nomme en langue vulgaire בלוא (bleu) entre dans la catégorie du vert. Et même s'il y a en lui de l'épaisseur de sang (סמיכות) et qu'il est très dense, et même si elle a senti son מקור s'ouvrir, a vérifié aussitôt et a trouvé ces teintes (blanc/vert) — elle est טהורה. (Avis propre du Mehaber, contre le Teroumat haDeshen, qui hésite sur ce point.)
Glose du Rama : et ainsi est l'essentiel — non pas comme ceux qui sont stricts pour la déclarer טמאה lorsque le sang a de l'épaisseur et qu'il est dense (Teroumat haDeshen, sim. 246). (Et si elle a senti son מקור s'ouvrir, a vérifié aussitôt et n'a rien trouvé du tout → voir le siman 190.)
L'idée centrale : tout se joue sur la couleur. Le côté טמא couvre toutes les nuances de rouge (claires comme foncées) et le noir (que les Sages tiennent pour du rouge altéré). Le côté טהור se limite au blanc et au vert dans toutes ses nuances (cire, or, poireau, herbe, et le « bleu » assimilé au vert). Ni l'épaisseur du sang, ni la rapidité de la vérification, ni la sensation d'ouverture du מקור ne changent ce verdict : seule la teinte tranche — et le Rama scelle ce point en écrivant que tel est bien l'essentiel, contre ceux qui rendaient טמא un sang épais et dense.
Seif 2 — נאמנות : « כזה ראיתי ואבדתיו » ; mais « חכם טיהר » ne suffit pas
נאמנת אשה לומר כזה ראיתי ואבדתיו ואם הוא מראה לבן או ירוק טהור אבל אם הביאה לפנינו דם והחזקנוהו בטמא או אפילו נסתפקנו אם הוא טמא או טהור והיא אומרת חכם פלוני טיהר לי כיוצא בזה אין סומכין עליה:
La femme est crue (נאמנת) de dire « j'en ai vu une teinte semblable et je l'ai perdue » (כזה ראיתי ואבדתיו) : si elle décrit une teinte blanche ou verte → טהור. Mais si elle apporte devant nous un sang que l'on tient pour טמא — ou même si l'on doute s'il est טמא ou טהור — et qu'elle dit « tel חכם m'a déclaré pur un sang semblable à celui-ci » → on ne s'appuie pas sur elle (il faut le montrer à nouveau).
Deux situations à distinguer. Tant qu'il n'y a pas de sang devant nous, sa parole suffit pour déclarer pure une teinte blanche ou verte : on la croit sur la couleur qu'elle a vue. Mais dès qu'un sang réel est là — tenu pour טמא ou seulement douteux — sa parole rapportant qu'« un חכם a permis un cas semblable » ne renverse pas le statut : ce sang précis doit être montré et jugé, et non écarté sur un on-dit.
Groupe B — Le sang qui ne sort pas de la facon ordinaire (seif 3)
הכניסה שפופרת והוציאה בה דם טהורה וכן אם ראתה דם בחתיכה אפי' היא מבוקעת והדם בבקעים בענין שנוגע בבשרה טהורה כיון שאין דרך לראות כן וכן אשה שנעקר מקור שלה וכמין חתיכות בשר נופלים בבית החיצון טהורה: הגה אפילו ראתה דם כל זמן שהחתיכות בבית החיצון שלה טהורה דתלינן הדם בחתיכה זו הואיל וידעינן ודאי שנעקר מקורה ומחמת מכה היא (כן משמע בטור ורבינו ירוחם והרא"ש): והוא שהטילה החתיכות במים פושרין ולא נמוחו ודוקא חתיכות קטנות דומיא דשפופרת אבל חתיכה גדולה טמאה אפילו לא ראתה כלום לפי שאי אפשר לפתיחת הקבר בלא דם אפילו בנפל שלא נגמרה צורתו:
Si elle a introduit un tube (שפופרת) et en a fait sortir du sang → טהורה, car ce n'est pas la manière ordinaire de voir. De même, si elle a vu du sang dans un morceau (חתיכה) — même fendu, le sang étant dans les fentes au point de toucher sa chair → טהורה, puisqu'il n'est pas habituel de voir ainsi. De même, une femme dont le מקור s'est détaché (נעקר מקור) et dont des morceaux de chair tombent dans le בית החיצון → טהורה. Glose du Rama :même si elle voit du sang, tant que les morceaux sont dans son בית החיצון → טהורה, car on rattache le sang à ce morceau (תלינן הדם בחתיכה) puisqu'on sait avec certitude que son מקור s'est détaché et que cela vient d'une מכה (plaie) — ainsi ressort-il du Tour, de Rabbenou Yerouham et du Rosh.
Et cela à condition qu'elle ait jeté les morceaux dans de l'eau tiède et qu'ils ne se soient pas dissous. Et cela vaut précisément pour de petits morceaux, semblables à ceux du tube ; mais un gros morceau → טמאה, même si elle n'a rien vu du tout, parce qu'il est impossible que le col (קבר) s'ouvre sans sang — et cela même pour un נפל dont la forme n'est pas achevée.
תליה במכה — rattacher à une plaie. Le sang n'est טמא que lorsqu'il provient du מקור de la façon ordinaire. Trois cas le neutralisent : le sang tiré par un tube (vu artificiellement), le sang logé dans un morceau, et le cas où l'on sait que le מקור s'est détaché — alors tout sang vu se rattache à cette מכה connue, et non à un flux ordinaire. C'est le prolongement direct des lois de la מכה (cf. siman 187). Mais le séif pose lui-même sa limite : l'allègement ne vaut que pour de petits morceaux, non dissous dans l'eau tiède ; un gros morceau rend טמאה même sans qu'aucun sang ait été vu, puisque le col ne s'ouvre pas sans sang.
Groupe C — Le sang, la בריה et le test de la שרייה (seifim 4-5)
Seif 4 — Tout sang טמא ; la forme de בריה et la שרייה dans l'eau tiède
כל דם היוצא מן האשה בין לח בין יבש טמאה ולא עוד אלא אפי' יצא ממנה צורת בריה כמין קליפות או כמין שערות או כמין יבחושים אדומים טמאה והוא שיהיו נמוחים בתוך מעת לעת על ידי ששורים אותם במים פושרים ויהיו המים פושרים כל משך מעת לעת שהם בתוכו ושיעור החימום כמו מים שנשאבו בקיץ מהנהר או מהמעין ועמדו בבית שחום הבית מחממתן וכחימום של אלו כך הוא שיעור פושרים בימות החורף (וסתם פושרים אינן חמין יותר מחמימות הרוק (ב"י בשם ריטב"א פ' המפלת)) ואם הם קשים כל כך שאינם נמוחים בתוך מעת לעת טהורה אפילו הם נמוחים על ידי מיעוך שממעכן בצפרניו (ואם מעכבן בצפרניו ולא נימוחו טהורה ואין צריך לבדוק ע"י שריה). (המ"מ פ"ה וכ"כ הב"י בשם הרשב"א):
Tout sang sortant de la femme, humide ou sec, → טמאה. Bien plus : même s'il sort d'elle une forme de בריה (formation de matière) — comme des écorces (קליפות), des poils (שערות) ou des יבחושים rouges (sortes de petits insectes ou grumeaux) → טמאה — à condition qu'ils se dissolvent au cours d'un מעת לעת (24 h) lorsqu'on les trempe dans de l'eau tiède (פושרים), l'eau devant rester tiède tout le long des 24 heures. Le שיעור (la mesure) de la tiédeur : comme une eau puisée en été à la rivière ou à la source, posée dans une maison dont la chaleur la réchauffe — telle est la mesure du « tiède » pour les jours d'hiver. (Et un « tiède » ordinaire n'est pas plus chaud que la chaleur de la salive.)
Et s'ils sont si durs qu'ils ne se dissolvent pas au cours d'un מעת לעת → טהורה, même s'ils se dissolvent quand on les écrase entre les ongles. (Et si elle les a écrasés entre les ongles et qu'ils ne se sont pas dissous → טהורה, et il n'est pas besoin de vérifier par trempage.)
שרייה — le test de la macération : on trempe la matière suspecte dans de l'eau tiède (פושרים) pendant 24 heures. Si elle se dissout, c'est qu'il s'agissait bien de sang (un דם prend cette forme mais reste du sang) → טמאה. Si elle ne se dissout pas, c'est une autre matière (une vraie בריה issue d'une מכה) → voir le séif suivant. Le séif précise que seule compte la dissolution par trempage : une matière qui ne cède qu'écrasée entre les ongles reste טהורה.
Seif 5 — Non dissous = טהור (sauf לחלוח דם) ; la חזקה après 3 fois
במה דברים אמורים שאם לא נמוחו טהורה בזמן שהם יבשים גמורים שאין עמהם דם כלל אבל אם יש עליהם שום לחלוח דם טמאה: הגה והוא הדין אם נתמעכו או נימוחו קצתן וקצתן לא נימוחו דטמאה (פסקי מהרא"י סימן מ"ז) מיהו נראה לי דאם בדקה ג"פ כל מה שראתה ולא נימוחו כלל שוב אינה צריכה לבדוק מה שהיא רואה אח"כ כדרך זה שהרי הוחזקה שדברים אלו אינן דם רק באים ממכה שבגופה ודוקא באשה שיש לה וסת ושלא בשעת וסתה כמו שנתבאר גבי מכה לעיל סימן קפ"ז:
À quoi tout ceci s'applique-t-il ? Que si la matière ne s'est pas dissoute → טהורה, à condition qu'elle soit parfaitement sèche, sans aucun sang ; mais s'il y a sur elle le moindre humide de sang (לחלוח דם) → טמאה. Glose du Rama : et il en va de même si une partie s'est dissoute ou écrasée et l'autre non → טמאה (Pisqei Maharai, sim. 47). Toutefois, il me semble que si elle a vérifié trois fois tout ce qu'elle a vu et que cela ne s'est pas dissous du tout → elle n'a plus besoin de vérifier ensuite ce qu'elle voit de cette manière, car il s'est établi (חזקה) que ces matières ne sont pas du sang, mais proviennent d'une מכה (plaie) de son corps. Et cela précisément chez une femme qui a un וסת, et hors des jours de son וסת, comme il a été expliqué à propos de la plaie plus haut, au siman 187.
Le verdict du test, et son humidité. Une matière qui ne se dissout pas après 24 h de שרייה n'est pas du sang → טהורה — sauf s'il y reste un לחלוח דם, le moindre suintement sanguin, qui la rend טמאה. Le Rama ajoute une simplification : après trois vérifications concordantes (rien ne se dissout), une חזקה s'installe — on tient désormais que ces matières viennent d'une מכה, et l'on cesse d'avoir à refaire le test. Mais le Rama borne lui-même cet allègement : il ne vaut que pour une femme qui a un וסת, et hors des jours de son וסת — exactement la condition posée pour la תליה במכה au siman 187.
Groupe D — La portee du test : מפלת ou חתיכת דם (seif 6)
Seif 6 — La שרייה ne vaut que pour une מפלת ; un חתיכת דם est טמא
בד"א שצריך בדיקה בשריה במפלת כמין קליפות ושערות אבל חתיכת דם אע"פ שקשה ואינו נימוח טמאה וי"א שגם לזה צריך בדיקה בשריה אם היא חתיכה קטנה כשיעור שפופרת קנה דק שבדקים (ד"ע):
À quoi s'applique l'exigence d'une בדיקה par שרייה ? À une מפלת (expulsion) en forme d'écorces et de poils. Mais un חתיכת דם (un morceau de sang), même dur et qui ne se dissout pas, → טמאה (on ne le sauve pas par le test). Et certains disent (יש אומרים) que celui-là aussi requiert une בדיקה par שרייה, s'il s'agit d'un petit morceau de la dimension d'un tube fin (שפופרת קנה דק), le plus fin des fins. (Avis propre du Mehaber.)
La frontière du test. La שרייה n'a de sens que pour une מפלת de matières qui ressemblent à du sang sans en être (écorces, poils) : on vérifie alors leur nature. Mais un vrai morceau de sang reste טמא même s'il est dur et ne se dissout pas — son origine sanguine est manifeste. Le יש אומרים nuance : un très petit morceau (du calibre d'un tube fin) mérite tout de même le test, son statut étant moins évident.
2. Contexte — pourquoi tout depend de la couleur
Toute la nidah repose sur un principe : la femme n'est טמאה que par un דם issu du מקור. Mais qu'est-ce qu'un דם ? De la Torah, seules cinq teintes (חמש מראות) rendent טמא. Les Sages ont durci — de peur de confondre un דם avec un autre דם — en interdisant toute teinte tirant vers le rouge et en permettant toute teinte sans aucun soupcon de rougeur (Shach). C'est pourquoi, n'etant plus experts a distinguer les nuances, nous ne jugeons plus nous-memes : on montre la בדיקה a un מורה הוראה.
Crue pour « כזה ראיתי » ; pas pour « חכם טיהר » sur un טמא/douteux
Sang sorti autrement (שפופרת, חתיכה, נעקר מקור)
Seif 3
טהורה — תליה במכה
Tout sang טמא ; la forme de בריה et la שרייה
Seifim 4-5
Dissout en 24 h → טמא ; non dissout (sec) → טהור sauf לחלוח דם
La portee du test (מפלת / חתיכת דם)
Seif 6
שרייה pour une מפלת ; un חתיכת דם → טמא
L'idee transversale : tout est affaire de couleur et d'origine. La teinte dit si c'est un דם interdit (rouge/noir) ou non (blanc/vert) ; l'origine dit si le sang vient du מקור de la facon ordinaire (טמא) ou d'une מכה / d'une voie inhabituelle (טהור). Et le test de la שרייה tranche, pour une בריה, si la matiere est du sang ou non.
3. Les concepts-cles de ce siman
Pour comprendre le Siman 188, il faut maitriser un petit vocabulaire qui decrit les couleurs, l'origine du sang et le test qui les departage.
מראות הדם — Les couleurs de sang : la teinte du sang determine le statut. De la Torah, cinq teintes rendent טמא ; en pratique, le Shach resume : tout ce qui tire vers le rouge est interdit, tout ce qui n'a aucun soupcon de rougeur est permis.
אדום / שחור — Rouge / noir : le cote טמא. Le rouge dans toutes ses nuances (claires ou foncees) et le noir (tenu pour du rouge altere).
לבן / ירוק — Blanc / vert : le cote טהור. Le blanc, et le vert dans toutes ses nuances (cire, or, poireau, herbe) — la teinte « בלוא / bleu » etant rangee avec le vert.
נאמנות — La parole de la femme : elle est crue de decrire une teinte qu'elle a vue et perdue (« כזה ראיתי ואבדתיו »). Mais devant un sang reel tenu טמא ou douteux, sa parole rapportant qu'« un חכם a permis » ne suffit pas (seif 2).
תליה במכה — Rattacher a une plaie : quand on sait qu'il existe une מכה (plaie, מקור detache, morceaux), on rattache le sang vu a cette plaie connue plutot qu'a un flux ordinaire → טהורה (seif 3).
שפופרת — Le tube : un sang tire par un tube n'est pas vu « de la facon ordinaire » → טהורה. Sert aussi de mesure : un חתיכת דם du calibre d'un tube fin (seif 6).
בריה / שרייה — Formation / macération : une « בריה » (ecorces, poils, יבחושים) qui se dissout en 24 h dans de l'eau tiede (פושרים) etait en realite du sang → טמא ; si elle ne se dissout pas → טהור (sauf לחלוח דם). La שרייה est ce test (seifim 4-6).
Deux mots qui reviendront :לחלוח דם (« un humide de sang ») — le moindre suintement sanguin sur la matiere la rend טמאה malgre le test ; et חזקה — apres 3 verifications concordantes, on tient acquise l'origine de la מכה et l'on cesse de tester — chez une femme qui a un וסת, et hors des jours de son וסת (seif 5).
4. Les couleurs — le tableau טמא / טהור
Tout le seif 1 se resume en un tableau. On regarde la teinte et l'on lit le statut. La frontiere (brun, beige, jaune…) est subtile et reste l'affaire du Rav.
Teinte
Categorie
Statut
Rouge — toutes nuances (claire, foncee, profonde)
אדום
🔴 טמא
Noir
שחור (rouge altere)
🔴 טמא
Blanc
לבן
🟢 טהור
Vert — cire, or, poireau, herbe
ירוק
🟢 טהור
« בלוא / bleu »
assimile au ירוק
🟢 טהור
La logique en une phrase : tout ce qui tire vers le rouge (jusqu'au noir) est טמא ; tout ce qui n'a aucun soupcon de rougeur (blanc, vert, bleu) est טהור. Ni l'epaisseur du sang, ni la sensation d'ouverture du מקור, ni la rapidite de la verification ne deplacent cette frontiere : seule la couleur tranche.
Le point pratique (Shach, et seif 1) : les nuances intermediaires (brun, beige, jaune, rose pale…) ne figurent pas dans ce tableau binaire — elles sont precisement le terrain du doute. C'est la qu'intervient la regle d'aujourd'hui : on ne juge pas soi-meme, on montre au Rav.
5. Le Shach, le Taz et le Pitchei Teshuva
En Yoreh De'ah, le Choul'han Aroukh ne se lit jamais seul. Trois commentaires structurent l'etude des lois de nidah : le Shach et le Taz (les nossei kelim classiques), et le Pitchei Teshuva qui recueille les responsa des Acharonim. Il n'y a pas de Mishna Berurah ici, qui ne commente que l'Orach Chaim.
Le Shach (ש״ך) — abreviation de שפתי כהן, Siftei Kohen, de Rabbi Shabtai haCohen (Lituanie, XVIIe siecle). Le commentaire de reference sur Yoreh De'ah.
Le Taz (ט״ז) — abreviation de טורי זהב, Turei Zahav, de Rabbi David haLevi Segal (Pologne, XVIIe siecle). Souvent en dialogue — et parfois en desaccord — avec le Shach.
Le Pitchei Teshuva (פתחי תשובה) — de Rabbi Avraham Tzvi Hirsch Eisenstadt (XIXe siecle), qui condense les responsa des Acharonim renvoyant a chaque seif.
Une entree-cle du Shach
Shach s.k. 1 — c'est la pierre angulaire du siman. Le Shach explique que cinq teintes (חמש מראות) rendent טמא de la Torah, mais que les Sages ont durci « pour ne pas se tromper entre un דם et un דם » (שלא לטעות בין דם לדם) : ils ont interdit tout ce qui tire vers le rouge (אסרו כל הנוטה לאדמימות) et permis tout ce qu'on ne peut soupconner de rougeur (הכשירו כל שאין לספקו באדמימות). C'est la cle qui transforme une liste de cinq teintes en la regle pratique du rouge/noir contre blanc/vert.
Une entree-cle du Pitchei Teshuva
Le Pitchei Teshuva ouvre plusieurs voies fines : sk1 (le גבעת שאול sur un כתם vu la nuit contre le jour, et l'humide contre le sec) ; sk2 (le debat sur le ירוק — של״ה, מהר״ם מינץ, רש״ל : « אין להקל במהירות », ne pas se hater d'alleger) ; sk6 (la femme ne s'appuie meme pas sur elle-meme — il faut montrer) ; sk11 (le מאיר נתיב : la חזקה apres trois fois). Pour les חתיכות et le נעקר מקור (sk7), il cite un « Tzemah Tzedek » — il s'agit du Tzemah Tzedek ancien (R. Menahem Mendel Krochmal), a ne pas confondre avec le Tzemah Tzedek de Loubavitch.
On voit la methode : le Shach, le Taz et le Pitchei Teshuva ne repetent pas le Mehaber — ils expliquent le mecanisme (cinq teintes + gzera des Sages) et ouvrent des voies fines (jour/nuit, humide/sec, le debat sur le vert) qui demandent un decisionnaire. C'est exactement ce qu'on approfondit au niveau Lamdan, puis dans la psika du niveau Daat HaRav & Halakha lema'asse.
6. La glose du Rama (הגה)
Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) precise la pratique sur deux points de notre siman.
Sur le seif 3 — תליה במכה meme si elle voit du sang
Glose du Rama : אפילו ראתה דם, כל זמן שהחתיכות בבית החיצון שלה — טהורה, דתלינן הדם בחתיכה זו… ומחמת מכה היא — « meme si elle voit du sang, tant que les morceaux sont dans son בית החיצון, elle est טהורה, car on rattache le sang a ce morceau… cela vient d'une מכה ». Le Rama explicite la logique de la תליה במכה : la certitude que le מקור s'est detache autorise a rattacher tout le sang vu a cette plaie connue.
Sur le seif 5 — partie dissoute → טמא ; mais חזקה apres 3 fois
Glose du Rama : והוא הדין אם נתמעכו או נימוחו קצתן… דטמאה… מיהו נראה לי דאם בדקה ג״פ… שוב אינה צריכה לבדוק — « il en va de meme si une partie s'est ecrasee ou dissoute… elle est טמאה… toutefois il me semble que si elle a verifie 3 fois… elle n'a plus besoin de verifier ». Le Rama durcit (la dissolution partielle suffit a rendre טמא) puis allege (la חזקה apres trois tests dispense des suivants) — allegement qu'il borne aussitot, a la fin de la meme glose : « ודוקא באשה שיש לה וסת ושלא בשעת וסתה » (רמ״א יו״ד קפ״ח:ה), chez une femme qui a un וסת et hors des jours de son וסת.
Le Rama distingue soigneusement le din de base (le Mehaber) de la pratique : il ancre la תליה במכה (seif 3), durcit la dissolution partielle, mais offre l'allegement de la חזקה apres trois verifications concordantes — pour une femme qui a un וסת, hors des jours de son וסת (seif 5).
7. תליה במכה / שרייה — rattacher, et distinguer un דם d'une בריה
Les seifim 3 a 6 — le cœur « diagnostique » du siman — meritent un arret. Deux mecanismes s'y entrelacent : rattacher le sang a une מכה, et tester la nature d'une matiere.
D'ou vient ce sang ? Du מקור, de la facon ordinaire → טמא. D'une voie inhabituelle (שפופרת), loge dans un morceau, ou rattachable a une מכה connue (נעקר מקור) → טהור (seif 3).
Est-ce vraiment du sang ? Une בריה (ecorces, poils) se dissout-elle en 24 h de שרייה tiede ? Oui → c'etait du sang, טמא. Non → טהור, sauf לחלוח דם (seifim 4-5).
Cas
Test / regle
Statut
Sang par שפופרת / dans une חתיכה / נעקר מקור
תליה במכה (seif 3)
🟢 טהורה
בריה qui se dissout en 24 h (שרייה tiede)
שרייה positive (seif 4)
🔴 טמאה (c'etait du sang)
בריה non dissoute, parfaitement seche
שרייה negative (seif 5)
🟢 טהורה
Non dissoute mais avec un לחלוח דם
seif 5
🔴 טמאה
3 verifications sans dissolution — et femme qui a un וסת, hors des jours de son וסת
חזקה (Rama, seif 5)
🟢 Plus besoin de tester
חתיכת דם (vrai morceau de sang), meme dur
seif 6
🔴 טמאה
La שרייה ne sert qu'a une מפלת de matieres ambigues (ecorces, poils) ; un vrai morceau de sang reste טמא, le test ne le sauve pas — sauf, selon le יש אומרים, s'il est minuscule (calibre d'un tube fin). Tout cela demeure un sujet a montrer au Rav.
8. Cas pratiques modernes
Comment ces regles s'appliquent-elles aujourd'hui ? Voici quatre situations eclairees par notre siman. Regle d'or : on ne juge jamais soi-meme — on montre au Rav.
Cas 1 — Une tache douteuse sur le tissu de בדיקה
Une tache de couleur incertaine (brun, beige, jaune…) apparait sur un tissu de בדיקה. C'est precisement la frontiere subtile du seif 1 : ni franchement rouge, ni franchement blanc/vert. La regle d'aujourd'hui est claire : on ne tranche jamais soi-meme — on conserve le tissu et on le montre a un מורה הוראה qui en examine la couleur a la lumiere. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
Cas 2 — La question de la couleur
Rouge (toutes nuances) et noir → טמא ; blanc et vert → טהור (seif 1). Mais entre les deux, la frontiere est subtile : l'eclairage, le sechage, l'humidite (Pitchei Teshuva sk1, sk3 : jour/nuit, humide/sec) modifient la perception. Seul un Rav exerce sait lire la teinte reelle. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
Cas 3 — Un saignement rattache a une plaie (תליה במכה)
Une plaie connue (un soin gynecologique, un מקור fragilise, des morceaux — seif 3) peut permettre de rattacher le sang vu a cette מכה plutot qu'a un flux ordinaire → טהורה. Mais l'existence et la portee de la מכה ne se presument pas : elles s'etablissent avec un medecin et se tranchent avec le Rav (lien avec le Siman 187). Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
Cas 4 — Une מפלת (fausse couche)
Une מפלת — expulsion de matieres, parfois en forme d'ecorces ou de poils (seifim 4-6) — est un sujet grave qui melange les couleurs, le test de la שרייה et les lois de la femme apres accouchement (cf. Siman 194). On ne pratique aucun test soi-meme : on conserve ce qui peut l'etre et l'on consulte immediatement un Rav (et un medecin). Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
Le fil conducteur des quatre cas : la couleur et l'origine sont des criteres d'etude — jamais des outils de decision personnelle. Une tache douteuse, une couleur intermediaire, une תליה במכה, une מפלת : dans chaque cas, on conserve, on ne juge pas, et l'on montre la בדיקה a un Rav, qui connaît les details de fait.
9. Synthese du Siman 188
L'essentiel du Siman 188 en quelques phrases :
Tout depend de la couleur : rouge (toutes nuances) et noir → טמא ; blanc et vert (cire, or, poireau, herbe ; « בלוא » = vert) → טהור (seif 1).
La femme est crue de dire « כזה ראיתי » (blanc/vert → טהור) ; mais sur un sang reel tenu טמא ou douteux, « חכם טיהר » ne suffit pas (seif 2).
Sang sorti par שפופרת, loge dans une חתיכה, ou cas de נעקר מקור → טהורה : on rattache a la מכה (seif 3).
Tout sang humide ou sec → טמא ; une forme de בריה → טמא si elle se dissout en 24 h de שרייה tiede (seif 4).
Non dissoute et seche → טהור, sauf לחלוח דם → טמא ; חזקה apres 3 verifications, chez une femme qui a un וסת et hors de son וסת (seif 5).
La שרייה ne vaut que pour une מפלת d'ecorces/poils ; un חתיכת דם → טמא (seif 6).
Tableau-memoire
Situation
Statut
Teinte rouge (toutes nuances) ou noire
🔴 טמא
Teinte blanche ou verte (et « בלוא »)
🟢 טהור
« כזה ראיתי » (blanc/vert) — sa parole
🟢 טהור — crue
« חכם טיהר » sur un sang טמא / douteux
🔴 On ne s'appuie pas — montrer
שפופרת / חתיכה / נעקר מקור
🟢 טהורה — תליה במכה
בריה dissoute en 24 h (שרייה)
🔴 טמאה
בריה non dissoute, seche (sans לחלוח דם)
🟢 טהורה
חתיכת דם, meme dur
🔴 טמאה
Questions de comprehension
Verifie ta comprehension :
Quelles couleurs rendent טמא, lesquelles טהור (seif 1) ? Ou se range la teinte « בלוא » ?
Quel est le principe du Shach (cinq מראות + gzera des Sages) ? Que change-t-il a la lecture du seif 1 ?
Quand la femme est-elle crue (seif 2) ? Pourquoi « חכם טיהר » sur un sang reel ne suffit-il pas ?
Explique la תליה במכה. Quels trois cas la declenchent (seif 3) ? Que precise le Rama ?
Qu'est-ce que la שרייה ? Quand une בריה est-elle טמאה (seif 4) ?
Que change un לחלוח דם (seif 5) ? Qu'est-ce que la חזקה apres trois fois ?
La שרייה vaut-elle pour un חתיכת דם (seif 6) ? Que dit le יש אומרים ?
Pourquoi, aujourd'hui, ne juge-t-on jamais soi-meme une couleur ? A qui montre-t-on la בדיקה ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : le pilpoul des cinq מראות et de la גזרת חכמים, le debat sur le ירוק (של״ה, מהר״ם מינץ), la logique de la תליה במכה et de la שרייה, ancres dans les sougyot de Nidah
✨ Niveau 3 — Synthese : les tableaux comparatifs (couleurs טמא/טהור, שרייה), les regles d'or et la memorisation rapide des 6 seifim
⚖️ Niveau 4 — Daat HaRav ('Habad) & Halakha lema'asse : la mesorah 'Habad (au niveau du principe) et la psika pratique (Beit Yossef, Rama, Shach, Taz, Sidrei Tahara, Chochmat Adam, Aroukh haShulchan, Taharat haBayit, Shevet haLevi…)
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :