Racine de la sougya dans le Chas :
נדה ס״ג ע״ב — la michna de la fixation et du déracinement en trois fois · נדה ט׳ ע״א — la question de וסתות דאורייתא
Rédaction et étude :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT
📑 Table des matières
La nature du 'hachach de veset — de-oraïta ou de-rabanan, et pourquoi une vue seulement possible interdit l'ona (seifim 1 et 4)
La logique des 'hazakot — trois fois pour fixer, l'ona beinonit traitée comme un veset fixe, et l'écart entre fixe et non fixe (seifim 1 et 4)
Fixation du veset et haflaga — pourquoi le veset des intervalles demande quatre vues, et le veset des heures (seifim 2 et 3)
Dilug et sirug — le compte des intervalles, les jours du mois et les jours de la semaine (seifim 5 à 12)
La règle du jour et de la nuit — un veset se fixe dans une seule ona (seif 13)
Le déracinement du veset — changement, déracinement en trois, et retour du veset à sa place (seifim 14 à 16)
Veset par ones et veset du corps — l'ones qui ne fixe pas seul, et le test de הוברר הדבר (seifim 17 à 23)
Mesoulekat damim — ketana, zekena, meoubéret et menika, et le veset dans le veset (seifim 27 à 34)
« כל אשה שאין לה וסת קבוע חוששת ליום ל׳ לראייתה שהיא עונה בינונית לסתם נשים ואם יש לה וסת קבוע לזמן ידוע מכ׳ לכ׳ או מכ״ה לכ״ה חוששת לזמן הידוע » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:א)
Traduction. Toute femme qui n'a pas de veset fixe appréhende le trentième jour à compter de sa vue, qui est l'ona beinonit de la généralité des femmes ; et si elle a un veset fixe à un terme connu — de vingt en vingt, ou de vingt-cinq en vingt-cinq — elle appréhende ce terme connu.
1. La nature du 'hachach de veset — de-oraïta ou de-rabanan
Le fondement — qu'est-ce qu'un « 'hachach de veset » ?
Le fondement du siman : la femme appréhende le jour où elle a coutume de voir — non parce qu'elle a vu, mais parce que son corps a coutume de voir ce jour-là. De là vient toute la difficulté : comment interdire une ona sur la foi d'une vue qui n'est pas certaine mais seulement possible ? Le principe est que le veset engendre une ריעותא et une חזקה qu'elle verra du sang ; et là où se tient une 'hazaka de vue, le corps ne se tient plus dans une 'hazaka de pureté. C'est pourquoi le seif 1 emploie le verbe חוששת — elle appréhende — et non « elle est impure ».
La grande 'hakira — וסתות דאורייתא ou דרבנן : les Amoraïm sont partagés sur le statut des vestot. La guemara pose la question dans ces termes mêmes :
« אַלִּיבָּא דְּמַאן דְּאָמַר וְסָתוֹת דְּאוֹרָיְיתָא » (נדה ט׳ ע״א) Si les vestot sont de-oraïta, la 'hazaka de vue qui pèse sur l'ona du veset est un interdit de la Tora même. Si elles sont de-rabanan, il n'y a là qu'une appréhension instituée par les 'Hakhamim, et le corps demeure fondamentalement dans sa 'hazaka de pureté tant qu'elle n'a pas vu. Le siman ne tranche pas cette question en son nom ; il la laisse ouverte, et l'appareil s'en sert de part et d'autre.
La nafka mina de la 'hakira, telle que l'appareil la fait travailler : le Chakh revient à plusieurs reprises, dans ce siman, sur le côté de-rabanan pour incliner vers la קולא — notamment aux ס״ק מ״ט, ע״ג et ע״ה. Au seif 17, il rapporte les Richonim qui ne fixent pas de veset aux seuls jours :
« וכ״כ הרב המגיד בשם הרמב״ן דמסתברא כיון דוסתות דרבנן נקטינן לקולא » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק מ״ט) au seif 33, il défend le psak indulgent du Me'haber contre l'objection du Ba'h, et termine sur ce principe :
« ותו דהא קי״ל וסתות דרבנן ואזלי׳ בהו לקולא בכמה דוכתי » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק ע״ג) et au seif 34 il s'étonne que le Me'haber ait omis l'avis du Ramban et du Raavad, en s'appuyant sur le même principe :
« ועוד דהא בוסתות דרבנן שומעין להקל » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק ע״ה) Voilà la 'hakira à l'œuvre : ce n'est pas une spéculation, c'est le levier avec lequel le Chakh soulève des psakim du Me'haber. La question reste ouverte dans le siman ; ce qui est établi, c'est que le Chakh en tire une קולא là où il le peut.
Ce que le siman dit, et ce qu'il ne dit pas : le siman 189 ne définit nulle part le statut des vestot — il suppose la question réglée ailleurs et se consacre entièrement à la mécanique de la fixation et du déracinement. Le lecteur qui cherche le régime de la פרישה סמוך לוסת doit aller au siman 184, auquel le Chakh renvoie lui-même dans ce siman :
« ואסורה לבעלה לשלשים עד שתבדוק » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק ז׳) Et pour la pratique — demande à ton Rav.
2. La logique des 'hazakot — trois fois pour fixer
Toute l'architecture du siman repose sur le droit de la 'hazaka : comment un veset se fixe, et comment il se déracine.
La langue du Me'haber (seif 4)
« עוד יש חילוק בין קבעתו ג׳ פעמים ללא קבעתו ג׳ פעמים שהקבוע אף על פי שעברה עונתה ולא הרגישה אסורה לשמש עד שתבדוק ותמצא טהורה ושלא קבעתו ג״פ אם הגיע זמן הוסת ולא בדקה ולא ראתה כיון שעברה עונתה מותרת » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ד)
« ועונה בינונית שהיא לל׳ יום דינה כוסת קבוע » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ד — avec l'attribution הרשב״א)
Traduction. « Il y a encore une différence entre celle qui l'a fixé trois fois et celle qui ne l'a pas fixé trois fois : celle qui l'a fixé — bien que son ona soit passée et qu'elle n'ait rien senti — est interdite à son mari jusqu'à ce qu'elle s'examine et se trouve pure ; et celle qui ne l'a pas fixé trois fois — si le terme du veset est arrivé, qu'elle ne s'est pas examinée et n'a pas vu, dès lors que son ona est passée, elle est permise. » Et : « L'ona beinonit, qui est au trentième jour, a le statut d'un veset fixe. » Cette dernière clause porte dans le texte l'attribution הרשב״א ; les éditions ne s'accordent pas sur le point de savoir si elle est du Me'haber ou une addition — nous la donnons telle que la source la présente, sans trancher.
Le fondement — trois fois font une 'hazaka.
La michna de Nidda énonce la règle dans les deux sens à la fois, et c'est de cette symétrie que sort tout le siman :
« שֶׁאֵין אִשָּׁה קוֹבַעַת לָהּ וֶסֶת עַד שֶׁתִּקְבָּעֶנָּה שָׁלֹשׁ פְּעָמִים, וְאֵינָהּ מִטַּהֶרֶת מִן הַוֶּסֶת עַד שֶׁתֵּעָקֵר מִמֶּנָּה שָׁלֹשׁ פְּעָמִים » (נדה ס״ג ע״ב) Traduction : « une femme ne se fixe un veset que si elle le fixe trois fois, et elle ne se purifie du veset que s'il est déraciné d'elle trois fois. »
Trois vues semblables engendrent une 'hazaka pleine : désormais le corps est tenu pour voir à cette ona. De là deux différences de fond entre le fixe et le non-fixe :
• Dans le veset fixe — même si l'ona est passée sans qu'elle ait rien senti, elle est interdite jusqu'à ce qu'elle s'examine, car la 'hazaka dit qu'elle a peut-être vu sans le sentir.
• Dans le veset non fixe — l'ona est passée sans examen et sans vue → elle est permise, car il n'y a pas ici de 'hazaka qui oblige à l'examen.
La nature de l'« ona beinonit » — une appréhension due à la généralité des femmes : l'ona beinonit (le trentième jour) n'est pas le veset de cette femme-ci. Le seif 1 la définit comme עונה בינונית לסתם נשים(שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:א) — la plupart des femmes n'espacent pas deux vues de plus de trente jours. Et c'est pour cela que le texte lui donne le statut d'un veset fixe jusque dans la rigueur de l'examen : sans avoir été fixée par trois vues, la 'hazaka de la généralité lui tient lieu de la 'hazaka de l'individu. Le Chakh en tire la conséquence pratique, et renvoie au siman 184 :
« ואסורה לבעלה לשלשים עד שתבדוק » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק ז׳) C'est un 'hidouch considérable : une 'hazaka de majorité vaut ici une 'hazaka acquise par trois vues.
La logique du déracinement — trois contre trois : de même que la 'hazaka se fixe par trois, de même elle ne se déracine que par trois. Le seif 15 le dit en toutes lettres :
« נעקר וסת הראשון ואין לה וסת כלל ואם חזרה לראות ביום הוסת הראשון חוזר לקביעותו הראשון וחוששת לו תמיד עד שיעקר ממנה שלש פעמים » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ט״ו) Mesure pour mesure : une 'hazaka bâtie en trois fois ne se défait pas en une, car on ne sort d'une 'hazaka que par une ריעותא de même poids. C'est le pilier des lois de déracinement des seifim 14 à 16.
3. Fixation du veset et haflaga — pourquoi quatre vues
« כיצד קובעתו כגון שתראה ד׳ פעמים וביניהם ג׳ זמנים שוין כגון שראתה היום ולסוף כ׳ יום פעם אחרת ועוד לסוף כ׳ יום ועוד לסוף כ׳ יום וזה נקרא וסת ההפלגות ולכך צריכה ד׳ ראיות שראיה ראשונה אינה מן המנין לפי שאינה בהפלגה » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ב)
« ואפי׳ קודם שקבעתו שלש פעמים חוששת שמיד אחר שראתה פעם אחת לסוף כ׳ חוששת מכאן ואילך כשיגיע כ׳ » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ב)
« אם קבעה וסת לשעות ולא לימים אינה חוששת אלא שעתה בלבד והוסת הזה הוא נעקר בשעה אחת ואפי׳ בלא בדיקה » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ג)
Traduction. Seif 2 : « Comment le fixe-t-elle ? Par exemple si elle voit quatre fois, avec entre elles trois intervalles égaux — ainsi elle a vu aujourd'hui, puis au bout de vingt jours une autre fois, puis encore au bout de vingt jours, puis encore au bout de vingt jours ; et cela s'appelle le וסת ההפלגות. C'est pourquoi il lui faut quatre vues, car la première vue n'entre pas dans le compte, n'étant pas un intervalle. » Et : « même avant de l'avoir fixé trois fois elle appréhende, car aussitôt après avoir vu une fois au bout de vingt, elle appréhende désormais à chaque échéance de vingt. » Seif 3 : « Si elle a fixé un veset aux heures et non aux jours, elle n'appréhende que son heure seule ; et ce veset-là se déracine en une seule heure, et même sans examen. »
Le fondement — pourquoi le veset des intervalles demande quatre vues.
Une haflaga n'est pas une date : c'est une distance entre deux vues. Et une distance ne se mesure pas avec une seule vue — il en faut deux pour qu'un seul intervalle existe. D'où :
• vue n° 1 → n'est pas un intervalle du tout (il n'y a rien avant elle d'où s'éloigner) → שראיה ראשונה אינה מן המנין לפי שאינה בהפלגה(שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ב) ;
• vues n° 2, 3, 4 → engendrent trois intervalles égaux → 'hazaka.
Dans le veset des jours (jour du mois, jour de la semaine), trois vues à date fixe suffisent, car chaque vue est en elle-même « le premier du mois » et n'a pas besoin d'une vue qui la précède. Le Taz énonce cet écart en une ligne :
« זהו בשאר וסתות אבל בוסת הפלגה שנזכר בתחילת סעיף זה צריך ב׳ פעמים שהרי ראיה הא׳ אינה מן המנין » (ט״ז יו״ד קפ״ט ס״ק ג׳)
Le veset des heures se déracine en une heure : le seif 3 porte un 'hidouch — un veset suspendu à une heure et non à un jour n'a pas besoin de trois fois pour être déraciné, il est נעקר בשעה אחת ואפי׳ בלא בדיקה(שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ג). Le Taz précise de quoi il s'agit : non pas une heure du cadran, mais un moment lié à une cause — après son immersion, ou d'autres choses semblables dont elle a coutume de voir à cause de ce moment-là(ט״ז יו״ד קפ״ט ס״ק ד׳ — résumé, non verbatim). On comprend alors pourquoi il cède si vite : ce n'est pas une 'hazaka pleine comme celle des jours, mais une 'hazaka mince, attachée à une ona resserrée ; l'heure passée sans vue, la 'hazaka se dément d'elle-même. C'est l'exception à la logique « trois contre trois » du déracinement.
Où le compte des intervalles devient une ma'hloket : le Chakh, au seif 5, refuse de tenir pour évident que quatre vues suffisent à fixer un veset de dilug — il le réserve à l'un des deux avis du seif 7 :
« משמע דבד׳ ראיות קבעה וסת לדילוג והיינו דוקא לדעת היש מחמירין דלקמן סעיף ז׳ » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק ח׳) Autrement dit, le nombre de vues nécessaires n'est pas une donnée fixe du siman : il dépend de l'avis que l'on suit au seif 7. Et pour la pratique — demande à ton Rav.
4. Dilug et sirug — veset des jours du mois et de la semaine
« פעמים שתהיה ההפלגה שקובעת בהם הוסת בדילוג כגון שראתה היום וראתה שנית לסוף ל׳ ושלישית לל״א ורביעית לל״ב קבעה וסת לדילוג שלהפלגות » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ה)
« כשם שקובעת וסת בהפלגה מימים שוים ושאינם שוים כך קובעת בימי החדש ובימי השבוע שוים ושאינם שוים » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ו)
« כיצד קובעת בימי החדש בדילוג כגון שראתה בט״ו בניסן וט״ז באייר וי״ז בסיון לא קבעה וסת עד שתראה בי״ח בתמוז שאין ראיה ראשונה מצטרפת כיון שאין ההפלגות שוות » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ז)
« וסת הסירוג ראיה ראשונה מן המנין לדברי הכל ואע״פ שהרחיקה ראיותיה » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ב)
Traduction. Seif 5 : « Il arrive que l'intervalle par lequel elle fixe son veset aille en croissant — ainsi elle a vu aujourd'hui, une deuxième fois au bout de trente, une troisième au bout de trente et un, une quatrième au bout de trente-deux : elle a fixé un veset de dilug des intervalles. » Seif 6 : « De même qu'elle fixe un veset par intervalles, égaux ou inégaux, de même elle fixe par les jours du mois et par les jours de la semaine, égaux ou inégaux. » Seif 7 : « Comment fixe-t-elle par les jours du mois en dilug ? Par exemple si elle a vu le 15 nissan, le 16 iyar et le 17 sivan — elle n'a pas fixé de veset avant d'avoir vu le 18 tamouz, car la première vue ne s'adjoint pas, les intervalles n'étant pas égaux. » Seif 12 : « Le veset du sirug : la première vue entre dans le compte de l'avis de tous, même si elle a espacé ses vues. »
Le fondement — dilug contre sirug.
Deux manières parallèles de fixer, et toute la force du Taz porte sur ce qui les sépare :
• דילוג — l'écart croît régulièrement (30, 31, 32…). Comme il est bâti sur un compte d'intervalles → la première vue n'entre pas dans le compte, et il faut quatre vues (règle des haflagot).
• סירוג — la vue revient à une date fixe en sautant (Roch 'Hodech nissan, Roch 'Hodech sivan, Roch 'Hodech av — elle saute un mois). Comme c'est un veset de dates → la première vue entre dans le compte de l'avis de tous.
Le compte des vues — dilug des intervalles, dilug des jours, sirug :
Manière de fixer
Compte des vues
Source
Dilug des intervalles (30, 31, 32)
La première n'entre pas dans le compte ; quatre vues sont requises
מחבר ס״ה · ט״ז ס״ק ג׳ · ש״ך ס״ק ח׳
Dilug des jours du mois (15, 16, 17)
Elle ne fixe pas avant la quatrième vue (le 18 tamouz)
מחבר ס״ז
Sirug (Roch 'Hodech, en sautant un mois)
La première entre dans le compte de l'avis de tous
מחבר ס״ט וסי״ב · ט״ז ס״ק י״ב
Le détail des seifim — pourquoi le sirug est différent : dans le dilug, c'est l'écart lui-même qui est l'objet de la fixation ; il dépend donc des intervalles, et la première vue n'est pas comptée. Dans le sirug, la date est ce qui est fixe (Roch 'Hodech), et le saut n'est que la fréquence du retour ; c'est pourquoi la première vue « est déjà venue à son terme » et se compte. Le Taz le dit expressément, et pose que cela vaut même pour le premier des deux avis du seif 7 :
« וכאן הוה ר״ח ניסן מן המנין אפילו לדעה קמייתא » (ט״ז יו״ד קפ״ט ס״ק י״ב) — et le Taz poursuit en renvoyant au seif où cet avis se trouve, avec la correction d'imprimeur que portent les éditions (le texte donne « seif ד׳ » entre parenthèses et « ז׳ » entre crochets), pour conclure que l'on y exige quatre vues.
Et c'est ce que le Me'haber a écrit au seif 12 : ראיה ראשונה מן המנין לדברי הכל(שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ב). Le seif 11 ajoute que si elle a sauté une fois ou deux, elle n'appréhende pas encore le dilug tant qu'elle ne l'a pas fixé, alors même qu'elle appréhende les autres vestot dès la première fois : « דילגה פעם אחת או שתים אינה חוששת לדילוג אע״פ שחוששת לשאר וסתות בפעם אחת אינה חוששת לוסת הדילוג עד שתקבענו » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״א).
Seifim 8 à 10 — le dilug qui revient en boucle, et le sirug du troisième mois : le seif 8 développe le dilug qui se répète « en boucle » (15 nissan, 16 iyar, 17 sivan, puis de nouveau 15 tamouz, et ainsi de suite), et pose qu'elle fixe alors un veset de dilug 'halila. Le seif 9 traite du sirug de Roch 'Hodech (1 nissan, 1 sivan, 1 av → veset de Roch 'Hodech en sautant). Et le seif 10 pose l'inverse : si elle a rompu la suite au troisième mois, elle n'a rien fixé :
« ראתה ט״ו בניסן וט״ז באייר וי״ח בסיון לא קבעה וסת כיון שסירגה בחדש השלישי ולא ראתה עד י״ח בו » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י) Tous ces cas relèvent d'une seule logique : les intervalles — ou les sauts — doivent être égaux et continus. Le seif 7 lui-même se referme sur une ma'hloket que le Me'haber ne tranche pas, et dont il conclut qu'il faut craindre l'avis rigoureux : « וי״א שאע״פ שלא ראתה אלא בט״ו בניסן וט״ז באייר וי״ז בסיון קבעה וסת וחוששת לי״ח בתמוז וי״ט באב וכן לעולם ויש לחוש לדבריהם ולהחמיר » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ז).
5. La règle du jour et de la nuit — un veset dans une seule ona
« אין האשה קובעת לה וסת אפילו ראתה שלשה ר״ח זה אחר זה אלא אם כן יהיו כולם בעונה אחת ביום או בלילה ואם ראתה שלש פעמים ביום והרביעית בלילה או שלש פעמים בלילה והרביעית ביום חוששת ביום ובלילה מפני חשש הוסת הראשון ומפני חשש השני שהוא האחרון » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ג)
Traduction. « La femme ne se fixe pas de veset — même si elle a vu trois Roch 'Hodech l'un après l'autre — à moins qu'ils ne soient tous dans une seule ona : de jour, ou de nuit. Et si elle a vu trois fois de jour et la quatrième de nuit, ou trois fois de nuit et la quatrième de jour, elle appréhende de jour et de nuit : à cause de l'appréhension du premier veset, et à cause de l'appréhension du second, qui est le dernier. »
Le fondement — l'ona est l'unité de temps du veset.
Le veset ne se fixe pas sur un « jour » au sens large, mais sur une עונה — un jour ou une nuit. Le jour et la nuit sont deux unités distinctes dans les lois de nidda. De là : trois vues qui ne tombent pas toutes dans une même ona (les unes de jour, les autres de nuit) ne s'additionnent pas pour fixer, faute d'une 'hazaka pleine sur une ona déterminée.
Jour et nuit mêlés — une appréhension double, mais de poids inégal : lorsqu'elle a vu trois fois de jour et la quatrième de nuit, le veset du jour n'est pas encore fixé (la quatrième vue a rompu la suite) et une appréhension nouvelle est née pour la nuit. Le Me'haber statue donc qu'elle חוששת ביום ובלילה(שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ג). Le Chakh explique la formule par comparaison avec le seif 14 :
« חוששת ביום ובלילה. דזה וזה אסורים כדלקמן סעיף י״ד » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק כ״ח) Et le Taz montre que les deux appréhensions n'ont pas le même poids — c'est là que le lamdan doit s'arrêter :
« אותו שביום אינה נעקר עד שנעקר שלש פעמים ואותו שבלילה נעקר בפעם אחת שלא תראה בו עוד בלילה » (ט״ז יו״ד קפ״ט ס״ק ט״ו) Traduction : « celui du jour n'est pas déraciné tant qu'il n'a pas été déraciné trois fois, et celui de la nuit est déraciné en une seule fois, dès qu'elle n'y verra plus de nuit. » Une même phrase du Me'haber porte donc deux appréhensions de régimes opposés : l'une tenue par une 'hazaka acquise, l'autre non.
6. Le déracinement du veset — changement et déracinement en trois
Les seifim 14 à 16 sont l'application directe de la logique des 'hazakot : comment une 'hazaka fixée se décompose.
La langue du Me'haber (seifim 14 à 16)
« היתה רגילה לראות יום עשרים » — glose du Rama : « ויש לה בזה וסת קבוע » — « ושינתה ליום שלשים זה וזה אסורים » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ד)
« שינתה ג״פ ליום ל׳ הותר יום כ׳ ונאסר יום ל׳ » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ד)
« שינתה ראיותיה ולא השוה אותם »… « נעקר וסת הראשון ואין לה וסת כלל ואם חזרה לראות ביום הוסת הראשון חוזר לקביעותו הראשון וחוששת לו תמיד עד שיעקר ממנה שלש פעמים » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ט״ו)
« עברו עליה שלשה ר״ח ולא ראתה אינה חוששת להם חזרה וראתה בר״ח חזר הוסת למקומו » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ט״ז)
Traduction. Seif 14 : « Elle avait coutume de voir le vingtième jour — glose du Rama : et elle a en cela un veset fixe — et elle a changé pour le trentième : l'un et l'autre sont interdits. […] Elle a changé trois fois pour le trentième : le vingtième est permis et le trentième interdit. » Seif 15 : « Elle a changé ses vues sans les égaliser […] le premier veset est déraciné et elle n'a plus de veset du tout ; et si elle est revenue à voir au jour du premier veset, il revient à sa fixation première, et elle l'appréhende toujours jusqu'à ce qu'il soit déraciné d'elle trois fois. » Seif 16 : « Trois Roch 'Hodech ont passé sur elle sans qu'elle voie — elle ne les appréhende plus ; elle est revenue à voir à Roch 'Hodech — le veset est revenu à sa place. »
Le fondement — on ne déracine une 'hazaka que par une 'hazaka.
Un veset fixe est une 'hazaka, et une 'hazaka ne se déracine pas en une fois. D'où deux étapes :
• Le changement — la première fois qu'elle ne voit pas à son terme : זה וזה אסורים(שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ד) — elle appréhende le jour ancien (encore dans sa 'hazaka) et le jour nouveau (où une appréhension vient de naître).
• Le déracinement — seulement après trois fois sans vue à l'ancien terme (et fixation au nouveau) → l'ancien est permis et le nouveau interdit.
Et le Taz montre que la glose du Rama au seif 14 n'est pas un ornement : sans un veset déjà fixe, l'appréhension du vingtième jour tomberait dès la première omission :
« דאל״כ כיון דשינתה ולא ראתה ביום כ׳ נעקר חשש יום הך׳ כיון שאינו נקבע כבר בג״פ » (ט״ז יו״ד קפ״ט ס״ק כ״ו)
Le retour du veset à sa place — le 'hidouch des seifim 15 et 16 : si le veset a été déraciné sans qu'un autre soit fixé, et qu'elle חזרה לראות ביום הוסת הראשון(שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ט״ו), le veset retrouve sa fixation même en une seule fois, sans avoir besoin de trois vues nouvelles. La raison : la 'hazaka ancienne n'a pas été effacée, elle a été affaiblie ; une seule vue la réveille. Il en va de même pour le déracinement du veset de Roch 'Hodech au seif 16 : trois Roch 'Hodech sans vue → déraciné ; un seul Roch 'Hodech de retour → revenu à sa place. Le Chakh pose la condition qui borne ce 'hidouch — encore faut-il qu'elle n'ait pas fixé un autre veset entre-temps :
« כל שלא שינתה בינתיים בג׳ ראיות אחרות ואחר כך חזרה לראות ביום הוסת הא׳ חזרה לקביעותו הא׳ וצריך ג׳ פעמים לעקרו » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק מ״ד)
Ce qui reste ouvert : le Me'haber écrit au seif 15 que le retour au premier veset le ramène à sa fixation, et au seif 34 qu'une seule vue suffit à faire revenir l'appréhension de la haflaga. Le Taz signale lui-même que les deux endroits demandent à être lus ensemble — il renvoie du seif 34 à la difficulté qu'il avait soulevée sur le seif 15 (ט״ז יו״ד קפ״ט ס״ק נ׳). Nous ne tranchons pas cette difficulté ici : elle reste ouverte.Et pour la pratique — demande à ton Rav.
« כל וסת שנקבע מחמת אונס »… « אפילו ראתה בו כמה פעמים »… « אינו וסת שמפני האונס ראתה » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ז)
Gloses du Rama, dans le corps du seif : « כגון שקפצה וראתה » et « ומ״מ חוששת לו כמו לוסת שאינו קבוע » (רמ״א שם — יו״ד קפ״ט:י״ז)
« קפצה ביום ידוע כגון בר״ח או בא׳ בשבת וראתה בו ואירע כן בג׳ ר״ח או בג׳ א׳ בשבת קבעה לה וסת וחוששת לכל פעם שתקפוץ באותו זמן » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ח)
« יש קובעת וסת על ידי מקרים שיארעו בגופה כגון שמפהקת »… « וכן אם מתעטשת דרך מטה או חוששת בפי כריסה ובשפולי מעיה »… « בכל א׳ מאלו אם יארע לה שלשה פעמים וראתה קבעה לה וסת » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ט)
« פיהקה ב׳ פעמים בר״ח וראתה ואחר כך פיהקה שלא בר״ח וראתה הוברר הדבר שאין ר״ח גורם אלא הפיהוק » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ)
Traduction. Seif 17 : « Tout veset qui s'est fixé à cause d'un ones — glose du Rama : par exemple elle a sauté et elle a vu — même si elle y a vu plusieurs fois […] n'est pas un veset, car c'est à cause de l'ones qu'elle a vu » ; et le Rama ajoute : « et malgré tout elle l'appréhende comme un veset non fixe ». Seif 18 : « Elle a sauté un jour connu — par exemple à Roch 'Hodech ou un dimanche — et elle y a vu, et cela s'est produit trois Roch 'Hodech ou trois dimanches : elle s'est fixé un veset, et elle appréhende chaque fois qu'elle sautera à ce moment-là. » Seif 19 : « Il en est qui fixent un veset par des accidents qui surviennent dans leur corps, comme le bâillement […] de même si elle éternue, ou si elle éprouve une gêne au creux du ventre et au bas des intestins […] dans chacun de ces cas, si cela lui arrive trois fois et qu'elle voit, elle s'est fixé un veset. » Seif 20 : « Elle a bâillé deux fois à Roch 'Hodech et elle a vu, puis elle a bâillé un jour qui n'était pas Roch 'Hodech et elle a vu — il est devenu clair que ce n'est pas Roch 'Hodech qui cause, mais le bâillement. »
La 'hakira — veset du corps contre veset des jours, et l'isolement de la cause : le veset du corps (bâillement, éternuement, gêne au ventre — et, selon la glose du Rama au seif 23, l'ail, l'oignon et le poivre) se fixe comme le veset des jours, par trois fois. Mais une question aiguë se lève : quand la vue survient à la fois à une date fixe (Roch 'Hodech) et avec un signe du corps (le bâillement) — lequel des deux est la cause ? C'est la question de הוברר הדבר.
L'isolement de la cause — הוברר הדבר (seif 20) : le Me'haber donne un protocole de séparation :
Elle a bâillé deux fois à Roch 'Hodech, et la troisième fois elle a bâillé hors de Roch 'Hodech et elle a vu → « פיהקה ב׳ פעמים בר״ח וראתה ואחר כך פיהקה שלא בר״ח וראתה הוברר הדבר שאין ר״ח גורם אלא הפיהוק » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ) — c'est le bâillement qui cause, non la date. Le Chakh précise la conséquence : « אלא הפיהוק. וקבעה וסת לפיהוק לבדו » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק נ״ז)
Elle a bâillé deux fois à Roch 'Hodech, et la troisième fois elle a vu à Roch 'Hodech sans bâiller → « וכן אם בפעם השלישית ראתה בר״ח בלא פיהוק הוברר הדבר שאין הפיהוק גורם אלא הר״ח » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ) — c'est Roch 'Hodech qui cause. Et le Chakh : « אלא הראש חודש. וקבעה וסת לראש חודש לבדו » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק נ״ח)
C'est une expérience d'isolement de variable : on fait varier un facteur, on tient l'autre fixe, et l'on regarde lequel continue de fixer. Le seif 20 ajoute un troisième cas, qui n'est ni l'un ni l'autre : si elle a bâillé le 29 du mois sans voir, et qu'elle a vu à Roch 'Hodech sans bâiller, elle a fixé un veset au bâillement de la veille de Roch 'Hodech.
Le veset par ones qui ne fixe pas seul — et la position du Tour :
Le cas
La règle
Source
Elle a sauté et vu plusieurs fois (l'ones seul)
Ce n'est pas un veset, car c'est à cause de l'ones qu'elle a vu ; et malgré tout elle l'appréhende comme un veset non fixe
מחבר סי״ז ; et les deux parenthèses sont du רמ״א — l'une renvoyant à תוס׳, רשב״א ור״ח, l'autre à הג״מ פ״ח
L'ones joint à un jour fixe (Roch 'Hodech, dimanche)
Elle a fixé un veset pour les sauts de ce jour-là ; sans saut ce jour-là, elle n'appréhende pas
מחבר סי״ח
Fixer un veset aux sauts seuls, sans les jours
Le Taz relève que le Me'haber écarte ici l'avis du Tour, qui tient qu'il y a veset même pour les sauts seuls
ט״ז ס״ק ל״ב
La racine de la distinction — pourquoi l'ones seul ne fixe pas : fixer un veset, c'est mettre au jour une nature du corps qui voit à un moment donné. Quand la vue procède d'un acte extérieur (le saut), il n'y a pas là révélation d'une nature mais effet d'un ones — et donc, même répétée, le Me'haber en dit : « אינו וסת שמפני האונס ראתה » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:י״ז). Mais comme il subsiste un commencement de ריעותא, le Rama ajoute qu'elle l'appréhende comme un veset non fixe. Le Chakh précise la portée exacte de l'exclusion :
« בכמה ימים כיון שלא קבעה אותו לימים ידועים כגון בר״ח או באחד בשבת כדלקמן סי״ח אינו וסת » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק מ״ז) Et le Taz signale que cette règle n'est pas admise de tous :
« אינו וסת שמפני האונס ראתה זה דלא כדעת הטור שפסק אפילו לקפיצות לחוד יש וסת » (ט״ז יו״ד קפ״ט ס״ק ל״ב) Ce n'est que lorsque l'ones se lie à un temps fixe (trois Roch 'Hodech) que le temps s'y joint pour en faire un veset — car il y a alors un côté de nature. Voilà la profondeur de l'écart entre le seif 17 et le seif 18.
Appréhension dès la première fois, et non-combinaison des signes (seifim 21 à 26) : le veset du corps, comme tous les vestot, s'appréhende dès la première fois — le seif 21 en donne la raison générale : « שכל וסת בין של ימים בין של הגוף חוששת לו בפעם אחת » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ״א). Et le seif 26 pose la symétrie complète avec le veset des jours : « כשם שחוששת לוסת הימים בפעם אחת כך חוששת לוסת הגוף בפעם אחת » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ״ו). Enfin le seif 23 pose que les signes du corps ne s'additionnent pas entre eux : « כל אלו הוסתות שנקבעים על ידי מקרה אין אחד קובע עם חבירו אלא כל שפיהקה שלש פעמים וראתה קבעה וסת אבל אם פיהקה פעם אחת ונתעטשה שתי פעמים אין מצטרפים » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ״ג) — un bâillement et deux éternuements ne font pas trois. Et le Rama y ajoute la ma'hloket des aliments : « אכלה שום וראתה אכלה בצל וראתה אכלה פלפלין וראתה יש אומרים שקבעה לה וסת לראות ע״י כל אכילת דברים חמים » (רמ״א יו״ד קפ״ט:כ״ג), contre quoi il rapporte deux autres avis — l'un qui l'assimile à l'ones, l'autre au veset du corps. Le Rama rapporte ces trois avis sans trancher ; nous ne tranchons pas davantage.
8. Mesoulekat damim — ketana, zekena, meoubéret et menika
« וכן זקנה שעברו עליה שלש עונות משהזקינה ולא ראתה הרי זו מסולקת דמים ואינה חוששת לוסתה הראשון » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ״ח)
Glose du Rama : « וקטנה וזקנה אינן חוששות לוסת שאינו קבוע » — ב״י בשם הרשב״א (רמ״א יו״ד קפ״ט:כ״ח)
« מעוברת לאחר ג׳ חדשים לעיבורה ומניקה כל כ״ד חדש אחר לידת הולד אינה קובעת וסת אפי׳ מת הולד או גמלתו דמים מסולקים מהן כל זמן עיבורה וכל כ״ד חדש ומ״מ חוששת לראיה שתראה כדרך שחושש׳ לוסת שאינו קבוע » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ל״ג)
« מעובר׳ משהוכר עוברה ומניקה כל כ״ד חדש אינה חוששת לוסת הראשון אפילו היה לה וסת קבוע » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ל״ד)
Traduction. Seif 28 : « De même, une femme âgée sur qui ont passé trois onot depuis qu'elle a vieilli sans qu'elle voie — la voici mesoulekat damim, et elle n'appréhende plus son premier veset. » Glose du Rama : « et la ketana et la zekena n'appréhendent pas un veset non fixe ». Seif 33 : « La femme enceinte, après trois mois de grossesse, et la nourrice pendant les vingt-quatre mois qui suivent la naissance, ne fixent pas de veset — même si l'enfant est mort ou qu'elle l'a sevré — car leurs sangs sont retirés pendant tout le temps de la grossesse et pendant les vingt-quatre mois ; et malgré tout elle appréhende la vue qu'elle verrait, comme on appréhende un veset non fixe. » Seif 34 : « L'enceinte dont la grossesse est apparente, et la nourrice pendant les vingt-quatre mois, n'appréhendent pas le premier veset, même si elle avait un veset fixe. »
Le fondement — ce qu'est une « mesoulekat damim ».
Le siman traite, aux seifim 27 à 34, de quatre états où le corps n'a pas, par nature, coutume de voir à cette période : la tinoket / ketana (seif 27), la zekena (seifim 28 à 31), la meoubéret et la menika (seifim 33 et 34). De là un principe de fond : l'appréhension du veset n'est rien d'autre qu'une 'hazaka de vue ; là où les sangs sont retirés, cette 'hazaka est abolie à sa racine — le corps se tient dans une 'hazaka de retrait. Le siman ne dresse pas lui-même la liste des « quatre femmes » ; c'est la lecture que nous en faisons d'après les seifim cités.
La zekena et les trois onot — un déracinement par la nature : la femme âgée ne devient pas mesoulekat par la vieillesse elle-même, mais par שלש עונות משהזקינה ולא ראתה(שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ״ח) — de nouveau la logique du trois : trois interruptions déracinent la 'hazaka de vue. Et à partir de quand est-elle dite « âgée » ? Le seif 29 donne un critère de réalité, non de nombre : « שקורין לה אימא בפניה מחמת זקנותה » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ״ט) — celle que l'on appelle « mère » en sa présence, à cause de sa vieillesse. Et si elle revient à voir (seif 30) : « חזרה וראתה דינה כדין תינוקת שלא הגיע זמנה לראות » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ל) — son statut est celui d'une jeune fille dont le temps de voir n'est pas venu, et elle recommence à fixer.
Les étapes de l'enceinte et de la nourrice :
L'étape
La règle
Source
Enceinte dont la grossesse est apparente, et nourrice pendant vingt-quatre mois
Elle n'appréhende pas le premier veset, même s'il était fixe ; elle n'a pas besoin d'examen
מחבר סל״ד
Après trois mois de grossesse / pendant les vingt-quatre mois d'allaitement
Elle ne fixe pas de veset ; les sangs sont retirés — même si l'enfant est mort ou qu'elle l'a sevré — et malgré tout elle appréhende la vue comme un veset non fixe
מחבר סל״ג
Les jours de la grossesse et de l'allaitement passés
Elles reviennent à appréhender leur premier veset
מחבר סל״ד
Pourquoi l'enceinte est plus rigoureuse que la zekena — et le veset dans le veset : le Taz relève l'écart entre le seif 33 et le seif 28, et en donne la raison au nom du Beit Yossef :
« בזה חמור דין מעוברת מדין זקינה שבסעיף כ״ח וכ׳ ב״י הטעם שזקינה אין לה דם בטבע משא״כ מעוברת שיש לה דם רק שהעובר מעכב ותכף שעברו ימי העיבור חזרה למקומה » (ט״ז יו״ד קפ״ט ס״ק מ״ח) Traduction : « en cela la règle de l'enceinte est plus rigoureuse que celle de la femme âgée du seif 28, et le Beit Yossef en donne la raison : la femme âgée n'a plus de sang par nature, tandis que l'enceinte a du sang, seulement l'embryon le retient ; et sitôt les jours de la grossesse passés, il revient à sa place. » Voilà le fondement : un retrait par nature et un retrait par empêchement ne se déracinent pas de la même façon.
Par ailleurs la tinoket / ketana קובעת וסת כשאר נשים(שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:כ״ז) — trois vues pour les autres vestot, quatre pour le veset des intervalles — « sauf qu'il y a une différence entre elle et une adulte ». Et le seif 32 porte le 'hidouch du וסת בתוך וסת : « פעמי׳ שהאשה קובעת לה וסת בתוך וסת כיצד ראתה שלש פעמים בראש חודש ורביעית בב׳ לחודש ובר״ח וכן בחמישית ובששית הרי קבעה שתי וסתות » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ל״ב) — trois vues à Roch 'Hodech, puis une quatrième, une cinquième et une sixième où elle voit à la fois le 2 du mois et à Roch 'Hodech : elle a fixé deux vestot à la fois. Le Chakh défend la leçon « le 2 du mois » contre la variante « le 20 du mois » (ש״ך יו״ד קפ״ט ס״ק ע״ב).
Nafka mina — le retour de l'enceinte et de la nourrice (voir siman 184) : au moment du passage — fin de l'allaitement, accouchement — la 'hazaka de vue revient, et c'est d'elle que dépendent les lois de la פרישה סמוך לוסת. Le seif 34 le dit : « עברו ימי העיבור וההנקה חוזרות לחוש לוסתן הראשון » (שולחן ערוך יו״ד קפ״ט:ל״ד). Ces moments de passage sont particulièrement délicats en pratique, comme l'est tout le calcul des fixations et des déracinements de ce siman — il ne se fait pas seul. Et pour la pratique — demande à ton Rav, et en matière de pureté familiale également une conseillère halakhique agréée.
La 'hakira d'ensemble du siman : quelle est la nature de l'appréhension du veset, et comment la 'hazaka de vue se construit-elle et se défait-elle ?
De-oraïta ou de-rabanan — la racine de tout le siman. Le siman ne la tranche pas ; le Chakh s'appuie sur le côté de-rabanan pour incliner vers la קולא, notamment aux ס״ק מ״ט, ע״ג et ע״ה.
La 'hazaka du trois — fixation par trois, déracinement par trois ; et l'ona beinonit traitée comme un veset fixe par la force de la majorité.
Intervalles contre jours — la haflaga demande quatre vues (la première n'entre pas dans le compte) ; le veset des jours se contente de trois.
Dilug contre sirug — dans le dilug, c'est l'écart qui est l'objet ; dans le sirug, la date est fixe et la première vue se compte.
Veset du corps et ones — l'isolement de la cause (הוברר הדבר) ; l'ones seul ne fixe pas, et le Taz note que le Tour n'en juge pas ainsi.
Mesoulekat damim — ketana, zekena, enceinte, nourrice ; la 'hazaka de vue est abolie à sa racine, et le Taz distingue le retrait par nature du retrait par empêchement.
Nafka mina pour la pratique — telle que les seifim la posent :
Pas de veset fixe → elle appréhende l'ona beinonit (le trentième jour), qui a le statut d'un veset fixe pour la rigueur de l'examen (מחבר ס״א וס״ד ; ש״ך ס״ק ז׳).
Fixation par trois vues semblables ; le veset des intervalles — et le dilug des intervalles — par quatre (מחבר ס״ב וס״ה ; ט״ז ס״ק ג׳).
Un veset se fixe dans une seule ona (jour ou nuit) ; jour et nuit mêlés → elle appréhende les deux, mais le Taz montre que les deux appréhensions ne se déracinent pas au même prix (מחבר סי״ג ; ט״ז ס״ק ט״ו).
Déracinement d'un veset fixe par trois seulement ; retour à l'ancien veset — même en une fois, pourvu qu'elle n'en ait pas fixé un autre entre-temps (מחבר סט״ו–סט״ז ; ש״ך ס״ק מ״ד).
Le veset par ones seul ne fixe pas, mais elle l'appréhende (Rama) ; le veset du corps fixe par trois, et le test de הוברר הדבר isole la cause (מחבר סי״ז–סכ״ג ; ש״ך ס״ק נ״ז–נ״ח).
Mesoulekat damim — zekena après trois onot ; enceinte dont la grossesse est apparente ; nourrice pendant vingt-quatre mois → elle n'appréhende pas, et revient au terme du temps (מחבר סכ״ח, סל״ג–סל״ד ; ט״ז ס״ק מ״ח).
Et pour la pratique — le calcul des vestot est extrêmement complexe et ne se fait pas seul ; demande à ton Rav.
Tableau — les manières de fixer un veset, et leur règle
Type de veset
La règle / le compte des vues
Source
Ona beinonit (le 30e jour)
Appréhension due à la généralité des femmes ; statut de veset fixe pour l'examen
מחבר ס״א וס״ד
Veset des intervalles (הפלגות)
Quatre vues (la première n'entre pas dans le compte)
מחבר ס״ב
Veset des heures
Elle n'appréhende que son heure ; déraciné en une heure, même sans examen
מחבר ס״ג
Veset des jours du mois / de la semaine
Trois vues à date fixe
מחבר ס״ו
Dilug des intervalles / des jours
La première n'entre pas dans le compte ; quatre vues
מחבר ס״ה וס״ז
Sirug
La première entre dans le compte de l'avis de tous
מחבר ס״ט וסי״ב
Veset du corps (bâillement, etc.)
Trois fois ; les signes ne s'additionnent pas entre eux ; appréhension dès la première fois
מחבר סי״ט–סכ״ג ; רמ״א סכ״ג
Veset par ones seul
Ce n'est pas un veset ; et malgré tout elle l'appréhende comme un veset non fixe (Rama)
מחבר סי״ז ורמ״א שם
Tableau — mesoulekat damim
La femme
La règle
Source
Ketana / tinoket
Elle fixe comme les autres femmes (trois vues, quatre pour les intervalles), et n'appréhende pas un veset non fixe
מחבר סכ״ז ; רמ״א סכ״ח
Zekena (trois onot sans voir)
Mesoulekat damim ; elle n'appréhende plus son premier veset
מחבר סכ״ח–סכ״ט
Enceinte (grossesse apparente)
Elle n'appréhende pas le premier veset, même s'il était fixe
מחבר סל״ד
Nourrice (vingt-quatre mois)
Les sangs sont retirés ; elle appréhende la vue comme un veset non fixe
מחבר סל״ג
Tableau — ma'hlokot et 'hakirot centrales
Sujet
Côté A
Côté B
Nature de l'appréhension du veset
וסתות דאורייתא — une 'hazaka de vue pleine
וסתות דרבנן — une appréhension instituée ; le Chakh s'en sert pour la קולא, notamment aux ס״ק מ״ט, ע״ג et ע״ה
Compte des vues dans les intervalles
La première n'entre pas dans le compte (n'étant pas un intervalle)
Dans le sirug — la première entre dans le compte de l'avis de tous
Veset par ones
L'ones seul ne fixe pas — c'est la règle du Me'haber
Le Tour tient qu'il y a veset même pour les sauts seuls (ט״ז ס״ק ל״ב)
Déracinement d'une 'hazaka
Fixe — par trois seulement
Non fixe, et veset des heures — en une seule fois
Tableau — les sources de la sougya
Guemara : נדה ס״ג ע״ב — la michna de la fixation et du déracinement en trois fois · נדה ט׳ ע״א — la question de וסתות דאורייתא
Richonim nommés dans le siman ou son appareil : רשב״א (seif 4 et la glose du Rama du seif 28) · תוס׳ · ר״ח · רמב״ם · רמב״ן · רא״ש · ראב״ד · טור · ב״י · הגהות מיימוניות (glose du Rama du seif 17) · מרדכי (glose du Rama du seif 23)
Appareil consulté pour cette page : ש״ך (שפתי כהן) — soixante-seize entrées sur ce siman · ט״ז (טורי זהב) — cinquante entrées · בית יוסף · טור
~ ~ ~ ~ ~ DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות סימן קפ״ט · Niveau 2 — Lamdan · דיני הווסתות daattorah.com
⚠️ Ce contenu est écrit pour l'étude et l'examen seulement. Le calcul des vestot est complexe et ramifié ; pour toute décision pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton Rav, et en matière de pureté familiale également une conseillère halakhique agréée.