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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Siman 202 — La matière et l’air : deux empêchements, une seule immersion

Ce que le Beit Yossef a innové de lui-même, ce que le Ba’h a vérifié, ce que le Taz a concilié et ce que le Chakh a rejeté
יורה דעה · סימן ר״ב
דיני דברים החוצצים בטבילת כלים
📚 Niveau Lamdan · תלמיד חכם
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Le siman a l’air simple et il ne l’est pas. Sous ses neuf seifim vivent une ‘hakira sur la nature même de la חציצה dans les ustensiles, trois ma’hlokot dont l’une oppose le Chakh au Taz par écrit, une correction de texte que deux A’haronim signent du même mot, et deux questions que l’Aroukh HaChoul’han laisse ouvertes.

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן ר״ב

הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

  1. La ‘hakira : la חציצה est-elle un défaut de l’objet ou un défaut de l’eau ?
  2. Première ma’hloket — la michna du verre : indulgence ou rigueur ?
  3. Deuxième ma’hloket — l’ustensile large immergé la bouche en bas
  4. La kouchia du Taz sur le siman 201, et ses deux terouzim
  5. La tmiha de l’Aroukh HaChoul’han sur la glose du Rama
  6. Le שפופרת הנוד : une mesure, deux emplois
  7. Le lieu caché des ustensiles, et le point de coupe
  8. Le yessod du siman
  9. Tableau des positions
  10. Ce qui reste ouvert

1. La ‘hakira — un défaut de l’objet, ou un défaut de l’eau ?

La חציצה empêche-t-elle parce que l’ustensile n’est pas entré tout entier dans l’eau — et alors ce qui compte est l’objet, sa surface, son unité — ou parce que l’eau n’a pas touché l’ustensile — et alors ce qui compte est le contact, en chaque point ?

Les deux formulations rendent le même verdict dans le cas ordinaire. Elles se séparent sur un point, et c’est précisément le point que le seif 5 et le seif 9 mettent en jeu : le בית הסתרים, le creux que l’eau n’atteint pas.

Les Tossefot sur חולין tiennent le second terme, et l’on voit à leur question qu’ils y tiennent : si le manche excédentaire n’est pas immergé, pourquoi n’est-ce pas une petite partie dont on se soucie ?

« ואם תאמר ואידך ליהוי חציצה דהוי מיעוטו המקפיד דמיעוטו המקפיד חוצץ בכלים כמו באדם כדמשמע במסכת מקואות » (תוספות חולין ע״ג ע״א ד״ה מטביל עד מקום מדה)
« ויש לומר דאיירי בידות הכלים העשויין כעין חוליות כאותן שלשלאות של ברזל העשויין בטבעות » (תוספות חולין ע״ג ע״א ד״ה מטביל עד מקום מדה)

Le Roch tient le premier, et sa réponse est d’un autre ordre : dans un ustensile, le lieu caché n’est pas un endroit que l’eau doit atteindre — c’est un endroit dont on ne se soucie pas. L’Aroukh HaChoul’han met les deux en regard :

« ויש בזה שאלה והרי קיי״ל דבית הסתרים נהי דא״צ ביאת מים מ״מ ראוי לביאת מים בעינן והכא הרי אין ראוי לביאת המים » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י״א)
« אבל הרא״ש כתב בפ״י דמקוואות משנה ה׳ דבתוספתא משמע דבבית הסתרים של כלים לא חיישינן כלל לחציצה » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י״א)
La nafka mina est dans le seif 5, et elle est visible à l’œil nu. Le manche brisé au-dedans du bord ne fait pas interposition. Pour les Tossefot, il faut encore que l’eau puisse y venir — d’où leur lecture du manche en anneaux. Pour le Roch et Rabbénou Chimchon, il n’en faut rien : le lieu caché d’un ustensile est hors du champ de l’interposition, capable ou non de recevoir l’eau. Un manche creux hermétiquement soudé départage les deux.

2. Première ma’hloket — la michna du verre : indulgence ou rigueur ?

« אֵלּוּ חוֹצְצִים בַּכֵּלִים. הַזֶּפֶת וְהַמּוֹר בִּכְלֵי זְכוּכִית, בֵּין מִבִּפְנִים בֵּין מִבַּחוּץ » (משנה מקואות פ״ט מ״ה)
Deux façons de lire « sur un ustensile de verre ». Ou bien la michna enseigne que sur le verre, seuls la poix et le mor font interposition, parce que rien d’autre n’y adhère — et c’est une indulgence sur le verre, une rigueur sur les autres. Ou bien elle enseigne que sur le verre, même la poix et le mor font interposition, alors qu’ailleurs on les tolère parce qu’on a coutume d’enduire l’ustensile — et c’est une rigueur sur le verre.
Rachi et le Tour — la première lecture, et le Tour en donne la raison physique.
« לפי שהוא חלק מאד אין דברים אחרים חוצצין בו שאין נדבקין בו אבל בשאר הכלים כל דבר נדבק וחוצץ » (טור יו״ד ר״ב)
Le Semag, au nom de Rabbénou Its’ḥak — la seconde, et le Chakh la rapporte au ס״ק א.
« כתב הסמ״ג בשם ר״י דה״ק אפילו זפת ומור שאין חוצצין בשאר כלים שדרך לזפתן בכלי זכוכית חוצצין » (ש״ך יו״ד ר״ב ס״ק א)
« וכתב הב״ח דהכי נהיגי עלמא להחמיר ולא כהעט״ז שהעתיק לשון הטור » (ש״ך יו״ד ר״ב ס״ק א)
L’Aroukh HaChoul’han ne choisit pas : il retient la rigueur des deux côtés, et donne au passage la raison psychologique de la rigueur sur le verre — c’est le matériau dont on exige la netteté.
« ולפ״ז נקיט חומר בכלי זכוכית והטעם משום דבכלי זכוכית קפדי טובא אמנקיותא ולדינא בוודאי נקטינן להחמיר כשני הפירושים » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:ב)
Deux nafka minot, en sens contraire. Sur le verre : une matière autre que la poix et le mor — pour Rachi et le Tour, elle ne colle pas et ne fait pas interposition ; pour le Semag, elle fait interposition à plus forte raison. Sur un ustensile de métal enduit de poix : pour Rachi et le Tour, interposition ; pour le Semag, non, car tel est son usage. En retenant les deux rigueurs, on interdit dans les deux cas.
Un mot sur le מור lui-même, car les avis n’y sont pas non plus d’accord. Le Rambam écrit חמר, et l’édition de Sefaria enregistre la variante dans une parenthèse du seif 1. Le Taz renvoie au ערוך et l’entend au sens de la myrrhe ; l’Aroukh HaChoul’han en fait une matière collante voisine de la poix. La halakha ne s’en trouve pas changée — ce qui colle et qu’on veut faire partir fait interposition — mais l’identification, elle, reste ouverte.
« פי׳ בערוך ל׳ מור ואהלות » (ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק ב)

3. Deuxième ma’hloket — l’ustensile large immergé la bouche en bas

C’est la ma’hloket centrale du siman, et elle naît d’un seul mot du Choul’han Aroukh. La michna dit sans distinguer : celui qui immerge un ustensile par son ouverture, c’est comme s’il ne l’avait pas immergé. Rabbénou Chimchon l’entend de tout ustensile. Le Choul’han Aroukh, lui, écrit אם פיו צר קצת. Le Taz retrace l’histoire de ce mot :

« במשנה כתוב סתם שאין מטבילין כלי דרך פיו ופירש הר״ש כל כלי שבתחילת הכנסתו במים כופהו על פיו אין המים נכנסים לתוכו לעולם ואפילו מכניסו לתוכו כולו » (ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק ו)
« וב״י חידש מסברא דנפשיה שבכלי רחב נכנסין המים לתוכו ועל כן חילק כאן בש״ע בין צר » (ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק ו)
Le Ba’h ne conteste pas un raisonnement par un autre raisonnement : il conteste par l’expérience. Vérifié et éprouvé, écrit-il — dans tout ustensile, même large, l’eau n’atteint pas le fond du dedans, à cause de l’air qui y demeure.
« ומו״ח ז״ל חלק עליו ואמר שבדוק ומנוסה הוא שכל כלי אפילו רחב אין המים נכנסין עד שולי הכלי מבפנים מחמת האויר שבתוכו » (ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק ו)
« צר קצת כו׳. והב״ח כתב דאפילו פיו רחב לא עלתה לו טבילה: » (ש״ך יו״ד ר״ב ס״ק ג)
Le Taz concilie, et sa conciliation est une troisième position : la vérité est du côté du Ba’h, sauf pour un ustensile large qui n’a pas de grande cavité — une écuelle, par exemple — où l’eau entre bien. Et c’est là, dit-il, que le Beit Yossef a raison.
« והאמת הוא כן אלא שבכלי רחב ואין בו חלל גדול כמו קערות וכיוצא בהם נכנסים לתוכן ובזה צדקו דברי הב״י » (ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק ו)
Les Nekoudot HaKessef — c’est-à-dire le Chakh lui-même — refusent la conciliation, et par deux arguments. Le premier est textuel : le Choul’han Aroukh a écrit un peu étroite, et si la règle était celle du Taz, une ouverture très large serait en cause elle aussi. Le second est de nouveau expérimental, et il retourne contre le Taz l’arme du Ba’h.
« (סימן ר״ב בט״ז ס״ק ו׳) ובזה צדקו כו׳. ז״א דהא כתב אם פיו צר קצת ואם איתא אפי׳ פיו רחב הרבה ועוד דגם זה בדוק שאינו דאפילו רחב הרבה אין המים עוברים לשוליו כשמניחו על פיו: » (נקודות הכסף יו״ד ר״ב)
L’Aroukh HaChoul’han tranche, et il tranche comme le Taz : il reprend la distinction du Taz dans sa propre formulation du din, en nommant expressément les écuelles et les coupes larges.
« אם פיו צר ואפילו רחב קצת אם אינו רחב הרבה כקערות וכוסות רחבים ולא הפך פיו למעלה לא עלתה לו טבילה » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י)
La nafka mina est celle d’un geste. Un bol, une assiette creuse, une écuelle, immergés à l’envers et non redressés : pour le Beit Yossef, l’immersion vaut ; pour le Ba’h et les Nekoudot HaKessef, elle ne vaut pas ; pour le Taz et l’Aroukh HaChoul’han, elle vaut parce que la cavité est petite. Pour une marmite profonde, les quatre s’accordent : elle ne vaut pas.

Le Baer Hetev, au ס״ק ה, rapporte les deux positions l’une après l’autre, sans trancher — et c’est cette entrée qui met le lecteur en présence de la ma’hloket entière.

« צר. והב״ח כ׳ דאפי׳ פיו רחב לא עלתה לו טבילה אבל אם הוא כלי רחב ואין בו חלל גדול כמו קערות וכיוצא בהם כתב הט״ז דלכ״ע מהני טבילה: » (באר היטב יו״ד ר״ב ס״ק ה)

4. La kouchia du Taz sur le siman 201, et ses deux terouzim

Le même Choul’han Aroukh écrit, au siman précédent, que celui qui immerge dans un mikvé juste suffisant immerge la marmite et les autres ustensiles par leur ouverture ; et ici, que par l’ouverture il n’y a pas d’immersion du tout. Comment les deux tiennent-ils ensemble ?
« ולפי זה אתי שפיר מ״ש בסימן ר״א סעיף ס״ג דאם מטביל במקוה מצומצם את היורה ושאר כלים מטבילן דרך פיו וכאן כתב שבדרך פיו אין כאן טבילה » (ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק ו)
Deux réponses, et elles ne coûtent pas le même prix. La première suppose la distinction du Taz lui-même : la marmite du siman 201 peut être très large, donc elle rentre dans l’exception. La seconde renonce à la distinction et corrige la lecture du siman 201 : là-bas, il n’était pas dit « par l’ouverture » au sens strict, mais qu’on le retourne un peu dans l’eau.
« ולפי מ״ש ניחא דהיורה אפשר שהוא רחב מאד ועוד י״ל דלעיל לא אמר ממש דרך פיו אלא בתוך המים מהפכו קצת » (ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק ו)
Le second terouts est le plus important pour la pratique, et il passe presque inaperçu : dans l’eau, il le retourne un peu. Il ne s’agit pas de choisir un sens d’entrée dans le mikvé mais de faire, une fois l’ustensile immergé, le geste qui laisse échapper l’air. Ce geste seul rend la ma’hloket sans objet.

5. La tmiha de l’Aroukh HaChoul’han sur la glose du Rama

Le Rama écrit que la noirceur collée à la marmite, du dehors, est comme la paroi de l’ustensile. L’Aroukh HaChoul’han s’en étonne : la michna dit expressément qu’on n’immerge pas le קומקום avec ses charbons à moins de les avoir frottés — et quelle différence y a-t-il entre un קומקום et une יורה ?
« ותמיהני על רבינו הרמ״א דהא תנן בפ״ט דמקואות סוף משנה ב׳ לא יטביל את הקומקום בפחמין אא״כ שפשף » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:ד)
Le terouts tient à une lecture du Rambam, et le Roch y souscrit : il ne s’agit pas de la noirceur du dehors mais des charbons qui sont dedans, qu’il faut déplacer afin qu’ils ne se collent pas les uns aux autres. La glose du Rama se tient alors — mais selon la lecture du Bartenoura, elle ne se tiendrait pas.
« לֹא יַטְבִּיל אָדָם אֶת הַקֻּמְקוּם בְּפֶחָמִין שֶׁבּוֹ אֶלָּא אִם כֵּן שִׁפְשֵׁף » (רמב״ם הלכות מקואות פרק ג הלכה י״ז)
« ומצאתי להרא״ש בפירושו שם שהסכים לפי׳ הרמב״ם » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:ד)
« ולפ״ז א״ש דברי רבינו הרמ״א ומ״מ לפי׳ הרע״ב אינו כן דהוה חציצה » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:ד)
Et il reste une question que l’Aroukh HaChoul’han ne résout pas. Le Rambam a posé que la majeure partie fait interposition même sans gêne. Si donc la majeure partie de la marmite est couverte de noirceur, la permission du Rama tient-elle encore ?
« ומ״מ יש להסתפק אף לפי פסקו של רבינו הרמ״א אם רוב הכלי דבוק בשחרורית אם חוצץ » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:ה)
« אִם הָיָה רֹב הַכְּלִי חָפוּי בְּזֶפֶת אוֹ בְּחֵמָר וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן לֹא עָלְתָה לוֹ טְבִילָה » (רמב״ם הלכות מקואות פרק ג הלכה י)
Sa réponse est une inclination, non une décision — et il le dit dans les mêmes mots : si la noirceur est vraiment comme la paroi, elle n’entre pas dans la catégorie de la gêne, et la mesure de la majeure partie ne la concerne pas. Mais il ajoute qu’il y a lieu de peser encore la chose en pratique.
« משמע שאפילו בכולו אינו חוצץ ואין זה בגדר מקפיד ואינו מקפיד אלא דהוה ממש כדופן הכלי ויש להתיישב בזה לדינא » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:ה)

6. Le שפופרת הנוד — une mesure, deux emplois

La largeur du goulot d’une outre est la mesure classique de la jonction : au-dessous, deux eaux ne se rejoignent pas. La glose du seif 6 l’exige de l’ustensile extérieur. Mais est-ce la même exigence que celle du seif 8, où le Choul’han Aroukh demande de remplir un ustensile à col étroit ?

Le Chakh répond que non, et c’est une distinction de fond : il y a la jonction d’une eau à une eau, et il y a la jonction d’une eau à l’ustensile qu’elle doit toucher. La seconde n’a pas besoin de la mesure de la première.
« ואשמעינן דאע״ג דאין בפיו כשפ״ה מהני כשממלאו או משההו במים דאע״ג דבעלמא לא הוי חבור רק כשפ״ה לכלי גופא סגי בכל שהוא כדלעיל סי׳ ר״א ס״ט » (ש״ך יו״ד ר״ב ס״ק ז)
« ואפילו אין בהנקב כשפופרת הנאד הוי חיבור דאע״ג דחיבור מים למים צדך דווקא כשפה״נ מ״מ לעניין טבילת הכלי עצמו הוי חיבור אפילו בפחות » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י)
Le Chakh ajoute la conséquence qui compte : l’inverse est vrai aussi. Une ouverture plus large que la mesure ne dispense de rien si l’eau n’y entre pas d’elle-même — il faudra encore attendre ou remplir.
« מיהו אפי׳ רחב יותר משפ״ה אם הוא בענין שאין המים נכנסין לו מיד צריך להשהותו או למלאותו תחלה ופשוט הוא » (ש״ך יו״ד ר״ב ס״ק ז)
Et la mesure se trouve encore relativisée par une autre voie, celle du מיגו. Si l’ustensile extérieur a lui-même besoin d’être immergé, dit le Chakh, l’immersion qui monte pour lui monte aussi pour celui du dedans — et l’ouverture n’a plus à mesurer quoi que ce soit. L’Aroukh HaChoul’han pose aussitôt la limite de ce מיגו : il vaut pour l’ouverture, pas pour le poids.
« אם יש כו׳. היינו כשהחיצון טהור אבל כשהחיצון צריך גם כן טבילה אפי׳ אין בפיו כשפ״ה מותר דמיגו דסלקא טבילה לחיצון סלקא נמי לפנימי כדלעיל סי׳ ר״א סעיף ט׳: » (ש״ך יו״ד ר״ב ס״ק ד)
« וזהו רק לעניין נקב כשפה״נ אבל לעניין כובד הכלי הכל אחד דהא על כל פנים בעינן שיגיעו המים לשולי הכלים » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י״ג)
Trois régimes à ne pas confondre. Un — l’ustensile extérieur est déjà pur : il faut la mesure du goulot. Deux — l’ustensile extérieur a lui aussi besoin d’immersion : la mesure ne s’impose plus. Trois — dans les deux cas, si l’ustensile intérieur pèse sur le fond, ni l’un ni l’autre n’est immergé au point d’appui, et aucun מיגו n’y remédie.

Le Chakh, au ס״ק ו, détaille en pratique ce que cela donne pour un panier de vaisselle — et sa conclusion est plus indulgente qu’on ne l’attendrait :

« הוא כבד כו׳. לשון האו״ה שם דין צ״ה דוקא כלים שמלאו מקודם דמתוך שהוא מלא מכביד על דופניו וחוצץ אבל כלי רק אין לחוש דאי אפשר שלא יבוא שמה מים אך יזהר שלא יושיב כלים הרבה בכלי להטבילם יחד אפי׳ הם רקים אא״כ שלא ישבו זה ע״ג זה ככלי העומד על שוליו או על פיו אבל להניח זה אצל זה בדלי אפי׳ כלים הרבה יחד מותר לכתחלה אפי׳ יפלו זה ע״ג זה בבאר ואין לחוש דמתוך שמתגלגלין הנה והנה נוגעים המים ע״פ כולם עד כאן: » (ש״ך יו״ד ר״ב ס״ק ו)

7. Le lieu caché des ustensiles, et le point de coupe

Le seif 9 dispense d’immerger le manche au-delà de la mesure. Le Taz donne en neuf mots la raison pour laquelle le point de coupe lui-même ne fait pas interposition :

« עד מקום שעתיד לקוץ כו׳. ולא הוה מקום חתך חציצה לפי שהוא בית הסתרים ואינו חוצץ: » (ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק ט)
Mais Rachi et le Bartenoura donnent une tout autre raison : ce qui est destiné à être coupé est comme coupé. L’Aroukh HaChoul’han refuse cette raison, et pour deux motifs. D’abord parce que cette logique est celle de Rabbi Chimon, et que la halakha ne suit pas Rabbi Chimon sur ce genre de raisonnement. Ensuite parce qu’elle est superflue : si le lieu caché des ustensiles n’a même pas besoin d’être capable de recevoir l’eau, à quoi bon dire que ce qui va être coupé est déjà coupé ?
« ותמיהני דסברא זו דכל העומד ליחתך כחתוך דמי הוה כמו דאמרינן בעלמא לר״ש דכל העומד לפדות כפדוי דמי » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י״ב)
« ולכן נלע״ד דהרע״ב העתיק לשון רש״י ונתן עליו ביאור דאין כוונתו מפני שכחתוך דמי אלא כלומר דכחתוך דמי מפני שא״צ שם ראוי לביאת מים » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י״ב)
Et il pose une seconde question, qui touche cette fois la psika elle-même. Dans la michna, le partage est entre le premier avis et Rabbi Yehouda ; dans la guemara de חולין, entre Rabbi Méïr et les sages. Le Rambam, le Tour et le Choul’han Aroukh ont tranché comme le premier avis — mais selon la version de la guemara, cela revient à trancher comme Rabbi Méïr contre les sages.
« ודע דבגירסת המשנה ת״ק ס״ל דמטביל עד המדה ור״י מצריך להטביל כולו ולכן פסקו הרמב״ם וטוש״ע כת״ק » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י״ב)
« וא״כ היה לפסוק כחכמים דאומר שם כמאן כר״מ ע״ש וצ״ע קצת » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י״ב)
Le צ״ע a une portée pratique. Il ne défait pas la halakha du seif 9 — le Choul’han Aroukh a tranché — mais il invite, là où rien ne coûte, à immerger le manche tout entier. C’est d’ailleurs ce que la pratique fait d’elle-même : on ne mesure pas ce qu’on va couper, on plonge l’objet.

8. Le yessod du siman

Le siman tient deux empêchements, et ils n’ont pas la même structure. La matière collée se mesure : il y a un seuil de surface — רובו — et un seuil d’attention — מקפיד —, et l’on discute lequel est de la Torah. L’air emprisonné ne se mesure pas : un fond non mouillé n’est pas une petite partie non mouillée, c’est une immersion qui n’a pas eu lieu. C’est pourquoi le seif 6 ne parle ni de majorité ni de gêne, et pourquoi la ma’hloket qu’il ouvre n’est pas une ma’hloket de mesure mais une ma’hloket de fait : l’eau entre-t-elle, oui ou non ?

Le Taz, au premier ס״ק du siman, pose la première moitié de ce yessod en rattachant la matière collée au siman 198 — c’est-à-dire à l’immersion des personnes — et en nommant les deux seuils :

« אלו חוצצין בכלים. תלוי בקפידא של אדם כדלעיל סי׳ קצ״ח סעיף א׳ והוא מדרבנן והיינו או ברובו של כלי אע״ג דאין מקפיד עליו או במיעוטו המקפיד כ״פ הר״ש פ״ט דמקואות וכמ״ש בסעיף ב׳: » (ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק א)
« ונתבאר שם דמן התורה אין חציצה רק ברובו ומקפיד ורבנן גזרו על רובו אף שאינו מקפיד ועל מיעוטו המקפיד » (ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:ג)

9. Tableau des positions

QuiCe qu’il tientRéférence
Rachi, le TourLe verre est lisse : rien d’autre n’y adhère. La michna est une indulgence sur le verre.טור יו״ד ר״ב
Le Semag, au nom de Rabbénou Its’ḥakMême la poix et le mor font interposition sur le verre. La michna est une rigueur.ש״ך יו״ד ר״ב ס״ק א
Le Ba’hSur le verre, l’usage est de se montrer rigoureux. Et pour l’ustensile immergé la bouche en bas : même large, l’immersion ne vaut pas.ש״ך יו״ד ר״ב ס״ק ג
Le Beit Yossef, et le Choul’han Aroukh après luiDans un ustensile large, l’eau entre : d’où la distinction du seif 6, un peu étroite.שו״ע יו״ד ר״ב:ו
Le TazLa vérité est du côté du Ba’h, sauf pour un ustensile large sans grande cavité — une écuelle —, où le Beit Yossef a raison.ט״ז יו״ד ר״ב ס״ק ו
Les Nekoudot HaKessef (le Chakh)La conciliation du Taz ne tient pas : elle contredit le mot un peu, et l’expérience la dément.נקודות הכסף יו״ד ר״ב
Les Tossefot sur חוליןLe lieu caché d’un ustensile doit rester capable de recevoir l’eau — d’où le manche fait d’anneaux.תוספות חולין ע״ג ע״א ד״ה מטביל עד מקום מדה
Le Roch, Rabbénou ChimchonDans un ustensile, on ne se soucie pas du tout d’interposition en lieu caché.ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:י״א
L’Aroukh HaChoul’hanRigueur des deux côtés sur le verre ; comme le Taz pour l’ustensile large ; et deux points laissés à peser.ערוך השולחן יורה דעה ר״ב:ב

10. Ce qui reste ouvert

  1. La noirceur sur la majeure partie de la marmite. L’Aroukh HaChoul’han incline à permettre, parce que la noirceur est « vraiment comme la paroi » et ne relève donc pas de la mesure de la gêne — mais il écrit qu’il y a lieu de peser la chose en pratique, et n’en fait pas un psak.
  2. La version de la guemara de חולין au seif 9. Le partage entre le premier avis et Rabbi Yehouda dans la michna devient, dans la guemara, un partage entre Rabbi Méïr et les sages. Trancher comme le premier avis revient alors à trancher contre les sages, et l’Aroukh HaChoul’han écrit וצ״ע קצת.
  3. L’identité du מור. Le Rambam écrit חמר ; la parenthèse du seif 1 enregistre deux autres lectures ; le Taz renvoie au ערוך, l’Aroukh HaChoul’han en fait une matière proche de la poix. La halakha ne dépend pas de la réponse, l’exégèse du texte si.
  4. Le lieu caché : faut-il qu’il soit capable de recevoir l’eau ? Les Tossefot le demandent, le Roch et Rabbénou Chimchon ne le demandent pas. Le Choul’han Aroukh ne tranche pas expressément ; le Taz, au ס״ק ט, se range du côté du Roch.

Pour aller plus loin

Les autres niveaux de ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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סימן ר״ב · Niveau 2 — Lamdan · דיני דברים החוצצים בטבילת כלים
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