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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 204 — Ce qui fait qu’une parole lie (דין המתפיס בנדר)

Le נדר véritable est celui qui rattache (מתפיס) la chose à un דבר הנדור — « ce pain m'est comme le קרבן » : quatre seifim pour découvrir le mécanisme
יורה דעה · סימן ר״ד
דִּין הַמַּתְפִּיס בְּנֶדֶר
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 204, qui ouvre le cœur du traité des nedarim. Les simanim précédents ont fermé les lois de la pureté ; à partir d'ici, c'est un tout autre monde : l'engagement de la parole. Et la première question de ce monde est aussi la plus fondamentale : qu'est-ce qui fait qu'un mot lie ? Le Choul'han Aroukh répond en quatre seifim, et sa réponse tient en un verbe — שיתפיס, « qu'il rattache ». Ce sont des règles למעשה dont la conséquence est lourde (un נדר transgressé est un interdit de la Torah) : on les étudie ici, on ne les applique qu'avec un Rav.

Sujet : Le נדר qui rattache — דין המתפיס בנדר
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ר״ד

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. De quoi parle ce siman ? Les quatre seifim du דין המתפיס בנדר
2. Le texte du Choul'han Aroukh, seif par seif, avec sa traduction
3. Les concepts-clés : נדר · שבועה · דבר הנדור · המתפיס · איסר · קונם · סתם נדרים להחמיר · כדי דיבור
4. L'appareil du Chakh — les neuf ס״ק, cités un à un
5. L'appareil du Taz — les cinq ס״ק, et la critique du Rama
6. Le Baer Hetev, le Pit'hei Techouva, et ce que les Nekoudot HaKessef ne disent pas
7. Le tableau du siman : la parole, son effet, son appareil
8. Cas pratiques
9. Synthèse et questions de compréhension

1. De quoi parle ce siman ? Les quatre seifim du דין המתפיס בנדר

Le Choul'han Aroukh ouvre ici le traité des vœux par sa question la plus nue : qu'est-ce qui, dans une parole, crée un interdit ? La réponse tient en une proposition, et il faut la lire lentement — le fondement du נדר énoncé dans la Torah, c'est qu'il rattache à un דבר הנדור. Tout le reste du siman, et une bonne part des simanim qui suivent, ne fait que déplier ce mot : rattacher.

Quatre seifim. Le premier pose le mécanisme et sa chaîne. Le deuxième élargit le point d'attache à tout ce qui fut consacré par une parole d'homme. Le troisième montre que la chaîne peut être faite d'hommes et non d'objets. Le quatrième touche à la puissance singulière du נדר : atteindre ce qui n'existe pas encore.

Le siman tient en un verbe : rattacher (שיתפיס). Une parole ne lie pas parce qu'elle est solennelle, mais parce qu'elle accroche une chose permise à une chose déjà interdite par une parole d'homme. Tout le reste — la chaîne, les ustensiles du Temple, le « et moi », les fruits à venir — en découle.

Les deux textes qui portent le siman

Deux textes sont debout derrière tout le siman, et il vaut la peine de les lire maintenant. Le premier donne la dérivation scripturaire du דבר הנדור ; le second donne la différence entre le נדר et la שבועה, qui commandera les simanim 205 et 206.

La guemara, sur le verset אִישׁ כִּי יִדֹּר נֶדֶר, en tire : jusqu'à ce qu'il voue par une chose objet d'un vœu — à l'exclusion du premier-né, qui est une chose interdite [par elle-même]. C'est la phrase que le Chakh place en tête du siman, et c'est elle qui sépare le 204 du 205.

« אָמַר קְרָא: ״כִּי יִדֹּר״, עַד שֶׁיִּדּוֹר בְּדָבָר הַנָּדוּר, לְאַפּוֹקֵי בְּכוֹר, דְּדָבָר הָאָסוּר הוּא » (נדרים י״ג ע״א)

Et voici la distinction qui commande tout le bloc : le נדר interdit l'objet à l'homme ; la שבועה, elle, interdit l'homme à l'égard de l'objet. Le Taz la reprendra mot pour mot au siman 206 (ס״ק ו).

« אַיְּידֵי דִּתְנָא נְדָרִים דְּמִיתְּסַר חֶפְצָא עֲלֵיהּ, תְּנָא נָמֵי חֲרָמִים, דְּמִיתְּסַר חֶפְצָא עֲלֵיהּ. לְאַפּוֹקֵי שְׁבוּעָה, דְּקָאָסַר נַפְשֵׁיהּ מִן חֶפְצָא » (נדרים ב׳ ע״ב)

Le Rambam la dit à sa manière, et c'est la formule la plus claire des trois.

« הַמַּתְפִּיס בִּשְׁבוּעָה פָּטוּר וּבִנְדָרִים חַיָּב » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ג׳ הלכה א)

2. Le texte du Choul'han Aroukh, seif par seif, avec sa traduction

Seif א — Le fondement : rattacher à un דבר הנדור

דין המתפיס בנדר. ובו ד׳ סעיפים:
עיקר נדר האמור בתורה הוא שיתפיס בדבר הנדור כגון שאומר ככר זה עלי כקרבן או שאמר יאסר עלי ככר זה או שאמר ככר זה עלי איסור וכן אם אסר עליו ככר אחד שתלאו בדבר הנדור ואמר על אחר יהא כזה אסור ואפילו עד מאה כולם אסורים או שנדר על יום אחד להתענות בו או שלא לאכול בו בשר ואמר על יום אחר יהא כזה אסור (יש חלוקי לשונות בענין הנדר והרב לא כתבם ועיין בפנים):
Le fondement du נדר énoncé dans la Torah, c'est qu'il rattache (שיתפיס) [la chose] à un דבר הנדור — par exemple lorsqu'il dit : « ce pain m'est comme un קרבן » ; ou qu'il dit : « que ce pain me soit interdit » (יאסר עלי ככר זה) ; ou qu'il dit : « ce pain m'est איסור ». Et de même, s'il s'est interdit un pain qu'il avait rattaché à un דבר הנדור, et qu'il a dit d'un autre : « qu'il soit interdit comme celui-ci » — et même jusqu'à cent, tous sont interdits. Ou s'il a fait vœu, à propos d'un jour, d'y jeûner ou de n'y pas manger de viande, et qu'il a dit d'un autre jour : « qu'il soit interdit comme celui-ci ». (Glose de l'éditeur : il y a des variantes de formulation en matière de נדר, que le Rav n'a pas écrites ; voir à l'intérieur.)

Seif ב — Pas seulement le קרבן : toute chose sanctifiée par la bouche

לאו דוקא מתפיס בקרבן אלא ה״ה בכל דבר הקדוש בקדושת הפה כגון שאומר ככר זה כאימרא כדירים כמזבח כהיכל כירושלים או כאחד מכל משמשי מזבח הרי זה נדר: הגה אם נדר בשלחן שבמקדש הוי נדר אבל אם אמר כשלחן סתם ולא אמר כשלחן הקדש אין זה כלום ומכל מקום בעם הארץ יש להתיר שלא יהא פרוץ בנדרים. (הגהות מרדכי דשבועות בשם מוהר״ם) מביאה ב״י בסי׳ רל״ז:
Ce n'est pas seulement en rattachant à un קרבן : il en va de même de toute chose sanctifiée par la sainteté de la bouche (דבר הקדוש בקדושת הפה) — par exemple lorsqu'il dit : « ce pain est comme l'agneau (כאימרא), comme les enclos (כדירים), comme l'autel (כמזבח), comme le Sanctuaire (כהיכל), comme Jérusalem (כירושלים), ou comme l'un quelconque des ustensiles de service de l'autel » — c'est un נדר. Glose du Rama : s'il a fait vœu par la table qui est dans le Temple, c'est un נדר ; mais s'il a dit « comme une table » sans préciser, sans dire « comme la table consacrée », cela n'est rien. Et néanmoins, pour un עם הארץ, il y a lieu de [le] délier, afin qu'il ne soit pas relâché en matière de vœux (Hagahot Mordekhaï sur Chevouot au nom du Maharam ; le Beit Yossef le rapporte au siman 237).

Seif ג — « Et moi comme toi » : la chaîne du כדי דיבור

שמע חבירו ואמר אני כמותך בתוך כדי דבור הרי זה אסור במה שנאסר בו חבירו שמע הג׳ זה שאמר ואני ואמר ואני אפי׳ היו ק׳ וכל אחד אומר ואני בתוך כדי דיבורו של חבירו הרי כולם אסורים:
Il a entendu son compagnon [faire vœu] et a dit : « moi comme toi », dans le temps d'une parole (בתוך כדי דיבור) — le voici interdit dans ce dont son compagnon s'est interdit. Un troisième a entendu celui-ci qui a dit « et moi », et a dit « et moi » — même s'ils étaient cent, et que chacun dit « et moi » dans le temps de parole de son compagnon — les voici tous interdits.

Seif ד — Interdire ce qui n'est pas encore au monde

אדם אוסר על עצמו דבר שלא בא לעולם לכשיבא לעולם:
Un homme peut s'interdire à lui-même une chose qui n'est pas encore venue au monde (דבר שלא בא לעולם), pour lorsqu'elle viendra au monde.

Ce que disent ces quatre seifim

Un verbe, et tout le traité en découle. Le Choul'han Aroukh ne définit pas le נדר par une intention ni par une formule sacrée : il le définit par un geste de langage — rattacher (התפסה). Je prends une chose permise (ce pain) et je la colle à une chose déjà interdite par un vœu (un קרבן). Le pain devient alors interdit comme lui. Le Mehaber ajoute aussitôt deux formules qui lient sans rattacher à rien : « יאסר עלי » et « עלי איסור » — et c'est là-dessus que porte toute la discussion du Taz au ס״ק א.
La chaîne. Une fois le premier pain interdit par rattachement, il devient lui-même un דבר הנדור : on peut donc lui rattacher un deuxième pain, puis un troisième — « et même jusqu'à cent, tous sont interdits ». Le Chakh (ס״ק ד) précise que la chaîne ne s'arrête pas à l'identité d'espèce : le premier peut être un pain, le deuxième de la viande, le troisième des fruits.
Un jour aussi. Le נדר ne porte pas seulement sur des aliments : un jour que l'on s'est interdit par vœu (jeûner, ne pas manger de viande) devient lui-même un דבר הנדור auquel on peut rattacher un autre jour. Le Chakh (ס״ק ה) renvoie, pour ce cas, au siman 215.
Sanctifié par la bouche. Ce qui rend un objet apte à servir de point d'attache, ce n'est pas qu'il soit saint, c'est que sa sainteté soit venue d'une bouche humaine — קדושת הפה. L'autel, le Sanctuaire, Jérusalem, les ustensiles du service : tout cela a été consacré par une parole d'homme. C'est pourquoi on peut s'y rattacher. Le premier-né (בכור), saint dès le ventre de sa mère, ne le peut pas — et c'est exactement la ligne de partage que pose la guemara.
La glose que deux géants contestent. Le Rama distingue « la table du Temple » et « une table » sans précision. Le Chakh (ס״ק ח) écrit : les paroles du Rav ne sont pas ajustées ; le Taz (ס״ק ה) va plus loin encore. C'est l'une des ma'hlokot les plus vives du siman — nous la déplions au niveau Lamdan.
Le temps d'une parole. Le כדי דיבור est la durée qu'il faut pour dire « שלום עליך רבי » : une soudure temporelle. Tant que le second parle dans cet intervalle, son « et moi » se rattache au vœu du premier ; passé ce délai, il ne rattache plus rien. Et la chaîne des cent, ici, est une chaîne de personnes, non d'objets.
Ce qui n'existe pas encore. Voici la puissance propre du נדר : contrairement à la consécration (הקדש), il peut mordre sur ce qui n'est pas encore au monde. Le Chakh (ס״ק ט) pose aussitôt la limite : sur lui-même, oui — sur autrui, non. Le Pit'hei Techouva y consacre sa seule entrée du siman.

3. Les concepts-clés de ce siman

Ce siman ouvre un vocabulaire entièrement neuf. Chaque mot y est un mécanisme ; il faut les poser avant de lire.

נדר — Vœu. Une parole qui rend une chose interdite à celui qui parle. Le נדר porte sur l'objet (חפצא) : c'est le pain qui devient interdit, et il l'est dès lors pour celui qui a parlé comme le serait une nourriture interdite.
שבועה — Serment. Une parole qui engage la personne (גברא) : ce n'est pas la chose qui devient interdite, c'est l'homme qui se lie lui-même à l'égard de la chose. La guemara pose la distinction dans ces termes : le נדר « interdit l'objet sur lui », la שבועה « interdit sa propre personne à l'égard de l'objet ». C'est le pivot de tout le bloc 204-206.
דבר הנדור — « Une chose objet d'un vœu ». Une chose devenue interdite par la parole d'un homme — un קרבן, un pain déjà interdit par vœu. C'est le seul point d'attache valide. À l'opposé, le דבר האסור (interdit par la Torah elle-même : porc, נבלה) ne l'est pas — et c'est tout le siman 205.
המתפיס — Celui qui rattache. De la racine תפ״ס, « saisir ». Le מתפיס ne crée pas un interdit à partir de rien : il accroche une chose permise à une chose déjà interdite, et l'interdit se propage par contact de langage.
איסר — Lien, interdit. Le mot de la Torah — לאסור אסר על נפשו — dont le Rambam fait la source du vœu d'interdiction. Dire « ce pain m'est איסור » suffit : c'est la seconde formule du seif א.
קונם — Konam. L'un des כינויים (substituts) du mot קרבן. Dire « קונם ce pain sur moi » vaut « comme un קרבן ». Le mot revient au siman 206 seif ד, où le Choul'han Aroukh en donne lui-même la définition.
סתם נדרים להחמיר — « Les vœux, dans le doute, vers la rigueur ». Règle d'interprétation : quand une formule est ambiguë (« comme l'agneau » — un agneau de קרבן, ou un agneau ordinaire ?), on la comprend au sens qui lie. C'est la raison que donne le Taz (ס״ק ב) pour tenir « כאימרא » comme un vœu.
כדי דיבור — « Le temps d'une parole ». Bref intervalle — la durée d'une salutation à son maître — pendant lequel une parole reste soudée à la précédente. C'est lui qui rend possible la chaîne des « ואני » du seif ג.
דבר שלא בא לעולם — Ce qui n'est pas encore venu au monde. Des fruits qui n'ont pas poussé, un profit à venir. La consécration (הקדש) ne les atteint pas ; le נדר, lui, les atteint — sur soi-même. C'est tout le seif ד.

4. L'appareil du Chakh (ש״ך) — les neuf ס״ק

Le Chakh est ici le commentateur décisif : neuf entrées, dont deux très longues. Elles sont données ci-dessous une par une, avec leur référence.

ס״ק א — בדבר הנדור

« לאפוקי בדבר האסור כדלקמן ר״ס ר״ה » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק א)

La toute première ligne du siman, et elle en dessine la frontière : « à l'exclusion d'un דבר האסור » — c'est-à-dire d'une chose interdite par la Torah elle-même. Le Chakh renvoie au début du siman 205, qui traitera précisément ce cas. Autrement dit : les simanim 204 et 205 forment une seule question, posée deux fois — ce à quoi on peut rattacher, et ce à quoi on ne peut pas.

ס״ק ב — ככר זה עלי כקרבן

« אם אמר קרבן עלי ככר זה וכן הוא בהר״ן ריש נדרים » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ב)

Le Chakh ajoute que l'ordre des mots est indifférent : « קרבן sur moi, ce pain » lie comme « ce pain sur moi, comme un קרבן ». Il l'appuie sur le Ran au début de Nedarim. (Le texte porte ici une incise d'éditeur entre crochets, que nous recopions telle quelle.)

ס״ק ג — יאסר עלי

« ולא אמרינן דכוון לדבר האסור משום צד איסור » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ג)

Pourquoi dire « que ce pain me soit interdit » lie-t-il, alors qu'aucun קרבן n'est nommé ? Parce qu'on ne présume pas que l'homme visait un דבר האסור. Le Chakh renvoie à la question du צד איסור au siman 208.

ס״ק ד — שתלאו בדבר הנדור

« שאמר על ככר ראשון יהא זה כקרבן וה״ה אם אמר על ככר הראשון יאסר עלי וחזר ואמר על אחר יהא כזה אפי׳ עד מאה כולם אסורים » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ד)
« ואפי׳ אמר על אחר שאינו מינו של הראשון כגון שהראשון הוא ככר והשני הוא בשר והשלישי פירות » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ד)

La chaîne du seif א, expliquée et étendue. Le Chakh nomme ses sources — le Rambam dans les הלכות נדרים, le Semag — et tire la conséquence qui n'allait pas de soi.

ס״ק ה — על יום אחד להתענות

« על יום אחד להתענות כו » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ה)

Une entrée d'une ligne : pour le cas du jour de jeûne rattaché à un autre jour, le Chakh renvoie au siman 215.

ס״ק ו — יש חלוקי לשונות

« כגון אמר כקרבן בפת״ח או בשו״א או בציר״י או לקרבן » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ו)

Les « variantes de formulation » que la glose de l'éditeur annonçait, le Chakh les nomme : c'est la vocalisation qui change tout — כקרבן avec patah, avec cheva, avec tséré, ou לקרבן.

ס״ק ז — כאימרא

« כשה של קרבן כדירים דיר של קרבן כירושלים דחומות העיר ומגדליה משירי הלשכה אתו » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ז)
« והר״ן פי׳ כירושלים כקרבנות שבירושלים » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ז)

Le glossaire du seif ב, mot à mot : l'agneau du sacrifice, l'enclos du sacrifice, et — pour Jérusalem — deux lectures, celle du Roch (les murailles de la ville, bâties du surplus de la chambre du Temple) et celle du Ran (les sacrifices de Jérusalem).

ס״ק ח — אם נדר בשלחן

« דברי הרב אינם מכוונים והעולה מהגהת מרדכי הוא דאם אמר ככר זה עלי כשלחן שבמקדש או כאחד מכלי הקודש הוי נדר דהתפיס בדבר הנדור » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ח)
« אבל המתפיס או נודר בשלחן סתם ואין רצונו כשלחן שבמקדש שיצטרך התרה בע״ה אין לנו ובנדרים הלך אחר לשון בני אדם » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ח)

L'entrée la plus longue du siman, et la plus critique. Le Chakh rétablit ce que dit réellement le Hagahot Mordekhaï, puis oppose au Rama le principe בנדרים הלך אחר לשון בני אדם — en matière de vœux, on suit la langue des hommes (siman 217). Il conclut sur un וצ״ע.

ס״ק ט — אדם אוסר

« דבר שלא בא לעולם יכול לאסור על עצמו ע״י קונם כמו שיכול לאסור פירותיו של חברו אבל בהקדש גמור לא » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ט)
« ועל חבירו אינו יכול לאסור אפילו על ידי קונם דבר שלא בא לעולם » (ש״ך יו״ד ר״ד ס״ק ט)

Le Chakh fonde le seif ד sur le Hagahot Ascheri, pose la triple distinction — sur soi oui, par הקדש גמור non, sur autrui non — et poursuit sur le cas très concret du vœu de donner le מעשר d'un profit à venir.

5. L'appareil du Taz (ט״ז) — les cinq ס״ק

Le Taz ouvre le siman par une longue défense du Tour contre une difficulté du Beit Yossef, puis explique les termes du seif ב, et clôt par la critique la plus dure de tout le siman.

ס״ק א — עיקר נדר

« ונראה דדברי הטור נכונים דאקרא קאי דאמר איש כי ידור נדר ודרשינן עד שידור בדבר הנדור » (ט״ז יו״ד ר״ד ס״ק א)
« קמ״ל דהאי בדבר הנדור לאו דוקא במידי דנדור לשמים אלא אפי׳ באומר אסור עלי הוה נמי נדר » (ט״ז יו״ד ר״ד ס״ק א)

Le Taz s'attaque d'emblée à une difficulté du Beit Yossef sur le Tour. Sa conclusion est un principe : דבר הנדור ne veut pas dire « voué au Ciel » ; même « ce pain m'est interdit » est un נדר, et l'on peut donc s'y rattacher à son tour.

ס״ק ב — כאימרא

« כשה לקרבן דסתם נדרים להחמיר » (ט״ז יו״ד ר״ד ס״ק ב)

Deux mots, et le principe le plus cité du traité : si « agneau » peut désigner l'agneau du sacrifice ou un agneau ordinaire, on retient le premier — סתם נדרים להחמיר.

ס״ק ג — כדירים

« כדיר של בהמות של קרבן או כדיר של עצים השייכים לקרבנות » (ט״ז יו״ד ר״ד ס״ק ג)

L'enclos : celui des bêtes du sacrifice, ou celui du bois qui leur est destiné.

ס״ק ד — כירושלים

« פי׳ הרא״ש דחומתיה משירי הלשכה אתו. והר״ן פירש כקרבנות שבירושלים » (ט״ז יו״ד ר״ד ס״ק ד)

Jérusalem : le Taz range côte à côte les deux lectures, celle du Roch et celle du Ran, sans trancher.

ס״ק ה — אם נדר בשלחן שבמקדש

« נמצא שאין חילוק כלל בין שלחן הקודש בין סתם דבתרוייהו אסור בל׳ מתפיס בנדר ובשניהם מותר אם אומר לשון אני נודר או נשבע » (ט״ז יו״ד ר״ד ס״ק ה)
« ודברי הרב רמ״א כאן הם כשגגה היוצאת מלפני השליט » (ט״ז יו״ד ר״ד ס״ק ה)

La critique la plus dure du siman. Le Taz reconstitue la question posée au Maharam, montre que le Rama a mal lu le Hagahot Mordekhaï, conclut qu'il n'y a aucune différence entre « la table consacrée » et « une table », et achève par une formule restée célèbre. Il ajoute avoir soumis la chose à son beau-père (le Ba'h), qui l'a approuvé.

6. Le Baer Hetev, le Pit'hei Techouva, et les Nekoudot HaKessef

Le Baer Hetev est le condensé : six entrées qui reprennent le Chakh et le Taz pour l'étudiant pressé. Le Pit'hei Techouva n'a qu'une entrée, sur le seif ד, et elle est riche.

ס״ק א — הנדור

« לאפוקי בדבר האסור » (באר היטב יו״ד ר״ד ס״ק א)

Reprise du Chakh ס״ק א : la frontière avec le דבר האסור.

ס״ק ב — כקרבן

« וכ״ש אם אמר קרבן עלי ככר זה » (באר היטב יו״ד ר״ד ס״ק ב)

Reprise du Chakh ס״ק ב : l'ordre des mots est indifférent.

ס״ק ג — מאה

« ואפילו אמר על א׳ שאינו מינו של הראשון כגון שהראשון הוא ככר והב׳ הוא בשר והג׳ פירות » (באר היטב יו״ד ר״ד ס״ק ג)

Reprise du Chakh ס״ק ד : la chaîne traverse les espèces.

ס״ק ד — לשונות

« כגון אמר כקרבן בפת״ח או בשו״א או בציר״י או לקרבן » (באר היטב יו״ד ר״ד ס״ק ד)

Reprise du Chakh ס״ק ו : les variantes de vocalisation.

ס״ק ה — סתם

« אלא אם התפיס בדבר כגון שאמר ככר זה עלי כשלחן הקודש או אפילו כשלחן סתם הוי ג״כ אסור כמו באימרא ודירים » (באר היטב יו״ד ר״ד ס״ק ה)

Le Baer Hetev rapporte ici ensemble le Taz et le Chakh contre le Rama, et reprend jusqu'à la formule finale du Taz. C'est le meilleur résumé de la controverse.

ס״ק ו — לעולם

« דדבר שלא בא לעולם יכול לאסור על עצמו ע״י קונם כמו שיכול לאסור פירותיו של חבירו אבל בהקדש גמור לא » (באר היטב יו״ד ר״ד ס״ק ו)

Reprise du Chakh ס״ק ט, complétée : le Baer Hetev signale que le Taz, au siman 215, conteste la conclusion sur le vœu de donner le מעשר d'un profit à venir.

Le Pit'hei Techouva

ס״ק א — על עצמו

« אבל על חבירו אינו יכול לאסור דבר שלא בא לעולם » (פתחי תשובה יו״ד ר״ד ס״ק א)
« על שוחט אחד שאסר שחיטתו על כל ישראל » (פתחי תשובה יו״ד ר״ד ס״ק א)

Sa seule entrée du siman, sur le seif ד. Le Pit'hei Techouva pose d'abord la limite du Chakh, puis rapporte un cas réel et disputé : un cho'het qui avait interdit sa che'hita à tout Israël. Est-ce un דבר שלא בא לעולם ? Le Chaar HaMelekh y consacre un long développement et distingue selon que l'on interdit tout profit (l'interdit mord alors sur le corps, qui existe) ou un profit particulier.

Les Nekoudot HaKessef. Les Nekoudot HaKessef sont la réponse du Chakh au Taz ; sur d'autres simanim, ce sont elles qui tranchent. Ici, elles ne commentent pas le siman 204 : aucune entrée ne nous est donnée pour ce siman. Nous ne leur faisons donc dire ni oui ni non, et aucune colonne de tableau ne porte leur nom dans cette étude.

7. Le tableau du siman

SeifLa parole prononcéeEffetL'appareil
א« ce pain m'est comme un קרבן » · « יאסר עלי » · « עלי איסור » · la chaîne jusqu'à cent · un jour rattaché à un jourInterdit — le נדר lieChakh ס״ק א-ו · Taz ס״ק א · Baer Hetev ס״ק א-ד
בכאימרא · כדירים · כמזבח · כהיכל · כירושלים, ou l'un des ustensiles du service · Rama : la table du Temple, et « une table » sans précisionInterdit (tout ce qui est קדוש בקדושת הפה) · Rama : « une table » ne lie pas, mais on délie pour un עם הארץChakh ס״ק ז-ח · Taz ס״ק ב-ה · Baer Hetev ס״ק ה
ג« ואני כמותך » dit dans le כדי דיבור, jusqu'à cent personnesInterdit — chacun est pris dans le vœu du précédent(aucune entrée du Chakh, du Taz ni du Baer Hetev sur ce seif)
דil s'interdit un דבר שלא בא לעולםInterdit — pour lorsque la chose viendra au mondeChakh ס״ק ט · Baer Hetev ס״ק ו · Pit'hei Techouva ס״ק א

8. Cas pratiques

Ces cas sont donnés pour comprendre le mécanisme, non pour conclure : un vœu réellement prononcé se porte devant un Rav, et lui seul dira s'il y a lieu de délier.

Il dit à table : « ce gâteau m'est comme un קרבן ».
C'est le cas pur du seif א : il a rattaché une chose permise à un דבר הנדור. Le gâteau lui est interdit, et il est devenu à son tour un point d'attache possible. Pour savoir s'il y a lieu de délier, et comment, on va voir un Rav.
Il dit : « que ce gâteau me soit interdit », sans nommer aucun קרבן.
Le seif א prévoit expressément cette formule — יאסר עלי — et elle lie. Le Chakh (ס״ק ג) explique qu'on ne présume pas qu'il ait voulu s'appuyer sur un interdit de la Torah. Le Taz (ס״ק א) en fait même le cœur de sa lecture du Tour.
Il a interdit un pain par vœu ; le lendemain il dit d'une tranche de viande : « qu'elle soit comme ce pain ».
La chaîne du seif א, et elle traverse les espèces (Chakh ס״ק ד, Baer Hetev ס״ק ג). La viande est atteinte parce que le pain est devenu, par le premier vœu, un דבר הנדור.
Deux amis étudient ; l'un fait vœu, l'autre dit aussitôt « et moi ».
Seif ג : si le « et moi » tombe dans le כדי דיבור, il est pris dans le même interdit. S'il parle plus tard, rien ne s'est attaché — mais la question de savoir si le délai a été tenu est précisément le genre de question qu'on ne tranche pas seul.
Il dit : « les fruits que produira cet arbre me seront interdits ».
Seif ד : le נדר atteint ce qui n'est pas encore au monde, pour lorsqu'il y viendra. Mais le Chakh (ס״ק ט) et le Pit'hei Techouva rappellent que cela ne vaut que sur soi-même — non pour interdire à autrui.

9. Synthèse du Siman 204

Quatre seifim, un seul mécanisme. (1) Le נדר de la Torah est celui qui rattache une chose permise à un דבר הנדור ; deux formules lient pourtant sans rattacher — יאסר עלי et עלי איסור — et la chaîne des rattachements n'a pas de terme (« même jusqu'à cent »), pas plus qu'elle n'a de frontière d'espèce (Chakh ס״ק ד). (2) Le point d'attache n'est pas le קרבן seul mais tout ce qui est קדוש בקדושת הפה : ce qu'une bouche d'homme a consacré. Le Rama y ajoute une glose sur la table du Temple que le Chakh (ס״ק ח) et le Taz (ס״ק ה) contestent tous deux, et durement. (3) La chaîne peut être humaine : « ואני כמותך » prononcé dans le כדי דיבור prend celui qui parle dans le vœu du précédent, et cent hommes peuvent ainsi se lier l'un après l'autre. (4) Enfin, le נדר mord sur ce qui n'est pas encore au monde — sur soi-même, et non sur autrui (Chakh ס״ק ט, Pit'hei Techouva ס״ק א).

Questions de compréhension

  1. Pourquoi le Choul'han Aroukh définit-il le נדר par le verbe « rattacher » (שיתפיס) plutôt que par une intention ?
  2. Qu'est-ce qu'un דבר הנדור, et pourquoi un morceau de porc n'en est-il pas un ?
  3. Comment cent pains peuvent-ils devenir interdits par une seule chaîne de paroles ? Et la chaîne exige-t-elle une identité d'espèce ?
  4. Qu'est-ce que la קדושת הפה, et pourquoi le premier-né (בכור) en est-il exclu ?
  5. Que reprochent exactement le Chakh et le Taz à la glose du Rama sur la table du Temple ?
  6. Qu'est-ce que le כדי דיבור, et que se passe-t-il si le second parle après ce délai ?
  7. Sur quoi porte la seule entrée du Pit'hei Techouva de ce siman, et quelle limite pose-t-elle ?
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן ר״ד · Niveau 1 — Initiation
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