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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 205 — Le rattachement qui ne prend pas (דין האוסר דבר עליו באיסור תורה)

Deux seifim seulement, et vingt-deux entrées d'appareil : pourquoi « comme de la chair de porc » ne lie rien, et pourquoi il faut tout de même aller voir un חכם
יורה דעה · סימן ר״ה
דִּין הָאוֹסֵר דָּבָר עָלָיו בְּאִסּוּר תּוֹרָה
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le siman 204 a dit ce qui fait qu'une parole lie : rattacher à un דבר הנדור. Celui-ci dit l'inverse — et l'inverse est plus long à dire. Rattacher à un דבר האסור, une chose que la Torah interdit d'elle-même, ne crée aucun נדר : ni « comme de la chair de porc », ni « comme ma mère », ni « comme du יין נסך ». Et pourtant le Choul'han Aroukh exige, d'un עם הארץ, qu'il aille faire délier — avec une rigueur particulière. Ce paradoxe occupe vingt-deux entrées d'appareil pour deux seifim. Ce sont des règles למעשה : on les étudie ici, on les applique avec un Rav.

Sujet : Siman 205 — דין האוסר דבר עליו באיסור תורה : le rattachement qui ne prend pas
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ר״ה

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. De quoi parle ce siman ? Deux seifim, vingt-deux entrées d'appareil
2. La frontière : דבר הנדור d'un côté, דבר האסור de l'autre
3. Le texte du Choul'han Aroukh, seif par seif, avec sa traduction
4. Les concepts-clés du siman
5. L'appareil du Chakh — les dix ס״ק
6. L'appareil du Taz — les cinq ס״ק
7. Le Baer Hetev, le Pit'hei Techouva et les Nekoudot HaKessef
8. Le tableau du siman
9. Cas pratiques
10. Synthèse et questions de compréhension

1. De quoi parle ce siman ? Deux seifim, vingt-deux entrées d'appareil

Le siman 205 est le plus court du bloc : deux seifim. Il est aussi l'un des plus denses : ces deux seifim portent vingt-deux entrées d'appareil — dix du Chakh, cinq du Taz, cinq du Baer Hetev, une du Pit'hei Techouva, une des Nekoudot HaKessef. Il n'y a là aucune contradiction : le siman traite d'un échec, et un échec se discute plus longuement qu'un succès.

Le siman précédent a dit ce qui lie : rattacher à un דבר הנדור, une chose interdite par la parole d'un homme. Celui-ci dit ce qui ne lie pas : rattacher à un דבר האסור, une chose interdite par la Torah elle-même — le porc, l'idole, la נבלה, la mère, la sœur. Rien ne prend. Mais le Choul'han Aroukh ne s'arrête pas là : il ajoute aussitôt que, pour un עם הארץ, il faut tout de même aller demander à un חכם, et avec une sévérité particulière. C'est ce paradoxe — ce n'est pas un vœu, et pourtant il faut le délier — qui occupe la plus grande part de l'appareil.

Deux seifim, deux échecs, et un paradoxe. Seif א : rattacher à un interdit de la Torah — rien ne prend, mais un עם הארץ doit tout de même faire délier, et par un פתח, non par une simple חרטה. Seif ב : dire de son vin qu'il sera יין נסך — rien ne prend ; mais s'il l'a dit par manière de sanction (דרך קנס) et qu'il a transgressé, יש אוסרים ויש מתירים.

2. La frontière : דבר הנדור d'un côté, דבר האסור de l'autre

La ligne vient d'un mot du verset, et la guemara la tire en une phrase. Elle a déjà servi au siman 204 ; ici, elle est le siman tout entier :

« אָמַר קְרָא: ״כִּי יִדֹּר״, עַד שֶׁיִּדּוֹר בְּדָבָר הַנָּדוּר, לְאַפּוֹקֵי בְּכוֹר, דְּדָבָר הָאָסוּר הוּא » (נדרים י״ג ע״א)

La michna de Nedarim donne la liste même que reprend notre seif א — et l'on y reconnaît le porc, l'idole, les נבלות וטריפות :

« וְאֵלּוּ מוּתָּרִין: ״חוּלִּין שֶׁאוֹכַל לָךְ״, ״כִּבְשַׂר חֲזִיר״, ״כַּעֲבוֹדָה זָרָה״, ״כְּעוֹרוֹת לְבוּבִין״, ״כִּנְבֵילוֹת וּטְרֵיפוֹת » (נדרים י״ג ע״ב)

Et la michna suivante donne la seconde moitié du seif : l'homme qui a parlé ainsi de sa femme, et le פתח ממקום אחר qu'on lui ouvre :

« הָאוֹמֵר לְאִשְׁתּוֹ ״הֲרֵי אַתְּ עָלַי כְּאִימָּא״ — פּוֹתְחִין לוֹ פֶּתַח מִמָּקוֹם אַחֵר. שֶׁלֹּא יָקֵל רֹאשׁוֹ לְכָךְ » (נדרים י״ג ע״ב)
Le critère, formulé par le Rambam. Pourquoi « comme du porc » ne lie-t-il pas, alors que « comme un קרבן » lie ? Parce qu'une bête profane peut devenir קרבן par une parole — donc la comparaison a un sens. Mais rien ne peut devenir du porc. Le Rambam en fait une règle générale, et c'est elle qu'il faut retenir de tout le siman.
« הֲרֵי אֵלּוּ אֲסוּרִין עָלָיו מִפְּנֵי שֶׁאֶפְשָׁר שֶׁיִּדֹּר אָדָם קָרְבָּן וְיַעֲשֶׂה בְּהֵמָה שֶׁהָיְתָה חֹל קָרְבָּן וְתֵאָסֵר » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה ז)
« הֲרֵי אֵלּוּ מֻתָּרִין וְאֵין כָּאן נֵדֶר. שֶׁאִי אֶפְשָׁר שֶׁיַּעֲשֶׂה דָּבָר שֶׁאֵינוֹ בְּשַׂר חֲזִיר כִּבְשַׂר חֲזִיר » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה ח)
« זֶה הַכְּלָל כָּל הַמֵּשִׂים דְּבָרִים הַמֻּתָּרִים כַּדְּבָרִים הָאֲסוּרִים אִם אוֹתוֹ דָּבָר הָאָסוּר יָכוֹל לַעֲשׂוֹתוֹ בְּנֵדֶר הֲרֵי אֵלּוּ אֲסוּרִים. וְאִם אֵינוֹ יָכוֹל לַעֲשׂוֹתוֹ בְּנֵדֶר הֲרֵי אֵלּוּ מֻתָּרִין » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה ט)

3. Le texte du Choul'han Aroukh, seif par seif

Seif א — Rattacher à un interdit de la Torah, et ce qu'on exige tout de même d'un עם הארץ

דין האוסר דבר עליו באיסור תורה. ובו ב׳ סעיפים:
האומר פירות אלו עלי או מין פלוני עלי או מה שאוכל עם פלוני עלי כבשר חזיר או כעבודת כוכבים או כנבלות וטריפות וכיוצא באלו וכן האומר לאשתו הרי את עלי כאמי או כאחותי או כערלה או ככלאי הכרם הרי אלו מותרים ואין כאן נדר ואם היה האומר עם הארץ צריך שאלה לחכם ומראין בעיניו שאשתו אסורה ושאותם פירות אסורים ומחמירים עליו שאין די לו בחרטה אלא צריך לפתוח לו פתח ממקום אחר ומתירים לו נדרו כדי שלא ינהגו קלות ראש בנדרים: הגה יש אומרים דבזמן הזה לכולי עלמא דיינינן להו כדין עם הארץ לפי שרובן אינן בני תורה (תשובת הרשב״א) ומיהו י״א דאפילו בעם הארץ אין צריך שאלה רק באוסר אשתו עליו אבל לא בשאר נדרים (טור ועיין ס״ק ד׳):
Celui qui dit : « ces fruits sont sur moi », ou « telle espèce sur moi », ou « ce que je mangerai avec untel sur moi » — comme de la chair de porc, ou comme un culte d'idoles, ou comme des נבלות וטריפות et leurs semblables ; et de même celui qui dit à sa femme : « te voici sur moi comme ma mère, ou comme ma sœur, ou comme de la ערלה, ou comme du כלאי הכרם » — tout cela est permis, et il n'y a pas là de נדר. Et si celui qui a parlé était un עם הארץ, il lui faut une שאלה auprès d'un חכם, et on lui donne à voir que sa femme est interdite et que ces fruits sont interdits, et l'on est rigoureux avec lui : la חרטה seule ne lui suffit pas, mais il faut lui ouvrir un פתח d'un autre endroit et lui délier son vœu — afin qu'on ne traite pas les vœux à la légère. Glose du Rama : certains disent qu'à notre époque tous sont jugés comme des עמי הארץ, la plupart n'étant pas des בני תורה (responsa du Rachba) ; et cependant certains disent que même pour un עם הארץ il ne faut de שאלה que lorsqu'il interdit sa femme sur lui, et non pour les autres vœux (Tour, et voir le ס״ק ד).
Deux temps qu'il ne faut pas confondre. (1) Le droit : rattacher à un דבר האסור ne crée aucun נדר. La chose reste permise. (2) La prudence : si celui qui a parlé est un עם הארץ, on le traite comme si le vœu avait pris — on lui montre que sa femme est interdite, et on lui fait délier — pour une raison qui n'est pas la sienne : כדי שלא ינהגו קלות ראש בנדרים, afin que le public ne prenne pas les vœux à la légère.
חרטה ne suffit pas : il faut un פתח. Le Choul'han Aroukh durcit ici la procédure d'annulation elle-même. Ordinairement, un regret portant sur l'origine du vœu peut suffire ; ici, on exige que le חכם lui ouvre une porte d'un autre endroit — qu'il lui fasse découvrir une conséquence à laquelle il n'avait pas pensé, et qui lui montre qu'il n'aurait pas parlé s'il l'avait sue. Le Chakh (ס״ק ג) précise que le Ran ajoute une limite : on ne lui ouvre pas cette porte par l'honneur de sa mère.

Seif ב — « que mon vin soit יין נסך » : la parole de sanction

האומר שיהא יינו יין נסך ופתו פת כותים לא נאסר בכך אבל אם אמרו בדרך קנס כגון שאמר אם אעשה כך או אם אעבור על כך יהיה פתי פת כותים וייני יין נסך ועבר יש אוסרים ויש מתירים: הגה ואפ״ה בעם הארץ יש להתירו וכל זה ביחיד שקבל על עצמו אבל רבים יכולים בזמן הסנהדרין לרדות המורדים והפושעים שיינם יהיה יין נסך ופתן פת כותים וכל מה שגוזרים בזה הי׳ קיים (תשובת הרשב״א) ע״ל סי׳ רכ״ט מי שאמר אם אעשה דבר פלוני לא אהיה יהודי:
Celui qui dit que son vin sera du יין נסך et son pain du פת כותים — il n'est pas devenu interdit par là. Mais s'il l'a dit par manière de sanction (בדרך קנס) — par exemple : « si je fais telle chose, ou si je transgresse telle chose, mon pain sera פת כותים et mon vin יין נסך » — et qu'il a transgressé : certains interdisent et certains permettent. Glose du Rama : et même ainsi, pour un עם הארץ il y a lieu de [le] délier. Et tout ceci concerne un individu qui a pris sur lui-même ; mais une collectivité peut, au temps du Sanhédrin, châtier les rebelles et les fauteurs [en décrétant] que leur vin sera יין נסך et leur pain פת כותים, et tout ce qu'ils décrètent en cela tient (responsa du Rachba). Voir plus haut au siman 229, celui qui dit : « si je fais telle chose, je ne serai pas Juif ».
Pourquoi cela ne lie pas. Le vin de libation et le pain des כותים sont des choses interdites, non des choses vouées : on ne peut donc s'y rattacher. Le Taz le dit en cinq mots (ס״ק ג), et le Chakh deux fois (ס״ק ז et ס״ק ט). C'est exactement la même raison qu'au seif א — le siman 205 est un seul principe énoncé deux fois.
Et pourquoi certains interdisent tout de même. Quand la formule est prononcée en guise de sanction — « si je transgresse, que mon vin soit… » — le Chakh rapporte au nom du Rivach un raisonnement tout autre : ce n'est plus une התפסה, c'est un homme qui prend sur lui-même une rigueur, comme un tribunal peut en imposer une. Les autres répondent que rien n'y fait : il n'a pas rattaché à un דבר הנדור.

4. Les concepts-clés du siman

דבר האסור — « Une chose interdite ». Interdite par la Torah elle-même, non par la parole d'un homme : porc, נבלה, ערלה, כלאי הכרם, la mère, la sœur. On ne s'y rattache pas. C'est l'exact contraire du דבר הנדור du siman précédent.
עם הארץ — Un homme sans instruction halakhique. Le terme ne vise pas ici la piété mais la connaissance : celui qui ne sait pas que sa parole n'a rien lié. C'est pour lui — et pour l'effet de son exemple — qu'on exige une שאלה. Le Rama ajoute qu'aujourd'hui tous sont jugés ainsi.
שאלה לחכם — La demande adressée à un sage. La procédure par laquelle un vœu est délié. Elle n'est pas une formalité : le חכם doit établir qu'il y a matière à délier, puis trouver la voie de l'annulation.
חרטה — Le regret. Le fait de déclarer qu'on regrette le vœu depuis son origine — qu'on ne l'aurait jamais formé. Notre seif dit expressément que, dans ce cas, cela ne suffit pas.
פתח — L'« ouverture ». Une conséquence du vœu que celui qui a parlé ignorait, et qui, dévoilée, montre qu'il n'aurait pas parlé. C'est par là que le חכם délie. Le seif exige ici un פתח d'un autre endroit — le Ran précise : pas par l'honneur de sa mère.
יין נסך — Vin de libation. Le vin lié au culte idolâtre, interdit à la consommation et au profit. Le Chakh (ס״ק ו) précise que le seif parle du cas où l'homme a dit explicitement qu'il visait ce vin-là.
פת כותים — Le pain des כותים. Objet d'un interdit rabbinique. Comme le יין נסך, c'est un דבר האסור : on ne s'y rattache pas.
דרך קנס — Par manière de sanction. Non « mon vin est יין נסך », mais « si je fais telle chose, mon vin sera יין נסך ». C'est ce conditionnel pénal qui fait toute la seconde moitié du seif ב, et sur lequel יש אוסרים ויש מתירים.

5. L'appareil du Chakh (ש״ך) — les dix ס״ק

Dix entrées pour deux seifim. La première est un traité à elle seule : le Chakh y recopie tout le début des הלכות נדרים du Rambam, et c'est de là que vient la règle générale du siman. Nous la donnons en quatre extraits.

ס״ק א — הרי אלו מותרים

« דמדכתיב איש כי ידור נדר לה׳ ילפינן עד שידור בדבר הנדור » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק א)
« הנדר נחלק לשני חלקים החלק הראשון הוא שיאסר על עצמו דברים המותרים לו » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק א)
« אבל אמר פירות כו׳ כבשר חזיר כו׳ הרי אלו מותרים ואין כאן נדר שאי אפשר שיעשה דבר שאינו בשר חזיר כבשר חזיר » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק א)
« זה הכלל כל שמשום דברים המותרים כדברים האסורים אם אותו דבר איסור יכול לעשותו בנדר הרי אלו אסורים ואם אינו יכול לעשותו בנדר הרי אלו מותרים » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק א)

Le Chakh commence par la dérivation — du verset « איש כי ידור נדר לה׳ » on apprend : jusqu'à ce qu'il voue par un דבר הנדור — puis il recopie le Rambam : le נדר se divise en deux, les vœux d'interdiction (s'interdire ce qui est permis) et les vœux de consécration (s'obliger à un קרבן). De là il tire la règle qui décide de tout : est-ce que ce à quoi je me rattache, un vœu pourrait le produire ? Si oui, cela lie ; sinon, non.

ס״ק ב — צריך שאלה

« על מי שנאנס לאסור אשה אחת והתפיסה בדבר האסור י״ל דבמקו׳ אונס לא אחמרו רבנן להצריכו שאלה » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ב)

Une exception importante, rapportée par le Beit Yossef au nom du Rachbats : celui qui a été contraint (נאנס) d'interdire ainsi une femme — les rabbins n'ont pas été rigoureux au point de lui imposer une שאלה. La rigueur du seif vise l'imprudence, non la contrainte.

ס״ק ג — שאין די לו בחרטה

« אלא כאן מחמירין עליו דאפי׳ מתחרט מעיקרו לא סגי בחרטה » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ג)
« וכתב הר״ן רפ״ב דנדרים דצריך שיהא ממקום אחר ואין פותחין לו בכבוד אמו » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ג)

Le Chakh explique la rigueur : ailleurs, un regret portant sur l'origine du vœu peut suffire ; ici, même un tel regret ne suffit pas, et il faut un פתח. Puis il rapporte du Ran une limite au פתח : on ne le lui ouvre pas par l'honneur de sa mère — c'est-à-dire en lui disant « aurais-tu parlé si tu avais su que ta mère en serait déshonorée ? »

ס״ק ד — ומיהו יש אומרים

« והב״ח חולק דהשתא כ״ע כע״ה הן אפי׳ בשאר נדרים ודברי הרב נראין עיקר לפי שסוגית הש״ס מוכחת כן » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ד)

Voici la ma'hloket du siman, et le Chakh y prend parti. Le Ba'h soutient qu'aujourd'hui tous sont des עמי הארץ pour tous les vœux. Le Chakh répond que ce sont les mots du Rama — le second י״א, qui limite l'exigence au cas de la femme — qui sont l'essentiel, parce que la sugya le prouve, et que c'est l'avis du Roch, du Ran et de Rabbénou Yerou'ham.

ס״ק ה — רק באוסר אשתו עליו

« דכיון שיצא לבטל מפריה ורביה החמירו » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ה)
« מפני שדרכו לאסור אשתו מתוך הקפדה » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ה)

Pourquoi la femme et non le reste ? Deux raisons, et elles ne sont pas la même. La Pericha : parce qu'il s'est mis en situation d'annuler la פריה ורביה. Le Ran : parce que c'est là ce qu'un homme fait couramment, sous le coup de la contrariété — le danger est la fréquence, non la gravité.

ס״ק ו — יין נסך

« ר״ל שאומר בפירוש כיין של עבודת כוכבים דאם לא כן יש לומר שנתכוין ליין נסך לשמים » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ו)

Une précision décisive pour lire le seif ב : il faut qu'il ait dit explicitement qu'il visait le vin du culte idolâtre. À défaut, on pourrait comprendre autrement l'expression, et le Chakh renvoie au siman 208 pour la règle d'interprétation.

ס״ק ז — לא נאסר בכך

« לא נאסר בכך. כיון שלא התפיסו בדבר הנדור » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ז)
« י״ל דשאני התם כיון דאמר ככר זה עלי הוי לשון נדר » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ז)

La raison, d'abord, en six mots : il n'a pas rattaché à un דבר הנדור. Puis une longue discussion du Ba'h sur une responsa du Roch : celui qui dit « que mon vin soit interdit à tout Israël si je fais telle chose » — pourquoi n'est-ce pas un vœu, puisque « ce pain m'est interdit » en est un ? La réponse retenue : on peut s'interdire à soi (לאסור אסר על נפשו), on ne peut pas interdire à tout Israël autrement que par קונם.

ס״ק ח — יש אוסרים

« דאף על פי שאין ההרחקות אלו מדין מכל מקום יכול הוא לקבל על עצמו » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ח)

Le raisonnement du Rivach, et il est remarquable : ces rigueurs ne sont pas de droit — mais un homme peut se les imposer à lui-même, exactement comme un tribunal peut, selon les besoins de l'heure, punir au-delà de la lettre. Ce n'est donc plus une question d'התפסה du tout.

ס״ק ט — ויש מתירין

« ויש מתירין. כיון שלא התפיסו בדבר הנדור » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק ט)

La réponse tient en six mots, et ce sont les mêmes qu'au ס״ק ז : il n'a pas rattaché à un דבר הנדור. Le Chakh ne développe pas — il n'y a rien à ajouter.

ס״ק י — ואפילו הכי בעם הארץ יש להתירו

« כלומר להתיר נדרו על ידי שאלה והשתא כולן כע״ה דמי ונוהגין בו איסור » (ש״ך יו״ד ר״ה ס״ק י)

Le Chakh explique la glose du Rama : « délier » veut dire ici par une שאלה ; et il ajoute la phrase qui pèse le plus lourd de tout le siman — et à présent, tous sont comme des עמי הארץ, et l'on pratique l'interdit. Il le rapporte du Beit Yossef au nom d'une responsa du Rachba.

6. L'appareil du Taz (ט״ז) — les cinq ס״ק

ס״ק א — ואין כאן נדר

« לפי שכל אלו אסורין מצד עצמן ואם כן אי אפשר לומר על דבר היתר שיהיה כזה » (ט״ז יו״ד ר״ה ס״ק א)

La raison en une phrase, et c'est la plus claire du siman : tous ceux-là sont interdits d'eux-mêmes ; on ne peut donc pas dire d'une chose permise qu'elle sera « comme ceci », puisqu'il est impossible qu'elle devienne, elle aussi, interdite d'elle-même.

ס״ק ב — רק באוסר אשתו

« שלא יהא רגיל לומר עליה לשון איסור שמא יאסרנה ג״כ בדבר הנדור דההקפדה עם אשה מצוי » (ט״ז יו״ד ר״ה ס״ק ב)

Le Taz donne une troisième raison, différente des deux du Chakh : le souci n'est pas ce qu'il a dit, mais ce qu'il prendra l'habitude de dire. À force d'employer sur elle un langage d'interdiction, il finira par l'interdire par un דבר הנדור — et là, cela prendra.

ס״ק ג — יין נסך

« יי״נ כו׳. דאין כאן דבר הנדור » (ט״ז יו״ד ר״ה ס״ק ג)

Cinq mots, et c'est tout le siman : il n'y a pas ici de דבר הנדור.

ס״ק ד — ויש מתירין

« הוא דעת הרא״ש שהביאו הטור כאן בסוף הסימן » (ט״ז יו״ד ר״ה ס״ק ד)
« ויש לתמוה הא כתב הטור ריש סימן ר״ד דלשון איסור הוי נמי נדר » (ט״ז יו״ד ר״ה ס״ק ד)
« וכמדומה דהך תשובה לאו דסמכא היא ע״כ לא הביאה הטור » (ט״ז יו״ד ר״ה ס״ק ד)

Le Taz identifie l'avis indulgent — c'est le Roch, rapporté par le Tour à la fin du siman — puis soulève une difficulté sur une autre responsa du Roch, apportée par le Beit Yossef : elle dit qu'interdire son vin à tout Israël ne lie pas, alors que le Tour lui-même écrit, au début du siman 204, que le langage d'איסור fait un נדר. Le Taz propose une distinction (on peut interdire sur soi, non sur autrui) et conclut que cette responsa ne fait pas autorité. C'est à cet endroit précis que se rattache l'unique entrée des Nekoudot HaKessef.

ס״ק ה — ואפ״ה בעם הארץ יש להתירו

« פי׳ כיון שאמר דרך קנס וכמו שכתב ב״י בשם ריב״ש על כן הכריע רמ״א כאן להחמיר בעם הארץ » (ט״ז יו״ד ר״ה ס״ק ה)

Le Taz explique le raisonnement du Rama : c'est précisément parce qu'il l'a dit par manière de sanction — et le Beit Yossef le rapporte au nom du Rivach — que le Rama a tranché du côté rigoureux pour un עם הארץ.

7. Le Baer Hetev, le Pit'hei Techouva et les Nekoudot HaKessef

ס״ק א — מותרים

« לפי שכל אלו אסורין מצד עצמן וא״כ אי אפשר לומר על דבר היתר שיהיה כזה » (באר היטב יו״ד ר״ה ס״ק א)

Reprise du Taz ס״ק א ; le Baer Hetev y ajoute, entre parenthèses, la règle générale du Rambam — celle-là même que le Chakh avait recopiée au ס״ק א.

ס״ק ב — פתח

« כתב הר״ן דאין פותחין לו בכבוד אמו » (באר היטב יו״ד ר״ה ס״ק ב)

Le Baer Hetev réunit ici les ס״ק ב et ג du Chakh : la limite du Ran sur le פתח, et l'exception du Rachbats pour celui qui a été contraint.

ס״ק ג — בשאר

« והב״ח פוסק דהשתא כ״ע כע״ה הן אפילו בשאר נדרים ודברי הר״ב נראין עיקר » (באר היטב יו״ד ר״ה ס״ק ג)

L'abrégé de la ma'hloket : le Ba'h d'un côté, et de l'autre la conclusion du Chakh — les paroles du Rama semblent l'essentiel.

ס״ק ד — לא

« כיון שלא התפיס בדבר הנדור והאי יי״נ ר״ל שאומר בפירוש כיין של עובד כוכבים » (באר היטב יו״ד ר״ה ס״ק ד)

Les ס״ק ז et ו du Chakh réunis en une ligne : la raison (pas de דבר הנדור) et la précision sur le sens de « יין נסך ».

ס״ק ה — להתירו

« פי׳ להתיר נדרו ע״י שאלה והשתא כולן כע״ה דמי ונוהגין בו איסור » (באר היטב יו״ד ר״ה ס״ק ה)

Le Chakh ס״ק י, puis le Taz ס״ק ד recopié presque intégralement — de sorte que le lecteur pressé du Baer Hetev reçoit, lui aussi, la difficulté du Taz sur la responsa du Roch.

Le Pit'hei Techouva

ס״ק א — את עלי כאמי

« שכתב בשם הרלנ״ח דאם אמר הרי את אסורה עלי כאמי הוי נדר ממש » (פתחי תשובה יו״ד ר״ה ס״ק א)

Sa seule entrée du siman, et elle touche le point le plus sensible. Le Choul'han Aroukh a dit que « te voici sur moi comme ma mère » ne lie pas. Le Pit'hei Techouva rapporte, par l'intermédiaire du Baer Hetev, un avis du Ralbach : si l'homme a dit « te voici interdite sur moi comme ma mère », c'est un נדר véritable. Il signale aussitôt que le Tachbets a laissé la chose en צ״ע, et renvoie à un long développement du Ma'hané Efraïm. La question reste donc ouverte — et c'est l'une de celles qu'on ne tranche pas seul.

Les Nekoudot HaKessef

Les Nekoudot HaKessef sont la réponse du Chakh au Taz. Sur le siman 205, il en existe une seule entrée, et elle porte précisément sur le ס״ק ד du Taz — Sefaria en place d'ailleurs la marque à cet endroit du texte du Taz. Elle tient en quelques mots :

« כבר קדמו הב״ח » (נקודות הכסף יו״ד ר״ה)

C'est-à-dire : la difficulté que le Taz soulève, le Ba'h l'avait déjà soulevée — et le Chakh renvoie le lecteur à ce qu'il en a lui-même écrit dans son commentaire. On notera honnêtement que le renvoi interne y vise un ס״ק dont le numéro ne coïncide pas avec celui sous lequel la discussion du Ba'h se lit dans notre édition du Chakh (elle y figure au ס״ק ז). Nous le signalons plutôt que de le corriger.

8. Le tableau du siman

SeifLa parole prononcéeEffetL'appareil
א« ces fruits sur moi comme de la chair de porc / comme un culte d'idoles / comme des נבלות וטריפות »Ne lie pas — il n'y a pas de נדרChakh ס״ק א · Taz ס״ק א · Baer Hetev ס״ק א
א« te voici sur moi comme ma mère / comme ma sœur / comme de la ערלה / comme du כלאי הכרם »Ne lie pas — mais voir le Pit'hei Techouva si le mot « interdite » a été ditPit'hei Techouva ס״ק א
אle même, dit par un עם הארץשאלה exigée, et par un פתח, non par une simple חרטהChakh ס״ק ב, ג, ד, ה · Taz ס״ק ב · Baer Hetev ס״ק ב, ג
ב« que mon vin soit יין נסך, mon pain פת כותים »Ne lie pas — pas de דבר הנדורChakh ס״ק ו, ז · Taz ס״ק ג · Baer Hetev ס״ק ד
בle même, dit בדרך קנס, et il a transgresséDiscuté — יש אוסרים (Rivach) · יש מתירים (Roch)Chakh ס״ק ח, ט · Taz ס״ק ד · Nekoudot HaKessef
בRama : le même, dit par un עם הארץOn délie par une שאלה — « et à présent tous sont comme des עמי הארץ »Chakh ס״ק י · Taz ס״ק ה · Baer Hetev ס״ק ה
בRama : une collectivité décrétant au temps du SanhédrinTient — ce n'est plus un vœu individuelRama, d'après une responsa du Rachba

9. Cas pratiques

Ces cas éclairent le mécanisme. Ils ne concluent pas : un vœu prononcé se porte devant un Rav, et la glose du Rama au seif א — aujourd'hui tous sont jugés comme des עמי הארץ — indique assez que le réflexe « ce n'était rien » est précisément celui que le siman veut décourager.

Il dit, agacé : « ce plat m'est comme du porc ».
C'est le cas même du seif א : il a rattaché à un דבר האסור. En droit, rien n'a pris. Mais la glose du Rama fait que la question ne s'arrête pas là — on la pose au Rav, et selon le cas il pourra requérir une התרה.
Un homme dit à sa femme, sous le coup de la colère : « tu m'es comme ma sœur ».
Le seif א vise exactement cette parole, et elle ne lie pas. Mais c'est le cas pour lequel le Choul'han Aroukh exige une שאלה d'un עם הארץ, et le Chakh (ס״ק ה) explique pourquoi : parce que c'est la parole qu'un homme prononce le plus facilement, dans la contrariété. Et le Pit'hei Techouva rappelle qu'une formule voisine — avec le mot « interdite » — est discutée. Un tel cas se porte immédiatement devant un Rav.
Il a été contraint de prononcer une telle formule.
Le Chakh (ס״ק ב) rapporte du Rachbats qu'en cas de contrainte (אונס), les rabbins n'ont pas été rigoureux au point d'exiger une שאלה. La circonstance compte donc — et c'est précisément le genre de circonstance qu'on expose au Rav plutôt que d'en juger soi-même.
Il dit : « si je recommence à fumer, mon vin sera יין נסך » — puis il recommence.
C'est le דרך קנס du seif ב, et le Choul'han Aroukh lui-même laisse la chose ouverte : יש אוסרים ויש מתירים. Le Rama ajoute que, pour un עם הארץ, il y a lieu de délier. Rien ici ne se règle par une lecture.
Une communauté décrète une sanction de ce genre contre des fauteurs.
Le Rama distingue expressément ce cas de celui de l'individu, en s'appuyant sur une responsa du Rachba : la question n'est plus celle du vœu, mais celle du pouvoir de la collectivité. La glose la situe au temps du Sanhédrin.

10. Synthèse et questions de compréhension

Deux seifim, un seul principe. On ne se rattache pas à ce que la Torah interdit d'elle-même. Le porc ne peut pas devenir plus porc, l'idole plus idole ; et la règle du Rambam le formule exactement : ce à quoi l'on se rattache doit être quelque chose qu'un vœu aurait pu produire. De là : « comme de la chair de porc », « comme ma mère », « comme du יין נסך » — rien ne prend. Mais le Choul'han Aroukh ne s'en tient pas au droit. Pour un עם הארץ, il exige une שאלה, avec un פתח et non une simple חרטה, afin qu'on ne traite pas les vœux à la légère — et le Rama ajoute la phrase qui change tout : aujourd'hui, tous sont jugés ainsi. Reste un cas où les autorités se divisent : la formule dite בדרך קנס, où l'on ne rattache plus mais où l'on s'impose une rigueur — יש אוסרים ויש מתירים.
  1. Pourquoi « ce pain m'est comme de la chair de porc » ne crée-t-il aucun interdit ?
  2. Quelle est la règle générale que le Rambam formule, et que le Chakh recopie au ס״ק א ?
  3. Si rien n'a pris, pourquoi le Choul'han Aroukh exige-t-il tout de même une שאלה d'un עם הארץ ?
  4. Quelle est la différence entre une חרטה et un פתח, et pourquoi le seif exige-t-il ici le second ?
  5. Quelle limite le Ran pose-t-il au פתח, selon le Chakh (ס״ק ג) ?
  6. Sur quoi porte la ma'hloket entre le Ba'h et le Chakh (ס״ק ד) ?
  7. Pourquoi la parole dite בדרך קנס est-elle traitée autrement — et quel raisonnement le Rivach y apporte-t-il ?
  8. Que rapporte le Pit'hei Techouva au nom du Ralbach, et pourquoi la question reste-t-elle ouverte ?
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן ר״ה · Niveau 1 — Initiation
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