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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Siman 219 — Le vœu sans terme fixé

יורה דעה · סימן רי״ט
דין הנודר בלא קביעות זמן
הנודר בלא קביעות זמן · עד שימצא הראוי לו · מלמד הגון · אסור בו לעולם
📜 רמת הלמדן · Talmid Hakham
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Pilpoul : pourquoi le même silence libère ici et enchaîne là

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן רי״ט (ג׳ סעיפים)
עם נושאי כלים: ש״ך (ד׳ ס״ק), ט״ז (א׳), באר היטב (ב׳), פתחי תשובה (ב׳), נקודות הכסף (א׳), בית יוסף, טור
יסוד: בבא קמא פ׳ ע״א · רמב״ם הלכות נדרים פרק ח׳ · תשובת הרשב״א

Rédaction :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. נדר או שבועה — de quelle nature est un vœu de faire ?
  2. עד שימצא הראוי לו — la mesure, et le mot que le Mehaber n’a pas repris
  3. קבע זמן — le Mabit contre le Rachdam
  4. דבר מצוה ודבר הרשות — le Mahari’t et le Ḥatam Sofer
  5. המלמד — l’intention du cœur contre l’urgence de l’étude
  6. אסור בו לעולם — le vœu, le serment, et la nezirout

1. נדר או שבועה — de quelle nature est un vœu de faire ?

Le seif 1 dit « celui qui a voué ou juré d’épouser une femme ». Or un vœu, par définition, interdit un objet ; il ne fait pas faire. S’engager à une action est la matière propre d’un serment. Le mot נדר est-il donc ici une approximation, ou bien un vœu peut-il réellement obliger à agir ?

Le Chakh ouvre le siman sur cette question, et il y répond au nom de la Prisha : il ne s’agit pas d’un vœu de se marier, mais d’un vœu qui rattache une chose à l’absence de mariage — « telle chose m’est interdite si je n’épouse pas ». C’est la התפסה, et le vœu retrouve ainsi sa forme normale : il interdit un objet.

« שהתפיס בדבר אחד שאמר דבר פלוני אסור עלי אם לא אשא אשה דאל״כ הוי לשון שבועה ואינו נדר כלל » (ש״ך יו״ד רי״ט ס״ק א)

Mais le Chakh n’en reste pas là, et sa suite est plus intéressante que la réponse elle-même : de nos jours, dit-il, c’est un vœu de toute manière — et il renvoie à la fin du siman 206. Puis il ajoute qu’il existe un avis selon lequel la chose tient au titre des ידות, les « poignées » du vœu : une formule incomplète ou empruntée à un autre registre vaut engagement.

« מיהו נראה דהאידנא בכל ענין הוי נדר כדלעיל ס״ס ר״ו (ע״ל סי׳ רי״ח ס״ק ב׳) וע״ש די״א ג״כ דמהני מדין ידות אם הוציא לנדר בלשון שבועה » (ש״ך יו״ד רי״ט ס״ק א)
La נפקא מינה n’est pas théorique. Si l’on tient la formule pour un serment déguisé, tout le régime du serment s’applique — et notamment son rapport à la nezirout, qui reviendra au seif 3. Si l’on la tient pour un vœu par התפסה, l’objet rattaché devient interdit, et c’est lui qu’il faudra faire délier.

2. עד שימצא הראוי לו — la mesure, et le mot que le Mehaber n’a pas repris

La source du seif 1 est une braïta de בבא קמא פ׳ ע״א, et elle est instructive à double titre. Elle se trouve au milieu d’une série sur ce qu’on n’exige pas immédiatement — le berger repenti ne doit pas vendre son troupeau d’un coup, le converti qui hérite de chiens et de porcs non plus. Et elle porte une précision géographique.

« וְכֵן מִי שֶׁנָּדַר לִיקַּח בַּיִת וְלִיקַּח אִשָּׁה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל – אֵין מְחַיְּיבִין אוֹתוֹ לִיקַּח מִיָּד, עַד שֶׁיִּמְצָא אֶת הַהוֹגֶנֶת לוֹ » (בבא קמא פ׳ ע״א)
La braïta dit בארץ ישראל — acheter une maison en Terre d’Israël. Le Choulhan Aroukh écrit « acheter une maison » sans plus. Est-ce une omission, ou une décision ?

La question n’est pas de nous. Le Pit’hei Techouva la pose expressément, entre parenthèses, à la fin de sa longue entrée sur ce seif — et il ne la tranche pas.

« והנה מ״ש דבדבר הרשות יכול לדחות לענ״ד צ״ע מכמה מקומות וגם מדברי הש״ע כאן שלא הזכיר בא״י גבי בית ויש לעיין » (פתחי תשובה יו״ד רי״ט ס״ק א)

Le Rambam, lui, avait tranché autrement : il ne garde pas la Terre d’Israël, mais ajoute deux exemples que la braïta n’a pas — partir en caravane, prendre la mer —, ce qui montre qu’il lisait la règle comme générale.

« מִי שֶׁנִּשְׁבַּע אוֹ נָדַר שֶׁיִּשָּׂא אִשָּׁה אוֹ שֶׁיִּקְנֶה בַּיִת אוֹ שֶׁיֵּצֵא בְּשַׁיָּרָא אוֹ יִפְרשׁ בַּיָּם אֵין מְחַיְּבִין אוֹתוֹ לִשָּׂא אִשָּׁה אוֹ לִקְנוֹת אוֹ לְצֵאת מִיָּד אֶלָּא עַד שֶׁיִּמָּצֵא דָּבָר הֶהָגוּן לוֹ » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ח׳ הלכה י״ג)

3. קבע זמן — la règle vaut-elle quand le terme a été fixé ?

Le titre du siman dit בלא קביעות זמן, et le seif le répète. La règle est-elle donc bornée à ce cas, ou l’absence de terme n’est-elle qu’un exemple ?

Le Chakh, au ס״ק ב, tranche pour la seconde lecture au nom du Mabit : le seif ne dit pas cela précisément, et la même règle vaut de celui qui a voué d’épouser dans l’année.

« אלא ה״ה קבע זמן לישא אשה תוך שנה וכה״ג אין מחייבים אותו אלא לישא אשה ההגונה לו » (ש״ך יו״ד רי״ט ס״ק ב)

Le Baer Hetev reprend le Mabit au ס״ק א — et ajoute aussitôt, entre parenthèses, que le Rachdam et la Knesset HaGuedola ont écrit l’inverse. La parenthèse est courte, mais elle referme le débat au lieu de le clore.

« רשד״ם וכנה״ג כחבו דוקא בלא קבע זמן ע״ש » (באר היטב יו״ד רי״ט ס״ק א)
La divergence est pratique et elle se mesure : celui qui s’est engagé dans l’année et à qui rien de convenable ne s’est présenté est, pour le Mabit, encore quitte à l’échéance ; pour le Rachdam et la Knesset HaGuedola, il ne l’est plus.

4. דבר מצוה ודבר הרשות — jusqu’où peut-on remettre ?

Le seif dit qu’on n’oblige pas — mais jusqu’à quand ? Le Pit’hei Techouva rapporte du Ḥatam Sofer, au nom du Mahari’t, une distinction qui reformule tout le seif : le report n’est pas la même chose selon la nature de ce qu’on a promis.

« והאריך שם לבאר דבדבר הרשות לעשות דבר פלוני יכול לדחות מדחי אל דחי אך בדבר מצוה כגון לישא אשה או ליקח בית בא״י מיד כשיזדמן ההגון לו כופין אותו לקיים » (פתחי תשובה יו״ד רי״ט ס״ק א)
Le fondement : une chose de mitsva est réputée avoir été promise מיד ולאלתר, parce qu’une mitsva ne se remet pas ; une chose de permission n’engage à aucun moment déterminé. Le seif, qui ne distingue pas, se lit donc comme parlant d’un cas où rien n’impose la hâte.

Le Pit’hei Techouva ne s’en satisfait pourtant pas, et sa réserve vise précisément la première moitié : la liberté de report dans une chose de permission lui semble צ״ע de plusieurs endroits. C’est dans cette même parenthèse qu’il relève l’omission de la Terre d’Israël.

5. המלמד — l’intention du cœur contre l’urgence de l’étude

Le seif 2 est une responsa du Rachba, et le Chakh en rapporte l’argument. Il faut le lire attentivement : il ne dit pas que dix litrin sont trop, il dit que l’homme n’a pas juré cela.

« שלא נשבע זה לשכור מלמד החכם יותר שיוכל לשכור וכל הנדרים אינם הולכים אלא אחר כוונת הלב » (ש״ך יו״ד רי״ט ס״ק ג)

La formule כל הנדרים אינם הולכים אלא אחר כוונת הלב est la règle du siman précédent, appliquée ici à une somme. Et le Rachba en tire la conclusion qui surprend : un maître qui n’a pas atteint le rang des grands rabbins convient tout de même, car c’est au convenable qu’il a pensé.

« דלא נתכוין זה אלא לראוי לו » (ש״ך יו״ד רי״ט ס״ק ג)
Mais alors la réserve finale est étrange. Si le père est quitte dès qu’il a un maître convenable, pourquoi lui interdire de renvoyer le premier avant l’arrivée du second ? Il est quitte, et il reprendra.
Le Beit Yossef répond, et sa réponse déplace la question : l’obligation ne porte pas seulement sur la dépense, elle porte sur l’étude de l’enfant, et celle-là est due sur-le-champ, comme la tsedaka est due dès que le pauvre est là. Le temps d’étude perdu est une perte qui ne revient pas.
« ומיהו אם משלח המלמד ששכר לו קודם שיבא השני אפשר שהוא אסור מפני שהוא מחוייב בדבר מיד דהא האי דומה לדרבא (בר״ה ו ) דאמר וצדקה מיחייב עליה לאלתר דקיימי עניים וכ״ש בענין הלימוד שהביטול בו הוי פסידא דלא הדר » (בית יוסף יורה דעה רי״ט)

6. אסור בו לעולם — le vœu, le serment, et la nezirout

Voici la vraie discussion du siman, et elle naît d’une comparaison. Celui qui dit « je suis nazir » sans rien ajouter est nazir trente jours : le silence y reçoit une mesure. Pourquoi le silence du seif 3 n’en reçoit-il aucune ?

La réponse du Ran — le vœu enveloppe la consécration

Le Taz rapporte la raison du Ran, et elle est structurelle : le mot נדר couvre à la fois les vœux de consécration et les vœux d’interdit. Or consacrer une bête à l’autel, c’est la consacrer définitivement. Le régime du vœu d’interdit suit donc celui de son frère.

« ואע״ג דגבי נזירות אמרינן סתם נזירות ל׳ יום שאני בנדר שכולל בו נדרי הקדש ונדרי איסור וכשם שהמקדיש בהמה למזבח קדושה עולמית ה״נ בנדרי איסור כן כתב הר״ן בנדרים דף ד » (ט״ז יו״ד רי״ט ס״ק א)

La réponse des Hagahot Mordekhaï — חפצא contre נפשיה

Autre raison, et elle porte plus loin : dans la nezirout, l’homme se lie — et l’on présume qu’il ne s’est asservi que du moins qu’il pouvait. Dans le vœu, il interdit un objet, et l’objet n’est pas plus interdit trente jours qu’un an.

« דלגבי נזירות איתסר מן חפצא הלכך סברא הוא שלא שיעבד עצמו אלא בפחות שיוכל אבל נדרים אוסר חפצא עליו הלכך לא גמרינן מנזיר » (ט״ז יו״ד רי״ט ס״ק א)
Les deux raisons ne se valent pas, et c’est là que tout se joue. Celle du Ran vaut du vœu et de lui seul, parce que c’est le mot נדר qui enveloppe la consécration. Celle des Hagahot Mordekhaï oppose l’objet à la personne — et le serment, qui lie la personne, tomberait alors du côté de la nezirout : trente jours.

Le doute du Darkei Moché, et la réponse

C’est exactement ce que le Darkei Moché formule, et le Taz le rapporte comme un doute resté ouvert — en ajoutant que le doute du Rama vaudrait même selon le Ran, la consécration n’étant pas comprise dans un serment.

« וכתוב בד״מ וצ״ע לפי זה אם אוסר עצמו בשבועה אם לומדים מנזירות דלא ליתסר רק ל׳ יום » (ט״ז יו״ד רי״ט ס״ק א)

Le Taz tranche pourtant, et sa preuve est belle. La braïta énumère les points où le vœu est plus lourd que le serment — il prend sur une chose de mitsva comme sur une chose de permission. Si la durée en était un, elle y figurerait.

« ומ״מ נראה ברור דגם בשבועה אסור לעולם מדתני׳ סוף פ״ק דנדרים חומר בנדרים מבשבועה שחלין על דבר מצוה כרשות ואם איתא היה לו לחשוב גם זאת דבנדרים אסור לעולם משא״כ בשבועה אלא פשוט שבשבועה ונדרים שוין בזה מאיזה לימוד » (ט״ז יו״ד רי״ט ס״ק א)

Le Chakh — le Darkei Moché s’était déjà répondu

Le Chakh arrive au même résultat par un autre chemin, et il ajoute ce que le Taz avait laissé de côté : le Darkei Moché lui-même conclut, au nom du Roch, que le serment aussi est pour toujours. Le Chakh s’en sert pour lever l’étonnement du Ba’h, qui reprochait au Roch de statuer de raisonnement alors que la chose serait explicite au premier chapitre de Nedarim — non, répond le Chakh : la guemara ne parle que du vœu, le Roch parlait du serment.

« מיהו מסיק שם בשם הרא״ש ס״פ שבועות שתים דגם בשבועה אסור לעולם » (ש״ך יו״ד רי״ט ס״ק ד)
« וכ״כ הרב לקמן סי׳ רל״ז ס״ד בשבועה דאם נשבע סתם אסור לעולם » (ש״ך יו״ד רי״ט ס״ק ד)

Les Nekoudot HaKessef — une citation tronquée

L’unique entrée des Nekoudot HaKessef sur ce siman ne porte pas sur le fond : elle reproche au Taz d’avoir cité le Darkei Moché à moitié — en donnant son doute sans donner sa conclusion.

« לא העתיק יפה דרמ״א גופיה נמי בתר דמבעיא ליה הדר פשטיה ליה » (נקודות הכסף יו״ד רי״ט)
Sur le résultat, les trois s’accordent : sans terme, l’interdit est perpétuel, vœu comme serment. Ils diffèrent sur le chemin, et la trace de la controverse subsiste dans le doute que le Darkei Moché avait posé avant de le résoudre.
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן רי״ט · Niveau 2 — Lamdan · דין הנודר בלא קביעות זמן
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