Siman 225 — niveau Lamdan : d’où vient « אין אדם אוסר דבר שאינו שלו », et ce que l’amen ajoute (יורה דעה רכ״ה)
יורה דעה · סימן רכ״ה
האוסר על חבירו דבר שאינו שלו
אין אדם אוסר דבר שאינו שלו · עניית אמן · קבלת דברים · חרם ונידוי
📜 רמת הלמדן · Talmid Hakham
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Quatre questions seulement — mais aucune n’est de remplissage
Sujet : שולחן ערוך יורה דעה סימן רכ״ה (א seif) Avec l’appareil : ש״ך (א) · באר היטב (א) · פתחי תשובה (א) Fondements : נדרים מ״ז ע״א · שבועות כ״ט ע״ב · רמב״ם הלכות נדרים פרק ה׳ · טור ובית יוסף יורה דעה רכ״ה
Rédaction : הרב יוסף חיים סממה · DAAT
Ce que nous allons demander au texte
Où la guemara dit-elle notre règle — et comme quoi ?
La chose ou l’homme ? Deux formulations qui ne se recouvrent pas
Ce que l’amen ajoute au juste
Le Pit’hei Techouva : une adjuration que personne n’a acceptée
1. Où la guemara dit-elle notre règle — et comme quoi ?
La première chose à voir est négative : il n’existe pas, dans נדרים, de michna ni de braïta qui enseigne « אין אדם אוסר דבר שאינו שלו ». La règle apparaît comme prémisse, à l’intérieur d’une בעיא de Rami bar Hama qui porte sur tout autre chose — les חילופין, les produits de l’échange d’un fruit interdit. Pour poser sa question, il oppose deux situations, et c’est en passant qu’il énonce la nôtre.
Ce que cette forme d’énonciation coûte, et ce qu’elle vaut. Une règle posée comme prémisse d’une question est, en un sens, plus solide qu’une règle tranchée : personne ne la conteste, elle est le terrain commun sur lequel la question se pose. Mais elle est aussi moins délimitée — la guemara ne dit ni pourquoi il en est ainsi, ni jusqu’où cela porte. C’est le Rambam et le Tour qui devront le dire, et ils ne le diront pas tout à fait de la même manière.
Rachi glose l’incise et donne notre cas mot pour mot : la formule qu’on emploie, et le verdict qu’elle reçoit. Il est frappant que le Tour puis le Choul’han Aroukh écriront exactement la même phrase.
« אבל גבי חבירו הואיל ואינו אוסר פירות חבירו על חבירו דאי אמר לחבירו קונם פירות של פלוני עליך לא הוי כלום » (רש״י על נדרים מ״ז ע״א)
2. La chose ou l’homme ? Deux formulations qui ne se recouvrent pas
Mettez les deux textes côte à côte et lisez lentement. Le Rambam dit que nul ne rend son prochain interdit par une chose qui n’est pas à lui : le verbe a pour complément l’homme. Le Tour, repris à la lettre par le Choul’han Aroukh, dit que nul n’interdit une chose qui n’est pas à lui sur son prochain : le verbe a pour complément la chose. Est-ce une simple variation de style ?
« שֶׁאֵין אָדָם אוֹסֵר חֲבֵרוֹ בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּו » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ה׳ הלכה ג)
« שאין אדם אוסר דבר שאינו שלו על חבירו » (טור יורה דעה רכ״ה)
On peut lire les deux formules comme deux localisations du défaut, et c’est une lecture, non un psak : chez le Tour, l’obstacle est du côté du חפצא — le vœu voudrait se poser sur un objet sur lequel le locuteur n’a aucun titre, et il n’a pas de prise. Chez le Rambam, l’obstacle est du côté du גברא — un homme n’a pas le pouvoir de produire un interdit dans la personne d’un autre. En pratique les deux se rejoignent : אינו כלום. Nous ne connaissons pas de cas où ils divergeraient, et nous n’en inventerons pas.
3. Ce que l’amen ajoute au juste
Le renversement est total, et il faut voir par quel mécanisme. Rami bar Hama vient de dire qu’un homme peut s’interdire à lui-même les fruits d’autrui — « הואיל ואדם אוסר פירות חבירו על עצמו » (נדרים מ״ז ע״א). Ce n’est donc pas la chose visée qui faisait obstacle : les fruits de Lévi sont parfaitement interdisables. C’était la bouche qui ne convenait pas. L’amen change la bouche.
Il y a pourtant deux manières de comprendre cet amen, et le dépôt de textes les donne toutes les deux. Le Beit Yossef fonde notre clause sur Chemouel, dans שבועות : l’amen vaut comme si l’homme avait prononcé le serment lui-même. Le siman 209, lui, parle d’une קבלת דברים, une acceptation — et il l’étend expressément à « tout mot dont la teneur est comme une réponse amen ». La seconde formulation est plus large que la première. Nous signalons l’écart ; nous ne le tranchons pas.
« אחד הנודר מעצמו או שהדירו חבירו ואמר אמן או דבר שעניינו כענית אמן שהוא קבלת דברים אסור » (שו״ע יו״ד ר״ט:א)
Le pendant du siman 209, et pourquoi il faut les lire ensemble. Le siman 209 finit par une clause qui éclaire tout le nôtre : « אבל כשחבירו מדירו משלו אין צריך לקבל דבריו » (שו״ע יו״ד ר״ט:א). Quand la chose appartient au locuteur, aucune acceptation n’est requise — le vœu prend seul. Quand elle ne lui appartient pas, l’acceptation n’est pas un supplément : elle est la seule chose qui agisse. Le Chakh a vu le lien, et c’est exactement là qu’il envoie son lecteur.
« אינו כלום. שאין אדם אוסר דבר שאינו שלו על חבירו וע״ל סימן ר״ט: » (ש״ך יו״ד רכ״ה ס״ק א)
4. Le Pit’hei Techouva : une adjuration que personne n’a acceptée
La question est belle, et elle vient d’un livre. Le Rambam ouvre le Moré Nevoukhim par une adjuration adressée à quiconque lira son ouvrage ; Rabbi Haïm Vital en a fait autant. Or aucun lecteur n’a jamais répondu amen. Si l’amen est requis — et notre siman dit qu’il l’est — comment ces serments peuvent-ils prendre ?
« עיין בתשובת שתי הלחם סימן ל״ה שנשאל על דבר שבועת הרמב״ם ז״ל הכתובה בתחלת ספר המורה וז״ל ואני משביע באלקי ישראל כל מי שיקרא במאמרי זה וכו׳ איך תחול השבועה כשאין המושבע עונה אמן » (פתחי תשובה יו״ד רכ״ה ס״ק א)
La réponse rapportée par le Pit’hei Techouva au nom du Chté HaLéhem ne conteste pas la règle : elle conteste la qualification. Ce n’est pas une שבועה, malgré le mot employé — c’est une גזירת חרם ונידוי, un décret. Et un décret ne demande pas l’assentiment de celui qu’il atteint. Le précédent invoqué est le serment de פילגש בגבעה, tel que le Roch le traite.
« דאף שהוציאו בלשון שבועה מ״מ אינה אלא גזירת חרם ונידוי וכמ״ש הרא״ש ז״ל כלל ה׳ סימן ד׳ על שבועה דפלגש בגבעה ולכן אסור לזלזל בשבועות אלו » (פתחי תשובה יו״ד רכ״ה ס״ק א)
La nafka mina est nette, et elle renvoie au siman voisin. Une שבועה imposée à autrui exige son amen ; un חרם décrété ne l’exige pas. C’est pourquoi le siman 224, qui est tout entier en formules de חרם, ne parle jamais d’amen : celui qui dit « הריני עליך חרם » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) lie son prochain sans lui demander son avis — parce que ce qu’il interdit est à lui. Notre siman est le cas où les deux conditions manquent à la fois.
~ ~ ~ ~ ~ DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות סימן רכ״ה · Niveau 2 — Lamdan · האוסר על חבירו דבר שאינו שלו daattorah.com