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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Siman 92 — Niveau Lamdan : le lait tombé dans une marmite de viande

Ce qu’il faut annuler, et ce qui se joint pour l’annuler
סימן צ״ב
טעימת קפילא, ביטול בששים, ניער וכיסה, חתיכה נעשית נבילה
Étude et pilpoul — Richonim, A’haronim, ’hakirot et nafka minot
⚡ Pour lamdanim et talmidei ’hakhamim ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ’hakira de fond, ma’hlokot des Richonim et des A’haronim,
nafka minot pour la halakha et examen des chitot

Le sujet :
Choul’han Aroukh, Yoré Déa, siman 92 (9 seifim)
avec l’appareil : Chakh (Siftei Kohen), Taz (Tourei Zahav), Pri Mégadim, Pit’hé Techouva

Le fondement de la sougya dans le Chass :
’Houlin 97b–98a (goût comme substance, קפילא, annulation par soixante) · ’Houlin 108a (’hatikha naassit névéla) · ’Houlin 111b–112a (vapeur, tata’a gavar)

Rédaction et étude :
Rav Yossef ’Haïm Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Introduction à la sougya — un kazayit de viande tombé dans une chaudière de lait, et le goût du קפילא (seif 1)
  2. Les deux interdits du seif 1 — le ’hidouch du Taz (ס״ק א), min bémino, le Rivа’ et Rabbénou Tam
  3. Le fondement du tseirouf — remuer / couvrir, et la question de savoir si cela ne vaut qu’immédiatement (seif 2)
  4. ’Hatikha naassit névéla — pourquoi ce principe appartient d’abord à la viande et au lait (seif 3)
  5. La décision du Rama — ’h.n.n. dans tous les interdits, midérabanan, et les conditions de l’adhérence, du liquide dans le liquide, du sec dans le sec (seif 4)
  6. La goutte de lait sur la paroi — מפעפע, en face du bouillon et en face du vide (seifim 5–6)
  7. Moment pressé · תתאה גבר · versement et filet — et la goutte sur le couvercle (seif 7)
  8. La ’hakira de la vapeur — vapeur de boisson et vapeur d’aliment, main qui se retire, récipient couvert (seif 8)
  9. La chandelle de suif — חֵלֶב et non חָלָב, raclage et hag’ala (seif 9)
  10. ’Hakira et nafka mina pour la pratique
  11. Tableaux de synthèse

📜 Le texte du Choul’han Aroukh — seif 1

↩ Explication détaillée (niveau 1)

דינין אם נפל חלב לקדירה של בשר. ובו ט׳ סעיפים: כזית בשר שנפל לתוך יורה של חלב רותח טועם העובד כוכבים הקדירה אם אמר שיש בה טעם בשר אסורה ואם לאו מותרת אפי׳ בפחות מששים ואותה חתיכה אסורה במה דברים אמורים בשקדם והוציא החתיכה קודם שתפלוט חלב שבלעה דהיינו קודם שתנוח היורה מרתיחה אבל אם לא הספיק לסלקו עד שתוכל לפלוט החלב שבלעה אע״פ שטעמו עובד כוכבים ואין בו טעם כלל אסור אא״כ יש בו ס׳: הגה וע״ל סימן צ״ח דאין אנו נוהגין לסמוך אטעימת עובד כוכבים ובעינן ס׳ בכל ענין:

Résumé du chapeau : le siman s’ouvre sur son intitulé — règles du lait tombé dans une marmite de viande — et annonce neuf seifim ; l’édition suivie ici en découpe bien neuf.

Un kazayit de viande est tombé dans une chaudière de lait bouillant : le non-juif goûte la marmite. S’il dit qu’il s’y trouve un goût de viande, elle est interdite ; sinon elle est permise, même s’il y a moins de soixante — et ce morceau-là, lui, est interdit. De quoi parle-t-on ? De ce qu’on a devancé et retiré le morceau avant qu’il ne rejette le lait qu’il avait absorbé, c’est-à-dire avant que la chaudière ne cesse de bouillir. Mais si l’on n’a pas eu le temps de l’ôter, au point qu’il ait pu rejeter le lait absorbé, alors même que le non-juif y ait goûté et n’y trouve aucun goût, c’est interdit — sauf s’il y a soixante. Glose du Rama : et voir plus loin au siman 98, que nous n’avons pas coutume de nous fier au goût du non-juif, et qu’il faut soixante en tout état de cause.

1. Introduction à la sougya — un kazayit de viande dans une chaudière de lait

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le fondement — le goût du קפילא et le moment du retrait

Tout le siman tient dans une remarque simple : l’interdit de la viande avec le lait est un interdit de goût. Ce n’est pas une quantité qu’il faut mesurer, c’est une saveur qu’il faut constater. De là la permission de la guemara (’Houlin 97b) de s’en remettre au קפילא, l’artisan non juif dont c’est le métier, pour dire s’il y a ou non un goût de viande dans le lait. S’il dit qu’il y en a, c’est interdit ; s’il dit qu’il n’y en a pas, c’est permis même avec moins de soixante. Mais le morceau lui-même reste interdit : il a absorbé du lait, et cet interdit-là se trouve dans son corps — aucun goût extérieur ne l’en lave.

« כזית בשר שנפל לתוך יורה של חלב רותח טועם העובד כוכבים הקדירה » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף א״)
« ואם לאו מותרת אפי׳ בפחות מששים ואותה חתיכה אסורה » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף א״)
La condition de temps. Toute la permission du קפילא n’est dite que si le morceau a été retiré avant de rendre le lait qu’il avait bu — et le Choul’han Aroukh donne à ce « avant » une mesure physique : avant que la chaudière ne se repose de son bouillonnement. Passé ce moment, même le témoignage du goût ne sert plus, et il faut soixante.
« במה דברים אמורים בשקדם והוציא החתיכה קודם שתפלוט חלב שבלעה » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף א״)
« דהיינו קודם שתנוח היורה מרתיחה » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף א״)
« אע״פ שטעמו עובד כוכבים ואין בו טעם כלל אסור אא״כ יש בו ס׳ » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף א״)
La décision du Rama (glose). Le Rama renvoie au siman 98 et retire la permission du goût : on ne s’y fie pas, et il faut soixante en tout état de cause. Pratiquement, la permission du קפילא a cessé de fonctionner, et toute la sougya se rejoue dans la seule mesure des soixante — c’est là l’écart décisif entre la lettre du Me’haber et la conduite reçue.
« דאין אנו נוהגין לסמוך אטעימת עובד כוכבים ובעינן ס׳ בכל ענין » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף א״)

2. Les deux interdits du seif 1 — le ’hidouch du Taz

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est l’un des passages les plus aigus du siman, et tout le poids du Taz (ס״ק א) y est engagé.

La ’hakira. Si le non-juif a goûté et n’a rien senti, pourquoi craindre encore que le morceau rende le lait qu’il a bu ? La viande n’interdit que par son goût — et l’on vient précisément de goûter, sans rien trouver. Que reste-t-il à interdire ?
La réponse du Taz. Le Taz répond que ce seif ne contient pas un interdit mais deux, et que la question ne portait que sur le premier. Le premier est le goût de viande que le morceau rejette aussitôt dans le lait — celui-là se juge au goût, ou à soixante, et tout le monde l’accorde. Le second est le lait que la viande a d’abord absorbé, et qu’elle rend ensuite au reste du lait de la chaudière : celui-là est du lait dans du lait, et aucune dégustation au monde ne peut le repérer.
« ויש כאן ב׳ איסורין האחד מצד טעם בשר שמפליט להחלב תכף אחר הנפילה לשם ולזה מהני ששים בחלב לכ״ע » (ט״ז יו״ד צ״ב ס״ק א)
« ויש איסור אחר דהיינו החלב שבולע הבשר לתוכו חוזר ואוסר שאר החלב שביורה » (ט״ז יו״ד צ״ב ס״ק א)

On tient là la racine de la condition de temps : le second interdit n’existe pas tant que la chaudière bout, parce que la viande, tant qu’elle bout, ne rend pas ce qu’elle a bu. Il naît à l’instant où le bouillonnement cesse.

« ואיסור זה אינו שייך אלא אחר שתנוח היורה אז חוזר הבשר ומפליט החלב שבלע ולא קודם לזה » (ט״ז יו״ד צ״ב ס״ק א)
Min bémino — le Rivа’ (Rachi) et Rabbénou Tam. Le second interdit est du lait mêlé à du lait : une espèce dans son espèce. Sur ce point, le Taz oppose deux chitot, et c’est de leur issue que dépend la lisibilité de tout le seif.
ChitaDu lait dans du lait (min bémino)Source
Rachi (et la chita du Rivа’) Même pour une quantité infime — une espèce dans son espèce ne s’annule pas ; soixante ne servirait donc à rien contre le lait absorbé Taz ס״ק א
Rabbénou Tam (et c’est ce que nous tenons) Annulé par soixante — même une espèce dans son espèce Taz ס״ק א
« ובזה לא מהני ס׳ לרש״י דס״ל מין במינו במשהו » (ט״ז יו״ד צ״ב ס״ק א)
« אבל אנן קיימא לן כר״ת דאפי׳ מין במינו בטל בס׳ » (ט״ז יו״ד צ״ב ס״ק א)
La racine. Si nous ne tenions pas comme Rabbénou Tam, le lait absorbé — une espèce dans son espèce — interdirait pour une quantité infime, et rien, pas même soixante, n’y pourrait. C’est parce que nous tenons qu’une espèce s’annule dans son espèce par soixante que le second interdit redevient mesurable — et c’est pourquoi le Me’haber peut écrire, pour ce cas-là, que c’est interdit « sauf s’il y a soixante ». On comprend du même coup l’exigence du Rama : les soixante qu’il réclame en tout état de cause valent contre les deux interdits à la fois.
Le kazayit n’est pas une mesure ici. Le Taz achève son ס״ק par une précision de lecture qu’il faut entendre : si le Choul’han Aroukh parle d’un kazayit, ce n’est pas que la règle en dépende — il en irait de même pour moins qu’un kazayit. Le kazayit ne commande que la question de la flagellation.
« וכזית דנקט כאן לאו דוקא אלא ה״ה פחות מכזית רק לענין מלקות יש חילוק » (ט״ז יו״ד צ״ב ס״ק א)

3. Le fondement du tseirouf — remuer et couvrir

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Me’haber et du Rama (seif 2)

נפל חלב לתוך קדירה של בשר טועמין החתיכה שנפל עליה החלב אם אין בה טעם חלב הכל מותר ואם יש בחתיכה מטעימת חלב נאסרה אותה חתיכה (ולדידן דאין סומכין אעובדי כוכבים בעינן ששים בחתיכה ואם לאו כולה אסורה) ומשערין בכולה אם היה בכל מה שיש בקדירה מהחתיכת והירק והמרק והתבלין כדי שתהא חתיכה זו אחד מששים מהכל החתיכה אסורה והשאר מותר במה דברים אמורים בשלא ניער הקדרה בתחילה כשנפל החלב אלא לבסוף ולא כיסה אבל אם ניער מתחילה ועד סוף או שכיסה משעת נפילה ועד סוף הכל מצטרף לבטל טעם החלב: הגה וכן אם לא ניער כלל לא בתחילה ולא בסוף ולא כיסה כלל אם יש ס׳ בקדירה נגד טיפת חלב שנפל אינו אסור רק החתיכה לבד ושאר הקדירה מותר (בית יוסף בשם הראב״ד והמגיד משנה בשם הרמב״ם) וכן אם ניער בתחלה או כסה מיד אע״ג דלא ניער ולא כיסה לבסוף כל הקדירה מצטרף והוא שניער וכיסה מיד שנפל שם האיסור (טור וב״י בשם ר״י ן׳ חביב): וכן אם נפל לתוך המרק או לחתיכות ולא נודע לאיזו חתיכה נפל נוער את הקדירה כולה עד שישוב ויתערב הכל אם יש בקדירה כולה טעם חלב אסורה ואם לאו מותרת ואם לא נמצא עובד כוכבים שיטעום ונסמוך עליו משערים בששים (עכ״ל רמב״ם): הגה ויש חולקין וסבירא להו דאינו מועיל מה שנוער הקדירה אם לא שניער מיד שנפל האיסור (טור) והכי נהוג:

Du lait est tombé dans une marmite de viande : on goûte le morceau sur lequel le lait est tombé. S’il n’a pas de goût de lait, tout est permis ; s’il a pris du goût de lait, ce morceau-là est interdit (et pour nous, qui ne nous fions pas aux non-juifs, il faut soixante dans le morceau, et sinon il est entièrement interdit). Et l’on mesure dans le tout : s’il y a dans tout ce que contient la marmite — les morceaux, le légume, le bouillon et les épices — de quoi faire que ce morceau soit un soixantième de l’ensemble, ce morceau est interdit et le reste permis. De quoi parle-t-on ? De ce qu’on n’a pas remué la marmite au début, quand le lait est tombé, mais seulement à la fin, et qu’on ne l’a pas couverte. Mais si l’on a remué du début jusqu’à la fin, ou couvert depuis l’instant de la chute jusqu’à la fin, tout se joint pour annuler le goût du lait.

Glose du Rama : de même, si l’on n’a pas remué du tout, ni au début ni à la fin, et qu’on n’a pas couvert du tout — s’il y a soixante dans la marmite contre la goutte de lait tombée, seul le morceau est interdit et le reste de la marmite est permis (Beit Yossef au nom du Raavad, et le Maguid Michné au nom du Rambam). Et de même, si l’on a remué au début ou couvert immédiatement, bien qu’on n’ait ni remué ni couvert à la fin, toute la marmite se joint — à condition d’avoir remué ou couvert dès l’instant où l’interdit y est tombé (Tour, et Beit Yossef au nom de Rabbi Yossef ibn ’Haviv).

De même, si le lait est tombé dans le bouillon ou sur les morceaux sans qu’on sache sur lequel, on remue toute la marmite jusqu’à ce que le tout se mélange de nouveau : s’il y a dans toute la marmite un goût de lait, elle est interdite, sinon elle est permise ; et si l’on ne trouve pas de non-juif pour goûter et s’en remettre à lui, on mesure par soixante (fin des mots du Rambam). Glose : et il y a qui contestent, et tiennent que remuer la marmite ne sert à rien si l’on n’a pas remué dès l’instant où l’interdit est tombé (Tour) — et c’est ainsi que l’on se conduit.

Ce qu’est un « tseirouf ». Le goût du lait ne se répand dans toute la marmite que là où quelque chose le transporte. Tant qu’on n’a ni remué ni couvert, le goût reste concentré dans le seul morceau qui l’a reçu, et le reste de la marmite ne se joint pas pour l’annuler : d’où l’interdiction de ce morceau seul, s’il ne contient pas à lui seul soixante. Remuer et couvrir sont donc, dans ce siman, le mécanisme conducteur du goût — et le Chakh, expliquant le seif, le dit dans ces termes.
« דכשנפל על חתיכה א׳ אין השאר שבקדירה מצטרף לבטל החלב אלא צריך שיהא בחתיכה עצמה ששים לבטל הטעם » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק ג)
« אבל ניער מיד בשעת נפילת הטיפה הרי נכנסה החתיכה מיד בכלל הקדרה וכל הקדרה מצטרף » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק ג)
Quand le fait de remuer joint-il ? Le Rama rapporte, dans le même seif, deux positions qui ne disent pas la même chose du moment.
ChitaRemuer / couvrirSource
Le Raavad, et le Maguid Michné au nom du Rambam Même sans avoir remué du tout : s’il y a soixante dans la marmite contre la goutte, seul ce morceau est interdit et le reste permis Rama, seif 2
Le Tour, et le Beit Yossef au nom de R. Yossef ibn ’Haviv Remuer et couvrir ne joignent que si on l’a fait dès l’instant de la chute — et c’est ainsi que l’on se conduit Rama, seif 2
« וכן אם לא ניער כלל לא בתחילה ולא בסוף ולא כיסה כלל אם יש ס׳ בקדירה נגד טיפת חלב שנפל אינו אסור רק החתיכה לבד ושאר הקדירה מותר » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ב)
« וכן אם ניער בתחלה או כסה מיד אע״ג דלא ניער ולא כיסה לבסוף כל הקדירה מצטרף והוא שניער וכיסה מיד שנפל שם האיסור » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ב)

Le Chakh ajoute ici une lecture qui vaut d’être retenue : selon le Tour, il n’est même pas requis de continuer à remuer — il suffit d’avoir remué ou couvert à l’instant de la chute, quand bien même on aurait cessé ensuite. Et il conclut que c’est là le principal.

« ונראה שאין צריך רק שינער או יכסה מיד בשעת נפילה ואפי׳ פסק אחר כך מלנער » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק ה)
« ומ״מ דעת מהר״י ן׳ חביב והרב עיקר » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק ה)
La décision du Rama. Le Rama rapporte les deux positions, puis tranche : remuer au milieu ou à la fin ne joint pas toute la marmite, à moins d’avoir remué dès la chute. La raison suit le mécanisme décrit par le Chakh : si l’interdit est resté en place jusqu’à être absorbé par ce morceau seul, le morceau est devenu ce qu’il est devenu, et remuer après coup ne le défait pas — cela ne fait qu’introduire dans la marmite un morceau désormais interdit. Et lorsque le lait est tombé dans le bouillon, ou sur des morceaux sans qu’on sache lequel, le Rambam écrit qu’on remue le tout jusqu’à ce qu’il se mélange de nouveau, et l’on mesure par soixante.
« ויש חולקין וסבירא להו דאינו מועיל מה שנוער הקדירה אם לא שניער מיד שנפל האיסור » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ב)
« וכן אם נפל לתוך המרק או לחתיכות ולא נודע לאיזו חתיכה נפל נוער את הקדירה כולה עד שישוב ויתערב הכל » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף ב)

4. ’Hatikha naassit névéla — le fondement

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Me’haber (seif 3)

כשנאסרה החתיכה מחמת החלב נעשית כל החתיכה איסור ואם בשלה עם אחרות צריך ששים לבטל כולה ואם מכירה משליכה והאחרות מותרות ואם אינו מכירה הרוטב מותר וכל החתיכות אסורות אם חתיכת האיסור ראויה להתכבד:

Lorsque ce morceau a été interdit à cause du lait, le morceau tout entier devient interdit ; et si on l’a cuit ensuite avec d’autres morceaux, il faut soixante pour annuler le morceau entier. Si on le reconnaît, on le jette et les autres sont permis ; si on ne le reconnaît pas, le bouillon est permis, et tous les morceaux sont interdits dès lors que le morceau interdit est de ceux dont on fait honneur à ses hôtes.

Pourquoi le morceau « tout entier ». La raison, telle que le Chakh la rapporte au nom des poskim, tient à ce qui fait la singularité de cet interdit : la viande seule est permise, le lait seul est permis, et c’est leur rencontre qui interdit. Il s’ensuit qu’il n’y a pas, dans ce morceau, un corps étranger interdit logé dans un corps permis — le morceau lui-même est devenu l’interdit. On ne mesure donc pas soixante contre le lait absorbé, mais contre le morceau entier.
« הטעם כתבו הפוסקים משום דבשר וחלב כל חד באפיה נפשיה שרי וכי איתנהו בהדי הדדי אסור הלכך הבשר עצמו נעשה איסור משא״כ בשאר איסורים » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק י)
« De ceux dont on fait honneur » (voir siman 101). Si l’on ne reconnaît pas le morceau interdit et qu’il est de ceux qu’on présenterait à des hôtes, c’est une chose d’importance, qui ne s’annule pas dans la majorité : même entouré d’une majorité de morceaux permis, tous sont interdits — et le bouillon, lui, reste permis, n’étant pas une « chose d’importance ». Le Chakh rattache cela au siman 101 et en donne la raison : la viande avec le lait est un interdit par lui-même.
« דקי״ל לקמן ר״ס ק״א דבשר בחלב הוי איסור מחמת עצמו ואם היא ראוי׳ להתכבד לא בטיל באלף » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק ט)

5. La décision du Rama — ’h.n.n. dans tous les interdits

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est l’une des ma’hlokot les plus vives et les plus étendues de tout le traité des mélanges.

Le texte du Me’haber et du Rama (seif 4)

לא אמרו חתיכה עצמה נעשית נבילה אלא בבשר בחלב אבל לא בשאר איסורים כגון כזית חלב שנבלע בחתיכה ואין בה ששים לבטלו ונאסרה ואחר כך בישלה עם אחרות אין צריך אלא ששים כדי כזית חלב ואז אפילו חתיכה עצמה חוזרת להיות מותרת: הגה וי״א דאמרינן בכל האסורים חתיכה נעשית נבילה (תוס׳ וסמ״ג וסמ״ק ומרדכי והאחרוני׳) וכן המנהג פשוט ואין לשנות ודוקא אם האסור דבוק בחתיכת היתר או שהחתיכה כולה חוץ לרוטב ונפל עליה איסור אבל אם מקצת החתיכה תוך הרוטב ואין האיסור דבוק בו לא אמרינן חתיכה נעשית נבילה ומצטרף כל הקדירה לבטל האיסור ומכל מקום יש להחמיר לאסור אותה חתיכה (ארוך כלל כ״ח) וכל זה בשאר איסורים אבל בבשר בחלב אע״פ שאין האסור דבוק ומקצת החתיכה תוך הרוטב אמרינן חתיכה נעשית נבילה יש אומרים דלא אמרינן חתיכה נעשית נבילה אם נתערב איסור לח בהיתר לח ואחר כך נתערב הכל בהיתר אחר ואין צריכים רק ששים נגד האיסור שנפל (מרדכי פכ״ה ורשב״א ור״ן בשם ראב״ד) ויש לסמוך על זה בשאר אסורים לצורך הפסד גדול אבל לא בבשר בחלב ואם נתערב יבש ביבש לא אמרינן בשום איסור חתיכה נעשית נבילה. וע״ל סימן צ״ט ס״ק ט״ו מדין חתיכה נעשית נבילה כלי הנאסר מבליעת איסור לא אמרינן ביה חתיכה נעשית נבילה ולא בעינן ס׳ רק נגד האיסור שבלע (מרדכי פג״ה וע״ל סימן צ״ח):

On n’a dit que le morceau lui-même devient névéla que pour la viande avec le lait, mais non pour les autres interdits. Par exemple : un kazayit de graisse interdite absorbé dans un morceau, sans qu’il y ait soixante pour l’annuler, et le morceau a été interdit ; si on le cuit ensuite avec d’autres, il ne faut que soixante contre le kazayit de graisse — et alors même le morceau lui-même redevient permis.

Glose du Rama : et il y a qui disent que pour tous les interdits on dit que le morceau devient névéla (Tossafot, Semag, Semak, Mordekhai et les derniers), et tel est l’usage répandu, qu’il ne faut pas changer. Mais cela seulement si l’interdit adhère au morceau permis, ou si le morceau est tout entier hors du bouillon et que l’interdit est tombé dessus ; en revanche, si une partie du morceau est dans le bouillon et que l’interdit n’y adhère pas, on ne dit pas que le morceau devient névéla, et toute la marmite se joint pour annuler l’interdit — et malgré tout il y a lieu d’être rigoureux et d’interdire ce morceau-là (Arokh, règle 28). Et tout cela pour les autres interdits ; mais pour la viande avec le lait, même si l’interdit n’adhère pas et qu’une partie du morceau est dans le bouillon, on dit que le morceau devient névéla.

Il y a qui disent qu’on ne dit pas « le morceau devient névéla » lorsqu’un interdit liquide s’est mêlé à du permis liquide, puis que le tout s’est mêlé à un autre permis : il ne faut alors que soixante contre l’interdit qui est tombé (Mordekhai, chap. 25, Rachba et Ran au nom du Raavad) ; et l’on peut s’appuyer sur cela pour les autres interdits en cas de grande perte, mais non pour la viande avec le lait. Et s’il s’agit d’un mélange de sec dans du sec, on ne dit pour aucun interdit que le morceau devient névéla ; voir plus loin siman 99. Un récipient rendu interdit par ce qu’il a absorbé — on n’y dit pas que le morceau devient névéla, et il ne faut soixante que contre l’interdit qu’il a absorbé (Mordekhai ; voir plus loin siman 98).

La racine de la ma’hloket.
Chita’h.n.n. dans les autres interditsSource
Le Me’haber Seulement pour la viande avec le lait — là, le morceau entier est le corps de l’interdit ; ailleurs, soixante contre le seul interdit absorbé Me’haber, seif 4
Le Rama (Tossafot, Semag, Semak, Mordekhai) Dans tous les interdits — et le Chakh rappelle que, de l’avis de tous, ce n’est là que midérabanan Rama, seif 4 ; Chakh ס״ק י״ב
« לא אמרו חתיכה עצמה נעשית נבילה אלא בבשר בחלב אבל לא בשאר איסורים » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף ד)
« וי״א דאמרינן בכל האסורים חתיכה נעשית נבילה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
« וכן המנהג פשוט ואין לשנות » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
« וכ״כ הר״ן דבשאר איסורים הוי מדרבנן » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק י״ב)
Les conditions du Rama. Même pour le Rama, qui étend le principe à tous les interdits, l’extension ne vaut que dans deux configurations : ou bien l’interdit adhère au morceau permis, ou bien le morceau est tout entier hors du bouillon et l’interdit lui est tombé dessus. Si une partie du morceau baigne dans le bouillon et que l’interdit n’adhère pas, le principe ne joue pas : toute la marmite se joint pour annuler, et il reste seulement une rigueur sur ce morceau. Tout cela pour les autres interdits ; pour la viande avec le lait, le Rama écrit que le principe joue dans tous les cas.
« ודוקא אם האסור דבוק בחתיכת היתר או שהחתיכה כולה חוץ לרוטב ונפל עליה איסור » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
« אבל אם מקצת החתיכה תוך הרוטב ואין האיסור דבוק בו לא אמרינן חתיכה נעשית נבילה ומצטרף כל הקדירה לבטל האיסור » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
« ומכל מקום יש להחמיר לאסור אותה חתיכה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
« וכל זה בשאר איסורים אבל בבשר בחלב אע״פ שאין האסור דבוק ומקצת החתיכה תוך הרוטב אמרינן חתיכה נעשית נבילה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
Le Chakh ne reçoit pas cette peshåra en silence. Derrière la condition « une partie dans le bouillon » se tient une vieille divergence, que le Chakh expose dès le seif 2 : pour Rabbénou Yits’hak, le morceau ne fait obstacle au tseirouf que s’il est tout entier hors du bouillon ; pour Rachi, même une partie dans le bouillon n’y change rien. Le Rama a construit sa régle comme un compromis entre ces deux lectures — et le Chakh le dit en toutes lettres, puis marque un צ״ע sur la seconde moitié de la glose, celle qui étend le principe à la viande avec le lait même lorsqu’une partie baigne dans le bouillon. Nous rapportons, et nous ne tranchons pas.
« דר״י סובר דוקא שכל החתיכה חוץ לרוטב » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק ד)
« ורש״י פי׳ אפי׳ מקצתה ברוטב אין הכל מצטרף לבטל החלב » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק ד)
« הרב הכריע כן הכל מסברתו כעין פשר » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק י״ג)
« ומ״ש דבבשר בחלב אפילו מקצת החתיכה תוך הרוטב חנ״נ ג״כ צ״ע דהוא נגד כל הפוסקים » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק י״ג)
« ונראה דמ״ש הרב דבבשר בחלב אפילו מקצתה תוך הרוטב חנ״נ היינו בשניער אח״כ עד שנכנסה כולה לתוך הרוטב » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק י״ג)

Et le Chakh ne laisse pas son צ״ע sans réponse : il propose lui-même un yichouv — ce que le Rama écrit de la viande avec le lait, même lorsqu’une partie baigne dans le bouillon, vaut lorsqu’on a remué ensuite (בשניער) au point que le morceau est entré tout entier dans le bouillon. Nous rapportons la difficulté et sa réponse, sans trancher entre elles.

Liquide dans du liquide. Un interdit liquide mêlé à du permis liquide, puis tombé dans un autre permis : on ne dit pas que le tout devient névéla, et il suffit de soixante contre l’interdit lui-même. Le Chakh en donne la raison : le principe se fonde sur l’importance du morceau, qui suppose qu’il soit reconnaissable et distinct — ce qu’un liquide dans un liquide n’est pas. Le Rama permet de s’y appuyer pour les autres interdits en cas de grande perte, mais non pour la viande avec le lait. Le Pit’hé Techouva (ס״ק ב) rapporte au nom du Maharchal que si le mélange s’est fait par voie de cuisson, le principe s’applique même au liquide, et au nom du Nodá BiYéhouda (Tiniana, Yoré Déa 49) qu’il y a de quoi être indulgent en cas de grande perte.
« יש אומרים דלא אמרינן חתיכה נעשית נבילה אם נתערב איסור לח בהיתר לח ואחר כך נתערב הכל בהיתר אחר ואין צריכים רק ששים נגד האיסור שנפל » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
« דדוקא כשנתערב איסור לח בהיתר יבש אמרינן חנ״נ מטעם חשיבות כי החתיכות איסור ניכר ומובדל נ״נ הוא » (ש״ך יו״ד צ״ב ס״ק י״ד)
« ויש לסמוך על זה בשאר אסורים לצורך הפסד גדול אבל לא בבשר בחלב » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
« דווקא שנתערב שלא כדרך בישול אבל אם הוא דרך בישול אמרינן חנ״נ » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק ב)
« וכתב להתיר במקום הפסד גדול ואף שרש״ל אוסר אם הוא דרך בישול » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק ב)
Là où le principe ne joue pas. Le sec mêlé au sec : aucun interdit n’y fait devenir le morceau névéla (et voir siman 99). Et le récipient qui a absorbé un interdit : on n’y applique pas le principe, et il suffit de soixante contre ce qu’il a absorbé (Mordekhai ; voir siman 98). Et pour la pratique — demande à ton rav.
« ואם נתערב יבש ביבש לא אמרינן בשום איסור חתיכה נעשית נבילה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
« כלי הנאסר מבליעת איסור לא אמרינן ביה חתיכה נעשית נבילה ולא בעינן ס׳ רק נגד האיסור שבלע » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ד)
Le Pit’hé Techouva (ס״ק א) et la partie hors du bouillon. Il rapporte, au nom du Ran cité par le Chakh, qu’un morceau qui se tient dans la marmite, par la vapeur et l’humidité qui y règnent, voit le lait se répandre dans tout son corps, même dans la partie qui émerge du bouillon. Et il rapporte le Nodá BiYéhouda, qui précise la portée de la distinction du Chakh entre un interdit fluide et un interdit compact : lorsque l’interdit adhère au morceau dès l’origine et a cuit avec lui, la vapeur et l’humidité de la marmite le font se répandre dans le tout. Il y a là matière à comparaison avec les règles du siman 105 sur l’interdit compact.
« דחתיכה שעומדת בקדרה מתוך שיש בה הבל ולחלוחית החלב מתפשט בכולה אף שהיא חוץ לרוטב » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק א)
« אבל כשדבוק האיסור באותה חתיכה בתולדתו ונתבשל עמו בקדרה אז ע״י הבל הקדרה ולחלוחית גורם שמתפשט בכולו » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק א)

6. La goutte de lait sur la paroi — מפעפע, face au bouillon et face au vide

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Me’haber et du Rama (seifim 5–6)

טיפת חלב שנפלה על הקדירה שאצל האש מבחוץ אם נפלה כנגד התבשיל אין צריך אלא ס׳ כנגד הטיפה שמפעפעת לפנים והוי כאילו נפלה בתבשיל ואם נפלה במקום הריקן והיא מפעפעת בדופן הקדירה עד סמוך לרוטב כל כך שאין ס׳ כנגד הטיפה הרי נאסר אותו מקום הקדירה ואם יערה התבשיל דרך מקום הקדירה שנאסר הרי יאסר התבשיל וזה תקנתו שיניחנה כך ולא יגע בה עד שתצטנן: הגה ודוקא אם הקדרה ישנה אבל אם היא חדשה בכל ענין א״צ ס׳ רק נגד הטיפה שנפל עליה כדלקמן סי׳ צ״ד גבי כף:

נהגו העולם לאסור כשנפלה על הדופן שלא כנגד הרוטב ודוקא כשנופל באותו צד שאינו כנגד האש אבל אם נפל כנגד האש מותר שהאש שורפו ומייבשו (ואז הקדירה נמי שרי) (הגהות ש״ד וארוך כלל ל״א) ודוקא בדבר מועט כגון טיפה אבל אם נפל הרבה אין להתיר אפי׳ אם נפל כנגד האש אא״כ כנגד הרוטב וע״י ס׳: הגה ואז הקדירה הוי אסורה אפילו יש ס׳ בתבשיל נגד הטיפה שנפלה ויערה מיד התבשיל ממנו בצד אחר שלא כנגד הטיפה ואם בשלו בקדירה תבשיל אחר דינו כמו בפעם הראשון (ארוך כלל ל״א):

Seif 5. Une goutte de lait tombée de l’extérieur sur une marmite placée près du feu : si elle est tombée en face du mets, il ne faut que soixante contre la goutte, car elle traverse vers l’intérieur et c’est comme si elle était tombée dans le mets. Mais si elle est tombée à l’endroit vide et qu’elle traverse l’épaisseur de la paroi jusqu’à proximité du bouillon, au point qu’il n’y ait pas là soixante contre la goutte, cet endroit de la marmite est interdit ; et si l’on verse le mets par l’endroit qui a été interdit, le mets sera interdit. Le remède : qu’on la laisse ainsi et qu’on n’y touche pas jusqu’à ce qu’elle refroidisse. Glose : et cela seulement si la marmite est ancienne ; mais si elle est neuve, il ne faut en tout état de cause que soixante contre la goutte tombée dessus, comme il est dit plus loin au siman 94 à propos de la cuiller.

Seif 6. Le monde a pris l’usage d’interdire quand elle est tombée sur la paroi, hors de la face du bouillon — et cela seulement quand elle tombe du côté qui n’est pas face au feu ; mais si elle est tombée face au feu, c’est permis, car le feu la brûle et la dessèche (et alors la marmite aussi est permise). Et cela seulement pour une chose minime, telle qu’une goutte ; mais s’il en est tombé beaucoup, il n’y a pas de permission même face au feu, sinon face au bouillon et par soixante. Glose : et alors la marmite est interdite même s’il y a soixante dans le mets contre la goutte tombée ; on en versera aussitôt le mets par l’autre côté, non en face de la goutte. Et si l’on y a cuit un autre mets, son régime est celui de la première fois.

Le fondement — ce que « traverser » veut dire. La graisse et l’humidité chaudes traversent : elles pénètrent l’épaisseur de la paroi et passent vers l’intérieur. De là deux cas, et deux régimes.

• Face au bouillon — la goutte traverse aussitôt jusqu’au mets, comme si elle y était tombée : soixante contre la goutte suffisent.
• Face au vide — elle traverse l’épaisseur jusqu’à proximité du bouillon ; s’il n’y a pas là soixante, cet endroit de la paroi est interdit, et verser par là interdit le mets.

Le remède que donne le Me’haber est un remède d’abstention : ne pas y toucher jusqu’au refroidissement.
« טיפת חלב שנפלה על הקדירה שאצל האש מבחוץ אם נפלה כנגד התבשיל אין צריך אלא ס׳ כנגד הטיפה שמפעפעת לפנים והוי כאילו נפלה בתבשיל » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף ה)
« ואם נפלה במקום הריקן והיא מפעפעת בדופן הקדירה עד סמוך לרוטב כל כך שאין ס׳ כנגד הטיפה הרי נאסר אותו מקום הקדירה » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף ה)
« וזה תקנתו שיניחנה כך ולא יגע בה עד שתצטנן » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף ה)
Le « de toute façon » du Taz (ס״ק י״ז). Le Taz rapporte le raisonnement de l’Issour VéHéter (règle 31, au nom du Semak), qui procède par élimination : ou bien la goutte traverse jusqu’au bouillon, et elle s’y annule dans les soixante ; ou bien elle ne traverse pas jusque-là, et alors par quoi la marmite serait-elle interdite ? Mais le Taz en tire aussitôt une conséquence restrictive : ce raisonnement ne permet que le mets — la marmite, elle, reste interdite, et l’on ne considère pas la goutte comme tombée dans le mets à tous égards.
« אי מפעפע לתוך הרוטב הרי נתבטל הטיפה בששים ואם אינו מפעפע לתוכה ממה יאסר » (ט״ז יו״ד צ״ב ס״ק י״ז)
« מבואר מזה דהקדירה אסורה ולא חשבינן כאילו נפלה לתבשיל אלא לענין היתר התבשיל לחוד » (ט״ז יו״ד צ״ב ס״ק י״ז)
« ורש״ל כ׳ פ׳ גיד הנשה סימן ל״ז בזה אף הקדירה מותר מן הדין לבשל בה בשר עוד אלא שלכתחלה אסורה להשתמש בה אפילו בשר שנראה כאילו נאסר בחלב כו׳ עכ״ל וכן נראה עיקר כמו שאזכיר בסמוך » (ט״ז יו״ד צ״ב ס״ק י״ז)

Mais le Taz ne s’arrête pas là : il rapporte aussitôt le Maharchal (Pereq Gid ha-Nasheh, siman 37), pour qui la marmite elle-même est permise מן הדין — on peut y cuire de la viande encore — et n’est interdite que לכתחילה, parce qu’elle paraîtrait interdite par le lait. Et le Taz conclut qu’il se range à cet avis : וכן נראה עיקר.

Marmite ancienne et marmite neuve · le côté du feu.
Le casLe régime
Marmite ancienne, face au vide, hors de la face du feu L’usage a été d’interdire cet endroit (s’il n’y a pas là soixante contre la goutte)
Face au feu Permis — le feu la brûle et la dessèche, et alors la marmite aussi est permise
Marmite neuve En tout état de cause, soixante contre la goutte suffisent (comme pour la cuiller, siman 94)
Il en est tombé beaucoup (non une goutte) Pas de permission même face au feu — sinon face au bouillon et par soixante
« ודוקא אם הקדרה ישנה אבל אם היא חדשה בכל ענין א״צ ס׳ רק נגד הטיפה שנפל עליה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ה)
« אבל אם נפל כנגד האש מותר שהאש שורפו ומייבשו » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף ו)
« ודוקא בדבר מועט כגון טיפה אבל אם נפל הרבה אין להתיר אפי׳ אם נפל כנגד האש אא״כ כנגד הרוטב וע״י ס׳ » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף ו)
Nafka mina dans le versement. Le Rama ajoute, à la fin du seif 6 : lorsqu’il en est tombé beaucoup, même s’il y a soixante dans le mets contre la goutte, la marmite est interdite ; on en versera aussitôt le mets par l’autre côté, non en face de la goutte — et une seconde cuisson dans cette marmite relève du même régime que la première. Et pour la pratique — demande à ton rav.
« ואז הקדירה הוי אסורה אפילו יש ס׳ בתבשיל נגד הטיפה שנפלה ויערה מיד התבשיל ממנו בצד אחר שלא כנגד הטיפה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ו)
« ואם בשלו בקדירה תבשיל אחר דינו כמו בפעם הראשון » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ו)

7. Moment pressé · תתאה גבר · versement et filet

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Me’haber et du Rama (seif 7)

יש מי שמתיר בשעת הדחק כגון בערב שבת אפי׳ שלא כנגד הרוטב אפילו שלא כנגד האש על ידי ס׳: הגה והכי נהוג (ארוך) ואם נשפך חלב או שאר איסור רותח על גבי קרקע והעמידו עליו קדירה חמה אם מה שנשפך אינו אצל האש לא הוי רק כלי שני ולכן הקדירה אסורה דבולע קצת והתבשיל מותר דתתאה גבר (הגהת ש״ד סימן כ״ה) וקלוח מן הקדירה רותחת שהלך אל קדירה צוננת אם נפסק הקלוח מן הקדירה הרותחת קודם שהגיע אל הצונן הוי נמי ככלי שני (כך משמע בשערים מתשובת מוהר״ם) ואם לא נפסק הוי כעירוי והקדירה הצוננת נאסרה אם היד סולדת בקלוח הנוגע בקדירה (ת״ה סי׳ קפ״ה) והתבשיל שבתוכה שרי דאין עירוי אוסר רק כדי קליפה אבל אם הקדירה היא חמה והוא כלי ראשון וכ״ש עומד אצל האש אפי׳ הקלוח הוא צונן הכל אסור דתתאה גבר והוי כצונן לתוך חם דכולו אסור (כך משמע מב״י) כמו שנתבאר לעיל סי׳ צ״א. טפה הנופל׳ על גבי כיסוי קדירה דינה כנפלה על גבי קדירה נגד הרוטב והוא שהתחיל הקדירה להרתיח דאז עולה הזיעה תמיד ומגיע אל הכיסוי ויורד משם אל הרוטב (ארוך כלל ל״א וש״ד):

Il y a qui permet, dans un moment pressé — par exemple la veille de Chabbat — même hors de la face du bouillon et même hors de la face du feu, au moyen de soixante. Glose : et c’est ainsi que l’on se conduit.

Et si du lait, ou un autre interdit bouillant, s’est répandu sur le sol et qu’on y a posé une marmite chaude : si ce qui s’est répandu n’est pas près du feu, ce n’est qu’un récipient second ; la marmite est donc interdite, car elle absorbe un peu, mais le mets qui s’y trouve est permis, car le dessous l’emporte.

Un filet qui coule d’une marmite bouillante vers une marmite froide : s’il s’est interrompu avant d’atteindre le froid, c’est aussi un récipient second ; s’il ne s’est pas interrompu, c’est comme un versement, et la marmite froide est interdite si la main se retire au contact du filet — mais le mets qui s’y trouve est permis, car un versement n’interdit que l’épaisseur d’une pelure. En revanche, si la marmite est chaude et qu’elle est un récipient premier, et a fortiori si elle se tient près du feu, alors même que le filet soit froid, tout est interdit : car le dessous l’emporte, et c’est comme du froid versé dans du chaud, où tout est interdit — comme il a été expliqué plus haut au siman 91.

Une goutte qui tombe sur le couvercle d’une marmite a le régime de celle qui tombe sur la marmite face au bouillon — à condition que la marmite ait commencé à bouillir, car alors la vapeur monte sans cesse, atteint le couvercle et en redescend vers le bouillon.

Le fondement — « le dessous l’emporte » et les degrés de chaleur. Toute la racine de ce seif est le principe étudié au siman 91 : dans un contact entre un chaud et un froid, c’est le dessous qui l’emporte. De là les trois cas.

• Répandu sur le sol, loin du feu : récipient second, qui ne fait absorber qu’un peu — la marmite est interdite, le mets permis.
• Filet interrompu : récipient second ; filet ininterrompu : un versement, qui n’interdit que l’épaisseur d’une pelure, si la main s’y retire.
• Récipient premier, ou près du feu : même un filet froid interdit tout, car le dessous chaud l’emporte.
« ואם נשפך חלב או שאר איסור רותח על גבי קרקע והעמידו עליו קדירה חמה אם מה שנשפך אינו אצל האש לא הוי רק כלי שני ולכן הקדירה אסורה דבולע קצת והתבשיל מותר דתתאה גבר » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ז)
« ואם לא נפסק הוי כעירוי והקדירה הצוננת נאסרה אם היד סולדת בקלוח הנוגע בקדירה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ז)
« והתבשיל שבתוכה שרי דאין עירוי אוסר רק כדי קליפה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ז)
« אבל אם הקדירה היא חמה והוא כלי ראשון וכ״ש עומד אצל האש אפי׳ הקלוח הוא צונן הכל אסור דתתאה גבר והוי כצונן לתוך חם דכולו אסור » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ז)
La goutte sur le couvercle. Une goutte tombée sur le couvercle est traitée comme tombée face au bouillon — à la condition que la marmite ait déjà commencé à bouillir : la vapeur monte alors au couvercle et en redescend vers le mets, de sorte que le couvercle est, pour ce calcul, en continuité avec le bouillon. C’est par ce membre de phrase que le siman passe au seif suivant, celui de la vapeur.
« טפה הנופל׳ על גבי כיסוי קדירה דינה כנפלה על גבי קדירה נגד הרוטב והוא שהתחיל הקדירה להרתיח דאז עולה הזיעה תמיד ומגיע אל הכיסוי ויורד משם אל הרוטב » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ז)
Deux précisions du Pit’hé Techouva. À son ס״ק ג, il note que partout où ce siman dit « la marmite est interdite », s’il s’agit d’une marmite de métal, la remplir d’eau et la faire bouillir ne suffit pas à la rendre — car la face extérieure ne serait pas traitée ; il faut la plonger tout entière dans une chaudière plus grande (Maguen Avraham, Ora’h ’Haïm 452). À son ס״ק ד, il rapporte les Levouché Sérad contre ceux qui permettaient au moyen de la cendre placée sous le filet : puisque la règle de la cendre est elle-même disputée, il n’y a pas à s’y appuyer, sinon pour un interdit léger. Et pour la pratique — demande à ton rav.
« אם היא של מתכות ובא להגעילה לא מהני כשימלאנה מים וירתיחנה דא״כ צד החיצון לא נגעל אלא צריך להכניסה כולה ליורה » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק ג)
« מאחר שדין אפר גופיה הוא מחלוקת לכן ח״ו לסמוך ע״ז אלא באיסור קל » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק ד)

8. La ’hakira de la vapeur — vapeur de boisson, vapeur d’aliment

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Me’haber et du Rama (seif 8)

מחבת של חלב שנתנו בכירה תחת קדירה של בשר הזיעה עולה ונבלע בקדיר׳ ואוסרת׳: הגה אם היה חלב במחבת בעינן ס׳ בתבשיל שבקדירה נגד החלב שבמחבת (ד״ע) וכל זה מיירי שהמחבת מגולה והזיעה עולה מן המאכל עצמו לקדירה שעליה (ארוך) וגם מיירי שהוא בקרוב כל כך שהיד סולדת בזיעה במקום שנוגע בקדירה אבל אם אין היד סולדת בזיעה הכל שרי ולכן תולין בשר לייבש על קדירות של חלב ולא חיישינן לזיעה שעולה (פסקי מהרא״י סימן ק״ג) וכן אם המחבת מכוסה הכל שרי מידי דהוי אשתי קדירות נוגעות זו בזו דאין אוסרין זו את זו בנגיעה כל שכן בזיעה (מרדכי פרק כ״ה) מיהו לכתחלה יש ליזהר בכל זה (הגהות ש״ד):

Une poêle de lait qu’on a posée dans le foyer, sous une marmite de viande : la vapeur monte, est absorbée par la marmite et l’interdit. Glose : s’il y avait du lait dans la poêle, il faut soixante dans le mets de la marmite contre le lait de la poêle (avis propre). Et tout cela ne parle que d’une poêle découverte, la vapeur montant de l’aliment lui-même vers la marmite qui est au-dessus (Arokh) ; et l’on parle aussi d’une proximité telle que la main se retire de la vapeur à l’endroit où elle touche la marmite — mais si la main ne s’y retire pas, tout est permis. C’est pourquoi l’on suspend de la viande à sécher au-dessus de marmites de lait sans craindre la vapeur qui monte (Piskei Maharaï, 103). Et de même, si la poêle est couverte, tout est permis — comme deux marmites qui se touchent l’une l’autre sans s’interdire par le contact, et a fortiori par la vapeur (Mordekhai, chap. 25). Toutefois, il y a lieu d’être prudent en tout cela a priori.

La ’hakira — qu’est-ce que la vapeur, et quelle est sa force ? La question que ce seif ouvre est de savoir à quoi tient le pouvoir de la vapeur d’interdire. Le texte du Rama y met deux conditions, et elles ne sont pas de même nature : l’une tient à la provenance — la poêle doit être découverte, la vapeur montant de l’aliment lui-même ; l’autre tient à la chaleur — la main doit se retirer de la vapeur à l’endroit du contact. De là la question : la vapeur est-elle comme le corps de l’aliment d’où elle monte, ou bien n’est-elle qu’un véhicule de chaleur ?
« וכל זה מיירי שהמחבת מגולה והזיעה עולה מן המאכל עצמו לקדירה שעליה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ח)
« וגם מיירי שהוא בקרוב כל כך שהיד סולדת בזיעה במקום שנוגע בקדירה אבל אם אין היד סולדת בזיעה הכל שרי » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ח)
La distinction du Pri Mégadim, rapportée par le Pit’hé Techouva (ס״ק ו). Le Pri Mégadim tire du Rambam (Toum’at Okhlin 7:4) que la vapeur d’une boisson est comme la boisson elle-même, tandis que celle d’un aliment ne l’est pas. La ’hakira ne porte donc pas seulement sur la chaleur, mais sur la nature de ce qui s’évapore. Le Pit’hé Techouva en tire lui-même la conséquence, et il la formule prudemment : dans un tel cas, même si la main se retire de la vapeur, il est possible qu’il y ait de quoi permettre. Il ne tranche pas, et nous non plus.
« דדוקא זיעת משקין כמוהו אבל אוכלין כמו חלב המהותך אין זיעתו כמוהו » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק ו)
« אם היה מחבת מחלב למטה חם ולמעלה סמוך דבר כשר והזיעה עולה אפי׳ יד סולדת בזיעה אפשר יש להתיר » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק ו)
Couvert — un a fortiori tiré des deux marmites. Si la poêle est couverte, tout est permis : deux marmites qui se touchent ne s’interdisent pas l’une l’autre par le seul contact, et la vapeur, arrêtée par le couvercle, fait moins encore. C’est de ce même raisonnement que sort la permission de suspendre de la viande à sécher au-dessus de marmites de lait. Et le Rama achève pourtant sur une réserve : a priori, il y a lieu d’être prudent en tout cela.
« וכן אם המחבת מכוסה הכל שרי מידי דהוי אשתי קדירות נוגעות זו בזו דאין אוסרין זו את זו בנגיעה כל שכן בזיעה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ח)
« ולכן תולין בשר לייבש על קדירות של חלב ולא חיישינן לזיעה שעולה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ח)
« מיהו לכתחלה יש ליזהר בכל זה » (רמ״א יו״ד צ״ב סעיף ח)

9. La chandelle de suif — חֵלֶב et non חָלָב

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Me’haber (seif 9)

נר של חלב עשוי כנר של שעוה שנטף ממנו טפה על כלי אין צריך כי אם גרידה אבל חלב מהותך חם שנפל ממנו טפה על כלי צריך הגעלה:

Une chandelle de suif faite comme une chandelle de cire, dont une goutte est tombée sur un ustensile : il ne faut que racler. Mais du suif fondu et chaud dont une goutte est tombée sur un ustensile : il faut une hag’ala.

Le fondement — חֵלֶב et non חָלָב. Un avertissement de lecture, avant toute halakha : le texte imprimé n’est pas vocalisé, et les mêmes trois lettres portent ici un autre mot que dans tous les seifim précédents. Le mot se lit חֵלֶב — le suif, graisse interdite de l’animal — et non חָלָב, le lait. Deux cas s’ensuivent :
• Une chandelle de suif figé, qui goutte comme de la cire froide → il n’y a pas d’absorption dans l’épaisseur, seulement un corps posé à la surface → racler suffit.
• Du suif fondu et chaud → c’est du bouillant qui fait absorber → une hag’ala est requise.
« נר של חלב עשוי כנר של שעוה שנטף ממנו טפה על כלי אין צריך כי אם גרידה » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף ט)
« אבל חלב מהותך חם שנפל ממנו טפה על כלי צריך הגעלה » (שו״ע יו״ד צ״ב סעיף ט)
’Hakira — racler contre hag’ala. La racine de la distinction est la chaleur du contact, non la nature de la matière. Dans le figé, il n’y a ni rejet ni absorption réels, comme pour du froid : il suffit donc d’ôter le corps posé à la surface. Dans le fondu et chaud, le régime est celui du bouillant, qui fait absorber dans l’épaisseur de l’ustensile : d’où la hag’ala. Le Pit’hé Techouva (ס״ק ז–ח) prolonge ces deux cas : l’un sur le fait d’allumer à une chandelle de suif, l’autre sur la mèche tombée sur un ustensile.
« אם מותר להדליק שפופרת של טובאק מנר של חלב » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק ז)
« אם נפל ראש הפתילה שכבר נשרף ונעשה אפר אינו אוסר » (פ״ת יו״ד צ״ב ס״ק ח)

10. ’Hakira et nafka mina pour la pratique

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ’hakira d’ensemble du siman. Quelle est la mesure qui annule le goût du lait, et à quelle condition toute la marmite s’y joint ?
Nafka mina pour la pratique, selon ce que le siman énonce.
  1. On ne se fie pas au goût du non-juif → soixante sont requis en tout état de cause (Rama, seif 1).
  2. Remuer ou couvrir ne joint toute la marmite que si on l’a fait dès l’instant de la chute (Rama, seif 2 — « et c’est ainsi que l’on se conduit »).
  3. ’Hatikha naassit névéla — l’usage l’applique à tous les interdits (Rama, seif 4), sous les conditions de l’adhérence ou du morceau tout entier hors du bouillon — le Chakh (ס״ק י״ג) marquant un צ״ע sur la fin de la glose.
  4. Goutte face au vide, hors de la face du feu : l’usage a été d’interdire ; face au feu, le feu la brûle ; marmite neuve, soixante suffisent.
  5. Vapeur — elle n’interdit que si la poêle est découverte et que la main se retire ; couverte ou éloignée, c’est permis, et a priori il y a lieu d’être prudent.
Et pour la pratique — demande à ton rav.

11. Tableaux de synthèse

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Tableau — les modes de chute du lait et leur régime

Le mode de contact Le résultat La source
Kazayit de viande dans une chaudière de lait Goût du קפילא, ou soixante ; et ce morceau-là est interdit Me’haber, seif 1 ; Taz ס״ק א
Lait tombé dans la marmite — sans avoir remué Soixante dans le morceau lui-même ; à défaut, il est seul interdit Me’haber et Rama, seif 2
Remué ou couvert dès la chute Tout se joint pour les soixante Me’haber et Rama, seif 2
Morceau devenu interdit (’h.n.n.) Le morceau entier est névéla ; soixante contre lui tout entier Me’haber, seifim 3–4 ; Chakh ס״ק י
Goutte face au bouillon Elle traverse → soixante contre la goutte Me’haber, seif 5 ; Taz ס״ק י״ז
Goutte face au vide, hors de la face du feu L’usage a été d’interdire cet endroit Me’haber, seifim 5–6
Versement / filet ininterrompu Interdit l’épaisseur d’une pelure ; le mets reste permis (le dessous l’emporte) Rama, seif 7
Vapeur (poêle découverte, main qui se retire) Absorbée et interdisante ; couverte ou éloignée — permis Me’haber et Rama, seif 8 ; Pri Mégadim dans le P’T ס״ק ו
Chandelle de suif Figé — racler ; fondu et chaud — hag’ala Me’haber, seif 9 ; P’T ס״ק ז–ח

Tableau — les ma’hlokot centrales du siman

Le sujet Première chita Seconde chita
Se fier au goût du non-juif Le Me’haber — on s’en remet au קפילא, même avec moins de soixante Le Rama — on ne s’y fie pas, et il faut soixante en tout état de cause
Du lait dans du lait — l’interdit absorbé Rachi et le Rivа’ — pour une quantité infime Rabbénou Tam — annulé par soixante (et c’est ce que nous tenons)
Quand remuer joint-il ? Raavad et Maguid Michné — même sans avoir remué, soixante suffisent Tour et Rama — seulement si l’on a remué dès la chute
’Hatikha naassit névéla Le Me’haber — seulement pour la viande avec le lait Le Rama — dans tous les interdits, et midérabanan selon le Chakh
Le morceau, tout entier ou en partie hors du bouillon R. Yits’hak — seulement tout entier hors du bouillon Rachi — même une partie dans le bouillon (Chakh ס״ק ד)
Liquide dans du liquide tombé dans du permis Mordekhai, Rachba et Ran — soixante suffisent, pas de ’h.n.n. Maharchal — par voie de cuisson, on dit ’h.n.n. (P’T ס״ק ב)

Tableau — les sources de la sougya

Guemara : ’Houlin 97b–98a (goût comme substance, קפילא, annulation par soixante) · ’Houlin 108a (’hatikha naassit névéla) · ’Houlin 111b–112a (vapeur, poissons servis dans un plat) · Pessa’him 76a (le dessous l’emporte)
Richonim : Rachi · Rabbénou Tam · le Rivа’ · Rambam · Raavad · Maguid Michné · Tossafot · Roch · Rachba · Ran · Mordekhai (chap. 25) · Semag · Semak · R. Yossef ibn ’Haviv · Tour · Issour VéHéter HaArokh (règles 28 et 31)
A’haronim : Beit Yossef · Rama · Chakh · Taz · Ba’h · Darkhé Moché · Torat ’Hatat · Maharchal (Yam chel Chlomo, chap. 25) · Pri ’Hadach · Pri Mégadim · Min’hat Yaakov · Maguen Avraham (Ora’h ’Haïm 452) · Pit’hé Techouva · Nodá BiYéhouda · Levouché Sérad

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DAAT · Rav Yossef ’Haïm Samama
Talmid ’hakham · donne des cours de halakha et de ’hassidout
Pilpoul et étude du lait tombé dans une marmite de viande · Siman 92 · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est destiné à l’étude et à l’examen seulement. Pour toute décision pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton rav.

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