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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 93 — Cuire du lait dans une marmite ayant servi à la viande

Marmite ben yomo (נותן טעם) vs après 24 h (נותן טעם לפגם), l'évaluation des soixante, le statut du couvercle (כיסוי), תתאה גבר et קליפה — Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 93 — 1 seif
יורה דעה · סימן צ״ג
קְדֵרָה שֶׁבִּשְּׁלוּ בָּהּ בָּשָׂר — לֹא יְבַשְּׁלוּ בָּהּ חָלָב
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 93 : son seif unique et la longue glose du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Une marmite dans laquelle on a cuit de la viande — peut-on y cuire du lait ? Tout se joue sur la fraîcheur de la marmite : ben yomo (utilisée dans les 24 h, נותן טעם) ou non (après 24 h, נותן טעם לפגם) ; l'évaluation des soixante contre toute la marmite, le statut du couvercle (כיסוי) et sa חומרא, la règle תתאה גבר entre couvercle et marmite chaud/froid, le rôle de la קליפה et le principe de la הגעלה pour cachériser.

Sujet : Cuire du lait dans une marmite ayant servi à la viande — ben yomo, נותן טעם לפגם, couvercle, תתאה גבר
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן צ״ג

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. Le texte du Mehaber : le seif unique et la glose du Rama
2. Contexte : pourquoi ce siman vient après celui du mélange dans la marmite
3. Les concepts-clés : ben yomo, נותן טעם, נותן טעם לפגם, ששים, כיסוי, תתאה גבר, קליפה…
4. Ben yomo ou non : le tableau de l'état de la marmite
5. Le Shach et le Taz : qui ils sont, leurs entrées-clés sur le seif
6. La glose du Rama (הגה)
7. Le couvercle et le תתאה גבר : ce que devient l'ustensile au contact
8. Cas pratiques modernes : marmite après 24 h, couvercle interverti, cachérisation
9. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — le seif unique

Le Siman 93 prolonge directement les lois de בשר בחלב (viande et lait). Après le Siman 92 (le lait tombé dans une marmite de viande qui cuit), le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) ne traite plus ici d'un aliment tombé dans un autre, mais de l'ustensile lui-même : une marmite dans laquelle on a cuit de la viande — peut-on y cuire du lait ? Tout le siman tient en un seul seif, mais ce seif condense des concepts profonds : ben yomo (la marmite a-t-elle servi dans les 24 h ?), le goût encore « bon » (נותן טעם) ou déjà « dégradé » (נותן טעם לפגם), et l'évaluation des soixante. Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) y ajoute une longue glose (הגה) sur le couvercle, le תתאה גבר et la קליפה. Découvrons-le.

Le seif unique — la marmite de viande et le lait

Seif 1 — קְדֵרָה שֶׁבִּשְּׁלוּ בָּהּ בָּשָׂר ; ben yomo ou après 24 h

קְדֵרָה שֶׁבִּשְּׁלוּ בָּהּ בָּשָׂר, לֹא יְבַשְּׁלוּ בָּהּ חָלָב; וְאִם בִּשֵּׁל בָּהּ בְּתוֹךְ מֵעֵת לְעֵת — אָסוּר בְּנוֹתֵן טַעַם (וְצָרִיךְ לְשַׁעֵר נֶגֶד כָּל הַקְּדֵרָה); אֲבָל אִם שָׁהָה מֵעֵת לְעֵת קֹדֶם שֶׁבִּשֵּׁל בָּהּ, הֲוֵי לֵיהּ נוֹתֵן טַעַם לִפְגָם וּמֻתָּר הַתַּבְשִׁיל, אֲבָל הַקְּדֵרָה אֲסוּרָה. (הגה: וּמִכָּל מָקוֹם שְׁאָר דְּבָרִים מֻתָּר לְבַשֵּׁל בָּהּ אִם אֵינָהּ בַּת יוֹמָהּ (ריב״ש סִימָן קכ״ו בְּשֵׁם סְמַ״ק). וְדִין כִּסּוּי הַקְּדֵרָה כְּדִין הַקְּדֵרָה עַצְמָהּ; וְיֵשׁ מַחְמִירִין בְּכִסּוּי לְהַחְשִׁיבוֹ כְּבֶן יוֹמוֹ אֲפִלּוּ אֵינוֹ בֶּן יוֹמוֹ, וְכֵן נוֹהֲגִין בִּקְצָת מְקוֹמוֹת, וְכֵן אֲנִי נוֹהֵג מֵחֲמַת הַמִּנְהָג אַף עַל פִּי שֶׁהוּא חֻמְרָא בְּלֹא טַעַם; מִיהוּ בִּמְקוֹם שֶׁיֵּשׁ צַד הֶתֵּר אַחֵר, אוֹ לְצֹרֶךְ שַׁבָּת אוֹ הֶפְסֵד, מֻתָּר אִם אֵין הַכִּסּוּי בֶּן יוֹמוֹ כְּמוֹ הַקְּדֵרָה עַצְמָהּ. כִּסּוּי חַם שֶׁל בָּשָׂר שֶׁכִּסָּה בּוֹ קְדֵרָה שֶׁל חָלָב (אוֹ לְהֵפֶךְ): אִם שְׁנֵיהֶם חַמִּים וְיֵשׁ בִּשְׁנֵיהֶם מַאֲכָל — שְׁנֵיהֶם אֲסוּרִים; וְאִם הַכִּסּוּי צוֹנֵן וְהַקְּדֵרָה חַמָּה וְהִתְחִילָה לְהַזִּיעַ — שְׁנֵיהֶם אֲסוּרִים, דְּתַתָּאָה גָּבַר; וְאִם הַכִּסּוּי חַם וְהַקְּדֵרָה צוֹנֶנֶת — הַכֹּל מֻתָּר, אֶלָּא שֶׁהַמַּאֲכָל צָרִיךְ קְלִיפָה אִם אֶפְשָׁר, וְאִם לָאו — הַכֹּל מֻתָּר; וְאִם אֵין מַאֲכָל בַּקְּדֵרָה — הַכֹּל מֻתָּר, דַּהֲוֵי כִּשְׁתֵּי קְדֵרוֹת שֶׁנָּגְעוּ זוֹ בָּזוֹ.)
Une marmite dans laquelle on a cuit de la viande (קדרה שבישלו בה בשר) : on n'y cuira pas de lait. Si l'on y a cuit (du lait) dans les 24 heures (בתוך מעת לעת — marmite ben yomo) → c'est interdit pour cause de goût communiqué (אסור בנותן טעם). [Glose du Rama : et il faut évaluer (les soixante) contre toute la marmite — וצריך לשער נגד כל הקדרה.] Mais si 24 heures se sont écoulées avant d'y cuire (שהה מעת לעת — marmite non ben yomo), le goût est נותן טעם לפגם (altéré, dégradé) et le plat est permis ; mais la marmite reste interdite (à cuire viande comme lait). Glose du Rama : néanmoins, on peut y cuire d'autres aliments (שאר דברים, ni viande ni lait) si elle n'est pas ben yomo (Rivash 126 au nom du Sma"k). Le couvercle (כיסוי) a le même statut que la marmite elle-même ; certains sont plus stricts sur le couvercle, le considérant comme ben yomo même s'il ne l'est pas, ainsi l'usage en certains lieux — « et moi-même j'ai cette pratique à cause de l'usage, bien que ce soit une חומרא sans raison (חומרא בלא טעם) ». Toutefois, là où il y a un autre motif de permettre, ou pour un besoin de Shabbat ou un הפסד (perte), c'est permis si le couvercle n'est pas ben yomo, comme la marmite. Un couvercle chaud de viande posé sur une marmite de lait (ou l'inverse) : si les deux sont chauds et contiennent un aliment → les deux interdits ; si le couvercle est froid et la marmite chaude, et qu'elle a commencé à dégager de la vapeur (התחיל להזיע) → les deux interdits, car תתאה גבר (le dessous l'emporte) ; si le couvercle est chaud et la marmite froidetout permis, sauf que l'aliment a besoin de קליפה (peler) si c'est possible, sinon tout permis ; et s'il n'y a pas d'aliment dans la marmitetout permis, car c'est comme deux marmites qui se touchent (שתי קדירות שנגעו זו בזו).
L'idée centrale : ce seif ne parle pas d'un mélange, mais d'un ustensile imprégné. La marmite a cuit de la viande : ses parois ont absorbé du goût de viande (בלוע). La seule question est : ce goût absorbé est-il encore « bon » (donc capable d'interdire le lait qu'on y cuirait) ou déjà « dégradé » ? La réponse tient à un chrono de 24 heures (מעת לעת) : dans les 24 h = goût vif (נותן טעם → interdit), après 24 h = goût rance (נותן טעם לפגם → le plat est permis, mais la marmite reste interdite lechatchila).
Le piège à éviter : « le plat est permis après 24 h » ne signifie pas que la marmite est devenue cacher pour le lait. Le plat n'a pas pris de goût interdit (le bloué est rance) — mais la marmite, elle, reste interdite à la cuisson lait comme viande, jusqu'à ce qu'on la cachérise (הגעלה). C'est exactement la base de notre pratique courante : on n'utilise pas lechatchila une marmite carnée pour le lait, même non ben yomo.

2. Contexte — où ce siman se place

Le Siman 92 a traité le lait (ou la viande) tombé dans une marmite en train de cuire : toute la question était la mesure (soixante) et la diffusion de l'aliment dans le plat. Le Siman 93 change de point de vue : il ne s'agit plus de l'aliment, mais de l'ustensile. La marmite a déjà cuit de la viande ; elle est imprégnée de goût. La question n'est plus « combien de lait est tombé ? » mais « le goût absorbé par la marmite est-il encore vif ou dégradé ? », et « peut-on encore y cuire du lait ? ».

La grande question du siman

Question Où ? Réponse-type
Peut-on cuire du lait dans une marmite de viande ? Seif 1 Non lechatchila ; la marmite reste interdite
Marmite ben yomo (dans les 24 h) Seif 1 נותן טעם → le plat est interdit (60 contre toute la marmite)
Marmite après 24 h (non ben yomo) Seif 1 נותן טעם לפגם → le plat est permis, la marmite reste interdite
Le couvercle (כיסוי) Rama Même statut que la marmite ; חומרא de le tenir toujours ben yomo
Couvercle/marmite chaud / froid Rama Réglé par תתאה גבר ; קליפה ou « deux marmites qui se touchent »
L'idée transversale : tout est affaire de fraîcheur du bloué et de transmission de chaleur. Le goût absorbé est-il « bon » (ben yomo) ou « rance » (après 24 h) ? Et au contact (couvercle/marmite), qui chauffe qui — c'est-à-dire תתאה גבר : le récipient du dessous impose son état (chaud ou froid) à celui du dessus.

3. Les concepts-clés de ce siman

Pour comprendre le Siman 93, il faut maîtriser un petit vocabulaire technique qui décrit comment le goût absorbé vieillit, comment on l'évalue, et comment la chaleur se transmet entre deux ustensiles.

בן יומו (ben yomo) — « de son jour » : un ustensile utilisé dans les 24 heures (מעת לעת). Le goût qu'il a absorbé est encore « bon », vivant → il peut donner un נותן טעם et interdire le plat de l'autre genre qu'on y cuirait. Au-delà de 24 h, l'ustensile n'est plus ben yomo.
נותן טעם (nat) — « donne un goût » : le goût absorbé (בלוע) que la paroi ré-émet dans le nouveau plat. S'il est perceptible et « bon », il interdit le plat. C'est le statut d'une marmite ben yomo.
נותן טעם לפגם (nat lifgam) — « donne un goût dégradé » : après 24 h, le goût absorbé est devenu rance / altéré ; un tel goût n'interdit plus le plat (כל הקדרות אינן בני יומן — c'est la base de notre usage d'utiliser la vaisselle après 24 h). Mais la marmite reste interdite lechatchila à la viande comme au lait.
לשער נגד כל הקדרהÉvaluer contre toute la marmite : pour une marmite ben yomo, on ne sait pas combien de goût ses parois ont absorbé ; on évalue donc les soixante contre tout le volume de la marmite (Shach s.k. 1). Souvent impossible à atteindre → le plat est de fait interdit. (Si l'on sait combien fut absorbé, on n'évalue que contre le bloué — cf. 92:5 הגה et 94:6.)
כיסוי (couvercle) — Le couvercle : le Rama lui donne le même statut que la marmite. S'ajoute une חומרא (selon l'usage de certains) de le considérer toujours ben yomo, même après 24 h — chumra que le Rama qualifie lui-même de « sans raison » (חומרא בלא טעם), levée pour Shabbat, הפסד ou un autre motif de heter.
תתאה גברTata'a gavar : « le dessous l'emporte ». Quand deux ustensiles se touchent (couvercle / marmite), c'est celui du dessous qui impose son état : s'il est chaud, il échauffe et fait absorber le dessus (interdit) ; s'il est froid, il refroidit le contact et limite les dégâts.
קליפה (kelipa) — Peler : retirer la fine couche de surface d'un aliment qui a subi un contact chaud limité. Dans notre seif : couvercle chaud sur marmite froide → l'aliment du couvercle n'est touché qu'en surface → il suffit de le peler (si possible).
Un concept connexe à ne pas confondre : נ״ט בר נ״ט (nat bar nat, « goût d'un goût ») désigne un goût déjà affaibli par un intermédiaire — il relève d'autres simanim. Ici, on est en cuisson directe dans la marmite, donc en נ״ט simple (et non bar nat). Ne pas mélanger les deux régimes.
Et la solution pratique : une marmite interdite par notre siman n'est pas perdue — elle se cachérise par הגעלה (ébouillantage). Le Pithei Teshuva (92 s.k. 3) rappelle qu'une marmite métallique se cachérise en l'immergeant entièrement dans l'eau bouillante. C'est le pont vers les lois de הכשרת כלים.

4. Ben yomo ou non — le tableau de l'état de la marmite

Tout le corps du seif se résume en un tableau. On croise l'état de la marmite (a-t-elle servi dans les 24 h ?) avec le sort du plat et celui de la marmite.

État de la marmite (de viande) Goût du bloué Le plat (de lait) La marmite
Ben yomo (cuit dans les 24 h) נותן טעם (vif) 🔴 Interdit (60 contre toute la marmite) 🔴 Interdite
Non ben yomo (après 24 h) נותן טעם לפגם (rance) 🟢 Permis 🔴 Interdite (lechatchila)
Non ben yomo, pour autres aliments נותן טעם לפגם 🟢 Permis (ni viande ni lait) 🟢 Permise pour cela
Après הגעלה (cachérisation) (bloué retiré) 🟢 Permis 🟢 Permise
La logique en une phrase : le chrono des 24 heures décide du sort du plat (vif → interdit ; rance → permis) ; mais le sort de la marmite ne dépend pas du chrono — elle reste interdite lechatchila tant qu'on ne l'a pas cachérisée. Pour le rendre permise, il faut une הגעלה, pas le simple écoulement du temps.
Le point du Rama (שאר דברים) : une marmite carnée non ben yomo peut servir, lechatchila, à cuire des aliments neutres (parvé) — ni viande ni lait — car le goût rance ne les altère pas (Rivash 126). L'interdit ne porte que sur la cuisson de l'autre genre (le lait), qui créerait un mélange viande-lait.

5. Le Shach et le Taz — les grands commentateurs

En Yoreh De'ah, le Choul'han Aroukh ne se lit jamais seul. Deux grands commentaires l'accompagnent sur chaque page et structurent l'étude pratique : le Shach et le Taz. Ce sont les nossei kelim de référence en Yoreh De'ah (pas de Mishna Berurah ici, qui ne commente que l'Orach Chaim).

Le Shach (ש״ך) — abréviation de שפתי כהן, Siftei Kohen, de Rabbi Shabtai haCohen (Lituanie, XVIIᵉ siècle). C'est le commentaire de référence sur Yoreh De'ah, d'une grande profondeur analytique.
Le Taz (ט״ז) — abréviation de טורי זהב, Turei Zahav, de Rabbi David haLévi Segal (Pologne, XVIIᵉ siècle). Souvent en dialogue — et parfois en désaccord — avec le Shach.

Une entrée-clé du Shach

Shach s.k. 1 — « נותן טעם » et l'évaluation contre toute la marmite

אָסוּר בְּנוֹתֵן טַעַם. עַל יְדֵי טְעִימַת קְפֵילָא, כִּדְלְעֵיל רֵישׁ סִימָן צ״ב וְסִימָן צ״ח; וּלְדִידַן דְּאֵין סוֹמְכִין אַטְּעִימַת קְפֵילָא, וְצָרִיךְ לְשַׁעֵר נֶגֶד כָּל הַקְּדֵרָה, דְּהַיְנוּ בִּקְדֵרָה יְשָׁנָה שֶׁאֵין יָדוּעַ כַּמָּה בָּלְעָה; אֲבָל אִם יָדוּעַ כַּמָּה בָּלְעָה — אֵין צָרִיךְ לְשַׁעֵר רַק נֶגֶד הַבָּלוּעַ.
Le Shach explique : « interdit pour cause de goût communiqué » — c'est-à-dire, à l'origine, par la טעימת קפילא (le goût d'un non-juif), comme au début du Siman 92 et au Siman 98. Mais pour nous, qui ne nous fions pas au goût du non-juif, le Rama écrit qu'il faut évaluer contre toute la marmite (לשער נגד כל הקדרה) — et ce, pour une marmite ancienne (ישנה) dont on ignore combien elle a absorbé. En revanche, si l'on sait combien elle a absorbé, on n'évalue que contre ce bloué (cf. 92:5 הגה et 94:6).
On voit le mécanisme : pour une marmite ben yomo, comme on ne peut pas « goûter » par un non-juif (usage tranché) et qu'on ignore le volume absorbé, on prend le pire des cas : soixante contre toute la marmite. Ce seuil étant presque toujours hors d'atteinte, le plat cuit dans une marmite ben yomo est de fait interdit. Le Pithei Teshuva (s.k. 1) ajoute le cas d'une marmite « נחושתה דק ורחבה גדול » (paroi fine, large contenance) où le calcul peut changer.

Une entrée-clé du Taz

Taz s.k. 2 — « חומרא בלא טעם » et le couvercle (Rashal, Levush)

וְהוּא חֻמְרָא בְּלֹא טַעַם. וְכָתַב מַהֲרַשַׁ״ל (כָּל הַבָּשָׂר סִימָן מ״ז) דְּלֹא שַׁיָּךְ חֻמְרָא זוֹ אֶלָּא בְּכִסּוּי צַר וְעָמוֹק שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְקַנְּחוֹ הֵיטֵב, דְּחָיְישִׁינַן לְאִסּוּר בְּעֵין; אֲבָל כִּסּוּי רָחָב שֶׁאֶפְשָׁר לְקַנְּחוֹ — מֻתָּר אִם אֵינוֹ בֶּן יוֹמוֹ. וְהַלְּבוּשׁ כָּתַב דְּאֵין לְחֻמְרָא זוֹ עִיקָר כְּלָל.
Sur les mots du Rama « c'est une חומרא sans raison » (חומרא בלא טעם), le Taz cite le Rashal (Maharchal, Kol haBassar 47) : cette chumra du couvercle ne vaut que pour un couvercle étroit et creux (צר ועמוק), impossible à bien essuyer, où l'on craint un איסור בעין (interdit « en substance », un résidu visible) ; mais un couvercle large, qu'on peut essuyer, est permis s'il n'est pas ben yomo. Le Levush, lui, écrit qu'il n'y a aucun fondement à cette chumra.
La méthode du Taz : le Rama lui-même reconnaît que la chumra du couvercle est « sans raison » (théoriquement). Le Taz et le Rashal lui trouvent alors une raison pratique — non pas un blocage de goût absorbé, mais la crainte d'un résidu en surface (איסור בעין) qu'on ne peut nettoyer dans un couvercle creux. D'où : couvercle large et essuyable → la chumra tombe. C'est exactement le genre de distinction qu'on approfondit au niveau Lamdan.

6. La glose du Rama (הגה)

Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute sur le seif unique du Mehaber une longue glose qui en démultiplie la portée pratique. Voici ses quatre interventions, dans l'ordre.

1 — Les autres aliments (שאר דברים)

Glose du Rama : ומכל מקום שאר דברים מותר לבשל בה אם אינה בת יומה« quoi qu'il en soit, on peut y cuire d'autres aliments si elle n'est pas ben yomo » (Rivash 126 au nom du Sma"k). L'interdit du seif ne vise que la cuisson du lait (l'autre genre) ; un aliment neutre (parvé) peut y être cuit, car le bloué rance ne le rend pas viande-lait.

2 — Le statut du couvercle (כיסוי)

Glose du Rama : ודין כסוי הקדרה כדין הקדרה עצמה« la loi du couvercle de la marmite est comme la loi de la marmite elle-même ». Le couvercle, lui aussi imprégné par la vapeur et le contact, suit le même régime : ben yomo → interdit ; après 24 h → comme la marmite.

3 — La חומרא du couvercle

Glose du Rama : ויש מחמירין בכסוי להחשיבו כבן יומו… וכן אני נוהג מחמת המנהג אף על פי שהוא חומרא בלא טעם« certains sont plus stricts sur le couvercle, le tenant pour ben yomo (même s'il ne l'est pas)… et moi-même j'ai cette pratique à cause de l'usage, bien que ce soit une חומרא sans raison ». Mais le Rama lève cette chumra pour Shabbat, un הפסד, ou un autre motif de heter.

4 — Couvercle / marmite chaud-froid (תתאה גבר et קליפה)

Glose du Rama : un couvercle (chaud de viande) posé sur une marmite (de lait), ou l'inverse — les deux chauds avec aliment → les deux interdits ; couvercle froid / marmite chaude qui transpire → les deux interdits (תתאה גבר) ; couvercle chaud / marmite froidetout permis, l'aliment a seulement besoin de קליפה (si possible) ; pas d'aliment dans la marmitetout permis, c'est comme שתי קדירות שנגעו זו בזו (deux marmites qui se touchent).
Le Rama distingue soigneusement la loi de base (le Mehaber : ben yomo / après 24 h) de l'usage achkénaze (chumra du couvercle), tout en gardant des indulgences ciblées (autres aliments, Shabbat, הפסד, couvercle large essuyable selon le Taz). Et il étend le cas au contact thermique (תתאה גבר) entre deux ustensiles de genres opposés.

7. Le couvercle et le תתאה גבר — ce que devient l'ustensile au contact

La dernière partie de la glose — le cœur pratique du siman pour nos cuisines — mérite un arrêt. Que se passe-t-il quand un couvercle d'un genre se retrouve sur une marmite de l'autre genre ?

"כִּסּוּי חַם שֶׁל בָּשָׂר שֶׁכִּסָּה בּוֹ קְדֵרָה שֶׁל חָלָב… דְּתַתָּאָה גָּבַר."
Tout repose sur la règle תתאה גבר (« le dessous l'emporte ») et sur la présence ou non d'un aliment et d'humidité :
Couvercle Marmite (en dessous) Résultat
Chaud (+ aliment) Chaude (+ aliment) 🔴 Les deux interdits
Froid Chaude, qui transpire 🔴 Les deux interdits (תתאה גבר)
Chaud (+ aliment) Froide (+ aliment) 🟡 Permis ; קליפה de l'aliment du couvercle
Chaud / froid Sans aliment 🟢 Tout permis (deux marmites qui se touchent)
La clé de lecture : demande-toi toujours qui est en dessous (תתאה גבר), est-ce chaud (יד סולדת), et y a-t-il un aliment humide pour transporter le goût. Sans chaleur ni aliment, un simple contact métal-métal n'interdit pas : c'est le principe « deux marmites qui se touchent ».

8. Cas pratiques modernes

Comment ces règles s'appliquent-elles dans nos cuisines aujourd'hui ? Voici trois situations courantes éclairées par notre siman.

Cas 1 — J'ai cuit du lait dans une casserole de viande

On réalise après coup qu'on a chauffé du lait dans une casserole qui sert d'ordinaire à la viande. Tout dépend du chrono des 24 h. Si la casserole avait servi à la viande dans les 24 h (ben yomo) → on craint un נותן טעם et le plat de lait est, de fait, interdit (60 contre toute la casserole, hors d'atteinte). Si plus de 24 h s'étaient écoulées → le goût est נותן טעם לפגם et le plat de lait est permis — mais la casserole, elle, reste interdite et doit être cachérisée (הגעלה). Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

Cas 2 — J'ai couvert une marmite de lait avec un couvercle de viande

On pose par mégarde un couvercle « viande » sur une marmite « lait » (seif 1, Rama). Demande-toi : qui est chaud, qui est en dessous, y a-t-il un aliment ? Les deux chauds avec aliment → les deux interdits. Couvercle froid sur marmite chaude qui transpire → les deux interdits (תתאה גבר). Couvercle chaud sur marmite froide → en général permis, l'aliment du couvercle a juste besoin d'une קליפה. Marmite vide → comme deux marmites qui se touchent, tout permis. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

Cas 3 — Rendre la marmite à nouveau utilisable (הגעלה)

La marmite de viande reste interdite au lait lechatchila, même après 24 h. Pour la rendre utilisable pour l'autre genre, le siman renvoie au principe de la הגעלה : on retire le bloué en l'ébouillantant. Le Pithei Teshuva (92 s.k. 3) précise qu'une marmite métallique se cachérise en l'immergeant entièrement dans l'eau bouillante. Le simple écoulement du temps ne suffit jamais à cachériser. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
Le fil conducteur des trois cas : avant de paniquer, pose-toi trois questions — la marmite était-elle ben yomo (dans les 24 h) ? au contact, qui était chaud et en dessous (תתאה גבר) ? la marmite est-elle interdite et faut-il une הגעלה ? Mais la décision concrète revient toujours au Rav, qui connaît les détails de fait.

9. Synthèse du Siman 93

L'essentiel du Siman 93 en quelques phrases :
  1. Une marmite ayant cuit de la viande : on n'y cuit pas de lait lechatchila (seif 1).
  2. Marmite ben yomo (dans les 24 h) → le bloué est נותן טעם → le plat de lait est interdit (60 contre toute la marmite, Shach s.k. 1).
  3. Marmite après 24 h → le bloué est נותן טעם לפגם → le plat est permis, mais la marmite reste interdite.
  4. On peut y cuire des autres aliments (parvé) si elle n'est pas ben yomo (Rama, Rivash).
  5. Le couvercle (כיסוי) a le même statut que la marmite (Rama).
  6. חומרא du couvercle : le tenir toujours ben yomo — « חומרא בלא טעם » ; levée pour Shabbat / הפסד / autre heter (Rama ; Taz s.k. 2 : ne vaut que pour un couvercle étroit ; Levush : sans fondement).
  7. Couvercle / marmite chaud-froid : réglé par תתאה גבר — les deux chauds → interdits ; froid sur chaud-transpirant → interdits ; chaud sur froid → קליפה ; sans aliment → « deux marmites qui se touchent ».
  8. La marmite interdite se cachérise par הגעלה (immersion entière, PT 92 s.k. 3).

Tableau-mémoire

Situation Résultat
Lait cuit dans marmite de viande ben yomo 🔴 Plat interdit (60 contre toute la marmite)
Lait cuit dans marmite de viande après 24 h 🟢 Plat permis · 🔴 marmite interdite
Aliment neutre dans marmite après 24 h 🟢 Permis
Couvercle : חומרא de le tenir ben yomo 🟡 Strict, levé pour Shabbat / הפסד
Couvercle chaud sur marmite froide 🟡 קליפה de l'aliment du couvercle
Marmite interdite à recachériser 🟢 הגעלה (immersion entière)

Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Pourquoi le seif interdit-il lechatchila de cuire du lait dans une marmite de viande, même propre ?
  2. Qu'est-ce qu'une marmite בן יומו ? Quel chrono la définit ?
  3. Distingue נותן טעם et נותן טעם לפגם. Lequel rend le plat permis ?
  4. Pourquoi le plat est-il permis après 24 h mais la marmite reste interdite ? Que faut-il pour la cachériser ?
  5. Que signifie « לשער נגד כל הקדרה » (Shach s.k. 1) ? Quand n'évalue-t-on que contre le bloué ?
  6. Quel est le statut du כיסוי (couvercle) selon le Rama ? En quoi consiste la חומרא, et pourquoi le Rama la dit-il « בלא טעם » ?
  7. Que dit le Taz (s.k. 2) au nom du Rashal sur les couvercles étroits / larges ? Et le Levush ?
  8. Explique תתאה גבר. Que se passe-t-il si le couvercle est chaud et la marmite froide ? Et s'il n'y a pas d'aliment ?
  9. Quand recourt-on à la קליפה dans ce siman ?
  10. Une marmite carnée non ben yomo : peut-on y cuire un aliment neutre (parvé) ? Pourquoi (Rama, Rivash) ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן צ״ג · Niveau 1 — Initiation
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