Le Choulhan Aroukh (Siman 254) permet de laisser un plat mijoter dans une marmite à l'entrée de Shabbat quand il n'y a pas à craindre qu'on attise le feu (chema yah'té) : soit le plat a déjà atteint la demi-cuisson (מאכל בן דרוסאי), soit attiser l'abîmerait. Un rôti à découvert près du feu, en revanche, est plus problématique.
Le siman distingue selon la viande (chevreau et volaille vs bœuf et chèvre) et selon que le four est scellé à l'argile. Pour un cas concret, consulter son Rav.
Le Siman 254 prolonge le 253 : quels plats peut-on laisser sur le feu vendredi pour qu'ils continuent de cuire jusqu'à Shabbat ? Le principe est constant : chercher les cas où l'on n'a pas intérêt à attiser (שמא יחתה). Un plat en marmite qui mijote y échappe plus facilement qu'un rôti à découvert ; et une fois la demi-cuisson (מאכל בן דרוסאי) atteinte, la crainte s'efface. Pour un cas concret — demande à ton Rav.
Le tcholent (hamin) qu'on lance le vendredi après-midi pour le retrouver chaud le samedi midi : voilà l'archétype du plat mijoté d'érev Shabbat. Peut-on vraiment le laisser continuer à cuire tout Shabbat ? Le Choulhan Aroukh y répond, au Siman 254 des Hilkhot Shabbat (Orah Haïm), en distinguant la marmite du rôti et le chevreau du bœuf.
Que dit le Choulhan Aroukh au Siman 254 ?
Le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) ouvre le siman en opposant la marmite au rôti :
אַף עַל פִּי שֶׁבָּשָׂר חַי מוּתָּר לְהַשְׁהוֹתוֹ — הָנֵי מִילֵי בִּקְדֵרָה, אֲבָל בְּצָלִי שֶׁאֵצֶל הָאֵשׁ אָסוּר לְהַנִּיחוֹ סָמוּךְ לַחֲשֵׁכָה, שֶׁמְּמַהֵר לְהִתְבַּשֵּׁל וְאָתֵי לְחַתּוּיֵי.
« Bien que la viande crue puisse être laissée (sur le feu) — c'est dans une marmite ; mais un rôti près du feu, il est interdit de le poser à l'approche de la nuit, car il cuit vite et l'on viendrait attiser. »
La logique : dans une marmite, la cuisson est lente et couverte, on peut « oublier » le plat — donc peu de risque d'attiser. Un rôti à découvert cuit vite : la tentation d'attiser pour accélérer réapparaît.
Le principe directeur : שמא יחתה
Tout le siman cherche les situations où l'on n'a aucun intérêt à attiser le feu. Là où attiser serait inutile ou même dommageable, la crainte tombe et le plat peut rester. Trois configurations lèvent l'interdit.
Chevreau, bœuf, four scellé : les distinctions du rôti
| Cas | Statut | Pourquoi |
|---|---|---|
| Chevreau (גדי) ou volaille découpés | Permis | Si l'on attisait, la viande tendre brûlerait — on n'y a pas intérêt (מסיח דעת) |
| Bœuf (שור) ou chèvre adulte (עז) | Interdit | Viande dure qui demande beaucoup de cuisson — tentation d'attiser pour accélérer |
| Four scellé à l'argile (טוח בטיט) | Permis pour toutes viandes | Ouvrir laisserait entrer l'air froid, durcirait la viande — personne n'attisera |
Le Rama (Rabbi Moché Isserlès) ajoute qu'il n'y a pas de différence entre une viande entièrement crue ou partiellement cuite, et que tant que la cavité du corps d'une volaille est entière — même sans la tête ni les pattes — elle est considérée comme « entière ».
מאכל בן דרוסאי : le seuil qui change tout
La demi-cuisson — un aliment cuit environ au tiers ou à la moitié, déjà consommable à la rigueur. Le seif ב l'énonce clairement : une fois ce seuil atteint avant Shabbat, on ne craint plus qu'on attise, « puisqu'il est déjà bon à manger, pourquoi attiserait-on au risque de le gâter ? » — et cela vaut même pour la viande de bœuf.
Application moderne : tcholent, mijoteuse, four mode Shabbat
- Le tcholent / hamin : plat en marmite par excellence, à cuisson longue et couverte — il correspond au cas favorable du siman, à condition d'atteindre le seuil de cuisson requis avant Shabbat.
- La mijoteuse (slow cooker) : cuisson lente et fermée, dans l'esprit de la kdera ; encore faut-il tenir compte du réglage et de l'état de cuisson.
- Le four en mode Shabbat : proche du tannour ; le « rôti à découvert » du siman invite à la prudence sur les cuissons rapides non couvertes.
Les décisionnaires contemporains s'appuient sur ce cadre pour discuter de nos plats mijotés — avec des nuances selon le minhag, la nature du plat et son état de cuisson à l'entrée de Shabbat.
Cet article présente ce que dit la source à des fins d'étude. Il ne tranche aucun cas pratique. Pour savoir si votre plat mijoté est conforme — selon votre communauté et votre situation — consultez votre Rav.
Questions fréquentes
Peut-on laisser un plat mijoter sur le feu à l'entrée de Shabbat ?
Le Siman 254 le permet dans une marmite quand on ne craint pas d'attiser (chema yah'té). Une viande crue en marmite est en principe permise ; c'est le rôti à découvert qui pose problème. Pour un cas concret, consulte ton Rav.
Pourquoi le siman distingue-t-il le chevreau du bœuf ?
Pour un rôti, le chevreau ou la volaille sont permis (attiser les brûlerait, donc on n'y a pas intérêt) ; le bœuf ou la chèvre adulte sont interdits (viande dure qui pousse à attiser). Un four scellé lève l'interdit pour toutes les viandes. Consulte ton Rav.
Qu'est-ce que מאכל בן דרוסאי (maakhal ben droussai) ?
Le seuil de la demi-cuisson : un aliment cuit au tiers ou à la moitié, déjà consommable. Une fois ce seuil atteint avant Shabbat, on ne craint plus qu'on attise pour l'abîmer. Pour la pratique, consulte ton Rav.
Étudier le Siman 254 en profondeur
Quatre niveaux, du débutant au talmid hakham — texte hébreu, traduction, pilpoul et la chitah de l'Admour HaZaken.