Le Choulhan Aroukh (Siman 253) permet de laisser un plat sur le feu à l'entrée de Shabbat (chèhiya) et de le remettre pendant Shabbat (hazara) quand il n'y a pas à craindre qu'on attise le feu : plat entièrement cuit, source de chaleur gaufa ou-ketuma (braises retirées ou couvertes), marmite encore chaude, tenue en main, avec l'intention de la remettre, et posée dessus et non dedans.
Le Rama tranche selon l'avis indulgent (une cuisson de מאכל בן דרוסאי suffit) et l'usage est souple pour la hazara sur nos plaques. Pour un cas concret, consulter son Rav.
Le Siman 253 traite de deux gestes distincts : laisser la marmite sur le feu vendredi (שהייה, chèhiya) et la remettre Shabbat après l'avoir retirée (חזרה, hazara). La crainte de fond est toujours la même : שמא יחתה — qu'on n'attise le feu. On lève cette crainte quand le plat est déjà cuit et que la source est gaufa ou-ketuma (braises retirées ou couvertes) — ce que réalise, aujourd'hui, une plata sans réglage. Pour un cas concret — demande à ton Rav.
Le vendredi soir, le tcholent mijote sur la plata ; le samedi midi, on soulève la marmite pour se servir, puis on voudrait la reposer. Deux gestes, deux questions. Elles semblent très modernes — plata, four en mode Shabbat, mijoteuse — mais le Choulhan Aroukh les codifie déjà, au Siman 253 des Hilkhot Shabbat (Orah Haïm), en parlant de la kira (foyer bas) et du tannour (four).
Que dit le Choulhan Aroukh au Siman 253 ?
Le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) consacre le seif ב à la hazara — replacer la marmite pendant Shabbat :
כִּירָה שֶׁהִיא גְּרוּפָה וּקְטוּמָה וְנָטַל הַקְּדֵירָה מֵעָלֶיהָ — אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת מוּתָּר לְהַחֲזִירָהּ כָּל זְמַן שֶׁהִיא רוֹתַחַת, וְלֹא הִנִּיחָהּ עַל גַּבֵּי קַרְקַע. וְדַוְקָא עַל גַּבָּהּ, אֲבָל לְתוֹכָהּ אָסוּר.
« Une kira balayée et couverte (גרופה וקטומה) dont on a retiré la marmite — on peut la replacer même Shabbat, tant qu'elle est encore bouillante, et qu'on ne l'a pas posée à terre. Et précisément dessus — mais dedans, c'est interdit. »
Le siman s'ouvre en réalité sur la chèhiya (seif א) et développe ensuite la hazara (seif ב) puis, aux seifim suivants, les techniques de manipulation Shabbat. Le fil conducteur est unique : écarter la crainte qu'on attise le feu.
Les deux questions : chèhiya et hazara
| Geste | Sens | Quand ? |
|---|---|---|
| שהייה (chèhiya) | Laisser la marmite sur le feu vendredi pour qu'elle continue à chauffer pendant Shabbat | Avant Shabbat |
| חזרה (hazara) | Remettre sur la source de chaleur une marmite qu'on en avait retirée | Pendant Shabbat |
| הטמנה (hatmana) | Envelopper la marmite dans un isolant qui ajoute de la chaleur (codifiée au Siman 257) | Avant / pendant Shabbat |
Les 3 axes de la chèhiya
1. שמא יחתה — la peur d'attiser
Le moteur de tout le siman : on redoute qu'en voulant accélérer la cuisson d'un plat pas encore prêt, on n'attise les braises — un travail interdit Shabbat. Là où cette crainte s'efface, la chèhiya redevient permise.
2. גרוף וקטום — braises retirées ou couvertes
Retirer les braises (גרוף) ou les couvrir de cendre (קטום) diminue la chaleur et signale qu'on ne compte pas attiser. Sur une plaque moderne, une plata sans thermostat réglable — dont on ne peut pas augmenter la puissance — joue ce rôle.
3. L'état du plat
Un plat entièrement cuit qui ne gagnerait qu'à s'abîmer en restant sur le feu — ou un plat entièrement cru qu'on délaisse jusqu'au lendemain — n'incite pas à attiser. C'est l'entre-deux (à demi cuit, ou cuit mais qui s'améliorerait encore) qui exige gaufa ou-ketuma.
Les 5 conditions de la hazara
Pour remettre une marmite pendant Shabbat, le Mehaber et le Rama posent ensemble cinq conditions :
| # | Condition | Pourquoi |
|---|---|---|
| 1 | Source גרופה וקטומה | Sinon on est soupçonné de vouloir attiser |
| 2 | Marmite encore chaude (רוֹתַחַת) | Sinon ce serait une nouvelle cuisson |
| 3 | Tenue en main, pas posée à terre | Le geste doit rester continu |
| 4 | Intention de la remettre dès le départ | On n'a pas « rompu » avec le feu |
| 5 | Posée dessus, pas dedans, et plat cuit כל צורכו | « Dedans » est interdit même sur gaufa ou-ketuma |
Séfarades et Ashkénazes : la nuance du Rama
Le Mehaber tranche en première intention selon les Hakhamim : pour laisser un plat à demi cuit, il faut גרוף וקטום. Le Rama (Rabbi Moché Isserlès, pour les Ashkénazes) conclut « ונהגו להקל כסברא האחרונה » — l'usage suit l'avis indulgent : un plat cuit au niveau de מאכל בן דרוסאי (demi-cuisson) suffit. Il rapporte aussi que l'on est souple pour la hazara dans « nos fours », qui ont statut de kira, même si l'on a posé la marmite à terre — tant qu'elle n'a pas refroidi.
Les usages diffèrent donc selon les communautés — d'où l'importance de connaître son minhag.
Application moderne : plata, four mode Shabbat, mijoteuse
- La plata (blech) : sans réglage de puissance et, le cas échéant, recouverte d'une tôle, elle correspond à une source gaufa ou-ketuma — d'où la souplesse pour la chèhiya et la hazara d'un plat déjà cuit.
- Le four en mode Shabbat : le siman rappelle que le tannour est plus sévère que la kira ; le « mode Shabbat » cherche précisément à neutraliser tout réglage.
- La mijoteuse (slow cooker) : selon sa construction (résistance couverte, absence de réglage accessible), plusieurs autorités la rapprochent d'une kira gaufa ou-ketuma — avec des nuances importantes.
Les décisionnaires contemporains s'appuient sur ce cadre pour discuter de nos appareils — avec des différences selon le minhag, le type de plaque et l'état de cuisson du plat.
Cet article présente ce que dit la source à des fins d'étude. Il ne tranche aucun cas pratique. Pour savoir si votre plata, votre four ou votre mijoteuse sont conformes — selon votre communauté et votre situation — consultez votre Rav.
Questions fréquentes
Peut-on laisser un plat sur la plata avant l'entrée de Shabbat ?
Le Siman 253 le permet (chèhiya) quand on ne craint pas d'attiser : plat entièrement cuit, ou source gaufa ou-ketuma. Une plata sans réglage tient lieu de gaufa ou-ketuma. Pour un cas concret, consulte ton Rav.
Peut-on remettre une marmite sur la plata pendant Shabbat ?
C'est la hazara. Elle est permise sur gaufa ou-ketuma à cinq conditions : plat cuit, marmite encore chaude, tenue en main, avec l'intention de la remettre, et posée dessus et non dedans. Les usages diffèrent — consulte ton Rav.
Qu'est-ce que גרוף וקטום (gaufa ou-ketuma) ?
Un foyer dont on a retiré les braises (garouf) ou dont on les a couvertes de cendre (katoum), ce qui écarte la crainte d'attiser. Une plata sans thermostat, recouverte d'une tôle, joue ce rôle aujourd'hui. Pour la pratique, consulte ton Rav.
Étudier le Siman 253 en profondeur
Quatre niveaux, du débutant au talmid hakham — texte hébreu, traduction, pilpoul et la chitah de l'Admour HaZaken.