Au temps où Israël habitait sa terre, on sonnait six tekiot de shofar le vendredi pour faire cesser le travail et annoncer l'entrée de Shabbat (Choulhan Aroukh, Siman 256). Le Rama actualise : aujourd'hui, l'officiant ou le bedeau annonce environ une demi-heure à une heure avant Shabbat.
Cet usage se retrouve aujourd'hui dans les sirènes de Shabbat, les annonces à la synagogue ou les alertes avant l'allumage. Pour l'usage de ta communauté, consulter son Rav.
Le Choulhan Aroukh (Siman 256) rappelle une tradition antique d'Eretz Israel : on sonnait six tekiot de shofar le vendredi « pour séparer le peuple du travail » (להבדיל את העם מן המלאכה). D'après la guemara Shabbat 35b, chaque sonnerie visait un public : les champs, la ville, puis l'allumage des bougies, avant la séquence finale. Le Rama actualise : à défaut de Temple, l'officiant (chatz) annonce ~1/2 h à 1 h avant Shabbat. Pour l'usage exact — demande à ton Rav.
Comment toute une communauté entre-t-elle ensemble dans Shabbat ? Bien avant les horloges et les applications, la réponse tenait en un son : le shofar. Le Choulhan Aroukh y consacre un siman entier — le Siman 256 des Hilkhot Shabbat (Orah Haïm) — pourtant réduit à un unique paragraphe. Court, mais fondateur : il touche à la dimension communautaire de l'entrée de Shabbat.
Que dit le Choulhan Aroukh au Siman 256 ?
Le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) ouvre — et referme — le siman par une seule règle :
כְּשֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל בְּיִשּׁוּבָן, הָיוּ תּוֹקְעִין בְּעֶרֶב שַׁבָּת שֵׁשׁ תְּקִיעוֹת, כְּדֵי לְהַבְדִּיל אֶת הָעָם מִן הַמְּלָאכָה.
« Quand Israël habitait sa terre (avant la destruction du Temple), on sonnait six tekiot de shofar la veille de Shabbat, afin de faire cesser le travail au peuple. »
Le shofar n'est donc pas ici l'instrument de Roch Hachana : c'est un signal civique et sacré qui traverse toute la ville. Voyons pourquoi, et à qui, il s'adressait.
Le sens du signal : « séparer le peuple du travail »
1. הבדלה — une frontière entre profane et sacré
Le terme הבדלה (séparation) apparaît ici avant Shabbat, pas après. Il s'agit de marquer la frontière entre le temps profane (חול) et le temps sacré (קודש). La havdala du samedi soir fait l'inverse : elle fait sortir du sacré vers le profane.
2. Pourquoi un son, et non une horloge ?
Un signal sonore est universel (tout le monde l'entend, même aux champs), collectif (on entre dans Shabbat ensemble, pas chacun de son côté) et solennel (il marque la sainteté, pas un simple repère horaire).
Les 6 tekiot, une à une (Shabbat 35b)
La guemara Shabbat 35b détaille la séquence, du plus extérieur au plus intérieur — des champs jusqu'au foyer.
| Tekia | Pour qui ? | Ce qu'elle signale |
|---|---|---|
| 1re | Travailleurs aux champs | Cesser le travail agricole et rentrer en ville |
| 2e | Habitants de la ville (commerce) | Fermer les boutiques, terminer les transactions |
| 3e | Les foyers | Allumer les bougies de Shabbat |
| 4-5-6 | Tous — tekia · teroua · tekia | Séquence finale : Shabbat est entré |
La 3e tekia — celle des bougies — est particulièrement remarquable : elle marque le moment précis de l'allumage, à l'origine halakhique du timing des lumières de Shabbat.
L'actualisation du Rama : de la tekia à l'annonce
Le Rama (Rabbi Moché Isserlès) ajoute une glose décisive : en exil, sans Beit Hamikdash et sans tekiot publiques, ce sont l'officiant (chatz) ou le bedeau (chamach) qui annoncent l'approche de Shabbat.
L'annonce se fait environ une demi-heure à une heure avant Shabbat, pour que chacun se prépare (vêtements, table, lumières). Le Rama conclut : « et il convient de pratiquer ainsi en tout lieu » (וכן ראוי לנהוג בכל מקום).
Application moderne : sirènes, annonces, alertes
La logique du Siman 256 est étonnamment vivante aujourd'hui :
- Les sirènes de Shabbat de certaines villes (notamment à Jérusalem) reprennent la fonction exacte du shofar : un signal audible par toute la ville, à heure fixe avant l'entrée de Shabbat.
- Les annonces à la synagogue — l'officiant ou le bedeau rappelant qu'il est temps de rentrer et d'allumer — sont la forme la plus directe de la glose du Rama.
- Les rappels envoyés avant l'allumage prolongent la même intention : entrer dans Shabbat ensemble, pas chacun isolément.
Ce qui change, ce sont les moyens ; ce qui demeure, c'est le but : faire cesser le travail à temps et préparer toute la communauté au même moment.
Cet article présente ce que dit la source à des fins d'étude. Il ne tranche aucun cas pratique. Pour l'usage de votre communauté — le moment de l'annonce, la sirène, la manière de se préparer — consultez votre Rav.
Questions fréquentes
Pourquoi sonnait-on 6 tekiot de shofar le vendredi ?
Le Siman 256 rapporte qu'au temps du peuplement d'Israël, on sonnait six tekiot pour faire cesser le travail. Selon Shabbat 35b, la 1re visait les champs, la 2e la ville, la 3e l'allumage des bougies, puis une séquence tekia-teroua-tekia closait l'entrée de Shabbat. Pour l'usage concret, consulte ton Rav.
Que signifie « séparer le peuple du travail » ?
C'est marquer, par un signal audible, la frontière entre le profane (חול) et le sacré (קודש) avant Shabbat. À la différence de la havdala du samedi soir qui fait sortir du sacré, celle-ci fait entrer dans le sacré.
Qu'annonce-t-on aujourd'hui à la place du shofar ?
Le Rama gloss que l'officiant ou le bedeau annonce ~1/2 h à 1 h avant Shabbat, et qu'il convient de faire ainsi partout. On le retrouve dans les sirènes de Shabbat, les annonces à la synagogue et les rappels avant l'allumage. Pour l'usage exact, consulte ton Rav.
Étudier le Siman 256 en profondeur
Quatre niveaux, du débutant au talmid hakham — texte hébreu, traduction, pilpoul et la chitah de l'Admour HaZaken.