✦ ❖ ✦
DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION
Siman קע״ה · La bénédiction HaTov VeHaMeitiv sur le vin
דיני ברכת הטוב והמטיב על היין — quand on apporte un second vin au repas, on ne refait pas בורא פרי הגפן mais on bénit HaTov VeHaMeitiv ; sur tout changement de vin qui n'est pas manifestement inférieur ; on bénit toujours sur le plus aimé d'abord ; et cette bénédiction suppose « un bien pour lui et pour son prochain »
סימן קע״ה · ו׳ סעיפים
דיני ברכת הטוב והמטיב על היין
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
✦ ❖ ✦
Ce siman enseigne la ברכת הטוב והמטיב על היין — la bénédiction que l'on récite quand un second vin arrive pendant le repas. On ne refait pas בורא פרי הגפן ; on dit הטוב והמטיב sur tout changement de vin (שינוי יין) qui n'est pas inférieur. On y apprend aussi que l'on bénit על העיקר ועל החביב תחלה (le plus aimé d'abord), que la bénédiction suppose un autre avec soi (הטוב לו והמטיב לחבירו), et le cas des deux tonneaux. Texte hébreu, traduction française et explication des ו׳ seifim, avec une section de cas pratiques.
Sujet : La bénédiction HaTov VeHaMeitiv sur le vin — יין אחר, שינוי יין, על החביב ודיני הברכה
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן קע״ה · ו׳ סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
Après les lois de la bénédiction du vin dans le repas (siman 174), le Choulhan Aroukh consacre ce siman à un cas précis : que faire quand, au cours du repas, arrive un vin nouveau ? La règle générale est qu'un changement de vin ne requiert pas de nouvelle bénédiction (שינוי יין אינו צריך לברך, Berakhot 59b) — on ne refait donc pas בורא פרי הגפן ; mais les Sages ont institué de dire הטוב והמטיב, une bénédiction de reconnaissance pour l'abondance et le partage. Ce siman précise sur quel vin on la dit, dans quel ordre, en quelle compagnie, et un cas particulier de deux tonneaux. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la coutume et à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A. הטוב והמטיב על יין אחר (séif 1) — sur un second vin, on ne refait pas בפה״ג mais on dit הטוב והמטיב
B. על כל שינוי יין (séif 2) — sur tout changement de vin, tant qu'il n'est pas inférieur
C. על העיקר ועל החביב תחלה (séif 3) — bon et mauvais ensemble : on bénit d'abord sur le plus aimé
D. הטוב לו והמטיב לחבירו (séif 4) — il faut un autre avec soi
E. כל אחד מברך לעצמו (séif 5) — plusieurs attablés : chacun bénit pour soi
F. שתי חביות ממין אחד (séif 6) — deux tonneaux d'un même vin
1-3. Cas pratiques et questions de compréhension
A. הטוב והמטיב על יין אחר — la bénédiction sur un second vin
הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב — « Celui qui est bon et qui fait du bien » : une bénédiction de reconnaissance que l'on institua sur le vin, quand un second vin vient s'ajouter. Elle se distingue de la ברכת הנהנין (בורא פרי הגפן) que l'on dit au début : celle-ci exprime le plaisir, celle-là la reconnaissance pour l'abondance partagée. Le fondement talmudique : שינוי יין אינו צריך לברך (ברכות נ״ט ע״ב) — un changement de vin ne requiert pas de nouvelle bénédiction, et Rabbi Yohanan ajoute qu'on dit néanmoins הטוב והמטיב.
Séif 1 — הביאו להם יין אחר : on dit הטוב והמטיב
הביאו להם יין אחר אינו מברך בורא פרי הגפן אבל מברך עליו הטוב והמטיב. הגה: אף על גב שאין לו עוד מן הראשון ; ולאו דוקא הביאו להם מחדש אלא הוא הדין אם היה להם מתחלה שני יינות מברכין על השני הטוב והמטיב.
Séif 1 : si on leur apporte un autre vin (יין אחר), on ne bénit pas [de nouveau] בורא פרי הגפן, mais on bénit dessus הטוב והמטיב. Glose du Rama : même s'il ne lui reste plus du premier [vin] ; et ce n'est pas seulement lorsqu'on leur apporte à neuf [un vin], mais il en va de même s'ils avaient dès le début deux vins — on bénit sur le second הטוב והמטיב.
Une seule ברכת הנהנין, mais une bénédiction de reconnaissance en plus. Le vin est un seul « type d'aliment » : le changement de vin ne fait pas recommencer la בורא פרי הגפן — celle du premier verre couvre tout le repas. Mais l'arrivée d'un vin nouveau est un supplément de bien : les Sages ont institué de dire dessus הטוב והמטיב. Le Rama précise que peu importe qu'il reste ou non du premier vin, et que cela vaut même si les deux vins étaient là dès le début.
B. על כל שינוי יין — sur tout changement de vin
Séif 2 — כל שאינו יודע שהוא גרוע
מברכין הטוב והמטיב על כל שינוי יין מן הסתם אפילו אינו יודע שהשני משובח מהראשון כל שאינו יודע שהוא גרוע ממנו.
Séif 2 : on bénit הטוב והמטיב sur tout changement de vin (כל שינוי יין) par défaut, même si l'on ne sait pas que le second est meilleur que le premier — du moment qu'on ne sait pas qu'il est inférieur (גרוע) à lui.
Le doute penche vers la bénédiction. On ne bénit pas seulement quand le second vin est manifestement meilleur : tout changement de vin suffit, מן הסתם (par défaut). La seule réserve est de ne pas savoir qu'il est inférieur (גרוע) au premier — car alors il n'y a pas là de « bien nouveau » justifiant הטוב והמטיב. En cas d'incertitude, on dit la bénédiction. Le Rama ajoute qu'il n'y a pas de distinction entre deux vins nouveaux ou un nouveau et un vieux.
C. על העיקר ועל החביב תחלה — le plus aimé d'abord
Séif 3 — יין רע ויין טוב כאחד
הביאו לו יין רע ויין טוב כאחד יברך מיד בורא פרי הגפן על הטוב ופוטר את הרע ולא יברך על הרע תחלה בורא פרי הגפן כדי לברך אחריו הטוב והמטיב כי לעולם יש לברך על העיקר ועל החביב תחלה.
Séif 3 : si on lui apporte du mauvais vin et du bon vin ensemble (כאחד), il bénit aussitôt בורא פרי הגפן sur le bon et exempte [ainsi] le mauvais ; et il ne bénit pas d'abord בורא פרי הגפן sur le mauvais afin de dire ensuite הטוב והמטיב [sur le bon] — car on doit toujours bénir sur le principal et le plus aimé d'abord (על העיקר ועל החביב תחלה).
On ne « fabrique » pas une occasion de bénir. On pourrait être tenté de commencer par le mauvais vin, pour que le bon devienne « un second vin » et mérite הטוב והמטיב. Le Mehaber l'interdit : le principe על העיקר ועל החביב תחלה — on bénit d'abord sur le principal et le plus aimé — l'emporte. On bénit donc בורא פרי הגפן directement sur le bon vin, qui exempte le mauvais ; on ne dira pas ici הטוב והמטיב, puisque les deux sont venus ensemble.
D. הטוב לו והמטיב לחבירו — il faut un autre avec soi
Séif 4 — אין לברך אלא אם כן יש אחר עמו
אין לברך הטוב והמטיב אלא אם כן יש אחר עמו דהכי משמע הטוב לו והמטיב לחבירו והוא הדין אם אשתו ובניו עמו אבל אם הוא יחידי לא.
Séif 4 : on ne bénit הטוב והמטיב que s'il y a un autre avec soi (יש אחר עמו), car tel est son sens : « le bon pour lui et le bienfaisant pour son prochain » (הטוב לו והמטיב לחבירו) ; et il en va de même si sa femme et ses enfants sont avec lui, mais s'il est seul (יחידי) — non.
Une bénédiction qui dit le partage. Le nom même de la bénédiction — הטוב והמטיב — porte deux termes : הטוב (« le bon », pour soi) et המטיב (« le bienfaisant », pour autrui). D'où la règle : elle suppose un autre bénéficiaire. Seul, on ne la dit pas ; mais femme et enfants attablés avec soi suffisent à en faire une bonté partagée.
E. כל אחד מברך לעצמו — plusieurs attablés
Séif 5 — רבים מסובים בסעודה
אם רבים מסובים בסעודה כל אחד מברך לעצמו הטוב והמטיב ולא יברך אחד לכלם דחיישינן שמא יקדימו קנה לושט כשיענו אמן. הגה: אבל אם היו מסובים לשתות בלא אכילה אחד מברך לכלם.
Séif 5 : si plusieurs sont attablés au repas, chacun bénit pour soi הטוב והמטיב, et l'un ne bénit pas pour tous — car on craint que [en mangeant] ils ne fassent passer la nourriture par la trachée avant l'œsophage (קנה לושט) au moment de répondre amen. Glose du Rama : mais s'ils étaient attablés pour boire sans manger, un seul bénit pour tous.
Une précaution de sécurité pendant le repas. Quand on mange, répondre amen à la bénédiction d'un autre oblige à s'interrompre — et l'on craint שמא יקדימו קנה לושט : qu'un aliment ne s'engage dans la trachée au lieu de l'œsophage (risque d'étouffement). Donc, au cours d'un repas, chacun bénit pour soi. Le Rama nuance : si l'on est attablé pour boire seulement, sans manger, ce risque disparaît et l'un peut bénir pour tous.
F. שתי חביות ממין אחד — deux tonneaux
Séif 6 — בתוך מ׳ יום לבצירתו
יין של שתי חביות והכל ממין אחד אם בתוך מ׳ יום לבצירתו שמוהו בשני כלים חשיבי כשני מינים ומברכין עליו הטוב והמטיב ואם לאחר מ׳ יום חלקוהו אין מברכין עליו הואיל והכל ממין אחד.
Séif 6 : du vin de deux tonneaux, le tout d'une même espèce — si dans les quarante jours (מ׳ יום) de la vendange on l'a mis dans deux récipients, ils sont considérés comme deux espèces (כשני מינים) et l'on bénit dessus הטוב והמטיב ; mais si c'est après quarante jours qu'on l'a partagé, on ne bénit pas dessus, puisque le tout est d'une même espèce.
Quand un « même vin » devient « deux vins ». Normalement, passer d'un tonneau à un autre du même vin n'est pas un « changement » et n'appelle pas הטוב והמטיב. Mais si le partage en deux récipients s'est fait dans les quarante jours de la vendange, chaque récipient évolue à part et les deux acquièrent un goût distinct : ils comptent comme deux espèces (כשני מינים). Après quarante jours, le vin est stabilisé : deux récipients restent « un seul vin », et l'on ne bénit pas.
Le siman en une phrase : sur un second vin (יין אחר) on ne refait pas בורא פרי הגפן mais on dit הטוב והמטיב — sur tout changement de vin non inférieur ; on bénit על העיקר ועל החביב תחלה ; la bénédiction suppose un autre avec soi (הטוב לו והמטיב לחבירו) ; en mangeant, chacun bénit pour soi ; et deux tonneaux d'un même vin, séparés dans les quarante jours, comptent comme deux vins.
Cas pratiques
Cas 1 — Un second vin arrive à table
Situation : au milieu du repas, on m'apporte une nouvelle bouteille de vin, différente de la première. Que dois-je dire ?
Conduite : on ne refait pas בורא פרי הגפן ; on dit הטוב והמטיב (הביאו להם יין אחר אינו מברך בורא פרי הגפן אבל מברך עליו הטוב והמטיב, séif 1), du moment qu'on ne sait pas que le nouveau vin est inférieur (séif 2). Pour les usages précis, on suit son Rav.
Cas 2 — Bon et mauvais vin ensemble, ou étant seul
Situation : on apporte deux vins ensemble, un bon et un moins bon ; ou bien je suis seul à table. Comment faire ?
Conduite : ensemble, on bénit בורא פרי הגפן sur le bon vin, qui exempte le mauvais — יש לברך על העיקר ועל החביב תחלה (séif 3), sans dire ici הטוב והמטיב. Et si l'on est seul (יחידי), on ne dit pas הטוב והמטיב — il faut un autre avec soi (séif 4), femme et enfants comptant. Pour les détails, on suit son Rav.
Cas 3 — À plusieurs, et le cas des deux tonneaux
Situation : nous sommes plusieurs à table ; ou bien on m'apporte du même vin mis en deux tonneaux. Un seul bénit-il pour tous ? Dit-on הטוב והמטיב ?
Conduite : pendant un repas, chacun bénit pour soi (séif 5) ; seulement si l'on boit sans manger, un seul bénit pour tous (Rama). Et pour deux tonneaux d'un même vin, on ne dit הטוב והמטיב que s'ils ont été séparés dans les quarante jours de la vendange (séif 6). Pour un cas précis, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
- Pourquoi ne refait-on pas בורא פרי הגפן sur un second vin, et que dit-on à la place (séif 1) ?
- Sur quel changement de vin bénit-on הטוב והמטיב, et quelle est la seule réserve (séif 2) ?
- Bon et mauvais vin ensemble : sur lequel bénit-on d'abord, et pourquoi (séif 3) ?
- Que signifie הטוב לו והמטיב לחבירו, et bénit-on cette bénédiction quand on est seul (séif 4) ?
- Pourquoi, en mangeant, chacun bénit-il pour soi, et que change le fait de seulement boire (séif 5) ? Et quand deux tonneaux comptent-ils comme deux vins (séif 6) ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📖Rejoindre la khavroutha
- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — גדר ברכת הטוב והמטיב על היין ; שינוי יין ולמה אינו מברך בורא פרי הגפן ; טעם הטוב והמטיב — הטוב לו והמטיב לחבירו
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
- 🌉 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : page-passerelle — ce siman n a pas été rédigé dans le Choulhan Aroukh HaRav ; renvoi aux Niveaux 1-3 et au Siddour de l Admour HaZaken