Pourquoi un niveau 4 dédié à l’Admour HaZaken ? Le Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken n’est pas un commentaire sur le Mehaber (מחבר) — c’est un Choulhan Aroukh autonome et complet, écrit par l’Admour HaZaken (Rabbi Schneur Zalman de Liadi, fondateur de Habad, élève du Maguid (מגיד) de Mezeritch). Sa singularité : il combine halakha (הלכה) + טעמי המצוות + dimension intérieure dans un seul ouvrage, et il tranche avec une rigueur talmudique unique.
Pour le Habad, l’Admour HaZaken est הפוסק האחרון — son psak est l’autorité décisionnaire. Cette page rassemble la voie du Rav sur le siman ק״פ — דִּינֵי פֵּרוּרֵי הַפַּת, qui se déploie chez le Rav en ו׳ סְעִיפִים (six seifim) : de l’usage de laisser du pain sur la table (signe de bénédiction), à ne pas ôter la nappe ni le pain avant le birkat hamazon, à ne pas apporter un pain entier sur une table vide (semblance d’idolâtrie), au balayage des miettes du sol avant les mayim aharonim, à l’interdiction de jeter les miettes là où l’on marche, jusqu’à la coutume de couvrir le couteau pendant le birkat hamazon.
→ Lire la préface générale sur la chitah de l’Admour HaZaken
שולחן ערוך הרב — סימן ק״פ — דִּינֵי פֵּרוּרֵי הַפַּת
Le texte intégral du Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken
שולחן ערוך הרב, סימן ק״פ — דִּינֵי פֵּרוּרֵי הַפַּת — וּבוֹ ו׳ סְעִיפִים
Texte de l’Admour HaZaken lui-même (source Sefaria Shulchan_Arukh_HaRav,_Orach_Chayim.180), suivi de notre traduction française. Le siman comporte six seifim (ו׳ סְעִיפִים ; seif k → .180.k).
סעיף א מִי שֶׁאֵינוֹ מְשַׁיֵּר פַּת — אֵין רוֹאֶה סִימַן בְּרָכָה.
דִּין פֵּרוּרֵי הַפַּת, וּבוֹ ו׳ סְעִיפִים:כָּל מִי שֶׁאֵינוֹ מְשַׁיֵּר פַּת עַל שֻׁלְחָנוֹ — אֵין רוֹאֶה סִימַן בְּרָכָה לְעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר "אֵין שָׂרִיד לְאָכְלוֹ, עַל כֵּן לֹא יָחִיל טוּבוֹ", אֲבָל בִּבְרָכָה מַהוּ אוֹמֵר? "אָכֹל וְהוֹתֵר":
מִי שֶׁאֵינוֹ מְשַׁיֵּר פַּת. Loi des miettes de pain, et elle comporte six seifim : quiconque ne laisse pas de pain sur sa table — ne voit jamais de signe de bénédiction, car il est dit : « il ne reste rien de ce qu’il a dévoré, c’est pourquoi son bien-être ne durera pas » ; mais à propos de la bénédiction, que dit [l’Écriture] ? « mange et il en restera encore ».
סעיף ב שֶׁלֹּא לְהָסִיר הַמַּפָּה וְהַלֶּחֶם עַד אַחַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן.
וְנָכוֹן שֶׁלֹּא לְהָסִיר הַמַּפָּה וְהַלֶּחֶם עַד אַחַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן, כְּדֵי שֶׁיְּהֵא נִכָּר שֶׁמְּבָרֵךְ ה׳ עַל חַסְדּוֹ וְטוּבוֹ הַגָּדוֹל, שֶׁהֵכִין מָזוֹן לְכָל בְּרִיּוֹתָיו:
שֶׁלֹּא לְהָסִיר הַמַּפָּה וְהַלֶּחֶם. Il est juste de ne pas ôter la nappe ni le pain avant le birkat hamazon, afin qu’il soit manifeste qu’on bénit Hachem pour Sa bonté et Son grand bien, Lui qui a préparé la nourriture pour toutes Ses créatures.
סעיף ג לֹא יָבִיא פַּת שְׁלֵמָה — כְּעוֹרֵךְ שֻׁלְחָן לַעֲבוֹדָה זָרָה.
אִם לֹא נִשְׁאַר לוֹ לֶחֶם עַל הַשֻּׁלְחָן — לֹא יָבִיא פַּת שְׁלֵמָה וְיִתְּנֶנָּה עַל הַשֻּׁלְחָן, מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּעוֹרֵךְ שֻׁלְחָן לַעֲבוֹדָה זָרָה, כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב: "הַעֹרְכִים לַגַּד שֻׁלְחָן וְגוֹ׳". אֲבָל אִם הָיְתָה שְׁלֵמָה מֻנַּחַת כְּבָר עַל הַשֻּׁלְחָן, כְּמוֹ שֶׁבְּשַׁבָּת בּוֹצְעִים עַל לֶחֶם מִשְׁנֶה — טוֹב שֶׁלֹּא לַהֲסִירָהּ עַד אַחַר בִּרְכַּת הַמָּזוֹן:
פַּת שְׁלֵמָה עַל הַשֻּׁלְחָן. S’il ne reste plus de pain sur la table — on n’apportera pas un pain entier pour le poser sur la table, parce que cela ressemble à dresser une table pour l’idolâtrie, comme l’a dit le verset : « ceux qui dressent pour Gad une table, etc. ». Mais si un pain entier était déjà posé sur la table, comme le Chabbat où l’on tranche sur le lehem michné — il est bon de ne pas l’ôter avant le birkat hamazon.
סעיף ד כִּבּוּד הַקַּרְקַע מִפְּנֵי הַפֵּרוּרִים קֹדֶם מַיִם אַחֲרוֹנִים.
בִּימֵי חַכְמֵי הַתַּלְמוּד שֶׁהָיוּ מְסַלְּקִים אֶת הַשֻּׁלְחָנוֹת הַקְּטַנּוֹת שֶׁלִּפְנֵי כָּל אֶחָד וְאֶחָד קֹדֶם מַיִם אַחֲרוֹנִים, וְהָיוּ נוֹטְלִים מַיִם אַחֲרוֹנִים בִּמְקוֹם הַשֻּׁלְחָנוֹת — הָיוּ צְרִיכִים לְכַבֵּד קַרְקַע הַבַּיִת בִּמְקוֹם הַשֻּׁלְחָנוֹת קֹדֶם הַנְּטִילָה, שֶׁלֹּא יִשָּׁאֲרוּ שָׁם פֵּרוּרֵי פַּת וְיִמָּאֲסוּ בְּמֵי הַנְּטִילָה. וְאַף עַל פִּי שֶׁמֻּתָּר לְאַבֵּד פֵּרוּרִים שֶׁאֵין בָּהֶם כְּזַיִת — חוֹשְׁשִׁים שֶׁמָּא יִהְיֶה הַשַּׁמָּשׁ עַם הָאָרֶץ, שֶׁמֻּתָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשַׁמָּשׁ עַם הָאָרֶץ, וְיַנִּיחַ עַל הַשֻּׁלְחָן גַּם פֵּרוּרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם כְּזַיִת כְּשֶׁמֵּסִיר הַלֶּחֶם מֵעַל הַשֻּׁלְחָן, וְאַחַר כָּךְ יִפְּלוּ מִמֶּנּוּ כְּשֶׁמְּסַלְּקִין אוֹתָן מִשָּׁם וְיִמָּאֲסוּ בְּמֵי הַנְּטִילָה, לְכָךְ יְכַבֵּד תְּחִלָּה.
אֲבָל אָנוּ שֶׁאֵין אָנוּ מְסַלְּקִין הַשֻּׁלְחָן, וְאָנוּ נוֹטְלִים הַיָּדַיִם בְּמָקוֹם שֶׁאֵין שָׁם פֵּרוּרִים — אֵין צָרִיךְ לְכַבֵּד תְּחִלָּה:
כִּבּוּד מִפְּנֵי הַפֵּרוּרִים. Aux jours des Sages du Talmud, qui retiraient les petites tables placées devant chacun avant les mayim aharonim, et prenaient les mayim aharonim à l’emplacement des tables — ils devaient balayer le sol de la maison à l’emplacement des tables avant l’ablution, afin qu’il n’y reste pas de miettes de pain qui seraient rendues répugnantes par l’eau de l’ablution. Et bien qu’il soit permis de faire disparaître des miettes qui n’ont pas la taille d’un kazayit — on craint que le servant ne soit un ignorant (am haaretz), car il est permis de se faire servir par un servant ignorant, et qu’il laisse sur la table aussi des miettes ayant la taille d’un kazayit lorsqu’il ôte le pain de la table, et qu’elles en tombent ensuite lorsqu’on les enlève de là, et soient rendues répugnantes par l’eau de l’ablution ; c’est pourquoi il balaiera d’abord.
Mais nous, qui n’ôtons pas la table, et qui nous lavons les mains à un endroit où il n’y a pas de miettes — nous n’avons pas besoin de balayer d’abord.
סעיף ה לֹא יִזְרֹק פֵּרוּרִים בִּמְקוֹם דְּרִיסַת רַגְלַיִם.
אַף עַל פִּי שֶׁמֻּתָּר לְאַבֵּד פֵּרוּרִים שֶׁאֵין בָּהֶם כְּזַיִת בַּיָּדַיִם — לֹא יִזְרְקֵם בִּמְקוֹם דְּרִיסַת רַגְלֵי בְּנֵי אָדָם, מִפְּנֵי שֶׁקָּשֶׁה לַעֲנִיּוּת כְּשֶׁדּוֹרְסִים עַל פֵּרוּרֵי לֶחֶם, וְלֹא הִתִּירוּ אֶלָּא לְאַבְּדָם, כְּגוֹן לְהַשְׁלִיכָם לַמַּיִם וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה:
אִבּוּד הַפֵּרוּרִים. Bien qu’il soit permis de faire disparaître à la main des miettes qui n’ont pas la taille d’un kazayit — on ne les jettera pas à un endroit de passage des pieds des gens, parce qu’il est dur pour la pauvreté (kashé la-aniyout) que l’on marche sur des miettes de pain ; et on n’a permis que de les faire disparaître, par exemple en les jetant à l’eau ou de manière semblable.
סעיף ו נוֹהֲגִים לְכַסּוֹת הַסַּכִּין בִּשְׁעַת בִּרְכַּת הַמָּזוֹן.
נוֹהֲגִים לְכַסּוֹת הַסַּכִּין בִּשְׁעַת בִּרְכַּת הַמָּזוֹן, כִּי הַשֻּׁלְחָן דּוֹמֶה לְמִזְבֵּחַ, וּבַמִּזְבֵּחַ נֶאֱמַר: "לֹא תָנִיף עֲלֵיהֶם בַּרְזֶל", לְפִי שֶׁהַבַּרְזֶל מְקַצֵּר יָמָיו שֶׁל אָדָם וְהַמִּזְבֵּחַ מַאֲרִיךְ יְמֵי הָאָדָם, וְאֵינוֹ בְּדִין שֶׁיּוּנַף הַמְקַצֵּר עַל הַמַּאֲרִיךְ, וְגַם הַשֻּׁלְחָן מַאֲרִיךְ יָמָיו שֶׁל אָדָם וּמְכַפֵּר עֲוֹנוֹתָיו בְּהַכְנָסַת אוֹרְחִים, שֶׁגָּדוֹל כֹּחָהּ שֶׁל לְגִימָה שֶׁמַּשְׁרָה שְׁכִינָה.
וְנָהֲגוּ בִּמְקוֹמוֹת הַרְבֵּה שֶׁלֹּא לְכַסּוֹתוֹ בְּשַׁבָּת וְיוֹם טוֹב, כִּי בְּחֹל מְכַסִּין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁהוּא כֹּחוֹ שֶׁל עֵשָׂו, וּבְשַׁבָּת וְיוֹם טוֹב אֵין שָׂטָן וּפֶגַע רַע. וּמִנְהָגָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל תּוֹרָה הִיא:
כִּסּוּי הַסַּכִּין. On a coutume de couvrir le couteau au moment du birkat hamazon, car la table ressemble à l’autel, et au sujet de l’autel il est dit : « tu ne lèveras pas de fer sur elles », parce que le fer raccourcit les jours de l’homme et l’autel allonge les jours de l’homme, et il n’est pas juste que celui qui raccourcit soit levé sur celui qui allonge ; et la table aussi allonge les jours de l’homme et expie ses fautes par l’accueil des hôtes (hakhnassat orhim), car grande est la force d’une bouchée (legima) qui fait résider la Chekhina.
Et l’on a coutume en de nombreux endroits de ne pas le couvrir le Chabbat et Yom Tov, car en semaine on le couvre parce qu’il est la force d’Essav, et le Chabbat et Yom Tov il n’y a ni Satan ni mauvaise rencontre. Et la coutume d’Israël est Torah.
הלכה למעשה — מנהג חב״ד
La conduite Habad pratique
Des points de conduite qui découlent directement du siman ק״פ dans la sensibilité de l’Admour HaZaken et de Habad — présentés au niveau du principe, en renvoyant au Rav pour le détail des cas.
Pour le Hassid Habad — Siman ק״פ (דִּינֵי פֵּרוּרֵי הַפַּת)
- ① Seif א. Laisser du pain sur la table à la fin du repas : qui ne laisse pas de pain ne voit jamais de signe de bénédiction ; le verset oppose « il ne reste rien de ce qu’il a dévoré » à « mange et il en restera encore ».
- ② Seif ב. Ne pas ôter la nappe ni le pain avant le birkat hamazon, pour rendre manifeste qu’on bénit Hachem qui prépare la nourriture de toutes Ses créatures.
- ③ Seif ג. S’il ne reste plus de pain, ne pas apporter un pain entier sur la table (cela ressemble à « dresser pour Gad une table », l’idolâtrie) ; mais un pain entier déjà posé (lehem michné du Chabbat) — il est bon de le laisser jusqu’au birkat hamazon.
- ④ Seif ד. Du temps du Talmud on balayait le sol des miettes avant les mayim aharonim (crainte d’un servant am haaretz laissant un kazayit) ; mais nous, qui n’ôtons pas la table et nous lavons ailleurs — pas besoin de balayer d’abord.
- ⑤ Seif ה. On peut faire disparaître à la main les miettes de moins d’un kazayit, mais pas les jeter là où l’on marche (kashé la-aniyout) ; seulement les détruire, p. ex. les jeter à l’eau.
- ⑥ Seif ו. Couvrir le couteau au birkat hamazon (la table est comme l’autel, « tu ne lèveras pas de fer » ; la table allonge les jours et expie par l’hospitalité) ; en beaucoup d’endroits on ne le couvre pas Chabbat/Yom Tov (le couteau = force d’Essav, absente le Chabbat) — et le minhag d’Israël est Torah.
⚠ Cette section présente la conduite Habad fondée sur le Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken, siman ק״פ (texte réel reproduit au §1). Elle ne remplace pas une décision rabbinique pour un cas particulier. Pour toute question concrète — laisser du pain sur la table, ôter la nappe et le pain, les miettes et couvrir le couteau — consulter ton Rav, et pour Habad, un Rav de Habad.