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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION
Siman ר״ד · La bénédiction des autres aliments
דיני הברכות ליתר מאכלים — la longue liste du שהכל (séif 1), le vin qui tourne et le vinaigre (ריחיה חלא וטעמיה חמרא, séifim 2-4), la lie et le תמד (séifim 5-6), l'eau bue sans soif, le remède et la contrainte (séifim 7-9), le miel, la confiture et la règle de l'עיקר וטפל (séifim 10-13)
סימן ר״ד · י״ג סעיפים
דיני הברכות ליתר מאכלים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Les simanim précédents avaient donné les bénédictions propres : le pain, le vin, les fruits de l'arbre, les fruits de la terre. Celui-ci recueille tout le reste — et il découvre que « le reste » n'est pas un fourre-tout : c'est un territoire réglé, avec ses frontières. Treize seifim, et une seule question qui les traverse tous : y a-t-il ici un plaisir, et de quoi vient-il ? Texte hébreu, traduction française et explication des י״ג seifim, avec une section de cas pratiques.
Sujet : Les bénédictions sur les autres aliments — שהכל, חומץ ויין שהחמיץ, שמרים ותמד, מים ורפואה, מרקחת ועיקר וטפל
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן ר״ד · י״ג סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
On croit souvent que שהכל est la bénédiction de ce qui n'en a pas — une case par défaut. Ce siman montre le contraire. Il commence par la Michna, ועל דבר שאין גדולו מן הארץ אומר שהכל נהיה בדברו (ברכות מ׳ ע״ב), et déroule ensuite une liste qui a l'air d'un inventaire de marché : viande, œufs, sel, champignons, cœur de palmier, bière, aneth, vinaigre coupé d'eau. Mais quatre raisons distinctes s'y cachent — ce qui ne pousse pas de la terre, ce qui s'est gâté, ce pour quoi on n'a pas planté, et ce qui n'est là que pour le goût. Puis le siman quitte les listes : il demande quand un vin cesse d'être du vin, quand un liquide reste du vin, quand il n'y a rien à bénir du tout, et enfin lequel de deux aliments mêlés commande. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A. שהכל (séif 1) — quatre familles dans une seule liste
B. חומץ ויין שהחמיץ (séifim 2-4) — trois états du vin, trois traitements
C. שמרים ותמד (séifim 5-6) — la mesure du vin qui reste
D. מים, רפואה ואונס (séifim 7-9) — plaisir, contrainte et danger
E. דבש, מרקחת, עיקר וטפל וספק (séifim 10-13) — qui commande, et que faire dans le doute
1-4. Cas pratiques et questions de compréhension
A. שהכל — le domaine de la bénédiction générale (séif 1)
Séif 1 — על דבר שאין גידולו מן הארץ
על דבר שאין גידולו מן הארץ כגון בשר בהמה חיה ועוף דגים ביצים חלב גבינה ופת שעיפשה ותבשיל שנשתנה צורתו ונתקלקל ונובלות שהם תמרים שבשלם ושרפם החום ויבשו ועל הגובאי ועל המלח ועל מי מלח ועל המרק ועל כמיהין ופטריות ועל קורא [שהוא] הרך הנתוסף באילן בכל שנה שקורין פלמיטו [טור] ועל לולבי גפנים ועל שקדים מתוקים שאוכלי׳ אותם כשהם רכים בקליפיהם ועל חזיז והוא שחת ועל קרא חיה ועל קימחא דשערי ועל שכר תמרי׳ ושכר שעורים ועל מי שעורים שמבשלים לחולה ועל עשבי דדברא שאינם נזרעים ועל שבת שקורין אניט״ו (ר״ל אניס) ועל כמון וכסבור [דלטעמא עבידי ולא לאכילה] ועל החומץ שעירבו במים שראוי לשתות מברך שהכל:
Séif 1 : sur une chose dont la croissance ne vient pas de la terre — comme la viande de bétail, de bête sauvage et de volaille, le poisson, les œufs, le lait, le fromage ; sur du pain moisi ; sur un plat dont la forme a changé et qui s'est gâté ; sur les novlot, qui sont des dattes que la chaleur a cuites, brûlées et desséchées ; sur la sauterelle ; sur le sel ; sur l'eau salée ; sur le bouillon ; sur les truffes et les champignons ; sur le kora — [c'est-à-dire] la partie tendre qui s'ajoute à l'arbre chaque année, qu'on appelle palmito [Tour] ; sur les jeunes pousses de vigne ; sur les amandes douces que l'on mange tendres avec leur écorce ; sur le ḥaziz, c'est-à-dire le blé en herbe ; sur la courge crue ; sur la farine d'orge ; sur la bière de dattes et la bière d'orge ; sur l'eau d'orge que l'on cuit pour un malade ; sur les herbes sauvages qui ne sont pas semées ; sur l'aneth, qu'on appelle anito [c'est-à-dire l'anis] ; sur le cumin et la coriandre [car ils sont faits pour donner le goût et non pour être mangés] ; et sur le vinaigre qu'on a mêlé d'eau au point qu'il soit bon à boire — on bénit chehakol.
La règle-mère : la Michna énonce ועל דבר שאין גדולו מן הארץ אומר שהכל נהיה בדברו (ברכות מ׳ ע״ב), et la braïta l'illustre — על דבר שאין גדולו מן הארץ כגון בשר בהמות חיות ועופות ודגים אומר שהכל נהיה בדברו (ברכות מ׳ ע״ב). Le Rambam la reprend : דברים שאין גדולן מן הארץ כגון בשר וגבינה ודגים וביצים ומים וחלב ודבש וכיוצא בהן בתחלה מברך שהכל ולבסוף בורא נפשות רבות (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה א׳). Notre siman est le siman de cette bénédiction-là.
Ce n'est pas « pousser dans la terre » qui compte, mais « en tirer sa nourriture » : les truffes et les champignons sortent bel et bien du sol, et pourtant la Guemara les range ici — מירבא רבו מארעא מינק לא ינקי מארעא (ברכות מ׳ ע״ב). résumé : ils croissent depuis la terre mais ne s'en nourrissent pas, et la Guemara corrige jusqu'à la formule de la Michna en ce sens.
Deuxième famille : ce qui a perdu son rang — pain moisi, plat dont la forme a changé, dattes brûlées par la chaleur. Ces aliments poussent de la terre, mais ils sont descendus d'un cran. La Mishna Beroura pose la limite : ונתקלקל קצת עי״ז דאלו נתקלקל לגמרי ולא חזי לאכילת אדם אין מברכין עליו כלל (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:א). résumé : gâté un peu, on descend à chehakol ; gâté tout à fait, on ne bénit plus du tout.
Troisième famille : ce pour quoi on n'a pas planté — le cœur de palmier, les pousses de vigne, les amandes douces mangées tendres. Le Tour l'explique : כיון דלא נטעי אינשי לאילן אדעתא למיכליה כשהוא רך לאו פרי הוא (טור או״ח סימן ר״ד). La Guemara en avait fait une dispute — קורא רב יהודה אמר בורא פרי האדמה ושמואל אמר שהכל נהיה בדברו (ברכות ל״ו ע״א) — et tranché ואף על גב דקלסיה שמואל לרב יהודה הלכתא כוותיה דשמואל (ברכות ל״ו ע״א). résumé : ce qui pousse sur l'arbre sans être ce qu'on attendait de lui n'a pas rang de fruit.
Quatrième famille : ce qui est fait pour le goût et non pour être mangé — cumin, coriandre, aneth : דלטעמא עבידי ולא לאכילה (שו״ע או״ח ר״ד:א). Et pourtant on bénit : le fil qui tient tout le siman est celui du plaisir, כיון דאית ליה הנאה מיניה בעי ברוכי (ברכות ל״ו ע״א). La Mishna Beroura le dit du sel : הואיל ויש לו מזה עכ״פ הנאה קצת כשנותן לתוך פיו (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:ה).
Deux précisions de la Mishna Beroura : le bouillon dont parle le séif est של בשר דאלו של פירות וירקות תליא בפלוגתא (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:ו) ; et le ḥaziz est תבואה שלא הביאה שליש וחזי לאכילה ומשום דלא גמר פירא נחית חד דרגא מפה״א לשהכל (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:יג). résumé : un produit de la terre qui n'a pas achevé de mûrir descend d'un degré, de borei pri ha'adama à chehakol.
B. חומץ ויין שהחמיץ — quand le vin cesse d'être du vin (séifim 2-4)
Séif 2 — על החומץ לבדו
על החומץ לבדו אינו מברך כלום מפני שהוא מזיקו:
Séif 2 : sur le vinaigre pur, on ne bénit rien du tout, parce qu'il lui fait du mal.
Le cas : על החומץ לבדו אינו מברך כלום מפני שהוא מזיקו (שו״ע או״ח ר״ד:ב). Le Tour l'avait posé dans la même phrase que le vinaigre coupé d'eau : ועל החומץ שערבו במים עד שראוי לשתותו שהכל אבל אם הוא לבדו אין מברכין עליו שהוא מזיקו (טור או״ח סימן ר״ד).
Pas n'importe quel vinaigre : la Mishna Beroura restreint le séif — ודוקא בחומץ חזק שנתחמץ כ״כ שמבעבע כשמשליכין אותו על הארץ אבל בחומץ שאינו חזק כ״כ ודאי אית ליה הנאה מיניה ובעי ברוכי (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:כד). résumé : le vinaigre de table ordinaire n'entre pas ici.
Le principe qui se dessine : la bénédiction suit le plaisir, non la matière. Le Rambam en a fait une règle générale : וכן אכלין שאין ראויין לאכילה ומשקין שאינן ראויין לשתיה אינן טעונין ברכה לא לפניהן ולא לאחריהן (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ז׳). résumé : entre le séif 1 et le séif 2, un même vinaigre passe de chehakol à rien du tout — c'est l'eau ajoutée qui a fait la différence, parce qu'elle a rendu le plaisir possible.
Séif 3 — ריחיה חלא וטעמיה חמרא
ריחיה חלא [פירוש חומץ] וטעמיה חמרא חמרא הוא ומברך עליו בפה״ג:
Séif 3 : si son odeur est celle du vinaigre [c'est-à-dire du vinaigre] et son goût celui du vin — c'est du vin, et l'on bénit sur lui borei pri hagafen.
Le cas : ריחיה חלא [פירוש חומץ] וטעמיה חמרא חמרא הוא ומברך עליו בפה״ג (שו״ע או״ח ר״ד:ג). La source est dans Bava Batra : וכל ריחיה חלא וטעמיה חמרא חמרא (בבא בתרא צ״ו ע״א), et le Tour l'écrit dans les mêmes termes — אבל אם ריחיה חלא וטעמיה חמרא חמרא הוא (טור או״ח סימן ר״ד).
Pourquoi l'odeur ne décide pas : la Mishna Beroura ouvre les séifim 3 et 4 ensemble — סעיף זה וסעיף ד׳ באו לבאר אודות יין שהתחיל להתקלקל ומטבעו שמתחלה מתקלקל ריחו ואח״כ טעמו (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:כה). résumé : l'odeur tourne la première ; s'y fier reviendrait à condamner un vin encore vivant.
Séif 4 — כל שבני אדם נמנעים לשתותו
כל שבני אדם נמנעים לשתותו מפני חמיצותו אין מברכין עליו בורא פרי הגפן [אלא שהכל]:
Séif 4 : tout ce que les gens s'abstiennent de boire à cause de son acidité — on ne bénit pas dessus borei pri hagafen [mais chehakol].
Le cas : כל שבני אדם נמנעים לשתותו מפני חמיצותו אין מברכין עליו בורא פרי הגפן [אלא שהכל] (שו״ע או״ח ר״ד:ד). Le Beit Yossef l'apporte au nom du Chibolei haLeket : דכיון דבני אדם נמנעים לשתות ממנו מחמת חומצו קרוי חומץ ואין מברכין עליו בפה״ג (בית יוסף או״ח סימן ר״ד).
L'état intermédiaire : la Mishna Beroura le décrit — היינו בשלא נעשה עדיין טעמיה חלא גמורה רק שהתחיל טעמיה להתחמץ קצת עד שבני אדם נמנעין לשתותו מפני זה ברכתו שהכל (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:כו). résumé : trois états, et trois traitements — le vin (borei pri hagafen), le vin qui commence à tourner (chehakol), et le vinaigre fort bu pur (aucune bénédiction).
La mesure est celle des gens, non celle du buveur : le séif dit כל שבני אדם נמנעים לשתותו. résumé : ce n'est pas le dégoût personnel qui fait tomber la bénédiction du vin, c'est l'usage commun — la même logique que le séif 1, où l'on jugeait ce que les gens plantent et ce qu'ils mangent.
C. שמרים ותמד — combien de vin reste-t-il dans ce qu'on en tire (séifim 5-6)
Séif 5 — שמרי יין
שמרי יין מברך עליהם בפה״ג נתן בהם מים אם נתן שלשה מדות מים ומצא ארבעה הוה ליה כיין מזוג ומברך בפה״ג ואם מצא פחות אע״פ שיש בו טעם יין קיוהא בעלמא הוא ואינו מברך אלא שהכל והיינו ביינות שלהם שהיו חזקים אבל יינות שלנו שאינן חזקי׳ כל כך אפי׳ רמא תלתא ואתא ארבעה אינו מברך עליו בורא פרי הגפן ונראה שמשערים בשיעור שמוזגים יין שבאותו מקום: הגה ובלבד שלא יהא יין אחד מששה במים כי אז ודאי בטל [אגור]:
Séif 5 : sur la lie de vin, on bénit borei pri hagafen. S'il y a mis de l'eau : s'il a mis trois mesures d'eau et en a trouvé quatre, c'est comme du vin coupé et l'on bénit borei pri hagafen ; s'il en a trouvé moins, même s'il y a un goût de vin, ce n'est qu'une acidité et l'on ne bénit que chehakol. Et cela vaut pour leurs vins, qui étaient forts ; mais nos vins, qui ne sont pas si forts, même s'il en a mis trois et qu'il en est venu quatre, on ne bénit pas dessus borei pri hagafen. Et il apparaît qu'on évalue selon la proportion d'eau dont on coupe le vin en ce lieu-là. Glose : à condition qu'il n'y ait pas un sixième de vin dans l'eau, car alors il est certainement annulé [Agour].
La lie seule : שמרי יין מברך עליהם בפה״ג (שו״ע או״ח ר״ד:ה). La Mishna Beroura précise le cas — היינו בשלא נתן עליהם מים אלא שתה אותם גופא ומפני שיש בהם לחלוחית יין מברך בפה״ג (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:כז). La braïta et sa conclusion sont dans Bava Batra : אחד שכר תמרים ואחד שכר שעורים ואחד שמרי יין מברכין עליהם שהכל נהיה בדברו (בבא בתרא צ״ו ע״ב), et רבה ורב יוסף דאמרי תרוייהו אין הלכה כאחרים (בבא בתרא צ״ו ע״ב).
La mesure « trois entrés, quatre sortis » : אם נתן שלשה מדות מים ומצא ארבעה הוה ליה כיין מזוג ומברך בפה״ג (שו״ע או״ח ר״ד:ה). Elle vient de Rava — אמר רבא דכולי עלמא רמא תלתא ואתא ארבעה חמרא הוא (בבא בתרא צ״ו ע״ב) — et le Rambam la fixe : שמרים שנתן עליהם שלשה והוציא מהן ארבעה מברך עליהן בורא פרי הגפן שזה יין מזוג הוא (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ט׳). résumé : si la quatrième mesure est sortie, c'est qu'il restait dans la lie une mesure pleine de vin ; on a donc devant soi du vin coupé au tiers.
Et si la mesure n'y est pas : ואם מצא פחות אע״פ שיש בו טעם יין קיוהא בעלמא הוא ואינו מברך אלא שהכל (שו״ע או״ח ר״ד:ה). La Mishna Beroura explique pourquoi le goût ne suffit pas ici : אפילו יש בו טעם יין ואף דבעלמא קי״ל טעם כעיקר דאורייתא הכא לא חשיב טעם דכקיוהא בעלמא דמי (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:לג). résumé : ailleurs, le goût vaut la substance ; ici, ce goût-là n'est pas du vin mais son aigreur.
Le Mehaber déplace la mesure de son époque vers la nôtre : אבל יינות שלנו שאינן חזקי׳ כל כך אפי׳ רמא תלתא ואתא ארבעה אינו מברך עליו בורא פרי הגפן (שו״ע או״ח ר״ד:ה), et il conclut ונראה שמשערים בשיעור שמוזגים יין שבאותו מקום (שו״ע או״ח ר״ד:ה). résumé : le chiffre de la Guemara supposait des vins forts ; ce qui est fixe, c'est le principe — ce que les gens d'ici appellent du vin coupé — et non le nombre.
La glose ajoute un plancher : ובלבד שלא יהא יין אחד מששה במים כי אז ודאי בטל [אגור] (רמ״א או״ח ר״ד:ה). La Mishna Beroura précise que ces mots visent le vin lui-même et non la lie : ואם היין יותר מאחד מששה במים שם יין עליו ובלבד שיהיה בו טעם וריח של יין ודרך בני אדם לשתות יין במזיגה כזו (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:לב).
Séif 6 — תמד שעושים מחרצנים
תמד שעושים מחרצנים שנותנים עליהם מים דינם כשמרים וה״מ כשנעצרו בקורה אבל אם לא נדרכו אלא ברגל אפי׳ נתן שלשה מדות מים ולא מצא אלא ג׳ או פחות מברכין עליו בפה״ג שיין הוא והמים נבלעים בזגים ובמה שיוצא יש בו יין מרובה: הגה זגים שנתנו עליהם תאנים לחזק כח היין אע״פ שהזגין הרוב מ״מ כל כח התאנים במשקה ואין לברך בפה״ג [ב״י בשם התשב״ץ]:
Séif 6 : le temed que l'on fait avec les marcs, sur lesquels on verse de l'eau — sa loi est celle de la lie. Et cela, lorsqu'ils ont été pressés à la poutre ; mais s'ils n'ont été foulés qu'au pied, même s'il a mis trois mesures d'eau et n'en a trouvé que trois ou moins, on bénit dessus borei pri hagafen, car c'est du vin : l'eau est absorbée dans les peaux, et ce qui sort contient beaucoup de vin. Glose : des peaux sur lesquelles on a mis des figues pour renforcer la force du vin — bien que les peaux soient la majorité, toute la force des figues est pourtant dans le liquide, et l'on ne doit pas bénir borei pri hagafen [Beit Yossef au nom du Tachbetz].
Ce qu'est le temed : la Mishna Beroura le définit — היינו לאחר שנסחט היין מהענבים נותנים מים על החרצנים לקלוט טעם היין שנשאר בהם וזהו הנקרא תמד (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:לד). Le Mehaber commence par l'aligner sur la lie : תמד שעושים מחרצנים שנותנים עליהם מים דינם כשמרים (שו״ע או״ח ר״ד:ו).
Puis il retourne la règle : אבל אם לא נדרכו אלא ברגל אפי׳ נתן שלשה מדות מים ולא מצא אלא ג׳ או פחות מברכין עליו בפה״ג שיין הוא והמים נבלעים בזגים ובמה שיוצא יש בו יין מרובה (שו״ע או״ח ר״ד:ו), et la Mishna Beroura explique pourquoi la poutre change tout : ועי״ז יצא מהענבים כמעט כל הלחלוחית שבהם (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:לה). résumé : sous la poutre il ne reste presque rien ; foulées au pied, les peaux gardent du vin — et l'eau qui semble manquer n'a pas disparu, elle a été bue par les peaux.
La glose et les figues : זגים שנתנו עליהם תאנים לחזק כח היין אע״פ שהזגין הרוב מ״מ כל כח התאנים במשקה ואין לברך בפה״ג (רמ״א או״ח ר״ד:ו). La Mishna Beroura en donne le calcul : דהתאנים היה בהם כל כחם שלא נתמצו מקודם והזגים אע״פ שהם הרוב הרי יצא מהם כבר עיקר הלחלוחית (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:לח), et conclut אלא שהכל דהוי כשכר תאנים דברכתו שהכל (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:לט). résumé : la majorité en volume n'est pas la majorité en force — les peaux ont déjà été vidées, les figues sont entières.
D. מים, רפואה ואונס — la bénédiction suit le plaisir (séifim 7-9)
Séif 7 — השותה מים לצמאו
השותה מים לצמאו מברך שהכל ולאחריו בנ״ר אבל אם חנקתיה אומצא ושותה מים להעביר האומצא אינו מברך לא לפניו ולא לאחריו:
Séif 7 : celui qui boit de l'eau pour sa soif bénit chehakol, et après elle borei nefachot ; mais si un morceau lui est resté dans la gorge et qu'il boit de l'eau pour le faire passer, il ne bénit ni avant ni après.
Le cas : השותה מים לצמאו מברך שהכל ולאחריו בנ״ר (שו״ע או״ח ר״ד:ז). La Michna en est la source — השותה מים לצמאו מברך שהכל נהיה בדברו (ברכות מ״ד ע״א) — et la Guemara conclut la question de la bénédiction finale par פוק חזי מאי עמא דבר (ברכות מ״ה ע״א).
Ce que les mots « pour sa soif » excluent : la Guemara le demande — לאפוקי מאי אמר רב אידי בר אבין לאפוקי למאן (ברכות מ״ד ע״ב) — et répond que c'est celui à qui un morceau est resté dans la gorge. Le Rambam en fait une règle : והשותה מים שלא לרוות צמאו אינו טעון ברכה לא לפניו ולא לאחריו (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה א׳). résumé : l'eau bue sans soif ne donne aucun plaisir, et sans plaisir il n'y a rien à bénir.
Deux précisions décisives : d'un côté la Mishna Beroura élargit — נראה דלאו דוקא לצמאו ממש אלא בסתמא כל שהחיך נהנה מהמים מסתמא הוא צמא קצת וצריך לברכה (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מ) ; de l'autre elle restreint la dispense à l'eau seule — דוקא מים שאין החיך נהנה מהם כ״א כששותה לצמאו (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מב). résumé : celui qui avale un morceau de pain ou un autre liquide pour faire passer ce qui est coincé bénit malgré tout, parce que son palais y prend plaisir.
Séif 8 — האוכל לרפואה
כל האוכלין והמשקין שאדם אוכל ושותה לרפואה אם טעמם טוב והחיך נהנה מהם מברך עליו תחלה וסוף: הגה אם אנסוהו לאכול או לשתות אע״ג דהחיך נהנה ממנו אינו מברך עליו הואיל ונאנס על כך. (ב״י בשם אהל מועד והרא״ה):
Séif 8 : tous les aliments et boissons que l'on mange et boit à titre de remède — si leur goût est bon et que le palais y prend plaisir, on bénit dessus avant et après. Glose : si on l'a forcé à manger ou à boire, bien que le palais y prenne plaisir, il ne bénit pas dessus, puisqu'il y a été contraint. (Beit Yossef au nom de Ohel Moèd et du Raah)
Le cas : כל האוכלין והמשקין שאדם אוכל ושותה לרפואה אם טעמם טוב והחיך נהנה מהם מברך עליו תחלה וסוף (שו״ע או״ח ר״ד:ח). La Guemara l'avait déjà tranché à propos de l'huile bue pour la gorge : מהו דתימא כיון דלרפואה קא מכוין לא לבריך עליה כלל קא משמע לן כיון דאית ליה הנאה מיניה בעי ברוכי (ברכות ל״ו ע״א).
Le désir n'est pas le plaisir : la Mishna Beroura le dit exactement — אע״פ שאינו תאב להם כלל ואינו אוכלם אלא מחמת אונס חליו כיון שעכ״פ החיך נהנה מהם (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מג). résumé : il ne s'agit pas de vouloir manger, mais de goûter quelque chose de bon ; le remède qui a mauvais goût ne demande aucune bénédiction.
La glose ajoute la contrainte : אם אנסוהו לאכול או לשתות אע״ג דהחיך נהנה ממנו אינו מברך עליו הואיל ונאנס על כך (רמ״א או״ח ר״ד:ח). La Mishna Beroura marque la différence avec le séif suivant : שאני התם דהאונס אינו על האכילה גופא משא״כ הכא שהאכילה גופא הוא ע״י אונס (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מה), en signalant que plusieurs Aharonim contestent.
Le lien avec le séif 7 : le Tour l'avait déjà noué au nom du Ri — ופי׳ ר״י דוקא ששותה מים לרפואה אינו מברך עליהם לפי שאינו נהנה מן המים אבל שאר משקין נהנה בשתייתן ובטעמם (טור או״ח סימן ר״ד). résumé : l'eau est le seul liquide dont on ne jouit pas hors de la soif ; tout le reste garde son goût même quand on l'avale comme un médicament.
Séif 9 — אכל מאכל של איסור מפני הסכנה
אכל מאכל או משקה של איסור מפני הסכנה מברך עליו תחלה וסוף:
Séif 9 : s'il a mangé un aliment ou bu une boisson interdits en raison du danger, il bénit dessus avant et après.
Le cas : אכל מאכל או משקה של איסור מפני הסכנה מברך עליו תחלה וסוף (שו״ע או״ח ר״ד:ט). La Mishna Beroura en donne l'exemple — כגון חולה שצריך לאכול מאכלות אסורות לרפואתו (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מו).
Pourquoi ce n'est pas le cas du siman 196 : la Mishna Beroura le dit — דכיון דסכנתא הוא התירא קאכיל ואדרבה מצוה קעביד להציל נפשו ואין זה בכלל שאר דבר איסור דקי״ל לעיל בסימן קצ״ו שאין מברכין עליו (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מז). résumé : celui qui mange par danger ne mange pas de l'interdit — il mange du permis, et il accomplit même un devoir.
Le Beit Yossef y voit un point d'accord : ומיהו היכא שאוכל דבר איסור לרפואת חולה נראה דלהרמב״ם נמי מברך עליו (בית יוסף או״ח סימן ר״ד). Et la Mishna Beroura pose la limite : ואם הוא דבר שנפשו קצה בזה א״כ אין החיך נהנה ממנו ואין צריך לברך ע״ז (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מח).
E. דבש, מרקחת, עיקר וטפל וספק — qui commande dans le mélange (séifim 10-13)
Séif 10 — דבש דבורים
דבש דבורים הרי הוא כשאר דבש ואינו מברך אלא שהכל:
Séif 10 : le miel d'abeilles est comme tout autre miel, et l'on ne bénit dessus que chehakol.
Le cas : דבש דבורים הרי הוא כשאר דבש ואינו מברך אלא שהכל (שו״ע או״ח ר״ד:י). Le Beit Yossef le range dans la première famille du siman : דבש דבורים מברך עליו שהכל פשוט הוא לפי שהוא בכלל דבר שאין גידולו מן הארץ (בית יוסף או״ח סימן ר״ד), et la Mishna Beroura reprend cette raison : דהוא בכלל דבר שאין גידולו מן הארץ (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מט).
L'objection évidente et sa réponse : l'abeille tire tout du nectar des fleurs. La Mishna Beroura répond au nom du Bah : דאע״ג דהדבורים מכניסין מי פירות לתוך גופן ומוצצין מהן ועי״ז נעשה הדבש מ״מ אין טעם הפירות נרגש כלל בהדבש (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:נ). résumé : le miel n'a pas le goût des fruits dont il vient — la matière première ne le suit pas jusque dans la bénédiction.
Pourquoi ce séif est placé ici : il ne dit presque rien de neuf — le Rambam avait déjà rangé le miel parmi ce qui ne pousse pas de la terre, דברים שאין גדולן מן הארץ כגון בשר וגבינה ודגים וביצים ומים וחלב ודבש וכיוצא בהן בתחלה מברך שהכל ולבסוף בורא נפשות רבות (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה א׳). Mais il est le seuil des trois derniers séifim : le miel qui vient d'être déclaré שהכל va, dans le séif suivant, s'effacer devant le fruit qu'il conserve.
Séif 11 — פירות ועשבים שמרקחים בדבש
חבושים או גינדא״ש או ורדים ושאר מיני פירות ועשבים שמרקחים בדבש הפירות והעשבים הם עיקר והדבש טפל אפי׳ הם כתושי׳ ביותר הלכך מברך על חבושים וגינדא״ש בפה״ע ועל עשבים בורא פרי האדמה ועל של ורדים בורא פרי האדמה: הגה וכל מרקחת שאין בריאים רגילין בו אלא לרפואה מברכין עליו שהכל. [ב״י בשם הרא״ש]:
Séif 11 : des coings, ou des cerises, ou des roses, et les autres espèces de fruits et d'herbes que l'on confit dans du miel — les fruits et les herbes sont l'essentiel et le miel est l'accessoire, même s'ils sont très écrasés. C'est pourquoi on bénit sur les coings et les cerises borei pri haetz, sur les herbes borei pri ha'adama, et sur celles de roses borei pri ha'adama. Glose : et toute confiture dont les bien-portants n'ont pas l'usage, mais seulement comme remède, on bénit dessus chehakol. [Beit Yossef au nom du Roch]
Le cas et son renversement : הפירות והעשבים הם עיקר והדבש טפל (שו״ע או״ח ר״ד:יא). Le Tour, lui, avait écrit l'inverse — ועל המורבא המרוקח בדבש היה נראה לי לברך עליו שהכל (טור או״ח סימן ר״ד), מפני שהדבש עיקר (טור או״ח סימן ר״ד) — puis il rapporte l'objection de ses collègues, אלא שחבירי חולקים עלי ואומרים שהדבש הוא טפל שאינו אלא לקיים הדבר המרוקח בו (טור או״ח סימן ר״ד), et conclut והנני מבטל דעתי מפני דעתם (טור או״ח סימן ר״ד). Le Mehaber suit les collègues.
Pourquoi le miel est l'accessoire : le Beit Yossef le formule pour les roses — וי״ל דאדרבה כיון שעיקר תיקון הוורדים לאכילה אינו אלא עם הדבש ה״ל דבש טפל שהרי אינו בא אלא להכשיר הוורד לאכילה (בית יוסף או״ח סימן ר״ד) — et la Mishna Beroura le généralise : דהדבש אינו אלא הכשר לדבר המרוקח שמכשירו ומתקנו לאכילה (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:נא). résumé : ce qui rend un aliment mangeable le sert, et ce qui le sert ne le domine pas.
Même très écrasés — et jusqu'où : אפי׳ הם כתושי׳ ביותר (שו״ע או״ח ר״ד:יא) ; la Mishna Beroura pose la limite : דוקא שניכר מהותו ותארו אבל אם נימוח לגמרי עד שנפסד צורתו העצמי מברך לכתחלה שהכל (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:נב).
Les roses, qui poussent pourtant sur l'arbre : ועל של ורדים בורא פרי האדמה (שו״ע או״ח ר״ד:יא), et la Mishna Beroura explique : ואע״ג דפרי עץ הם שגדילים על האילן מ״מ כיון שאינן עיקר הפרי דזרע שלהם הם עיקר הפרי והעלים שמרקחין אותם הם הפרחים ע״כ מברך בפה״א (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:נג).
La glose ramène le séif 8 : וכל מרקחת שאין בריאים רגילין בו אלא לרפואה מברכין עליו שהכל (רמ״א או״ח ר״ד:יא), et la Mishna Beroura en donne la raison — הטעם דאף דנהנה אין זה עיקר הנאתו כיון שאין הבריאים רגילין לאכול אותו בכך שעומד רק לרפואה (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:נד) — tout en signalant que la plupart des décisionnaires ne l'acceptent pas : ועיין בבדק הבית שכתב שרוב הפוסקים חולקים ע״ז וכן הסכימו האחרונים דצריך לברך עליו ברכה הראויה לו כיון שעכ״פ נהנה (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:נה).
Séif 12 — כל שהוא עיקר ועמו טפלה
כל שהוא עיקר ועמו טפיל׳ מברך על העיק׳ ופוטר את הטפילה וכל דבר שמערבין אותו לדבק או כדי ליתן ריח או כדי לצבוע התבשיל ה״ז טפיל׳ אבל אם עירב כדי ליתן טעם בתערובות הרי הוא עיקר לפיכך מיני דבש שמבשלים אותו ונותני׳ בהם חלב חטה כדי לדבק ועושי׳ מהם מיני מתיקה אינו מברך במ״מ מפני שהדבש הוא העיקר: הגה ונראה דהא דאם עירב כדי לתת טעם בתערובות שהוא עיקר היינו דוקא שיש שם ממשות מן הדבר הנותן טעם ודבר חשוב אבל בשמים שנותנין לתוך המרקחת אע״פ שהם לנתינת טעם אין מברכין עליהם דבטלים במיעוטן אע״פ שנותנים טעם לכן נוהגין שלא לברך רק על המרקחת ולא על הבשמים שבהן:
Séif 12 : tout ce qui est essentiel et qui a avec lui un accessoire — on bénit sur l'essentiel et l'on exempte l'accessoire. Et tout ce que l'on mélange pour lier, ou pour donner une odeur, ou pour colorer le plat, est un accessoire ; mais si on l'a mélangé pour donner du goût au mélange, il est l'essentiel. C'est pourquoi les préparations de miel que l'on cuit et dans lesquelles on met de l'amidon de blé pour lier, et dont on fait des sucreries — on ne bénit pas dessus borei minei mezonot, parce que le miel est l'essentiel. Glose : et il apparaît que ce principe — « s'il l'a mélangé pour donner du goût, il est l'essentiel » — ne vaut que lorsqu'il y a là de la substance de la chose qui donne le goût et que c'est une chose importante ; mais les aromates que l'on met dans la confiture, bien qu'ils soient là pour le goût, on ne bénit pas dessus, car ils sont annulés par leur minorité, même s'ils donnent du goût. C'est pourquoi l'usage est de ne bénir que sur la confiture et non sur les aromates qui s'y trouvent.
La règle générale : כל שהוא עיקר ועמו טפיל׳ מברך על העיק׳ ופוטר את הטפילה (שו״ע או״ח ר״ד:יב). Elle est la clause finale d'une Michna — זה הכלל כל שהוא עיקר ועמו טפלה מברך על העיקר ופוטר את הטפלה (ברכות מ״ד ע״א) — et le Rambam en fait un principe des bénédictions : וזה כלל בברכות כל שהוא עקר ועמו טפלה מברך על העקר ופוטר את הטפלה (רמב״ם הלכות ברכות פרק ג׳ הלכה ה׳).
Le critère est l'intention du mélange : וכל דבר שמערבין אותו לדבק או כדי ליתן ריח או כדי לצבוע התבשיל ה״ז טפיל׳ (שו״ע או״ח ר״ד:יב), אבל אם עירב כדי ליתן טעם בתערובות הרי הוא עיקר (שו״ע או״ח ר״ד:יב). Le Mehaber recopie ici mot pour mot le Rambam : שכל דבר שמערבין אותו לדבק או כדי לתן ריח או כדי לצבע את התבשיל הרי זו טפלה אבל אם ערב כדי לתן טעם בתערובות הרי הוא עקר (רמב״ם הלכות ברכות פרק ג׳ הלכה ו׳).
L'exemple, et le paradoxe apparent : לפיכך מיני דבש שמבשלים אותו ונותני׳ בהם חלב חטה כדי לדבק ועושי׳ מהם מיני מתיקה אינו מברך במ״מ מפני שהדבש הוא העיקר (שו״ע או״ח ר״ד:יב). résumé : le blé, l'espèce la plus noble, s'efface ici devant le miel — parce qu'il n'a été mis là que pour lier. Et l'on comprend du même coup le séif 11 : là, c'était le miel qui n'était mis que pour conserver, et c'était lui qui s'effaçait.
La glose restreint « donner du goût » : אבל בשמים שנותנין לתוך המרקחת אע״פ שהם לנתינת טעם אין מברכין עליהם דבטלים במיעוטן אע״פ שנותנים טעם (רמ״א או״ח ר״ד:יב), et l'usage qui en découle : לכן נוהגין שלא לברך רק על המרקחת ולא על הבשמים שבהן (רמ״א או״ח ר״ד:יב). La Mishna Beroura va plus loin encore, au nom du Magen Avraham : המ״א ושארי האחרונים הסכימו דהוא דוקא בחמשת מיני דגן אמרינן דהיכא דבא ליתן טעם אף שהוא מיעוט הוא העיקר (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:נז) — et ולפי הסכמת אחרונים כנ״ל אף ביש ממשות לא אזלינן בתרייהו רק בתר רובא (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:נח).
Séif 13 — כל דבר שהוא מסופק בברכתו
כל דבר שהוא מסופק בברכתו יברך שהכל:
Séif 13 : toute chose dont la bénédiction lui est douteuse — qu'il bénisse chehakol.
Le cas : כל דבר שהוא מסופק בברכתו יברך שהכל (שו״ע או״ח ר״ד:יג). Le Beit Yossef en donne la source : כתבו הגהות מיימון פ״ח בשם התוספות שבכל דבר שהוא מסופק יברך שהכל ואפילו לכתחלה (בית יוסף או״ח סימן ר״ד).
Pourquoi cela fonctionne : le Rambam avait posé ועל כלם אם ברך שהכל יצא ואפלו על הפת ועל היין (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה י׳), et la Mishna Beroura tire le raisonnement : דבדיעבד יוצא בשהכל על כל דבר וכאן כיון שמסופק כדיעבד דמי (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:ס). résumé : chehakol vaut a posteriori pour tout ; celui qui doute est déjà, en quelque sorte, dans l'a posteriori.
Une meilleure issue quand elle existe : la Mishna Beroura ajoute au nom du Magen Avraham — ומ״מ אם הוא דבר שיכול לפטרו תוך הסעודה עדיף טפי (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:ס). résumé : plutôt que de trancher un doute par la bénédiction la plus large, mieux vaut manger l'aliment au cours d'un repas, où le pain l'exempte. Et ce dernier séif referme le siman sur le mot par lequel il s'était ouvert : שהכל.
Le siman en une phrase : שהכל n'est pas une case vide, c'est la bénédiction de l'agréable sans nom propre. Elle se donne à ce qui ne vient pas de la terre, à ce qui a perdu son rang, à ce que l'arbre n'a pas été planté pour donner, à ce qui n'est là que pour le goût. Elle se retire là où il n'y a plus de plaisir du tout — le vinaigre pur, l'eau bue sur un morceau coincé. Elle revient dès qu'il y a plaisir, même dans un remède, même dans un aliment interdit mangé par nécessité vitale. Et quand deux aliments sont mêlés, la question devient celle de l'עיקר וטפל : ce qui n'est là que pour lier, parfumer, colorer ou conserver suit ; ce pour quoi on mange commande. Le dernier séif referme le siman en rendant à שהכל son second usage : la bénédiction qui, dans le doute, couvre tout.
Cas pratiques
Cas 1 — Viande, poisson, œufs, fromage, champignons, sel
Situation : on sert un plat de viande, une omelette, un morceau de fromage, une poêlée de champignons ; on trempe un doigt dans le sel.
Conduite : tous relèvent du séif 1 — על דבר שאין גידולו מן הארץ כגון בשר בהמה חיה ועוף דגים ביצים חלב גבינה (שו״ע או״ח ר״ד:א). Les champignons y figurent bien qu'ils sortent du sol, parce que מירבא רבו מארעא מינק לא ינקי מארעא (ברכות מ׳ ע״ב) ; et le sel y figure parce que הואיל ויש לו מזה עכ״פ הנאה קצת כשנותן לתוך פיו (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:ה). Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 2 — Une bouteille oubliée : vin, vin qui tourne, ou vinaigre ?
Situation : une bouteille ouverte depuis longtemps. L'odeur est piquante. Que dit-on ?
Conduite : l'odeur ne décide pas — סעיף זה וסעיף ד׳ באו לבאר אודות יין שהתחיל להתקלקל ומטבעו שמתחלה מתקלקל ריחו ואח״כ טעמו (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:כה). Si le goût est encore celui du vin, ריחיה חלא [פירוש חומץ] וטעמיה חמרא חמרא הוא ומברך עליו בפה״ג (שו״ע או״ח ר״ד:ג). S'il a commencé à tourner au point que בני אדם נמנעים לשתותו מפני חמיצותו (שו״ע או״ח ר״ד:ד), c'est chehakol. Et le vinaigre fort bu pur, על החומץ לבדו אינו מברך כלום מפני שהוא מזיקו (שו״ע או״ח ר״ד:ב) — mais la Mishna Beroura restreint ce dernier cas au vinaigre qui bouillonne. Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 3 — L'eau qu'on boit sur un morceau coincé, et le sirop du malade
Situation : un morceau reste dans la gorge et l'on boit un verre d'eau ; plus tard, on avale un sirop au goût agréable prescrit par le médecin.
Conduite : pour l'eau, אבל אם חנקתיה אומצא ושותה מים להעביר האומצא אינו מברך לא לפניו ולא לאחריו (שו״ע או״ח ר״ד:ז) ; mais la dispense est étroite — דוקא מים שאין החיך נהנה מהם כ״א כששותה לצמאו (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מב). Pour le sirop, כל האוכלין והמשקין שאדם אוכל ושותה לרפואה אם טעמם טוב והחיך נהנה מהם מברך עליו תחלה וסוף (שו״ע או״ח ר״ד:ח), et cela vaut même s'il n'en a aucune envie : אע״פ שאינו תאב להם כלל ואינו אוכלם אלא מחמת אונס חליו כיון שעכ״פ החיך נהנה מהם (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:מג). Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 4 — Confiture, bonbon au miel, et le doute
Situation : une cuillerée de confiture de coings ; puis un bonbon fait de miel cuit lié à l'amidon ; puis une préparation qu'on ne sait pas classer.
Conduite : pour la confiture, הפירות והעשבים הם עיקר והדבש טפל (שו״ע או״ח ר״ד:יא), et l'on bénit selon le fruit — sauf si נימוח לגמרי עד שנפסד צורתו העצמי מברך לכתחלה שהכל (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:נב). Pour le bonbon, אינו מברך במ״מ מפני שהדבש הוא העיקר (שו״ע או״ח ר״ד:יב). Et devant l'inconnu, כל דבר שהוא מסופק בברכתו יברך שהכל (שו״ע או״ח ר״ד:יג), la Mishna Beroura ajoutant ומ״מ אם הוא דבר שיכול לפטרו תוך הסעודה עדיף טפי (משנה ברורה, מ״ב ר״ד:ס). Pour la pratique, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
- Quelles sont les quatre raisons distinctes qui font tomber un aliment à chehakol dans le séif 1, et quel exemple illustre chacune ?
- Pourquoi les champignons figurent-ils dans la liste alors qu'ils sortent bien du sol (séif 1) ?
- Quelle est la différence exacte entre le séif 2 (aucune bénédiction) et le séif 4 (chehakol) — et qu'est-ce qui décide, l'odeur ou le goût (séifim 3-4) ?
- Pourquoi le temed pressé à la poutre et le temed foulé au pied n'ont-ils pas la même loi (séif 6) ?
- Comment concilier le séif 11, où le miel est l'accessoire, et le séif 12, où le miel est l'essentiel ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📖Rejoindre la khavroutha
- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — גדר ברכת שהכל ; שם יין ושיעורו ; הנאה ואונס ; עיקר וטפל
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
- 👑 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : la chitah du Choulhan Aroukh HaRav — דיני הברכות ליתר מאכלים