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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman ל׳ · Le temps de poser les tefilin (זמן הנחתן)

זמן הנחתן — le tefilin est du jour et non de la nuit : on le pose le matin dès qu'on reconnaît un familier à quatre amot, jamais la nuit (שמא ישן), et le voyageur qui part tôt bénit quand le zman arrive
סימן ל׳ · ה׳ סעיפים
זמן הנחתן
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Quand poser les tefilin ? Ce siman fixe le זמן הנחתן — leur temps : le matin, dès qu'il fait assez jour pour reconnaître un familier à quatre amot de distance ; jamais la nuit (par crainte de s'endormir avec, שמא ישן) ; le voyageur qui part avant l'aube les pose et bénit lorsque le zman arrive ; et l'on apprend que faire des tefilin quand le soleil se couche ou que Chabbat entre en chemin. Texte hébreu vocalisé, traduction française fluide et explications des cinq séifim, avec une section de cas pratiques.

Sujet : Le temps de la pose des tefilin — le matin (משיכיר את חבירו), l'interdit de la nuit, le voyageur, l'entrée de Chabbat en chemin, et celui qui a prié Arvit tôt
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן ל׳ · חמשה סעיפים

Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

Le siman précédent nous a appris qu'on ne dit aucune berakha en ôtant les tefilin (siman 29). Reste la question qui ouvre la journée : à partir de quand les pose-t-on ? Le Choulhan Aroukh répond que le tefilin est du jour et non de la nuit : on le pose le matin dès que la lumière suffit pour reconnaître un familier qu'on côtoie un peu, à quatre amot de distance — le même שיעור que pour le tsitsit (siman 18). La nuit, on ne pose pas : les Sages l'ont interdit de peur qu'on ne s'endorme avec (שמא ישן). Mais celui qui part en voyage avant l'aube peut les poser tôt et bénir lorsque le zman arrive — car, s'étant levé et mis en chemin, il ne risque plus de s'endormir. Le siman règle enfin les cas de celui qui, en chemin, voit le soleil se coucher ou Chabbat entrer avec les tefilin sur la tête, et de celui qui a « fait nuit » en priant Arvit trop tôt. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite fine, on se réfère à la décision du Rav.

📑 Plan de l'étude

A. זמן הנחתן le matin — dès qu'on reconnaît un familier à quatre amot (séif 1)
B. אסור להניח בלילה — pas de pose la nuit (gezera שמא ישן) ; celui qui les avait déjà (אין מורין כן / מורין כן) (séif 2)
C. Le voyageur matinal — il pose tôt et bénit au zman, sans crainte de s'endormir (séif 3)
D. Le coucher du soleil / l'entrée de Chabbat en chemin — יניח ידו עליהם jusqu'à la maison (séif 4)
E. Celui qui a prié Arvit tôt — מבעוד יום : il ne pose plus (séif 5)
+ Cas pratiques et questions de compréhension

A. זמן הנחתן — le temps de la pose, le matin (séif 1)

Texte original (séif 1)

[א] זְמַן הֲנָחָתָן בַּבֹּקֶר מִשֶּׁיִּרְאֶה אֶת חֲבֵרוֹ הָרָגִיל עִמּוֹ קְצָת בְּרִחוּק אַרְבַּע אַמּוֹת וְיַכִּירֶנּוּ.
[1] Le temps de leur pose est le matin, dès qu'on voit un ami que l'on côtoie un peu, à une distance de quatre amot, et qu'on le reconnaît.
מִשֶּׁיַּכִּיר אֶת חֲבֵרוֹ — « dès qu'il reconnaît son compagnon » — le tefilin est une mitsva du jour. Le שיעור (la mesure) qui marque le début du jour ici est un repère visuel : il fait assez clair pour reconnaître, à quatre amot (environ deux mètres), une personne que l'on côtoie un peu (הרגיל עמו קצת) — ni un intime qu'on reconnaîtrait dans la pénombre, ni un inconnu qu'on ne reconnaîtrait qu'en plein jour. C'est le même repère que pour le tsitsit (siman 18).
Ce que dit ce séif :
Le séif en une phrase : on pose les tefilin le matin, dès qu'on peut reconnaître un familier à quatre amot de distance.

B. On ne pose pas les tefilin la nuit — שמא ישן (séif 2)

Texte original (séif 2)

[ב] אָסוּר לְהָנִיחַ תְּפִלִּין בַּלַּיְלָה שֶׁמָּא יִשְׁכָּחֵם וְיִישַׁן בָּהֶם. אִם הֱנִיחָם קֹדֶם שֶׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה וְחָשְׁכָה עָלָיו אֲפִלּוּ הֵם עָלָיו כָּל הַלַּיְלָה מֻתָּר וְאֵין מוֹרִין כֵּן. אִם לֹא חָלַץ תְּפִלִּין מִשֶּׁשָּׁקְעָה חַמָּה מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הָיָה מָקוֹם לְשָׁמְרָן וְנִמְצְאוּ עָלָיו כְּדֵי לְשָׁמְרָן מֻתָּר וּמוֹרִין כֵּן.
[2] Il est interdit de poser les tefilin la nuit, de peur qu'il ne les oublie et ne s'endorme avec. S'il les avait posés avant le coucher du soleil et que la nuit tomba sur lui, même s'ils restent sur lui toute la nuit, c'est permis — mais on ne l'enseigne pas (אין מורין כן). S'il n'a pas ôté les tefilin après le coucher du soleil parce qu'il n'avait pas d'endroit où les garder, et qu'ils se trouvent sur lui afin de les préserver, c'est permis, et on l'enseigne (מורין כן).
גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִישַׁן — le décret « de peur qu'il ne s'endorme » — le respect dû aux tefilin exige qu'on ne s'endorme pas en les portant (le corps ne doit pas être dans un état de relâchement). Les Sages ont donc interdit de les poser la nuit, temps du sommeil, de peur qu'on ne s'endorme avec. C'est une gezera — une barrière de précaution.
אֵין מוֹרִין כֵּן / מוֹרִין כֵּן — « on ne l'enseigne pas » / « on l'enseigne » — parfois une conduite est permise mais on ne la diffuse pas comme instruction publique, de peur qu'on n'en tire une conclusion trop large. Ici : celui qui portait déjà les tefilin de jour et sur qui la nuit est tombée peut les garder — mais on ne l'enseigne pas (אין מורין כן), pour ne pas laisser croire qu'il est permis de poser la nuit. En revanche, celui qui les garde faute de lieu sûr où les déposer — on l'enseigne (מורין כן), car préserver les tefilin est une raison claire et manifeste.
Ce que dit ce séif :
Le séif en une phrase : on ne pose pas les tefilin la nuit (crainte de s'endormir) ; celui qui les portait déjà de jour peut les garder (mais on ne l'enseigne pas), et à plus forte raison s'il les garde faute de lieu sûr.

C. Le voyageur matinal — il pose tôt et bénit au zman (séif 3)

Texte original (séif 3)

[ג] הָיָה רוֹצֶה לָצֵאת לַדֶּרֶךְ בְּהַשְׁכָּמָה מַנִּיחָם וּכְשֶׁיַּגִּיעַ זְמַנָּם יְמַשְׁמֵשׁ בָּהֶם וִיבָרֵךְ, דְּלֵיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יִישַׁן בָּהֶם כֵּיוָן שֶׁהִשְׁכִּים וְיָצָא לַדֶּרֶךְ.
[3] S'il voulait partir en voyage de bon matin, il les pose ; et quand leur temps arrive, il les tâte (משמוש) et récite la bénédiction — car il n'y a pas à craindre qu'il s'endorme avec, puisqu'il s'est levé tôt et s'est mis en chemin.
יְמַשְׁמֵשׁ בָּהֶם וִיבָרֵךְ — « il les tâte et bénit » — le voyageur a posé les tefilin avant le zman (il ne peut attendre), donc sans berakha — car on ne bénit pas hors du temps. Lorsque le זמן arrive en chemin, il tâte les tefilin (le משמוש, ce geste d'attention et de contact — voir siman 28) pour renouveler son attention à la mitsva, et il récite alors la berakha. Le משמוש tient lieu, ici, d'un « nouveau » commencement de la mitsva au moment où son temps s'ouvre.
Ce que dit ce séif :
Le séif en une phrase : le voyageur matinal pose les tefilin tôt (sans bénir), puis, le zman venu, il les tâte et bénit — sans crainte de s'endormir, puisqu'il est déjà en chemin.

D. Le coucher du soleil / l'entrée de Chabbat en chemin (séif 4)

Texte original (séif 4)

[ד] הָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ וּתְפִלִּין בְּרֹאשׁוֹ וְשָׁקְעָה עָלָיו חַמָּה, אוֹ שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וּתְפִלִּין בְּרֹאשׁוֹ וְקָדַשׁ עָלָיו הַיּוֹם, יַנִּיחַ יָדוֹ עֲלֵיהֶם עַד שֶׁיַּגִּיעַ לַבַּיִת. וְאִם יֵשׁ בַּיִת קָרוֹב לַחוֹמָה שֶׁמִּשְׁתַּמְּרִין שָׁם, חוֹלְצָן וּמַנִּיחָם שָׁם.
[4] S'il marchait en chemin, les tefilin sur la tête, et que le soleil se coucha sur lui ; ou s'il était assis au Beit haMidrash, les tefilin sur la tête, et que le jour (Chabbat) fut sanctifié sur lui — il pose sa main sur eux (יניח ידו עליהם) jusqu'à ce qu'il arrive à la maison. Et s'il y a une maison proche du rempart où on peut les garder, il les ôte et les y dépose.
יַנִּיחַ יָדוֹ עֲלֵיהֶם — « il pose sa main sur eux » — au coucher du soleil, ou à l'entrée de Chabbat (le jour « se sanctifie »), les tefilin ne sont plus à leur temps et l'on doit les retirer ; mais si l'on est en chemin ou loin de chez soi, on ne peut ni les porter à découvert (מראית העין) ni les abandonner. On couvre les tefilin de la main jusqu'à la maison. S'il se trouve une maison sûre tout près (« proche du rempart »), on les y ôte et dépose. Sur la conduite au coucher et à l'entrée de Chabbat, voir aussi les simanim 25, 29 et 31.
Ce que dit ce séif :
Le séif en une phrase : surpris en chemin par le coucher du soleil ou l'entrée de Chabbat avec les tefilin sur la tête, on pose la main sur eux jusqu'à la maison — ou on les dépose dans un lieu sûr proche.

E. Celui qui a prié Arvit avant la nuit — מבעוד יום (séif 5)

Texte original (séif 5)

[ה] יֵשׁ מִי שֶׁאוֹמֵר שֶׁאִם הִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת עַרְבִית מִבְּעוֹד יוֹם עַד שֶׁלֹּא הֵנִיחַ תְּפִלִּין, אֵין לוֹ לְהָנִיחָם אַחַר כָּךְ.
[5] Il en est un qui dit (יש מי שאומר) que celui qui a prié la prière d'Arvit alors qu'il faisait encore jour (מבעוד יום), avant d'avoir posé les tefilin, ne doit plus les poser ensuite.
מִבְּעוֹד יוֹם — « alors qu'il faisait encore jour » — en priant Arvit (la prière du soir) avant la tombée de la nuit, on a, par sa propre conduite, « fait entrer la nuit » sur soi (עשה לילה). Dès lors, une contradiction (תרתי דסתרי) surgit : poser les tefilin serait traiter ce moment comme jour, alors qu'on l'a déjà tenu pour nuit. C'est pourquoi ce יש מי שאומר conclut qu'il ne les pose plus ensuite.
Ce que dit ce séif :
Le séif en une phrase : qui a prié Arvit avant la tombée de la nuit, avant d'avoir posé les tefilin, ne les pose plus ensuite — car il a déjà traité ce temps comme la nuit.

Cas pratiques

Cas 1 — À partir de quand poser les tefilin le matin ?

Situation : on se lève tôt, il fait encore un peu sombre. À partir de quel moment peut-on poser les tefilin ?
Conduite : dès qu'il fait assez clair pour reconnaître un familier qu'on côtoie un peu, à quatre amot de distance (séif 1). C'est le même repère que pour le tsitsit (siman 18) : le tefilin est une mitsva du jour, et ce שיעור marque l'ouverture du jour.

Cas 2 — Ne pas poser la nuit ; le voyageur matinal

Situation : il fait encore nuit et l'on doit partir en voyage avant l'aube. Peut-on poser les tefilin maintenant ?
Conduite : en règle générale, on ne pose pas les tefilin la nuit (gezera שמא ישן — de peur de s'endormir avec, séif 2). Mais le voyageur qui part de bon matin peut les poser tôt sans bénir, puis, quand le zman arrive en chemin, les tâter (משמוש) et bénir alors (séif 3) — sans crainte de s'endormir, puisqu'il est déjà debout et en route.

Cas 3 — Le coucher du soleil / l'entrée de Chabbat en chemin

Situation : on est en chemin (ou l'on étudie au Beit haMidrash), les tefilin encore sur la tête, et voici que le soleil se couche ou que Chabbat entre.
Conduite : on pose la main sur les tefilin (יניח ידו עליהם) jusqu'à la maison — on ne les laisse pas à découvert (מראית העין) et on ne les abandonne pas. S'il se trouve un lieu sûr tout près, on les y ôte et dépose (séif 4). Pour la manière précise de retirer et ranger les tefilin à l'entrée de Chabbat, et le détail de ces conduites, on se réfère à la décision du Rav.

Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. À partir de quel repère pose-t-on les tefilin le matin ? À quelle autre mitsva ce שיעור est-il commun ?
  2. Pourquoi ne pose-t-on pas les tefilin la nuit ? Qu'est-ce qu'une gezera ?
  3. Que signifient אין מורין כן et מורין כן ? À quels cas s'appliquent-ils ici ?
  4. Comment le voyageur matinal concilie-t-il la pose avant le zman et la berakha (le rôle du משמוש) ?
  5. Que fait-on des tefilin si le soleil se couche ou que Chabbat entre alors qu'on est en chemin ?
  6. Pourquoi celui qui a prié Arvit avant la nuit ne pose-t-il plus les tefilin ensuite ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Continuer vers le siman suivantSiman 31 →
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