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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman ו׳ · Asher Yatsar et Elokaï Neshama

ברכת אשר יצר ואלהי נשמה — la sagesse de la création du corps et le don de l'âme
סימן ו׳ · ד׳ סעיפים
ברכת אשר יצר ואלהי נשמה
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche des 4 seifim : texte hébreu vocalisé, traduction française fluide, explications pédagogiques sur la bénédiction Asher Yatsar et la sagesse de la création du corps, sur l'ordre de Al Netilat Yadayim, sur Elokaï Neshama qui n'ouvre pas par « Baroukh », et sur le minhag de bénir en groupe — avec une section de cas pratiques.

Sujet : Les bénédictions Asher Yatsar et Elokaï Neshama, l'ordre des birkhot hashachar et le minhag de répondre amen en groupe
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן ו' · ד' סעיפים

Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

Ce siman est tout entier un chant de hodaa (de reconnaissance). Le matin, à peine éveillé, le juif s'émerveille de deux dons que l'on tient pour acquis : le corps, dont la création est d'une sagesse insondable (אשר יצר את האדם בחכמה), et l'âme, pure, qu'Hachem lui rend chaque jour (אלהי נשמה). Le siman nous apprend à dire « merci » avec précision : pourquoi telle berakha, dans quel ordre, et avec quelle conscience. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite précise, nous renvoyons à la décision du Rav.

📑 Plan de l'étude

A. Asher Yatsar — la sagesse de la création du corps (les orifices, « si l'un se bouchait ou s'ouvrait »)
B. L'ordre de Al Netilat Yadayim — à la maison ou à la synagogue ; ne pas bénir deux fois
C. Elokaï Neshama — pourquoi elle n'ouvre pas par « Baroukh » (ברכת ההודאה)
D. Le minhag de bénir en groupe — l'un bénit, les autres répondent amen, puis un autre bénit
+ Cas pratiques et questions de compréhension

A. Asher Yatsar — la sagesse de la création du corps (séif 1)

Texte original (séif 1)

כְּשֶׁיֵּצֵא מִבֵּית הַכִּסֵּא יְבָרֵךְ « אֲשֶׁר יָצַר אֶת הָאָדָם בְּחָכְמָה », שֶׁבְּרִיאַת הָאָדָם הִיא בְּחָכְמָה נִפְלָאָה. וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים עַל שֵׁם שֶׁהַגּוּף דּוֹמֶה לְנוֹד מָלֵא רוּחַ וְהוּא מָלֵא נְקָבִים. וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים « בְּחָכְמָה » שֶׁהִתְקִין מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן וְאַחַר כָּךְ בְּרָאוֹ. וּבָרָא בּוֹ נְקָבִים נְקָבִים חֲלוּלִים חֲלוּלִים, שֶׁאִם יִסָּתֵם אֶחָד מֵהֶם אוֹ יִפָּתַח אֶחָד מֵהֶם אִי אֶפְשָׁר לְהִתְקַיֵּם אֲפִלּוּ שָׁעָה אֶחָת.
Note : le séif 1 du Choulhan Aroukh est long et donne plusieurs explications (פירושים) du mot בחכמה. Nous en citons ici l'essentiel ; le détail des trois interprétations est étudié au Niveau 2 — Lamdan.

Traduction française

Lorsqu'on sort des toilettes, on récite la bénédiction « Asher Yatsar et ha-adam be-ḥokhma » — « Qui a formé l'homme avec sagesse ». Car la création de l'homme est d'une sagesse merveilleuse. Certains expliquent (le mot « be-ḥokhma ») par le fait que le corps ressemble à une outre pleine de souffle, et qu'il est rempli d'orifices. D'autres expliquent « be-ḥokhma » au sens où Hachem prépara d'abord la nourriture du premier homme, puis le créa. Et Il créa en lui « des orifices, des orifices, des cavités, des cavités » (נקבים נקבים חלולים חלולים) — car si l'un d'eux venait à se boucher, ou si l'un d'eux venait à s'ouvrir, il serait impossible de subsister, ne fût-ce qu'une heure.
אֲשֶׁר יָצַר (Asher Yatsar) — la bénédiction que l'on dit après s'être soulagé. Son thème : la santé du corps et la sagesse de sa fabrication. Elle se conclut par רוֹפֵא כָל בָּשָׂר וּמַפְלִיא לַעֲשׂוֹת — « Qui guérit toute chair et accomplit des merveilles ».
L'idée centrale : le corps humain est un équilibre d'une finesse vertigineuse. נְקָבִים (orifices) — comme la bouche, le nez — qui doivent rester ouverts ; et חֲלוּלִים (organes creux) — comme le cœur, l'estomac, les intestins — qui doivent rester clos. Qu'un seul orifice se bouche, ou qu'un seul organe creux s'ouvre indûment, et « il serait impossible de subsister une heure ». Reconnaître cela à chaque passage aux toilettes, c'est transformer un acte banal en moment de hodaa.
Le séif 1 en une phrase : en sortant des toilettes on bénit אשר יצר, en s'émerveillant de la sagesse avec laquelle Hachem a formé le corps — un équilibre si délicat que « si l'un de ses orifices se bouchait ou s'ouvrait, il serait impossible de subsister une heure ».

B. L'ordre de Al Netilat Yadayim (séif 2)

Texte original (séif 2)

יֵשׁ נוֹהֲגִין לְהַמְתִּין לְבָרֵךְ « עַל נְטִילַת יָדַיִם » עַד בּוֹאָם לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וּמְסַדְּרִים אוֹתָם עִם שְׁאָר הַבְּרָכוֹת, וּבְנֵי סְפָרַד לֹא נָהֲגוּ כֵן. וְעַל כָּל פָּנִים לֹא יְבָרֵךְ שְׁתֵּי פְעָמִים : מִי שֶׁמְּבָרְכָם בְּבֵיתוֹ לֹא יְבָרֵךְ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, וְכֵן מִי שֶׁמְּבָרְכָם בְּבֵית הַכְּנֶסֶת לֹא יְבָרֵךְ בְּבֵיתוֹ.
Certains ont l'usage d'attendre, pour réciter « Al Netilat Yadayim », d'arriver à la synagogue, et de la dire avec les autres bénédictions (les birkhot hashachar) ; mais les Séfarades n'ont pas eu cet usage. En tout état de cause, on ne bénira pas deux fois : celui qui les récite chez lui ne les redira pas à la synagogue, et de même celui qui les récite à la synagogue ne les redira pas chez lui.
בִּרְכוֹת הַשַּׁחַר (les birkhot hashachar) — les bénédictions du matin (sur le lavage des mains, sur la Torah, « Elokaï Neshama », et la longue série « שלא עשני… », « פוקח עורים », etc.). La question du séif est : où les dire — chez soi, dès le réveil, ou bien à la synagogue, en groupe ?
Deux usages, une règle commune :
À retenir : que l'on suive l'usage achkénaze (à la synagogue) ou l'usage séfarade (chez soi), le principe est le même : une seule fois. Une berakha déjà dite avec son obligation ne se répète pas.

C. Elokaï Neshama n'ouvre pas par « Baroukh » (séif 3)

Texte original (séif 3)

בִּרְכַּת « אֱלֹהַי נְשָׁמָה » אֵינָהּ פּוֹתַחַת בְּ« בָּרוּךְ », מִפְּנֵי שֶׁהִיא בִּרְכַּת הַהוֹדָאָה, וּבִרְכוֹת הַהוֹדָאוֹת אֵין פּוֹתְחוֹת בְּ« בָּרוּךְ », כְּמוֹ שֶׁמָּצִינוּ בְּבִרְכַּת הַגְּשָׁמִים.
La bénédiction « Elokaï Neshama » ne commence pas par le mot « Baroukh », parce qu'elle est une bénédiction de reconnaissance (ברכת ההודאה) ; et les bénédictions de reconnaissance ne commencent pas par « Baroukh » — comme nous le trouvons pour la bénédiction de la pluie (birkat ha-gueshamim).
בִּרְכַּת הַהוֹדָאָה (birkat ha-hodaa) — une bénédiction de reconnaissance, par laquelle on remercie Hachem pour un bienfait reçu. Sa caractéristique : elle ne s'ouvre pas par « Baroukh ata Hachem… », car elle jaillit comme un débordement spontané du cœur, et non comme une formule de louange instituée.
Pourquoi pas de « Baroukh » au début ? En règle générale, une berakha s'ouvre par « Baroukh ata Hachem ». Mais certaines berakhot font exception. אלהי נשמה est une berakha de hodaa : on y remercie Hachem d'avoir rendu l'âme pure. Comme la birkat ha-gueshamim (la bénédiction de la pluie), qui est aussi une hodaa, elle ne commence pas par « Baroukh » — l'élan de gratitude précède la formule.
À retenir : אלהי נשמה = ברכת ההודאה = pas de « Baroukh » au début. Le matin, en disant « Mon D.ieu, l'âme que Tu as placée en moi est pure », on remercie pour le don de la neshama rendue chaque jour.

D. Le minhag de bénir et répondre amen en groupe (séif 4)

Texte original (séif 4)

יֵשׁ נוֹהֲגִין שֶׁאַחַר שֶׁבֵּרֵךְ אֶחָד בִּרְכוֹת הַשַּׁחַר וְעָנוּ אַחֲרָיו אָמֵן, חוֹזֵר אֶחָד מִן הָעוֹנִים אָמֵן וּמְבָרֵךְ וְעוֹנִין אַחֲרָיו אָמֵן, וְכַסֵּדֶר הַזֶּה עוֹשִׂין כָּל אוֹתָם שֶׁעָנוּ אָמֵן תְּחִלָּה. וְאֵין לְעַרְעֵר עֲלֵיהֶם — שֶׁהַמְבָרֵךְ אֵינוֹ מְכַוֵּן לְהוֹצִיא אֲחֵרִים, וַאֲפִלּוּ אִם הָיָה מְכַוֵּן לְהוֹצִיאָם, הֵם מְכַוְּנִים שֶׁלֹּא לָצֵאת בְּבִרְכָתוֹ.
Certains ont l'usage suivant : après qu'un premier a récité les birkhot hashachar et que l'on a répondu amen après lui, l'un de ceux qui ont répondu amen recommence à son tour, récite les bénédictions, et l'on répond amen après lui ; et de cet ordre font tous ceux qui ont répondu amen en premier. Et il n'y a pas lieu de les contester (en disant qu'ils se sont déjà acquittés par le amen répondu d'abord) — car celui qui bénit n'a pas l'intention d'acquitter les autres, et même s'il avait eu cette intention, eux ont l'intention de ne pas s'acquitter par sa bénédiction.
לְהוֹצִיא (être motsi) — « acquitter » autrui d'une obligation : lorsqu'une personne récite une berakha avec l'intention d'en acquitter d'autres, et que ceux-ci ont l'intention de s'en acquitter, le amen qu'ils répondent vaut comme s'ils l'avaient dite eux-mêmes. Tout repose sur la kavana mutuelle (celui qui dit, et ceux qui écoutent).
Pourquoi chacun peut-il bénir à son tour ? On pourrait objecter : « celui qui a répondu amen s'est déjà acquitté, comment peut-il bénir à nouveau ? » Le Choulhan Aroukh répond : non, car (1) celui qui bénissait ne visait pas à acquitter les autres, et (2) quand bien même il l'aurait voulu, les autres avaient l'intention de ne pas s'acquitter par sa berakha — chacun voulant bénir lui-même. La double absence de kavana laisse donc chacun libre de bénir à son tour.
Les 4 seifim, résumé :

Cas pratiques

Cas 1 — Asher Yatsar au quotidien

Situation : on sort des toilettes, après s'être soulagé, à n'importe quel moment de la journée.
Conduite : on récite אשר יצר, chaque fois, non par habitude mécanique mais en s'arrêtant un instant sur ce que disent les mots : Hachem a formé le corps « avec sagesse », et c'est cette même sagesse qui maintient, à l'instant, l'équilibre des orifices et des organes. C'est la berakha de la santé du corps — l'occasion, plusieurs fois par jour, de dire « merci » pour ce que l'on tient pour acquis. Pour les détails précis (jusqu'à quand on peut la dire, après quoi exactement), on se réfère à la décision du Rav.

Cas 2 — L'ordre des birkhot hashachar : à la maison ou à la synagogue

Situation : au réveil, on se lave les mains ; faut-il dire « Al Netilat Yadayim » et les birkhot hashachar tout de suite, chez soi, ou attendre la synagogue ?
Conduite : cela dépend de l'usage (minhag). L'usage séfarade est de les dire chez soi, dès le réveil ; certains Achkénazes attendent la synagogue pour les dire en ordre avec la communauté. La règle qui s'impose à tous : ne pas les répéter — qui les a dites chez lui ne les redit pas à la synagogue, et inversement. Pour fixer son usage, on suit son rite et la décision du Rav.

Cas 3 — Elokaï Neshama : la gratitude pour l'âme rendue chaque matin

Situation : au réveil, on dit « Elokaï Neshama she-natata bi tehora hi » — « Mon D.ieu, l'âme que Tu as placée en moi est pure ».
Conduite : on a à l'esprit que c'est une berakha de hodaa : chaque nuit l'âme « remonte », et chaque matin Hachem nous la rend, pure. C'est pourquoi elle ne commence pas par « Baroukh » — la gratitude jaillit d'abord. Comme l'enseigne le séif 5 (la kavana des berakhot), on veille à la dire en pensant ce que l'on dit. Pour les règles précises (où la dire, jusqu'à quand), on se réfère à la décision du Rav.

Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Quand récite-t-on la bénédiction אשר יצר ?
  2. Que veut dire « la création de l'homme est בחכמה (avec sagesse) » ? Que sont les נקבים et les חלולים ?
  3. Quelle phrase du séif 1 dit que l'équilibre du corps est d'une finesse vitale ?
  4. Selon les deux usages, où dit-on « Al Netilat Yadayim » et les birkhot hashachar ? Quelle règle vaut pour tous ?
  5. Pourquoi אלהי נשמה ne commence-t-elle pas par « Baroukh » ? À quelle autre berakha est-elle comparée ?
  6. En quoi consiste le minhag du séif 4 ? Pourquoi chacun peut-il bénir à son tour sans s'être déjà acquitté ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
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