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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Yoré Déa

Attribuer dans le doute (תולין להקל) et le cumul des marmites — étude et pilpoul
סימן קי״א
תולין, שאני אומר, ספק דרבנן לקולא, צירוף הקדרות
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour lamdanim et talmidei ‘hakhamim ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, la ‘hakira de fond, ma’hlokot de Richonim et d’A’haronim,
nafka minot pour la pratique et étude des chitot

Le sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קי״א (ז׳ סעיפים)
avec son appareil : ש״ך (שפתי כהן) · ט״ז (טורי זהב) · פתחי תשובה

Le fondement de la sougya dans le Chass :
יבמות פ״ב ע״א — la braïta des deux paniers de ‘houlin et de teroumah, d’où sort שאני אומר · פסחים י׳ ע״א — les deux sentiers, d’où sort l’indulgence lorsqu’on interroge l’un après l’autre · et le Chakh (ס״ק י״ט) renvoie encore à כתובות כ״ו

Rédaction et étude :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. Introduction de la sougya — le fondement de תולין et de שאני אומר, יבמות פ״ב (séif א׳)
  2. Les trois cas du séif א׳ — deux marmites, une marmite, un seul morceau ; ספק דרבנן לקולא (ט״ז ס״ק א׳, ש״ך ס״ק א׳–ו׳)
  3. Mesure rabbinique et שאני אומר — pourquoi un doute d’interdit de la Torah est ici permis — plus léger que le siman 66 (ט״ז ס״ק א׳)
  4. Les conditions du תולין — l’interdit ne domine pas (séif ב׳) ; interdit de la Torah et annulation dans la majorité (séif ג׳) ; מין במינו et אינו מינו (séif ד׳, ט״ז ס״ק ג׳)
  5. Le morceau digne d’être servi, dans le doute — la קולא du ט״ז ס״ק ה׳ et la chita du ר״ן
  6. Deux marmites de permis — מאי חזית, et toutes deux interdites (séif ה׳, ש״ך ס״ק י״א–י״ב)
  7. Chutes successives — connu / inconnu (séif ו׳, ש״ך ס״ק י״ד–ט״ו)
  8. Tout entre dans le doute, et les marmites se joignent — l’une à la maison et l’autre à l’étage (séif ז׳, ש״ך ס״ק ט״ז–י״ח)
  9. Ma’hloket du רמב״ן et du רשב״א pour deux personnes — חנ״נ et cumul, « comme si c’était déjà mêlé » (ש״ך ס״ק י״ג, י״ז, י״ט–כ׳ ; ט״ז ס״ק ו׳, ח׳, י׳)
  10. ‘Hakira et nafka mina pour la pratique
  11. Tableaux récapitulatifs

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — séif א׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

« שתי קדרות אחת של היתר ואחת של איסור ולפניו שתי חתיכות אחת של היתר ואחת של איסור אם החתיכה היא מאיסור דרבנן כגון שומנו של גיד ונפלו אלו לתוך אלו מותרים שאנו תולין לומר האיסור נפל לתוך האיסור וההיתר לתוך של היתר ואפילו אם ההיתר שבקדרה אינה רבה על שלפניה וכן הדין אם לא היה כאן אלא קדירה אחת של בשר שחוטה ונפל בה אחת מאלו השתי החתיכות ואין ידוע איזו היא אנו תולין דשל היתר נפלה אפילו אין ההיתר רבה על האיסור או אם לא היה כאן אלא חתיכה אחת מאיסור דרבנן ויש שתי קדרות אחת של היתר ואחת של איסור ואין ידוע לאיזו נפלה גם בזו תולין להקל » (שו״ע יו״ד קי״א:א)

Traduction : deux marmites, l’une de permis et l’autre d’interdit, et devant lui deux morceaux, l’un de permis et l’autre d’interdit — si le morceau relève d’un interdit rabbinique, tel que la graisse qui enveloppe le nerf sciatique, et qu’ils sont tombés les uns dans les autres, ils sont permis, car nous attribuons en disant que l’interdit est tombé dans l’interdit et le permis dans ce qui est permis ; et cela même si le permis qui est dans la marmite ne domine pas ce qui se trouvait devant elle. Et il en va de même s’il n’y avait là qu’une seule marmite de viande abattue rituellement, que l’un de ces deux morceaux y soit tombé et qu’on ignore lequel : nous attribuons que c’est celui du permis qui est tombé, même si le permis ne domine pas l’interdit. Ou encore, s’il n’y avait là qu’un seul morceau d’interdit rabbinique et deux marmites, l’une de permis et l’autre d’interdit, et qu’on ignore dans laquelle il est tombé — là aussi on attribue dans le sens indulgent.

1. Introduction de la sougya — le fondement de תולין et de שאני אומר

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le fondement — תולין et שאני אומר, et sa source dans יבמות פ״ב

Le fondement du siman est le din de תולין — attribuer : lorsqu’un morceau interdit et un morceau permis sont tombés dans deux marmites, l’une de permis et l’autre d’interdit, ou qu’un seul morceau est tombé dans l’une de deux marmites, nous attribuons la chute et disons que l’interdit est allé du côté de l’interdit. La racine du din est la braïta que la guemara cite à propos de la teroumah :

« שְׁתֵּי קוּפּוֹת, אַחַת שֶׁל חוּלִּין וְאַחַת שֶׁל תְּרוּמָה, וְלִפְנֵיהֶם שְׁתֵּי סְאִין, אַחַת שֶׁל חוּלִּין וְאַחַת שֶׁל תְּרוּמָה, וְנָפְלוּ אֵלּוּ בְּתוֹךְ אֵלּוּ — הֲרֵי אֵלּוּ מוּתָּרִים, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: תְּרוּמָה לְתוֹךְ תְּרוּמָה נָפְלָה, וְחוּלִּין בְּתוֹךְ חוּלִּין נָפְלוּ » (יבמות פ״ב ע״א)

Traduction : deux paniers, l’un de ‘houlin et l’autre de teroumah, et devant eux deux séas, l’une de ‘houlin et l’autre de teroumah ; elles sont tombées les unes dans les autres — elles sont permises, car je dis : c’est la teroumah qui est tombée dans la teroumah, et le ‘houlin dans le ‘houlin. Le fondement de la permission est donc ספק דרבנן לקולא, joint à la sevara de שאני אומר, « car je dis ».

Pourquoi précisément un interdit rabbinique (ש״ך ס״ק א׳–ב׳) : toute la permission de תולין n’est dite que pour un interdit rabbinique — ainsi la graisse qui enveloppe le nerf sciatique, l’exemple même que donne le Mehaber. Le Chakh en donne la raison : « דספק דרבנן קי״ל לקולא » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק א׳) Pour un interdit de la Torah, au contraire, le doute va vers la rigueur, et l’on n’attribue dans le sens indulgent que s’il y a majorité de permis — ce sera le séif ג׳. Et le Chakh ajoute qu’un interdit dont la racine est pourtant dans la Torah, tel le fromage des non-juifs, entre lui aussi dans cette règle : « וגבינה של עובד כוכבים וכיוצא בו אפילו איסור שיש להם עיקר בדאורייתא כ״כ הרשב״א בת״ה » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ב׳)
Le gader de שאני אומר (ט״ז ס״ק א׳) : ce n’est pas une annulation dans la majorité, mais une conduite du doute : nous attribuons, c’est-à-dire que nous lisons l’état de doute du côté indulgent, en disant que l’interdit est probablement allé là où il est de toute façon interdit. Le Taz y reviendra à la fin de ce même ס״ק, pour dire que tout doute où l’on peut dire שאני אומר est plus léger qu’un doute ordinaire — on lira ses mots à la section 3.

2. Les trois cas du séif א׳ — ספק דרבנן לקולא

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le Mehaber compte trois cas, et tous trois sont permis dans un interdit rabbinique, même sans majorité de permis.

Les trois cas :
Le casLa figureLe din
(א) Deux marmites + deux morceaux Une marmite de permis et une marmite d’interdit ; un morceau de permis et un morceau d’interdit y sont tombés Permis — on attribue l’interdit à l’interdit et le permis au permis
(ב) Une seule marmite de viande abattue + deux morceaux L’un des deux morceaux y est tombé, et l’on ignore lequel Permis — on attribue que c’est le permis qui est tombé
(ג) Un seul morceau d’interdit + deux marmites Un seul morceau d’interdit rabbinique ; deux marmites, l’une de permis et l’autre d’interdit, et l’on ignore dans laquelle il est tombé Permis — là aussi on attribue dans le sens indulgent
Deux marmites : plus léger ou plus lourd ? (ש״ך ס״ק ו׳, posé sur le בד״א du séif ב׳) Le Chakh observe d’abord que la formulation du Tour vient du תורת הבית הקצר, et que le רשב״א, dans le תורת הבית הארוך, ne semble pas dire cela : « כל זה הוא לשון הטור מת״ה אבל קשה לי דמדברי הרשב״א בתה״א לא משמע כן » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ו׳) Il en tire la distinction : dans le cas des deux marmites, où il est certain qu’un interdit est tombé là et qu’on ignore seulement dans laquelle, il faut au moins חד בחד selon רבי יוחנן — « אלמא דדוקא בב׳ קדרות משום דבודאי נפל שם איסור אלא שאין ידוע לאיזו בעינן חד בחד לר׳ יוחנן » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ו׳) — tandis que dans le cas de deux morceaux et une seule marmite, où l’on peut dire que rien n’est tombé du tout dans la marmite, c’est permis même si l’interdit domine le permis, à l’image des deux mortiers de la תוספתא (on lira le texte de la תוספתא à la section 9). Et le רא״ה, dans le בדק הבית, allège davantage encore : « והרא״ה בב״ה שם חולק על הרשב״א וס״ל דאפילו בב׳ קדרות שרי אפילו האיסור רבה על ההיתר משום ספיקא דרבנן לקולא » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ו׳)
Les interdits qui interdisent au plus infime (ש״ך ס״ק ג׳, au nom du נמוקי יוסף) : le נמוקי יוסף écrit qu’en matière d’interdits sévères qui ne s’annulent pas, on ne dit pas שאני אומר, même dans un interdit rabbinique, tant qu’il n’y a pas majorité de permis : « דאפשר דלענין איסורי משהו החמורים לא אמרינן שאני אומר אפילו באיסורי דרבנן בפחות מרוב » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ג׳)
Morceaux reconnaissables ou non (ש״ך ס״ק ד׳) : le Chakh précise que le cas (ב) se lit d’une manière précise — les deux morceaux étaient distincts et reconnaissables avant de tomber : « נראה דכאן מיירי דהב׳ חתיכות היו ניכרות בפני עצמן קודם נפילתן איזה מהן של היתר ואיזה מהן של איסור » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ד׳) car s’ils avaient d’abord été mêlés l’un à l’autre, chacun serait déjà tenu pour un corps d’interdit et l’on ne dirait plus ספק דרבנן לקולא : « דאי נתערבו מתחלה חד בחד א״כ כיון דאתחזק איסור בב׳ חתיכות כל א׳ וא׳ דיינינן ליה כגופו של איסור ותו לא אמרינן ספקא דרבנן לקולא » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ד׳)

3. Mesure rabbinique et שאני אומר — plus léger que le siman 66

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est l’un des ‘hidouchim les plus aigus du siman, et c’est le Taz, au ס״ק א׳, qui en porte tout le poids.

La question du Taz (ס״ק א׳) : les séifim ג׳ et ד׳ vont enseigner qu’un interdit de la Torah, lorsqu’il est déjà annulé dans la majorité selon la Torah et que seul le seuil des soixante reste rabbinique, se prête lui aussi au תולין. Or au siman 66 le Taz a posé la règle inverse : dans un tel doute on ne se montre pas indulgent, et l’on traite la chose comme un interdit de la Torah certain. Il pose lui-même la contradiction : « ולכאורה יש להקשות על מה שכ׳ בסימן זה דאם ספק נפל איסור דאוריית׳ מותר בשיעור דרבנן וזה סותר הכלל שאמרנו בסי׳ ס״ו ס״ד דבזה א״א מקילין אלא הוה כודאי דאורייתא » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק א׳)
La réponse du Taz — שאני אומר n’est pas un doute ordinaire : il répond que la permission, ici, ne vient pas du doute comme tel mais de la sevara de שאני אומר, et que la guemara de פרק הערל le dit expressément : un doute dans lequel on peut dire « aucun interdit n’est tombé ici » est plus léger. « דכאן ההיתר מכח שאני אומר ובהדיא אמרינן בפ׳ הערל שזכרתי בסמוך דכל ספק שיש בו לומר שאני אומר לא נפל כאן איסור קיל טפי » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק א׳)
Le yessod — les deux étages de l’interdit :
Dans tout interdit qui s’annule dans la majorité, il faut distinguer :

• le corps de l’interdit — annulé dans la majorité selon la Torah, dans מין במינו comme dans le sec avec le sec ;
• la mesure de l’annulation — les soixante, que les Sages ont exigés par rigueur.

Quand le doute ne porte plus que sur cette mesure rabbinique, il reste un ספק דרבנן, et il va vers l’indulgence : c’est de là que sort toute la permission de תולין, et c’est la racine des mots du Taz sur le siman 66.

4. Les conditions du תולין — l’interdit ne domine pas, interdit de la Torah, מין במינו

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (séifim ב׳–ד׳)

סעיף ב׳. « במה דברים אמורים שתולין בכל אלו להקל אפי׳ אין ההיתר רבה על האיסור שאין האיסור גם כן רבה על ההיתר אבל אם האיסור רבה על ההיתר אין תולין להקל: » (שו״ע יו״ד קי״א:ב)

סעיף ג׳. « היה האיסור של תורה אין תולין להקל לומר לתוך האיסור נפל עד שיהא ההיתר רבה על האיסור כדי שיתבטל בתוכו מדברי תורה: » (שו״ע יו״ד קי״א:ג)

סעיף ד׳. « היה ההיתר רבה על האיסור כדי שיתבטל בתוכו מד״ת תולין להקל כיצד שתי קדרות אחת של בשר שחוטה ואחת של נבילה ונפלה חתיכת נבילה לתוך אחת מהן אם ההיתר שבקדרת ההיתר רבה קצת על חתיכת הנבילה תולין להקל לפי שדבר תורה מין במינו בטל ברוב אלא שחכמים הצריכו ששים היו שתי הקדירות ממין אחד והאיסור ממין אחר אין תולין להקל עד שירבה ההיתר ששים על האיסור: » (שו״ע יו״ד קי״א:ד)

Traduction : ב׳ — tout ce qui précède, où l’on attribue dans le sens indulgent même sans que le permis domine l’interdit, ne vaut que si l’interdit, lui non plus, ne domine pas le permis ; mais si l’interdit domine le permis, on n’attribue pas dans le sens indulgent. ג׳ — si l’interdit était de la Torah, on n’attribue pas dans le sens indulgent en disant qu’il est tombé dans l’interdit, tant que le permis ne domine pas l’interdit assez pour l’annuler en son sein selon la Torah. ד׳ — si le permis domine l’interdit assez pour l’annuler selon la Torah, on attribue dans le sens indulgent. Comment ? Deux marmites, l’une de viande abattue rituellement et l’autre de nevéla, et un morceau de nevéla est tombé dans l’une d’elles : si le permis de la marmite de permis dépasse un peu le morceau de nevéla, on attribue dans le sens indulgent, car selon la Torah une espèce dans son espèce s’annule dans la majorité, et ce sont les Sages qui ont exigé soixante. Si les deux marmites étaient d’une même espèce et l’interdit d’une autre espèce, on n’attribue pas dans le sens indulgent tant que le permis ne dépasse pas l’interdit de soixante.

Les trois degrés de la condition :
La situationLa mesure requiseSource
Interdit rabbinique, l’interdit ne domine pas (séif ב׳) On attribue même sans majorité de permis (חד בחד) מחבר ס״א–ב׳
Interdit de la Torah (séif ג׳) Il faut une majorité de permis, de quoi l’annuler selon la Torah מחבר ס״ג · ש״ך ס״ק ח׳
מין במינו (séif ד׳) Une majorité, si faible soit-elle — car selon la Torah une espèce dans son espèce s’annule dans la majorité מחבר ס״ד · ט״ז ס״ק ג׳
אינו מינו (séif ד׳) Soixante מחבר ס״ד · ועיין סימן צ״ח
מין במינו et אינו מינו (ט״ז ס״ק ג׳) : le Taz explique que la même règle vaut lorsqu’il y a du mêlé et du non-mêlé : on retire par la pensée ce qui n’est pas de l’espèce, comme s’il n’y était pas, et l’espèce domine alors l’interdit et l’annule, ainsi qu’il est au siman 98 : « הוא הדין מין במינו ואינו מינו דאמרינן סליק שאינו מינו כאלו אינו ומינו רבה עליו ומבטלו כדאיתא סי׳ צ״ח » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ג׳) Et le Chakh dit la même chose sur le séif ג׳ : la majorité seule ne suffit que dans מין במינו. « כלומר במין במינו דוקא סגי ברוב לחוד כדבסמוך ס״ד » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ח׳)
Comment se figurer « l’interdit domine » ? (ט״ז ס״ק ב׳, ש״ך ס״ק ז׳) Le Taz demande : puisqu’on connaît la quantité de permis qui est dans la marmite et celle de l’interdit, qu’on regarde donc si le contenu de la marmite a grossi — on saurait alors avec certitude que l’interdit y est tombé ! « אין להקשות כיון שיודע שיעור ההיתר שבקדירה והאיסור א״כ נחזי אם נתרבה ההיתר שבקדירה מכמות שהיה בודאי שם נפל האיסור » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ב׳) Sa réponse : celui qui sait que l’interdit était le plus grand le tient d’autrui, et il ignore lui-même la quantité de permis qu’il y avait au départ. « י״ל שזה יודע בבירור שהיה באיסור יותר כגון ששמע מאחר דבר זה אבל הוא אינו יודע כמה הוא שיעור ההיתר בעצמו אם היה כ״כ הרבה כמו שיעור ההיתר עכשיו או אם פחות מזה עד שעם האיסור שנפל שם נעשה כ״כ הרבה » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ב׳) Et la דרישה se figure la chose autrement, dans du sec : deux morceaux, un grand et un petit, dont on sait au moins que le petit n’est pas l’interdit. « ובדרישה מפרש לה על ב׳ חתיכות ביבש דהיינו שיודע שיעור האיסור ולא שיעור ההיתר ועכשיו מוצא ב׳ חתיכות אחת גדולה ואחת קטנה וידוע לו שעכ״פ אין הקטנה של איסור ואין ידוע אם הגדולה היא של איסור ממילא יש בה רוב על ההיתר או גם הגדולה היא של היתר והאיסור נפל לקדירת איסור » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ב׳) Le Chakh pose la même difficulté sur le troisième cas — un morceau et deux marmites — et répond que la figure se rencontre lorsque l’interdit avait été retiré auparavant : « אין להקשות בחתיכה א׳ וב׳ קדירות היכי משכחת לה שיהא האיסור מרובה על ההיתר דאי ידעינן שהאיסור הוא רוב נבדוק בקדרה של היתר י״ל דמשכחת לה שפיר כשקדם וסלק האיסור קודם לכן » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ז׳)

5. Le morceau digne d’être servi, dans le doute — la קולא du Taz

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La question : un morceau digne d’être servi à des hôtes est une chose importante, et il ne s’annule pas, fût-ce dans mille — c’est le siman 101. Ici même, dans le doute sur la marmite où il est tombé, ni l’annulation ni le תולין ne devraient servir : une chose importante est devant nous !
La réponse du Taz (ס״ק ה׳, au nom du ר״ן) — dans le doute on allège : le Taz écrit, sur les mots « jusqu’à ce que le permis dépasse de soixante » du séif ד׳, que la chose vise précisément un morceau digne d’être servi : les Sages n’ont pas fait valoir sa rigueur dans un doute. « זה מיירי בחתיכה הראוייה לכבד שמדרבנן לא מהני ס׳ מכל מקום כאן בספק הקילו כן הוא בר״ן סוף פרק הערל » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ה׳) Le Chakh dit la même chose au ס״ק ה׳, au nom de la פרישה : « אפי׳ אם החתיכות ראויות להתכבד דמה״ת גם היא בטילה אלא דרבנן אמרו שהחה״ל אינה בטלה ובספק כזה שהקדרה א׳ של נבלה לא אמרו » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ה׳)
Le yessod — l’importance face au doute :
La règle d’une chose qui ne s’annule pas — le morceau digne d’être servi, la בריה, la chose qui se compte — agit dans un mélange certain : puisque l’important est mêlé, il ne se dissout pas. Mais dans notre siman le doute ne porte pas sur l’annulation ; il porte sur la chute elle-même. C’est là que la règle ספק דרבנן לקולא l’emporte, et que l’important lui-même est jugé permis.

6. Deux marmites de permis — מאי חזית

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber (séif ה׳)

« היו כאן שתי קדרות של היתר ולפניהם שתי חתיכות אחת של היתר ואחת של איסור ונפלה אחת לתוך זו ואחת לתוך זו אסורות שתיהן אפילו באיסור דרבנן אם אין בשום אחת כדי לבטל האיסור אבל אם יש באחת מהן לבטל האיסור שתיהן מותרות: » (שו״ע יו״ד קי״א:ה)

Traduction : il y avait là deux marmites de permis, et devant elles deux morceaux, l’un de permis et l’autre d’interdit ; l’un est tombé dans celle-ci et l’autre dans celle-là — toutes deux sont interdites, même dans un interdit rabbinique, s’il n’y a dans aucune des deux de quoi annuler l’interdit ; mais s’il y a dans l’une d’elles de quoi annuler l’interdit, toutes deux sont permises.

Le yessod — מאי חזית :
Ici les deux marmites sont de permis, et un morceau interdit est tombé dans l’une d’elles. On voudrait attribuer et déclarer l’une permise ; mais c’est impossible, car en permettant l’une on interdit l’autre de ce qui lui était permis — et le Chakh pose la question dans les termes de la guemara : « מאי חזית דאסרת להאי דלמא איפכא » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״א) Toutes deux sont donc interdites : à la différence du séif א׳, il n’y a ici aucun côté d’interdit auquel rattacher la chute.
Même lorsque l’une est plus petite (ש״ך ס״ק י״א, contre l’או״ה) : l’או״ה tenait qu’on peut attribuer la chute à la petite marmite et permettre ainsi la grande. Le Chakh le refuse : de toute façon tu interdis l’une des deux de ce qui lui était permis, et מאי חזית. « אין בידינו להתיר הגדולה ולומר דהאיסור לתוך הקטנה נפל » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״א) Et lorsque l’une des deux contient de quoi annuler, la raison de la permission n’est pas un ממה נפשך mais, de nouveau, שאני אומר — le Chakh le dit au ס״ק י״ב : « שאני אומר האיסור נפל לתוך אותו שיש בה כדי לבטל » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״ב) Il en tire aussitôt la limite, et elle vaut pour tout le siman : « והיינו דוקא באיסור דרבנן אבל בדאורייתא לא אמרינן שאני אומר דהספק דאורייתא לחומרא » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״ב)

7. Chutes successives — connu et inconnu

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber et du Rama (séif ו׳)

« היו כאן שתי קדרות של היתר ונפל איסור לתוך אחת מהן וידוע לאיזו נפל וחזר ונפל איסור לתוך אחת מהן ואין ידוע לאיזו נפל אני אומר למקום איסור הראשון נפל גם השני אבל אם נפל איסור לתוך אחת מהן ואין ידוע לאיזו נפל ואחר כך נפל איסור לתוך אחת מהן וידוע לאיזו נפל שתיהן אסורות: » (שו״ע יו״ד קי״א:ו)

הגה. « ודוקא שאין ס׳ לבטל האיסור שנפל שם אבל אם היה ס׳ לבטל האיסור שנפל שם הוי כאילו לא נפל שם איסור כלל » (שו״ע יו״ד קי״א:ו — הגהת הרמ״א, ב״י בשם הרשב״א)

Traduction : il y avait là deux marmites de permis, un interdit est tombé dans l’une d’elles et l’on sait dans laquelle, puis un interdit est de nouveau tombé dans l’une d’elles sans qu’on sache dans laquelle — je dis : le second est tombé à l’endroit du premier interdit. Mais si un interdit est tombé dans l’une d’elles sans qu’on sache laquelle, et qu’ensuite un interdit est tombé dans l’une d’elles et qu’on sait laquelle — toutes deux sont interdites. Glose du Rama : et cela précisément lorsqu’il n’y a pas soixante pour annuler l’interdit qui y est tombé ; mais s’il y avait soixante pour l’annuler, c’est comme si aucun interdit n’y était tombé du tout (Beit Yossef au nom du Rachba).

Les deux figures :
L’ordreLe dinLa raison
Connu, puis inconnu La seconde marmite reste permise ; seule celle qui était déjà atteinte est interdite Je dis : le second est tombé à l’endroit du premier (מחבר ס״ו)
Inconnu, puis connu Toutes deux sont interdites Le premier avait déjà jeté le doute sur les deux (ש״ך ס״ק ט״ו)
La raison de la distinction (ש״ך ס״ק ט״ו) : lorsque la seconde chute est incertaine mais la première connue, une marmite est déjà interdite avec certitude, et l’on rattache la seconde chute à celle-là. Lorsque c’est l’inverse, le Chakh refuse le raisonnement symétrique : « ואין אומרים למקום שנפל האיסור האחרון נפל גם הראשון » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ט״ו)
Jusqu’où va cette permission ? (ש״ך ס״ק י״ד) Le ב״ח voulait étendre le séif même à un interdit de la Torah. Le Chakh s’en étonne, car la guemara du premier chapitre de פסחים est explicite : on ne dit pas שאני אומר dans un interdit de la Torah. « ואני תמה היאך אפשר לומר בדאורייתא » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״ד) Il finit par expliquer ce que le séif enseigne réellement — un interdit de la Torah dont le seuil seul est rabbinique — et conclut : « אבל באיסור דאורייתא ממש ודאי אין תולין להקל » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״ד)

8. Tout entre dans le doute — le cumul des marmites

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le texte du Mehaber et du Rama (séif ז׳)

« היו כאן שתי קדרות של היתר ונפל איסור לתוך אחת מהן ואין ידוע לאיזו נפל ואין באחת כדי לבטל האיסור ויש בשתיהן כדי לבטלו שתיהן מצטרפות לבטלו ולא עוד אלא אפי׳ אחת בבית וא׳ בעליה מצטרפות. והוא הדין אפילו למאה בד״א בששתיהן של אדם א׳ לפי שכל שהן של אדם אחד עתיד להתערב אבל אם הם של שני בני אדם אין מצטרפות: » (שו״ע יו״ד קי״א:ז)

הגה. « ויש מחמירים דאפי׳ באדם א׳ אין להקל ולצורך הפסד יש להתיר באדם א׳ ומיהו אין לאכלו אלא לאחר שיערבנו יחד דאז כבר נתבטל האיסור » (שו״ע יו״ד קי״א:ז — הגהת הרמ״א, בארוך כלל כ״ו בשם מהרי״ש)

Traduction : il y avait là deux marmites de permis, un interdit est tombé dans l’une d’elles sans qu’on sache laquelle, aucune d’elles ne contient de quoi annuler l’interdit mais les deux ensemble le contiennent — toutes deux se joignent pour l’annuler. Bien plus : même l’une à la maison et l’autre à l’étage, elles se joignent ; et il en va de même jusqu’à cent. En quel cas ? Lorsqu’elles appartiennent toutes deux à un seul homme, car tout ce qui est à un seul homme est destiné à se mêler ; mais si elles sont à deux hommes, elles ne se joignent pas. Glose du Rama : il y en a qui sont plus rigoureux et tiennent que, même chez un seul homme, on n’allège pas ; et en cas de perte il y a lieu de permettre chez un seul homme, mais il ne le mangera qu’après les avoir mêlées ensemble, car alors l’interdit est déjà annulé (au nom du Maharich, dans l’Issour vé-Hetter HaArokh, règle 26).

Le yessod — tout ce qui est entré dans le doute :
Puisque j’ignore dans quelle marmite l’interdit est tombé, les deux marmites sont prises ensemble dans le doute de l’interdit. Et le Chakh formule la règle en une ligne : « שכל שנכנס בספק מחמת איסור מצטרף לבטלו » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק ט״ז) Elles se joignent donc l’une à l’autre pour annuler l’interdit dans soixante, bien qu’aucune ne le puisse à elle seule — et jusqu’à cent, et même l’une à la maison et l’autre à l’étage, ainsi que le dit le séif.
La condition « un seul homme » — destiné à se mêler : tout le cumul tient à ce que les marmites soient destinées à se mêler : puisque tout est à un seul homme, elles finiront par venir au mélange, et l’on juge dès maintenant comme si elles l’étaient. Le Taz le dit en propres termes : « דכיון שעתידים להתערב חשבינן כאלו כבר נתערבו » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק י׳) Chez deux hommes, au contraire, elles ne sont pas destinées à se mêler, chacun gardant la sienne — et c’est là le nœud de la ma’hloket des Richonim que traite la section suivante.
La décision du Rama — יש מחמירין et le cas de perte (ט״ז ס״ק ט׳) : le Rama rapporte ceux qui sont plus rigoureux et n’allègent pas même chez un seul homme ; en cas de perte on permet chez un seul homme, mais il ne mangera qu’après avoir mêlé les marmites. Le Taz en donne la provenance : « בד״מ כ״כ בשם או״ה סוף כלל כ״ו בשם מהרי״ש » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ט׳)

9. Ma’hloket du רמב״ן et du רשב״א — deux personnes et le cumul

↩ Explication détaillée (niveau 1)

C’est l’une des ma’hlokot les plus serrées de tout le droit des mélanges, et le Chakh y revient du ס״ק י״ג au ס״ק כ׳.

La racine de la ma’hloket :
ChitaDeux personnes venant l’une après l’autreSource
הרמב״ן On permet à chacun et l’on attribue que l’interdit est tombé chez l’autre, même si aucune des deux ne contient de quoi annuler ש״ך ס״ק י״ג · ס״ק י״ט
הרשב״א Même chez deux hommes il n’y a de permission que par l’annulation ; sans cela, interdire l’un de ce qui lui était permis est un מאי חזית ש״ך ס״ק י״ג · ס״ק י״ט

Le Chakh expose d’abord la position du רמב״ן —

« דס״ל דבשל ב׳ בני אדם ובאו לישאל בזה אחר זה אפילו אין בשום אחד מהן לבטל אנו מתירין לכל א׳ וא׳ ותולין דבשל חבירו נפל » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״ג)

— et il tranche, dans ce même ס״ק, en renvoyant au ס״ק י״ט :

« העיקר כהרמב״ן » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״ג)

Au ס״ק י״ט il donne la preuve : c’est ainsi qu’il ressort du premier chapitre de פסחים (le cas des deux sentiers, où l’on est indulgent lorsque chacun interroge séparément) et de la fin du chapitre האשה שנתארמלה dans כתובות.

« דאפילו בשניהם של היתר תולין להקל באיסור דרבנן כשבאו זא״ז » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״ט)
La guemara des deux sentiers (פסחים י׳ ע״א) : c’est la michna que la guemara rapproche du tas de ‘hamets et des deux maisons fouillées : « שְׁנֵי שְׁבִילִין. דִּתְנַן: שְׁנֵי שְׁבִילִין, אֶחָד טָמֵא וְאֶחָד טָהוֹר, וְהָלַךְ בְּאֶחָד מֵהֶן וְעָשָׂה טְהָרוֹת » (פסחים י׳ ע״א) Et c’est là que se trouve la distinction entre celui qui interroge séparément et ceux qui interrogent ensemble : « אִם נִשְׁאֲלוּ זֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְזֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ — טְהוֹרִין. שְׁנֵיהֶן בְּבַת אַחַת — טְמֵאִין » (פסחים י׳ ע״א)
La ‘hakira — חתיכה נעשית נבילה contre le cumul (ש״ך ס״ק י״ז) : le ב״ח objecte : pour nous, qui tenons חתיכה נעשית נבילה dans tous les interdits, le morceau atteint devient lui-même interdit, et le cumul ne peut plus rien. « כתב הב״ח דהיינו דוקא למ״ד דלא אמרינן חנ״נ רק בבשר וחלב ולא בשאר איסורים אבל לדידן דקי״ל חנ״נ בכל האיסורים אין מועיל צירוף » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״ז)
La réponse du Chakh — « comme s’il était déjà mêlé » (ס״ק י״ז) : puisqu’on ignore où l’interdit est tombé, aucun morceau déterminé n’est devenu nevéla ; tout étant également dans le doute et destiné à se mêler, on regarde l’ensemble comme déjà mêlé — et le Chakh en apporte une preuve du מגיד משנה. « דלא אמרינן חנ״נ אלא היכא דידוע להיכן נפל אבל כאן דלא ידענו להיכן נפל א״כ כל שנכנס הכל לספק והוא עתיד להתערב רואין אותו כאלו הוא כבר מעורב » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק י״ז) Le Taz dit la même chose au ס״ק י׳, et il en tire expressément que le cumul vaut même sans mélange effectué : « שאף אם לא נתערבו כיון שמן התורה מותר ע״י ביטול ברוב רק מדרבנן צריך ס׳ וכיון שיש ספק לאיזה נפל ונכנסו שניהם בספק שניהם מצטרפים לבטל ומותר כל אחד בפני עצמו » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק י׳)
Le rejet de la distinction « une chute / deux chutes » (ט״ז ס״ק ו׳) : la פרישה, au nom du מהרש״ל, et le ב״ח voulaient distinguer entre le séif ה׳, où il y a deux chutes, et le séif ז׳, où il n’y en a qu’une : « ובפרישה כתב בשם רש״ל דהכא שאני שיש ב׳ נפילות אחד היתר ואחד איסור וזה גרע טפי מהא דלקמן שאין שם אלא נפילה אחת » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ו׳) Le Taz écarte cette distinction en s’appuyant sur la תוספתא des deux mortiers, que le רשב״א oppose lui-même au cas de deux chutes — preuve qu’à ses yeux les deux figures ne diffèrent pas : « היו לפניו שתי מדוכות אחת של חולין ואחת של תרומה ונתן מאחת מהן ואין ידוע מאיזה מהן נתן הריני אומר משל חולין נתן » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ו׳) Sa conclusion est nette : « אלא ודאי שאין חילוק זה כלל ועיקר לפי האמת » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ו׳)
« Destiné à se mêler » — deux espèces (ט״ז ס״ק ח׳) : le Taz restreint le cumul : lorsque les deux mets permis sont interdits l’un avec l’autre — l’un de viande, l’autre de fromage — ils ne se joignent pas. « דאם הב׳ מיני היתר אסורים בתערובות כגון הא׳ בשר והב׳ גבינה אין מצטרפין לבטלו » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ח׳) Et il ajoute, au nom du מהרש״ל, que la même chose vaut de deux mets qui ne sont simplement pas destinés à se mêler : « וכתב רש״ל דאם הם אינם עומדים להתערב כגון שהא׳ נתבשל במתיקות והב׳ בקיוהא אינם מצטרפים » (ט״ז יו״ד קי״א ס״ק ח׳)

Et pour la pratique — demande à ton Rav.

L’objection du רא״ה — le cumul seulement là où il n’y a pas de goût (ש״ך ס״ק כ׳) : le Chakh rapporte le רא״ה dans le בדק הבית : ces allègements n’ont été dits que dans un interdit rabbinique, ou dans un interdit de la Torah dont la mesure est rabbinique, ou dans du sec avec du sec, où il n’y a pas de goût. « לא נאמרו קולות הללו אלא באיסורי דרבנן או באיסור תורה ושיעורי דרבנן וכן יבש ביבש דלית בה טעמא » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק כ׳) Mais là où l’interdit donne du goût, ou est susceptible d’en donner, les marmites ne se joignent pas — et cela même dans un interdit rabbinique : « אבל היכא דאית בה טעמא ודאי כל היכא דיהיב טעמא או שראוי ליתן טעם כגון לח בלח במין במינו ואין ס׳ לא אמרינן ביה הני קולי אפילו באיסורי דרבנן » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק כ׳) C’est pourquoi le Chakh, commentant les mots « et en cas de perte » du Rama, conclut qu’il ne faut permettre qu’en cas de perte importante, précisément parce que le רא״ה conteste : « וכן נראה בדין דאין להתיר אלא במקו׳ הפ״מ דהא הרא״ה בבדק הבית… חולק על הרשב״א בזה » (ש״ך יו״ד קי״א ס״ק כ׳)
Le פתחי תשובה — le שמן רוקח et les trois marmites (פ״ת ס״ק ב׳) : le פתחי תשובה rapporte du שמן רוקח que l’on attribue même à une marmite qui n’est interdite que par doute, et il en donne la figure : « שהיו עומדים ג׳ קדרות של היתר ונפל איסור דרבנן לאחד מב׳ קדרות מהם ובקדרה שלישית עדיין לא היה שום ספק ואח״ז נפל איסור דרבנן לאחד מהקדרות ונולד לנו ספק בקדרה שלישית ועל אחד מהראשונות » (פתחי תשובה יו״ד קי״א ס״ק ב׳) Mais si le premier doute n’a été connu qu’après le second, la chose demande réflexion, et il n’allège qu’en cas de perte importante : « אך אם לא נודע הספק הראשון עד אחר שנולד השני יש להתיישב בדבר ובהפ״מ יש להקל » (פתחי תשובה יו״ד קי״א ס״ק ב׳)
Le פתחי תשובה — le שער המלך sur la ‘hazaka (פ״ת ס״ק א׳) : sur les mots « les morceaux » du séif א׳, le פתחי תשובה rapporte le שער המלך, qui se sépare du פרי חדש sur deux points et du Chakh sur un. Contre le פרי חדש, qui tenait que même des morceaux reconnaissables font un איתחזק איסורא, il donne raison au Chakh : « דמה שכתב הפר״ח דאף בשהחתיכות ניכרות בפ״ע מיקרי איתחזק איסורא בזה נראה עיקר כהש״ך » (פתחי תשובה יו״ד קי״א ס״ק א׳) Mais il allège plus que le Chakh : même lorsque les morceaux ne sont pas reconnaissables et qu’il y a donc איתחזק איסורא, il attribue dans le sens indulgent, parce que la marmite, elle, garde une ‘hazaka de permis. « דאפילו בשאין החתיכות ניכרות דאיתחזק איסורא תלינן לקולא » (פתחי תשובה יו״ד קי״א ס״ק א׳)

10. ‘Hakira et nafka mina pour la pratique

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ‘hakira d’ensemble du siman : quand attribue-t-on dans le sens indulgent, et quand les marmites se joignent-elles pour annuler ?
Nafka mina pour la pratique, telles que les posent le Mehaber et son appareil :
  1. Un interdit rabbinique tombé dans l’une de deux marmites, l’une de permis et l’autre d’interdit, sans qu’on sache laquelle : on attribue dans le sens indulgent (Mehaber séif א׳).
  2. Que l’interdit ne domine pas est une condition ; et dans un interdit de la Torah il faut une majorité de permis pour l’annuler selon la Torah (séifim ב׳–ג׳).
  3. מין במינו — une majorité quelconque ; אינו מינו — soixante (séif ד׳).
  4. Deux marmites de permis — מאי חזית, toutes deux interdites, sauf si l’une contient soixante (séif ה׳).
  5. Le cumul — deux marmites, fût-ce l’une à la maison et l’autre à l’étage, se joignent pour les soixante chez un seul homme ; et pour ceux qui sont rigoureux, il mêle d’abord (séif ז׳, ט״ז ס״ק י׳).
Et pour la pratique — demande à ton Rav.

11. Tableaux récapitulatifs

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Tableau — les figures du doute et leur din

La figure du doute Le résultat Source
Deux marmites (permis et interdit) + deux morceaux, interdit rabbinique Permis — on attribue l’interdit à l’interdit מחבר ס״א · ט״ז ס״ק א׳
Une marmite de permis + deux morceaux Permis — on attribue que c’est le permis qui est tombé מחבר ס״א · ש״ך ס״ק ד׳–ה׳
L’interdit domine le permis On n’attribue pas dans le sens indulgent מחבר ס״ב · ט״ז ס״ק ב׳
Interdit de la Torah, מין במינו On attribue dès qu’il y a une majorité quelconque מחבר ס״ג–ד׳ · ט״ז ס״ק ג׳
אינו מינו Soixante sont requis מחבר ס״ד · ועיין סימן צ״ח
Morceau digne d’être servi, dans le doute On allège — ספק דרבנן לקולא ט״ז ס״ק ה׳ · ש״ך ס״ק ה׳ · ר״ן
Deux marmites de permis מאי חזית → toutes deux interdites מחבר ס״ה · ש״ך ס״ק י״א
Chutes successives (connu puis inconnu) La seconde reste permise — le second est tombé là où le premier était tombé מחבר ס״ו · ש״ך ס״ק י״ד–ט״ו
Tout est entré dans le doute (un seul homme) Elles se joignent pour les soixante, même jusqu’à cent מחבר ס״ז · ש״ך ס״ק ט״ז–י״ז · ט״ז ס״ק י׳

Tableau — les ma’hlokot centrales du siman

SujetPremière chitaSeconde chita
Deux marmites face à une seule marmite רשב״א בתורת הבית — dans deux marmites il faut au moins חד בחד (ש״ך ס״ק ו׳) רא״ה בבדק הבית — permis même si l’interdit domine (ש״ך ס״ק ו׳)
Mesure rabbinique et שאני אומר ט״ז — plus léger que le doute de la Torah du siman 66 (ס״ק א׳) נמוקי יוסף — dans les interdits qui interdisent au plus infime on n’attribue pas (ש״ך ס״ק ג׳)
Deux personnes venant l’une après l’autre רמב״ן — on attribue et l’on permet à chacun ; et c’est l’essentiel de la halakha (ש״ך ס״ק י״ג, י״ט) רשב״א — sans annulation il n’y a pas de permission (ש״ך ס״ק י״ג, י״ט)
חתיכה נעשית נבילה face au cumul ב״ח — depuis que nous tenons חנ״נ partout, le cumul ne sert plus (ש״ך ס״ק י״ז) ש״ך et ט״ז — on regarde le tout comme déjà mêlé, et חנ״נ n’empêche pas (ש״ך ס״ק י״ז ; ט״ז ס״ק י׳)
Le cumul chez un seul homme מחבר — elles se joignent, même l’une à la maison et l’autre à l’étage (ס״ז) רמ״א — יש מחמירין ; et en cas de perte il mêle d’abord (ס״ז, ט״ז ס״ק ט׳)
Le cumul là où il y a du goût מחבר / רשב״א — elles se joignent רא״ה — non, lorsque l’interdit donne ou peut donner du goût (ש״ך ס״ק כ׳)
Des morceaux non reconnaissables ש״ך — il y a איתחזק איסורא et l’on n’allège pas (ס״ק ד׳) שער המלך — on attribue quand même, car la marmite a une ‘hazaka de permis (פ״ת ס״ק א׳)

Tableau — les sources de la sougya

Guemara : יבמות פ״ב ע״א — les deux paniers de ‘houlin et de teroumah, d’où sort שאני אומר · פסחים י׳ ע״א — les deux sentiers et le tas de ‘hamets, d’où sort l’indulgence lorsque chacun interroge séparément · et le Chakh renvoie encore à כתובות כ״ו (ס״ק י״ט).
Richonim nommés dans le siman : רמב״ן · רשב״א (תורת הבית הארוך והקצר) · ר״ן · רא״ה (בדק הבית) · נמוקי יוסף · רבינו שמשון · מגיד משנה · טור · בית יוסף
A’haronim nommés dans le siman : מרן המחבר · רמ״א · ש״ך · ט״ז · ב״ח · פרישה ודרישה · מהרש״ל · איסור והיתר הארוך · מהרי״ש · עטרת זהב · דרכי משה · פרי חדש · שער המלך · שמן רוקח · פתחי תשובה

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama
Talmid ‘hakham · cours de halakha et de ‘hassidout
Pilpoul et étude sur le din de תולין להקל et le cumul dans le doute · siman קי״א · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est écrit pour l’étude et l’approfondissement seulement. Pour toute décision pratique (לְמַעֲשֶׂה) — demande à ton Rav.

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