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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman ק״כ — Tevilat kelim (טבילת כלים) : l’immersion des ustensiles achetés à un non-Juif

Quels ustensiles, quelle eau, quelle bénédiction — pour découvrir et comprendre
יורה דעה · סימן ק״כ
דיני טבילת הכלים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 120 : les 16 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Un ustensile de repas acheté à un non-Juif ne devient utilisable qu’après une immersion au mikvé (טבילת כלים) — même neuf, même parfaitement propre. Reste à savoir quels ustensiles, quelles matières, quelle bénédiction, et ce que change le mode d’acquisition : achat, emprunt, location, gage, commande à un artisan.

Sujet : L’immersion des ustensiles acquis d’un non-Juif — matières, bénédiction, חציצה, modes d’acquisition
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״כ

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les 16 seifim, par groupes thématiques
2. Contexte : d’où vient la mitsva de טבילת כלים
3. Les concepts-clés : כלי סעודה, ארבעים סאה, חציצה, ידות, משכון…
4. Matières et bénédiction : le tableau récapitulatif
5. Le Taz et le Shach : deux entrées-clés
6. La glose du Rama (הגה) : la ligne du « sans bénédiction »
7. Cas pratiques modernes : magasin, location, appareils, oubli du vendredi
8. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les 16 seifim

Le Siman 120 traite d’un geste que tout foyer juif accomplit : immerger au mikvé la vaisselle achetée à un non-Juif. Le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) en déplie seize seifim, et l’on y distingue vite quatre questions différentes : quels ustensiles sont concernés et dans quelle eau (seifim 1-3) ; quelles matières et quels assemblages entraînent l’obligation (seifim 4-7) ; par quel mode d’acquisition elle naît — achat, emprunt, gage, commande (seifim 8-11) ; et comment la tevila s’exécute, avec ses rattrapages (seifim 12-16). Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute ses gloses (הגה), presque toujours dans le même sens : en cas de doute, on immerge — mais sans bénédiction.

Groupe A — L’obligation, sa forme et sa bénédiction (seifim 1-3)

Seif 1 — Quels ustensiles exigent la tevila, et dans quelle eau

הַקּוֹנֶה מֵהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים כְּלֵי סְעוּדָה שֶׁל מַתְּכוֹ׳ אוֹ שֶׁל זְכוּכִית אוֹ כֵּלִים הַמְצוּפִּים בַּאֲבָר מִבִּפְנִים אַף עַל פִּי שֶׁהֵם חֲדָשִׁים צָרִיךְ לְהַטְבִּילָם בְּמִקְוֶה אוֹ מַעְיָין שֶׁל אַרְבָּעִים סְאָה (טוּר בְּשֵׁם סה״מ ועב״י): הגה י״א דְּכֵלִים הַמְצוּפִּים בַּאֲבָר אֲפִילּוּ בִּפְנִים יִטְבּוֹל בְּלֹא בְּרָכָה (ב״י בְּשֵׁם סמ״ק וְאָרוֹךְ) וְכֵן נוֹהֲגִין:
Celui qui achète à un non-Juif des ustensiles de repas (כלי סעודה) en métal ou en verre, ou des ustensiles étamés à l'intérieur (מצופים באבר)même s'ils sont neufs — doit les immerger dans un mikvé ou une source de quarante séas. Glose du Rama : certains disent que les ustensiles étamés, même à l'intérieur, s'immergent sans bénédiction ; et tel est l'usage.
Le point de départ : la tevila n'est pas une opération de propreté ni de cachérisation. L'ustensile peut être neuf, jamais utilisé — il faut quand même l'immerger. Ce qui change, c'est son statut : il quitte la possession du non-Juif pour entrer dans celle d'Israël. Deux limites apparaissent tout de suite : le type d'ustensile (les ustensiles de repas), et la matière (métal, verre, revêtement d'étain).

Seif 2 — Tenir l'ustensile sans le serrer : la crainte de la חציצה

צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא הַכְּלִי רָפוּי בְּיָדוֹ בִּשְׁעַת טְבִילָה שֶׁאִם מְהַדְּקוֹ בְּיָדוֹ הָוֵי חֲצִיצָה וְאִם לִחְלֵחַ יָדוֹ בְּמַיִם תְּחִילָּה אֵין לָחוּשׁ. (וְדַוְקָא שֶׁלִּחְלֵחַ יָדָיו בְּמֵי מִקְוֶה אֲבָל לֹא בְּמַיִם תְּלוּשִׁים) (מַשְׁמַע מִמָּרְדְּכַי פֶּרֶק הַשּׂוֹכֵר):
Il faut que l'ustensile soit tenu lâche dans la main (רפוי בידו) au moment de la tevila : si on le serre, la main fait חציצה (interposition). Mais si l'on a d'abord humecté sa main d'eau, il n'y a rien à craindre. Glose du Rama : à condition d'avoir humecté ses mains de l'eau du mikvé — et non d'une eau détachée (מים תלושים).
Ce que révèle ce seif : la tevila des ustensiles obéit aux règles ordinaires du mikvé — dont la חציצה. Une main crispée sur le manche est une interposition, exactement comme la saleté sous un ongle. La solution est élégante : une main déjà mouillée de l'eau du mikvé ne sépare plus, car l'eau de la main et l'eau du bassin sont une même eau.

Seif 3 — Le texte de la bénédiction : כלי ou כלים

יְבָרֵךְ עַל טְבִילַת כְּלִי וְאִם הֵם שְׁנַיִם אוֹ יוֹתֵר מְבָרֵךְ עַל טְבִילַת כֵּלִים:
On récite la bénédiction עַל טְבִילַת כְּלִי (« sur l'immersion d'un ustensile ») ; et s'il y en a deux ou plus, on dit עַל טְבִילַת כֵּלִים (au pluriel).
Une précision de nusa'h : le Choul'han Aroukh fixe la formule au singulier ou au pluriel selon le nombre d'ustensiles. C'est le genre de détail qui fait toute la différence en pratique : on ne récite pas une bénédiction « générique », on la fait correspondre à l'acte accompli.

Groupe B — Quels ustensiles sont astreints, lesquels sont exemptés (seifim 4-7)

Seif 4 — Trépieds et plaques : ce qui porte la marmite, ce qui porte l'aliment

טריפיד״ש שֶׁשּׁוֹפְתִים עֲלֵיהֶם קְדֵירוֹת אֵינָם טְעוּנוֹת טְבִילָה אֲבָל פדיליא״ש טְעוּנוֹת טְבִילָה מִפְּנֵי שֶׁנּוֹתְנִים עֲלֵיהֶם הַמַּאֲכָל עַצְמוֹ:
Les trépieds (טריפיד״ש) sur lesquels on pose les marmites ne requièrent pas la tevila ; mais les plaques à cuire (פדיליא״ש) la requièrent, parce qu'on y dépose l'aliment lui-même.
Le critère qui se dégage : ce qui décide, ce n'est pas le métal, mais l'usage. Un trépied ne touche jamais la nourriture : il porte la marmite. Une plaque à cuire, elle, reçoit l'aliment lui-même. Retenir cette ligne de partage : l'ustensile est-il en contact avec la nourriture ?

Seif 5 — Le couteau de che'hita et les ustensiles d'une étape intermédiaire

סַכִּין שֶׁל שְׁחִיטָה (אוֹ סַכִּין שֶׁמַּפְשִׁיטִין בּוֹ) (אָרוֹךְ) יֵשׁ מִי שֶׁאוֹמֵר שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ טְבִילָה: הגה וְיֵשׁ חוֹלְקִין (תשב״ץ) וְטוֹב לְטוֹבְלוֹ בְּלֹא בְּרָכָה הַבַּרְזֶלִים שֶׁמְּתַקְּנִים בָּהֶם הַמַּצּוֹת אֵינָם צְרִיכִים טְבִילָה (אָרוֹךְ) וְכֵן כִּיסּוּי שֶׁכּוֹפִין עַל הַפַּת לֶאֱפוֹתוֹ אֲבָל כִּיסּוּי קְדֵירָה צָרִיךְ טְבִילָה (הַגָּהוֹת אשיר״י):
Le couteau de che'hitaet de même le couteau d'écorchage — : il est un avis (יש מי שאומר) selon lequel il n'exige pas de tevila. Glose du Rama : d'autres contestent ; il est bon de l'immerger sans bénédiction. Les fers à façonner les matsot n'exigent pas de tevila, ni le couvercle qu'on rabat sur le pain pour le cuire ; en revanche, un couvercle de marmite exige la tevila.
La logique du Mehaber : le couteau de che'hita intervient avant que l'aliment soit un aliment — la bête abattue devra encore être salée et cuite. Ce n'est donc pas un « ustensile de repas ». Le Rama, prudent, préfère l'immerger sans bénédiction — la solution classique du doute : on accomplit l'acte, on s'abstient de la bénédiction.

Seif 6 — Un ustensile de bois cerclé de fer

כְּלִי עֵץ שֶׁיֵּשׁ לוֹ חִשּׁוּקִים שֶׁל בַּרְזֶל מִבַּחוּץ שֶׁמַּעֲמִידִים אוֹתוֹ אֵינוֹ טָעוּן טְבִילָה:
Un ustensile de bois muni de cercles de fer à l'extérieur qui le maintiennent n'exige pas la tevila.
Le principe du מעמיד : le fer qui maintient l'ustensile ne le transforme pas en ustensile de métal, dès lors qu'il est à l'extérieur et que l'usage ne passe pas par lui. On regarde par où passe l'usage, pas ce qui tient l'ensemble debout.

Seif 7 — Métal et bois combinés : où est l'essentiel de l'ustensile ?

כּוֹס שֶׁל כֶּסֶף מְחוּבָּר בִּכְלִי עֵץ צָרִיךְ טְבִילָה: הגה וְכֵן רֵחַיִים שֶׁל פִּלְפְּלִין שֶׁבְּתוֹךְ הָעֵץ יֵשׁ בַּרְזֶל קָבוּעַ שֶׁטּוֹחֲנִין בּוֹ צָרִיךְ טְבִילָה (מָרְדְּכַי) וְכֵן הַמַּשְׁפֵּכוֹת שֶׁל בַּרְזֶל אוֹ הַבַּרְזוֹת שֶׁל בַּרְזֶל וּשְׁאָר מַתָּכוֹת כּוּלָּן צְרִיכִים טְבִילָה (אָרוֹךְ) וְדַוְקָא שֶׁעִיקַּר הַכְּלִי הוּא שֶׁל מַתָּכוֹת אֲבָל אִם עִיקַּר הַכְּלִי הוּא שֶׁל עֵץ רַק שֶׁמְּעַט בַּרְזֶל קָבוּעַ בּוֹ הוֹאִיל וְאֶפְשָׁר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ בְּלֹא הַבַּרְזֶל אֵין צָרִיךְ טְבִילָה אֲבָל כְּלִי הַמְתוּקָּן בִּיתֵדוֹת שֶׁל בַּרְזֶל וּבְלֹא הַיְתֵדוֹת לֹא הָיָה אֶפְשָׁר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ וְהֵם מִבִּפְנִים צָרִיךְ טְבִילָה (כָּךְ מַשְׁמַע מב״י בְּשֵׁם הַגָּהוֹת מיימוני פי״ז):
Une coupe d'argent enchâssée dans un support de bois exige la tevila. Glose du Rama : de même un moulin à poivre dont la pièce de fer fixée dans le bois fait la mouture ; de même les entonnoirs et les robinets de fer ou d'autre métal. Mais uniquement lorsque l'essentiel de l'ustensile est en métal : si l'essentiel est en bois et qu'un peu de fer y est fixé, dès lors qu'on peut s'en servir sans ce fer, pas de tevila. En revanche, un ustensile tenu par des chevilles de fer sans lesquelles il serait inutilisable, et qui sont à l'intérieur, exige la tevila.
Le seif le plus riche du siman : il donne la règle générale des ustensiles mixtes. Deux questions à poser : (1) où est l'essentiel de l'ustensile — métal ou bois ? (2) peut-on s'en servir sans la pièce de métal ? Si le métal est indispensable et se trouve à l'intérieur, l'ustensile est traité comme un ustensile de métal.

Groupe C — Le mode d’acquisition : achat, emprunt, gage, fabrication (seifim 8-11)

Seif 8 — Emprunter ou louer : pas d'acquisition, pas de tevila

הַשּׁוֹאֵל אוֹ שׂוֹכֵר כְּלִי מֵהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֵינוֹ טָעוּן טְבִילָה אֲבָל אִם יִשְׂרָאֵל קְנָאוֹ מֵהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְהִשְׁאִילוֹ לַחֲבֵירוֹ טָעוּן טְבִילָה שֶׁכְּבָר נִתְחַיֵּיב בְּיַד הָרִאשׁוֹן וְיֵשׁ מִי שֶׁאוֹמֵר שֶׁאִם לֹא לְקָחוֹ הָרִאשׁוֹן לְצוֹרֶךְ סְעוּדָה אֶלָּא לַחְתּוֹךְ קְלָפִים וְכַיּוֹצֵא בּוֹ אֵין צָרִיךְ לְהַטְבִּילוֹ: הגה אֲבָל הָרִאשׁוֹן אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ לְצָרְכֵי סְעוּדָה אֲפִילּוּ דֶּרֶךְ עֲרַאי בְּלֹא טְבִילָה אַף עַל פִּי שֶׁלְּקָחוֹ לְצוֹרֶךְ קְלָפִים (ד״ע ואו״ה) וְכֵן אִם קְנָאוֹ יִשְׂרָאֵל הַשֵּׁנִי מִן הָרִאשׁוֹן לְצוֹרֶךְ סְעוּדָה צָרִיךְ טְבִילָה גַּבֵּי הַשֵּׁנִי (בֵּית יוֹסֵף):
Celui qui emprunte ou loue un ustensile à un non-Juif n'a pas à l'immerger. Mais si un Juif l'a acheté puis prêté à son prochain, il exige la tevila — car l'obligation est déjà née entre les mains du premier. Un avis ajoute : si le premier ne l'a pas acquis pour un usage de repas, mais pour couper des parchemins ou usage semblable, il n'a pas à l'immerger. Glose du Rama : mais ce premier n'a pas le droit de s'en servir pour un repas, fût-ce occasionnellement (דרך עראי), sans tevila ; et si un second Juif le lui achète pour un repas, ce second doit l'immerger.
Le pivot de tout le siman : l'obligation naît de l'acquisition, pas de l'usage. Emprunter ou louer ne fait rien acquérir → pas de tevila. Et une fois l'obligation née chez le premier acquéreur, elle ne s'efface pas quand l'ustensile passe entre d'autres mains juives. La discussion sur les « parchemins » teste la même idée : un achat qui ne vise pas la table crée-t-il l'obligation ?

Seif 9 — Le gage (משכון) : tout dépend de l'intention du prêteur

מִשְׁכֵּן עוֹבֵד כּוֹכָבִים כְּלִי לְיִשְׂרָאֵל אִם נִרְאֶה בְּדַעַת הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁרוֹצֶה לְשַׁקְּעוֹ בְּיָדוֹ טָעוּן טְבִילָה וְאִם לָאו יַטְבִּילֶנּוּ בְּלֹא בְּרָכָה אוֹ יִקְנֶה כְּלִי אַחֵר וְיַטְבִּילֶנּוּ עִמּוֹ: (וְאִם לַבַּסּוֹף נִשְׁתַּקַּע בְּיָדוֹ יַחֲזוֹר וְיַטְבִּילֶנּוּ בְּלֹא בְּרָכָה) (בֵּית יוֹסֵף בְּשֵׁם תְּשׁוּבָה אַשְׁכְּנַזִית וְאָגוּר וְהוּא בִּתְשׁוּבַת מהרי״ל סִימָן ס׳):
Un non-Juif a donné un ustensile en gage (משכן) à un Juif : si l'on voit dans son intention qu'il veut le laisser définitivement (לשקעו) entre ses mainstevila requise. Sinon → on l'immerge sans bénédiction, ou bien l'on achète un autre ustensile et on l'immerge avec lui. Glose du Rama : et si en fin de compte il reste définitivement entre ses mains, on le réimmerge, sans bénédiction.
Une halakha d'intention : le gage est un statut ambigu — l'objet est chez le Juif, mais il n'est pas à lui. Tout se joue sur ce que veut le prêteur. D'où la double sortie : tevila sans bénédiction, ou immersion conjointe avec un ustensile clairement obligé, sur lequel la bénédiction, elle, est due. C'est un outil qu'on retrouvera partout dans le siman.

Seif 10 — Le Juif fournit le métal, l'artisan non-juif façonne

יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּתַן כֶּסֶף לְאוּמָּן עוֹבֵד כּוֹכָבִים לַעֲשׂוֹת לוֹ מִמֶּנּוּ כְּלִי אֵינוֹ צָרִיךְ טְבִילָה (כֵּן מַשְׁמַע מִמָּרְדְּכַי): הגה וְיֵשׁ חוֹלְקִין (טוּר בְּשֵׁם ריצב״א) וְיֵשׁ לְטוֹבְלוֹ בְּלֹא בְּרָכָה וְאִם מִקְצָת הַכֶּסֶף שֶׁנַּעֲשָׂה מִמֶּנּוּ הַכְּלִי שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים צָרִיךְ טְבִילָה (מַשְׁמַע מִמָּרְדְּכַי) וְכֵן אוּמָּן יִשְׂרָאֵל שֶׁעָשָׂה כְּלִי לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּקְנָאוֹ מִמֶּנּוּ יַטְבִּילֶנּוּ גַּם כֵּן בְּלֹא בְּרָכָה אִם הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים נָתַן כָּל הַמַּתָּכוֹת (אָרוֹךְ) אֲבָל אִם עֲשָׂאוֹ לְעַצְמוֹ רַק שֶׁקָּנָה הַמַּתָּכוֹת מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים אוֹ שֶׁנָּתַן מִקְצָת מַתָּכוֹת מִשֶּׁלּוֹ אֵין צָרִיךְ טְבִילָה (ב״י בְּשֵׁם הַגָּהוֹת אשיר״י):
Un Juif qui a remis son propre argent-métal à un artisan non-juif pour qu'il lui en fasse un ustensile → pas de tevila. Glose du Rama : d'autres contestent ; il y a lieu de l'immerger sans bénédiction. Si une partie du métal appartenait au non-Juiftevila requise. De même un artisan juif qui a fabriqué un ustensile pour un non-Juif puis le lui a racheté : il l'immerge sans bénédiction, si tout le métal venait du non-Juif. Mais s'il l'a fait pour lui-même, ayant seulement acheté le métal au non-Juif, ou s'il a fourni une partie du métalpas de tevila.
La question de fond : qu'est-ce qui « appartient » au non-Juif dans l'ustensile — la matière ou la façon ? Le Mehaber répond : la matière ; l'artisan n'a rien acquis, donc pas de tevila. Le Rama rapporte l'avis inverse (l'artisan acquiert par sa façon) et tranche par le compromis habituel : immerger sans bénédiction.

Seif 11 — Vendre puis racheter ; le vol et la confiscation

יִשְׂרָאֵל שֶׁמָּכַר כְּלִי לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְחָזַר וּלְקָחוֹ מִמֶּנּוּ צָרִיךְ טְבִילָה אֲבָל אִם מִשְׁכְּנוֹ בְּיָדוֹ וְחָזַר וּפְדָאוֹ מִמֶּנּוּ אֵינוֹ צָרִיךְ טְבִילָה: הגה יִשְׂרָאֵל וְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁקְּנָאוֹ כְּלִי בְּשׁוּתָּפוּת אֵין צָרִיךְ טְבִילָה יִשְׂרָאֵל שֶׁגְּנָבוֹ אוֹ גְּזָלוֹ מִמֶּנּוּ כֵּלָיו וְהוּחְזְרוּ לוֹ אֵין צָרִיךְ טְבִילָה אֲבָל שַׂר אוֹ מוֹשֵׁל שֶׁאָנְסוּ יִשְׂרָאֵל וְלָקְחוּ כֵּלָיו וְהוּחְזְרוּ לוֹ צְרִיכִין טְבִילָה דִּכְבָר נִשְׁתַּקְּעוּ בְּיַד הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים (אָרוֹךְ):
Un Juif qui a vendu un ustensile à un non-Juif puis le lui a rachetétevila requise. Mais s'il le lui avait seulement donné en gage et l'a ensuite dégagépas de tevila. Glose du Rama : un ustensile acheté en association (בשותפות) par un Juif et un non-Juif → pas de tevila. Des ustensiles volés ou dérobés à un Juif et qui lui sont rendus → pas de tevila ; mais si un seigneur ou un gouverneur les a pris de force et qu'ils lui sont rendus → tevila requise, car ils étaient déjà passés définitivement (נשתקעו) aux mains du non-Juif.
Deux régimes du transfert : une vente fait sortir l'ustensile du domaine d'Israël — le racheter, c'est l'acquérir d'un non-Juif. Un gage, non : il reste juif, on le dégage. Le Rama applique la même mesure au vol : un voleur ne peut pas afficher son butin, l'ustensile ne « porte pas son nom » ; un dirigeant qui confisque, si.

Groupe D — L’exécution de la tevila et les rattrapages (seifim 12-16)

Seif 12 — Les manches et les poignées (ידות)

צָרִיךְ לְהַטְבִּיל יְדֵי הַכְּלִי:
Il faut immerger aussi les manches et poignées de l'ustensile (ידי הכלי).
Un seif de deux mots, mais décisif : l'ustensile s'immerge en entier. Les manches, les poignées, les parties qu'on tient sont dans l'ustensile, pas à côté. C'est aussi la raison pratique du seif 2 : il faut que l'eau atteigne tout, y compris ce que la main recouvre.

Seif 13 — La rouille : quand fait-elle חציצה ?

צָרִיךְ לְהַעֲבִיר הֶחֲלוּדָה קוֹדֶם טְבִילָה וְאִם לֹא הֶעֱבִיר אִם מַקְפִּיד עָלָיו חוֹצֵץ וְאִם שִׁפְשֵׁף וְנָתַן בְּגֶחָלִים וְנִשְׁאַר עֲדַיִין מְעַט שֶׁל חֲלוּדָה שֶׁלֹּא יָכוֹל לַעֲבוֹר עַל יְדֵי כָּךְ הָוֵי מִיעוּטוֹ שֶׁאֵינוֹ מַקְפִּיד עָלָיו וְאֵינוֹ חוֹצֵץ (וע״ל סִימָן ר״ב מִדִּין חֲצִיצָה):
Il faut ôter la rouille avant la tevila. Si on ne l'a pas ôtée : si l'on y est regardant (מקפיד), elle fait חציצה. Mais si l'on a frotté et passé aux braises et qu'il reste encore un peu de rouille impossible à enlever ainsi, c'est un « petit reste dont on n'est pas regardant » (מיעוטו שאינו מקפיד) : cela ne fait pas חציצה. (Le Mehaber renvoie lui-même aux lois de la חציצה plus loin.)
La règle générale de la חציצה, en miniature : ce n'est pas la matière étrangère qui bloque, c'est le regard qu'on porte sur elle. Ce qui gêne (מקפיד) fait interposition ; ce qu'on tolère, sur une petite partie, ne fait rien. D'où le geste concret : on nettoie d'abord, et on ne se préoccupe que du résidu qui résiste.

Seif 14 — Un mineur n'est pas cru sur la tevila

אֵין מַאֲמִינִים קָטָן עַל טְבִילַת כֵּלִים. (אֲבָל אִם טָבְלוּ לִפְנֵי גָּדוֹל הָוֵי טְבִילָה) (ת״ה סִימָן רנ״ז):
On ne croit pas un mineur (קטן) quand il affirme avoir immergé les ustensiles. Glose du Rama : mais s'il les a immergés devant un adulte, la tevila est valide.
Une question de נאמנות : l'immersion est un fait qu'on ne peut pas vérifier après coup — un ustensile immergé ne se distingue pas d'un ustensile sec. Le témoignage compte donc, et un mineur n'est pas un témoin. Mais le Rama sépare bien les deux plans : faire la tevila et attester qu'on l'a faite.

Seif 15 — Une tevila accomplie par un non-Juif

אִם הִטְבִּיל כֵּלִים עַל יְדֵי עוֹבֵד כּוֹכָבִים עָלְתָה לָהֶם טְבִילָה. (אֲבָל אֵינוֹ נֶאֱמָן עַל הַטְּבִילָה) (ד״ע):
Si l'on a fait immerger les ustensiles par un non-Juif, la tevila leur est acquise. Glose du Rama : mais il n'est pas cru pour affirmer qu'il l'a faite.
La même distinction, appliquée au non-Juif : son acte vaut — la tevila est valide — mais sa parole ne vaut pas. Rapprocher les seifim 14 et 15 : dans les deux cas, l'obstacle n'est pas la capacité d'agir, c'est la fiabilité du récit.

Seif 16 — On a oublié avant Chabbat : le don au non-Juif

אִם שָׁכַח וְלֹא הִטְבִּיל כְּלִי מֵעֶרֶב שַׁבָּת אוֹ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב יִתְּנֶנּוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּמַתָּנָה וְאַחַר כָּךְ יִשְׁאָלֶנּוּ מִמֶּנּוּ וּמוּתָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ: הגה וְכֵן יַעֲשֶׂה אֲפִילּוּ בְּחוֹל בְּמָקוֹם שֶׁאֵין לוֹ מִקְוֶה (ב״י) וְאִם עָבַר וְהִשְׁתַּמֵּשׁ בַּכְּלִי בְּלֹא טְבִילָה לֹא נֶאֱסַר מַה שֶּׁנִּשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ וְיַטְבְּלֶנּוּ עוֹד: (טוּר וְהַפּוֹסְקִים):
Si l'on a oublié d'immerger un ustensile avant Chabbat ou avant un yom tov : on le donne en présent à un non-Juif, puis on le lui emprunte — et il est permis de s'en servir. Glose du Rama : on procède de même en semaine, là où l'on n'a pas de mikvé. Et si l'on a transgressé et utilisé l'ustensile sans tevila, ce qui a été préparé n'est pas interdit — et l'on immergera l'ustensile ensuite.
La sortie de secours : on ne peut pas immerger un ustensile Chabbat, et un ustensile non immergé ne s'utilise pas. Le Choul'han Aroukh propose alors de changer le statut de propriété : l'ustensile appartient au non-Juif, on ne fait que l'emprunter — et un emprunt n'exige pas de tevila (seif 8). Le Rama ajoute la nouvelle rassurante : l'usage fautif n'interdit pas la nourriture.

2. Contexte — d’où vient la mitsva de טבילת כלים

Le point de départ est un verset du livre de Bamidbar, au retour de la guerre de Midian. On rapporte au camp un butin d’ustensiles de métal ; Eléazar le Cohen enseigne comment les rendre utilisables :

כָּל דָּבָר אֲשֶׁר יָבֹא בָאֵשׁ תַּעֲבִירוּ בָאֵשׁ וְטָהֵר

— במדבר ל״א:כ״ג

Deux gestes distincts apparaissent dans ce verset : passer par le feu (ce sera la hag‘ala et le libboun, objet du Siman 121) et un « et il sera pur » (וְטָהֵר) qui vient après. C’est ce mot supplémentaire que les Sages ont lu comme l’obligation de tevila. Le Rambam le formule en toutes lettres : cette immersion, dit-il, n’a rien à voir avec la toum’a rituelle, et le verset n’en est qu’un rémez — l’obligation elle-même est mi-divré sofrim (Rambam, Hilkhot Ma’akhalot Assourot, chapitre 17, halakha 5). D’autres Richonim, eux, la tiennent pour une obligation de la Torah ; le Taz écrit sans détour :

לפי שטבילת כלים דאורייתא

— ט״ז יו״ד ק״כ ס״ק ט״ז

Les grandes questions du siman

  1. Qu’est-ce qu’on immerge ? Pas tout ustensile : seulement les ustensiles de repas (כלי סעודה), et seulement dans certaines matières.
  2. Pourquoi, si l’ustensile est neuf ? Parce que la tevila ne retire aucune saleté ni aucun goût : elle marque un changement de domaine.
  3. Quand naît l’obligation ? À l’acquisition — d’où toute la série des seifim 8 à 11 sur l’emprunt, la location, le gage, la commande à un artisan.
  4. Que faire dans le doute ? La réponse constante du Rama : immerger sans bénédiction, ou immerger l’ustensile douteux avec un ustensile certainement obligé.
La tevila des ustensiles ne se confond ni avec le nettoyage, ni avec la cachérisation (הכשר כלים, objet du Siman 121). Un ustensile ayant servi à du non-cacher chaud aura besoin des deux : d’abord la cachérisation, ensuite la tevila. Un ustensile neuf sorti d’usine n’aura besoin que de la tevila.

3. Les concepts-clés de ce siman

כְּלֵי סְעוּדָה — les ustensiles de repas. Seuls les ustensiles au service de la table sont concernés. Le Rambam le dit déjà : lo ḥiyevou bi-tvila zo ela klei matakhot shel se‘ouda (Hilkhot Ma’akhalot Assourot 17:6). D’où le sort du trépied (seif 4) et du couteau de che‘hita (seif 5) : ils servent autour du repas, pas au repas.
מַתָּכוֹת וּזְכוּכִית — métal et verre. Le métal est explicite dans le verset. Le verre lui est assimilé, explique le Taz, parce qu’il est réparable par refonte (ט״ז יו״ד ק״כ ס״ק א) : cassé, il peut redevenir ce qu’il était — comme un métal. Bois, pierre et terre cuite nue, eux, sont exemptés.
מְצוּפִּים בַּאֲבָר — le revêtement d’étain. Un ustensile de terre cuite revêtu d’étain à l’intérieur est traité comme du métal, car c’est le métal qui touche l’aliment. Le Mehaber l’oblige donc à la tevila ; le Rama rapporte l’avis selon lequel le revêtement n’est là que pour l’apparence, et conclut : on immerge sans bénédiction, et tel est l’usage.
אַרְבָּעִים סְאָה — les quarante séas. La tevila se fait dans un mikvé ou une source contenant la mesure ordinaire de quarante séas. Autrement dit : ce n’est pas un rinçage, c’est une véritable immersion, soumise aux lois des mikvaot.
חֲצִיצָה — l’interposition. Tout ce qui s’intercale entre l’eau et l’ustensile invalide la tevila. Deux applications ici : la main serrée (seif 2) et la rouille (seif 13). Le critère décisif est celui de la הקפדה — le fait d’être ou non regardant sur ce résidu.
יְדוֹת הַכְּלִי — les manches et poignées. Ils font partie de l’ustensile et doivent être immergés eux aussi (seif 12). C’est aussi ce qui explique la difficulté du seif 2 : la main qui tient recouvre précisément une partie qui doit être atteinte par l’eau.
עִיקַּר הַכְּלִי / מַעֲמִיד — l’essentiel et le support. Pour un ustensile mixte, on ne demande pas de quoi il est fait, mais où passe l’usage. Un cerclage de fer extérieur ne fait que maintenir (מעמיד) : il n’oblige pas (seif 6). Une pièce de métal intérieure, indispensable à l’usage, oblige (seif 7).
נִשְׁתַּקַּע בְּיַד הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים — « il est resté définitivement chez lui ». C’est le critère qui départage le gage, la vente et le vol (seifim 9 et 11). Tant que le non-Juif ne possède pas vraiment l’ustensile — un voleur qui doit se cacher, un créancier qui attend son remboursement — l’ustensile ne « porte pas son nom », et l’obligation ne naît pas.
טְבִילָה בְּלֹא בְּרָכָה — immerger sans bénédiction. Outil de résolution des doutes qui traverse tout le siman : on accomplit l’acte, dont l’omission serait grave, et l’on s’abstient de la bénédiction, dont la récitation en vain le serait aussi. Variante employée au seif 9 : immerger l’ustensile douteux en même temps qu’un ustensile certainement obligé, sur lequel la bénédiction est due.

4. Matières et bénédiction — le tableau récapitulatif

Le siman ne répond jamais par « oui / non » seulement : il répond sur deux colonnes, faut-il immerger ? et récite-t-on la bénédiction ? Voici ce que donnent les seifim 1 à 7 et 10.

הכליUstensileTevila ?Bénédiction ?Seif
מתכותMétalOuiOui1
זכוכיתVerreOuiOui1
מצופים באבר מבפניםÉtamé à l’intérieurOuiMehaber : oui · Rama : sans bénédiction, וכן נוהגין1
עץ · אבן · חרסBois, pierre, terre cuite nueNon1 a contrario
טריפיד״שTrépied portant la marmiteNon4
פדיליא״שPlaque recevant l’alimentOuiOui4
סכין של שחיטהCouteau de che‘hitaMehaber : nonRama : oui, sans bénédiction5
כיסוי קדירהCouvercle de marmiteOuiOui5 (Rama)
כלי עץ עם חשוקי ברזל מבחוץBois cerclé de fer à l’extérieurNon6
כוס כסף מחובר בכלי עץCoupe d’argent sur support de boisOuiOui7
עיקרו עץ ומעט ברזלEssentiellement bois, un peu de ferNon7 (Rama)
יתדות ברזל מבפניםChevilles de fer intérieures, indispensablesOuiOui7 (Rama)
כלי שאול או שכורEmprunté ou loué à un non-JuifNon8
משכון · דעתו לשקעוGage que le non-Juif compte abandonnerOuiOui9
משכון · ספקGage à l’intention incertaineOuiSans bénédiction, ou avec un autre ustensile9
כסף ישראל ביד אומן עובד כוכביםMétal du Juif façonné par un artisan non-juifMehaber : nonRama : oui, sans bénédiction10
Lue de haut en bas, la colonne « bénédiction » raconte à elle seule l’histoire du siman : chaque fois qu’une ma‘hloket subsiste, la bénédiction tombe et l’immersion demeure. C’est la signature du Rama dans ce chapitre.

5. Le Taz et le Shach — deux entrées-clés

Les deux grands commentaires imprimés autour du Choul’han Aroukh de Yoré Déa sont le Taz (Turé Zahav, Rabbi David haLevi Segal, 1586-1667) et le Shach (Siftei Kohen, Rabbi Chabtaï haCohen, 1621-1662). Sur ce siman, chacun ouvre une porte différente.

Une entrée-clé du Taz

Taz s.k. 1 — pourquoi le verre, et à quoi sert la tevila

וזכוכית גם כן יש לו דין מתכות כיון שאם נשבר יש לו תקנה בהיתוך. וטעם הטבילה כדי שיצאו מטומאתו של עובד כוכבים לקדושתו של ישראל

— ט״ז יו״ד ק״כ ס״ק א

Le verre, lui aussi, a le statut du métal, puisque, brisé, il peut être remis en état par refonte. Et la raison de la tevila est qu’ils sortent de l’impureté du non-Juif pour entrer dans la sainteté d’Israël.
Deux idées en une ligne. D’abord, un critère technique : ce qui rapproche le verre du métal, c’est sa réversibilité. Ensuite, la raison de fond de tout le siman : la tevila est un passage de domaine, non un nettoyage. Cette phrase explique d’un coup pourquoi un ustensile neuf est concerné, et pourquoi un ustensile emprunté ne l’est pas.

Une entrée-clé du Shach

Shach s.k. 8 — la formule de la bénédiction

ויש פוסקים לברך על טבילת כלי מתכות וכ״כ הב״ח שכן עיקר ושכן ראה נוהג ע״פ זקנים

— ש״ך יו״ד ק״כ ס״ק ח

Certains décisionnaires font réciter « sur l’immersion d’ustensiles de métal » ; ainsi écrit le Ba‘h, pour qui c’est là le principal, et qui rapporte l’avoir vu pratiquer d’après les anciens.
Le Mehaber avait fixé עַל טְבִילַת כְּלִי / כֵּלִים (seif 3). Le Shach signale qu’une autre pratique existe, plus explicite. Le Taz, au même endroit, s’y oppose et conclut qu’on ne change rien à l’usage. On tient ici, en miniature, la façon dont une formule de bénédiction se fixe : par un aller-retour entre la logique et la coutume reçue.

6. La glose du Rama (הגה) — la ligne du « sans bénédiction »

Le Rama intervient dans neuf des seize seifim. Réunies, ses gloses forment un enseignement cohérent, qui vaut d’être lu comme un tout.

Sur le seif 1 — l’étamage

Le Mehaber oblige à la tevila avec bénédiction ; le Rama rapporte l’avis contraire et conclut par וְכֵן נוֹהֲגִיןet tel est l’usage. Première apparition de la formule qui structure tout le chapitre.

Sur le seif 5 — le couteau de che‘hita

Là où le Mehaber exempte, le Rama écrit וְטוֹב לְטוֹבְלוֹ בְּלֹא בְּרָכָה : la tevila comme précaution, la bénédiction comme risque à éviter.

Sur le seif 7 — les ustensiles mixtes

C’est la glose la plus longue du siman, et la plus utile : elle donne la règle générale — l’essentiel de l’ustensile, la possibilité de s’en servir sans la pièce de métal, et la position (intérieure ou extérieure) de cette pièce.

Sur les seifim 8, 9, 10 et 11 — le mode d’acquisition

Quatre gloses successives affinent la même question : l’ustensile est-il vraiment passé par le domaine du non-Juif ? Le Rama y ajoute le cas de l’association (שותפות), celui du vol et celui de la confiscation par un dirigeant — trois manières d’éprouver la même frontière.

Sur les seifim 14, 15 et 16 — la fiabilité et le rattrapage

Le mineur qui a immergé devant un adulte a fait une tevila valide ; le non-Juif qui immerge fait une tevila valide mais n’est pas cru ; et celui qui a utilisé l’ustensile sans tevila n’a pas rendu la nourriture interdite. Trois façons de dire que l’erreur se rattrape.

Une ligne unique parcourt ces neuf gloses : on n’abandonne jamais l’immersion, on abandonne la bénédiction. Elle traduit un principe halakhique général — safek berakhot lehakel, dans le doute on s’abstient de bénir — appliqué avec une constance remarquable à un seul chapitre.

7. Cas pratiques modernes

Cas 1 — Vaisselle et couverts achetés en magasin

Assiettes de verre, couverts d’acier, casseroles : le cas central du seif 1. Ustensiles de repas, matière visée, achat à un vendeur non-juif → tevila avec bénédiction. Le fait qu’ils soient neufs et emballés ne change rien : c’est précisément ce que le seif 1 prend la peine de préciser (אַף עַל פִּי שֶׁהֵם חֲדָשִׁים). Il faudra en revanche retirer les étiquettes et la colle avant l’immersion — application directe du seif 13.

Cas 2 — Vaisselle louée pour une simha

Un traiteur loue des ustensiles à une société non-juive pour un mariage. Le seif 8 est explicite : שוכר — un locataire n’acquiert pas, et l’ustensile n’est pas astreint à la tevila. Mais attention au retournement du même seif : si le loueur est un Juif qui a acheté le stock à un non-Juif, l’obligation est déjà née entre ses mains, et le matériel doit avoir été immergé.

Cas 3 — Appareils électriques et ustensiles composites

Bouilloire, mixeur, plaque à sandwiches : ce sont exactement les ustensiles mixtes du seif 7. Les deux questions à poser sont celles du Rama — où est l’essentiel de l’ustensile, et peut-on s’en servir sans sa partie métallique ? Comme les considérations propres à l’électricité (dommage, danger, démontage) débordent le cadre du seif, ces cas se posent à un Rav avant d’immerger quoi que ce soit.

Cas 4 — Rouille, étiquettes, résidus de colle

Le seif 13 fournit la règle et le geste. La règle : ce qui gêne (מקפיד) fait חציצה. Le geste : on nettoie d’abord, et l’on ne se préoccupe ensuite que du résidu qui résiste — lequel, s’il est minoritaire et toléré, n’invalide pas la tevila.

Cas 5 — On s’en aperçoit le vendredi soir

Le plat de service n’a pas été immergé, et Chabbat est entré : on ne peut plus l’immerger. La solution du seif 16 est d’une élégance saisissante — on en fait don à un non-Juif, puis on le lui emprunte. L’ustensile n’étant plus à nous, il relève du seif 8 : un emprunt n’exige pas de tevila. Et si l’ustensile a déjà servi sans tevila, le Rama rassure : la nourriture n’est pas interdite — on immergera l’ustensile après Chabbat.

8. Synthèse du Siman 120

En une phrase : un ustensile de repas, en métal ou en verre, acquis d’un non-Juif, doit être immergé dans un mikvé de quarante séas avec bénédiction, avant tout usage — et les seize seifim ne font que préciser les quatre mots soulignés : ustensile de repas, métal ou verre, acquis, avec bénédiction.

Tableau-mémoire

La questionLe critère
Quel ustensile ?Il sert au repas — pas avant, pas autourseifim 4-5
Quelle matière ?Métal, verre, étamage intérieurseif 1
Mixte, bois et métal ?Où est l’essentiel ; l’usage passe-t-il par le métalseifim 6-7
Quelle eau ?Mikvé ou source de quarante séasseif 1
Quelle bénédiction ?כְּלִי au singulier, כֵּלִים au plurielseif 3
L’obligation naît quand ?À l’acquisition — pas à l’emprunt ni à la locationseif 8
Gage, artisan, rachat ?L’ustensile est-il resté (נשתקע) chez le non-Juifseifim 9-11
Comment immerger ?Main lâche, ustensile entier, ידות comprisesseifim 2, 12
Quel obstacle ?La חציצה, mesurée à la הקפדהseif 13
Et si l’on a oublié ?Don au non-Juif puis emprunt ; la nourriture reste permiseseif 16

Questions de compréhension

  1. Pourquoi un ustensile neuf, jamais utilisé, exige-t-il malgré tout la tevila ? Quelle phrase du Taz répond à cette question ?
  2. Un trépied et une plaque à cuire sont tous deux en métal. Pourquoi l’un est-il exempté et l’autre non ?
  3. Quelle est la différence entre le cerclage de fer extérieur du seif 6 et les chevilles de fer intérieures du seif 7 ?
  4. Un Juif loue de la vaisselle à une société non-juive : tevila ou non ? Et si le loueur est un Juif qui a acheté sa vaisselle à un non-Juif ?
  5. Pourquoi le rachat après une vente oblige-t-il à la tevila, alors que le dégagement après un gage n’y oblige pas ?
  6. Le seif 14 refuse de croire un mineur, le seif 15 accepte la tevila faite par un non-Juif. Ces deux seifim se contredisent-ils ? Quelle distinction les concilie ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן ק״כ · Niveau 1 — Initiation
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