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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קכ״ד — Qui rend le vin interdit : le contact du non-Juif avec le tonneau

Quelle main interdit le vin, et à partir de quel geste — pour découvrir et comprendre
יורה דעה · סימן קכ״ד
מִי הוּא הָעוֹשֶׂה יֵין נֶסֶךְ וְדִינֵי נְגִיעַת הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים בֶּחָבִית
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 124 : les 27 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Le siman précédent demandait quel vin est interdit ; celui-ci demande qui l’interdit et par quel geste. Il répond en deux temps : une liste de personnes, de l’enfant à l’apostat, chacune placée sur une échelle à trois degrés ; puis une anatomie du geste — toucher, agiter, soulever, verser, boucher — jusqu’à la question qui décide de toute la pratique d’aujourd’hui : que vaut le contact de qui n’a aucune intention de libation ?

Sujet : Qui fait le yayin nessekh — les personnes, les trois conditions, le שכשוך, le כח, le tonneau et la cannelle
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קכ״ד

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les 27 seifim, par groupes thématiques
2. Contexte : d’où vient l’interdit du contact, et pourquoi deux degrés
3. Les concepts-clés : יין נסך, סתם יינם, שכשוך, כח, ניצוק, טרוד במלאכתו…
4. Le tableau récapitulatif : les trois degrés, et qui se trouve sur chacun
5. Le Taz et le Shach : deux entrées-clés
6. La glose du Rama (הגה) : où il intervient, et pourquoi
7. Cas pratiques modernes : le serveur, le caviste, le déménageur, la bouteille ouverte
8. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les 27 seifim

Le Siman 124 est l’un des plus longs de ce bloc, et l’un des mieux construits. Il se lit en deux moitiés. La première (seifim 1-9) répond à la question du titre : qui rend le vin interdit ? Ce n’est pas une liste ethnique mais une gradation, qui va de l’enfant incapable d’intention jusqu’à l’apostat pleinement responsable, en passant par le ger toshav, l’esclave circoncis et les anoussim. La seconde (seifim 10-27) répond à la question du geste : qu’est-ce que toucher ? Le seif 10 pose les trois conditions, le seif 11 donne la définition — toucher et agiter —, et les seize seifim suivants la mettent à l’épreuve sur un unique décor : un tonneau, une cannelle, une fente, une main. Le Rama intervient dans onze seifim, et sa glose la plus importante, au seif 24, est celle dont dépend la pratique de tous les siècles qui ont suivi.

Note sur le décompte : le chapeau du siman annonce ובו כ״ו סעיפים — vingt-six seifim ; les éditions et l’API de Sefaria en découpent vingt-sept. C’est le découpage réel du texte qui fait foi ici, et les vingt-sept blocs ci-dessous reproduisent le siman intégralement, dans l’ordre.

Groupe A — Qui rend le vin interdit ? Les personnes (seifim 1-9)

Seif 1 — L’enfant non-Juif : deux degrés d’interdit

תינוק עובד כוכבים שאינו מזכיר עבודת כוכבים ומשמשיה אינו אוסר יין במגעו אלא בשתייה:
Un enfant non-Juif qui ne mentionne pas l’idolâtrie ni ses accessoires n’interdit pas le vin par son contact — sinon à la boisson.
Le siman s’ouvre sur son unité de mesure. Il n’y a pas un interdit mais deux : interdit de tirer profit (אסור בהנאה) — on ne peut ni vendre, ni donner, ni utiliser — et interdit de boire seulement (אסור בשתייה), le vin restant vendable. Tout le siman se lit comme une échelle entre ces deux degrés et un troisième, la permission complète. Le tout premier cas, l’enfant, se place d’emblée au degré intermédiaire : il interdit, mais pas au profit.

Seif 2 — Le ger toshav, et le converti circoncis mais non immergé

גר תושב דהיינו שקבל עליו שבע מצו׳ וכן גר שמל ולא טבל מגען אוסר בשתייה: הגה וכל זמן שלא טבל כראוי מיקרי לא טבל (ר״ן פ׳ השוכר והגהות מרדכי דיבמות פרק החולץ) ויש מקילין אפילו במגע גר תושב (טור בשם הרא״ש ותוס׳ ומרדכי) אבל יין שלו ודאי אסור (ב״י):
Un ger toshav — c’est-à-dire celui qui a accepté sur lui les sept commandementset de même un converti qui a été circoncis mais ne s’est pas immergé : leur contact interdit à la boisson. Glose du Rama : tant qu’il ne s’est pas immergé comme il faut, il est appelé non immergé. Certains sont indulgents même pour le contact d’un ger toshav ; mais son vin à lui est certainement interdit.

Seif 3 — L’esclave circoncis et immergé : permis immédiatement

הלוקח עבדים מהעובד כוכבים ומלו וטבלו מיד אין מנסכין ויין שנגעו בו מותר בשתייה ואף על פי שעדיין לא נהגו בדתי ישראל ולא פסקו שמות העבודות כוכבים מפיהם:
Celui qui achète des esclaves au non-Juif et les a fait circoncire et immerger : immédiatement ils ne font plus de libation, et le vin qu’ils ont touché est permis à la boissonet cela bien qu’ils n’aient pas encore pris les usages d’Israël et que les noms des idolâtries n’aient pas cessé de leur bouche.
Ce n’est pas la culture qui tranche, c’est le statut. Le Mehaber écarte expressément le critère qui viendrait spontanément à l’esprit — parle-t-il encore le langage de son ancienne religion ? La Guemara connaissait pourtant un avis exigeant douze mois d’attente, jusqu’à ce que l’idolâtrie “ s’enfonce hors de leur bouche ”. Le Choul’han Aroukh ne le retient pas : circoncision et immersion suffisent, et elles agissent immédiatement.

Seif 4 — Les enfants des servantes : les grands et les petits

בני השפחות העובדות כוכבים שנולדו ברשות ישראל ומלו ועדיין לא טבלו הגדולי׳ אוסרי׳ היין בשתיי׳ במגען אבל מגע הקטני׳ מותר אפי׳ בשתיי׳ כיון שמלו אע״פ שעדיין לא טבלו:
Les enfants des servantes non-Juives nés dans le domaine d’un Juif, qui ont été circoncis mais ne se sont pas encore immergés : les grands interdisent le vin à la boisson par leur contact, mais le contact des petits est permis même à la boisson, puisqu’ils ont été circoncis, quand bien même ils ne se seraient pas encore immergés.
“ Grand ” et “ petit ” ne désignent pas ici l’âge. La baraïta les définit par la connaissance : est “ grand ” celui qui connaît la nature de l’idolâtrie et de ses accessoires. C’est le même critère qu’au seif 1 — mentionne-t-il l’idolâtrie ? — mais appliqué à quelqu’un qui a déjà un pied dans Israël : d’où une permission qui va, ici, jusqu’à la boisson.

Seif 5 — Quand la servante s’est immergée pour la servitude

אם השפחה טבלה לשם עבדות יש מי שאומר שאין בנה עושה יין נסך אפילו עבר רבו ולא מל אותו בין גדול בין קטן:
Si la servante s’est immergée au titre de la servitude, il est un avis qui dit que son fils ne fait pas de yayin nessekhmême si son maître a transgressé et ne l’a pas circoncis, qu’il soit grand ou petit.

Seif 6 — Le non-Juif qui n’est pas idolâtre

כל עובד כוכבים שאינו עובד אלילים יינו אסור בשתייה ומותר בהנאה ומגען ביין שלנו שוה ליינם שאסור בשתייה:
Tout non-Juif qui n’est pas idolâtre : son vin est interdit à la boisson et permis au profit ; et leur contact de notre vin est semblable à leur vin — interdit à la boisson.
La charnière du siman. Le Taz explique le partage : l’interdit de boire tient à un motif social — משום בנותיהן, le risque d’alliance —, tandis que l’interdit de tirer profit tient à l’idolâtrie elle-même. Là où l’idolâtrie n’est pas en cause, le second motif tombe et le premier demeure. Ce raisonnement, appliqué aux nations d’aujourd’hui, portera toute la glose du Rama au seif 24.

Seif 7 — Un cran plus bas encore

יש מי שאומר שכל מקום שאמרו ביין שלנו שהוא מותר בהנאה ואסור בשתייה מפני צד נגיעה שנגע בו העובד כוכבים כשהיה העובד כוכבים עובד אלילים אבל אם היה איסורו בגלל עובד כוכבים שאינו עובד אלילים שנגע ביין שלנו שלא בכוונה או שטפח על פי החבית הרי זה מותר בשתייה וכן כל כיוצא בזה:
Il est un avis qui dit que partout où l’on a dit, à propos de notre vin, qu’il est permis au profit et interdit à la boisson à cause d’un contact du non-Juif — c’est lorsque le non-Juif était idolâtre. Mais si son interdiction venait d’un non-Juif qui n’est pas idolâtre, lequel a touché notre vin sans intention, ou a tapoté sur la bouche du tonneau — voilà qui est permis à la boisson ; et de même dans tous les cas semblables.
Deux atténuations qui se cumulent. Le seif 6 avait fait descendre d’un degré le non-idolâtre : de l’interdit au profit vers le seul interdit de boire. Le seif 7 lui applique une seconde fois la même descente lorsque, en plus, le contact a été sans intention : on arrive alors à la permission complète. C’est la mécanique du נחתינן דרגא, que le Taz mettra au cœur de la halakha de notre temps.

Seif 8 — Le mochoukh be‘orlato et le mumar

משוך בערלתו אינו עושה יין נסך ומומר אע״פ שהוא מהול עושה יי״נ במגעו ונאמן לומר ששב בתשובה:
Celui qui a effacé sa circoncision ne fait pas de yayin nessekh ; et l’apostat, bien qu’il soit circoncis, fait du yayin nessekh par son contact — et il est cru lorsqu’il dit qu’il est revenu par la techouva.
Deux cas symétriques et contraires, et une leçon. Le premier est Juif dans les faits mais a effacé le signe ; le second porte le signe mais a quitté les faits. Le siman ne juge ni l’apparence ni le corps : ce qui interdit le vin n’est pas la circoncision, c’est le rapport à l’idolâtrie. Et la porte reste ouverte : sa seule parole suffit à le faire rentrer.

Seif 9 — Les anoussim : crus pour autrui, pas pour eux-mêmes

האנוסים אפילו הטובים שבהם אינם יכולים ליזהר ממגע עובד כוכבים וכיון שהם חשודים עליו אינן נאמנים על שלהם אפילו בשבועה אבל נאמנים על של אחרים: הגה ואין אוסרין יין במגען ודוקא אותם שדרים עדיין בין העובדי כוכבים ועושין עבירות בפרהסיא מפני אונס רק בצנעה נזהרים ואפשר להם לברוח על נפשם רק שממתינים משום ממון או כיוצא בו אבל אם עוברין גם בצנעה על עבירות אע״פ שעשו מתחלה באונס הרי הם כעובדי כוכבים (ריב״ש סי׳ ד׳):
Les anoussim — les convertis de force — même les meilleurs d’entre eux ne peuvent se garder du contact du non-Juif ; et puisqu’ils sont suspects là-dessus, ils ne sont pas crus sur leur propre vin, même sous serment, mais ils sont crus sur celui d’autrui. Glose du Rama : et ils n’interdisent pas le vin par leur contact. Cela vise précisément ceux qui vivent encore parmi les non-Juifs, commettent des transgressions en public par contrainte mais se gardent en privé, et pourraient fuir en sauvant leur vie mais tardent pour de l’argent ou pour un motif semblable. Mais s’ils transgressent aussi en privé, quand bien même ils auraient commencé sous la contrainte, les voilà comme des non-Juifs.
Une page d’histoire dans un code de lois. Le Mehaber, né à Tolède, et le Rama, en Pologne, écrivent ici sur les Juifs d’Espagne et du Portugal contraints au baptême. La distinction du Rama n’est pas soupçonneuse mais précise : elle sépare celui que la contrainte tient de celui que le confort retient. Et la formule du Mehaber garde une dignité remarquable — on ne les croit pas sur leur vin, on les croit sur le vin des autres : le soupçon porte sur leur situation, non sur leur parole.

Groupe B — Les trois conditions, et ce qu’est un attouchement (seifim 10-11)

Seif 10 — Les trois conditions pour interdire au profit

מגע עובד כוכבים לאסור בהנאה צריך שלשה תנאים אחד שיתכוין ליגע לאפוקי תינוק שנגע דלאו בר כוונה הוא וכן לאפוקי נפל לבור ועלה מת שני שידע שהוא יין ושלישי שלא יהא עוסק בדבר אחר:
Le contact d’un non-Juif, pour interdire au profit, requiert trois conditions. Un : qu’il ait l’intention de toucher — ce qui exclut l’enfant qui a touché, n’étant pas capable d’intention, et exclut de même celui qui est tombé dans la cuve et en est remonté mort. Deux : qu’il sache que c’est du vin. Trois : qu’il ne soit pas occupé à autre chose.
Le seif-pivot du siman. Ces trois conditions sont la grille qui commande tout ce qui suit : la première explique les seifim 1, 20 et 24 ; la deuxième explique le tonneau pris pour de l’huile (seif 12) ; la troisième explique celui qui mesure, tapote ou sauve le vin (seifim 19 et 23). Chaque condition qui manque fait descendre d’un degré — et le siman consiste, pour l’essentiel, à savoir combien de degrés on descend.

Seif 11 — Qu’est-ce que “ toucher ” ? La main, le pied, l’objet, la bouche

כיצד היא הנגיעה שאוסר בה העובד כוכבים היין בהנאה שיגע בידו או ברגלו (וי״א דאם נגע ברגלו אינו אוסר בהנאה דאין דרך נסוך בכך) (בב״י) או בדבר אחר (שבידו) וישכשך אפילו בפיו כגון ששתה ממנו או שמצץ במינקת בחבית והעלהו לפיו כל היין אסור בהנאה מכל מקום כלי שיש לו חוטמין כמו שיש לכלי שנוטלים ממנו לידים ויש בו יין יכול ישראל למצוץ מחוטם זה ועובד כוכבים מחוטם זה כאחד ובלבד שיפסוק הישראל קודם שיפסוק העובד כוכבים. אם נגע ברתיחה שעל היין הוי כנוגע ביין עצמו (מרדכי פרק בתרא דעבודת כוכבים וב״י לדעת רי״ף ורמב״ם):
Comment est l’attouchement par lequel le non-Juif interdit le vin au profit ? Qu’il touche de sa main ou de son pied (glose : et certains disent que s’il a touché du pied il n’interdit pas au profit, car ce n’est pas là la manière de la libation) ou d’un autre objet (qu’il tient en main) et qu’il agite. Même de sa bouche — par exemple s’il en a bu, ou s’il a aspiré par une pipette dans le tonneau et l’a portée à sa bouche : tout le vin est interdit au profit. Néanmoins, un récipient à becs — comme en a le vase avec lequel on se lave les mains — contenant du vin : un Juif peut aspirer par un bec et le non-Juif par l’autre en même temps, à condition que le Juif s’arrête avant que le non-Juif ne s’arrête. Glose : s’il a touché l’écume qui est sur le vin, c’est comme s’il touchait le vin lui-même.
Toucher ne suffit pas : il faut agiter. C’est la définition du Rambam, reprise mot pour mot ici, et le Chakh en tire la conséquence expresse — le seul contact, sans agitation, n’interdit pas au profit. Retenez le mot שכשוך : les quinze seifim qui suivent ne font, pour la plupart, que demander si tel geste en est un. Quant au récipient à deux becs, ce n’est pas une curiosité : il montre que le vin qui continue de couler vers le non-Juif reste attaché à ce qui reste — l’intuition du nitsok, objet du siman 126.

Groupe C — La main, le doigt et la cannelle (seifim 12-16)

Seif 12 — Le non-Juif entré chercher du vin

עובד כוכבים שנכנס לבית או לחנות ישראל לבקש יין ופשט ידו כשהוא מחפש ונגע ביין ושכשכו נאסר בהנאה ואם נתערב באחר דמי היין המשוכשך אסור בהנאה והשאר מותר בהנאה אבל אם הושיט ידו לחבית כסבור שהוא של שמן ונמצאת של יין מותר בהנאה:
Un non-Juif qui est entré dans la maison ou la boutique d’un Juif pour demander du vin, a tendu la main en cherchant, a touché le vin et l’a agité : il est interdit au profit. Et s’il s’est mélangé à un autre, la valeur du vin agité est interdite au profit et le reste est permis au profit. Mais s’il a tendu la main vers un tonneau croyant qu’il était d’huile et qu’il s’est trouvé être de vin : permis au profit.
La deuxième condition du seif 10, mise en scène. Le même geste — la main dans le tonneau — donne deux résultats opposés selon ce que l’homme savait. Il cherchait du vin : il savait, donc il a interdit au profit. Il croyait de l’huile : la condition tombe, on descend d’un degré. La suite du seif règle la question pratique : on ne perd pas la cuve entière, on en retire la valeur du vin touché.

Seif 13 — La main saisie avant d’être ressortie

הרי שפשט ידו לחבית של יין (ליטול משם דבר שנפל שם) (תוספות ורא״ש ור״ן וטור) ותפסו ידו קודם שיוציאנה ולא ינידה ופתחו החבית מלמטה עד שיצא היין וירד למטה מידו מותר בהנאה:
Voici qu’il a tendu la main vers un tonneau de vin (pour y prendre une chose qui y était tombée) et qu’on lui a saisi la main avant qu’il ne la ressorte, sans qu’il la remue ; puis on a ouvert le tonneau par le bas jusqu’à ce que le vin sorte et descende au-dessous de sa main : c’est permis au profit.

Seif 14 — Le doigt dans la bonde, et la cannelle retirée

חבית שנטלה ממנו הברזא והכניס בה עובד כוכבים אצבעו עד שנגע ביין כולו אסור וכן אם הוציא הברזא התחובה בנקב והיתה נוגעת עד היין שא״א שלא שכשך: הגה ודוקא כשידע שהברזא עוברת כל השולים אבל אם לא ידע הוה ליה מגע עובד כוכבים שלא בכוונה על ידי דבר אחר דמותר אפילו בשתייה (מרדכי פ׳ רבי ישמעאל והגה״מ פי״ב ופשוט הוא כדלקמן סעיף כ״ד כמו שיתבאר לקמן) . אבל אם אינה עוברת כל עובי השולים בענין שאי אפשר לו לשכשך כשמוציא הוי כמו כחו ומה שנשאר בחבית מותר אפילו בשתיה ומה שיצא אסור בשתיה: הגה ואם הוציא שלא בכוונה אף מה שיצא לחוץ שרי דכח עובד כוכבים שלא בכוונה שרי ועיין לקמן סי׳ קכ״ה אם היתה ברזא ארוכה תוך החבית ובתוך אותה ברזא נקב ונותנים בו ברזא קטנה לסתום נקבו אם לא הוציא רק הברזא הקטנה כאינה עוברת עובי השוליים דיינינן לה (ב״י בשם מרדכי וכל בו):
Un tonneau dont on a ôté la cannelle et où un non-Juif a introduit son doigt jusqu’à toucher le vin : tout est interdit. De même s’il a retiré la cannelle enfoncée dans le trou et qu’elle touchait jusqu’au vin, car il est impossible qu’il n’ait pas agité. Glose du Rama : et cela précisément lorsqu’il savait que la cannelle traverse toute l’épaisseur du fond ; mais s’il ne le savait pas, c’est un contact de non-Juif sans intention, par l’intermédiaire d’un autre objet, qui est permis même à la boisson. Mais si elle ne traverse pas toute l’épaisseur du fond, de sorte qu’il lui soit impossible d’agiter en la retirant, c’est comme sa force : ce qui reste dans le tonneau est permis même à la boisson, et ce qui est sorti est interdit à la boisson. Glose : et s’il l’a retirée sans intention, même ce qui est sorti est permis, car la force d’un non-Juif sans intention est permise — voir plus loin siman קכ״ה · 125. Si le tonneau contenait une longue cannelle percée d’un trou que bouche une petite cannelle, et qu’il n’a retiré que la petite, on la juge comme une cannelle qui ne traverse pas l’épaisseur du fond.
Le seif le plus dense du siman — et le plus instructif. Le même tonneau y produit quatre issues différentes selon la profondeur de la cannelle et la connaissance de l’homme : tout interdit au profit ; permis même à boire ; permis en partie ; permis entièrement. Le Rama y introduit une notion nouvelle, כח — la force, distincte du contact — que le siman 125 développera pour lui-même.

Seif 15 — Le non-Juif dément

עובד כוכבים שוטה שנכנס לבית שיש בו חבית של יין ונכנס ישראל אחריו ומצא היין יוצא דרך הנקב שהברזא תחובה בו מותר אפילו בשתיה:
Un non-Juif dément entré dans une maison où se trouve un tonneau de vin, et un Juif entré après lui a trouvé le vin qui sortait par le trou où la cannelle est enfoncée : permis même à la boisson.

Seif 16 — La cannelle remuée : serrée ou lâche

אם נדנד עובד כוכבים הברזא ולא יצא מן היין לחוץ והברזא ארוכה ועברה הדופן ונכנסה בתוך היין אם הברזא אינה מהודקת בחזקה נאסר היין בנדנוד זה אבל אם היתה מהודקת בחזקה מותר:
Si un non-Juif a remué la cannelle sans qu’il soit sorti de vin au dehors, et que la cannelle est longue, a traversé la paroi et est entrée dans le vin : si la cannelle n’est pas fermement serrée, le vin est interdit par ce remuement ; mais si elle était fermement serrée, il est permis.

Groupe D — Agiter, soulever, verser : le geste, la force et l’ouvrage (seifim 17-19)

Seif 17 — Secouer le récipient sans le soulever

יש מי שאומר שאם אחז עובד כוכבים בכלי פתוח של יין ושכשכו אע״פ שלא הגביה ולא נגע ביין נאסר: הגה ורבים חולקים לומר דאם שכשך בגופו של הכלי בלא הגבהה לא מקרי שכשוך (רשב״א וראב״ד והרא״ש ור׳ ירוחם בשם רוב הפוסקים) ולכן אין להחמיר במקום פסידא:
Il est un avis qui dit que si un non-Juif a saisi un récipient ouvert de vin et l’a agité, quand bien même il ne l’aurait pas soulevé et n’aurait pas touché le vin, il est interdit. Glose du Rama : et beaucoup contestent, disant que s’il a agité le corps du récipient sans le soulever, ce n’est pas appelé agitation ; c’est pourquoi il ne faut pas être rigoureux là où il y a une perte.

Seif 18 — Soulever et verser : le koa‘h

נטל עובד כוכבים כלי של יין והגביהו ויצק היין אע״פ שלא שכשך נאסר שהרי בא היין מכחו הגביה ולא שכשך ולא נגע מותר: הגה וכ״ש שאינו אוסר בנגיעת הכלי לחוד (הפוסקים הנ״ל וריב״ש סי׳ ש״י):
Un non-Juif a pris un récipient de vin, l’a soulevé et a versé le vin : quand bien même il n’aurait pas agité, il est interdit — car le vin est venu par sa force. A-t-il soulevé sans agiter ni toucher : permis. Glose du Rama : et à plus forte raison il n’interdit pas en touchant le seul récipient.
Une troisième catégorie apparaît, à côté du contact et de l’agitation : la force (כח). Le non-Juif n’a rien touché du vin, et pourtant le vin est venu de lui. Rapproché du seif 17, le contraste est net : soulever ne suffit pas, verser suffit — ce qui compte n’est pas le geste sur le récipient, c’est le mouvement imprimé au vin.

Seif 19 — Mesurer, tapoter, jeter : celui qui est à son ouvrage

מדד עובד כוכבים הבור שיש בו יין בקנה או שהיה מטפח על פי החביות הרותח׳ כדי שתנוח הרתיחה או שנטל חבית וזרקה בחמתו לבור מותר בהנאה ואסור בשתיה: הגה שבכל אלו יש הוכחה שלא כוון לנסך רק למלאכתו והוי מגע עובד כוכבים שלא בכוונה ואינו אוסר רק בשתייה וי״א דאפילו מדדו בידו אינו אוסר בהנאה (הרא״ש והר״ן והרשב״א וטור וראב״ד ור׳ ירוחם) הואיל ובמלאכתו הוא עוסק ויש להקל במקום הפסד עובד כוכבים שדרך יין אם שמרוהו וראו שלא נגע בידו אין היין נאסר בהנאה רק בשתייה דהא ג״כ במלאכתו הוא עוסק (טור) ועיין לעיל סי׳ קכ״ג וכן אם הכניס ידו לתוך חבית ואינו יודע שיש שם יין אינו אוסר בהנאה (שם) ואפילו נודע לו שהוא יין אם הוציא מיד שנודע לו מותר בהנאה הואיל וכשהכניסה לא ידע שהוא יין (טור בשם ראב״ד ורא״ש ור׳ ירוחם) ואין לדמות מילתא למילתא בדברים אלו ואין לך בו אלא מה שאמרו חכמים (טור ורא״ש וראב״ד ורשב״א):
Un non-Juif a mesuré avec un roseau la cuve où il y a du vin, ou tapotait sur la bouche des tonneaux bouillonnants pour que l’effervescence se calme, ou a pris un tonneau et l’a jeté dans sa colère dans la cuve : permis au profit et interdit à la boisson. Glose du Rama : car dans tous ces cas il y a preuve qu’il ne visait pas la libation mais seulement son ouvrage, et c’est un contact sans intention, qui n’interdit qu’à la boisson. Certains disent que même s’il l’a mesurée de sa main il n’interdit pas au profit, puisqu’il est occupé à son travail — et il y a lieu d’être indulgent là où il y a perte. Un non-Juif qui foule le vin : si on l’a surveillé et vu qu’il n’a pas touché de sa main, le vin n’est pas interdit au profit mais seulement à la boisson, car là aussi il est à son ouvrage ; voir plus haut siman קכ״ג · 123. De même s’il a introduit la main dans un tonneau sans savoir qu’il y a là du vin, il n’interdit pas au profit ; et même s’il l’a appris, s’il l’a retirée aussitôt qu’il l’a su, c’est permis au profit, puisqu’au moment d’introduire la main il ne savait pas que c’était du vin. Et l’on ne doit pas comparer une chose à une autre en ces matières — tu n’as en cela que ce qu’ont dit les Sages.
La troisième condition du seif 10, et la plus vivante. Un homme absorbé par son travail ne pense pas à autre chose : טרוד במלאכתו. Il ne s’agit pas d’indulgence, mais d’une lecture réaliste de l’intention. Et le Rama referme la glose sur un avertissement qui vaut pour tout le siman : ces cas ne se déduisent pas les uns des autres. La liste des “ occupations ” qui excusent est fermée ; on n’en invente pas de nouvelles par analogie.

Groupe E — Chutes, sauvetages, fissures et fuites (seifim 20-23)

Seif 20 — Tombé dans la cuve : mort ou vivant

עובד כוכבים שנפל לבור של יין והעלוהו משם מת מותר בהנאה. ואסור בשתיה אבל עלה חי אסור בהנאה: הגה וה״ה אם נתקל ונתגלגל בתוך היין ונתגלגל גם לחוץ שהיה באנסו גם לבסוף (ב״י בשם הרשב״א):
Un non-Juif qui est tombé dans une cuve de vin et qu’on en a remonté mort : permis au profit et interdit à la boisson. Mais s’il en est remonté vivant : interdit au profit. Glose du Rama : et il en va de même s’il a trébuché et a roulé dans le vin puis a roulé aussi au dehors, ayant été sous la contrainte jusqu’au bout.
Pourquoi la mort permet-elle et la vie interdit-elle ? La Guemara répond : celui qui remonte vivant tient le jour de son sauvetage pour un jour de fête — il rend grâce, et c’est là que naît la libation. Le mort, lui, n’a jamais eu d’intention : la première condition du seif 10 n’a jamais été remplie. La glose du Rama prolonge exactement cette logique : ce qui compte est que la contrainte ait duré jusqu’à la fin.

Seif 21 — Le non-Juif qui repêche un Juif

ישראל שנפל לבור של יין ושלח עובד כוכבים ידו ואחז בו והוציאו וישראל אחר היה שם ששמר שלא נגע ביין מותר אפילו בשתייה: הגה ולא מקרי נגיעה מה שנוגע ע״י אדם (ריב״ש סימן ש״י):
Un Juif qui est tombé dans une cuve de vin, et un non-Juif a tendu la main, l’a saisi et l’a fait sortir, et un autre Juif était là qui a veillé à ce qu’il ne touche pas le vin : permis même à la boisson. Glose du Rama : et ce que l’on touche par l’intermédiaire d’un homme n’est pas appelé un attouchement.

Seif 22 — Le tonneau fendu : l’acte de brique

חבית שנסדקה לארכה וקדם עובד כוכבים וחבקה כדי שלא יתפרדו החרסים הרי זה מותר בהנאה אבל אם נסדקה לרחבה ונתן ידו עליה והכביד עליה עד שהדקה ומנע יציאת היין מותר בשתייה משום דלא הוי נוגע ודוחק יין החבית אלא מעשה לבינה בעלמא קא עביד שהרי היא כלבינה הנתונה על פי החבית ומכבידתה ובחבית של עץ שיש להם חשוקים צירקא״ליש בלע״ז גם כשנסדקה לארכה וחבקה עובד כוכבים מותרת בשתייה (ר״ן בשם תוספות והוא בתו׳ שלנו ובהגהת מיי׳ בשם רשב״ם ומרדכי בשם רש״י):
Un tonneau qui s’est fendu dans sa longueur et qu’un non-Juif a devancé et enserré pour que les tessons ne se séparent pas : le voilà permis au profit. Mais s’il s’est fendu dans sa largeur, qu’il a posé la main dessus et a pesé dessus jusqu’à le resserrer et a empêché le vin de sortir : permis à la boisson — car il n’est pas en train de toucher et de presser le vin du tonneau, mais il ne fait là qu’un acte de brique : elle est comme une brique posée sur la bouche du tonneau et qui pèse dessus. Et dans un tonneau de bois qui a des cerclescircaillis en langue vulgaire — même lorsqu’il s’est fendu en longueur et qu’un non-Juif l’a enserré, il est permis à la boisson.
La plus belle image du siman. Une brique posée sur un tonneau ne touche pas le vin : elle pèse. Le non-Juif qui rapproche les lèvres d’une fente ne fait rien d’autre. La fente en longueur, elle, ferait de ses mains la paroi même du tonneau — d’où la différence. Et le tonneau de bois cerclé échappe à la question tout entière : ce sont les cercles qui tiennent, pas les mains.

Seif 23 — La main sur le trou : ce qui est au-dessus et ce qui est au-dessous

חבית שהיה נקב בצדה ונשמט הפקק מהנקב והניח העובד כוכבים ידו במקום הנקב כדי שלא יצא היין כל היין שמראש החבית עד הנקב אסור בהנאה ושמן נקב ולמטה מותר בהנאה ואסור בשתייה: הגה וימכור הכל חוץ מדמי היין האסור בהנאה (ב״י בשם הר״ן וע״פ) ודוקא שהיה שם ישראל להציל היין ובא עובד כוכבים והצילו אבל אם לא היה כאן ישראל להציל ובא עובד כוכבים להצילו לא גרע ממדדו בידו מאחר דבמלאכתו הוא עוסק והכל מותר בהנאה (בית יוסף בשם רשב״א וראב״ד) וכל זה לא מיירי אלא שהניח ידו על הנקב או שתחב ברזא שם ואינה עוברת השוליים אבל אם הכניס אצבעו לפנים או ברזא ארוכה כבר נתבאר דכולו אסור בהנאה (גם זה שם וטור לעיל גם דין ניטל הברזא ותוספו׳ ורא״ש וס׳ התרומה וסמ״ג ורשב״א ועוד פוסקים) . ואם הוא בענין שאילו לא הניח העובד כוכבים ידו על הנקב היה יוצא כל היין כגון שעושין מינקת כפופה שמניח ראשה לתוך היין שבחבית והראש האחר חוץ לחבית ומוצץ היין ועל ידי כן יוצא כל היין שבחבית אם הניח העובד כוכבים אצבעו על פי המינקת ומנע היין מלירד נאסר כל היין שבחבית בהנאה שהכל היה יוצא ונגרר לולי ידו ונמצא הכל כבא מכחו ואם לא נגע עובד כוכבים אלא בקילוח היין שעומד במרזב אסור משום נצוק וכל היין האחר שבתוך הקנקן הוי נצוק בר ניצוק ומותר אף בשתייה:
Un tonneau qui avait un trou sur son côté, dont le bouchon s’est échappé, et où le non-Juif a posé la main à l’endroit du trou pour que le vin ne sorte pas : tout le vin qui va du haut du tonneau jusqu’au trou est interdit au profit ; et ce qui va du trou vers le bas est permis au profit et interdit à la boisson. Glose du Rama : et l’on vendra le tout, hormis la valeur du vin interdit au profit. Et ceci précisément lorsqu’un Juif était là pour sauver le vin et que le non-Juif est venu et l’a sauvé ; mais s’il n’y avait là aucun Juif pour sauver et que le non-Juif est venu le sauver, ce n’est pas moindre que celui qui mesure de sa main, puisqu’il est à son ouvrage — et le tout est permis au profit. Tout cela ne vise que le cas où il a posé la main sur le trou, ou enfoncé là une cannelle qui ne traverse pas le fond ; mais s’il a introduit le doigt à l’intérieur, ou une longue cannelle, il a déjà été expliqué que tout est interdit au profit. Et s’il s’agit d’un cas où, sans la main du non-Juif sur le trou, tout le vin serait sorti — par exemple avec une pipette recourbée dont on met une extrémité dans le vin du tonneau et l’autre au dehors, et l’on aspire, si bien que tout le vin du tonneau sort — s’il a posé le doigt sur l’ouverture de la pipette et a empêché le vin de descendre, tout le vin du tonneau est interdit au profit, car tout serait sorti et entraîné sans sa main, et le tout se trouve venir de sa force. Et si le non-Juif n’a touché que le jet de vin qui se tient dans la gouttière, c’est interdit à cause du nitsok ; mais tout le reste du vin qui est dans le récipient est un nitsok de nitsoket permis même à la boisson.
Le seif où le siman touche à son voisin. Trois notions se croisent ici : la force (le vin qui serait sorti sans lui), le nitsok — le filet continu qui relie ce qui coule à ce qui reste, objet du siman 126 — et le nitsok du nitsok, qui ne relie plus. Et le Rama y ajoute le renversement le plus contre-intuitif du siman : si personne d’autre ne pouvait sauver le vin, le non-Juif qui le sauve ne l’interdit pas, parce qu’il est alors, lui aussi, à son ouvrage.

Groupe F — Le contact par un objet, sans intention — et notre temps (seifim 24-27)

Seif 24 — Le contact par un objet, sans intention — et notre temps

מגע עובד כוכבים ביין ע״י דבר אחר שלא בכוונה כגון שהיה יורד מהדקל ובידו לולב ונגע בראש הלולב ביין שלא בכוונה או שהיה מהלך ונגע בכנף בגדו שלא בכוונה וכן אם נתכוין ליגע בו ע״י דבר אחר אלא שאינו יודע שהוא יין מותר אפילו בשתייה: הגה וה״ה אם הכניס ברזא לחבית או הוציאו שלא בכוונה וכמו שנתבאר ובזמן הזה דהאומות לאו עובדי עבודת כוכבים הם כל מגען מיקרי שלא בכוונה (מרדכי פר״י והגהות אשיר״י ומהרי״ו בהל׳ סי׳ ט״ו) ולכן אם נגע ביין על ידי דבר אחר אף על פי שיודע שהוא יין וכוון ליגע בו מותר אפילו בשתייה דמיקרי מגע על ידי דבר אחר שלא בכוונה והוא הדין אם נגע אפילו בידו בלא כוונת מגע או שלא ידע שהוא יין שרי ואין לפרסם הדבר בפני עם הארץ (ד״ע וכן מצא בתשובת ר״ל ן׳ חביב מ״א) . יין שהיה מונח ברשות הרבים ובאו עובדי כוכבים ודקרו שם סכין להוציא יין מה שיצא לחוץ אסור ומה שבפנים שרי דכיון דלא כיוון העובד כוכבים רק לנקוב החבית ולא כיוון ליגע ביין אפילו נגע ביין הוה ליה מגע עובד כוכבים על ידי דבר אחר שלא בכוונה ושרי (תשובת ר׳ שמואל במרדכי פרק ר׳ ישמעאל):
Le contact d’un non-Juif avec le vin par l’intermédiaire d’un autre objet, sans intention — par exemple s’il descendait du palmier une palme à la main et qu’il en a touché le vin du bout sans le vouloir, ou s’il marchait et a touché du pan de son vêtement sans le vouloir ; et de même s’il a eu l’intention de toucher par l’intermédiaire d’un autre objet mais ne sait pas que c’est du vin : permis même à la boisson. Glose du Rama : et il en va de même s’il a enfoncé ou retiré une cannelle sans intention. Et à notre époque, les nations n’étant pas idolâtres, tout leur contact est appelé “ sans intention ” ; c’est pourquoi, s’il a touché le vin par un autre objet, quand bien même il saurait que c’est du vin et aurait eu l’intention d’y toucher, c’est permis même à la boisson ; et de même s’il a touché même de sa main sans intention de toucher, ou sans savoir que c’est du vin, c’est permismais il ne faut pas publier la chose devant l’homme du commun. Du vin qui était posé sur la voie publique et où des non-Juifs sont venus enfoncer un couteau pour en faire sortir du vin : ce qui est sorti au dehors est interdit et ce qui est dedans est permis, puisque le non-Juif ne visait qu’à percer le tonneau et non à toucher le vin ; même s’il a touché le vin, c’est un contact par l’intermédiaire d’un autre objet, sans intention, et c’est permis.
Le seif dont dépend toute la pratique d’aujourd’hui. Le Rama y opère la descente d’un degré annoncée aux seifim 6 et 7, mais appliquée cette fois aux nations parmi lesquelles il vit. Le Taz explique la mécanique : ils n’ont pas l’intention de faire libation — ils sont, en droit, comme l’enfant du seif 1. Notez pourtant la réserve finale, qui n’est pas une clause de style : ne pas publier la chose devant qui ne saura pas où elle s’arrête. La permission est étroite ; la formule qui l’énonce ne l’est pas.

Seif 25 — L’outre touchée de l’extérieur

נוד שיש בו יין ונגע עובד כוכבי׳ בנוד מבחוץ אפילו הוא חסר והגיעו דפנות זו עם זו מותר אפילו בשתייה שאין דרך ניסוך בכך:
Une outre contenant du vin, qu’un non-Juif a touchée de l’extérieur : même si elle est incomplète et que ses parois se sont rejointes l’une l’autre, c’est permis même à la boisson — car ce n’est pas là la manière de la libation.

Seif 26 — La cannelle resserrée

ברזא שהיתה רפויה בחבית ובא עובד כוכבים והדקה מותר אפי׳ בשתייה:
Une cannelle qui était lâche dans un tonneau, et un non-Juif est venu et l’a resserrée : permis même à la boisson.
Le contraire exact du seif 16. Là, remuer une cannelle mal ajustée interdisait ; ici, la resserrer permet. La différence tient au sens du geste : resserrer pousse vers le tonneau et ferme, cela n’agite rien et ne fait sortir rien. Deux seifim, un même objet, deux directions — c’est la manière du siman.

Seif 27 — Le tonneau qui fuit, et le vin touché par dépit

חבית של עץ שהוא מטפטף או שותת יקח ישראל הנעורת בידו ויניחנה כנגד הנקב שימנע היין קצת מלצאת ויבא עובד כוכבים אומן ויהדקנה בסכין בנקב עד שיסתום היטב ואם היין שותת הרבה צריך ליזהר ביותר שלא יגע העובד כוכבים ביין (בידו אבל בסכין בדיעבד שרי) (טור והפוסקים) והרוצה לעשות מן המובחר יהדק החבית בחבל ויפסוק שתיתת היין ואחר כך יתקננו: הגה עובד כוכבים שנגע ביינו של ישראל להכעיס כדי לאסרו עליו (תוספות פר״י דנ״ח ע״ב ומרדכי ואגודה שם) אפילו אינם יודעים כן אלא באומדנות המוכיחות (ת״ה סימן כ״ו ובנימין זאב סי׳ שמ״ח עיין שם שהאריך) מותר אפילו בשתייה ויש לשתותו בפני העובד כוכבים כדי שלא ירגילו עצמם בכך (תוספות ומרדכי פר״י בשם א״ז):
Un tonneau de bois qui goutte ou qui suinte : que le Juif prenne l’étoupe en main et la place contre le trou, de sorte que le vin soit un peu empêché de sortir, puis que vienne un non-Juif artisan et qu’il la resserre au couteau dans le trou jusqu’à bien boucher. Et si le vin suinte beaucoup, il faut prendre garde plus encore à ce que le non-Juif ne touche pas le vin (de sa main ; mais au couteau, après coup, c’est permis). Et celui qui veut agir de la meilleure façon resserrera le tonneau avec une corde, arrêtera le suintement, et le réparera ensuite. Glose du Rama : un non-Juif qui a touché le vin d’un Juif par dépit, afin de le lui rendre interditmême si on ne le sait que par des présomptions probantesc’est permis même à la boisson ; et il faut le boire devant le non-Juif, afin qu’ils ne s’accoutument pas à agir ainsi.
Le siman se referme sur son propre motif. Toute la crainte était la libation ; là où le geste est manifestement dirigé contre le Juif, il n’y a plus de libation du tout, et le vin reste permis. La consigne de le boire devant celui qui l’a touché n’est pas une provocation : c’est la seule manière d’ôter au geste son efficacité, donc son attrait. Un code de lois qui pense à décourager la nuisance plutôt qu’à la subir.

2. Contexte — d’où vient l’interdit du contact

Deux interdits distincts se superposent sur le vin d’un non-Juif, et tout le siman consiste à savoir lequel s’applique. Le premier, de la Torah, vise le vin réellement offert à une idole. Le second, rabbinique, vise le vin dont on ignore ce qu’il est devenu — le stam yénam. Le Rambam énonce le pont entre les deux, celui qui fonde notre siman :

וְכָל יַיִן שֶׁיִּגַּע בּוֹ הָעַכּוּ״ם הֲרֵי זֶה אָסוּר שֶׁמָּא נִסֵּךְ אוֹתוֹ שֶׁמַּחְשֶׁבֶת הָעַכּוּ״ם לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים.

— רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א הלכה ד

Autrement dit : le vin d’un Juif que le non-Juif a touché rejoint le régime du stam yénam. Reste à savoir ce que “ toucher ” veut dire. La réponse du Rambam, que le Mehaber reprendra mot pour mot au seif 11, tient en un verbe :

כֵּיצַד הִיא הַנְּגִיעָה שִׁאוֹסֵר בָּהּ הָעַכּוּ״ם הַיַּיִן. הוּא שֶׁיִּגַּע בַּיַּיִן עַצְמוֹ בֵּין בְּיָדוֹ בֵּין בִּשְׁאָר אֵיבָרָיו שֶׁדַּרְכָּן לְנַסֵּךְ בָּהֶן וִישַׁכְשֵׁךְ

— רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה א

Quant à la gradation des personnes, elle vient d’une page unique du traité Avoda Zara. Rav y pose une règle très large :

גּוּפָא, אָמַר רַב: תִּינוֹק בֶּן יוֹמוֹ עוֹשֶׂה יֵין נֶסֶךְ

— עבודה זרה נ״ז ע״א

Mais lorsqu’on lui objecte le cas de la palme qui a effleuré le vin, il précise lui-même la portée de ses mots — et c’est cette précision qui devient le seif 1 :

אֵימוֹר דַּאֲמַרִי אֲנָא בִּשְׁתִיָּיה, בַּהֲנָאָה מִי אֲמַרִי?

— עבודה זרה נ״ז ע״א

La même page fournit enfin la définition qui commande les seifim 3 et 4 : ce qui sépare le “ grand ” du “ petit ” n’est pas l’âge, c’est la connaissance.

גְּדוֹלִים — יוֹדְעִין בְּטִיב עֲבוֹדָה זָרָה וּמְשַׁמְּשֶׁיהָ, קְטַנִּים — אֵינָם יוֹדְעִין בְּטִיב עֲבוֹדָה זָרָה וּמְשַׁמְּשֶׁיהָ

— עבודה זרה נ״ז ע״א

Les grandes questions du siman

  1. Deux interdits, ou un seul ? Interdit de tirer profit et interdit de boire ne se confondent jamais dans ce siman. Presque chaque seif consiste à dire lequel des deux s’applique — ou aucun.
  2. Qui est capable de rendre le vin interdit ? La réponse ne tient ni à l’origine ni à l’apparence : elle tient au rapport à l’idolâtrie et à la capacité d’intention (seifim 1-9).
  3. Qu’est-ce que toucher ? Le seif 11 répond : toucher et agiter. Les seifim 12 à 27 vérifient cette définition sur des gestes de plus en plus indirects.
  4. Et lorsqu’on n’a aucune intention ? C’est la question du seif 10, reprise au seif 24 — et c’est là que le Rama fait basculer toute la pratique de son temps et du nôtre.
Ce siman ne traite ni de la définition du vin interdit (objet du siman 123), ni du mélange et du nitsok (objet du siman 126), ni de la force du non-Juif prise pour elle-même (objet du siman 125). Il répond à la question qui les précède toutes : quelle main, et quel geste, font passer un vin permis dans le régime de l’interdit ?

3. Les concepts-clés de ce siman

יֵין נֶסֶךְ / סְתָם יֵינָם — le vin de libation et le vin ordinaire du non-Juif. Le premier a été effectivement offert à une idole : il est interdit de la Torah, au profit comme à la boisson. Le second n’a rien de tel à son actif, mais on ignore ce qui lui est arrivé : son interdit est rabbinique. Le vin d’un Juif touché par un non-Juif tombe dans le régime du second (Rambam, Hilkhot Ma’akhalot Assourot, chapitre 11, halakha 4).
אָסוּר בַּהֲנָאָה / אָסוּר בִּשְׁתִיָּה — les deux degrés. Interdit au profit : on ne peut ni boire, ni vendre, ni utiliser — la perte est totale. Interdit à la boisson seulement : on ne boit pas, mais on peut vendre. Toute la difficulté du siman est de savoir sur lequel des deux degrés — ou sur la permission complète — chaque cas se pose.
שִׁכְשׁוּךְ — l’agitation. Le geste qui, ajouté au contact, interdit au profit. Le mot désigne le fait de remuer le vin. Le Chakh en tire la conséquence expresse : le seul contact, sans agitation, n’interdit pas au profit (Chakh, Yoré Déa 124, s.k. 20). C’est la clé de lecture des seifim 11 à 18.
כֹּחַ — la force. Le vin qui vient du non-Juif sans qu’il l’ait touché : celui qu’il verse en soulevant le récipient (seif 18), celui qui serait sorti du tonneau si sa main ne l’avait retenu (seifim 14 et 23). Catégorie distincte du contact, elle a son siman propre — le 125.
טָרוּד בִּמְלַאכְתּוֹ — absorbé par son ouvrage. La troisième condition du seif 10, prise à l’envers : celui qui mesure la cuve, tapote l’écume ou sauve le vin qui fuit n’a pas l’esprit à la libation. Le Rama ferme aussitôt la liste : on ne compare pas une chose à une autre en ces matières (seif 19).
נִצּוֹק / נִצּוֹק בַּר נִצּוֹק — le filet qui relie. Un jet continu de vin fait-il de la source et de la réception un seul corps ? Le siman n’effleure la question qu’au seif 23, pour la renvoyer au siman 126 ; mais il en tire déjà une conséquence : ce qui est relié au second degré ne l’est plus.
שֶׁלֹּא בְּכַוָּונָה — sans intention. Ni intention de libation, ni même, parfois, intention de toucher. C’est l’atténuation majeure du siman : elle fait descendre d’un degré. Appliquée deux fois — parce que le non-Juif n’est pas idolâtre et parce qu’il n’a pas voulu toucher — elle mène à la permission complète (seif 7, puis seif 24).
אָנוּסִים — les convertis de force. Les Juifs d’Espagne et du Portugal contraints au baptême. Le seif 9 les traite avec une précision remarquable : ils n’interdisent pas le vin par leur contact, mais ne sont pas crus sur leur propre vin — et le sont sur celui d’autrui.

4. Le tableau récapitulatif — les trois degrés

Le siman ne connaît que trois issues. Les voici, avec ce qui conduit à chacune.

DegréCe que cela veut direQui, ou quel geste
Interdit au profit
אסור בהנאה
Ni boire, ni vendre, ni utiliserIdolâtre qui touche et agite, sachant que c’est du vin, sans être occupé ailleurs (seifim 10-12) · apostat (seif 8) · doigt dans la bonde (seif 14) · main sur le trou, pour la partie supérieure (seif 23)
Interdit à la boisson
אסור בשתייה
On ne boit pas, mais on peut vendreEnfant (seif 1) · ger toshav et converti non immergé (seif 2) · grands des servantes (seif 4) · non-idolâtre (seif 6) · celui qui mesure ou tapote (seif 19) · remonté mort de la cuve (seif 20)
Permis
מותר אפילו בשתייה
Rien n’est interditEsclave circoncis et immergé (seif 3) · petits des servantes (seif 4) · non-idolâtre sans intention (seif 7) · non-Juif dément (seif 15) · sauvetage sous surveillance (seif 21) · fente en largeur (seif 22) · contact par un objet sans intention (seif 24) · outre (seif 25) · cannelle resserrée (seif 26) · contact par dépit (seif 27)
Lisez le tableau de bas en haut : c’est le sens de lecture du siman. Le Choul’han Aroukh ne part pas de l’interdit pour chercher des indulgences ; il part d’un cas grave et descend d’un degré chaque fois qu’une condition manque. Enlevez l’intention : on descend. Enlevez l’idolâtrie : on descend encore. C’est pourquoi la troisième colonne est la plus longue.

5. Le Taz et le Shach — deux entrées-clés

Les deux grands commentaires imprimés autour du Choul’han Aroukh de Yoré Déa sont le Taz (Turé Zahav, Rabbi David haLevi Segal, 1586-1667) et le Shach (Siftei Kohen, Rabbi Chabtaï haCohen, 1621-1662). Sur ce siman, l’un tient la définition du geste, l’autre la halakha de notre temps.

Une entrée-clé du Shach

Shach s.k. 20 — toucher ne suffit pas

אבל נגיעה לחוד בלא שכשוך אינו אוסר בהנאה וכדעת הטור ורש״י והרמב״ם

— ש״ך יו״ד קכ״ד ס״ק כ

Mais le seul contact, sans agitation, n’interdit pas au profit — et c’est l’avis du Tour, de Rachi et du Rambam.
Une ligne, et seize seifim deviennent lisibles. Si le contact seul suffisait, il n’y aurait rien à discuter dans le tonneau fendu, la cannelle remuée ou l’outre touchée du dehors. C’est parce que le critère est l’agitation que chacun de ces gestes doit être examiné pour lui-même — et que la plupart d’entre eux s’en tirent.

Une entrée-clé du Taz

Taz s.k. 31 — pourquoi, aujourd’hui, tout contact est “ sans intention ”

פירוש שאין להם כוונה לנסך והוי כתינוק דר״ס זה שאינו אוסר אלא בשתייה וכל היכא דאיכא חדא לטיבותא שריא

— ט״ז יו״ד קכ״ד ס״ק ל״א

Cela signifie qu’ils n’ont pas l’intention de faire libation, et les voilà comme l’enfant du début de ce siman, qui n’interdit qu’à la boisson ; et partout où il y a une atténuation, c’est permis.
Le Taz ne se contente pas de rapporter la glose du Rama : il en démonte le ressort et lui donne son adresse exacte. Le non-Juif d’aujourd’hui est ramené au tout premier cas du siman — l’enfant. À partir de là, chaque atténuation supplémentaire (le contact par un objet, l’ignorance qu’il s’agit de vin, l’absence d’intention de toucher) fait descendre encore d’un degré, jusqu’à la permission. C’est le נחתינן דרגא mis en système.

6. La glose du Rama (הגה) — où il intervient

Le Rama intervient dans onze seifim de ce siman — 2, 9, 11, 14, 17, 18, 19, 20, 21, 23 et 24 — davantage que dans la plupart. Ses gloses se rangent en quatre familles.

Rappeler l’avis indulgent qu’il n’a pas retenu

Aux seifim 2, 11, 17 et 19, le Rama place à côté du texte l’avis qui allège : certains sont indulgents même pour le contact d’un ger toshav ; certains disent que le pied n’interdit pas au profit ; beaucoup contestent que secouer sans soulever soit une agitation. Ces avis ne deviennent pas la règle — mais ils deviennent disponibles là où il y a une perte, formule qui revient trois fois.

Distinguer selon ce que l’homme savait

C’est le cœur de la longue glose du seif 14. Le même geste — retirer la cannelle — donne quatre issues selon que le non-Juif savait ou non jusqu’où elle plongeait, et selon qu’il a agi avec ou sans intention. Le Rama y introduit la notion de כח, la force, et renvoie expressément au siman קכ״ה · 125.

Fermer une porte que la logique voudrait ouvrir

Au seif 19, après avoir accumulé les indulgences, le Rama conclut : ואין לדמות מילתא למילתא בדברים אלו ואין לך בו אלא מה שאמרו חכמיםon ne compare pas une chose à une autre en ces matières ; tu n’as en cela que ce qu’ont dit les Sages. La liste des situations qui excusent est close. La même prudence lui fait écrire, au seif 24, qu’il ne faut pas publier la permission devant qui ne saura pas où elle s’arrête.

Dire le droit de son temps

C’est la glose du seif 24, et de loin la plus lourde de conséquences : les nations parmi lesquelles il vit ne sont pas idolâtres, donc tout leur contact est appelé “ sans intention ”. Cette phrase, jointe au mécanisme des seifim 6 et 7, déplace pratiquement tout le siman d’un degré vers l’indulgence — et c’est elle que les décisionnaires postérieurs discuteront, cas par cas, jusqu’à aujourd’hui.

Une ligne traverse ces onze gloses : le Rama ne conteste presque jamais la règle — il en délimite l’application. Où commence l’agitation, ce que l’homme savait, ce qui compte comme une perte, et ce qu’il faut taire devant qui ne saura pas s’arrêter. C’est un travail de seuils, et de mesure.

7. Cas pratiques modernes

Les pages qui suivent ne sont pas une psika : le niveau 4 s’en charge, et une question réelle se pose à un Rav. Elles montrent seulement où, dans le siman, chaque situation vient se ranger.

Cas 1 — Le serveur qui verse le vin au restaurant

C’est le cas du seif 18 à l’état pur : soulever et verser, c’est le vin qui vient de sa force. Le seif 11 y ajoute l’agitation. Mais le seif 24 change la donne pour notre temps, et le Taz explique pourquoi. Reste que la question de fond n’est pas “ est-ce interdit ? ” mais de quel vin s’agit-il — le siman 123 le dit — et si la bouteille était ouverte. Le seif 25 rappelle qu’un récipient fermé touché du dehors ne pose aucune question.

Cas 2 — Le déménageur qui porte les cartons de vin

Bouteilles fermées, scellées, transportées : le seif 25 répond directement — une outre touchée de l’extérieur, même si le vin bouge à l’intérieur, ce n’est pas là la manière de la libation. Le seif 18 ajoute, par la glose du Rama, que toucher le seul récipient n’interdit pas.

Cas 3 — Le caviste qui déplace un fût, ou l’ouvrier qui répare une cuve

C’est très exactement le décor des seifim 19, 22, 23 et 27. Deux critères se croisent : l’homme est-il à son ouvrage (seif 19), et son geste agite-t-il le vin ou se contente-t-il de peser et de fermer (seif 22) ? Le seif 27 donne même le protocole : que le Juif place l’étoupe, que l’artisan resserre au couteau.

Cas 4 — Le vin renversé et rattrapé

Le seif 23, avec le renversement du Rama : si un Juif était là et pouvait sauver le vin, la main du non-Juif interdit ; si personne d’autre ne pouvait le sauver, il est à son ouvrage, et tout reste permis au profit. Une règle qui récompense l’urgence réelle.

Cas 5 — Le vin touché exprès, pour nuire

Le seif 27 et sa glose finale. Là où le geste est manifestement dirigé contre le propriétaire — et le Rama accepte les présomptions probantes, sans exiger l’aveu —, il n’y a pas de libation du tout : le vin reste permis, et l’on doit le boire devant celui qui l’a touché.

8. Synthèse du Siman 124

En une phrase : ce qui rend le vin interdit n’est ni la présence d’un non-Juif, ni même son contact, mais la rencontre de trois conditions — l’intention de toucher, la connaissance qu’il s’agit de vin, et l’esprit libre — sur un geste qui agite ou qui meut le vin ; chaque condition qui manque fait descendre d’un degré, de l’interdit au profit vers l’interdit de boire, puis vers la permission — et le Rama observe qu’à son époque la première condition manque toujours.

Tableau-mémoire

La questionLe critère
Un enfant interdit-il le vin ?Oui, mais à la boisson seulementseif 1
Et le ger toshav ?À la boisson ; son vin à lui reste interditseif 2
L’esclave circoncis et immergé ?Permis immédiatement — pas d’attenteseif 3
“ Grand ” ou “ petit ” ?Non l’âge : connaît-il l’idolâtrie ?seif 4
Le non-Juif non idolâtre ?Un degré plus bas : vendableseifim 6-7
L’apostat, les anoussim ?Le rapport à l’idolâtrie, non le signeseifim 8-9
Quand le contact interdit-il au profit ?Trois conditions : intention, savoir, esprit libreseif 10
Qu’est-ce que toucher ?Toucher et agiter (שכשוך)seif 11
Il croyait de l’huile ?La 2e condition tombe : on descendseif 12
Le doigt dans la bonde ?Selon la profondeur et ce qu’il savaitseifim 14, 16
Secouer sans soulever ?Rama : pas une agitation — indulgent en cas de perteseif 17
Soulever et verser ?כח — le vin vient de luiseif 18
Il mesurait, il tapotait ?טרוד במלאכתו — la 3e condition tombeseif 19
Tombé dans la cuve ?Mort : vendable · vivant : interdit au profitseif 20
Le tonneau fendu ?En largeur : acte de brique · en longueur : nonseif 22
La main sur le trou ?Au-dessus interdit au profit · au-dessous vendableseif 23
Un contact par un objet, sans le vouloir ?Permis, même à boireseif 24
Et de nos jours ?Rama : tout leur contact est “ sans intention ”seif 24
Il a touché par dépit ?Permis — et le boire devant luiseif 27

Questions de compréhension

  1. Le seif 1 permet de tirer profit du vin touché par un enfant, et le seif 10 dit pourquoi. Quelle condition manque à l’enfant, et quelle autre catégorie du siman partage exactement ce défaut ?
  2. Au seif 3, le Mehaber écarte expressément un critère qui semblerait décisif : lequel, et qu’est-ce que ce refus nous apprend sur ce qui rend le vin interdit ?
  3. Le seif 6 abaisse d’un degré le non-Juif qui n’est pas idolâtre ; le seif 7 l’abaisse une seconde fois. Quelle condition supplémentaire faut-il, au seif 7, pour obtenir la permission complète ?
  4. Pourquoi l’apostat du seif 8 interdit-il le vin alors que celui qui a effacé sa circoncision ne l’interdit pas ? Formulez en une phrase le vrai critère du siman.
  5. Le seif 17 permet (selon le Rama) de secouer le récipient sans le soulever, et le seif 18 interdit de le soulever et de verser. Où passe exactement la frontière ?
  6. Au seif 22, la fissure en largeur est plus indulgente que la fissure en longueur. Pourquoi ? Quelle image le Mehaber emploie-t-il, et que dit-elle du contact ?
  7. Au seif 23, le Rama permet davantage lorsqu’aucun Juif n’était là pour sauver le vin. Cela paraît à l’envers : expliquez par quelle condition du seif 10 cela s’éclaire.
  8. La glose du Rama au seif 24 se termine par une réserve : ne pas publier la chose devant l’homme du commun. Que craint-il précisément — que l’on soit trop indulgent, ou que l’on ne sache plus où la permission s’arrête ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן קכ״ד · Niveau 1 — Initiation
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