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Accueil Yoreh De'ah · Le vin confié, et le Juif qui va et vient סימן קכ״ט Niveau 3 — Synthèse / Révision
✦ ❖ ✦ D A A T · N I V E A U 3 — S Y N T H È S E / R É V I S I O N ✦ ❖ ✦

Siman 129 — Le vin confié, et le Juif qui va et vient

דין המניח יין ביד עובד כוכבים וישראל יוצא ונכנס

Le Juif ferme sa boutique sur son employé, descend du bateau, court à la synagogue — et le vin reste seul. Vingt seifim pour une seule mesure : le non-Juif croit-il encore que le maître peut rentrer d'un instant à l'autre ? Le chemin de traverse, les quatre phrases qui rompent la peur, le temps qu'il faut pour ôter un bouchon et le remettre, la fente qui vaut porte ouverte, et ce qui reste quand personne n'a rien vu
Révision structurée, tableaux de psak, mémorisation rapide


Source : Shulchan Aroukh, Yoreh De'ah קכ״ט — 20 seifim
Nossei kelim : ש״ך (Shach) · ט״ז (Taz) · באר הגולה · ביאור הגר״א · פתחי תשובה · באר היטב
Compilation : הרב יוסף חיים סממה · DAAT
Pour les étudiants ayant maîtrisé les Niveaux 1 et 2
daattorah.com

📑 Plan de la synthèse

  1. L'axiome : ce n'est pas la présence qui garde le vin, c'est le מירתת
  2. Les 4 questions-réflexes : qui · où · combien de temps · qu'a-t-il été dit
  3. Tableau-maître A — les trois scènes du seif 1, et les cinq brèches
  4. Le דרך עקלתון : la possibilité d'un retour soudain (seifim 1, 2, 6, 7)
  5. Les quatre phrases qui rompent la surveillance
  6. Le seuil de temps : כדי שיסיר את המגופה ויחזירנה ותנגב — et le sceau unique
  7. Le lieu : la porte, la fente, la clef, les pieux (seifim 1, 5, 8, 16)
  8. Tableau-maître B — les huit récits où se mesure le מירתת (seifim 6 à 15)
  9. Quand personne n'a rien vu : רוב, קורבא דמוכח et ריעותא (seifim 11, 17, 18, 19)
  10. La parole du non-Juif et de la servante (seifim 8, 13, 20)
  11. Les 7 règles d'or
  12. Mnémonique — les six lettres de מירתת
  13. Les 6 pièges classiques
  14. Récap des 20 seifim — une ligne chacun
  15. Carte-éclair finale

1. L'axiome : ce n'est pas la présence qui garde le vin, c'est le מירתת

Le point de départ :

Le siman 128 demandait ce qu'il advient lorsqu'un non-Juif se retrouve seul là où il y a du vin. Le siman 129 pose la question qui, dans la vie réelle, revient tous les jours : le Juif s'en va pour de bon — il laisse son employé dans la boutique, il descend du bateau, il court à la synagogue —, et le vin reste sans personne. Le Mehaber ne répond jamais par il est absent, donc c'est interdit. Il répond par une seule mesure : le non-Juif croit-il, à cet instant précis, que le maître peut entrer ?

Cette croyance porte un nom — מירתת — et c'est elle, et non la présence physique, qui garde le vin. Tout le siman n'est que l'inventaire de ce qui la maintient et de ce qui la rompt : un chemin par où surgir, une porte restée ouverte, une phrase malheureuse, un délai trop long. Et quand elle a entièrement disparu, le siman change d'outil et passe au רוב.

Le moteur de tout le siman tient en huit mots du seif 1 : « מפני שהוא ירא בכל שעה עתה יבא ויראני » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א).

Le mécanisme exact est donné par le Chakh (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק א), et il vaut la peine de le retenir mot à mot : « כיון שהעובד כוכבים ידע שהישראל יודע שהוא שם אצל היין מירתת וסבור השתא יזכור הישראל יינו ויבא ויראנו ».

Le ressortCe qu'il établitOù il joue dans le siman
Le מירתת — la peur d'être surprisUn non-Juif qui pense pouvoir être vu ne touche pas, même après de longues heuresSeifim 1, 5, 8, 9, 10, 15
Le דרך עקלתון — le chemin de traverseIl faut qu'un retour soudain soit matériellement possibleSeifim 1, 2, 6, 7
Le seuil de temps de la מגופהUn tonneau scellé n'est perdu qu'à partir du délai qui permet de défaire et refaire le sceauSeifim 1, 7
Le רוב — la majoritéQuand nul n'a rien vu, on ne juge plus de la peur mais de la provenanceSeifim 11, 17, 18, 19
L'allègement du זמן הזהDe nos jours les non-Juifs ne font pas de nessekh, ce qui adoucit la dernière rigueur du simanSeif 20, en clôture
💡 Le repère : deux régimes se succèdent dans ce siman, et on ne les mélange pas. Les seifim 1 à 16 jugent une situation de garde : quelqu'un était là, on sait qui, on sait quand, et l'on mesure ce qu'il croyait. Les seifim 17 à 19 jugent un objet trouvé : personne n'était là, il n'y a rien à mesurer, et l'on suit la majorité. Le seif 20 revient au premier régime pour une dernière fois, avec la parole de celui qui a ouvert la porte.

⚖ Les deux moteurs du seif 1

  1. Ce que le non-Juif sait — le maître est-il, à ses yeux, susceptible de revenir sans prévenir ? Tant qu'il l'ignore, la durée de l'absence ne compte pour rien : le Mehaber permet אפילו שהה זמן רב.
  2. Ce que le non-Juif peut faire — s'il a fermé la boutique ou éloigné le chariot, il n'est plus visible, et la peur tombe d'elle-même : « והוא שלא נודע שסגר העובד כוכבים החנות או שהרחיק הקרון והספינה בענין שאין יכולים לראותו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א).
Le Rama désamorce d'avance la fausse symétrie : une porte close n'est pas un lieu clos. « ואפי׳ סגר החנות כל זמן שיש שם סדק או חור שיכולים לראות בתוכו חשוב כפתוח » (רמ״א יו״ד קכ״ט:א).

2. Les 4 questions-réflexes : qui · où · combien de temps · qu'a-t-il été dit

■ 1. QUI EST RESTÉ, ET À QUEL TITRE ? Un seul non-Juif, ou plusieurs ? Est-il gardien du lieu, ou simple porteur du tonneau ? Le porteur a une excuse toute prête pour avoir touché ; le gardien de la boutique n'en a aucune.
↓ le rapport de force étant fixé, où cela se passe-t-il ?
■ 2. LE LIEU LAISSE-T-IL VOIR ? Boutique restée ouverte, ou fermée ? Une fente, un trou, une lucarne suffisent à rendre le lieu ouvert. Et existe-t-il un chemin de traverse par lequel le maître peut surgir sans être aperçu de loin ?
↓ le lieu étant fixé, qu'est-ce qui a été dit ?
■ 3. QUELLE PHRASE A ÉTÉ PRONONCÉE ? שמור לי, לך ואני אבא אחריך, l'annonce qu'il s'éloigne, ou הוי מוזג ושותה : quatre formules, quatre manières de dire au non-Juif qu'il ne sera pas dérangé.
↓ et si la peur est tombée, reste la seule question quantitative
■ 4. COMBIEN DE TEMPS, ET SOUS QUEL SCEAU ? Tonneau ouvert : perdu dès qu'il quitte le regard. Tonneau scellé : perdu seulement si l'absence a duré le temps d'ôter tout le bouchon, de le remettre et de le laisser sécher.

Sur la deuxième question, le Mehaber pose la condition en toutes lettres : « בד״א שיש דרך עקלתון שיכול לבא עליו פתאום שלא יראנו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א).

Et le ש״ך rapporte le ר״ן, qui restreint cette exigence au seul porteur : « אבל בהניח וישראל יוצא ונכנס לא בעינן דרך עקלתון דכל שעה מתירא ממנו דילמא השתא אתי ישראל ויראהו מתקרב לחבית » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ח).

⚠ L'ordre des questions n'est pas indifférent. Une phrase malheureuse rend inutile le plus beau chemin de traverse : quand le maître a dit qu'il s'éloignait, le non-Juif ne craint plus rien, et l'on ne discute plus que du sceau et du délai. Inversement, aucun sceau ne rattrape un tonneau resté ouvert dans les mains d'un porteur.

3. Tableau-maître A — les trois scènes du seif 1, et les cinq brèches

Base : le seif 1, avec le ש״ך et le ט״ז. Le Mehaber ouvre par trois scènes qu'il traite d'un même mouvement, puis énumère ce qui les brise.

La scèneCe que fait le JuifVerdict de départPourquoi
La boutiqueIl laisse le non-Juif dans son magasin et sortPermis, même longtempsLe non-Juif ignore quand il rentrera
Le bateau ou le chariotIl descend pour la synagogue ou les bainsPermis, même longtempsIdem — à condition qu'il n'ait pas été vu entrer aux bains
Le porteurUn non-Juif lui transporte un tonneau d'un lieu à l'autrePermisIl redoute d'être rejoint sur le chemin

Les cinq brèches du seif 1

La brècheLe faitEffet
Le lieu se fermeLe non-Juif a fermé la boutique, ou éloigné le chariot et le bateau au point qu'on ne le voie plusLa peur tombe — sauf s'il subsiste une fente ou un trou
Pas de chemin de traverseLe maître ne peut pas revenir sans être aperçu de loinLa peur tombe
Il a été vu entrer aux bains« אבל אם ראה שהלך ליכנס לבית המרחץ יודע שלא ימהר לבא » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א)La peur tombe
Il a dit שמור לי« וכן אם אמר לעובד כוכבים שהניח בחנות שמור לי יודע שנסתלק משמירתו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א)Le maître s'est retiré de sa propre garde
Il a annoncé son éloignementAu porteur : לך ואני אבא אחריך — ou l'aveu qu'il s'en vaOuverts : interdits dès qu'ils sortent du regard. Scellés : selon le délai
💡 À ne pas confondre : la durée et le savoir. Le Mehaber permet expressément une absence longue tant que le non-Juif ne sait rien ; il interdit une absence courte dès lors qu'il a été prévenu. Ce n'est pas le temps qui interdit, c'est l'information.

Le Rama, pour finir, sépare nettement le permis du recommandable : « לכתחלה לא יניח אדם בביתו יין או חומץ אצל עובד כוכבים לבד כלל אבל בדיעבד מותר » (רמ״א יו״ד קכ״ט:א).

4. Le דרך עקלתון : la possibilité d'un retour soudain (seifim 1, 2, 6, 7)

Le דרך עקלתון est le chemin détourné par lequel le maître peut réapparaître sans avoir été vu venir. Sans lui, le non-Juif surveille la route droite, voit le maître de loin, et dispose de tout le temps qu'il lui faut.

Le casLa règleSource
Un seul non-Juif, chemin de traverse existantPermisשו״ע יו״ד קכ״ט:א
Deux non-Juifs ou davantageInterdit — l'un guette, l'autre toucheשו״ע יו״ד קכ״ט:ב
Il est allé aux bains par un détour, sans qu'on le sachePermisשו״ע יו״ד קכ״ט:א
On l'a vu entrer aux bainsInterdit — on sait qu'il ne reviendra pas viteשו״ע יו״ד קכ״ט:א
Il a quitté le bateau à la sonnerie du chofar, un seul non-Juif à bordPermis, même au-delà de deux mille coudéesשו״ע יו״ד קכ״ט:ו
Il est parti prier, chacun buvant son propre vinPermis, s'il y a un chemin de traverseשו״ע יו״ד קכ״ט:ז

La règle du nombre est posée sans détour : « הא דשרי כשיש דרך עקלתון דוקא כשהעובד כוכבים לבדו אבל אם הם שנים או יותר אסור שאפשר לאחד מהם לשמור הדרך עקלתון והאחר יגע » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ב).

Et le seif 6 ajoute une raison qui surprend d'abord, puis éclaire tout : le vin reste permis même très loin, « אם יש דרך עקלתון שיוכל לבא עליו פתאום ואין שם אלא עובד כוכבים א׳ מותר היין אפילו אם יש בינו ליין יותר מאלפים אמה שאין אנו בעיניהם בחזקת שומרי שבת כראוי » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ו).

💡 Pourquoi cette raison est un principe : ce n'est pas la réalité de la distance qui compte, c'est ce que le non-Juif en déduit. Puisqu'il ne nous croit pas assez scrupuleux pour renoncer à franchir la limite du Shabbat, il tient le retour du maître pour possible — et il craint. Le siman entier raisonne ainsi : non pas sur les faits, mais sur ce que l'autre en conclut.

5. Les quatre phrases qui rompent la surveillance

Quatre formules reviennent dans le siman. Chacune, prononcée par le maître, dit au non-Juif la même chose : tu ne seras pas dérangé. Ce sont les vraies causes d'interdiction du siman — bien plus que la durée de l'absence.

La phraseCe qu'elle signaleEffetSource
שמור לי — garde-moi celaLe maître s'est déchargé de sa propre surveillanceInterditשו״ע יו״ד קכ״ט:א
לך ואני אבא אחריך — va, je te suisLe porteur sait qu'il ne sera pas rejoint tout de suiteOuverts interdits ; scellés selon le délaiשו״ע יו״ד קכ״ט:א
הודיעו שהוא מפליג — il l'a averti qu'il s'éloignaitLe maître ne peut plus survenirOuverts interdits ; scellés selon le délaiשו״ע יו״ד קכ״ט:א
הוי מוזג ושותה — verse-toi et boisLe non-Juif a reçu un titre à approcher le vinTous les tonneaux ouverts de la maison interditsשו״ע יו״ד קכ״ט:ז

La quatrième mérite d'être lue en entier, car elle déborde très largement la table où l'on buvait : « ואם אמר לו הוי מוזג ושותה כל החביות הפתוחות שבבית אסורות והסתומות מותרות » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ז).

⚖ Trois exceptions qui rattrapent une phrase malheureuse

  1. La saison de grand passage. Même averti, si le tonneau est bouché et que les passants abondent, c'est permis : « אפילו הודיעו שהוא מפליג אם החבית פקוקה והוא בזמן שיש הרבה עוברי דרכים כגון בין הגתות מותר שהוא מתירא מעוברי דרכים אפילו הם עובדי כוכבים » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ד). La surveillance passe du maître aux inconnus de la route.
  2. La clef seule. Remettre la clef n'est pas remettre le lieu : « שלא מסר לו אלא שמירת המפתח והוא ירא ליכנס בו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ה) — et cela vaut même s'il l'a averti de son départ.
  3. Le sceau. Un tonneau scellé n'est perdu qu'au terme d'un délai précis, et le Rama y ajoute encore l'indulgence du seul sceau en cas de perte importante.
⚠ Le piège du seif 7. On croit que la question est où était le vin. Elle l'est en partie : sur la table, interdit ; hors de la table, seul ce qui est à portée de main est interdit — « ואת שחוץ לשלחן את שתוך פישוט ידיו אסור ושחוץ לפישוט ידיו מותר » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ז). Mais dès que la phrase הוי מוזג ושותה a été prononcée, la géographie ne compte plus : c'est toute la maison qui bascule.

6. Le seuil de temps : כדי שיסיר את המגופה ויחזירנה ותנגב — et le sceau unique

Quand la peur est tombée, le siman ne dit pas interdit : il mesure. Un tonneau ouvert est perdu sans délai ; un tonneau scellé ne l'est qu'au bout du temps matériellement nécessaire pour défaire le sceau et le refaire sans que cela se voie.

■ TONNEAU OUVERT « אם החביות פתוחות כיון שנעלמו מעיניו אסורות » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א). Aucun délai à mesurer : le regard perdu suffit.
↓ mais si le tonneau porte un sceau
■ TONNEAU SCELLÉ — LE SEUIL « ואם הם סתומות אם יש בהפלגתו שיעור כדי שיוכל להסיר מגופות החבית כולה בין שהיא של טיט בין שהיא של סיד ולהחזירה ותנגב אסור » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א). Trois gestes, un seul délai : ôter tout le bouchon, le remettre, et le laisser sécher.
↓ et l'avis qui dispense entièrement du calcul
■ L'AVIS DE ר״ת « וי״א דאם הם סתומות שרי בכל ענין דיין סגי ליה חותם א׳ » (רמ״א יו״ד קכ״ט:א) — sur quoi le Rama conclut qu'on peut s'y appuyer en cas de perte importante, et renvoie au siman 130.

Ce que cette indulgence coûte et ce qu'elle rapporte, le Chakh l'explique exactement (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק י״א) : « היינו משום דיש פוסקים דסתימת מגופה לא הוי כחותם אבל בחותם אחד ממש סגי בדיעבד אפילו בלא הפסד מרובה ».

État du tonneauSans avertissementAvec avertissement
Ouvert, sans bouchonPermis, même longtempsInterdit dès qu'il quitte le regard
Bouché d'un bouchon simple פקוקPermisPermis à la saison des passants ; sinon interdit
Scellé d'une מגופה d'argile ou de chauxPermisInterdit seulement si le délai complet s'est écoulé
Scellé, perte importantePermisPermis selon ר״ת, sur qui le Rama autorise à s'appuyer
💡 Le détail qui décide : ותנגב. Le délai ne s'arrête pas au geste de reposer le bouchon : il inclut le séchage. Un sceau refait mais encore humide se voit — c'est pourquoi il n'est pas dangereux. Le siman ne compte pas le temps du méfait, il compte le temps de l'effacement des traces.

7. Le lieu : la porte, la fente, la clef, les pieux (seifim 1, 5, 8, 16)

Après le temps, l'espace. Le siman revient sans cesse à une même question matérielle : de l'endroit où il est, peut-on être vu ? Une porte close ne suffit pas à répondre non.

La configurationVerdictSource
Boutique restée ouvertePermisשו״ע יו״ד קכ״ט:א
Boutique fermée, mais une fente ou un trou laisse voirPermis — réputée ouverteרמ״א יו״ד קכ״ט:א
Porte verrouillée de l'intérieur, aucune fenteC'est là seulement que le Rama interditרמ״א יו״ד קכ״ט:ה
La clef remise, le lieu nonPermis, même sans aucun Juif en villeשו״ע יו״ד קכ״ט:ה
Porte fermée au verrou mais non à la clef, le maître partiPermisשו״ע יו״ד קכ״ט:ח
Étage et rez-de-chaussée reliés par une lucarnePermis, si l'on est sorti et rentré en hâteשו״ע יו״ד קכ״ט:ט
Cour partagée par des têtes de pieuxPermis, même à portée de sa mainשו״ע יו״ד קכ״ט:ט״ז

Le seif 5 pose la distinction que tout le reste suppose : « המוסר מפתח חנותו לעובד כוכבים היין שבו מותר אפילו לא נשאר שום יהודי בעיר » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ה).

Le Rama en tire la règle du voleur : « ואם עבר העובד כוכבים ונכנס שם אם נתפס כגנב שרי ואם אינו נתפס כגנב ויש לו התנצלות על מה שנכנס אסור » (רמ״א יו״ד קכ״ט:ה).

Et il borne l'interdiction au seul lieu vraiment clos : « ודוקא אם סגר הדלת במנעול מבפנים ואין סדק בחדר שיכולים לראות משם » (רמ״א יו״ד קכ״ט:ה).

⚠ Là où rien ne retient plus. Le Rama nomme le cas où le mécanisme entier cesse de fonctionner : « ואם העובד כוכבים אינו מירתת כגון עבדי המושל שתפסו היהודי » (רמ״א יו״ד קכ״ט:ה). Celui qui agit sous l'autorité du pouvoir ne redoute personne — et la mesure du siman n'a plus prise. Il faut alors un signe attestant qu'on n'a pas touché.
💡 Le fil des pieux : au seif 16, une simple rangée de piquets suffit à séparer deux domaines, même si la main du voisin atteint le tonneau. La séparation n'a pas à être un mur : il suffit qu'elle marque un droit. Là encore, ce n'est pas la matière qui interdit, c'est ce que l'autre s'autorise.

8. Tableau-maître B — les huit récits où se mesure le מירתת (seifim 6 à 15)

Les seifim 6 à 15 ne sont pas une liste de curiosités : ce sont dix mesures du même instrument, prises dans des circonstances de plus en plus défavorables. On les lit en colonne, et le principe se dégage.

SeifLe récitVerdictCe qui fait la décision
6Le chofar du vendredi ; le Juif entre en ville et laisse le vin dans le bateauPermisIls ne nous croient pas assez scrupuleux pour ne pas revenir
7L'appel à la prière ; chacun buvait son propre vinPermisLe chemin de traverse subsiste
7Ils buvaient du même vin, verres sur la tableLa table interdite, la portée de main interditeLe non-Juif a un titre à toucher
8Le verrou engagé, la clef oubliée, le maître déjà loinPermisLe non-Juif ignorait le départ
9Sortis en hâte voir un marié ; le non-Juif ferme derrière luiPermisIl a cru que le Juif l'avait précédé
9La même scène, mais sans hâteInterditSans hâte, il aurait vérifié
10Le lion rugit ; le non-Juif se cache entre les tonneauxPermis, même ouvertsIl se dit qu'un autre s'est peut-être caché là
12La troupe entre en ville, en temps de paixOuverts interdits, scellés permisEn paix, le soldat redoute qu'on lui demande des comptes
12La même troupe, en temps de guerreTout permisElle est occupée à autre chose que le vin
14Une courtisane non-juive dans une assemblée juivePermisL'assemblée ne la laisse pas faire
14Une courtisane juive dans une assemblée de non-JuifsMême son vin est interditNul ne surveille plus rien
15La fenêtre ouverte, le non-Juif entré avec une courtisanePermisIl avait autre chose en tête

Le seif 9 dit exactement pourquoi une porte refermée sur le vin ne l'interdit pas : « שלא סגר העובד כוכבים אלא על דעת שכבר נכנס הישראל לביתו ולא נשאר אדם בחוץ וכמדומה לו שהוא קדמו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ט).

Le Rama en fixe aussitôt la limite : « ודוקא שיצאו בבהלה וחזרו דאפשר לומר שמתוך בהלתו חזר ולא דקדק יפה בכניסת ישראל אבל שלא בבהלה היין אסור » (רמ״א יו״ד קכ״ט:ט).

Le seif 10 pousse le raisonnement à son extrême : « עובד כוכבים ששמע קול שאגת אריה ומפחדו נחבא בין החביות יין וסגר הדלת אחריו מותר אפי׳ הן פתוחות מפני שהוא אומר שמא ישראל אחר נחבא כאן ויראה אותי כשאגע » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י).

Sur le seif 14, le ט״ז rapporte la raison de la guemara, et elle vaut d'être retenue : « נהי דתקיף להו יצרא דעבירה יצרא דיין נסך לא תקיף להו » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ד).

Et sur le seif 15, le ש״ך résume en cinq mots pourquoi le vin est resté intact : « דבעבידתיה טרוד ואין לו פנאי לנסך » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ל״ו).

9. Quand personne n'a rien vu : רוב, קורבא דמוכח et ריעותא (seifim 11, 17, 18, 19)

Aux seifim 11 et 17 à 19, le décor change du tout au tout. Il n'y a plus de gardien, plus de maître qui s'absente, plus de peur à mesurer : il y a un tonneau ouvert dans une cave, un tonneau qui flotte, une outre au bord de la route. La question n'est plus qu'a-t-il cru ? mais d'où cela vient-il ?

Le casLa règleSource
Voleurs dans la cave, majorité des voleurs non-juifsInterditשו״ע יו״ד קכ״ט:י״א
Majorité des voleurs juifsPermisשו״ע יו״ד קכ״ט:י״א
Majorité ismaéliteInterdit à boire, permis au profitשו״ע יו״ד קכ״ט:י״א
Quartier juif que le passage non-juif ne traverse pasOn suit la majorité du quartierשו״ע יו״ד קכ״ט:י״א
Lieu où l'on cache l'argent dans des tonneauxPermis — ils venaient pour l'argentשו״ע יו״ד קכ״ט:י״א
Scellés retrouvés scellés, ou aucune anomalieTout permisרמ״א יו״ד קכ״ט:י״א
Tonneau flottant, barrage en amont, ville juive en facePermisשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ז
Tonneau flottant sans barrageInterdit — on suit la majorité des alentoursשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ז
Tonneau dans une vigne juive, majorité de vignes non-juives autourInterdit, même contre la proximité probanteשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ח
Grandes outres, majorité juive parmi ceux qui versent le vinPermisesשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ט
Petites outres seulesInterdites — c'est le format des passantsשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ט
Grandes et petites ensembleToutes permisesשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ט

La règle de départ est énoncée sans nuance : « גנבים שנכנסו למרתף ופתחו חביות יין אם רוב גנבי העיר עובדי כוכבים אסור ואם רובן ישראל מותר ואם רובן ישמעאלים אסור בשתיה ומותר בהנאה » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״א).

Le Rama en réduit aussitôt la portée à ce qui a été réellement constaté : « אבל אם היו סתומות ונמצאו סתומות או שהיו כולם פתוחות ולא נמצא בהם ריעותא הכל שרי » (רמ״א יו״ד קכ״ט:י״א).

Et le seif 18 établit le principe que les trois derniers seifim appliquent : « החבית אסורה דאזלינן בתר רובא אף ע״ג דאיכא קורבא דמוכח דשל ישראל היתה » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ח).

💡 Ce que la ריעותא change : sans anomalie constatée, il n'y a pas même matière à statuer. Le Rama ne dit pas que le vin est permis parce qu'on est indulgent ; il dit qu'il n'y a rien à juger. C'est la différence entre un doute et une absence de doute — et c'est elle qui rend le seif 11 praticable.

10. La parole du non-Juif et de la servante (seifim 8, 13, 20)

Trois seifim mettent en scène un non-Juif qui parle : celui qui avertit qu'une porte n'était pas fermée, celui qui reconnaît être entré pour puiser de l'eau, et la servante qui raconte d'où vient le vin. Ce n'est pas un témoignage — le siman ne les croit jamais sur parole —, c'est un fait de plus à peser.

Qui parleCe qu'il ditEffetSource
Le voisin non-juifLa porte n'était pas fermée à clef depuis des joursPermis — il ignorait le départ, donc il craignaitשו״ע יו״ד קכ״ט:ח
Celui qui a ouvert l'entrepôtIl est entré puiser de l'eau pour bâtir sa maisonPermisשו״ע יו״ד קכ״ט:כ
La servante, sur le vin de la tableElle l'a pris à la caveLe vin de la table interditרמ״א יו״ד קכ״ט:כ
La servante, sur le vin de la caveElle l'a pris à la caveLa cave reste permise — elle n'est pas crueרמ״א יו״ד קכ״ט:כ
La servante, sur les robinets refermésC'est elle qui les a refermésInterdit — sauf de nos joursרמ״א יו״ד קכ״ט:כ
Le non-Juif près du pressoirIl ne dit rien ; on mesure l'humiditéRinçage, et essuyage s'il y a de quoi mouillerשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ג

Le récit du verrou est instructif parce que le maître y a commis une faute et s'en tire quand même : « ישראל ששכר בית בחצר העובד כוכבים והניח בו יין וסגר הדלת והכניס הבריח בטבעת ושכח ולא סגרו במפתח והפליג » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ח) — et le Rama en donne la raison : « הואיל ולא ידע העובד כוכבים שמפליג הישראל מירתת ולא נגע » (רמ״א יו״ד קכ״ט:ח).

Sur la servante, le Rama est net : « דאין העובדת כוכבי׳ נאמנת ואימר במקום אחר לקחה » (רמ״א יו״ד קכ״ט:כ).

Et il clôt le siman sur l'allègement qui gouverne aujourd'hui toute la matière : « מיהו בזמן הזה דאין העובדי כוכבים מנסכים שרי » (רמ״א יו״ד קכ״ט:כ).

⚖ Le seif 13, à part

Le pressoir n'est pas une affaire de garde mais de résidu. « עובד כוכבים שנמצא עומד אצל הגת אם יש בה טופח על מנת להטפיח » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ג), et alors « צריך הדחה וניגוב ואי לא בהדחה סגי » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ג). Le ש״ך explique pourquoi l'on est ici plus sévère qu'ailleurs : « דחיישינן שמא נגע בו דלא מירתת למיגע שהוא סבור שאינו מפסידו כיון שאין בו יין עוד » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ל״ד). Là où il ne reste presque rien, le non-Juif ne croit rien gâter — et donc il ne craint pas.

11. Les 7 règles d'or

  1. La durée ne dit rien. Une longue absence est permise, une courte peut interdire. Ce n'est pas le temps écoulé qui décide, c'est ce que le non-Juif savait du retour.
  2. Une porte close n'est pas un lieu clos. Une fente, un trou, une lucarne, un toit qui domine : tout ce qui laisse voir rétablit la permission.
  3. Le porteur et le gardien ne se jugent pas ensemble. Celui qui tient le tonneau a une excuse toute prête ; celui qui garde la boutique n'en a aucune.
  4. Une phrase coûte plus qu'une heure. שמור לי, לך ואני אבא אחריך, l'annonce du départ, הוי מוזג ושותה : ce sont elles, les vraies causes d'interdiction du siman.
  5. Le sceau achète du temps, pas l'impunité. Le seuil est le délai qui permet d'ôter le bouchon, de le remettre et de le laisser sécher — le temps d'effacer la trace, non celui du méfait.
  6. Sans anomalie, il n'y a rien à juger. Scellés retrouvés scellés, ou tous ouverts sans rien d'anormal : la question de la majorité ne se pose même pas.
  7. Quand la peur disparaît tout à fait, changez d'outil. Les hommes du pouvoir, le tonneau qui flotte, l'outre sur la route : on ne mesure plus une crainte, on suit une majorité.

12. Mnémonique — les six lettres de מירתת

Les six lettres de מירתת — la peur qui garde le vin — servent d'aide-mémoire aux six questions du siman.

Et l'on garde en tête que si les cinq réponses sont favorables, il reste une dernière question, celle du Rama en clôture : sommes-nous בזמן הזה ?

13. Les 6 pièges classiques

  1. Croire que l'absence longue est le problème. Le Mehaber permet expressément אפילו שהה זמן רב. Chercher combien de temps le Juif est resté dehors, c'est chercher la mauvaise donnée.
  2. Lire le seif 3 comme une redite du seif 1. Il dit l'inverse pour le porteur : « ואפילו היא חסרה אסורה דחיישינן דילמא נגע ולא יירא כלל שיכול להשמט ולומר להחזיק בה כוונתי שלא תפול » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ג). Ce qui sauve le gardien perd le porteur — parce que le porteur peut se justifier.
  3. Étendre le דרך עקלתון à tous les cas. Le ש״ך rapporte au nom du ר״ן qu'il n'est exigé que du porteur, celui qui tient le tonneau en main ou sur l'épaule.
  4. Prendre פקוק pour סתום. Le bouchon simple et le sceau d'argile ne valent pas la même chose — le seif 12 les oppose explicitement en temps de paix.
  5. Oublier le séchage. Le seuil de temps n'est pas le temps d'ouvrir et de refermer : il inclut ותנגב.
  6. Appliquer le רוב avant d'avoir constaté quelque chose. Le Rama interdit ce raccourci : sans ריעותא, il n'y a rien à trancher, et le vin est simplement permis.

Un dernier piège, plus discret : le seif 11 traite d'un quartier juif, et le seif 18 d'une proximité probante. On croit y lire la même idée. Elle est opposée : au seif 11, la séparation du quartier fait qu'il constitue à lui seul le corps du calcul ; au seif 18, la proximité ne pèse rien contre la majorité. La première est une frontière, la seconde une simple distance.

14. Récap des 20 seifim — une ligne chacun

SeifSujetL'essentiel
1Les trois scènes, et ce qui les romptCelui qui laisse un non-Juif dans sa boutique et sort ; celui qui a du vin dans un bateau ou un chariot et le laisse avec le non-Juif pour aller à la synagogue ou aux bains ; celui dont le non-Juif transporte un tonneau d'un lieu à l'autre et qu'il laisse seul avec le vin : permis, même s'il s'est attardé longtemps, parce que le non-Juif craint à chaque instant que le maître ne survienne. Le Rama ajoute qu'a priori on ne laisse jamais du vin ni du vinaigre seuls chez soi auprès d'un non-Juif, mais qu'a posteriori c'est permis. La permission tombe si l'on sait que le non-Juif a fermé la boutique ou éloigné le chariot ou le bateau au point qu'on ne puisse plus le voir — et le Rama précise qu'une fente ou un trou par lequel on voit à l'intérieur vaut porte ouverte. Encore faut-il qu'il existe un chemin de traverse par lequel le maître peut surgir sans être vu ; s'il l'a vu entrer aux bains, le non-Juif sait qu'il ne reviendra pas vite. De même s'il lui a dit “ garde-moi cela ”, ou “ va, je te suis ” au porteur, ou s'il l'a averti qu'il s'éloignait : tonneaux ouverts, interdits dès qu'ils quittent son regard ; tonneaux scellés, interdits seulement si l'absence a duré le temps d'ôter tout le bouchon, de le remettre et de le laisser sécher. Rama : certains tiennent qu'un tonneau scellé est permis en tout état de cause, un seul sceau suffisant pour le vin, et l'on peut s'appuyer sur eux en cas de perte importante.
2Le chemin de traverse ne vaut que contre un seulLa permission fondée sur le דרך עקלתון ne vaut que si le non-Juif est seul. S'ils sont deux ou plus, c'est interdit : l'un peut surveiller le chemin de traverse pendant que l'autre touche.
3Le porteur n'est pas le gardienQue des tonneaux entièrement ouverts, sans bouchon, restent permis ne vaut que dans le bateau ou la boutique, où le non-Juif n'a aucun titre à toucher le tonneau lui-même. Mais chez celui qui porte le tonneau d'un lieu à l'autre, non : même entamé, il est interdit, car on craint qu'il n'ait touché sans aucune crainte, pouvant toujours se dérober en disant qu'il voulait seulement le retenir pour qu'il ne tombe pas.
4Les passants font la surveillanceMême s'il l'a averti qu'il s'éloignait : si le tonneau est bouché et que l'on est à une saison de grand passage — par exemple entre les pressoirs —, c'est permis, car il redoute les passants même non-Juifs.
5La clef n'est pas la maisonCelui qui remet la clef de sa boutique à un non-Juif : le vin qui s'y trouve est permis, même s'il ne reste aucun Juif dans la ville, et même s'il l'a averti qu'il s'éloignait — car il ne lui a confié que la garde de la clef, et il craint d'entrer. Un avis restreint la permission au cas où il ne sait pas qu'il s'éloigne. Rama : on est indulgent comme le premier avis. Si le non-Juif est entré malgré tout : tenu pour voleur, permis ; non tenu pour voleur, avec une excuse à faire valoir, interdit. Et cela seulement si la porte était verrouillée de l'intérieur et sans fente ; sinon — porte ouverte, ou simple fente — le vin est permis, car le non-Juif מירתת. Mais là où il ne craint rien — les hommes du gouverneur qui ont saisi le Juif —, tout est interdit faute d'un signe attestant qu'ils n'ont pas touché.
6Le chofar du vendrediUn Juif et un non-Juif dans un bateau chargé de vin ; le Juif entend la sonnerie du chofar qui annonce la cessation du travail et entre en ville, laissant le vin avec le non-Juif : s'il existe un chemin de traverse et qu'il n'y a qu'un seul non-Juif, le vin est permis même à plus de deux mille coudées — car nous ne passons pas, à leurs yeux, pour des observateurs scrupuleux du Shabbat.
7La table, la portée de la main, et “ verse-toi à boire ”Ils étaient attablés, chacun buvant son propre vin, et le Juif est parti prier à l'appel de la synagogue : le vin reste permis s'il y a un chemin de traverse. Mais s'ils buvaient ensemble d'un même vin, avec du vin sur la table et d'autre vin hors de la table : celui sur la table est interdit ; hors de la table, ce qui est à portée de main est interdit et ce qui est hors de portée est permis. Et s'il lui a dit “ verse-toi et bois ”, tous les tonneaux ouverts de la maison sont interdits, les scellés permis — sauf s'il s'est attardé le temps d'ôter le bouchon, de le remettre et de le laisser sécher.
8Le verrou sans la clefUn Juif qui a loué une maison dans la cour d'un non-Juif, y a laissé du vin, a fermé la porte et engagé le verrou dans l'anneau, mais a oublié de donner un tour de clef, puis s'est éloigné ; des jours plus tard le non-Juif s'aperçoit que ce n'était pas fermé à clef et en avertit le Juif : permis. Rama : puisque le non-Juif ignorait que le Juif s'éloignait, il מירתת et n'a pas touché.
9Sorti en hâte, rentré en hâteUne maison où un Juif a du vin, le non-Juif habitant en bas et le Juif à l'étage, avec une lucarne de l'étage vers la maison ; tous deux sortent en hâte voir un marié ou une oraison funèbre, le non-Juif revient et ferme la porte, le Juif rentre après lui : même si le Juif ne peut passer que par la maison et ne peut le faire sans être vu, le vin ouvert reste permis — le non-Juif n'a fermé que dans l'idée que le Juif était déjà rentré et qu'il l'avait précédé. Rama : et seulement s'ils sont sortis et rentrés en hâte ; sans cette hâte, le vin est interdit.
10Le rugissement du lionUn non-Juif qui, entendant rugir un lion, s'est caché de peur entre les tonneaux de vin et a refermé la porte sur lui : permis, même si les tonneaux sont ouverts — car il se dit qu'un autre Juif s'est peut-être caché là et le verra s'il touche.
11Les voleurs, et la ריעותאDes voleurs entrés dans une cave et qui ont ouvert des tonneaux : si la majorité des voleurs de la ville sont non-Juifs, interdit ; si la majorité sont juifs, permis ; si la majorité sont ismaélites, interdit à la consommation et permis au profit. Un quartier juif non traversé par le passage des non-Juifs se juge sur sa propre majorité. Et là où l'on cache d'ordinaire de l'argent dans des tonneaux placés parmi ceux de vin, c'est permis même si la majorité des voleurs sont non-Juifs — ils ne venaient peut-être que pour l'argent. Rama : tout cela ne vaut que si l'on constate une ריעותא ; scellés retrouvés scellés, ou tous ouverts sans rien d'anormal, tout est permis, un voleur ordinaire n'emportant pas de vin. Si l'anomalie ne touche qu'une partie, tout reste permis. Et certains ne parlent que de voleurs non-juifs connus : si l'on connaît un voleur juif et aucun non-Juif, on impute au Juif connu.
12La troupe : paix et guerreUne troupe entrée en ville et dans la maison d'un Juif en temps de paix : les tonneaux ouverts, même bouchés d'un bouchon de bois, sont interdits ; ceux scellés d'un bouchon d'argile sont permis. En temps de guerre, les uns et les autres sont permis. Et cela vise ceux qui étaient ouverts dès l'origine ; ceux qui étaient scellés et ont été ouverts, on les suspecte.
13Debout près du pressoirUn non-Juif trouvé debout près du pressoir : s'il y reste assez d'humidité pour que la main mouillée en mouille une autre — טופח על מנת להטפיח —, il faut rincer et essuyer ; sinon, un rinçage suffit.
14La courtisaneUne courtisane non-juive dans une assemblée juive : le vin est permis, car ils ne la laisseront pas y toucher. Mais une courtisane juive dans une assemblée de non-Juifs : même le vin de la courtisane est interdit.
15La fenêtre restée ouverteIl a laissé du vin chez lui, fenêtre ouverte ; un non-Juif est venu, y a fait entrer une courtisane et a refermé la porte sur lui ; le Juif est revenu ensuite et a trouvé son vin tel qu'il l'avait laissé : permis.
16La cour partagée par des pieuxUne cour partagée par des têtes de pieux entre un Juif et un non-Juif : bien que des tonneaux ouverts se tiennent près de la part du non-Juif et à portée de sa main, ils sont permis. De même si le toit du Juif domine celui du non-Juif et qu'ils sont séparés par des pieux, il peut y laisser son vin quoique la main de l'autre y atteigne.
17Le tonneau qui flotteUn tonneau de vin flottant sur la rivière et trouvé en face d'une ville à majorité juive : s'il y a dans la rivière des obstacles et un barrage qui l'auraient arrêté s'il venait d'ailleurs, il est permis, car on ne peut le rattacher qu'à cette ville ; sans barrage, il est interdit, car on le rattache à la majorité des alentours, non-juive. Trouvé face à une ville à majorité non-juive, si la majorité des alentours est juive et que la route est droite, il est permis même très près de la ville non-juive : on écarte le proche et l'on suit la majorité. Sinon le vin est interdit au profit et la cruche est au trouveur ; et si un Juif vient en donner un signe, le vin aussi est permis. Rama : et seulement s'il est bouché ; entièrement ouvert, le vin est interdit.
18Le tonneau dans la vigneUn tonneau de vin trouvé dans la vigne d'un Juif, avec d'autres vignes juives proches et de nombreuses vignes non-juives autour, fussent-elles éloignées : le tonneau est interdit, car on suit la majorité même contre une proximité probante. Et de même pour alléger : trouvé dans une vigne non-juive, s'il y a davantage de vignes juives même éloignées, on va vers l'indulgence — pourvu que le lieu soit à l'écart des passants ; sinon c'est interdit, la plupart des passants étant non-Juifs. Et tout cela pour une gourde, non pour un tonneau que les passants ne portent pas.
19Les outres sur la routeDes outres de vin trouvées jetées sur la route : si la majorité de ceux qui versent le vin sont juifs, elles sont permises quand elles sont grandes ; petites, elles sont interdites, car les passants en portent de pareilles et la plupart sont non-Juifs. Mais s'il y en a de grandes et de petites, toutes sont permises : les grandes prouvent pour les petites, venues seulement équilibrer la charge.
20L'aveu du non-Juif, et la servanteUn Juif qui a du vin dans son entrepôt fermé à clef, trouve la porte ouverte, et un non-Juif reconnaît l'avoir ouverte pour puiser de l'eau au puits qui s'y trouve afin de bâtir sa maison : permis. Rama : celui qui a dit à sa servante de dresser la table, trouve du vin sur la table et s'entend dire par elle qu'elle l'a pris à la cave : le vin de la cave est permis — la servante n'est pas crue — et celui de la table est interdit. De même pour la clef cachée et la cruche trouvée dans la paille. Mais si des voleurs ont tiré du vin en laissant les robinets ouverts, qu'on les retrouve fermés et que la servante dit les avoir fermés : puisqu'elle s'est trouvée seule avec le vin, qu'elle n'est pas tenue pour voleuse et que les indices l'accréditent, le vin est interditsauf de nos jours, où les non-Juifs ne font pas de nessekh.

15. Carte-éclair finale

QuestionRéponse-réflexeSource
Le Juif est sorti de sa boutique et s'est attardé longtemps ?Permis — le non-Juif ignore quand il rentreשו״ע יו״ד קכ״ט:א
Le non-Juif a fermé la boutique ?Interdit — sauf s'il subsiste une fente ou un trouשו״ע יו״ד קכ״ט:א ; רמ״א שם
Aucun chemin de traverse ?Interdit — il verra le maître venir de loinשו״ע יו״ד קכ״ט:א
Ils sont deux non-Juifs ?Interdit, même avec un chemin de traverseשו״ע יו״ד קכ״ט:ב
Le Juif a dit “ garde-moi cela ” ?Interdit — il s'est retiré de sa gardeשו״ע יו״ד קכ״ט:א
Il a averti qu'il s'éloignait, tonneaux ouverts ?Interdits dès qu'ils quittent son regardשו״ע יו״ד קכ״ט:א
Même chose, tonneaux scellés ?Interdits seulement si le délai de la מגופה s'est écouléשו״ע יו״ד קכ״ט:א
Perte importante sur un tonneau scellé ?On peut s'appuyer sur ר״ת : un seul sceau suffitרמ״א יו״ד קכ״ט:א
Averti, mais bouchon en place à la saison des passants ?Permis — il redoute les passants, fussent-ils non-Juifsשו״ע יו״ד קכ״ט:ד
On lui a remis la clef de la boutique ?Permis, même sans aucun Juif en villeשו״ע יו״ד קכ״ט:ה
Il est entré quand même ?Permis s'il est tenu pour voleur, interdit s'il a une excuseרמ״א יו״ד קכ״ט:ה
Ce sont les hommes du gouverneur ?Tout interdit, faute d'un signe attestant qu'ils n'ont pas touchéרמ״א יו״ד קכ״ט:ה
Il a dit “ verse-toi et bois ” ?Tous les tonneaux ouverts de la maison sont interditsשו״ע יו״ד קכ״ט:ז
Le vin était hors de la table ?Interdit à portée de main, permis au-delàשו״ע יו״ד קכ״ט:ז
Sortis en hâte, le non-Juif a refermé ?Permis — il a cru que le Juif l'avait précédéשו״ע יו״ד קכ״ט:ט
Une troupe est entrée en temps de guerre ?Tout permis — ouverts comme scellésשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ב
Un non-Juif près du pressoir humide ?Rinçage et essuyage s'il y a טופח על מנת להטפיחשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ג
Une cour partagée par des pieux ?Permis, même à portée de sa mainשו״ע יו״ד קכ״ט:ט״ז
Des voleurs, mais rien d'anormal constaté ?Tout permis — un voleur n'emporte pas de vinרמ״א יו״ד קכ״ט:י״א
Un tonneau trouvé dans une vigne juive, vignes non-juives autour ?Interdit — la majorité l'emporte sur la proximitéשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ח
Des outres grandes et petites ensemble ?Toutes permisesשו״ע יו״ד קכ״ט:י״ט
La servante dit avoir refermé les robinets ?Interdit selon la lettre — permis de nos joursרמ״א יו״ד קכ״ט:כ

⚖ Le réflexe en 3 questions

  1. Que sait le non-Juif ? S'il ignore que le maître s'est éloigné, la peur tient, et la durée ne compte pas.
  2. Peut-il être vu ? Une fente, une lucarne, un chemin de traverse : tout ce qui rend le retour possible sauve le vin.
  3. Et si la peur est tombée ? Mesurez alors le sceau et le délai ; et s'il n'y avait personne du tout, suivez la majorité.
Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

🎓 Récapitulatif du parcours d'étude

NiveauContenuAcquis
🌱 Niveau 1 — Base Texte des 20 seifim, traduction, explication pas à pas Compréhension globale
Niveau 2 — Lamdan Le gueder du מירתת, la portée du דרך עקלתון selon le ר״ן et le ב״ח, le sceau unique de ר״ת, et le rapport du רוב à la קורבא דמוכח Étude approfondie
Niveau 3 — Synthèse Deux tableaux-maîtres, les quatre phrases, le seuil de temps, règles d'or, mnémonique, pièges, récap des 20 seifim Maîtrise pratique + révision
📜 Niveau 4 — Halakha lema'asse La psika pratique selon le ש״ך, le ט״ז, les פתחי תשובה et les poskim Application contemporaine
💡 Prochaines étapes suggérées :
📖 Sources de ce siman sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קכ״ט · Niveau 3 — Synthèse / Révision · דין המניח יין ביד עובד כוכבים וישראל יוצא ונכנס
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