Le Juif ferme sa boutique sur son employé, descend du bateau, court à la synagogue — et le vin reste seul. Vingt seifim pour une seule mesure : le non-Juif croit-il encore que le maître peut rentrer d'un instant à l'autre ? Le chemin de traverse, les quatre phrases qui rompent la peur, le temps qu'il faut pour ôter un bouchon et le remettre, la fente qui vaut porte ouverte, et ce qui reste quand personne n'a rien vu
Révision structurée, tableaux de psak, mémorisation rapide
Le moteur de tout le siman tient en huit mots du seif 1 : « מפני שהוא ירא בכל שעה עתה יבא ויראני » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א).
Le mécanisme exact est donné par le Chakh (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק א), et il vaut la peine de le retenir mot à mot : « כיון שהעובד כוכבים ידע שהישראל יודע שהוא שם אצל היין מירתת וסבור השתא יזכור הישראל יינו ויבא ויראנו ».
| Le ressort | Ce qu'il établit | Où il joue dans le siman |
|---|---|---|
| Le מירתת — la peur d'être surpris | Un non-Juif qui pense pouvoir être vu ne touche pas, même après de longues heures | Seifim 1, 5, 8, 9, 10, 15 |
| Le דרך עקלתון — le chemin de traverse | Il faut qu'un retour soudain soit matériellement possible | Seifim 1, 2, 6, 7 |
| Le seuil de temps de la מגופה | Un tonneau scellé n'est perdu qu'à partir du délai qui permet de défaire et refaire le sceau | Seifim 1, 7 |
| Le רוב — la majorité | Quand nul n'a rien vu, on ne juge plus de la peur mais de la provenance | Seifim 11, 17, 18, 19 |
| L'allègement du זמן הזה | De nos jours les non-Juifs ne font pas de nessekh, ce qui adoucit la dernière rigueur du siman | Seif 20, en clôture |
Sur la deuxième question, le Mehaber pose la condition en toutes lettres : « בד״א שיש דרך עקלתון שיכול לבא עליו פתאום שלא יראנו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א).
Et le ש״ך rapporte le ר״ן, qui restreint cette exigence au seul porteur : « אבל בהניח וישראל יוצא ונכנס לא בעינן דרך עקלתון דכל שעה מתירא ממנו דילמא השתא אתי ישראל ויראהו מתקרב לחבית » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ח).
Base : le seif 1, avec le ש״ך et le ט״ז. Le Mehaber ouvre par trois scènes qu'il traite d'un même mouvement, puis énumère ce qui les brise.
| La scène | Ce que fait le Juif | Verdict de départ | Pourquoi |
|---|---|---|---|
| La boutique | Il laisse le non-Juif dans son magasin et sort | Permis, même longtemps | Le non-Juif ignore quand il rentrera |
| Le bateau ou le chariot | Il descend pour la synagogue ou les bains | Permis, même longtemps | Idem — à condition qu'il n'ait pas été vu entrer aux bains |
| Le porteur | Un non-Juif lui transporte un tonneau d'un lieu à l'autre | Permis | Il redoute d'être rejoint sur le chemin |
| La brèche | Le fait | Effet |
|---|---|---|
| Le lieu se ferme | Le non-Juif a fermé la boutique, ou éloigné le chariot et le bateau au point qu'on ne le voie plus | La peur tombe — sauf s'il subsiste une fente ou un trou |
| Pas de chemin de traverse | Le maître ne peut pas revenir sans être aperçu de loin | La peur tombe |
| Il a été vu entrer aux bains | « אבל אם ראה שהלך ליכנס לבית המרחץ יודע שלא ימהר לבא » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א) | La peur tombe |
| Il a dit שמור לי | « וכן אם אמר לעובד כוכבים שהניח בחנות שמור לי יודע שנסתלק משמירתו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א) | Le maître s'est retiré de sa propre garde |
| Il a annoncé son éloignement | Au porteur : לך ואני אבא אחריך — ou l'aveu qu'il s'en va | Ouverts : interdits dès qu'ils sortent du regard. Scellés : selon le délai |
Le Rama, pour finir, sépare nettement le permis du recommandable : « לכתחלה לא יניח אדם בביתו יין או חומץ אצל עובד כוכבים לבד כלל אבל בדיעבד מותר » (רמ״א יו״ד קכ״ט:א).
Le דרך עקלתון est le chemin détourné par lequel le maître peut réapparaître sans avoir été vu venir. Sans lui, le non-Juif surveille la route droite, voit le maître de loin, et dispose de tout le temps qu'il lui faut.
| Le cas | La règle | Source |
|---|---|---|
| Un seul non-Juif, chemin de traverse existant | Permis | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| Deux non-Juifs ou davantage | Interdit — l'un guette, l'autre touche | שו״ע יו״ד קכ״ט:ב |
| Il est allé aux bains par un détour, sans qu'on le sache | Permis | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| On l'a vu entrer aux bains | Interdit — on sait qu'il ne reviendra pas vite | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| Il a quitté le bateau à la sonnerie du chofar, un seul non-Juif à bord | Permis, même au-delà de deux mille coudées | שו״ע יו״ד קכ״ט:ו |
| Il est parti prier, chacun buvant son propre vin | Permis, s'il y a un chemin de traverse | שו״ע יו״ד קכ״ט:ז |
La règle du nombre est posée sans détour : « הא דשרי כשיש דרך עקלתון דוקא כשהעובד כוכבים לבדו אבל אם הם שנים או יותר אסור שאפשר לאחד מהם לשמור הדרך עקלתון והאחר יגע » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ב).
Et le seif 6 ajoute une raison qui surprend d'abord, puis éclaire tout : le vin reste permis même très loin, « אם יש דרך עקלתון שיוכל לבא עליו פתאום ואין שם אלא עובד כוכבים א׳ מותר היין אפילו אם יש בינו ליין יותר מאלפים אמה שאין אנו בעיניהם בחזקת שומרי שבת כראוי » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ו).
Quatre formules reviennent dans le siman. Chacune, prononcée par le maître, dit au non-Juif la même chose : tu ne seras pas dérangé. Ce sont les vraies causes d'interdiction du siman — bien plus que la durée de l'absence.
| La phrase | Ce qu'elle signale | Effet | Source |
|---|---|---|---|
| שמור לי — garde-moi cela | Le maître s'est déchargé de sa propre surveillance | Interdit | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| לך ואני אבא אחריך — va, je te suis | Le porteur sait qu'il ne sera pas rejoint tout de suite | Ouverts interdits ; scellés selon le délai | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| הודיעו שהוא מפליג — il l'a averti qu'il s'éloignait | Le maître ne peut plus survenir | Ouverts interdits ; scellés selon le délai | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| הוי מוזג ושותה — verse-toi et bois | Le non-Juif a reçu un titre à approcher le vin | Tous les tonneaux ouverts de la maison interdits | שו״ע יו״ד קכ״ט:ז |
La quatrième mérite d'être lue en entier, car elle déborde très largement la table où l'on buvait : « ואם אמר לו הוי מוזג ושותה כל החביות הפתוחות שבבית אסורות והסתומות מותרות » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ז).
Quand la peur est tombée, le siman ne dit pas interdit : il mesure. Un tonneau ouvert est perdu sans délai ; un tonneau scellé ne l'est qu'au bout du temps matériellement nécessaire pour défaire le sceau et le refaire sans que cela se voie.
Ce que cette indulgence coûte et ce qu'elle rapporte, le Chakh l'explique exactement (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק י״א) : « היינו משום דיש פוסקים דסתימת מגופה לא הוי כחותם אבל בחותם אחד ממש סגי בדיעבד אפילו בלא הפסד מרובה ».
| État du tonneau | Sans avertissement | Avec avertissement |
|---|---|---|
| Ouvert, sans bouchon | Permis, même longtemps | Interdit dès qu'il quitte le regard |
| Bouché d'un bouchon simple פקוק | Permis | Permis à la saison des passants ; sinon interdit |
| Scellé d'une מגופה d'argile ou de chaux | Permis | Interdit seulement si le délai complet s'est écoulé |
| Scellé, perte importante | Permis | Permis selon ר״ת, sur qui le Rama autorise à s'appuyer |
Après le temps, l'espace. Le siman revient sans cesse à une même question matérielle : de l'endroit où il est, peut-on être vu ? Une porte close ne suffit pas à répondre non.
| La configuration | Verdict | Source |
|---|---|---|
| Boutique restée ouverte | Permis | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| Boutique fermée, mais une fente ou un trou laisse voir | Permis — réputée ouverte | רמ״א יו״ד קכ״ט:א |
| Porte verrouillée de l'intérieur, aucune fente | C'est là seulement que le Rama interdit | רמ״א יו״ד קכ״ט:ה |
| La clef remise, le lieu non | Permis, même sans aucun Juif en ville | שו״ע יו״ד קכ״ט:ה |
| Porte fermée au verrou mais non à la clef, le maître parti | Permis | שו״ע יו״ד קכ״ט:ח |
| Étage et rez-de-chaussée reliés par une lucarne | Permis, si l'on est sorti et rentré en hâte | שו״ע יו״ד קכ״ט:ט |
| Cour partagée par des têtes de pieux | Permis, même à portée de sa main | שו״ע יו״ד קכ״ט:ט״ז |
Le seif 5 pose la distinction que tout le reste suppose : « המוסר מפתח חנותו לעובד כוכבים היין שבו מותר אפילו לא נשאר שום יהודי בעיר » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ה).
Le Rama en tire la règle du voleur : « ואם עבר העובד כוכבים ונכנס שם אם נתפס כגנב שרי ואם אינו נתפס כגנב ויש לו התנצלות על מה שנכנס אסור » (רמ״א יו״ד קכ״ט:ה).
Et il borne l'interdiction au seul lieu vraiment clos : « ודוקא אם סגר הדלת במנעול מבפנים ואין סדק בחדר שיכולים לראות משם » (רמ״א יו״ד קכ״ט:ה).
Les seifim 6 à 15 ne sont pas une liste de curiosités : ce sont dix mesures du même instrument, prises dans des circonstances de plus en plus défavorables. On les lit en colonne, et le principe se dégage.
| Seif | Le récit | Verdict | Ce qui fait la décision |
|---|---|---|---|
| 6 | Le chofar du vendredi ; le Juif entre en ville et laisse le vin dans le bateau | Permis | Ils ne nous croient pas assez scrupuleux pour ne pas revenir |
| 7 | L'appel à la prière ; chacun buvait son propre vin | Permis | Le chemin de traverse subsiste |
| 7 | Ils buvaient du même vin, verres sur la table | La table interdite, la portée de main interdite | Le non-Juif a un titre à toucher |
| 8 | Le verrou engagé, la clef oubliée, le maître déjà loin | Permis | Le non-Juif ignorait le départ |
| 9 | Sortis en hâte voir un marié ; le non-Juif ferme derrière lui | Permis | Il a cru que le Juif l'avait précédé |
| 9 | La même scène, mais sans hâte | Interdit | Sans hâte, il aurait vérifié |
| 10 | Le lion rugit ; le non-Juif se cache entre les tonneaux | Permis, même ouverts | Il se dit qu'un autre s'est peut-être caché là |
| 12 | La troupe entre en ville, en temps de paix | Ouverts interdits, scellés permis | En paix, le soldat redoute qu'on lui demande des comptes |
| 12 | La même troupe, en temps de guerre | Tout permis | Elle est occupée à autre chose que le vin |
| 14 | Une courtisane non-juive dans une assemblée juive | Permis | L'assemblée ne la laisse pas faire |
| 14 | Une courtisane juive dans une assemblée de non-Juifs | Même son vin est interdit | Nul ne surveille plus rien |
| 15 | La fenêtre ouverte, le non-Juif entré avec une courtisane | Permis | Il avait autre chose en tête |
Le seif 9 dit exactement pourquoi une porte refermée sur le vin ne l'interdit pas : « שלא סגר העובד כוכבים אלא על דעת שכבר נכנס הישראל לביתו ולא נשאר אדם בחוץ וכמדומה לו שהוא קדמו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ט).
Le Rama en fixe aussitôt la limite : « ודוקא שיצאו בבהלה וחזרו דאפשר לומר שמתוך בהלתו חזר ולא דקדק יפה בכניסת ישראל אבל שלא בבהלה היין אסור » (רמ״א יו״ד קכ״ט:ט).
Le seif 10 pousse le raisonnement à son extrême : « עובד כוכבים ששמע קול שאגת אריה ומפחדו נחבא בין החביות יין וסגר הדלת אחריו מותר אפי׳ הן פתוחות מפני שהוא אומר שמא ישראל אחר נחבא כאן ויראה אותי כשאגע » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י).
Sur le seif 14, le ט״ז rapporte la raison de la guemara, et elle vaut d'être retenue : « נהי דתקיף להו יצרא דעבירה יצרא דיין נסך לא תקיף להו » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ד).
Et sur le seif 15, le ש״ך résume en cinq mots pourquoi le vin est resté intact : « דבעבידתיה טרוד ואין לו פנאי לנסך » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ל״ו).
Aux seifim 11 et 17 à 19, le décor change du tout au tout. Il n'y a plus de gardien, plus de maître qui s'absente, plus de peur à mesurer : il y a un tonneau ouvert dans une cave, un tonneau qui flotte, une outre au bord de la route. La question n'est plus qu'a-t-il cru ? mais d'où cela vient-il ?
| Le cas | La règle | Source |
|---|---|---|
| Voleurs dans la cave, majorité des voleurs non-juifs | Interdit | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״א |
| Majorité des voleurs juifs | Permis | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״א |
| Majorité ismaélite | Interdit à boire, permis au profit | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״א |
| Quartier juif que le passage non-juif ne traverse pas | On suit la majorité du quartier | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״א |
| Lieu où l'on cache l'argent dans des tonneaux | Permis — ils venaient pour l'argent | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״א |
| Scellés retrouvés scellés, ou aucune anomalie | Tout permis | רמ״א יו״ד קכ״ט:י״א |
| Tonneau flottant, barrage en amont, ville juive en face | Permis | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ז |
| Tonneau flottant sans barrage | Interdit — on suit la majorité des alentours | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ז |
| Tonneau dans une vigne juive, majorité de vignes non-juives autour | Interdit, même contre la proximité probante | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ח |
| Grandes outres, majorité juive parmi ceux qui versent le vin | Permises | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ט |
| Petites outres seules | Interdites — c'est le format des passants | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ט |
| Grandes et petites ensemble | Toutes permises | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ט |
La règle de départ est énoncée sans nuance : « גנבים שנכנסו למרתף ופתחו חביות יין אם רוב גנבי העיר עובדי כוכבים אסור ואם רובן ישראל מותר ואם רובן ישמעאלים אסור בשתיה ומותר בהנאה » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״א).
Le Rama en réduit aussitôt la portée à ce qui a été réellement constaté : « אבל אם היו סתומות ונמצאו סתומות או שהיו כולם פתוחות ולא נמצא בהם ריעותא הכל שרי » (רמ״א יו״ד קכ״ט:י״א).
Et le seif 18 établit le principe que les trois derniers seifim appliquent : « החבית אסורה דאזלינן בתר רובא אף ע״ג דאיכא קורבא דמוכח דשל ישראל היתה » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ח).
Trois seifim mettent en scène un non-Juif qui parle : celui qui avertit qu'une porte n'était pas fermée, celui qui reconnaît être entré pour puiser de l'eau, et la servante qui raconte d'où vient le vin. Ce n'est pas un témoignage — le siman ne les croit jamais sur parole —, c'est un fait de plus à peser.
| Qui parle | Ce qu'il dit | Effet | Source |
|---|---|---|---|
| Le voisin non-juif | La porte n'était pas fermée à clef depuis des jours | Permis — il ignorait le départ, donc il craignait | שו״ע יו״ד קכ״ט:ח |
| Celui qui a ouvert l'entrepôt | Il est entré puiser de l'eau pour bâtir sa maison | Permis | שו״ע יו״ד קכ״ט:כ |
| La servante, sur le vin de la table | Elle l'a pris à la cave | Le vin de la table interdit | רמ״א יו״ד קכ״ט:כ |
| La servante, sur le vin de la cave | Elle l'a pris à la cave | La cave reste permise — elle n'est pas crue | רמ״א יו״ד קכ״ט:כ |
| La servante, sur les robinets refermés | C'est elle qui les a refermés | Interdit — sauf de nos jours | רמ״א יו״ד קכ״ט:כ |
| Le non-Juif près du pressoir | Il ne dit rien ; on mesure l'humidité | Rinçage, et essuyage s'il y a de quoi mouiller | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ג |
Le récit du verrou est instructif parce que le maître y a commis une faute et s'en tire quand même : « ישראל ששכר בית בחצר העובד כוכבים והניח בו יין וסגר הדלת והכניס הבריח בטבעת ושכח ולא סגרו במפתח והפליג » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ח) — et le Rama en donne la raison : « הואיל ולא ידע העובד כוכבים שמפליג הישראל מירתת ולא נגע » (רמ״א יו״ד קכ״ט:ח).
Sur la servante, le Rama est net : « דאין העובדת כוכבי׳ נאמנת ואימר במקום אחר לקחה » (רמ״א יו״ד קכ״ט:כ).
Et il clôt le siman sur l'allègement qui gouverne aujourd'hui toute la matière : « מיהו בזמן הזה דאין העובדי כוכבים מנסכים שרי » (רמ״א יו״ד קכ״ט:כ).
Les six lettres de מירתת — la peur qui garde le vin — servent d'aide-mémoire aux six questions du siman.
Et l'on garde en tête que si les cinq réponses sont favorables, il reste une dernière question, celle du Rama en clôture : sommes-nous בזמן הזה ?
Un dernier piège, plus discret : le seif 11 traite d'un quartier juif, et le seif 18 d'une proximité probante. On croit y lire la même idée. Elle est opposée : au seif 11, la séparation du quartier fait qu'il constitue à lui seul le corps du calcul ; au seif 18, la proximité ne pèse rien contre la majorité. La première est une frontière, la seconde une simple distance.
| Seif | Sujet | L'essentiel |
|---|---|---|
| 1 | Les trois scènes, et ce qui les rompt | Celui qui laisse un non-Juif dans sa boutique et sort ; celui qui a du vin dans un bateau ou un chariot et le laisse avec le non-Juif pour aller à la synagogue ou aux bains ; celui dont le non-Juif transporte un tonneau d'un lieu à l'autre et qu'il laisse seul avec le vin : permis, même s'il s'est attardé longtemps, parce que le non-Juif craint à chaque instant que le maître ne survienne. Le Rama ajoute qu'a priori on ne laisse jamais du vin ni du vinaigre seuls chez soi auprès d'un non-Juif, mais qu'a posteriori c'est permis. La permission tombe si l'on sait que le non-Juif a fermé la boutique ou éloigné le chariot ou le bateau au point qu'on ne puisse plus le voir — et le Rama précise qu'une fente ou un trou par lequel on voit à l'intérieur vaut porte ouverte. Encore faut-il qu'il existe un chemin de traverse par lequel le maître peut surgir sans être vu ; s'il l'a vu entrer aux bains, le non-Juif sait qu'il ne reviendra pas vite. De même s'il lui a dit “ garde-moi cela ”, ou “ va, je te suis ” au porteur, ou s'il l'a averti qu'il s'éloignait : tonneaux ouverts, interdits dès qu'ils quittent son regard ; tonneaux scellés, interdits seulement si l'absence a duré le temps d'ôter tout le bouchon, de le remettre et de le laisser sécher. Rama : certains tiennent qu'un tonneau scellé est permis en tout état de cause, un seul sceau suffisant pour le vin, et l'on peut s'appuyer sur eux en cas de perte importante. |
| 2 | Le chemin de traverse ne vaut que contre un seul | La permission fondée sur le דרך עקלתון ne vaut que si le non-Juif est seul. S'ils sont deux ou plus, c'est interdit : l'un peut surveiller le chemin de traverse pendant que l'autre touche. |
| 3 | Le porteur n'est pas le gardien | Que des tonneaux entièrement ouverts, sans bouchon, restent permis ne vaut que dans le bateau ou la boutique, où le non-Juif n'a aucun titre à toucher le tonneau lui-même. Mais chez celui qui porte le tonneau d'un lieu à l'autre, non : même entamé, il est interdit, car on craint qu'il n'ait touché sans aucune crainte, pouvant toujours se dérober en disant qu'il voulait seulement le retenir pour qu'il ne tombe pas. |
| 4 | Les passants font la surveillance | Même s'il l'a averti qu'il s'éloignait : si le tonneau est bouché et que l'on est à une saison de grand passage — par exemple entre les pressoirs —, c'est permis, car il redoute les passants même non-Juifs. |
| 5 | La clef n'est pas la maison | Celui qui remet la clef de sa boutique à un non-Juif : le vin qui s'y trouve est permis, même s'il ne reste aucun Juif dans la ville, et même s'il l'a averti qu'il s'éloignait — car il ne lui a confié que la garde de la clef, et il craint d'entrer. Un avis restreint la permission au cas où il ne sait pas qu'il s'éloigne. Rama : on est indulgent comme le premier avis. Si le non-Juif est entré malgré tout : tenu pour voleur, permis ; non tenu pour voleur, avec une excuse à faire valoir, interdit. Et cela seulement si la porte était verrouillée de l'intérieur et sans fente ; sinon — porte ouverte, ou simple fente — le vin est permis, car le non-Juif מירתת. Mais là où il ne craint rien — les hommes du gouverneur qui ont saisi le Juif —, tout est interdit faute d'un signe attestant qu'ils n'ont pas touché. |
| 6 | Le chofar du vendredi | Un Juif et un non-Juif dans un bateau chargé de vin ; le Juif entend la sonnerie du chofar qui annonce la cessation du travail et entre en ville, laissant le vin avec le non-Juif : s'il existe un chemin de traverse et qu'il n'y a qu'un seul non-Juif, le vin est permis même à plus de deux mille coudées — car nous ne passons pas, à leurs yeux, pour des observateurs scrupuleux du Shabbat. |
| 7 | La table, la portée de la main, et “ verse-toi à boire ” | Ils étaient attablés, chacun buvant son propre vin, et le Juif est parti prier à l'appel de la synagogue : le vin reste permis s'il y a un chemin de traverse. Mais s'ils buvaient ensemble d'un même vin, avec du vin sur la table et d'autre vin hors de la table : celui sur la table est interdit ; hors de la table, ce qui est à portée de main est interdit et ce qui est hors de portée est permis. Et s'il lui a dit “ verse-toi et bois ”, tous les tonneaux ouverts de la maison sont interdits, les scellés permis — sauf s'il s'est attardé le temps d'ôter le bouchon, de le remettre et de le laisser sécher. |
| 8 | Le verrou sans la clef | Un Juif qui a loué une maison dans la cour d'un non-Juif, y a laissé du vin, a fermé la porte et engagé le verrou dans l'anneau, mais a oublié de donner un tour de clef, puis s'est éloigné ; des jours plus tard le non-Juif s'aperçoit que ce n'était pas fermé à clef et en avertit le Juif : permis. Rama : puisque le non-Juif ignorait que le Juif s'éloignait, il מירתת et n'a pas touché. |
| 9 | Sorti en hâte, rentré en hâte | Une maison où un Juif a du vin, le non-Juif habitant en bas et le Juif à l'étage, avec une lucarne de l'étage vers la maison ; tous deux sortent en hâte voir un marié ou une oraison funèbre, le non-Juif revient et ferme la porte, le Juif rentre après lui : même si le Juif ne peut passer que par la maison et ne peut le faire sans être vu, le vin ouvert reste permis — le non-Juif n'a fermé que dans l'idée que le Juif était déjà rentré et qu'il l'avait précédé. Rama : et seulement s'ils sont sortis et rentrés en hâte ; sans cette hâte, le vin est interdit. |
| 10 | Le rugissement du lion | Un non-Juif qui, entendant rugir un lion, s'est caché de peur entre les tonneaux de vin et a refermé la porte sur lui : permis, même si les tonneaux sont ouverts — car il se dit qu'un autre Juif s'est peut-être caché là et le verra s'il touche. |
| 11 | Les voleurs, et la ריעותא | Des voleurs entrés dans une cave et qui ont ouvert des tonneaux : si la majorité des voleurs de la ville sont non-Juifs, interdit ; si la majorité sont juifs, permis ; si la majorité sont ismaélites, interdit à la consommation et permis au profit. Un quartier juif non traversé par le passage des non-Juifs se juge sur sa propre majorité. Et là où l'on cache d'ordinaire de l'argent dans des tonneaux placés parmi ceux de vin, c'est permis même si la majorité des voleurs sont non-Juifs — ils ne venaient peut-être que pour l'argent. Rama : tout cela ne vaut que si l'on constate une ריעותא ; scellés retrouvés scellés, ou tous ouverts sans rien d'anormal, tout est permis, un voleur ordinaire n'emportant pas de vin. Si l'anomalie ne touche qu'une partie, tout reste permis. Et certains ne parlent que de voleurs non-juifs connus : si l'on connaît un voleur juif et aucun non-Juif, on impute au Juif connu. |
| 12 | La troupe : paix et guerre | Une troupe entrée en ville et dans la maison d'un Juif en temps de paix : les tonneaux ouverts, même bouchés d'un bouchon de bois, sont interdits ; ceux scellés d'un bouchon d'argile sont permis. En temps de guerre, les uns et les autres sont permis. Et cela vise ceux qui étaient ouverts dès l'origine ; ceux qui étaient scellés et ont été ouverts, on les suspecte. |
| 13 | Debout près du pressoir | Un non-Juif trouvé debout près du pressoir : s'il y reste assez d'humidité pour que la main mouillée en mouille une autre — טופח על מנת להטפיח —, il faut rincer et essuyer ; sinon, un rinçage suffit. |
| 14 | La courtisane | Une courtisane non-juive dans une assemblée juive : le vin est permis, car ils ne la laisseront pas y toucher. Mais une courtisane juive dans une assemblée de non-Juifs : même le vin de la courtisane est interdit. |
| 15 | La fenêtre restée ouverte | Il a laissé du vin chez lui, fenêtre ouverte ; un non-Juif est venu, y a fait entrer une courtisane et a refermé la porte sur lui ; le Juif est revenu ensuite et a trouvé son vin tel qu'il l'avait laissé : permis. |
| 16 | La cour partagée par des pieux | Une cour partagée par des têtes de pieux entre un Juif et un non-Juif : bien que des tonneaux ouverts se tiennent près de la part du non-Juif et à portée de sa main, ils sont permis. De même si le toit du Juif domine celui du non-Juif et qu'ils sont séparés par des pieux, il peut y laisser son vin quoique la main de l'autre y atteigne. |
| 17 | Le tonneau qui flotte | Un tonneau de vin flottant sur la rivière et trouvé en face d'une ville à majorité juive : s'il y a dans la rivière des obstacles et un barrage qui l'auraient arrêté s'il venait d'ailleurs, il est permis, car on ne peut le rattacher qu'à cette ville ; sans barrage, il est interdit, car on le rattache à la majorité des alentours, non-juive. Trouvé face à une ville à majorité non-juive, si la majorité des alentours est juive et que la route est droite, il est permis même très près de la ville non-juive : on écarte le proche et l'on suit la majorité. Sinon le vin est interdit au profit et la cruche est au trouveur ; et si un Juif vient en donner un signe, le vin aussi est permis. Rama : et seulement s'il est bouché ; entièrement ouvert, le vin est interdit. |
| 18 | Le tonneau dans la vigne | Un tonneau de vin trouvé dans la vigne d'un Juif, avec d'autres vignes juives proches et de nombreuses vignes non-juives autour, fussent-elles éloignées : le tonneau est interdit, car on suit la majorité même contre une proximité probante. Et de même pour alléger : trouvé dans une vigne non-juive, s'il y a davantage de vignes juives même éloignées, on va vers l'indulgence — pourvu que le lieu soit à l'écart des passants ; sinon c'est interdit, la plupart des passants étant non-Juifs. Et tout cela pour une gourde, non pour un tonneau que les passants ne portent pas. |
| 19 | Les outres sur la route | Des outres de vin trouvées jetées sur la route : si la majorité de ceux qui versent le vin sont juifs, elles sont permises quand elles sont grandes ; petites, elles sont interdites, car les passants en portent de pareilles et la plupart sont non-Juifs. Mais s'il y en a de grandes et de petites, toutes sont permises : les grandes prouvent pour les petites, venues seulement équilibrer la charge. |
| 20 | L'aveu du non-Juif, et la servante | Un Juif qui a du vin dans son entrepôt fermé à clef, trouve la porte ouverte, et un non-Juif reconnaît l'avoir ouverte pour puiser de l'eau au puits qui s'y trouve afin de bâtir sa maison : permis. Rama : celui qui a dit à sa servante de dresser la table, trouve du vin sur la table et s'entend dire par elle qu'elle l'a pris à la cave : le vin de la cave est permis — la servante n'est pas crue — et celui de la table est interdit. De même pour la clef cachée et la cruche trouvée dans la paille. Mais si des voleurs ont tiré du vin en laissant les robinets ouverts, qu'on les retrouve fermés et que la servante dit les avoir fermés : puisqu'elle s'est trouvée seule avec le vin, qu'elle n'est pas tenue pour voleuse et que les indices l'accréditent, le vin est interdit — sauf de nos jours, où les non-Juifs ne font pas de nessekh. |
| Question | Réponse-réflexe | Source |
|---|---|---|
| Le Juif est sorti de sa boutique et s'est attardé longtemps ? | Permis — le non-Juif ignore quand il rentre | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| Le non-Juif a fermé la boutique ? | Interdit — sauf s'il subsiste une fente ou un trou | שו״ע יו״ד קכ״ט:א ; רמ״א שם |
| Aucun chemin de traverse ? | Interdit — il verra le maître venir de loin | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| Ils sont deux non-Juifs ? | Interdit, même avec un chemin de traverse | שו״ע יו״ד קכ״ט:ב |
| Le Juif a dit “ garde-moi cela ” ? | Interdit — il s'est retiré de sa garde | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| Il a averti qu'il s'éloignait, tonneaux ouverts ? | Interdits dès qu'ils quittent son regard | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| Même chose, tonneaux scellés ? | Interdits seulement si le délai de la מגופה s'est écoulé | שו״ע יו״ד קכ״ט:א |
| Perte importante sur un tonneau scellé ? | On peut s'appuyer sur ר״ת : un seul sceau suffit | רמ״א יו״ד קכ״ט:א |
| Averti, mais bouchon en place à la saison des passants ? | Permis — il redoute les passants, fussent-ils non-Juifs | שו״ע יו״ד קכ״ט:ד |
| On lui a remis la clef de la boutique ? | Permis, même sans aucun Juif en ville | שו״ע יו״ד קכ״ט:ה |
| Il est entré quand même ? | Permis s'il est tenu pour voleur, interdit s'il a une excuse | רמ״א יו״ד קכ״ט:ה |
| Ce sont les hommes du gouverneur ? | Tout interdit, faute d'un signe attestant qu'ils n'ont pas touché | רמ״א יו״ד קכ״ט:ה |
| Il a dit “ verse-toi et bois ” ? | Tous les tonneaux ouverts de la maison sont interdits | שו״ע יו״ד קכ״ט:ז |
| Le vin était hors de la table ? | Interdit à portée de main, permis au-delà | שו״ע יו״ד קכ״ט:ז |
| Sortis en hâte, le non-Juif a refermé ? | Permis — il a cru que le Juif l'avait précédé | שו״ע יו״ד קכ״ט:ט |
| Une troupe est entrée en temps de guerre ? | Tout permis — ouverts comme scellés | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ב |
| Un non-Juif près du pressoir humide ? | Rinçage et essuyage s'il y a טופח על מנת להטפיח | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ג |
| Une cour partagée par des pieux ? | Permis, même à portée de sa main | שו״ע יו״ד קכ״ט:ט״ז |
| Des voleurs, mais rien d'anormal constaté ? | Tout permis — un voleur n'emporte pas de vin | רמ״א יו״ד קכ״ט:י״א |
| Un tonneau trouvé dans une vigne juive, vignes non-juives autour ? | Interdit — la majorité l'emporte sur la proximité | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ח |
| Des outres grandes et petites ensemble ? | Toutes permises | שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ט |
| La servante dit avoir refermé les robinets ? | Interdit selon la lettre — permis de nos jours | רמ״א יו״ד קכ״ט:כ |
| Niveau | Contenu | Acquis |
|---|---|---|
| 🌱 Niveau 1 — Base | Texte des 20 seifim, traduction, explication pas à pas | Compréhension globale |
| ⚡ Niveau 2 — Lamdan | Le gueder du מירתת, la portée du דרך עקלתון selon le ר״ן et le ב״ח, le sceau unique de ר״ת, et le rapport du רוב à la קורבא דמוכח | Étude approfondie |
| ✨ Niveau 3 — Synthèse | Deux tableaux-maîtres, les quatre phrases, le seuil de temps, règles d'or, mnémonique, pièges, récap des 20 seifim | Maîtrise pratique + révision |
| 📜 Niveau 4 — Halakha lema'asse | La psika pratique selon le ש״ך, le ט״ז, les פתחי תשובה et les poskim | Application contemporaine |
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