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DAAT · NIVEAU 4 — HALAKHA LEMA'ASSE / PSAK

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 131 — Le vin cachère fabriqué chez un non-Juif. Ce qu’un sceau garde, et ce qu’il ne garde pas — Psika lema'asse
סימן קל״א · הלכה למעשה
דין יין כשר שנעשה ברשות עובד כוכבים
פסק המחבר והרמ״א · הכרעת נושאי הכלים · הסקת ההלכה למקרים בני זמננו
⚖️ פסק הלכה ולמעשה ⚖️
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Halakha lema'asse — la psika pratique

Du psak du Mehaber et du Rama, à l’arbitrage du Taz, du Chakh
et du Pit'hei Techouva, jusqu’à la cuve d’un domaine qui n’est pas juif

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״א (ב׳ סעיפים)
עם נושאי הכלים: ט״ז, ש״ך, פתחי תשובה, בית יוסף, טור, רמב״ם

⚠ Avertissement de niveau :
Ce niveau n’est pas “Daat HaRav” : le Choulhan Aroukh HaRav
(Admour HaZaken) ne couvre pas le Yoreh De'ah, donc pas le Siman 131.
C’est un niveau de psika pratique : ce que l’on fait, et à qui demander.

Rédaction et iyun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

Comment lire ce niveau. Chaque affirmation est ancrée soit dans le texte du Choulhan Aroukh et de ses nossei kelim (Taz, Chakh, Pit'hei Techouva), soit dans un posek nommé et vérifiable (Rambam, Tour, Beit Yossef, guemara Avoda Zara). Sur le Yoreh De'ah il n’y a ni Mishna Beroura (qui ne commente que l’Orach Chaim), ni Choulhan Aroukh HaRav (l’Admour HaZaken n’a pas écrit le YD). Le Aroukh HaChoulhan n’est pas cité ici : son texte sur ce siman ne nous est pas accessible, et l’on ne cite pas ce que l’on ne peut pas vérifier. Le siman 131 ne compte que deux seifim, et il est pourtant celui du bloc dont l’application contemporaine est la plus large : c’est la situation exacte d’un vin cachère produit dans un domaine qui n’appartient pas à des Juifs. Là où la question déborde le siman, ce niveau le dit et s’arrête : la halakha lema'asse passe par ton Rav.

📑 תוכן העניינים

  1. שורש הסימן — מירתת, ומדוע אין החותם מחיצה
  2. פסק המחבר והרמ״א — מפת שני הסעיפים
  3. ישראל הדר בחצר — הפתרון החזק והזול ביותר (סעיף א׳)
  4. פתח פתוח לרשות הרבים — מה נחשב עין רואה (סעיף א׳)
  5. מפתח וחותם — כמה הבטחות, ולמי (סעיף א׳ והגה)
  6. חותם בתוך חותם — בהנאה כן, בשתייה לא (הגה סעיף א׳)
  7. רשות עובד כוכבים אחר — הפקדה אצל שלישי (סעיף א׳)
  8. התקבלתי — אימתי חדל היין להיות שלו (סעיף א׳)
  9. הספינה — ההובלה וטעם ההשקעה (סעיף ב׳)
  10. הגהת הרמ״א בסעיף ב׳ — השותפות
  11. מקרים מודרניים — יקב, משגיח, מכולה, מחסן
  12. סיכום מעשי — טבלאות, קישורים, ולמעשה שאל את רבך

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — Seif Alef

ישראל שעשה יינו של עובד כוכבים בטהרה כדי שיהא מותר לישראל בין שמכרו לישראל ולא פרע לו מעות בין שלא מכרו לו אלא שהוא מטהרו כדי למכרו ע״י לישראלים אם נתנו ישראל בחצרו של אותו עובד כוכבים עצמו והישראל דר בחצר מותר אפילו בלא חותם אפילו אם העובד כוכבים גם כן דר שם

Le cas fondateur. Un Juif est allé fabriquer, selon les règles, le vin d’un non-Juif — pour que ce vin puisse être vendu à des Juifs. Le Mehaber pose d’emblée les deux configurations juridiques, et il les traite comme une seule : (1) le non-Juif l’a vendu, mais le prix n’est pas payé ; (2) il ne l’a pas vendu du tout et le fait seulement fabriquer pour le vendre par l’entremise du Juif. Dans les deux cas, le vin est encore le sien et il peut le retenir — et c’est cela, non la propriété formelle, qui commande tout le siman.

Et la première règle est déjà la plus surprenante. Si un Juif habite la cour, le vin est permis sans aucun sceau — et même si le propriétaire non juif y habite aussi. Une présence, et rien d’autre.

— Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 131:1 · Sefaria YD 131:1

1. שורש הסימן — מירתת, ומדוע אין החותם מחיצה

Ce siman n’ajoute aucune sévérité : il retire un ressort. Les simanim 128 à 130 supposaient tous, sans le dire, que le vin appartient au Juif. Le non-Juif qui s’en approchait n’y gagnait rien et risquait d’être traité en voleur. Toutes les mesures — le yi’houd, le convoi, le sceau, le double sceau — n’exploitaient que cette crainte. Ici, le vin est le sien : il ne perd, s’il est démasqué, qu’une vente. Le mécanisme ne s’applique donc plus, et les mêmes moyens matériels cessent de valoir.
Le Rambam nomme le ressort dans les deux sens, à deux halakhot d’intervalle. Pour le vin d’un Juif logé chez un non-Juif : « מִפְּנֵי שֶׁהָעַכּוּ״ם מְפַחֵד תָּמִיד וְאוֹמֵר עַתָּה יִכָּנֵס לְבֵיתוֹ פִּתְאֹם וְיִמְצָא אוֹתִי בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ » רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ג הלכה א. Et pour notre cas : « שֶׁכֵּיוָן שֶׁהַיַּיִן שֶׁל עַכּוּ״ם וּבִרְשׁוּתוֹ אֵינוֹ מְפַחֵד לְזַיֵּף וּלְהִכָּנֵס לַבַּיִת » רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ג הלכה ג.
Le Taz le formule pour la pratique, en une ligne. C’est la phrase à retenir avant toute application :
« שאין עובד כוכבים מרתת מליגע כיון שהוא שלו מה שאין כן ביין של ישראל ברשות עובד כוכבים דמותר בחת״ח או בחותם אחד בדיעבד דמרתת טפי » (ט״ז יו״ד קל״א ס״ק ג)
כלל הפסק של הסימן :
אין החותם מחיצה אלא סימן, וכוחו מן העין העתידה לראותו. לפיכך ביין שהוא של עובד כוכבים וברשותו — אין תקנה בחותמות, עד שיהא ישראל יושב ומשמר ; ויוצא ונכנס הרי הוא כיושב ומשמר. וכל שהעובד כוכבים נתפס עליו כגנב, או שיש לו מה להפסיד, שב המירתת והחותם חוזר לפעול.
Ce que cela change pour toi. La première question, devant une cuve, n’est jamais “ combien de sceaux ? ” mais “ qui peut entrer sans prévenir, et à quelle heure ? ”. Si la réponse est “ personne ”, aucun nombre de sceaux ne règle le problème. Si la réponse est “ quelqu’un, et il ne peut pas le savoir à l’avance ”, les moyens matériels reprennent toute leur valeur.

2. פסק המחבר והרמ״א — la carte des deux seifim

Le Siman 131 compte deux seifim — c’est le compte annoncé par l’en-tête (ובו ב׳ סעיפים) et c’est le compte réel du texte. Le seif 1 porte à lui seul toute la casuistique ; le seif 2 tient en une ligne du Mehaber et une glose du Rama.

SeifSujetPsak (ancré dans le texte)
1le vin du non-Juif rendu cachère et laissé chez luiPermis sans aucun sceau si un Juif habite la cour, même si le non-Juif y habite aussi. Sinon : permis avec clé et sceau si des Juifs habitent la ville et que le local ouvre sur le domaine public — Rama : a posteriori, un seul sceau. Si le local n’ouvre pas sur la rue, ou dans une ville entièrement non juive : interdit même avec un sceau dans un sceau, jusqu’à ce qu’un Juif soit assis et garde ; et sortir et entrer vaut garder. Chez un autre non-Juif : permis avec clé et sceau, à condition qu’il ne soit pas soumis au propriétaire. Les colporteurs juifs pouvant entrer à toute heure comptent comme des habitants ; le dépotoir, la fenêtre et le palmier comptent comme une ouverture sur la rue — Rama : la fenêtre le jour seulement. Le reçu התקבלתי, s’il n’y a plus de rétention, fait du vin celui du Juif. Rama : selon un avis, un sceau dans un sceau permettrait en tout cas — on s’y appuie pour le profit, non pour la boisson.
2le vin d’un Juif acheté par des non-Juifs et transporté par merDes non-Juifs qui achètent le vin d’un Juif, le scellent d’un sceau dans un sceau et le transportent seuls plusieurs jours en bateau : permis. Rama : un Juif et un non-Juif ayant rendu cachère en association le vin d’un non-Juif, avec la clé chez le Juif — un sceau de plus fait un sceau dans un sceau, et l’on ne craint pas l’association du non-Juif.

3. ישראל הדר בחצר — la solution la plus forte, et la moins coûteuse

אם נתנו ישראל בחצרו של אותו עובד כוכבים עצמו והישראל דר בחצר מותר אפילו בלא חותם אפילו אם העובד כוכבים גם כן דר שם

— שולחן ערוך יו״ד קל״א:א
Pourquoi cela suffit, et sur quel titre. Le Chakh donne la qualification exacte, et elle commande toutes les applications :
« והישראל דר בחצר. דחשיב כמו שומר דסגי ביוצא ונכנס כן כתבו הפוסקים » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ב)
Le voisin est un gardien. Non pas un gardien par contrat, mais par situation : il peut entrer à tout moment, et le propriétaire le sait. Le Rambam en donne le motif en toutes lettres — le non-Juif se dit qu’il pourrait entrer chez lui à l’improviste et l’y trouver.

👈 La borne qu’il ne faut jamais oublier : l’absence annoncée

Ce qui rompt cette garde n’est pas la longueur de l’absence mais son annonce :

« ויוצא ונכנס. אע״פ ששהה זמן רב אם לא הודיעו שמפליג » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ט)
Lema'asse. Une personne juive qui réside sur place — ou qui dispose d’un accès libre et non annoncé — vaut, pour ce siman, mieux que n’importe quel dispositif matériel. À l’inverse, un planning de visites communiqué à l’avance détruit précisément ce qui faisait la garde. C’est le point que la pratique inverse le plus souvent.

4. פתח פתוח לרשות הרבים — ce qui compte comme regard

ואם הבית פתוח לאשפה או שיש בחצר כנגד פתח הבית חלון פתוח לרשות הרבים או שיש לישראל דקל כנגד פתח הבית חשוב כפתוח לרשות הרבים

— שולחן ערוך יו״ד קל״א:א
La source est une ligne de Rav Yossef : « אָמַר רַב יוֹסֵף: וְחַלּוֹן כִּרְשׁוּת הָרַבִּים דָּמֵי, וְאַשְׁפָּה כִּרְשׁוּת הָרַבִּים דָּמֵי, וְדִיקְלָא כִּרְשׁוּת הָרַבִּים דָּמֵי » (עבודה זרה ס״א ע״א). Trois choses sans propriété commune, sinon d’attirer quelqu’un à une heure imprévisible.

Faut-il encore un sceau quand la porte est ouverte ?

Le Chakh expose les deux positions et tranche par un seuil.

« ודעת הרשב״א והר״ן בשם הראב״ד דהיכא דאין העובד כוכבים דר בחצר שרי בלא חותם כלל כיון דהוא פתוח לר״ה ונראה דכ״ע מודים בזה לדינא » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ד)
« ע״כ נראה דאין להקל בזה אלא במקום הפסד ובאופן שנתבאר בס״ק ג׳ » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ה)

👈 Ce que le Taz ajoute, et qui change la portée

On aurait pu croire, comme au siman 128, que seule la portion visible depuis l’ouverture est protégée. Le Taz le refuse : ce qui dissuade n’est pas la vue du geste, c’est la vue de l’entrée. Donc tout le local est couvert.

« אבל הכא אמרינן חזקה לא נכנס כלל דמרתת שמא יראוהו נכנס ויוצא או יראוהו מן הדרך כניסתו ויציאתו » (ט״ז יו״ד קל״א ס״ק ד)
Lema'asse. La glose du Rama pose la seule limite horaire du siman : une fenêtre ne vaut que le jour. Et le Chakh rappelle qu’un local ouvert sur la rue ne sert à rien s’il n’y a pas de Juifs dans la ville — les deux conditions se cumulent : « אף על פי שישראל דר בעיר. ואפילו הרבה ישראלים » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ח).

5. מפתח וחותם — combien de garanties, et pour qui

אם דר ישראל באותה העיר והבית שהיין בו פתוח לרשות הרבים מותר אם יש לישראל מפתח וחותם

— שולחן ערוך יו״ד קל״א:א

Mehaber et Rama : deux garanties, ou une ?

PositionLekhat’hilaBedieved
MehaberClé et sceauClé et sceau encore
Rama (glose)Clé et sceauUn seul sceau, comme au siman 130
Taz ס״ק בUne clé seule vaut de même
« כלומר לדידן מותר בדיעבד בחותם א׳ אלא דלכתחלה צריך ב׳ חותמות אבל להמחבר אף בדיעבד צריך ב׳ חותמות » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ו)
« ובדיעבד אפילו בחותם א׳. נתבאר בסימן קי״ח סעיף א׳ דה״ה מפתח לחוד » (ט״ז יו״ד קל״א ס״ק ב)

👈 Un Juif dans la ville, ou plusieurs ?

C’est la question la plus concrète pour les régions à faible présence juive. Le Chakh expose la divergence et donne deux seuils distincts — un pour la boisson, un pour le profit.

« אם דר ישראל. אפילו ישראל אחר ב״י ופרישה אבל דעת הרשב״א דאפילו בישראל זה לבדו דר בעיר אינו מתיירא מליכנס שם ומזייף ובעינן דוקא ישראלים רבים דרים שם » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ג)
« ויש להחמיר במקום שאין הפסד אבל בהנאה נראה דשרי אף שלא במקום הפסד » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ג)
Lema'asse. Retiens la structure : le siman ne rend pas un verdict unique, il en rend deux — un pour boire, un pour vendre. Beaucoup de situations douteuses ne sont douteuses que pour la première. Le Chakh ajoute d’ailleurs, pour le profit seul, qu’il est permis « אפילו באינה פתוח לר״ה ואין שום ישראל דר בעיר » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ז) — mais c’est du profit qu’il parle, non de la boisson.

6. חותם בתוך חותם — בהנאה כן, בשתייה לא

הגה ויש מי שאומר שבחותם תוך חותם מותר בכל ענין (טור בשם בעל התרומות) ויש לסמוך עליו להתירו בהנאה אבל לא בשתייה (ר״ן בתשובה)

— רמ״א יו״ד קל״א:א

Le point de psak le plus disputé du siman

PositionVerdictOù elle s’appuie
Baal haTeroumot, Rabbenou TamLe double sceau permet en tout casLe double sceau tient lieu de gardien
Roch, Rachba, Ran, Rambam, GuéonimAucun nombre de sceaux ne permetConsensus rapporté par le Rachba
Rama — psak retenuProfit oui, boisson nonRan dans une téchouva
Ba’h, et le Chakh בהפסד מרובהJusqu’à la boissonLe contact douteux, et le statut du vin de notre temps
TazPas de boisson ; l’achat pour revendre, ouiRestreint le Ran à son cas
« וכתב הרשב״א בתשובה שכך היא הסכמת הגאונים והר״מ והרא״ש שיינו של נכרי שטיהרו ישראל ונתנו בחצר שהנכרי דר שם אין לו תקנה ואפי׳ בכמה חותמות אלא כשישראל יושב ומשמר » (בית יוסף יו״ד קל״א)
« ומכל מקום בהפסד מרובה אפשר דיש להתיר בשתיה וכדברי הב״ח » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ט״ו)
« ומו״ח ז״ל כתב דלדידן אפי׳ בשתייה מותר כיון דספק מגע הוא ולא נראה להקל בזה » (ט״ז יו״ד קל״א ס״ק ה)

👈 La remarque du Chakh qui vaut pour les trois simanim

Elle ne change pas les règles, mais elle explique pourquoi les A’haronim admettent tant d’allègements en cas de perte importante — la crainte porte aujourd’hui sur un geste ordinaire, non sur une libation.

« ודע דבכל הסימן וכן בכל סימן קכ״ט וק״ל דחיישינן שמא נגע בו עובד כוכבים היינו דוקא במקום דאיכא למיחש שמא נגע בו לשתות או להחליף או לשום הנאה אחרת » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ט״ו)
Lema'asse. La position de référence est celle du Rama : deux sceaux permettent la vente et le profit, non la boisson. L’ouverture jusqu’à la boisson existe — le Ba’h, et le Chakh en cas de perte importante — mais elle est explicitement refusée par le Taz, et elle ne se prend pas seul : c’est exactement le type de question qui se pose à un Rav, avec les chiffres de la perte sous les yeux.

7. רשות עובד כוכבים אחר — le dépôt chez un tiers

אבל אם נתנו בבית עובד כוכבים אחר מותר במפתח וחותם והוא שלא יהא עובדי כוכבים האחר כפוף תחת יד העובד כוכבים בעל היין

— שולחן ערוך יו״ד קל״א:א
Le Mehaber suit ici le Roch, le Rachba et le Ran contre le Rambam. La guemara hésitait à savoir si tous les domaines non juifs n’en font qu’un ; le Beit Yossef tranche expressément.
« ופסקו הרא״ש והרשב״א והר״ן ז״ל הלכה כת״ק אבל מדברי הרמב״ם בפרק י״ג נראה שפוסק כרשב״א ולענין הלכה נראה דנקיטין כהרשב״א והרא״ש והר״ן » (בית יוסף יו״ד קל״א)
La condition que la pratique oublie. Le dépôt chez un tiers ne vaut que si ce tiers est réellement indépendant. La source est l’affaire de Rava : celui qui craint l’autre le couvrira.
« אֲמַר לְהוּ רָבָא: אַדְּרַבָּה, אֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר לָא חָיְישִׁינַן לְגוֹמְלִין, הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלָא מִירְתַת מִינֵּיהּ, אֲבָל הָכָא, כֵּיוָן דְּמִירְתַת מִינֵּיהּ — מְחַפֵּי עֲלֵיהּ זְכוּתָא » (עבודה זרה ס״א ע״ב)
Lema'asse. Un entrepôt tiers ne résout la difficulté que s’il est indépendant du vendeur — ni filiale, ni sous-traitant, ni employé. La question à poser est celle de Rava, et elle est très concrète : si le vendeur entrait, l’exploitant de l’entrepôt pourrait-il le traiter en intrus ?

8. התקבלתי — quand le vin cesse d’être le sien

ואם כתב העובד כוכבים לישראל התקבלתי אם כשיבא ישראל להוציאו אינו מעכב עליו הרי הוא כיינו ומותר במפתח וחותם

— שולחן ערוך יו״ד קל״א:א
C’est la clause la plus opératoire du siman aujourd’hui, parce qu’elle est entièrement contractuelle. Dès que le vendeur ne peut plus retenir la marchandise, le vin est celui de l’acheteur juif, et l’on quitte le régime sévère du siman 131 pour celui du siman 130.
Mais un contrat ne suffit pas. Le Chakh l’écarte expressément : même une vente conclue devant témoins et irrévocable selon leur usage ne remplace pas le reçu.
« דוקא כ׳ לו התקבלתי או שזקפו עליו במלוה הא לאו הכי אפילו קנאו ממנו בפני עדים כדרך מקחן של עובדי כוכבי׳ שלא יוכל א׳ מהם לחזור המקח אסורים » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק י״ג)
Et le paiement partiel ? Le Chakh y répond par la part : dès que l’acompte donne au Juif une part réelle dans le vin, on sort du siman 131.
« ולא פרע לו מעות. היינו שלא פרע לו כלום אבל אם פרע לו מקצת בענין שיש לישראל חלק ביין » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק א)
Le Pit'hei Techouva précise la condition et écarte une erreur de raisonnement. L’acompte ne suffit pas si le vendeur peut se libérer en remboursant ; il faut qu’il doive livrer du vin à hauteur de la somme. Et surtout : la question ne se règle pas par le droit de l’acquisition.
« דהכא אין הטעם משום דינא דקנין כמו במכירת חמץ ובכור והיתר שביתת בהמה דהכא הכל תליא במרתת » (פתחי תשובה יו״ד קל״א ס״ק א)
Lema'asse. Sur un achat de vin cachère resté chez un producteur non juif, la question à poser au juriste avant de la poser au Rav est simple : l’acheteur peut-il faire enlever la marchandise quand il veut, sans autre paiement ? Si oui, on est au siman 130. Si non, on est au siman 131 — et le nombre de sceaux ne suffira pas à le corriger.

9. הספינה — le transport, et le motif de l’investissement

עובדי כוכבים שקונים יין מישראל ומחתימין אותו חותם בתוך חותם ומוליכין אותו כמה ימים בספינה לבדם מותר

— שולחן ערוך יו״ד קל״א:ב
Le motif est un calcul économique, et il est explicite dans le Tour : « אבל כשמוליך יין למרחוק בטורח גדול והוצאה מרובה וגם קנה אותו חש לטרחו ולהוצאתו ולא יזייף » (טור יו״ד קל״א). Le Taz le reprend au nom de Rabbenou Tam : « בטור בשם ר״ת נתן טעם לזה שלא החמירו במטהר יינו של עובד כוכבים אלא בגדל בכרמו שלא טרח בו כ״כ ולא הוציא עליו הוצאות » (ט״ז יו״ד קל״א ס״ק ו).
Combien de sceaux, alors ? Si le motif est l’investissement, un seul sceau devrait suffire. Le Ba’h retient pourtant la lettre du seif.
« וכתב הב״ח דאע״ג דמדינא להט״ו אין חילוק בין חותם א׳ לב׳ חותמות מכל מקום לא שרי הכא אלא בחב״ח כדמשמע בתוספות » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק ט״ז)

👈 Le Noda BiYehouda, et un cas très actuel

Rapporté par le Pit'hei Techouva : si le motif est bien l’investissement, un producteur non juif qui paie lui-même la surveillance a désormais quelque chose à perdre. Il n’ose pas en faire une règle, mais il l’admet comme facteur d’appoint.

« אבל היכא שהעובד כוכבים משלם שכר השמירה חושש להפסד הוצאותיו ושפיר מרתת » (פתחי תשובה יו״ד קל״א ס״ק ה)
« ועכ״פ יש לצרף זה להקל בשני חותמות או במפתח וחותם אפילו בשתיה » (פתחי תשובה יו״ד קל״א ס״ק ה)
Lema'asse. Le seif 2 est la base du transport maritime et routier scellé, y compris sans accompagnateur juif. Le Ba’h veut ici un double sceau et non un seul — c’est la pratique la plus sûre. Et le raisonnement du Noda BiYehouda, qui n’est qu’un tsirouf, ne s’invoque pas seul.

10. הגהת הרמ״א בסעיף ב׳ — la שותפות

הגה ישראל ועובד כוכבים שטהרו יינו של עובד כוכבים א׳ בשותפות והמפתח ביד ישראל אם יש על היין עוד חותם אחד הוי חותם בתוך חותם כמו שנתבאר לעיל סימן ק״ל ולא חיישינן לשותפות העובד כוכבים

— רמ״א יו״ד קל״א:ב

Le Taz corrige le texte, le Chakh le sauve

Le Taz tient que la glose recopie mal la téchouva du Rachba et qu’il y a une faute d’impression ; le Chakh la maintient en supposant que le Juif a payé sa part ou reçu un reçu. Pour la pratique, les deux aboutissent au même endroit : ce qui permet, c’est que le Juif ait un intérêt dans le vin.

« ע״כ נ״ל ברור שיש כאן ט״ס וצריך להיות ישראל ועובד כוכבים שיש להם יין בשותפות וטהרו ישראל ונתנוהו בבית עובד כוכבים אחר » (ט״ז יו״ד קל״א ס״ק ז)
« ומיירי שפרע הישראל חלקו להעובד כוכבים האחר או שכתב לו התקבלתי בענין שכשבא הישראל אינו מעכב עליו דהוי ליה יינו של ישראל » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק י״ז)
Le motif de fond, admis des deux côtés : dès que le Juif est associé au vin, l’autre redevient quelqu’un qu’on pourrait accuser — et la crainte revient.
« דהכא שאני דכיון דאית לישראל שותפות בעובד כוכבים מרתת ונתפס עליו כגנב » (ש״ך יו״ד קל״א ס״ק י״ח)

11. מקרים מודרניים — la cave, le machguiah, le conteneur, l’entrepôt

👈 Cas 1 — Un vin cachère produit dans un domaine qui n’est pas juif

C’est la scène même du seif 1, et la plus fréquente aujourd’hui. Tant que le domaine peut retenir la marchandise, le vin est le sien. La question n’est pas le nombre de sceaux mais l’accès imprévisible : quelqu’un peut-il entrer sans prévenir, et le producteur le sait-il ?

👈 Cas 2 — Le machguiah qui repart le soir

Le siman ne demande pas une présence continue — ויוצא ונכנס הרי הוא כיושב ומשמר. Mais le Chakh (ס״ק ט) enseigne que l’indulgence tombe dès que l’absence est annoncée. Un planning de visites communiqué à l’avance détruit la garde qu’il prétend organiser.

👈 Cas 3 — Vin payé, vin non payé

Le reçu התקבלתי — ou la conversion du prix en dette — fait passer du siman 131 au siman 130. Un contrat, même irrévocable, ne suffit pas (ש״ך ס״ק י״ג). Un acompte suffit s’il donne droit à une quantité de vin, non s’il est remboursable (ש״ך ס״ק א, ופתחי תשובה ס״ק א).

👈 Cas 4 — Le conteneur scellé et le transport

C’est le seif 2. Le transporteur a payé et il ne gâchera pas son investissement. Le Ba’h veut ici un double sceau et non un seul (ש״ך ס״ק ט״ז) : c’est la pratique la plus sûre, et elle est aisée à mettre en œuvre.

👈 Cas 5 — L’entrepôt d’un tiers

Permis avec clé et sceau — mais seulement si le tiers est indépendant du vendeur. Une filiale, un sous-traitant ou un employé ne remplissent pas la condition du כפוף תחת ידו.

👈 Cas 6 — Une région sans communauté juive

C’est le cas le plus sévère : עיר שכולה עובדי כוכבים. Le siman ouvre pourtant une porte qui vaut encore : une localité non close, où des Juifs peuvent passer à toute heure, compte comme habitée. Mais le Chakh (ס״ק י״א), au nom de Rabbenou Yerou’ham, note que ce raisonnement tombe le Chabbat et les jours de fête, où l’on sait que personne ne viendra.

Le point que ce niveau ne tranchera pas. La cacheroute d’un vin réel dépend aussi de ce que ce vin est (cuit ou non), de qui l’a manipulé, et de conventions de supervision qui n’ont pas de source dans ce siman. Ce niveau dit ce que le siman 131 exige ; il ne dit pas si telle bouteille est cachère. Cela, c’est l’organisme de certification et ton Rav.

12. סיכום מעשי — tableaux, liens, et למעשה שאל את רבך

SituationVerdict pratiqueSource
Un Juif habite la courPermis sans aucun sceauשו״ע קל״א:א · ש״ך ס״ק ב
Juifs dans la ville + local ouvert sur la rueClé et sceau ; un seul sceau a posterioriשו״ע ורמ״א קל״א:א · ט״ז ס״ק ב
Local fermé, ou ville sans JuifsGardien obligatoire, même avec deux sceauxשו״ע קל״א:א
Deux sceaux, sans gardienProfit oui, boisson nonרמ״א קל״א:א
Idem, perte importanteCertains permettent jusqu’à la boisson ; le Taz refuseש״ך ס״ק ט״ו · ט״ז ס״ק ה
Dépôt chez un autre non-Juif indépendantClé et sceauשו״ע קל״א:א · ב״י
Dépositaire soumis au propriétaireComme s’il était chez le propriétaireשו״ע קל״א:א · עבודה זרה ס״א ע״ב
Reçu התקבלתי sans rétentionLe vin est celui du Juif — régime du siman 130שו״ע קל״א:א · ש״ך ס״ק י״ג
Transport scellé par merPermis ; double sceau selon le Ba’hשו״ע קל״א:ב · ש״ך ס״ק ט״ז
Association où la clé est chez le JuifUn sceau de plus fait un double sceauרמ״א קל״א:ב · ש״ך ס״ק י״ז-י״ח
Et pour finir, la seule règle qui vaut lema'asse. Ce niveau expose la psika des sources ; il ne remplace pas une décision. Un vin, une cave, un contrat et un calendrier de visites forment un cas concret, et un cas concret se tranche avec un Rav — ce que le Chakh et le Taz eux-mêmes font, en distinguant chaque fois la perte importante du cas ordinaire.
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קל״א · Niveau 4 — Halakha lema'asse · דין יין כשר שנעשה ברשות עובד כוכבים
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