Siman קל״ה — Dans quels récipients il faut craindre la libation
Le matériau, l’usage et l’enduit : ce qu’un récipient absorbe, et ce qui l’en délivre
יורה דעה · סימן קל״ה
בְּאֵיזוֹ כֵּלִים יֵשׁ לָחוּשׁ מִשּׁוּם נִיסּוּךְ
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 135 : les 16 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Les simanim précédents demandaient qui avait touché le vin, et où il reposait. Celui-ci change de sujet : il ne parle plus du vin, il parle du récipient. Un tonneau, une outre, une jarre vernie, un entonnoir ont contenu du vin interdit ; le vin est parti, mais il en reste quelque chose dans la paroi. Tout le siman est la réponse à une question unique — combien ce matériau a-t-il pris, et qu’est-ce qui le lui fait rendre ?
Sujet : Les récipients du vin, leur interdit et leur remède — שכשוך, מילוי ועירוי, כדי קליפה, הגעלה, י״ב חדש Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״ה
Compilation : הרב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l’étude
1.Le texte du Mehaber : les 16 seifim, avec les gloses du Rama
2.Contexte : la sougya d’Avoda Zara 33a-34a, et le Rambam
3.Les concepts-clés : שכשוך, מילוי ועירוי, מכניסו לקיום, מזופף, כלי נתר, מאני דקוניא, כדי קליפה…
7.Cas pratiques modernes : la cuve inox, la barrique, le fût vernissé, le tuyau, la citerne
8.Synthèse et questions de compréhension
1. Le texte du Mehaber — les 16 seifim
Le Siman 135 est une table de décision. Le Mehaber n’y raconte rien : il classe. Trois questions commandent chaque cas — de quoi le récipient est-il fait (seifim 1, 4, 5, 6), à quel usage sert-il (seifim 7, 8, 9), et qu’a-t-on passé sur sa paroi (seifim 1, 2, 3) — puis le siman énumère les remèdes, du plus léger au plus lourd : rinçage (11), remplissage et vidage (12), pelure de la paroi (13), four (14), hag‘ala (15), et enfin le temps qui fait tout seul le travail (16). Entre les deux, un unique récipient reste sans remède : celui de natron (5).
באיזו כלים יש לחוש משום ניסוך. ובו ט״ז סעיפים: כלים שאין מכניסין לקיום בין שהם של עור בין שהם של עץ ושל זכוכית ושל אבן ושל מתכת אם אינן מזופתין משכשכן היטב במים ומותרים בין שהיה תחילת תשמישן ביד עובד כוכבים בין ביד ישראל היו מזופתין וחדשים אם דרכן לשום בהם יין בשעת זפיתה וכל שכן אם הם ישנים שנתיישנו ביד עובד כוכבים בתשמיש יין קולף את הזפת ומשכשכן ומותרים. לא רצה לקלף ממלאן ומערן ג׳ ימים והוא הדין לכלים שלנו שנגע בהם העובד כוכבים בעוד היין טופח עליהם: הגה י״א דבכלים שלנו שהיה משקה טופח עליהם ונגע בהן עובד כוכבים אם הם של עץ ואבן או מתכת ושכשכן אפילו הם זפותים ועבר ונתן בהם יין אין לאסור בדיעבד (טור בשם ר״ת ובעל התרומה והרא״ש) ובהפסד מרובה יש להקל:
Titre du siman :dans quels récipients il faut craindre la libation ; et il comporte seize seifim.
Les récipients dans lesquels on ne met pas de vin à demeure — qu’ils soient de cuir, de bois, de verre, de pierre ou de métal — s’ils ne sont pas enduits de poix, on les rince bien à l’eau et ils sont permis, que leur premier usage ait eu lieu entre les mains d’un non-Juif ou entre celles d’un Juif.
S’ils étaient enduits de poix et neufs, et que l’usage est d’y verser du vin au moment de l’enduction — et à plus forte raison s’ils sont vieux, ayant vieilli entre les mains d’un non-Juif dans un usage de vin — il gratte la poix, les rince, et ils sont permis. S’il n’a pas voulu gratter : il les remplit et les vide trois jours.Et il en va de même de nos propres récipients qu’un non-Juif a touchés alors que le vin y était encore humide.
Glose du Rama :certains disent que, pour nos récipients sur lesquels un liquide était humide et qu’un non-Juif a touchés, s’ils sont de bois, de pierre ou de métal et qu’il les a rincés — même s’ils sont enduits de poix — et qu’il a passé outre et y a mis du vin, il n’y a pas lieu d’interdire a posteriori (Tour au nom de Rabbenou Tam, du Baal haTeroumot et du Roch) ; et en cas de perte importante, il y a lieu d’être indulgent.
Trois choses seulement décident, et le seif 1 les pose toutes les trois. Le matériau — un récipient qui n’est pas poreux se contente d’un rinçage. L’enduit — la poix change tout, non parce qu’elle est sale, mais parce qu’elle fait pénétrer le vin dans la paroi. Et l’usage — ici, un récipient qui ne garde pas le vin. Retiens la formule du Mehaber : la poix se gratte, ou bien, à défaut, on remplit et l’on vide trois jours. C’est la première apparition de l’échelle des remèdes, qui occupera toute la seconde moitié du siman.
Seif 2 — Un trou bouché à la poix ne fait pas un récipient poissé
כלי שניקב וסתמו בזפת אינו נידון ככלי מזופף ולפי זה משפך שהוא מזופף מעט סביב הברזל אין לו דין כלי מזופף:
Un récipient qui a été percé et que l’on a bouché avec de la poix n’est pas jugé comme un récipient enduit de poix ; et par conséquent, un entonnoir légèrement enduit de poix autour du fer n’a pas la loi d’un récipient enduit de poix.
Seif 3 — La cire n’est pas de la poix
כלי שהוא שוע (פירוש שהחליקו וטחו) בשעוה אין דינו כמזופף דשעוה לא בלעה:
Un récipient qui est enduit (explication : que l’on a lissé et enduit) de cire n’a pas la loi d’un récipient poissé, car la cire n’absorbe pas.
Seif 4 — La terre cuite, et le seuil de saturation
כלי חרס אם נשתמש בהם העובד כוכבים כל זמן שלא שבעו לבלוע צריכים מילוי ועירוי אפילו אינם זפותין ומאימתי שבעו מפעם שניה ואילך לפיכך אם נשתמש בהם העובד כוכבים פעם ראשונה ושנייה צריך מילוי ועירוי (טור) ואם נתן בהם מים שלשה פעמים ואח״כ נתן בהם יין ונגע בו העובד כוכבים מותר בשכשוך אבל אם לא נתן בהם מים אלא ב׳ פעמים ואח״כ נתן בהם יין ונגע בו העובד כוכבים יש אומרים שצריך עירוי ואם נתן בהם מים פעם אחת ושהו בהם שעה גדולה כמו רביע היום הוו בלועים ממים כמו נתן בהם מים שלש פעמים ואם הם זפותים צריכים לקלוף הזפת או מילוי ועירוי אפילו בשלנו שנגע בהם העובד כוכבים בעוד משקה טופח עליהם (ובדיעבד דינן ככלי אבן ועץ כמו שנתבאר) (כך מפרש הב״י ל׳ הטור):
Les récipients de terre cuite : si un non-Juif s’en est servi, tant qu’ils ne sont pas rassasiés d’absorber, ils requièrent remplissage et vidage, même s’ils ne sont pas enduits de poix. Et à partir de quand sont-ils rassasiés ? À partir de la deuxième fois. C’est pourquoi, si un non-Juif s’en est servi une première et une deuxième fois, il faut remplissage et vidage (Tour).
Et si l’on y a mis de l’eau trois fois, puis que l’on y a mis du vin et qu’un non-Juif l’a touché — c’est permis par un rinçage. Mais si l’on n’y a mis de l’eau que deux fois, puis du vin, et qu’un non-Juif l’a touché — certains disent qu’il faut un vidage. Et si l’on y a mis de l’eau une seule fois et qu’elle y est demeurée une longue durée, comme le quart d’un jour, ils sont imprégnés d’eau comme si on y avait mis de l’eau trois fois.
Et s’ils sont enduits de poix, il faut gratter la poix ou faire remplissage et vidage, même pour les nôtres qu’un non-Juif a touchés alors qu’un liquide y était encore humide. (Et a posteriori leur loi est celle des récipients de pierre et de bois, comme il a été expliqué) (ainsi le Beit Yossef explique-t-il la langue du Tour).
La terre cuite a une biographie. C’est la nouveauté du seif 4 : un récipient de terre n’a pas un statut fixe, il a un passé. Neuf, il boit ; rempli deux fois, il est « rassasié » et cesse de boire. Toute la casuistique du seif — deux usages, trois eaux, un quart de journée — ne fait que dater le moment où la paroi s’est fermée. Et c’est pourquoi la même jarre peut relever d’un régime le lundi et d’un autre le mois suivant.
Seif 5 — Le récipient de natron : le seul sans remède
כלי נתר והם העשוים ממחפורת של צריף (פי׳ קרקע שחופרין משם צריף בלע״ז אלו״ם ובלשון אשכנז בייס״א. רש״י) בולעים הרבה ביותר ואין להם טהרה עולמית אפילו ביישון י״ב חדש ואפילו באין מכניסין בהם לקיום ואפי׳ היה תחילת תשמישן ביד ישראל:
Les récipients de natron — ce sont ceux que l’on fait de terre de carrière d’alun (explication : une terre que l’on extrait de là, appelée tsérif, en langue vulgaire alum, et en allemand beissa — Rachi) — absorbent beaucoup plus que tout le reste, et ils n’ont jamais de purification : même par un vieillissement de douze mois, même s’ils ne servent pas à la conservation, et même si leur premier usage a eu lieu entre les mains d’un Juif.
Seif 6 — Les vernis : vert, blanc, noir, et les fissures
כלי חרס המצופים באבר או ברתוכי זכוכית (פירוש ממין כלי זכוכית שלא נתבשל כל צרכו והוא מן החול. תוספות) אם הם ירוקים דינם ככלי נתר מפני שיש בו קרקע מחפירת צריף אבל לבנים או שחורים אם הם חלקים שאין בהם בקעים דינם ככלי מתכות ואם יש בהם בקעים דינם כשאר כלי חרס שאינם שועים: הגה והא דכלי חרס מהני ליה עירוי היינו בדלא נשתמשו בו יין נסך רק בצונן אבל אם השתמשו בו בחמין כלי חרס אין לו תקנה ובשאר כלים צריכים הגעלה כמו בשאר איסורים (מרדכי פרק ב׳ דעבודת כוכבים בשם ראבי״ה):
Les récipients de terre cuite revêtus de plomb ou de scorie de verre (explication : une sorte de verrerie qui n’a pas été cuite à fond, et qui provient du sable — Tossefot) : s’ils sont verts, leur loi est celle des récipients de natron, parce qu’il y a en eux de la terre de carrière d’alun. Mais s’ils sont blancs ou noirs, et qu’ils sont lisses, sans fissures, leur loi est celle des récipients de métal ; et s’ils ont des fissures, leur loi est celle des autres récipients de terre non vernis.
Glose du Rama :et le fait que le vidage serve pour la terre cuite, c’est lorsqu’on ne s’en est servi pour le yayin nesekh qu’à froid ; mais si l’on s’en est servi à chaud, la terre cuite n’a pas de remède, et les autres récipients requièrent une hag‘ala comme pour les autres interdits (Mordekhi, chapitre 2 d’Avoda Zara au nom du Raavya).
Le vernis n’est pas un décor : c’est une donnée halakhique, et sa couleur la trahit. Vert veut dire qu’il y a de l’alun dedans — donc du natron, donc rien à faire. Blanc ou noir et lisse : la surface est fermée, on est ramené au métal. Fissuré : la fissure ouvre un chemin vers la terre nue, et l’on retombe sur la terre cuite. Une seule question à poser devant une jarre vernie : la surface est-elle intacte ?
Seif 7 — Le récipient de conservation : le vidage, toujours
כלים שמכניסים בהם יין לקיום צריכי׳ עירוי בין שלקחם ישנים מהעובד כוכבים בין שהם שלנו ונשתמש בהם העובד כוכבים אפילו לפי שעה ומיהו בעירוי סגי להו אפילו הם זפותים:
Les récipients dans lesquels on met du vin à demeure requièrent un vidage, qu’on les ait achetés vieux au non-Juif ou qu’ils soient les nôtres et qu’un non-Juif s’en soit servi, même passagèrement ; toutefois le vidage leur suffit, même s’ils sont enduits de poix.
Seif 8 — Jusqu’où va la sévérité du « à demeure » ?
יש מי שאומר שלא החמירו בשביל שמכניסו לקיום אלא בכלי חרס בלבד ויש מוסיפים של עץ ושל עור ויש מי שמוסיף של אבן ושל מתכת וכן ראוי לנהוג אבל של זכוכית לדברי הכל אין מחמירים בו בשביל שמכניסו לקיום:
Il y a un avis selon lequel on n’a été sévère du fait de la conservation qu’à l’égard des récipients de terre cuite seulement ; certains y ajoutent ceux de bois et de cuir ; et il en est un qui ajoute ceux de pierre et de métal — et c’est ainsi qu’il convient de pratiquer. Mais pour ceux de verre, de l’avis de tous, on n’est pas sévère du fait de la conservation.
Seif 9 — Ce qui compte comme « à demeure » : l’outre, la gourde, la coupe
נודות אין חשובין מכניסן לקיום שהרי אינם עשוים אלא להוליך בהם יין מהגת לחבית אבל חמת של טייעים כיון שהיין נתון בו תמיד שמיד שמערין זה חוזרין וממלאים אותו דינו כמכניסו לקיום אבל כוסות אע״פ ששותים בהם תדיר מכ״מ אין היין שוהה בהם תמיד אלא ממלאן לפי שעה ושותה ומערה והלכך אין להם דין מכניסן לקיום (כלי שמכניסין בו יין לעמוד בו שלשה ימים מקרי מכניסו לקיום ולכן העירוי גם כן הוא שלשה ימים) (מרדכי פא״מ ובכל בו ובארוך כלל כ״ח דין ס״ט):
Les outres ne sont pas considérées comme servant à la conservation, car elles ne sont faites que pour transporter le vin du pressoir au tonneau. Mais l’outre des caravaniers, puisque le vin s’y trouve en permanence — dès qu’on la vide, on la remplit à nouveau —, a la loi d’un récipient de conservation. Les coupes en revanche : bien qu’on y boive constamment, le vin n’y séjourne pas en permanence ; on les remplit pour un moment, on boit, on vide — elles n’ont donc pas la loi de récipients de conservation.
Glose du Rama :un récipient dans lequel on met du vin pour qu’il y demeure trois jours est appelé récipient de conservation ; et c’est pourquoi le vidage lui aussi est de trois jours (Mordekhi, Kol Bo, et le Aroch klal 28 din 69).
« À demeure » n’est pas une durée, c’est une destination. L’outre transporte : elle ne conserve pas, même si le vin y reste une nuit. L’outre du caravanier, elle, est toujours pleine : elle conserve. La coupe se remplit et se vide : elle ne conserve pas. Puis le Rama donne le chiffre — trois jours — et fait apparaître la symétrie du siman : le récipient qui garde le vin trois jours se rend par trois jours d’eau.
Seif 10 — Le récipient de cuir : faire monter l’eau au-dessus du bord
כלי עור הצריך מילוי ועירוי צריך שיוסיף עור וכיוצא בו על פיו כעין גדנפא כדי שיעלו המים על פיו או יהפכנו על פיו בתוך כלי מלא מים שלשה ימים אחרים:
Un récipient de cuir qui requiert remplissage et vidage : il faut ajouter du cuir ou son pareil sur son ouverture, en forme de rebord, afin que l’eau monte au-dessus de son ouverture ; ou bien le retourner, ouverture en bas, dans un récipient plein d’eau, trois autres jours.
Seif 11 — Le rinçage : trois fois, et à l’eau
כ״מ שאמרנו שצריך שכשוך צריך להדיחו ג׳ פעמים (במים אבל לא ביין אפילו רוצה לאסור יין שמשכשך (טור וב״י בשם הרמב״ן) ויש מקילין בדיעבד) . (בא״ח בשם י״א):
Partout où nous avons dit qu’il faut un rinçage, il faut le rincer trois fois. (À l’eau, mais non au vin — même s’il accepte de rendre interdit le vin dont il rince (Tour et Beit Yossef au nom du Ramban) ; et certains sont indulgents a posteriori.) (Orhot Haïm au nom de « certains disent ».)
Seif 12 — Le protocole du vidage : trois fois vingt-quatre heures
כל מקום שצריך עירוי צריך למלאותו מים על כל גדותיו ויניחם בו כ״ד שעות מעת לעת ולסוף כ״ד שעות ישפכם והמים מותרים (ויש אוסרים המים) (מרדכי פא״מ ובארוך ואגודה בשם ראבי״ה) ויתן בו מים שניים ויניחם בו כ״ד שעות וכן יעשה פעם שלישית ואע״פ שלא היו שלשה ימים אלו רצופים אין בכך כלום ואם עמדו בו המים כמה ימים ולא שפכם לא עלו לו אלא ליום אחד ואם שפך המים קודם שעמדו בו כ״ד שעות לא עלו לו אותם המים: (מי מלח חזקים שיש בהן שליש מלח וב׳ שלישים מים מועילים במעת לעת (טור בשם הרמ״ה) כמו עירוי ג׳ ימים) (טור בשם הרא״ש):
Partout où un vidage est requis, il faut le remplir d’eau jusqu’à ses bords, l’y laisser vingt-quatre heures d’un temps à l’autre, et au bout de vingt-quatre heures la verser — et l’eau est permise (et certains interdisent l’eau — Mordekhi, Aroch et Agouda au nom du Raavya) — puis y mettre une deuxième eau, l’y laisser vingt-quatre heures, et faire de même une troisième fois. Et même si ces trois jours n’ont pas été consécutifs, cela ne fait rien. Et si l’eau y est demeurée plusieurs jours sans qu’il l’ait versée, elle ne lui compte que pour un seul jour. Et s’il a versé l’eau avant qu’elle y soit demeurée vingt-quatre heures, cette eau ne lui compte pas.
Glose du Rama :une saumure forte, qui contient un tiers de sel et deux tiers d’eau, sert en vingt-quatre heures (Tour au nom du Ramah) comme un vidage de trois jours (Tour au nom du Roch).
Le vidage n’est pas un lavage, c’est une extraction — et une extraction se mesure. Trois données, et le seif ne dit rien d’autre : l’eau doit atteindre tout ce que le vin a atteint (jusqu’aux bords), elle doit rester vingt-quatre heures pleines, et l’opération doit être renouvelée — car une eau saturée ne tire plus rien. De là les trois règles qui suivent : les jours peuvent être espacés, une eau laissée une semaine ne vaut qu’un jour, et une eau retirée trop tôt ne vaut rien.
Seif 13 — L’absorption ne va pas plus loin qu’une pelure
אפילו במכניסו לקיום אינו בולע יותר מכדי קליפה לפיכך אם העביר עליהם מלקט ורהיטני או קלפם בקרדום הוכשרו (אבל קליפת הזפת לא מהני בכלים המכניסים לקיום) (כך משמע מתשובת הרא״ש):
Même dans un récipient de conservation, il n’absorbe pas plus que l’épaisseur d’une pelure ; c’est pourquoi, s’il a passé dessus une gouge ou un rabot, ou s’il les a pelés à la hache, ils sont devenus propres. (Mais peler la poix ne sert pas pour les récipients de conservation) (ainsi ressort-il de la responsa du Roch).
Seif 14 — Le four : chauffer par le dehors, non par le dedans
כלי חרס שנשתמש בהם יין נסך אם החזירן לכבשן והסיקן מבחוץ ונתלבנו אפי׳ לא השהם בתוכו עד שנשר הזפת אלא שנרפה שרי אבל אם הסיקן מבפנים לא מהני אלא אם כן הסיקן כל כך עד שעבר חומם לצד חוץ כל כך שהיד סולדת בו:
Des récipients de terre cuite dont on s’est servi pour du yayin nesekh : s’il les a remis au four et les a chauffés par l’extérieur jusqu’à ce qu’ils blanchissent — même s’il ne les y a pas laissés jusqu’à ce que la poix tombe, mais seulement jusqu’à ce qu’elle se soit relâchée — c’est permis. Mais s’il les a chauffés par l’intérieur, cela ne sert pas, à moins qu’il ne les ait chauffés au point que leur chaleur soit passée du côté extérieur au point que la main s’y brûle.
Seif 15 — La hag‘ala dans un keli richon, et les pierres brûlantes
כלי עץ וכלי עור וכלי חרס אפילו מזופתים ואפילו מכניסן לקיום ניתרים בהגעלה בכלי ראשון: הגה ויש מתירין אפילו ע״י עירוי שמערה בהן רותחין ולגלגלן (טור בשם ר״ח ותשובת הרא״ש) ויש לסמוך על זה בדיעבד (ב״י) ואפילו לכתחילה נוהגין ליתן אבנים קטנים מלובנים תוך החבית או (גדולים) ונותנן על המשפך ושופך עליהם רותחים ויורדים לתוך החבית ומגלגלו ומחשבים זה לכלי ראשון (ארוך כלל נ״ח):
Les récipients de bois, de cuir et de terre cuite, même enduits de poix, et même servant à la conservation, deviennent permis par une hag‘ala dans un keli richon.
Glose du Rama :et certains permettent même par un simple versement, en versant sur eux de l’eau bouillante et en les faisant rouler (Tour au nom de Rabbenou Hananel et d’une responsa du Roch), et l’on peut s’appuyer là-dessus a posteriori (Beit Yossef). Et même a priori, l’usage est de mettre de petites pierres portées au blanc dans le tonneau, ou de grosses que l’on pose sur l’entonnoir, puis de verser dessus de l’eau bouillante qui descend dans le tonneau ; on le fait rouler, et l’on compte cela comme un keli richon (Aroch klal 58).
Seif 16 — Douze mois, et le temps fait le reste
כל הכלים שישנן י״ב חדש שרי שודאי כלה כל לחלוחית יין שבהם ואפילו נתן לתוכם מים תוך י״ב חדש אין בכך כלום:
Tous les récipients qui ont vieilli douze mois sont permis, car assurément toute l’humidité de vin qui s’y trouvait s’est dissipée. Et même s’il y a mis de l’eau au cours des douze mois, cela ne fait rien.
Le dernier seif éclaire les quinze premiers. Si douze mois suffisent à tout — même à ce que trois jours d’eau n’auraient pas suffi à tirer —, c’est que ce qui est en cause dans tout le siman n’est pas une substance qui aurait pénétré la matière, mais une humidité qui y est retenue. Une humidité, cela s’extrait par l’eau, cela se brûle par le feu, cela s’enlève avec la pelure — et cela s’évapore avec le temps.
2. Contexte — la sougya d’Avoda Zara
Tout le siman 135 est le dépliement d’une seule page de guemara — la fin du deuxième chapitre d’Avoda Zara, aux folios 33a et 33b — plus deux lignes du folio 34a. La braïta y pose d’emblée l’opposition qui commandera le seif 1 : le récipient nu et le récipient poissé.
Deux tentatives de restreindre la règle sont écartées coup sur coup — elle vaut pour nos récipients comme pour les leurs, pour les outres comme pour les jarres :
Le folio 33b donne alors la distinction majeure du siman — celle du récipient qui garde et de celui qui ne garde pas. Rav Yehouda tranche l’affaire des cruches saisies par la maison de Parzak :
Et lorsque la guemara demande pourquoi l’on est plus sévère pour le hamets que pour le vin dans ces mêmes récipients vernis, elle donne en cinq mots la raison de toute l’indulgence de ce siman :
Le Rambam avait déjà rassemblé, en une seule halakha, les quatre remèdes que le siman étalera sur seize seifim — le vieillissement, le feu, la chaleur et l’eau :
Le Tour, que le Mehaber suit pas à pas, ouvre le siman par la phrase qui en donne le plan :
« כל כלי עץ ומתכות או זכוכית או אבן שאין דרך להכניס בהן יין לקיום אלא משתמשין בהן לשעה סגי להו בשכשוך » (טור יו״ד קל״ה)
3. Les concepts-clés de ce siman
שִׁכְשׁוּךְ — le rinçage. Le remède le plus léger : on lave le récipient à l’eau, trois fois (seif 11). Il ne prétend pas extraire ce qui est entré dans la paroi — il enlève ce qui est resté dessus. Il ne suffit donc que là où rien n’est entré : un matériau non poreux, non enduit, qui n’a pas servi à conserver.
מִילּוּי וְעֵרוּי — remplissage et vidage. Trois fois vingt-quatre heures d’eau, renouvelée à chaque fois (seif 12). Ce n’est plus un lavage mais une extraction : l’eau reprend au matériau ce que le vin y a laissé. C’est le remède central du siman, celui que la guemara a appris de l’affaire des outres.
מַכְנִיסוֹ לְקִיּוּם — le récipient de conservation. Celui qui est destiné à garder le vin, non à le porter (seifim 7 à 9). Sa sévérité tient à la durée du contact : le vin y séjourne, donc la paroi a le temps de boire. Le Rama en donne le seuil — trois jours.
מְזוּפָּף — enduit de poix. Un revêtement noir dont on enduisait les tonneaux et les jarres. Il aggrave le statut du récipient pour une raison précise, que le Taz énonce : la poix fait passer le vin dans la paroi. Deux conséquences opposées en découlent : la poix se gratte (seif 1), mais la gratter ne suffit pas pour un récipient de conservation (seif 13).
כְּלֵי נֶתֶר — les récipients de natron. Faits d’une terre de carrière particulièrement avide, ils absorbent tant qu’aucun remède n’en vient à bout (seif 5) — ni l’eau, ni le feu, ni douze mois. C’est le seul cas du siman où le Mehaber écrit que la chose est sans issue.
מַחְפּוֹרֶת שֶׁל צְרִיף — la carrière d’alun. Le matériau dont sont faits les כלי נתר. Rachi le rend par alum ; le Chakh note que le Rambam, lui, réfute cette identification et propose un autre minéral. Ce qui compte halakhiquement n’est pas le nom du minéral mais sa propriété : il boit sans jamais se rassasier.
מָאנֵי דְקוּנְיָא — les récipients vernis. De la terre cuite revêtue de plomb ou de scorie de verre (seif 6). Le vernis peut fermer la paroi — et alors le récipient vaut du métal — ou contenir de l’alun, ou être fissuré ; la couleur et l’état de surface décident.
שָׂבְעוּ לִבְלוֹעַ — rassasiés d’absorber. État d’un récipient de terre qui a déjà bu son content et ne boit plus (seif 4). C’est ce qui rend la terre cuite si difficile à traiter en pratique : son statut dépend de son histoire, non de sa nature.
טוֹפֵחַ עַל מְנָת לְהַטְפִּיחַ — humide au point de mouiller ce qu’on y pose. Le seuil du contact : au-dessous, le vin qui reste sur la paroi n’a pas la force d’interdire. Le Taz le précise expressément au nom du Maharchal.
כְּדֵי קְלִיפָה — l’épaisseur d’une pelure. La profondeur maximale de l’absorption (seif 13). D’où un remède mécanique : raboter, gouger, peler à la hache — enlever la couche, et le récipient est propre.
הַגְעָלָה — l’ébouillantage. Le remède par l’eau bouillante d’un keli richon (seif 15). Il vaut ici même pour des récipients de conservation et même poissés — ce que la seule מילוי ועירוי ne dispense pas de faire pour d’autres interdits.
כִּבְשָׁן — le four. Le remède par le feu (seif 14). Sa condition n’est pas la flamme mais la traversée : la chaleur doit passer d’un côté à l’autre de la paroi.
יִשּׁוּן י״ב חֹדֶשׁ — le vieillissement de douze mois. Le remède par le temps (seif 16), qui n’exige aucun geste. Il révèle la nature de tout l’interdit : une humidité, et non une substance.
כָּבוּשׁ כִּמְבוּשָׁל — le macéré vaut le cuit. Règle générale des interdits : un aliment qui séjourne vingt-quatre heures dans un liquide est traité comme s’il y avait cuit. Le Chakh s’en sert pour poser la limite du siman — tout ce qui précède ne vaut que si le vin n’est pas resté un jour plein.
גַּדְנְפָא — le rebord ajouté. Le bourrelet de cuir que l’on pose sur l’ouverture d’une outre pour que l’eau du vidage monte au-dessus du bord (seif 10) — car ce que l’eau n’atteint pas, elle ne le purge pas.
4. Le tableau récapitulatif
Deux grilles suffisent à tenir tout le siman. La première croise le matériau et l’usage ; la seconde ordonne les remèdes du plus léger au plus lourd.
Matériau
Usage passager (אין מכניסין לקיום)
Conservation (מכניסו לקיום)
Seif
Verre
שכשוך
שכשוך — de l’avis de tous, on n’aggrave pas
1 · 8
Métal
שכשוך
עירוי — « et ainsi convient-il de pratiquer »
1 · 8
Pierre
שכשוך
עירוי
1 · 8
Bois
שכשוך
עירוי
1 · 8
Cuir
שכשוך ; poissé — עירוי pour tous
עירוי, avec un rebord ajouté
1 · 8 · 10
Terre cuite non rassasiée
מילוי ועירוי, même sans poix
עירוי
4 · 7
Terre cuite rassasiée
שכשוך
עירוי
4 · 7
Terre vernie verte
aucun remède
aucun remède
6
Terre vernie blanche ou noire, lisse
comme le métal
comme le métal
6
Terre vernie fissurée
comme la terre cuite
comme la terre cuite
6
כלי נתר
aucun remède, même sans conservation
aucun remède
5
Remède
En hébreu
Ce qu’il fait
Seif
Rincer trois fois
שכשוך ג׳ פעמים
Enlève ce qui est resté sur la paroi
11
Gratter la poix
קליפת הזפת
Ôte le revêtement qui faisait pénétrer le vin — mais pas pour un récipient de conservation
1 · 13
Remplir et vider
מילוי ועירוי
Extrait l’humidité : 3 × 24 h, eau renouvelée
12
Saumure forte
מי מלח חזקים
Vaut les trois jours en vingt-quatre heures (Rama)
12
Peler la paroi
מלקט ורהיטני
Enlève l’épaisseur absorbée — כדי קליפה
13
Ébouillanter
הגעלה בכלי ראשון
Fait rendre par la chaleur, même pour un récipient de conservation
15
Chauffer au four
כבשן
Brûle ce qui est dans la paroi, à condition que la chaleur la traverse
14
Attendre douze mois
יישון י״ב חדש
L’humidité s’est dissipée d’elle-même
16
Lis les deux tableaux ensemble et le siman apparaît d’un coup : la colonne de gauche du premier donne ce que le matériau a pris, la colonne de droite du second donne ce qu’il faut pour le lui reprendre. Une seule ligne n’a pas de vis-à-vis — le כלי נתר. C’est le seul endroit où le siman renonce.
5. Le Taz et le Chakh — six entrées-clés
Taz s.k. 1 — ce siman ne parle pas des ustensiles du pressoir
« בסימן זה לא נכללו כלי הגת שהם חמירי טפי אע״פ שאין מכניסין יין שם לקיום דטרידי ביין » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק א)
résumé : dans ce siman ne sont pas compris les ustensiles du pressoir, qui sont plus graves — bien qu’on n’y mette pas de vin à demeure — parce qu’ils sont continuellement occupés au vin.
C’est la première chose à savoir avant de lire le siman : sa grille ne couvre pas tout. Les cuves, bacs et entonnoirs du pressoir relèvent du siman 138, et ils sont traités plus sévèrement, non parce qu’ils conservent, mais parce que le vin y passe sans arrêt. Le Chakh dit la même chose en une ligne et ajoute qu’ils exigent un ניגוב.
Taz s.k. 2 — pourquoi la poix aggrave, et ce qu’elle n’aggrave pas
« שהזפת מבליע היין לא שהאיסור משום היין שהם נותנים בשעת הזפיתה שאותו היין הוה כמשליך לאיבוד אלא שאח״כ נותנים בהם יין ואינו ניכר » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק ב)
résumé : la poix fait pénétrer le vin — non que l’interdit vienne du vin qu’on verse au moment de l’enduction, car ce vin-là est comme jeté à perdre, mais parce qu’on y met du vin ensuite et qu’on ne s’en aperçoit pas.
Deux raisons possibles étaient en présence : la poix serait interdite parce qu’elle a été faite avec du vin, ou parce qu’elle absorbe le vin qu’on y mettra après. Le Taz tranche pour la seconde, et c’est ce qui explique le seif 2 : un peu de poix qui bouche un trou n’absorbe rien de significatif.
Taz s.k. 9 — toucher ou se servir : la ma’hloket vive du siman
« ודבריו תמוהים מכל צידי צדדים חדא דמנין לנו לחלק בזה הא אין לנו רמז בתלמוד מזה » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק ט)
« ואין לנו לבדות חילוקים ודינים מלבנו בפרט להקל כנלע״ד והרב בעל הפרישה לא דק כאן כל הצורך גם מו״ח ז״ל חולק עליו בזה: » (ט״ז יו״ד קל״ה ס״ק ט)
résumé : la Pericha a écrit que seul l’usage d’un récipient de conservation par un non-Juif l’interdit, non le simple contact pendant que la paroi est humide. Le Taz s’en étonne « de tous les côtés » : nous n’avons pour cette distinction aucun indice dans le Talmud.
C’est le point le plus disputé du siman, et il est très pratique : un non-Juif touche une cuve encore humide sans rien y verser — la cuve est-elle atteinte ? Le Taz conclut que le contact et l’usage ont la même loi, et il en tire une application immédiate : celui qui a vendu son vin et vend ensuite au non-Juif la lie restée au fond doit d’abord la retirer lui-même. Mais le Chakh, dans ses נקודות הכסף, prendra ici le parti de la Pericha.
Chakh s.k. 13 — la borne que tout le siman présuppose
« דוקא בשלא היה בו יי״נ מע״ל אבל היה בו מע״ל אין חילוק בין שבעו ללא שבעו אלא לעולם צריך מילוי ועירוי » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק י״ג)
résumé : cela ne vaut que si le yayin nesekh n’y est pas resté vingt-quatre heures ; mais s’il y est resté vingt-quatre heures, il n’y a plus de différence entre saturé et non saturé — il faut toujours remplissage et vidage.
Toute la casuistique du seif 4 suppose un contact bref. Dès que le vin a séjourné un jour plein, la règle du כבוש כמבושל prend le relais et la biographie du récipient cesse de compter. Le Chakh reviendra sur cette borne au ס״ק ל״ג, avec une question qu’il laisse ouverte.
Chakh s.k. 14 — pourquoi deux fois de vin, mais non deux fois d’eau
« ונ״ל דסבירא ליה דגם הטור מודה דבמים לא שבעו מב׳ פעמים דדוקא ביין שבעו מב״פ ולא במים » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק י״ד)
résumé : il me semble que le Tour lui-même admet que l’eau ne rassasie pas en deux fois ; c’est spécifiquement le vin qui rassasie en deux fois, et non l’eau.
Le seif 4 paraît se contredire : il dit d’abord que le récipient est rassasié dès la deuxième fois, puis rapporte un avis pour qui deux eaux ne suffisent pas. Le Chakh lève la contradiction en distinguant les deux liquides — le vin sature plus vite que l’eau. Sa lecture évite d’opposer le Tour au Sefer haTeroumot.
Chakh s.k. 23 — pourquoi le verre échappe à tout
« דשועים וקשים הם ובליעתם מועטת מכל הכלים. ר״ן: » (ש״ך יו״ד קל״ה ס״ק כ״ג)
résumé : parce qu’ils sont lisses et durs, et que leur absorption est la plus faible de tous les récipients — le Ran.
Le seif 8 exempte le verre de la sévérité de la conservation « de l’avis de tous ». Le Chakh donne la raison, et elle n’a rien de juridique : elle est physique. Le verre ne boit pas. C’est la même raison que le Taz donne au ס״ק י״א, et c’est ce qui, en pratique, gouverne aujourd’hui presque tout le matériel vinicole.
Baer Hetev s.k. 22 — une faute d’impression dans la glose du Rama
« והש״ך כ׳ בנה״כ שט״ס הוא וצ״ל ב׳ שלישים מלח ושליש מים וכן איתא בש״ס שבת דף ק״ח ע״ב וכ״כ המחבר בא״ח סי׳ שכ״א ס״ב » (באר היטב יו״ד קל״ה ס״ק כ״ב)
résumé : le Chakh écrit, dans ses נקודות הכסף, qu’il y a là une faute de copiste et qu’il faut lire « deux tiers de sel et un tiers d’eau » ; ainsi est-il dans la guemara de Chabbat 108b, et ainsi l’écrit le Mehaber lui-même dans Orah Haïm 321:2.
La glose du Rama au seif 12 donne la proportion de la saumure : un tiers de sel, deux tiers d’eau. Le Chakh montre que les proportions ont été inversées à l’impression. La guemara est explicite, et le Mehaber lui-même écrit l’inverse ailleurs. C’est l’un des rares endroits du Choulhan Aroukh où un nossé kelim corrige non pas le raisonnement mais le texte imprimé.
6. Les gloses du Rama (הגה)
Sur le seif 1 — a posteriori, le rinçage a suffi
Là où le Mehaber exige de gratter la poix ou de faire remplissage et vidage, le Rama rapporte que, pour nos récipients de bois, de pierre ou de métal qu’un non-Juif a seulement touchés, un rinçage suffit après coup — et qu’en cas de perte importante il y a lieu d’être indulgent d’emblée. C’est la position de Rabbenou Tam, rapportée par le Tour.
Sur le seif 4 — la même indulgence, transportée à la terre cuite
Le Rama ajoute que a posteriori la terre cuite poissée est jugée comme le bois et la pierre. Le Beit Yossef lit ainsi le Tour ; le Maharchal, rapporté par le Chakh au ס״ק ט״ז, va plus loin et permet même a priori quand le récipient est déjà rassasié — mais le Taz, au ס״ק ז, refuse cette lecture.
Sur le seif 6 — la borne du froid
C’est la glose la plus lourde de conséquences du siman. Tout le régime indulgent que l’on vient de lire — le vidage qui rachète la terre cuite — ne vaut que pour un contact à froid. Avec de la chaleur, la terre cuite n’a plus de remède, et les autres matériaux relèvent de la הגעלה comme pour n’importe quel interdit.
Sur le seif 9 — le chiffre de la conservation
Le Mehaber définissait « à demeure » par des exemples ; le Rama y met un nombre : trois jours. Et il en tire aussitôt la symétrie du siman — c’est pourquoi le vidage, lui aussi, dure trois jours.
Sur le seif 11 — rincer à l’eau, non au vin
Le Rama précise qu’on ne peut pas rincer avec du vin, même en acceptant de perdre celui-là. Le Chakh, au ס״ק כ״ז, en fait la différence entre le rinçage et le vidage, et rappelle que le Levouch avait permis a posteriori.
Sur le seif 12, première glose — l’eau du vidage
Le Mehaber écrit que l’eau retirée est permise ; le Rama rapporte qu’il y a des avis pour l’interdire. Le Chakh, au ס״ק כ״ט, restreint : cela ne vaut que pour l’eau, seulement lorsqu’on l’a mise pour rendre le récipient propre, et non lorsqu’elle s’y est trouvée par accident.
Sur le seif 12, seconde glose — la saumure
Une saumure forte fait en vingt-quatre heures ce que l’eau fait en trois jours. C’est la seule accélération que le siman connaisse. Le Chakh, au ס״ק ל״ב, note que le Mehaber et le Rama ont omis le remède du ציר ומורייס parce qu’il n’était plus d’usage courant.
Sur le seif 13 — ce que la pelure ne rachète pas
Le Mehaber vient d’admettre qu’on peut raboter la paroi. Le Rama pose la limite : peler la poix, à elle seule, ne suffit pas pour un récipient de conservation. Les deux pelures ne portent pas sur la même chose.
Sur le seif 15 — le versement, et les pierres brûlantes
Le Mehaber exigeait un keli richon. Le Rama rapporte l’avis de Rabbenou Hananel qui se contente d’un versement suivi d’un roulement, et le retient a posteriori ; puis il décrit l’usage courant — des pierres portées au blanc jetées dans le tonneau, ou posées sur l’entonnoir — qui rend au versement le statut d’un keli richon. Le Taz, au ס״ק י״ט, insiste que l’eau doit malgré tout venir d’un keli richon.
7. Cas pratiques modernes
Cas 1 — La cuve en inox
Le métal relève du seif 1 pour l’usage passager : trois rinçages. Mais une cuve de vinification garde le vin des semaines : elle est מכניסו לקיום, et le seif 8 range le métal parmi les matériaux où l’on adopte la sévérité — וכן ראוי לנהוג —, donc עירוי. La question à poser n’est donc jamais « en quoi est la cuve ? » seule, mais « en quoi, et pour combien de temps ? ».
Cas 2 — La barrique de chêne
C’est le cas du seif 15, presque littéralement. Bois, souvent employé à la conservation, parfois enduit : le remède du Mehaber est la הגעלה dans un keli richon, et le Rama y ajoute le procédé des pierres brûlantes, qui est exactement la façon dont on traite un fût que l’on ne peut pas plonger. Le Taz rappelle au ס״ק י״ט que l’eau doit venir d’un keli richon.
Cas 3 — La jarre ou le pot vernissé
Le seif 6 y répond en trois lignes, et la réponse dépend de l’œil : couleur, puis fissures. Une glaçure intacte ramène l’objet au métal ; une glaçure craquelée le ramène à la terre nue. Le Taz, au ס״ק ח, en tire une mise en garde de tous les jours sur les cruches à col étroit dont on ne voit pas l’intérieur.
Cas 4 — Le tuyau et l’entonnoir
Le seif 2 est fait pour eux : un entonnoir simplement poissé autour de son embout n’est pas un récipient poissé. Et le seif 9 en donne la raison plus générale : ce qui ne fait que transporter le vin n’est pas un récipient de conservation. Attention toutefois : le Taz, dès son premier mot, exclut de ce siman les ustensiles du pressoir, qui relèvent du siman 138 et sont plus sévères.
Cas 5 — La citerne et le contact bref
Un non-Juif manipule une cuve encore humide sans rien y verser. C’est précisément la ma’hloket du Taz ס״ק ט contre la Pericha, que le Chakh tranche autrement dans ses נקודות הכסף et que le Baer Hetev, au ס״ק י״ג, rapporte comme un désaccord ouvert. C’est le point du siman où il faut consulter, et non trancher soi-même.
Cas 6 — Le matériel qu’on n’a pas utilisé depuis un an
Le seif 16 le permet sans aucun geste : douze mois, et l’humidité est partie — même si de l’eau y a séjourné entre-temps. Le Pit’hei Techouva, au ס״ק ג, précise au nom du Brit Avraham que ces douze mois sont des mois lunaires, de vingt-neuf jours, d’après les Tossefot de Nidda 65b.
8. Synthèse du Siman 135
En une phrase : le siman 135 ne demande jamais ce que le vin est devenu, mais ce que le récipient en a gardé — et il répond par trois variables (matériau, usage, enduit) et une échelle de remèdes qui va du rinçage au simple passage du temps.
Tableau-mémoire
Ce que dit le siman
En hébreu
Retenir
Récipient d’usage passager, sans poix
משכשכן היטב במים
Rien n’est entré : on lave
Récipient poissé
קולף את הזפת · או ממלאן ומערן
La poix fait entrer le vin
Terre cuite non rassasiée
צריכים מילוי ועירוי
Elle boit encore
כלי נתר
אין להם טהרה עולמית
Le seul sans issue
Vernis vert / lisse / fissuré
ככלי נתר · ככלי מתכות · כשאר כלי חרס
La couleur et la surface décident
Récipient de conservation
צריכים עירוי
Le vin y séjourne
Le verre
אין מחמירים בו
Il ne boit pas
Le protocole du vidage
כ״ד שעות · שלוש פעמים
Extraire, non laver
La profondeur de l’absorption
אינו בולע יותר מכדי קליפה
D’où la pelure et le rabot
Le four
עד שעבר חומם לצד חוץ
La chaleur doit traverser
Douze mois
שודאי כלה כל לחלוחית יין
Le temps fait le travail
Questions de compréhension
Pourquoi le verre échappe-t-il à la sévérité du récipient de conservation, et où le Chakh en donne-t-il la raison ?
Qu’est-ce qui distingue exactement les deux « pelures » du siman — celle du seif 1 et celle du seif 13 ?
Un récipient de terre cuite a servi deux fois : est-il plus ou moins exposé qu’un récipient neuf ? Pourquoi ?
Le Rama, au seif 6, restreint tout le régime du siman. À quoi, et quelle en est la portée pratique aujourd’hui ?
Pourquoi le siman a-t-il besoin du seif 10 alors que le seif 12 avait déjà donné le protocole du vidage ?
Un non-Juif touche une cuve humide sans rien y verser : qui dit quoi, et où ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
Niveau 2 — Lamdan : le pilpoul — la ḥakira de la bliya froide, la ma’hloket du Taz contre la Pericha sur la nagi‘a, le désaccord du Rachba et du Roch sur le vidage fractionné, l’étendue du מכניסו לקיום entre le Ramban, le Rachba et le Roch, et le ט״ס du Rama sur les mi mélah
Niveau 3 — Synthèse : les tableaux comparatifs, les règles d’or, la mnémonique et les pièges classiques
Niveau 4 — Halakha lema‘assé : la psika pratique (Chakh, Taz, Baer Hetev, Pit’hei Techouva) et les cas contemporains
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :