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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 137 — Ce que le bois rend, et contre quoi on le mesure — étude et pilpoul
סימן קל״ז
דִּין יַיִן כָּשֵׁר שֶׁהוּשַׂם לְתוֹךְ כְּלִי שֶׁלֹּא נִכְשַׁר
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ ללומדים ותלמידי חכמים ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ḥakira de fond, ma’hlokot des Richonim et des A’haronim,
nafka minot pour la halakha et analyse des chitot

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״ז (ו׳ סעיפים)
עם נושאי כלים: ש״ך (י״ט ס״ק), ט״ז (ח׳ ס״ק), באר היטב (י׳ ס״ק), פתחי תשובה (ג׳ ס״ק), בית יוסף, טור

Fondement talmudique de la sougya :
עבודה זרה כ״ט ע״ב (נודות הגויים וקנקניהן — מחלוקת רבי מאיר וחכמים) · עבודה זרה ל״ג ע״ב (מהו ליתן לתוכו שכר — אקראי בעלמא)
רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א

Rédaction et iyoun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. שורש הסימן — ce que le récipient rend n’est pas du vin : la nature de la פליטה
  2. במשהו או בס׳ — le Mehaber contre le Raa, et la preuve que le Chakh tire des seifim 2 et 3
  3. שיעור הבליעה — כדי קליפה ou tout le récipient : le Rachba contre Rabbenou Tam
  4. שלושת שיעורי הזמן — מיד, מעת לעת, י״ב חדש ; et le récipient qu’on n’a pas rincé
  5. הגת והברזא — מבטל איסור לכתחלה : le Ba’h et le Chakh contre le Beit Yossef et le Taz
  6. חשבון היין השני — le Taz contre le Nekoudot haKessef (seif 3)
  7. שאר משקים ומליחה — אקראי ou קבע, et le refus du Ba’h (seif 4)
  8. יין פעם שנייה — pourquoi le Rama suit ici le Mehaber (seif 5)
  9. מסיח לפי תומו — pourquoi איתחזק איסורא écarte la règle générale (seif 6)
  10. יסוד הסימן — הכל תלוי בשיעור

1. שורש הסימן — la nature de ce que le récipient rend

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le siman s’ouvre sur une combinaison étrange : le vin est interdit à la boisson mais permis au profit. Or ce qui l’a rendu tel — le vin d’un non-Juif — était, lui, interdit au profit. Comment un interdit plus grave engendre-t-il un interdit plus léger ?

La michna, et la ma’hloket que la halakha tranche « נוֹדוֹת הַגּוֹיִם וְקַנְקַנֵּיהֶן, וְיַיִן שֶׁל יִשְׂרָאֵל כָּנוּס בָּהֶן — אֲסוּרִין, וְאִיסּוּרָן אִיסּוּר הֲנָאָה » (עבודה זרה כ״ט ע״ב) Rabbi Meïr tient l’interdit de profit ; les Sages non. Et le Beit Yossef, à l’ouverture du siman, dit laquelle des deux positions gouverne : « בפרק אין מעמידין (עבודה זרה כט:) תנן נודות הנכרי וקנקניהם ויין של ישראל כנוס בהם אסורים ואיסורם איסור הנאה דר״מ וחכמים אומרים אין איסורם איסור הנאה וידוע דהלכה כחכמים » (בית יוסף יו״ד קל״ז)
La ḥakira : qu’est-ce qui s’est mêlé au vin cachère ? (א) Du vin de non-Juif, simplement dilué — auquel cas il faudrait le traiter comme lui, c’est-à-dire comme un interdit de profit qui interdit dans la moindre quantité. (ב) Ce que le récipient a rendu — un goût, non une substance ; et un goût rendu par une paroi n’a jamais le statut de l’aliment dont il vient. Le Chakh choisit une voie qui prend aux deux branches, et c’est la clé de tout le siman.
Le Chakh : l’origine décide de la quantité, le mode de mélange décide du statut « שאני הכא דקודם שנבלע בכלי היה אסור בהנאה נמצא כשמתערב ביין שבקנקנים איסור הנאה מתערב אלא שלפי שלא נתערב בעין רק מפליטת הכלי אינו אוסר רק בשתייה » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק ג) Deux propositions dans une même phrase. Parce que ce qui est absorbé était interdit au profit, il interdit במשהו — dans la moindre quantité. Parce que il ne s’est pas mêlé en nature mais par la paroi, il n’interdit qu’à la boisson. La gravité et la quantité ne se mesurent donc pas au même critère.
Nafka mina immédiate Un fond de cuve non kachérisée sur une cuvée entière. Sur (א), rien ne sauve. Sur (ב), soixante suffisent. Sur la position du Chakh, la réponse dépend de ce qu’on mesure : soixante contre le vin déjà interdit, mais rien ne dispense contre la פליטה elle-même selon le Mehaber.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif א׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

דין יין כשר שהושם לתוך כלי שלא נכשר. ובו ו׳ סעיפים:
כל הכלים האסורים מחמת יין של עובד כוכבים שהכניס בהם ישראל יין קודם שהכשירן אסור בשתייה ומותר בהנאה אפילו הוא יבש כל זמן שלא עבר עליו י״ב חדש (ואם הוא כלי שמכניסו לקיום אסור מיד) (טור בשם הרא״ש) ואם הוא כלי שאין מכניסו לקיום (והוא יבש) (ב״י) לא נאסר אא״כ עמד בו יינו של ישראל כ״ד שעות ואם היה ביין מעורב קיתון של מים אם יש במים ששה פעמים כנגד קליפת הקנקן מותר אפילו בשתייה: הגה ועיין לעיל סימן קל״ד דאפילו אין בו מים בטל בס׳ ואין חילוק בין בכלים האסורים משום יין נסך בין שהם בני יומן או לא (טור ותשובת הרא״ש והר״ף סוף עבודת כוכבים):

2. במשהו או בס׳ — le Mehaber contre le Raa

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Deux positions sur la même absorption

Le Raa, dans le Bedek haBayit, raisonne par symétrie : puisque le vin absorbé n’interdit qu’à la boisson, il doit s’annuler dans soixante comme tout interdit de boisson. Le Mehaber tient le contraire.

« אכן מדברי הרא״ה בב״ה דף קכ״ו ע״ב משמע להדיא דיין שנבלע בכלים אינו אוסר רק בס׳ כיון שאינו אוסר רק בשתייה » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק ג)
Kouchia Comment savoir laquelle des deux positions le Mehaber tient, puisqu’il ne le dit pas au seif 1 ?
Terouts — le Chakh le déduit des seifim suivants, et c’est une belle preuve interne. Au seif 2, le Mehaber interdit le vin tiré par le trou sans parler de soixante : donc il tient que la פליטה interdit במשהו. Au seif 3, il exige soixante dans le second vin contre le premier — et non contre les seules pelures : même conclusion. Le Chakh l’écrit expressément, et le Baer Hetev le résume : « כ׳ בת״ה סי׳ ר״א דאין חילוק בין כלי עובד כוכבים ובין כלי ישראל שבלע יין נסך » (באר היטב יו״ד קל״ז ס״ק א)
Ce que la ma’hloket décide vraiment. Elle ne porte pas sur la sévérité mais sur la qualification : le vin absorbé garde-t-il la mémoire de ce qu’il fut ? Le Mehaber dit oui pour la quantité et non pour le statut ; le Raa dit non pour les deux. Toute la casuistique des seifim 2 et 3 est l’application de cette différence.

3. שיעור הבליעה — une pelure, ou tout le récipient ?

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 1 permet quand il y a six volumes d’eau כנגד קליפת הקנקן. Encore faut-il savoir ce que cette « pelure » recouvre — et c’est ici que l’ordre de grandeur du calcul se joue.

Le Rachba, par le Beit Yossef : une pelure, et rien de plus « שאין היין נבלע אלא כדי קליפה שמקלפים העץ ברהיטני (כדלעיל סי׳ קל״ה סי״ג) רשב״א ומביאו ב״י וריב״ש סי׳ קל״ג » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק ט) « וכ״כ בתשובה דאין צריך לשער בכל הכלי שאין היין נבלע אלא כדי קליפה שמקלפים העץ ברהיטני ואם יש בכל היין ששה חלקים כנגד הקליפה ההוא מותר » (בית יוסף יו״ד קל״ז)

Le Ba’h, au nom de Rabbenou Tam et du Roch

Dans un récipient de conservation, l’absorption dépasse la pelure — et il faut alors soixante contre le récipient entier, ce qui, en pratique, est presque toujours impossible.

« מיהו כתב הב״ח דלר״ת והרא״ש בכלי שמכניסו לקיום בולע יותר מכדי קליפה וצריך ס׳ כנגד כולו ע״כ » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק ט)
Kouchia Comment concilier ? Le Rachba a manifestement raison pour la physique ordinaire — le vin froid ne pénètre pas le bois au-delà d’une pellicule. Mais Rabbenou Tam a manifestement raison pour une jarre où le vin a séjourné longtemps.
Terouts — le Chakh distingue par le כבוש, et c’est décisif en pratique « אבל בידוע שעמד בו מעל״ע הרי נעשה כבוש וכבר נתבאר בסימן ס״ט ס״ק ס׳ ובסימן צ״ח ס״ק י״ג דכבישה אוסר כל הכלי » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק ט) Là où l’on sait que le vin est resté vingt-quatre heures, le récipient a été mariné, et כבוש הרי הוא כמבושל : l’absorption n’est plus superficielle. Là où l’on ne sait pas, on reste dans le régime de la pelure — et c’est ce que le Rama voulait dire en écrivant בטל בס׳. Le Baer Hetev reprend la distinction mot pour mot : « ולפ״ז בכלי שידוע שעמד בו יין נסך מעל״ע ונתנו בו אח״כ יין כשר היכא דאין בו מים אסור דהא צריך לשער בס׳ נגד כל הכלי ואין במה שבכלי ס׳ נגד הכלי כדלעיל סי׳ צ״ג והרב דכ׳ דבטל בס׳ היינו בסתמא שאין ידוע שעמד בו מעל״ע דאז אפילו כלי שמכניסו לקיום סגי בקליפה ויש במה שבכלי ס׳ נגד הקליפה » (באר היטב יו״ד קל״ז ס״ק ד)
Nafka mina Une cuve dont on sait qu’elle a contenu du stam yenam plus d’une journée, et dans laquelle on verse du vin cachère sans eau : selon le Chakh, interdit, car il faudrait soixante contre le récipient entier. La même cuve, sans qu’on sache rien : la pelure suffit, et soixante contre elle est atteint sans difficulté.
Et un contre-poids, chez le Pit’hei Techouva. Il rapporte le Hakham Tsvi, qui refuse toute extension au-delà de la pelure : « ועי׳ בתשובת ח״צ סימן ע״ה שמתיר בכל ענין דאין אוסר יותר מכדי קליפה » (פתחי תשובה יו״ד קל״ז ס״ק א) Le débat n’est donc pas clos par le Chakh : il continue chez les A’haronim, et c’est pourquoi le niveau 4 n’en tire aucune règle mécanique.

4. שלושת שיעורי הזמן — et le récipient qu’on n’a pas rincé

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Les deux extrêmes, chacun en une ligne du Taz « דגזרו עליו אפילו לפי שעה » (ט״ז יו״ד קל״ז ס״ק ב) « דצונן לא מפליט בפחות מזה » (ט״ז יו״ד קל״ז ס״ק ג) Le premier vaut pour le récipient de conservation ; le second, pour celui qui ne l’est pas. Et le motif du Roch, rapporté par le Chakh, dit pourquoi c’est un jour plein : « משום דצונן בצונן פולט ובולע במעת לעת. הרא״ש » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק ה)
Ḥakira : d’où vient le seuil des vingt-quatre heures ? (א) C’est une mesure de fait — le temps qu’il faut au froid pour rendre et absorber. (ב) C’est une norme — les Sages ont fixé un délai, comme ils l’ont fait ailleurs. Le Roch tranche pour (א), et c’est pourquoi le seuil disparaît entièrement dans un récipient de conservation, où le décret opère sans délai.

Le cas limite : un récipient que le rinçage aurait suffi à rendre propre, et qu’on n’a pas rincé

Ce cas n’est pas dans le texte du seif ; il est dans ce que le seif suppose. Deux lectures s’affrontent, et elles ont des conséquences pratiques opposées.

Le Chakh : interdit à la boisson dès vingt-quatre heures « משמע דה״ה כלים שאין מכניסין לקיום שנכשרים בהדחה כדלעיל סי׳ קל״ה אם לא הדיחן ונתן בהם יין אסור בשתייה כל ששהה בהן מעל״ע » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק א) Mais il rapporte aussitôt l’avis inverse de Rabbenou Yerou’ham « אבל רבינו ירוחם כ׳ דאם נתייבש ואח״כ נשתמש בו ישראל בלא הדחה מותר אלא שלכתחלה צריך הדחה » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק א)
Le Taz tranche pour l’indulgence, et il le fait par une lecture serrée du Roch « ע״כ נ״ל דאין דברי הרא״ש הללו אמורין אלא בצריך עירוי ג׳ ימים שכתב לעיל ריש סימן קל״ה באין מכניסו לקיום אבל במידי דא״צ רק הדחה אין שם איסור כלל אפילו נשתהה מעל״ע » (ט״ז יו״ד קל״ז ס״ק א) « אבל נראה לע״ד דהסומך על דברי המקילין במידי דרבנן כי הכא לא הפסיד » (ט״ז יו״ד קל״ז ס״ק א) Les mots du Roch, dit-il, ne visaient que ce qui requiert un עירוי de trois jours ; là où un simple rinçage suffit, il n’y a aucun interdit, même après un jour plein. Et il conclut que celui qui s’appuie sur les indulgents dans une matière rabbinique n’y perd rien.
Nafka mina, et le Baer Hetev la met noir sur blanc « אבל הט״ז פסק דלדידן דס״ל דסתם יינם בטל בס׳ אין כאן איסור בדיעבד ואף על פי דמדברי רמ״א בסי׳ קל״ה סי״א משמע שאסור בדיעבד מ״מ הסומך על דברי המקילין במידי דרבנן לא הפסיד. עכ״ל » (באר היטב יו״ד קל״ז ס״ק ב)

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ב׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

אם דרך ענבים בגת של עובד כוכבים שלא הכשירו מותר שהרי החרצנים והזגים יש בהם ס׳ כנגד קליפת הגת אבל אסור להוציא היין דרך נקב שהיין של עובד כוכבים יורד בו שהנקב אסור והיין היוצא משם צלול מבלי תערובות החרצנים: הגה ואם עבר והוציאו דרך הנקב נראה לפי מאי דקי״ל דסתם יינם בטל בס׳ כדלעיל סי׳ קל״ד דכאן ג״כ כל היין שרי ולא אמרינן דנאסר ראשון ראשון וע״ל סימן צ״ט:

5. הגת והברזא — מבטל איסור לכתחלה

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 2 permet de fouler dans un pressoir non kachérisé et interdit d’en tirer le vin par le trou. Mais pourquoi interdire, si tout finit par s’annuler ?

Le Tour pose la règle et son motif « ויראה לי שאפי׳ כן אסור להוציא היין דרך נקבי הברזא שהנקב אסור והיין יוצא משם צלול מבלי תערובת החרצנים » (טור יו״ד קל״ז)

La vraie question : est-ce un cas de מבטל איסור לכתחלה ?

Le Beit Yossef le pense, au moins comme possibilité ; le Ba’h le nie ; le Chakh suit le Ba’h ; le Taz revient au Beit Yossef. C’est l’une des rares ma’hlokot du bloc où le Chakh et le Taz s’opposent frontalement sur une conduite.

Le Beit Yossef « ומ״מ איפשר דלכתחלה אסור להוציא דרך נקב הברזא משום דהוי כמבטל לכתחלה » (בית יוסף יו״ד קל״ז) Le Ba’h, rapporté et suivi par le Chakh « וכתב הרשב״א בתשוב׳ דאף ביוצא דרך הברזא שבחבית מותר דפליטת הברזא הוא מתבטל במים דכל יין שיוצא יוצאים עמו המים » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק ז) « והב״ח השיג עליו שאין זה מבטל איסור לכתחלה כיון שאין כוונתו אלא להוציא יין ולא כדי לבטל האיסור שבנקב » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק ז)
Kouchia du Taz sur le Ba’h Le raisonnement du Ba’h — « son intention n’est pas d’annuler mais de soutirer » — est emprunté au siman 84, où l’on permet de filtrer un miel plein de fourmis. Mais l’analogie tient-elle ?
Terouts — le Taz : l’argument du siman 84 suppose qu’il n’y ait pas d’autre voie « בב״י כתוב דזה דוקא אם ההיתר בא מחמת החרצנים והזגים לפיכך נאסר היין דרך הנקב וצריך שיעשה נקב חדש או יוציא היין מלמעלה » (ט״ז יו״ד קל״ז ס״ק ד) « ולי נראה דדברי ב״י נכונים דאע״ג דמצינו סברא זו דאין הכוונה לבטל האיסור בסי׳ פ״ד סעיף י״ג גבי נמלים שבדבש שמותר לסננו וכן בתולעים שבחטים ולא הוי מבטל לכתחלה שאני התם דא״א בענין אחר משא״כ כאן דאפשר לעשות נקב חדש או להוציא דרך פיו למעלה כל שמוציאו בדרך שיש בו חשש איסור מקרי לכתחלה ואסור לעשות כן » (ט״ז יו״ד קל״ז ס״ק ד) Là-bas, on ne peut pas récupérer le miel autrement ; ici, on peut percer un nouveau trou ou soutirer par le haut. Dès qu’une autre voie existe, choisir celle qui passe par l’interdit, c’est l’annuler a priori.
Nafka mina Une vanne de soutirage sur une cuve non kachérisée. Selon le Chakh et le Ba’h, on peut s’en servir. Selon le Taz et le Beit Yossef, non — tant qu’il existe un autre point de soutirage. Le Baer Hetev enregistre les deux positions : « והט״ז חולק על הב״ח דל״ד לסי׳ פ״ד דשאני התם דא״א בענין אחר משא״כ כאן דאפשר לעשות נקב חדש או להוציא דרך פיו וכו׳ » (באר היטב יו״ד קל״ז ס״ק ג) Et pour le fait accompli, le Rama et le Chakh sont d’accord : tout le vin reste permis — « אלא הטעם הוא דהקליפה של הנקב בטל בס׳ דמה שיוצא דרך הנקב יש לעולם ס׳ נגד הקליפה דהא הרשב״א והטור גופיה לא אסרי אלא משום שהיין יוצא שם צלול ונאסר בכל שהוא אבל אם היה יוצא שם עם החרצנים וזגים היו מתירי׳ משום שיש ס׳ נגד קליפת הנקב וא״כ לדידן דקי״ל דסתם יינם בטל בס׳ אם כן בכל ענין שרי וזה ברור » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק י״א)

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ג׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

יין שניתן לקנקנים של עובד כוכבים שלא הוכשרו ואחר כך הריק אותו יין ועירבו עם יין אחר מרובה שהיה לו בקנקנים אחרים כשרים אם יש ביין השני ס׳ כיין הראשון הכל מותר אפי׳ בשתייה ואם יש ביין השני מים כדי שיעור ששה חלקים כנגד קליפות האסורים ג״כ מותר הכל בשתייה ואע״פ שלא היה מים ביין הראשון:

6. חשבון היין השני — le Taz contre le Nekoudot haKessef

La source du seif : une téchouva du Rivach, rapportée par le Beit Yossef « אלא שכיון שהיין הראשון לא נאסר כי אם בשתייה אינו אוסר במשהו אלא בנ״ט וא״כ אם יש ביין השני ס׳ ביין הראשון הכל מותר אפי׳ בשתייה » (בית יוסף יו״ד קל״ז) Et le Chakh en donne la logique en une ligne : « דכיון שהיין הראשון לא נאסר אלא בשתייה אינו אוסר בכל שהוא ריב״ש שם » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק י״ב)

Le Taz : la règle du seif est devenue inutile

Le Rivach écrivait pour qui tient que le stam yenam interdit dans la moindre quantité. Puisque nous tenons qu’il s’annule dans soixante (siman 134), le Taz propose un calcul plus simple — et plus indulgent.

« אבל לפי מה דקי״ל שם דבטל בס׳ אין אנו צריכין להוראה זאת אלא אם יש בין הכל דהיינו יין הראשון והשני ששים נגד קליפת הכלי האסור מותר הכל » (ט״ז יו״ד קל״ז ס״ק ו) Autrement dit : il n’y a pas à compter le premier vin comme un interdit à part entière ; il suffit que l’ensemble — premier et second vin réunis — fasse soixante contre la pelure du récipient.
Kouchia du Nekoudot haKessef Si le premier vin n’avait pas soixante contre la pelure, il est lui-même devenu interdit — חתיכה נעשית נבילה — et il faut alors soixante dans le second contre tout le premier. Le raccourci du Taz efface cette étape.
La réponse du Taz est déjà dans le Chakh, au ס״ק י״ג « ולא אמרינן חתיכה נעשית נבילה כדלעיל סי׳ קל״ד ס״ק ט״ז » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק י״ג) Le Chakh écrit expressément qu’ici l’on ne dit pas חתיכה נעשית נבילה, et renvoie au siman 134. La ma’hloket se réduit donc à savoir si cette règle du siman 134 vaut pour un liquide dans un liquide — question que le Nekoudot haKessef tranche autrement, comme le rapporte le Baer Hetev : « ובנה״כ השיג עליו וכי דודאי צריך ביין הא׳ לחודיה ס׳ דאל״כ היין הא׳ נ״נ וצריך אחר כך ביין הב׳ ס׳ נגד כל היין הא׳ דע״כ לא ס״ל גבי יין ביין דלא נ״נ אלא מטעם דכיון דנאסר במשהו משא״כ היכא דנאסר מחמת שלא היה בו ס׳ והכי קי״ל לעיל סימן צ״ב ס״ד דאף לח בלח נ״נ אם לא במקום הפסד גדול עכ״ל » (באר היטב יו״ד קל״ז ס״ק ו)
Nafka mina Un lot mis en cuve non kachérisée, puis versé dans une cuve cachère de dix fois son volume. Sur le Taz, l’ensemble suffit s’il fait soixante contre la pelure. Sur le Nekoudot haKessef, il faut d’abord soixante dans le premier lot lui-même, faute de quoi il devient interdit en entier. Et le Chakh (ס״ק י״ד) ajoute une conséquence qu’on oublie souvent : « ואם אין לבטל גם הכלים אסורים כאילו נתן יין של איסור בכלים כשרים » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק י״ד)

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ד׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

כלים האסורים מחמת יין של עובד כוכבים מותר ליתן לתוכם בין מים בין שכר בין שאר משקים ובלבד שידיח בתחלה לחלוחי היין שעל פני הכלים וכן מותר למלוח בהם:

7. שאר משקים ומליחה — אקראי ou קבע

La sougya : la question est tranchée par un fait, non par un raisonnement « אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ לִיתֵּן לְתוֹכוֹ שֵׁכָר? רַב נַחְמָן וְרַב יְהוּדָה אָסְרִי, וְרָבָא שָׁרֵי. רָבִינָא שְׁרָא לֵיהּ לְרַב חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַב יִצְחָק לְמִירְמָא בֵּיהּ שִׁכְרָא, אֲזַל רְמָא בֵּיהּ חַמְרָא, וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא חַשׁ לַהּ לְמִילְּתָא, אֲמַר: אַקְרַאי בְּעָלְמָא הוּא » (עבודה זרה ל״ג ע״ב) Le mot qui décide est le dernier : אקראי בעלמא הוא.
Le Chakh en tire une limite que le Mehaber n’écrit pas « ולא גזרי׳ משקין אטו יין משום דאקראי בעלמא הוא ש״ס ולפ״ז אסור ליתן בהם משקין דרך קבע » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק ט״ז) Si la permission repose sur le caractère occasionnel, elle ne couvre pas l’usage régulier. Et le Chakh renvoie au siman 122 seif 4, où le Rama a posé la même distinction pour les autres interdits.

Et si la boisson y séjourne un jour plein ?

Le Taz répond que cela ne change rien, et son motif est important : ce qui permet ici n’est pas la brièveté mais la nature de l’absorption.

« נ״ל פשוט אפילו אם המשקין נשתהים שם מעל״ע מותר דהא הטור כתב הטעם כיון שהיין פוגם אותם ואע״ג דבשאר דוכתי קיימא לן נותן טעם לפגם אסור לכתחלה שאני הכא דנבלע בצונן » (ט״ז יו״ד קל״ז ס״ק ז) L’absorption s’est faite à froid ; le goût qui en sort gâte, et un goût qui gâte ne devient pas interdit en restant plus longtemps.
Kouchia sur le salage Le Ba’h objecte : au siman 105, on interdit a priori de saler dans un ustensile interdit. Pourquoi serait-ce permis ici ?
Terouts — le Chakh et le Taz répondent séparément, et se rejoignent « ועוד דהא כיון דקי״ל דמותר לתת בהן שכר ושאר משקין יהי׳ הטעם מה שיהיה כ״ש דמותר למלוח בהן » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק י״ז) « על כן דברי הרשב״א עיקר ואפילו לכתחלה שרי וכל שכן לדעת הטור שנתן טעם ששאר משקים פוגמים בבליעת יין ממילא הוא הדין בשר שנמלח שם דמותר בכל גווני » (ט״ז יו״ד קל״ז ס״ק ח) Le Chakh raisonne a fortiori : si l’on permet la bière et les autres boissons, à plus forte raison le salage. Le Taz appuie sur le motif du Tour — les autres substances sont gâtées par le vin — et conclut que l’avis du Rachba est l’essentiel. Le Baer Hetev résume le tout : « והב״ח חולק על זה ופסק דלכתחלה אסור למלוח כדלעיל סימן ק״ה סי״ב וגם בדיעבד אסור אם נכבש בתוכו יום שלם אבל הש״ך השיג עליו דמסתמא יש ס׳ נגד פליטת הכלי שלא בלע רק כ״ק ויין נקלש טעמו בשאר משקין וכ״ש במליח וכן פסק הט״ז דהעיקר כדעת המחבר דמותר אפילו לכתחלה למלוח בהן » (באר היטב יו״ד קל״ז ס״ק ח)
Nafka mina Une cuve interdite affectée en permanence à l’eau : selon le Chakh, cet usage régulier est interdit ; selon le Taz, la durée n’est pas le critère. La divergence porte donc sur deux variables différentes — la fréquence chez l’un, le temps de contact chez l’autre.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ה׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

אם נתן יין בכלי אסור לא נתיר לתת בו יין פעם אחרת עד שיכשירנו:

8. יין פעם שנייה — pourquoi le Rama ne conteste pas

La question est réelle, et le Chakh la pose : si le premier vin a annulé la פליטה du récipient, pourquoi ne pas recommencer ? « וכב״י ואע״פ שהרא״ש בתשו׳ התיר לפי שמתחלה נפלט בליעת הקנקן ביין ונתבטל היינו לדברי המתירין סתם יינם בס׳ וכבר כתבתי בסימן קל״ד דלא קי״ל אלא כדברי האומרים דאוסר במשהו ע״כ » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק י״ח)
Kouchia Le Roch, dans une téchouva, a bien permis. Et nous tenons, contre le Beit Yossef, que le stam yenam s’annule dans soixante. La conclusion du Roch ne devrait-elle pas s’imposer ?
Terouts — le Chakh distingue l’annulation subie de l’annulation voulue. Ce qui s’annule dans soixante s’annule après coup, et parce qu’on ne pouvait pas faire autrement ; ici, l’on choisirait d’y verser du vin. Le Chakh ouvre pourtant une porte, et elle est étroite : « ואפשר דמיירי בשעת הדחק והפסד שצריך לכלים ואם לא יתן לכלים אלו יהא לו הפסד בדבר » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק י״ח) Le Baer Hetev la rapporte telle quelle : « כתב הש״ך מיהו בשעת הדחק והפסד שצריך לכלים ואם לא יתן לכלים אלו יהא לו הפסד בדבר שרי » (באר היטב יו״ד קל״ז ס״ק ט)

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ו׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

אין עובד כוכבים מסיח לפי תומו נאמן בהכשר כלים האסורים (ועיין לעיל סימן קכ״ב כיצד נוהגין):

9. מסיח לפי תומו — pourquoi la règle générale ne s’applique pas

Kouchia La guemara de Baba Kama admet qu’un non-Juif parlant innocemment est cru pour un interdit rabbinique, et le stam yenam en est un. Pourquoi le seif 6 l’écarte-t-il ?
Terouts — le Chakh, au nom du Rivach : la différence est dans la חזקה « י״ל דהתם מיירי בדבר דלא אתחזק איסורא משא״כ הכא דודאי נשתמש בכלים אלו יין של איסור » (ש״ך יו״ד קל״ז ס״ק י״ט) Là où rien n’est établi, la parole suffit à lever un doute ; ici, l’usage interdit du récipient est un fait acquis, et une parole ne renverse pas un fait acquis.
Le Beit Yossef avait déjà refusé de trancher autrement, et sa formule mérite d’être lue « ולענין הלכה אע״פ שנראין דברי הר״ן מי יקל ראשו כנגד הנך רבוותא דאוסרים וכ״ש במקום שהר״ן לא רצה לסמוך על עצמו לעשות מעשה » (בית יוסף יו״ד קל״ז) Il rapporte que le Ran inclinait à l’indulgence mais n’a pas voulu agir en conséquence — et il en tire la conduite : on ne se met pas en travers des maîtres qui interdisent.
Nafka mina Une attestation de kachérisation qui repose uniquement sur la déclaration d’un employé non juif, même faite sans savoir qu’une question en dépendait. Le seif 6 la juge insuffisante, et renvoie au siman 122 pour la conduite pratique.

10. יסוד הסימן — הכל תלוי בשיעור

כלל הסימן :
מה שהכלי פולט אינו יין בעין אלא פליטת הכלי ; ולפיכך אינו אוסר רק בשתייה, ואף על פי כן, לפי שקודם לכן היה אסור בהנאה, הוא אוסר במשהו. וכל הסימן אינו אלא מדידה : כמה נבלע — כדי קליפה ; כמה זמן — מעת לעת בכלי שאין מכניסו לקיום, מיד במכניסו לקיום, וי״ב חדש לגבול העליון ; וכנגד מה — ששה במים, ס׳ ביין. ובמקום שאין מודדים — עד שיכשירנו.
Trois lignes à emporter. (1) La quantité se mesure à l’origine de l’interdit ; le statut, au mode du mélange — c’est la phrase du Chakh au ס״ק ג. (2) Les seuils de temps ne sont pas des conventions mais des faits physiques, et c’est pourquoi ils tombent quand la physique change (récipient de conservation, humidité résiduelle). (3) Ce qui est permis pour l’eau et la bière l’est parce que le vin les gâte — et c’est le seul endroit du siman où le נותן טעם לפגם travaille en faveur de l’indulgence.
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קל״ז · Niveau 2 — Lamdan · דין יין כשר שהושם לתוך כלי שלא נכשר
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