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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 138 — Ce qu’un ustensile a bu, et ce qu’il faut pour le lui reprendre — étude et pilpoul
סימן קל״ח
דִּינֵי הֶכְשֵׁר כְּלֵי הַיַּיִן
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ ללומדים ותלמידי חכמים ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ḥakira de fond, ma’hlokot des Richonim et des A’haronim,
nafka minot pour la halakha et analyse des chitot

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״ח (י״א סעיפים)
עם נושאי כלים: ש״ך (י׳ ס״ק), ט״ז (י״ד ס״ק), באר היטב (י״ג ס״ק), בית יוסף, טור

Fondement talmudique de la sougya :
עבודה זרה ע״ד ע״ב (משנת גת של אבן, דברי רבא, מעשה דרב ורבי חייא, ברייתת הגת והמחץ והמשפך, במה מנגבן) · עבודה זרה ע״ה ע״א (רטיבתא ויבשתא, מניין הפעמים, ברייתת העקלים, עונה, רווקי דארמאי)
רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א

Rédaction et iyoun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. שורש הסימן — le pressoir n’est ni un récipient de conservation ni un ustensile ordinaire : ce qu’on fait d’une catégorie intermédiaire
  2. גדר הזפת — la poix protège la paroi et boit à sa place ; d’où le pelage (seif 1)
  3. מחלוקת המשנה — רבי ינגב contre חכמים יקלוף, et l’enseignement contradictoire de la baraita
  4. גירסת הטור — le Beit Yossef y voit un ט״ס, le Taz reconstruit une chita (seif 1)
  5. הגעלה או עירוי — la kouchia de la Dericha, la réponse du Taz et le rôle du Ramban (seif 1 et 3)
  6. תחילת תשמישה — Rachi, Rabbenou Tam, le Raavad et le Rachba (fin du seif 1)
  7. נעורת ובקעים — le Taz élargit le cas, et reproche au Beit Yossef sa source (seif 1)
  8. שיעור הניגוב — עונה, douze heures, quatre ou cinq passages (seifim 6 et 10)
  9. התרת הקשרים — le Chakh démontre que le Mehaber s’appuie sur un rapport inexact du Rachba (seifim 7, 8 et 9)
  10. לכתחילה ובדיעבד — les soixante des pépins et des peaux, et les pépins qu’on ne ramasse pas (seif 11)

1. שורש הסימן — un ustensile entre deux catégories

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le siman s’ouvre sur une anomalie. Un pressoir n’est pas une jarre : on n’y garde pas le vin, on l’y foule. Selon la règle générale, un ustensile qui ne sert qu’un moment se contente d’un rinçage. Pourquoi celui-ci exige-t-il un ניגוב, parfois un pelage, parfois un ébouillantage ?

La baraita d’Avoda Zara pose pourtant l’opposition en deux termes, sans troisième :

« הַגַּת וְהַמַּחַץ וְהַמַּשְׁפֵּךְ שֶׁל גּוֹיִם, רַבִּי מַתִּיר בְּנִיגּוּב, וַחֲכָמִים אוֹסְרִין. וּמוֹדֶה רַבִּי בְּקַנְקַנִּים שֶׁל גּוֹיִם שֶׁהֵן אֲסוּרִין. וּמָה הֶפְרֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה? זֶה מַכְנִיסוֹ בְּקִיּוּם, וְזֶה אֵין מַכְנִיסוֹ בְּקִיּוּם » (עבודה זרה ע״ד ע״ב)
Ḥakira : la baraita donne-t-elle deux cases, ou une échelle ? (א) Deux cases, et rien entre elles : ce qui conserve le vin est sévère, ce qui ne le conserve pas est léger, et le pressoir tombe simplement du second côté. (ב) Une échelle, dont les deux termes ne sont que les extrêmes : ce qui se mesure n’est pas le fait de conserver mais la durée de contact, et un ustensile peut se placer entre les deux. Sur (א), le pressoir ne devrait rien exiger de plus qu’une coupe ; sur (ב), il peut exiger davantage sans devenir une jarre.

Le Taz choisit (ב), et il en fait la première ligne de son commentaire :

« אע״ג דאין מכניסין לקיום בגת מ״מ הואיל ומשהין בו יין כל ימי הגיתות ותדיר בו יין דומה לכלי שמכניסין בו לקיום בזה דאסור אפילו לפי שעה אבל מ״מ לא לגמרי כמכניסו לקיום להצריכו עירוי ג׳ ימים » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק א)
Terouts : une troisième catégorie, faite d’un oui et d’un non Le Taz ne classe pas le pressoir : il le place. Oui, il ressemble à un récipient de conservation — donc il est interdit même pour un usage d’un instant, alors qu’un ustensile ordinaire ne le serait pas. Non, il ne l’est pas tout à fait — donc on ne lui impose pas l’עירוי de trois jours. Toute la casuistique du seif 1 tient dans cet intervalle : elle est trop lourde pour un ustensile ordinaire et trop légère pour une jarre.

Le Rambam avait déjà énoncé la borne supérieure, et il l’avait dite comme une règle :

« לֹא תִּהְיֶה הַגַּת חֲמוּרָה יֶתֶר מִן הַקַּנְקַנִּים. לֹא נֶאֱמַר יִקְלֹף אֶלָּא לְהַתִּירָהּ מִיָּד » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א הלכה כ״א)

Et le Chakh donne la borne dans l’autre sens, en renvoyant au siman 135 :

« ע״ל סימן קל״ה סט״ו שההכשר שכתב הרב שם מועיל גם כאן כדאיתא ברשב״א ופוסקים דכלים שמכניסים לקיום צריכין הכשר יותר מגת וכליה » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ו)
Nafka mina entre (א) et (ב) Un ustensile de la vendange qu’un non-Juif n’a utilisé qu’une fois, un instant. Sur (א) — deux cases — il est du côté léger, et l’on ne voit pas d’où viendrait une exigence. Sur (ב), la question devient : combien de temps le vin y est-il resté ? Et c’est exactement la question que le Taz posera au ס״ק י sur le grand cuvier, et au ס״ק י״ב sur la poutre — où il limitera l’exigence à l’endroit du contact.
יסוד אין הגת נמדדת בשמה אלא בשהיית היין בתוכה — ולפיכך היא חמורה מכלי שאין מכניסו לקיום, וקלה מן הקנקנים, ואין לה מקום אלא ביניהם.

2. גדר הזפת — pourquoi on la pèle au lieu de la kachériser

Le mot qui revient le plus souvent dans le seif 1 n’est ni la pierre ni le bois : c’est la poix. Elle est un corps étranger collé à la paroi, et elle change tout — parce qu’elle boit à la place de ce qu’elle protège.

Première finesse : le moment. Le Mehaber écrit que le non-Juif a mis du vin בשעת זפיתה. Le Chakh refuse la lecture littérale :

« כלומר לאחר זפיתה אבל בזפיתה ה״ל כזורק מים לטיט » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק א)
Ḥakira : la poix est-elle un corps qui boit, ou une paroi supplémentaire ? (א) Elle est un corps distinct, simplement collé : ce qu’elle a bu est à elle, et l’enlever c’est enlever l’interdit lui-même — d’où le pelage, qui n’est pas un hekhcher mais une ablation. (ב) Elle est devenue paroi : ce qu’elle a bu est absorbé par l’ustensile, et le pelage n’est qu’un moyen d’atteindre ce qui est dessous. C’est la ḥakira qui explique la formule du Mehaber — jamais קליפה seule, toujours קליפה וניגוב.

La poix se fend, et c’est de là que vient la sévérité du foulage :

« פרש״י מפני כובד הדריכה נעשה בקעים בזפת » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ד)
« דַּוְקָא זְפָתָהּ, אֲבָל דָּרַךְ בָּהּ לָא סַגִּי לַהּ בְּנִיגּוּב » (עבודה זרה ע״ד ע״ב)
Kouchia : si le pelage retire l’interdit, pourquoi ne suffit-il pas à la terre cuite ? La michna est catégorique : pour la terre cuite, même s’il a pelé la poix, l’ustensile reste interdit. Si la poix était le seul réservoir, le pelage devrait suffire partout.
Terouts : la matière décide de ce qui a bu La poix boit toujours ; la question est de savoir si la paroi a bu aussi. La pierre ne boit presque pas — le pelage suffit à la libérer, et l’essuyage achève. Le bois boit — d’où le pelage et l’essuyage. La terre cuite boit tellement qu’aucun frottement n’y atteint : il n’y a plus que l’imprégnation. Le Chakh donne la clé de lecture générale :
« וכל הכשר כלים אלו שיערו חז״ל לפי תשמישן ולפי טבען והטעמים מבוארים בפוסקים » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ד)
יסוד הזפת מגינה על הדופן ובולעת תחתיה ; ולפיכך אין הקליפה הכשר אלא סילוק, ואין היא פוטרת את הדופן — אלא לפי מה שבלעה הדופן עצמה.

3. מחלוקת המשנה — Rabbi contre les Sages, et la baraita qui la contredit

La michna d’Avoda Zara donne les trois matières et, pour le bois seulement, une ma’hloket :

« גַּת שֶׁל אֶבֶן שֶׁזְּפָתָהּ גּוֹי, מְנַגְּבָהּ וְהִיא טְהוֹרָה. וְשֶׁל עֵץ, רַבִּי אוֹמֵר: יְנַגֵּב, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יִקְלוֹף אֶת הַזֶּפֶת. וְשֶׁל חֶרֶס, אַף עַל פִּי שֶׁקָּלַף אֶת הַזֶּפֶת — הֲרֵי זוֹ אֲסוּרָה » (עבודה זרה ע״ד ע״ב)
Kouchia : la baraita contredit la michna La michna permet la pierre par un simple essuyage, alors même qu’un non-Juif l’a enduite de poix. La baraita, elle, déclare interdits le bois et la pierre dès qu’ils sont enduits :
« וְשֶׁל עֵץ וְשֶׁל אֶבֶן — יְנַגֵּב, וְאִם הָיוּ מְזוּפָּפִין — אֲסוּרִין » (עבודה זרה ע״ד ע״ב)
Terouts : la guemara distingue par le foulage Elle répond en une ligne, et cette ligne devient la première variable de tout le seif 1 :
« מַתְנִיתִין דְּלֹא דָּרַךְ בָּהּ, בָּרַיְיתָא דְּדָרַךְ בָּהּ » (עבודה זרה ע״ד ע״ב)

Une seconde contradiction reste : la baraita dit que Rabbi permet le pressoir par un essuyage et que les Sages l’interdisent — or la michna avait déclaré la terre cuite interdite même après le pelage. Rava répond que la fin de la michna est déjà l’avis des Sages :

« אָמַר רָבָא: סֵיפָא דְּמַתְנִיתִין אֲתָאן לְרַבָּנַן » (עבודה זרה ע״ד ע״ב)
PositionCe qu’elle exige pour le bois enduitPortée
רביינגב — un essuyage suffitLa poix n’est pas un obstacle en soi
חכמיםיקלוף את הזפת — et, selon les Richonim, un essuyage aprèsLa poix est le réservoir : on l’ôte
Halakha — le Mehaber« קליפה וניגוב או עירוי בלא קליפה » (שו״ע יו״ד קל״ח:א)La halakha suit les Sages, et le Mehaber ajoute la voie de l’עירוי
Nafka mina Un pressoir de bois enduit dans lequel le non-Juif n’a pas foulé. Selon Rabbi, un essuyage suffirait ; selon les Sages, il faut peler. Le Mehaber tranche comme les Sages — mais il ouvre une seconde porte que la michna ne connaissait pas, l’עירוי sans pelage, et c’est là que le Chakh interviendra au ס״ק ד.

4. גירסת הטור בשל חרס — le Beit Yossef corrige, le Taz défend

Voici le seul endroit du siman où deux A’haronim lisent le même mot du Tour de deux façons incompatibles — et où l’un accuse le texte imprimé d’être fautif.

« בטור כתוב צריכה קליפה וניגוב והוכיח ב״י שהוא ט״ס דהא בשל עץ אמרו במתניתין אליבא דחכמים דיקלוף » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ו)

Le Beit Yossef ne se contente pas de le penser : il écrit qu’il faut corriger le texte.

« לכ״נ דט״ס יש בדברי רבינו וצריך להגיה אינה ניתרת בקליפה וניגוב אלא בעירוי בלא קליפה » (בית יוסף יו״ד קל״ח)
La preuve du Beit Yossef Pour le bois, la michna dit יקלוף את הזפת, et les Richonim s’accordent à exiger un essuyage après le pelage. Si, pour la terre cuite, la michna ajoute que même après le pelage elle reste interdite, c’est nécessairement même avec l’essuyage — sinon la terre cuite ne se distinguerait en rien du bois, et la michna n’aurait rien enseigné.

Le Taz accepte la démonstration — si l’on admet qu’il n’y a pas d’erreur. Mais il entreprend de reconstruire la position du Tour telle qu’elle se tiendrait sans correction :

« ליישב דעת הטור אם אינו ט״ס נ״ל דהטור ס״ל דבאמת עץ וחרס שוין הם לענין אם לא דרך דדינו בקליפה וניגוב » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ו)
« דכוונתו דבלא דרך אין חילוק בין עץ לחרס אבל בדרך יש חילוק דהיינו שהטור זכר ברישא בדרך דצריך עירוי דוקא » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ו)
LectureCe qu’elle fait du TourTerre cuite non foulée
Beit Yossefט״ס — le texte doit être corrigéמילוי ועירוי בלא קליפה
Taz ס״ק וUne chita : sans foulage, bois et terre cuite sont égaux ; la distinction ne porte que sur le cas où l’on a fouléקליפה וניגוב
Le Mehaber, dans le Choul’han AroukhIl suit le Beit Yossef — c’est-à-dire lui-même« אינה ניתרת בקליפה וניגוב אלא במילוי ועירוי בלא קליפה » (שו״ע יו״ד קל״ח:א)
Nafka mina Un pressoir de terre cuite enduit par un non-Juif qui y a versé du vin, sans y fouler. Selon le Tour tel que le Taz le lit, un pelage suivi d’un essuyage suffit. Selon le Mehaber, il faut מילוי ועירוי. C’est un écart d’un cran entier sur l’échelle, et il porte sur le cas le plus fréquent : celui où l’on n’a pas foulé.
Ce que le Chakh ajoute ici, et contre qui Sur la voie de l’עירוי sans pelage, le Chakh rappelle d’abord le consensus, puis relève que le Beit Yossef a mal cité Rabbenou Yerou’ham :
« כן הסכמת רוב הפוסקים ומביאם ב״י וכתב ושלא כדברי ר׳ ירוחם שכתב שאם דרך בה עובד כוכבים אין מילוי ועירוי מועיל בעוד הזפת עליו » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ד)
« ואגב חורפי׳ לא עיין שפיר דר׳ ירוחם כ״כ בנתי׳ י״ז ח״ג בשל חרס אבל בשל עץ כתב שם בהדיא דמועיל עירוי בלא קליפה » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ד)

5. הגעלה או עירוי — laquelle des deux est la plus forte ?

Le seif 1 propose, pour la terre cuite foulée, קליפה ומילוי ועירוי או הגעלה בלא קליפה — l’ébouillantage dispense du pelage, donc il est plus fort. Mais au siman 135, le Tour rapportait au nom du Ramban que pour un récipient de terre cuite qu’on garde, l’ébouillantage ne suffit pas et qu’il faut l’עירוי. Les deux passages se contredisent.

« בדרישה הקשה דכאן משמע דהגעלה עדיפא מעירוי ובסימן קל״ה בסופו כתב הטור בכלי חרס בשם הרמב״ן דאם מכניסו לקיום דלא סגי בהגעלה רק בעירוי » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ז)
Terouts du Taz : la comparaison n’a de sens que là où l’ébouillantage agit Selon le Ramban, ce n’est pas que l’עירוי soit plus fort : c’est que l’ébouillantage n’a aucune prise sur la terre cuite, la Tora ayant témoigné qu’elle ne rend jamais ce qu’elle a absorbé. Là où l’ébouillantage agit, il l’emporte toujours :
« ודאי במקום ששייך הגעלה אז היא עדיפא מעירוי » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ז)

Et pour nous, conclut le Taz, la difficulté disparaît complètement, puisque le Choul’han Aroukh admet lui-même au siman 135 que l’ébouillantage agit sur la terre cuite dans cet interdit :

« דקיימא לן דמהני הגעלה לכלי חרס בסימן קל״ה סעיף ט״ו באיסור זה הוה חרס כשאר כלים והגעלה עדיפא בהו ג״כ » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ז)
Ḥakira : pourquoi le pressoir se contente-t-il d’un ébouillantage par déversement ? (א) Par nécessité : on ne peut pas plonger une cuve, et l’on fait ce qu’on peut. (ב) Par nature : ce que le pressoir a absorbé, il l’a absorbé à froid, et ce qui est entré à froid ressort facilement. La première réponse est une concession, la seconde un principe — et c’est la seconde que donnent le Rachba et le Taz.
« לפי שפליטתן קלה שנבלעו בצונן. רשב״א » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ט)
« ואפשר כדברי המתירין לפי שפליטתן קלה כיון שנבלעו בצונן » (בית יוסף יו״ד קל״ח)
Nafka mina Un ustensile de la vendange qui peut être plongé — un vase de mesure, un entonnoir. Sur (א), rien n’oblige à se contenter du déversement puisque l’immersion est possible. Sur (ב), le déversement suffit parce que le motif tient à ce qui a été absorbé, non à ce qu’on peut faire. C’est cette seconde raison que le seif 3 met en mots : ולא תהא הגעלה זו פחותה מניגוב.

6. תחילת תשמישה — le hidouch du Raavad, entre Rachi et Rabbenou Tam

La dernière proposition du seif 1 n’est pas un détail : elle vient d’une sougya entière, et elle oppose Rachi à Rabbenou Tam. La question est simple à énoncer — qui s’est servi de la cuve en premier ? — et personne n’est d’accord sur ce qu’elle change.

Le Tour rapporte d’abord Rachi, dont la position est la plus indulgente de toutes :

« רש״י כתב שאין חילוק בין גת לשאר כלים דגת נמי סגי לה בהדחה » (טור יו״ד קל״ח)

Le Taz explique d’où Rachi tire cela — d’une baraita que Rabbi Abahou cite comme source de halakha, et qui contredit la michna :

« ודעת רש״י והטור מביאו דברייתא זו סותרת המשנה וכיון שרבי אבהו מביאה היא עיקרת וקיימא לן כמוהו דסגי בהדחה » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ח)

Rabbenou Tam refuse cette lecture et maintient la michna. Reste alors à expliquer la baraita, et c’est ici qu’intervient la distinction que le Raavad et le Rachba tirent d’ailleurs :

« והרשב״א בתה״ה והר״ן מביאם גם כן בשם הראב״ד לחלק בכלי חרס בין תחלת תשמישה באיסור או בהיתר » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ח)

Le Tour rapporte le Raavad, et étend son indulgence jusqu’à la pierre :

« וכ״כ הראב״ד דאף של חרס וכליה אם תחילת תשמישם ע״י ישראל סגי להו בניגוב ושל אבן סגי ליה בשכשוך ומסקנת א״א הרא״ש ז״ל כדברי ר״ת » (טור יו״ד קל״ח)
PositionCe qu’elle soutientRésultat pour le pressoir
Rachi, rapporté par le TourLa baraita des עדשים est la halakha : le pressoir ne diffère pas des autres ustensilesהדחה
Rabbenou Tam, et le Roch en conclusionLa michna tient ; la baraita parle d’autre chose, ou d’un cas où le Juif a servi le premierSelon la michna
Raavad et RachbaTout dépend du premier usage : la terre cuite boit surtout la première foisTerre cuite : ניגוב ; pierre : שכשוך
Le Mehaber, fin du seif 1Retient la distinction du premier usage, et y ajoute le boisBois et pierre : הדחה ; terre cuite : ניגוב

Le Taz défend explicitement le Choul’han Aroukh — contre son beau-père, le Ba’h :

« וע״כ פסק הש״ע סוף הסימן דעץ ואבן סגי בהדחה בתחילת תשמישו ביד ישראל ומו״ח ז״ל חלק על הש״ע דבשל עץ בעי ניגוב בזה ולפי מ״ש דברי הש״ע נכונים » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ח)

Le Baer Hetev enregistre l’issue en une ligne :

« והב״ח חולק על המחבר וס״ל דבשל עץ נמי בעי ניגוב אבל הט״ז כתב דדברי המחבר הם עיקר ונכונים ע״ש » (באר היטב יו״ד קל״ח ס״ק ו)
Nafka mina Un pressoir de bois, non enduit, appartenant à un Juif, dans lequel un non-Juif est venu fouler une fois. Selon le Mehaber et le Taz : un rinçage. Selon le Ba’h : un ניגוב complet, avec sa cendre et ses quatre passages. La différence est de plusieurs heures de travail, et elle se pose chaque vendange.

7. נעורת ובקעים — un détail, ou la règle elle-même ?

Le Mehaber écrit que si de l’étoupe de lin ou de vieux chiffons se trouvent entre les planches, l’essuyage ne suffit plus. Le Taz demande si l’étoupe est la condition, ou seulement l’exemple.

« נראה דלאו דוקא נעורת אלא אם יש בקעים ואין דבר סותם כלל דאסור » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ה)
Ce que le Taz retourne Sa lecture inverse l’intuition. On croirait que l’étoupe aggrave, en retenant le vin ; le Taz montre qu’une fissure nue est déjà interdite — c’est le récit de la guemara —, et que le hidouch du Mehaber est exactement l’inverse : même bouchée d’étoupe, la fissure n’est pas réparée.
« ורבותא קמשמע לן דאף ע״ג דנסתמו הבקעים בנעורת לא מהני והב״י כתב דנלמד מדין הטור והוא תמוה » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ה)
Nafka mina Un pressoir de bois dont les joints sont ouverts et que rien ne bouche. Si l’on lit le Mehaber au pied de la lettre, la clause ne s’applique pas et un essuyage suffirait. Selon le Taz, c’est le cas le plus grave des deux. Toute jointure, tout calfeutrage, toute soudure imparfaite relève ainsi de מילוי ועירוי ou de l’ébouillantage.

8. שיעור הניגוב — de l’עונה aux douze heures, et le compte des passages

Deux mesures traversent le siman : combien de temps pour l’eau courante, et combien de fois pour l’essuyage. Ni l’une ni l’autre ne se trouve telle quelle dans la guemara ; l’une vient du Rambam, l’autre d’un choix entre deux traditions d’école.

La guemara donne d’abord une durée sans chiffre :

« רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מַנִּיחָן תַּחַת צִינּוֹר שֶׁמֵּימָיו מְקַלְּחִין, אוֹ בְּמַעְיָן שֶׁמֵּימָיו רוֹדְפִין. וְכַמָּה? עוֹנָה » (עבודה זרה ע״ה ע״א)

Puis elle définit l’עונה, et deux définitions se présentent :

« כַּמָּה עוֹנָה? אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אוֹ יוֹם אוֹ לַיְלָה » (עבודה זרה ע״ה ע״א)

Le Rambam tranche en heures, et le seif 6 reprend sa formule mot pour mot :

« וְאִם רָצָה לְטַהֲרָן מִיָּד מַגְעִילָן בְּרוֹתְחִין אוֹ חוֹלְטָן בְּמֵי זֵיתִים אוֹ מַנִּיחָן תַּחַת צִנּוֹר שֶׁמֵּימָיו מְקֻלָּחִין אוֹ בְּמַעְיָן שֶׁמֵּימָיו רוֹדְפִין שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁעוֹת וְאַחַר כָּךְ יֻתְּרוּ » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א הלכה כ״ד)
Ce que le passage du chiffre coûte, et ce qu’il rapporte La guemara donne deux mesures : « un jour ou une nuit », et « une demi-journée et une demi-nuit » — et Rabbi Chmouel bar Yits’haq les concilie par les saisons. Douze heures est la mesure fixe qui satisfait la seconde définition en toute saison. C’est un choix de praticabilité : on ne demande pas au vigneron de calculer un équinoxe.

Pour le nombre de passages, la guemara rapporte deux traditions, et Poumbedita donne le compte plus large :

« בֵּי רַב אָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: תְּלָת אַרְבַּע, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אַרְבַּע חָמֵשׁ » (עבודה זרה ע״ה ע״א)
« וְלָא פְּלִיגִי, מָר קָא חָשֵׁיב מַיָּא בָּתְרָאֵי, וּמָר לָא קָחָשֵׁיב מַיָּא בָּתְרָאֵי » (עבודה זרה ע״ה ע״א)

Le Rambam retient quatre dans les deux cas, et ne varie que l’ordre :

« מְדִיחָן בְּמַיִם וּבְאֵפֶר אַרְבַּע פְּעָמִים וְדוֹרֵךְ בָּהֶן. וְאִם הָיְתָה בָּהֶם לַחְלוּחִית מַקְדִּים הָאֵפֶר לַמַּיִם. וְאִם לָאו מַקְדִּים הַמַּיִם » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א הלכה כ׳)

Le Tour rapporte le Rama de Tolède, puis la position indulgente du Roch :

« והניגוב כתב הרמ״ה שאם הכלי יבש מקנחו במים ואחר כך מדיחו יפה יפה ואם הן לחין מקנהו באפר ואח״כ מדיחו במים ואח״כ אפר ומים פעם שנית » (טור יו״ד קל״ח)
« וא״א ז״ל כתב ולקולא עבדינן וסגי ביבש במים ואפר ומים ובלח אפר ומים » (טור יו״ד קל״ח)

Et le Taz, sur le seif 10, corrige le texte imprimé du Choul’han Aroukh lui-même :

« ואם הם יבשים מקדים מים ואח״כ אפר כו׳ כצ״ל וכן הוא דעת הרמ״ה בטור שכתב ביבשים מקנחו במים ואח״כ מדיחו יפה כו׳ » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק י״ג)
AutoritéUstensile humideUstensile sec
Guemara — Poumbedita, Chmouelארבעחמש
RambamQuatre — la cendre d’abordQuatre — l’eau d’abord
Roch, rapporté par le Tourאפר ומים — deuxמים ואפר ומים — trois, ולקולא עבדינן
Mehaber, seif 10אפר · מים · אפר · מים — quatreמים · אפר · מים · אפר · מים — cinq
יסוד אין הניגוב פעולה אחת אלא סדר : האפר מקנח והמים מדיחים, וההבדל בין לח ליבש אינו בחומרא אלא במה שיתפוס האפר.

9. התרת הקשרים — le Chakh contre le Mehaber

Voici la seule ma’hloket du siman où le Chakh contredit ouvertement le Mehaber, et il le fait en démontrant que celui-ci s’est appuyé sur un rapport inexact.

La guemara ne mentionne les nœuds qu’une fois, à la fin d’une liste :

« הָנֵי רְוָוקֵי דַּאֲרַמָּאֵי דְּמַזְיָא — מַדִּיחָן, דְּעַמְרָא — מְנַגְּבָן, דְּכִיתָּנָא — מְיַשְּׁנָן, וְאִי אִיכָּא קִטְרֵי — שָׁרֵי לְהוּ » (עבודה זרה ע״ה ע״א)
Kouchia : sur quoi porte « ואי איכא קטרי — שרי להו » ? La phrase suit trois lois — rincer, essuyer, faire vieillir. Se rattache-t-elle à la dernière seulement, à la deuxième, ou à toutes ? Le Mehaber répond en deux endroits : au seif 7 il ne mentionne aucun nœud pour la chausse de lin qu’on fait vieillir, et au seif 9 il dit explicitement que le vieillissement n’en demande pas.
« ולא הזכיר היתר הקשרים משמע דס״ל דא״צ להתירן וכמ״ש בסעיף ט׳ ואזיל לטעמיה » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ח)

Le Chakh explique d’où vient cette position : de la lecture que le Mehaber, dans le Kessef Michné, prête au Rachba. Puis il la réfute, en quatre mots :

« ובאמת אינו כן דהרשב״א מפרש ג״כ דקאי איישון ומודה הכא ובסעיף ט׳ דצריך להתיר הקשרים כדכתב בהדיא בת״ה וכן דעת הר״ן והרא״ש והטור וכ״נ דעת הרמב״ם ספי״א וכן דעת הראב״ד » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ח)

Et il le répète sur le seif 8, pour que la portée pratique ne fasse aucun doute :

« וצריך להתיר הקשרים כמו שאכתוב בסמוך » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ט)

Les deux témoins que le Chakh convoque parlent en effet clairement. Le Rambam :

« וְאִם הָיְתָה שֶׁל שֵׁשׁ מְיַשְּׁנָהּ י״ב חֹדֶשׁ. וְאִם יֵשׁ בָּהֶן קְשָׁרִים מַתִּירָן » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א הלכה כ״ג)

Et le Tour, qui va jusqu’à fixer l’ordre — d’abord dénouer, ensuite laisser vieillir :

« ואם יש בה קשרים צריך להתירן קודם היישון » (טור יו״ד קל״ח)
PositionÀ quoi se rattachent les nœudsConséquence au seif 9
Rachi, et le Rachba tel que le rapporte le Kessef MichnéAu ניגוב seulementLe vieillissement n’exige pas de dénouer — c’est le Mehaber
Le Rachba dans le Torat haBayit, le Ran, le Roch, le Tour, le Rambam, le Raavad — selon le ChakhAu vieillissement aussiIl faut dénouer avant de laisser vieillir

Le Baer Hetev enregistre la divergence, et c’est lui qui la met sous les yeux du praticien :

« כתב הש״ך משמע דביישון א״צ להתיר הקשרים דהיתר הקשרים דבש״ס לא קאי אלא להכשר ניגוב בלבד מיהו דעת הש״ך דאף ביישון צריך להתיר הקשרים » (באר היטב יו״ד קל״ח ס״ק י״א)
Nafka mina Une chausse de lin, ou un filet noué, qu’on met de côté douze mois. Selon le Mehaber, on le range tel quel. Selon le Chakh, ces douze mois ne valent rien si les nœuds sont restés serrés — car le liquide enfermé dans le nœud ne s’évente pas. Et l’enjeu n’est pas seulement d’un geste : c’est une année entière qu’on aura perdue.

10. לכתחילה ובדיעבד — ששים בחרצנים ובזגים, et l’annulation qui n’en est pas une

Le siman se termine sur deux passages qui, ensemble, en fixent la portée réelle : ce que valent ces sept degrés quand on les a omis, et jusqu’où va le devoir de nettoyer.

« ודע שכל הכשר שבסעיף זה היינו לכתחלה אבל אם עבר ודרך בגת או בכלי הגת שלא הוכשר מותר בדיעבד דיש ס׳ וכדלעיל סימן קל״ז סעיף ב׳ » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ד)

Le Ba’h, rapporté par le Chakh, s’en tient à une position prudente — il permet a posteriori de s’appuyer sur Rachi, mais seulement en cas de nécessité pressante :

« וכתב הב״ח דלכתחלה צריך הכשר או קילוף וניגוב ועירוי לפי מה שהוא כדעת רוב הפוסקים וכפירוש ר״ת וכש״ע » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ד)
La kouchia du Chakh sur le Ba’h Pourquoi aller chercher Rachi et une nécessité pressante, demande le Chakh, alors qu’il y a une raison bien plus simple et qui ne dépend d’aucune chita ?
« ואני תמה דבדיעבד פשיטא דשרי ואפילו בלא הדחה שהרי יש ס׳ בחרצנים ובזגים וכדכתבו הט״ו בסימן קל״ז ס״ב » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ד)
Et la réserve qu’il s’oppose à lui-même Le Chakh ne referme pas le raisonnement sans le borner. Les soixante viennent du volume des pépins et des peaux contre l’épaisseur absorbée ; il existe une géométrie où le compte ne se fait pas :
« ואולי מיירי בגת רחבה מאד ואינה גבוה בענין שאין ס׳ במה שבתוכה נגד קליפתה » (ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ד)

Le Baer Hetev condense tout ce développement en une ligne, et il y ajoute une clause qui vient de la position du Ba’h et non des mots du Chakh — le rinçage préalable :

« אם לא בגת רחבה מאד ואינה גבוה בענין שאין ס׳ במה שבתוכה נגד קליפתה אז אסור בדיעבד אם לא שהודח תחלה » (באר היטב יו״ד קל״ח ס״ק ג)

Reste le dernier seif, et la question qu’il soulève : balayer un pressoir sans en retirer les pépins, n’est-ce pas annuler volontairement un interdit ? Le Taz répond, et rattache sa réponse à ce qu’il avait écrit au siman 137 :

« בב״י בשם רבינו שמשון מסיים בזה דאין זה מבטל איסור לכתחלה שלא נתכוין לבטל » (ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק י״ד)
יסוד כל הסימן לכתחילה נאמר, ובדיעבד הוא בטל בששים ; ולפיכך אין המכבד כדרכו מבטל איסור לכתחילה, שאין כוונתו לבטל אלא לנקות.
La ligne de tout le siman, en une phrase Sept degrés de hekhcher, onze seifim, neuf ustensiles — et au bout, un homme qui balaie sa cuve comme il la balaie tous les jours. Le siman est exigeant avant, et raisonnable après : c’est le même mouvement que le Chakh décrit au ס״ק ד et que le Taz achève au ס״ק י״ד. Ce qui est demandé, c’est de préparer sérieusement ; ce qui n’est pas demandé, c’est de traquer l’invisible.
⚠️ Ce contenu est destiné à l’étude et à l’iyoun. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.

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Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :

Le Pit’hei Techouva ne commente pas ce siman ; l’Aroukh HaChoul’han ne nous est pas accessible ici.

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן קל״ח · Niveau 2 — Lamdan
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