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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קל״ח — La kachérisation des ustensiles du vin

Le pressoir, l’entonnoir, la chausse et les paniers — et ce qu’il faut leur faire
יורה דעה · סימן קל״ח
דִּינֵי הֶכְשֵׁר כְּלֵי הַיַּיִן
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 138 : les 11 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Les simanim précédents demandaient quand le vin devient interdit et ce qu’il rend interdit autour de lui. Celui-ci pose la question inverse et très concrète : le pressoir a servi, la cuve a bu, l’entonnoir a coulé — que faut-il leur faire pour qu’ils resservent ? La réponse n’est jamais une seule opération : c’est une échelle de sept degrés, et le degré exigé dépend de trois choses seulement — la matière de l’ustensile, la présence ou non de poix, et ce que le non-Juif y a fait.

Sujet : Le hekhcher des ustensiles de la vendange — גת, גיגית, משפך, כלי המדה, מחץ, קורה, דפים, עקלים, משמרת, כפיפות
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״ח

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les 11 seifim, avec les gloses du Rama
2. Contexte : la michna d’Avoda Zara 74b et la sougya qui la suit
3. Les concepts-clés : l’échelle des sept hekhcherim, du rinçage au four
4. Le tableau récapitulatif : la grille du seif 1, matière par matière
5. Le Taz et le Chakh : six entrées-clés
6. Les gloses du Rama (הגה) : trois interventions, et les gloses explicatives
7. Cas pratiques modernes : la cuve inox, la barrique de chêne, la cuve béton, le tuyau, la nappe
8. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les 11 seifim

Le Siman 138 ferme le bloc des ustensiles. Les simanim 135 à 137 traitaient des récipients — les outres, les jarres, les tonneaux, le vin cachère versé dans un vase qui n’avait pas été kachérisé. Ici, ce sont les instruments de la vendange : la cuve de foulage גת et tout ce qui gravite autour d’elle. Le Mehaber n’ordonne pas les seifim par ustensile mais par degré de sévérité : le seif 1 donne la loi complète du pressoir, les seifim 2 à 8 rattachent chaque autre ustensile à l’un des degrés du seif 1, et les seifim 9 à 11 règlent trois questions d’exécution — les nœuds, la recette de l’essuyage, et les pépins.

Trois variables, et trois seulement, commandent tout le seif 1 : de quoi l’ustensile est-il fait (pierre, bois, terre cuite), est-il enduit de poix (זפת), et qu’a fait le non-Juif — a-t-il seulement mis du vin au moment de l’enduction, a-t-il touché un vin encore mouillant, ou a-t-il foulé les raisins dedans ? Chaque réponse fait monter ou descendre d’un cran sur l’échelle des hekhcherim.

Seif 1 — Le pressoir : la pierre, le bois et la terre cuite

דיני הכשר כלי היין. ובו י״א סעיפים: גת של אבן שזפתה עובד כוכבים ונתן בה יין בשעת זפיתה או שזפתה ישראל ונתן בה יין ונגע בה העובד כוכבים בעוד משקה טופח עליה צריכה ניגוב ואם דרך העובד כוכבים בזפותה אין די לה בנגוב אלא יקלוף הזפת ואח״כ ינגב או עירוי בלא קליפה או יישנה י״ב חודש ושל עץ אם זפתה עובד כוכבים ונתן יין בשעת זפיתה אפי׳ לא דרך בה או שזפתה ודרך בה אח״כ או שזפתה ישראל ונתן בה יין ונגע בה העובד כוכבים בעוד משקה טופח עליה דין אחד להם שצריכה קליפה וניגוב או עירוי בלא קליפה ואם יש נעורת של פשתן בין נסר לנסר או בלאי בגדים אין די לה בניגוב אלא צריכא מילוי ועירוי או הגעלה ושל חרס זפתה העובד כוכבים ונתן בה יין בשעת זפיתה אפילו לא דרך בה או שזפתה ישראל ונתן בה יין ונגע בה העובד כוכבים בעוד משקה טופח עליה אינה ניתרת בקליפה וניגוב אלא במילוי ועירוי בלא קליפה ואם זפתה העובד כוכבים ודרך בה צריכה קליפה ומילוי ועירוי או הגעלה בלא קליפה או יישון י״ב חדש או להסיקה בכבשן עד שירפה הזפת וכל זה בזפותה אבל אם אינה זפותה יש לחלק שאם תחלת תשמישה ע״י עובד כוכבי׳ צריכ׳ ניגוב (ובשל חרס עירוי אם דרך בה) (טור) ואם תחילת תשמישה ע״י ישראל סגי בהדחה אם היא של עץ או אבן אבל אם היא של חרס צריכה ניגוב:
Titre du siman : les lois de la kachérisation des ustensiles du vin ; et il comporte onze seifim.

Un pressoir de pierre qu’un non-Juif a enduit de poix et où il a mis du vin au moment de l’enduction — la poix est alors encore chaude et molle, et le vin y pénètre — ou qu’un Juif a enduit et où il a mis du vin, et qu’un non-Juif y a touché tant qu’un liquide mouillant subsistait dessus : il lui faut le ניגוב — le récurage à l’eau et à la cendre décrit au seif 10.

Et si le non-Juif y a foulé les raisins alors qu’il était enduit de poix, le ניגוב ne lui suffit pas : il faut peler la poix, puis essuyer ; ou bien un עירוי sans pelage ; ou bien le laisser vieillir douze mois.

Et celui de bois : si un non-Juif l’a enduit et y a mis du vin au moment de l’enduction, même s’il n’y a pas foulé ; ou s’il l’a enduit et y a foulé ensuite ; ou si un Juif l’a enduit et y a mis du vin et qu’un non-Juif y a touché tant qu’un liquide mouillant subsistait dessus — une seule loi pour tous ces cas : il lui faut pelage et essuyage, ou bien un עירוי sans pelage.

Et s’il y a de l’étoupe de lin entre planche et planche, ou des chiffons usés — dont on bourre les interstices pour que le vin ne fuie pas — l’essuyage ne lui suffit pas : il lui faut remplissage et déversement, ou bien l’ébouillantage.

Et celui de terre cuite : si le non-Juif l’a enduit et y a mis du vin au moment de l’enduction, même s’il n’y a pas foulé ; ou si un Juif l’a enduit et y a mis du vin et que le non-Juif y a touché tant qu’un liquide mouillant subsistait dessus — il n’est pas rendu permis par le pelage et l’essuyage, mais seulement par remplissage et déversement, sans pelage.

Et si le non-Juif l’a enduit et y a foulé : il lui faut pelage, remplissage et déversement ; ou bien l’ébouillantage sans pelage ; ou bien un vieillissement de douze mois ; ou bien le chauffer au four jusqu’à ce que la poix se détache.

Et tout ceci lorsqu’il est enduit de poix. Mais s’il n’est pas enduit, il y a lieu de distinguer : si son premier usage a été fait par un non-Juif, il lui faut le ניגוב Glose du Rama : (et pour la terre cuite, un עירוי s’il y a foulé) (Tour) ; et si son premier usage a été fait par un Juif, un rinçage suffit, s’il est de bois ou de pierre ; mais s’il est de terre cuite, il lui faut le ניגוב.
Le seif 1 n’est pas une liste : c’est une grille à double entrée. En colonne, la matière — אבן, עץ, חרס — rangée dans l’ordre exact de sa capacité d’absorption : la pierre boit peu, le bois boit davantage, la terre cuite boit le plus. En ligne, ce que le non-Juif a fait — enduire avec du vin, toucher un vin encore mouillant, ou fouler. Deux mouvements suffisent à lire toute la grille : plus la matière absorbe, plus on monte d’un cran ; et le foulage — דרך בה — fait toujours monter d’un cran de plus, parce que le poids du fouleur fend la poix et pousse le vin dans les fentes.

Seif 2 — Le pressoir maçonné : briques, chaux et gypse

גת הבנויה בלבנים או סיד וגפסים (פירוש חומר יותר לבן מהסיד ויס״ו בלע״ז) דינה כשל חרס:
Un pressoir bâti de briques, ou de chaux et de gypse glose explicative : (à savoir une matière plus blanche que la chaux, “gypse” en langue vulgaire) — sa loi est celle de la terre cuite.

Seif 3 — L’ébouillantage par déversement remplace l’essuyage

הגת וכליו הצריכי׳ ניגוב ניתרי׳ בהגעלה ע״י עירוי שמערה מכלי ראשון עליהם ולא תהא הגעלה זו פחותה מניגוב:
Le pressoir et ses ustensiles qui ont besoin du ניגוב sont rendus permis par l’ébouillantage effectué au moyen d’un déversement — c’est-à-dire qu’on verse sur eux depuis un récipient primaire — et cet ébouillantage ne sera pas moins efficace que le ניגוב.
Le seif 3 est le seif qui rend tout le siman praticable. Un pressoir maçonné ne se plonge dans rien : on ne peut pas mettre une cuve dans un récipient d’eau bouillante. Le Mehaber permet donc l’ébouillantage par déversement — on verse l’eau bouillante depuis un récipient primaire sur la surface —, et il ajoute une raison qui est un principe : cet ébouillantage ne sera pas moins efficace que le ניגוב. Autrement dit, l’eau bouillante versée fait au moins ce que fait la cendre frottée.

Seif 4 — Le cuvier, l’entonnoir, le vase de mesure et le puisoir

גיגית גדולה שדורכין בה והמשפך וכלי המדה והמחץ והוא כלי שדולין בו מהבור לחבית כולם דינם כגת:
Un grand cuvier dans lequel on foule, l’entonnoir, le vase de mesure, et le מחץ — c’est le vase avec lequel on puise de la fosse au tonneau — tous ont la loi du pressoir.

Seif 5 — La poutre et les planches : un simple rinçage

הקורה שעוצרים בה הענבים והדפים שמשימין על העביט (פי׳ כלי גדול) סגי להו בהדחה:
La poutre avec laquelle on presse les raisins, et les planches que l’on pose sur l’עביט glose explicative : (à savoir un grand récipient) — un rinçage leur suffit.
Pourquoi la poutre et les planches s’en tirent-elles avec un simple rinçage, alors que le cuvier du seif 4 est traité comme le pressoir lui-même ? Parce que le vin n’y séjourne pas. C’est la ligne de partage de tout le siman : ce qui contient du vin absorbe, ce qui ne fait que le toucher en passant n’absorbe presque rien. Le Taz ajoute d’ailleurs sur ce seif une précision de bon sens — la poutre n’a besoin de ce rinçage qu’à l’endroit où elle touche les raisins.

Seif 6 — Les paniers-treillis, et les quatre façons de les purifier

העקלים (פי׳ כמין קופות מסורגות כמצודה שפורטי״ם בלע״ז) שכורכים סביב העביט העשוים מחריות של דקל ושל קנבוס מנגבן ושל שיפה ושל גמי בולעים יותר וצריך ליישנן י״ב חדש (ויש להחמיר בשל קנים כמו בשל שיפה וגמי) (סמ״ג) ואם רצה לטהרן מיד מגעילן ברותחין או חולטן במי זיתים (דעת הרמב״ם) או מניחן תחת צנור שמימיו מקלחין או במעיין שמימיו רודפין י״ב שעות ואח״כ יותרו:
Les עקלים glose explicative : (à savoir comme des corbeilles tressées en forme de filet, “sportes” en langue vulgaire) que l’on enroule autour de l’עביט, faits de palmes de dattier ou de chanvre — on les essuie ; et ceux de שיפה et de גמי absorbent davantage, et il faut les laisser vieillir douze mois. Glose du Rama : (et il y a lieu d’être rigoureux pour ceux de roseaux comme pour ceux de שיפה et de גמי) (Semag). Et s’il veut les purifier immédiatement : il les ébouillante dans de l’eau bouillante, ou les échaude dans de l’eau d’olives glose de source : (l’avis du Rambam) ; ou il les place sous une gouttière dont les eaux jaillissent, ou dans une source dont les eaux courent, douze heures — et ensuite ils sont permis.

Seif 7 — La chausse à vin : poil, laine ou lin

משמרת של יין של עובד כוכבים אם היא של שער מדיחה ואם היא של צמר צריכה ניגוב ואם היא של פשתן צריכה ליישנה י״ב חדש:
Une chausse à vin appartenant à un non-Juif : si elle est de poil, on la rince ; si elle est de laine, elle a besoin du ניגוב ; et si elle est de lin, elle a besoin d’un vieillissement de douze mois.

Seif 8 — Les corbeilles de filtrage, et les nappes du Rama

כלי חלף (פירוש מין עשב שעושין ממנו מחצלאות וחבלים) והוצין וכיוצא בהן מכפיפות שמסננים בהם היין אם היו תפורים בחבלים מדיחן ואם היו אחוזות זו בזו בחיבור קשה צריכים ניגוב ואם היו תפורות בפשתן מיישנן. (מפות שלנו שנפל עליהם יינם סגי להו בהדחה אפילו נפל עליהם יין רותח) (טור ומרדכי פרק השוכר ובהגהת אשיר״י):
Les ustensiles de חלף glose explicative : (à savoir une espèce d’herbe dont on fait des nattes et des cordes) et de palmes, et leurs pareils parmi les corbeilles avec lesquelles on filtre le vin : s’ils étaient cousus avec des cordes, on les rince ; s’ils étaient assemblés l’un dans l’autre en un tressage serré, ils ont besoin du ניגוב ; et s’ils étaient cousus avec du lin, on les fait vieillir.

Glose du Rama : (nos nappes, sur lesquelles leur vin est tombé — un rinçage leur suffit, même s’il y est tombé du vin bouillant) (Tour, Mordekhi au chapitre השוכר, et Hagahot Acheri).

Seif 9 — Les nœuds : quand faut-il les défaire ?

כל מקום שצריך ניגוב צריך להתיר הקשרים אבל בהכשר מילוי ועירוי וכן ביישון שנים עשר חדש אין צריך להתיר הקשרים:
Partout où le ניגוב est requis, il faut défaire les nœuds ; mais pour le hekhcher du remplissage et déversement, et de même pour le vieillissement de douze mois, il n’est pas nécessaire de défaire les nœuds.
Le seif 9 explique pourquoi les nœuds comptent, sans le dire : le ניגוב agit par frottement sur la surface, et un nœud serré soustrait une surface au frottement. Le remplissage-déversement et le vieillissement, eux, agissent par imprégnation ou par le temps, et ne demandent pas qu’on accède à chaque pli. C’est exactement sur cette seconde moitié que le Chakh discutera le Mehaber — voir le niveau 2.

Seif 10 — La recette exacte du ניגוב : l’eau et la cendre

כל מקום שאמרנו צריך ניגוב אם הם לחים מקנחן באפר ואח״כ מדיחן במים ואח״כ מקנחן באפר פעם שנית ואח״כ מדיחן במים ואם הם יבשים מקדים מים ואח״כ אפר ואח״כ מים ואח״כ אפר ואח״כ מים:
Partout où nous avons dit qu’un ניגוב est requis : s’ils sont humides, on les frotte à la cendre, puis on les rince à l’eau, puis on les frotte à la cendre une seconde fois, puis on les rince à l’eau ; et s’ils sont secs, on met l’eau d’abord, puis la cendre, puis l’eau, puis la cendre, puis l’eau.
ניגוב n’est pas “sécher”. Le mot désigne dans notre siman une opération précise et répétée : alterner la cendre — qui décape — et l’eau — qui emporte. Le Mehaber donne deux recettes selon l’état de l’ustensile. Humide (il reste du vin) : cendre, eau, cendre, eau — on commence par décaper. Sec : eau, cendre, eau, cendre, eau — on commence par mouiller, sinon la cendre n’accroche pas. La différence n’est pas de sévérité mais de mécanique.

Seif 11 — Les pépins qu’on n’oblige pas à ramasser

גת שדרך בה עובד כוכבים כשבא ישראל לנגבה מכבד כדרכו ואין מחייבין אותו ללקט החרצנים:
Un pressoir dans lequel un non-Juif a foulé : lorsque le Juif vient l’essuyer, il balaie à sa manière habituelle, et on ne l’oblige pas à ramasser les pépins.
Le siman se referme sur une mesure de bon sens. Le fouleur non-Juif a laissé au fond du pressoir des pépins imbibés ; faut-il les extraire un par un avant l’essuyage ? Non : il balaie comme il balaie d’habitude. Le Taz explique pourquoi cela n’est pas de l’annulation volontaire d’un interdit — et c’est l’un des plus jolis passages du siman, développé au niveau 2.

2. Contexte — la michna d’Avoda Zara 74b et la sougya qui la suit

Tout le siman vient du dernier chapitre d’Avoda Zara. On y lit d’abord la michna du pressoir, puis une sougya qui la corrige, l’élargit et en fixe les modalités. Les lire dans l’ordre, c’est voir le Mehaber au travail : il n’a presque rien ajouté, il a rangé.

La michna pose les trois matières et déjà toute la hiérarchie :

« גַּת שֶׁל אֶבֶן שֶׁזְּפָתָהּ גּוֹי, מְנַגְּבָהּ וְהִיא טְהוֹרָה. וְשֶׁל עֵץ, רַבִּי אוֹמֵר: יְנַגֵּב, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יִקְלוֹף אֶת הַזֶּפֶת. וְשֶׁל חֶרֶס, אַף עַל פִּי שֶׁקָּלַף אֶת הַזֶּפֶת — הֲרֵי זוֹ אֲסוּרָה » — עבודה זרה ע״ד ע״ב

résumé : un pressoir de pierre qu’un non-Juif a enduit de poix — on l’essuie, et il est pur ; celui de bois — Rabbi dit qu’on l’essuie, et les Sages disent qu’on pèle la poix ; celui de terre cuite — même s’il a pelé la poix, il reste interdit. La halakha suit les Sages, et c’est pourquoi le Mehaber exige pour le bois קליפה וניגוב.

La guemara ajoute aussitôt la variable décisive — le foulage :

« דַּוְקָא זְפָתָהּ, אֲבָל דָּרַךְ בָּהּ לָא סַגִּי לַהּ בְּנִיגּוּב » — עבודה זרה ע״ד ע״ב

Rava enseigne que la michna ne parle que d’un pressoir enduit, et que le foulage change la donne. Et la guemara illustre par un récit : Rav est envoyé inspecter un pressoir, le juge d’abord assez lisse pour un simple essuyage, puis aperçoit dessous une fissure pleine de vin :

« חֲזָא פִּילָא מִתּוּתֵיהּ וַחֲזָא דַּהֲוָה מְלֵא חַמְרָא, אֲמַר: הָא לָא סַגִּי לַהּ בְּנִיגּוּב אֶלָּא בְּקִילּוּף » — עבודה זרה ע״ד ע״ב

La baraita explique le statut particulier du pressoir, à mi-chemin entre l’ustensile ordinaire et le récipient de conservation :

« הַגַּת וְהַמַּחַץ וְהַמַּשְׁפֵּךְ שֶׁל גּוֹיִם, רַבִּי מַתִּיר בְּנִיגּוּב, וַחֲכָמִים אוֹסְרִין. וּמוֹדֶה רַבִּי בְּקַנְקַנִּים שֶׁל גּוֹיִם שֶׁהֵן אֲסוּרִין. וּמָה הֶפְרֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה? זֶה מַכְנִיסוֹ בְּקִיּוּם, וְזֶה אֵין מַכְנִיסוֹ בְּקִיּוּם » — עבודה זרה ע״ד ע״ב

C’est de cette baraita que le Taz tirera, au tout début de son commentaire, la clé de la sévérité du siman : le pressoir n’est pas un récipient de conservation, mais le vin y séjourne tout le temps de la vendange, et on le traite donc presque comme tel.

Qu’est-ce que le ניגוב, concrètement ? La guemara le demande :

« בַּמֶּה מְנַגְּבָן? רַב אָמַר: בְּמַיִם, רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר: בְּאֵפֶר » — עבודה זרה ע״ד ע״ב

Et elle répond que les deux maîtres ne se contredisent pas — l’un parle d’un ustensile humide, l’autre d’un ustensile sec :

« רַב אָמַר: בְּמַיִם, וְהוּא הַדִּין לְאֵפֶר. רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר: לְאֵפֶר, וְהוּא הַדִּין לְמַיִם, וְלָא פְּלִיגִי — הָא בְּרַטִּיבְתָּא, הָא בְּיַבִּשְׁתָּא » — עבודה זרה ע״ה ע״א

Puis elle compte les passages. La version de Poumbedita donne quatre et cinq — c’est exactement le compte du seif 10 :

« בֵּי רַב אָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: תְּלָת אַרְבַּע, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אַרְבַּע חָמֵשׁ » — עבודה זרה ע״ה ע״א

Les paniers et les cordages viennent d’une baraita citée par Rabbi Abahou :

« הַדַּפִּין וְהָעֲדָשִׁין וְהַלּוּלָבִין מַדִּיחָן, וְהָעֲקָלִין שֶׁל נְצָרִין וְשֶׁל בִּצְבּוּץ מְנַגְּבָן, וְשֶׁל שִׁיפָה וְשֶׁל גֶּמִי מְיַשְּׁנָן שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ » — עבודה זרה ע״ה ע״א

Et les moyens de les purifier immédiatement :

« רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: הָרוֹצֶה לְטַהֲרָן מִיָּד, מַגְעִילָן בְּרוֹתְחִין, אוֹ חוֹלְטָן בְּמֵי זֵיתִים » — עבודה זרה ע״ה ע״א
« רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מַנִּיחָן תַּחַת צִינּוֹר שֶׁמֵּימָיו מְקַלְּחִין, אוֹ בְּמַעְיָן שֶׁמֵּימָיו רוֹדְפִין. וְכַמָּה? עוֹנָה » — עבודה זרה ע״ה ע״א

La guemara demande combien de temps : עונה. Le Rambam traduit cette mesure en heures, et c’est sa formulation que le Mehaber reprend mot pour mot au seif 6 :

« וְאִם רָצָה לְטַהֲרָן מִיָּד מַגְעִילָן בְּרוֹתְחִין אוֹ חוֹלְטָן בְּמֵי זֵיתִים אוֹ מַנִּיחָן תַּחַת צִנּוֹר שֶׁמֵּימָיו מְקֻלָּחִין אוֹ בְּמַעְיָן שֶׁמֵּימָיו רוֹדְפִין שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁעוֹת וְאַחַר כָּךְ יֻתְּרוּ » — רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״א הלכה כ״ד

Enfin, la chausse et les corbeilles, avec la mention des nœuds qui deviendra le seif 9 :

« הָנֵי רְוָוקֵי דַּאֲרַמָּאֵי דְּמַזְיָא — מַדִּיחָן, דְּעַמְרָא — מְנַגְּבָן, דְּכִיתָּנָא — מְיַשְּׁנָן, וְאִי אִיכָּא קִטְרֵי — שָׁרֵי לְהוּ » — עבודה זרה ע״ה ע״א

3. Les concepts-clés — l’échelle des sept hekhcherim

Le siman ne connaît pas “kachériser” au singulier. Il connaît sept opérations distinctes, rangées de la plus légère à la plus lourde. Savoir lire le siman, c’est savoir à quel barreau de cette échelle chaque ustensile se trouve.

L’échelle des sept hekhcherim

1. הדחה — Un simple rinçage à l’eau froide. C’est le degré le plus léger : il n’enlève rien de ce qui est absorbé, il emporte seulement ce qui reste en surface. Le Mehaber s’en contente pour la poutre et les planches (seif 5), pour la chausse de poil (seif 7), pour les corbeilles cousues de cordes (seif 8) et pour un pressoir non enduit dont le premier usage a été fait par un Juif (seif 1).
2. ניגוב — Le récurage alterné à la cendre et à l’eau, décrit en détail au seif 10. La cendre décape la paroi, l’eau emporte ce qu’elle a détaché, et l’on recommence. Quatre passages si l’ustensile est encore humide, cinq s’il est sec. C’est le degré de référence du siman : la plupart des autres règles se définissent par rapport à lui.
3. קליפה — Le pelage de la poix. On ne kachérise pas la poix : on l’enlève. Elle est le principal réservoir du vin absorbé, et c’est pourquoi le pelage doit toujours être suivi d’un ניגוב — le pelage ôte la couche, l’essuyage traite la paroi qui était dessous.
4. מילוי ועירוי — On remplit l’ustensile d’eau, on l’y laisse, on vide, et l’on recommence — trois fois, sur trois jours entiers, comme le rappelle le Chakh en renvoyant au siman 135. L’eau qui stagne fait ressortir ce que le frottement ne peut pas atteindre. C’est le hekhcher propre à la terre cuite.
5. הגעלה — L’ébouillantage. Pour un ustensile mobile, on le plonge dans l’eau bouillante ; pour un pressoir maçonné, on ne peut pas — et c’est là qu’intervient le seif 3, qui permet d’ébouillanter par déversement, en versant l’eau bouillante d’un récipient primaire sur la paroi.
6. יישון י״ב חדש — Laisser l’ustensile inutilisé douze mois. Le temps fait ce que ni la cendre ni l’eau bouillante ne font : le goût absorbé s’évente et devient inerte. C’est le recours des matières qu’on ne peut ni frotter ni ébouillanter — les cordages de שיפה et de גמי, la chausse de lin, les corbeilles cousues de lin.
7. הסקה בכבשן — Chauffer l’ustensile au four « jusqu’à ce que la poix se détache ». Le degré le plus lourd du siman, réservé à un pressoir de terre cuite enduit dans lequel un non-Juif a foulé. Le Chakh renvoie ici au siman 134.

Trois termes qu’il faut avoir en main

משקה טופח — Un liquide qui mouille, c’est-à-dire assez humide pour transmettre le contact. Tant qu’il en reste sur la paroi, le toucher du non-Juif atteint le vin lui-même, et de là l’ustensile. Le Chakh précise au nom du Rachba qu’il s’agit d’un liquide mouillant au point d’en mouiller un autre.
זפת — La poix dont on enduisait cuves et jarres pour les rendre étanches. Elle est le vrai sujet du seif 1 : elle absorbe plus que la paroi qu’elle protège, elle se fend sous le poids du fouleur, et elle se pèle. Le moment de l’enduction est décisif — le Chakh explique que du vin versé pendant l’enduction ne compte pas comme absorbé, car il se mêle à la poix encore molle.
מכניסו לקיום — Un récipient où l’on garde le vin durablement, par opposition à celui qui ne fait que le recevoir un moment. La baraita d’Avoda Zara oppose les deux, et range le pressoir du côté des seconds — mais le Taz montre que le siman le traite presque comme les premiers.

4. Le tableau récapitulatif — la grille du seif 1

Tableau A — la grille du seif 1, matière par matière

MatièreNon enduit — 1er usage par un JuifNon enduit — 1er usage par un non-JuifEnduit + vin à l’enduction, ou touché en משקה טופחEnduit + foulage
Pierre — אבןהדחהניגובניגובקליפה puis ניגוב · ou עירוי sans קליפה · ou יישון י״ב חדש
Bois — עץהדחהניגובקליפה et ניגוב · ou עירוי sans קליפהדין אחד להם — même régime que la colonne précédente
Bois avec étoupe de lin ou chiffons entre les planchesמילוי ועירוי · ou הגעלהמילוי ועירוי · ou הגעלה
Terre cuite — חרסניגובניגוב — et selon le Rama : עירוי s’il y a fouléמילוי ועירוי sans קליפה — ni le pelage ni l’essuyage ne suffisentקליפה + מילוי ועירוי · ou הגעלה sans קליפה · ou יישון י״ב חדש · ou הסקה בכבשן

Tableau B — les autres ustensiles (seifim 2 à 8)

UstensileSeifHekhcher exigé
Pressoir maçonné — briques, chaux, gypseב׳Comme la terre cuite — דינה כשל חרס
Grand cuvier, entonnoir, vase de mesure, puisoir (מחץ)ד׳Comme le pressoir — כולם דינם כגת
Poutre du pressoir, planches posées sur l’עביטה׳הדחה
עקלים de palme de dattier ou de chanvreו׳ניגוב
עקלים de שיפה, de גמי — et, selon le Rama, de roseauxו׳יישון י״ב חדש — ou, tout de suite : הגעלה, מי זיתים, ou eau courante 12 heures
Chausse à vin de poilז׳הדחה
Chausse à vin de laineז׳ניגוב
Chausse à vin de linז׳יישון י״ב חדש
Corbeilles de חלף et de palmes, cousues avec des cordesח׳הדחה
Les mêmes, à tressage serré (חיבור קשה)ח׳ניגוב
Les mêmes, cousues avec du linח׳יישון
Nappes sur lesquelles leur vin est tombé (Rama)ח׳הדחה — même pour du vin bouillant
Les deux tableaux se lisent ensemble. Le tableau A donne l’échelle ; le tableau B ne fait que rattacher chaque ustensile à un barreau. C’est pourquoi le Mehaber peut expédier neuf ustensiles en sept seifim : il a déjà tout dit au seif 1.

5. Le Taz et le Chakh — six entrées-clés

Taz ס״ק א — pourquoi le pressoir est traité si sévèrement

La question était inévitable : un pressoir n’est pas une jarre, on n’y garde pas le vin. Pourquoi lui imposer plus qu’à un ustensile ordinaire ? Le Taz répond en une phrase, au nom du Rachba :

« אע״ג דאין מכניסין לקיום בגת מ״מ הואיל ומשהין בו יין כל ימי הגיתות ותדיר בו יין דומה לכלי שמכניסין בו לקיום בזה דאסור אפילו לפי שעה » — ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק א

Sa réponse est une catégorie intermédiaire : le pressoir n’est pas un récipient de conservation, mais le vin y demeure toute la saison. Il est donc interdit même pour un usage passager — sans pour autant exiger l’עירוי de trois jours des vrais récipients de conservation. Tout le siman tient dans cet entre-deux.

Chakh ס״ק א — ce que veut dire “au moment de l’enduction”

Le Mehaber écrit que le non-Juif a mis du vin בשעת זפיתה. Le Chakh corrige l’impression :

« כלומר לאחר זפיתה אבל בזפיתה ה״ל כזורק מים לטיט » — ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק א

Il faut lire : après l’enduction. Car du vin jeté pendant l’enduction est comme de l’eau jetée dans l’argile — il se mêle à la matière encore molle au lieu d’être absorbé par elle. Une précision minuscule, qui décide pourtant si l’ustensile a bu ou non.

Taz ס״ק ד — pourquoi le foulage aggrave tout

Le foulage revient six fois dans le seif 1, et il fait toujours monter d’un cran. Le Taz en donne la raison physique, au nom de Rachi :

« פרש״י מפני כובד הדריכה נעשה בקעים בזפת » — ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק ד

Le poids du fouleur fend la poix : le vin ne reste plus à la surface, il entre dans les fissures. C’est aussi ce que raconte le récit de la guemara — Rav croit d’abord qu’un essuyage suffit, jusqu’à ce qu’il aperçoive la fente pleine de vin.

Taz ס״ק י — le grand cuvier, et le cas où même le rinçage est superflu

Le seif 4 range le grand cuvier avec le pressoir. Le Taz demande de quel cuvier il s’agit :

« פירוש שיש שם ברזא שמושכין משם יין צלול אבל באין שם ברזא אין שם יין צלול כלל ואפי׳ הדחה אין צריכין » — ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק י

Il ne s’agit que d’un cuvier muni d’un robinet, d’où l’on tire du vin clair. Là où il n’y a pas de robinet, il n’y a pas de vin clair du tout — et le Taz conclut que même un rinçage n’y est pas requis. Un cuvier sans soutirage ne reçoit que du moût et de la rafle, non du vin.

Taz ס״ק י״א — la pipette, et l’avertissement le plus sévère du siman

Le vase de mesure du seif 4 entraîne, selon le Taz, un ustensile que le Mehaber ne nomme pas :

« נראה לי שבכלל זה גם המינקת שקורין היב״ר של עובד כוכבים שצריך הכשר גדול וק״ו הוא מכלי המדה כיון שהיין מתאסף בעקמומיתו לא תועיל לו הדחה ויש למחות ביד המקילים » — ט״ז יו״ד קל״ח ס״ק י״א

C’est le seul endroit du siman où un commentateur emploie la formule ויש למחות ביד המקילים — “il faut protester contre ceux qui sont indulgents”. La raison est mécanique : le vin s’amasse dans la courbure du tube et n’en sort pas au rinçage. C’est le passage du siman qui parle le plus directement aux installations d’aujourd’hui.

Chakh ס״ק ד — tout ce seif est un לכתחילה

Voici la remarque qui change la portée de tout le siman :

« ודע שכל הכשר שבסעיף זה היינו לכתחלה אבל אם עבר ודרך בגת או בכלי הגת שלא הוכשר מותר בדיעבד דיש ס׳ וכדלעיל סימן קל״ז סעיף ב׳ » — ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ד

Les sept degrés de hekhcher disent ce qu’il faut faire avant de se servir de l’ustensile. Si l’on a passé outre et qu’on a foulé dans un pressoir non kachérisé, le vin reste permis a posteriori, parce qu’il y a soixante fois plus de vin que d’absorbé — le Chakh renvoie au siman 137. Il ajoute cependant une réserve : un pressoir très large et peu profond peut ne pas atteindre les soixante. Le niveau 4 reprend ce point en détail.

Chakh ס״ק ז — l’eau courante vaut aussi pour le pressoir

Le seif 6 offre aux cordages une purification immédiate sous une eau qui court. Le Chakh l’étend :

« וה״ה לגת וכל כליה מהני הכשר זה ודוקא שסלק השולים שאז המים מקלחים ורודפים מעבר לעבר » — ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק ז

Le même moyen vaut pour le pressoir et pour tous ses ustensiles — à une condition : qu’on ait retiré le fond, pour que l’eau traverse réellement d’un bord à l’autre. Une eau qui stagne au fond d’une cuve n’est pas une eau qui court.

Baer Hetev ס״ק ו — le Ba’h contre le Mehaber sur le bois

À la toute fin du seif 1, le Mehaber permet un simple rinçage pour un pressoir non enduit, de bois ou de pierre, dont le premier usage a été fait par un Juif. Le Baer Hetev signale que ce n’est pas l’avis de tous :

« והב״ח חולק על המחבר וס״ל דבשל עץ נמי בעי ניגוב אבל הט״ז כתב דדברי המחבר הם עיקר ונכונים ע״ש » — באר היטב יו״ד קל״ח ס״ק ו

Le Ba’h exige un ניגוב même pour le bois ; le Taz défend le Mehaber et conclut que ses paroles sont justes. C’est la seule divergence pratique du seif 1, et le Baer Hetev — qui tranche parfois là où le Chakh laisse un doute — se range ici derrière le Taz.

6. Les gloses du Rama (הגה) et les gloses explicatives

Le Rama n’intervient que trois fois dans ce siman, et chaque fois pour ajouter une rigueur ou une indulgence que la pratique achkénaze imposait.

Première glose, au seif 1 — sur le pressoir non enduit dont le premier usage a été fait par un non-Juif :

« ובשל חרס עירוי אם דרך בה » — רמ״א יו״ד קל״ח:א

Le Mehaber demandait un ניגוב. Le Rama, au nom du Tour, distingue : pour la terre cuite, s’il y a foulé, il faut un עירוי. La terre cuite reste la terre cuite, même sans poix.

Deuxième glose, au seif 6 — sur les cordages :

« ויש להחמיר בשל קנים כמו בשל שיפה וגמי » — רמ״א יו״ד קל״ח:ו

Le Mehaber n’avait nommé, pour le vieillissement de douze mois, que la שיפה et le גמי. Le Rama y ajoute, au nom du Semag, les cordages de roseaux : dans son pays, c’est de cela qu’on se servait.

Troisième glose, au seif 8 — et c’est la plus utile de toutes :

« מפות שלנו שנפל עליהם יינם סגי להו בהדחה אפילו נפל עליהם יין רותח » — רמ״א יו״ד קל״ח:ח

Voilà la seule ligne du siman qui parle d’un accident domestique et non d’un chai. Le vin d’un non-Juif est tombé sur une nappe : un rinçage suffit, même s’il était bouillant. Le Chakh nuance aussitôt :

« משמע בהדחת צונן וכן הוא בהג״א ומרדכי שם » — ש״ך יו״ד קל״ח ס״ק י

Il s’agit d’un rinçage à froid, comme il ressort du Mordekhi et des Hagahot Acheri ; mais du Roch il ressort qu’il n’est permis qu’avec le lavage habituel — plusieurs lessives, à la cendre et à l’eau chaude dans un récipient secondaire. Le Chakh concilie : la distinction porte sur ce qui adhère au tissu et ce qui n’y adhère pas.

Les gloses explicatives. Quatre parenthèses du texte imprimé ne sont pas des gloses du Rama mais des explications de vocabulaire, qui traduisent des mots devenus obscurs :

SeifMotCe que la glose en dit
ב׳גפסיםune matière plus blanche que la chaux — le gypse
ה׳עביטun grand récipient
ו׳עקליםdes corbeilles tressées en forme de filet, que l’on enroule autour de la cuve
ח׳חלףune espèce d’herbe dont on fait nattes et cordes
Une cinquième parenthèse, au seif 6, n’explique pas un mot : elle nomme une source. Après « il les ébouillante dans de l’eau bouillante ou les échaude dans de l’eau d’olives », le texte imprimé porte (דעת הרמב״ם). Et c’est exact au mot près : c’est bien le Rambam qui, au chapitre 11 des Maakhalot Assourot, donne ces trois moyens et convertit le עונה de la guemara en douze heures — la formule même que le Mehaber recopie.

7. Cas pratiques modernes

Cas 1 — La cuve en acier inoxydable d’une cave qui n’est pas surveillée

Le siman nomme trois matières : la pierre, le bois et la terre cuite. Il ne nomme pas le métal — et c’est un fait qu’il faut dire au lieu de le combler. La cuve inox n’a pas de poix, ne se pèle pas, et ne se fend pas sous le poids d’un fouleur. Les deux questions du siman restent pourtant posées telles quelles : le vin y a-t-il séjourné, et le premier usage était-il celui d’un non-Juif ? Pour la voie de kachérisation elle-même, le siman fournit un principe transposable : le Taz enseigne au ס״ק ז que là où l’ébouillantage s’applique, il vaut mieux que le déversement. Le régime exact d’une cuve métallique relève cependant du siman 135 et de la décision d’un Rav.

Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.

Cas 2 — La barrique de chêne rachetée à un producteur non-Juif

Le bois est bien dans le siman — mais une barrique n’est pas un pressoir. Le pressoir reçoit le vin le temps de la vendange ; la barrique le garde, et c’est exactement la ligne que la baraita d’Avoda Zara trace entre מכניסו לקיום et ce qui ne l’est pas. Le Taz le rappelle dès son premier mot : si l’on n’exige pas du pressoir l’עירוי de trois jours, c’est précisément parce qu’il n’est pas un récipient de conservation. Une barrique en est un, et relève donc du siman 135, plus sévère.

Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.

Cas 3 — La cuve en béton, et le seif 2

Le seif 2 est le seul du siman qui vise directement une construction moderne, et il le fait sans le savoir : un pressoir bâti de briques, ou de chaux et de gypse, a la loi de la terre cuite — le degré le plus sévère de la grille. Une cuve de béton, de ciment ou d’enduit minéral tombe très naturellement dans cette description. Elle ne peut donc pas se contenter d’un essuyage, et c’est le seif 3 qui la sauve : l’ébouillantage par déversement, puisqu’on ne peut plonger une cuve nulle part.

Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.

Cas 4 — Les tuyaux, la pompe et le siphon

C’est le cas où le siman parle le plus directement d’aujourd’hui, et par la voix la plus ferme. Le Taz, au ס״ק י״א, ajoute au vase de mesure du seif 4 la מינקת — le tube dont on se sert pour transvaser — et il exige pour elle un hekhcher important, a fortiori par rapport au vase de mesure, parce que le vin s’amasse dans la courbure et n’en sort pas au rinçage. Une conduite souple, un coude de pompe, un raccord : ce sont exactement des courbures où le liquide stagne.

Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.

Cas 5 — Le filtre et la chausse

Les seifim 7 et 8 traitent trois matières filtrantes et leur donnent trois régimes différents — poil, laine, lin — et le critère est explicite : בולעים יותר, ce qui absorbe davantage. Le poil n’absorbe presque pas, la laine absorbe, le lin absorbe au point qu’il n’y a plus que le temps. Un filtre d’aujourd’hui — plaque de cellulose, membrane, toile synthétique — ne figure évidemment pas dans cette liste ; mais la question que le siman lui pose est parfaitement claire : de laquelle des trois se rapproche-t-il ?

Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.

Cas 6 — Du vin renversé sur une nappe

C’est le cas le plus domestique du siman, et le Rama y est indulgent : un rinçage suffit, même si le vin était bouillant. Le Chakh précise que ce rinçage est un rinçage à froid, et rappelle qu’il ressort du Roch une exigence plus lourde — le lavage habituel, à la cendre et à l’eau chaude — pour ce qui adhère au tissu. Entre la tache sèche et la tache incrustée, la différence n’est pas de sévérité : c’est la même question qu’au seif 1, celle de savoir si la matière a bu.

Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.

8. Synthèse du Siman 138

Tableau-mémoire — les 11 seifim en une ligne chacun

SeifCe qu’il dit
אLe pressoir, matière par matière : ce que la poix, le foulage et le premier usage changent.
בUn pressoir maçonné — briques, chaux, gypse — a la loi de la terre cuite.
גL’ébouillantage par déversement remplace l’essuyage, et ne lui est pas inférieur.
דCuvier, entonnoir, vase de mesure et puisoir suivent la loi du pressoir.
הLa poutre et les planches : un rinçage, car le vin n’y séjourne pas.
וLes cordages : essuyage, ou douze mois — ou quatre voies de purification immédiate.
זLa chausse à vin : poil → rinçage, laine → essuyage, lin → douze mois.
חLes corbeilles filtrantes selon leur assemblage — et les nappes du Rama.
טLes nœuds : à défaire pour l’essuyage, non pour l’עירוי ni pour le vieillissement.
יL’essuyage en détail : humide → cendre d’abord ; sec → eau d’abord.
י״אOn balaie le pressoir comme d’habitude ; on n’oblige pas à ramasser les pépins.

Questions de compréhension

  1. Quelles sont les trois variables qui commandent, à elles seules, tout le seif 1 ?
  2. Pourquoi le Mehaber range-t-il la pierre, le bois et la terre cuite dans cet ordre précis ?
  3. Que change le foulage, et quelle raison physique le Taz en donne-t-il au nom de Rachi ?
  4. Le Mehaber écrit que le non-Juif a mis du vin « au moment de l’enduction ». Comment le Chakh corrige-t-il cette lecture, et pourquoi la correction est-elle décisive ?
  5. Pourquoi le seif 3 était-il indispensable pour que le siman soit applicable ?
  6. Pourquoi la poutre du seif 5 se contente-t-elle d’un rinçage, alors que le cuvier du seif 4 suit la loi du pressoir ?
  7. Quelle est la différence de mécanique entre le ניגוב et le מילוי ועירוי — et comment explique-t-elle la règle des nœuds au seif 9 ?
  8. Pourquoi l’ordre des opérations n’est-il pas le même pour un ustensile humide et pour un ustensile sec ?
  9. Selon le Chakh au ס״ק ד, que devient le vin si l’on a foulé dans un pressoir non kachérisé — et quelle réserve ajoute-t-il ?
  10. Quel est le seul ustensile pour lequel un commentateur écrit qu’il faut protester contre les indulgents, et pourquoi ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :

Le Pit’hei Techouva ne commente pas ce siman ; l’Aroukh HaChoul’han ne nous est pas accessible ici.

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן קל״ח · Niveau 1 — Initiation
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