Le Siman 140 tient en un seul seif — le Choulhan Aroukh l’annonce lui-même :
ובו סעיף אחד. Un objet idolâtre s’est mêlé à d’autres objets permis, et l’on ne sait plus
lequel c’est. La règle ordinaire des mélanges — un interdit s’annule dans la majorité — ne s’applique pas :
l’idole interdit en quelque quantité que ce soit. Le siman dit ensuite, avec précision, les deux
cas où le mélange se libère malgré tout.
Sujet : L’idole, ses accessoires et ses offrandes mêlés à des objets permis — אוסרים בכל שהוא, ספק ספיקא, נפל לים, שנים שנים Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״מ
Compilation : הרב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l’étude
1.Le texte du Mehaber : le seif unique
2.Contexte : la michna d’Avoda Zara, la bague de Zeva’him (זבחים ע״ד ע״א), le Tour et le Beit Yossef
3.Les concepts-clés : אוסרים בכל שהוא, תערובת ראשון ושני, ספק ספיקא, נאבד מן העולם, שנים שנים
4.Le tableau récapitulatif : les quatre situations du seif
5.Le Chakh (2 ס״ק), le Taz (1 ס״ק) et le Baer Hetev (1 ס״ק) — l’appareil complet
6.Le Rambam et le second avis : une bague à la mer, ou deux
7.Cas pratiques modernes
8.Synthèse et questions de compréhension
1. Le texte du Mehaber — le seif unique
Le siman se lit en quatre mouvements. (1) Le principe : l’idole, ses accessoires et ses
offrandes interdisent le mélange en quelque quantité que ce soit. (2) Première voie de sortie :
un objet du premier mélange tombé dans un second, puis un objet de ce second dans un troisième — le troisième
est permis. (3) Seconde voie : un objet du premier mélange a disparu du monde — le reste est
permis, deux par deux, sans qu’un même homme profite de tout. (4) Un second avis exige que
deux objets aient disparu.
Seif unique — l’idole mêlée, et les deux voies de sortie
דין תקרובת עבודת כוכבים שנתערב. ובו סעיף אחד: אלילים ומשמשיה ותקרובתה אוסרים בכל שהוא שאם נתערב אחר מהם אפי׳ באלף כולן אסורו׳ ואם א׳ מהתערובו׳ הראשון נתערב בשנים אחרים ונפל מהג׳ אחד לב׳ אחרים הרי אלו האחרים מותרים וכן אם אחד מהתערובות הראשון נפל לים או נשרף בענין שנאבד מהעולם כל הנשארים מותרים ליהנות בהם שנים שנים ביחד אבל לא האחד לבדו ובלבד שלא יהנה אדם אחד מכולם ויש מי שאוסר אלא אם כן נפלו שתים לים הגדול או נשרפים (וע״ל סימן ק״י):
Titre du siman :le statut d’une offrande idolâtre qui s’est mêlée ; et il comporte un seul seif.
Les idoles, leurs accessoires et leurs offrandes interdisent en quelque quantité que ce soit : si l’un d’eux s’est mêlé à d’autres, fût-ce à mille, tous sont interdits.
Et si l’un des objets du premier mélange s’est mêlé à deux autres, et que de ces trois l’un est tombé dans deux autres, ces derniers sont permis.
De même, si l’un des objets du premier mélange est tombé à la mer ou a brûlé, de sorte qu’il a disparu du monde, tous ceux qui restent sont permis au profit, deux par deux ensemble, mais non un seul isolément ; pourvu qu’un même homme ne tire pas profit de tous.
Et il y a qui interdit, à moins que deux ne soient tombés dans la Grande Mer ou n’aient brûlé (et voir plus haut, siman 110).
Ce qui est nouveau ici, c’est ce qui manque. Partout ailleurs en Yoreh De’ah, un interdit mêlé à
des objets permis finit par s’annuler — dans la majorité, dans soixante. L’idole, non : elle est du petit nombre
des choses qui אוסרים בכל שהוא. Le siman ne cherche donc pas combien il faut de
permis pour annuler l’interdit ; il cherche à quel moment on a le droit de dire que l’objet interdit
n’est plus là.
Les deux voies du seif reposent sur la même idée : un doute redoublé
(ספק ספיקא). Dans le troisième mélange, on doute déjà que l’interdit ait quitté le premier,
et l’on doute encore qu’il ait quitté le second. Quand un objet a disparu du monde, on dit : c’était peut-être lui —
et chaque paire qui reste contient à coup sûr au moins un objet permis.
2. Contexte — la michna, la bague, et le Tour
Le principe vient de la michna qui clôt le traité Avoda Zara. Elle dresse la liste des interdits qui ne
s’annulent jamais, et l’idole y figure en deuxième position :
résumé : Rav Na’hman dit au nom de Rabba bar Avouha au nom de Rav — une bague idolâtre qui s’est mêlée à cent bagues, et l’une d’elles est tombée dans la Grande Mer : toutes sont permises, car nous disons que celle qui est tombée, c’est l’interdite.
La logique n’est pas une preuve, c’est une présomption. Rien ne dit que la bague tombée était
la mauvaise. Mais puisque l’interdit était déjà noyé dans une majorité, un doute supplémentaire suffit à
l’écarter — c’est ce qu’on appelle un ספק ספיקא. Et parce que ce n’est qu’une
présomption, la guemara y attache une réserve, que le seif reprend mot pour mot :
résumé : mais Rabbi Elazar n’a-t-il pas dit que Rabbi Eliezer n’a permis que deux par deux, et non un par un ? — Il lui répondit : c’est bien de deux que je parle.
Face à Rav, Chmouel refuse tout allègement en matière d’idolâtrie :
résumé : un doute d’idolâtrie est interdit, un doute redoublé est permis. Comment ? Une coupe idolâtre tombée dans un entrepôt plein de coupes — toutes sont interdites ; l’une d’elles s’en est détachée vers dix mille autres, et de ces dix mille vers dix mille autres — celles-ci sont permises.
Le Tour énonce la règle en la rattachant expressément au droit commun des interdits :
« האליל ומשמשיה ותקרובתה אסורין בכל שהוא כגון כוס או טבעת או צורה של אליל שנתערבו אפילו באלף כולן אסורות » (טור יו״ד ק״מ)
« אבל ספק ספיקא מותר כמו בשאר איסורין » (טור יו״ד ק״מ)
« לפיכך אם אחד מתערובות הראשון נתערב בב׳ אחרים מותרין » (טור יו״ד ק״מ)
résumé : l’idole, ses accessoires et ses offrandes sont interdits en quelque quantité que ce soit — ainsi une coupe, une bague ou une figure idolâtre mêlées même à mille, toutes sont interdites ; mais un doute redoublé est permis comme pour les autres interdits ; c’est pourquoi si l’un des objets du premier mélange s’est mêlé à deux autres, ceux-ci sont permis.
Relis bien la dernière phrase du Tour : il permet dès le second mélange. Le Mehaber, lui,
n’a permis que le troisième. C’est la seule vraie divergence du siman, et c’est le Chakh qui la relève au ס״ק ב.
Le Beit Yossef pose trois bornes que le seif suppose sans les écrire :
« ופסקו הפוסקים כרב דהלכתא כוותיה באיסורי » (בית יוסף יו״ד ק״מ)
« דהיינו דוקא כשמיעוט התערובות הראשון נתערב עם אחרים אבל אם רוב התערובות הראשון נתערב עם אחרים אין זה ספק ספיקא ולפיכך כולם אסורים » (בית יוסף יו״ד ק״מ)
« ונתבאר שם עוד דהא דתלינן להקל בספק ספיקא דוקא כשתערובות הראשון מותר מן התורה כגון שנתבטל ברוב » (בית יוסף יו״ד ק״מ)
résumé : les décisionnaires ont tranché comme Rav, car la halakha le suit en matière d’interdits ; et cela seulement quand c’est une minorité du premier mélange qui s’est mêlée à d’autres — si c’est la majorité, il n’y a plus de doute redoublé et tout est interdit ; et l’on ne s’appuie sur le doute redoublé que si le premier mélange était permis d’après la Torah, par exemple parce que l’interdit y était annulé dans la majorité.
Pourquoi l’idole ne s’annule-t-elle pas ? Parce que la michna la range parmi les choses qui interdisent en quelque quantité que ce soit.
Alors comment un mélange peut-il jamais redevenir permis ? Par un doute redoublé — non par une annulation.
Pourquoi “deux par deux” ? Parce que la présomption est fragile : on ne l’applique qu’à condition qu’il y ait, dans chaque paire, un objet permis à coup sûr.
Une bague tombée, ou deux ? C’est la lecture du Rambam contre celle du Tour — et le Mehaber rapporte les deux.
3. Les concepts-clés de ce siman
אוֹסְרִים בְּכָל שֶׁהוּא — ils interdisent en quelque quantité que ce soit.
L’objet interdit ne s’annule dans aucune majorité, si grande soit-elle. C’est le régime de l’idole, de ses accessoires,
de ses offrandes — et, selon le Chakh, de ses ornements (נויה).
תַּעֲרוֹבֶת רִאשׁוֹן · שֵׁנִי · שְׁלִישִׁי — premier, deuxième, troisième mélange.
Le premier contient à coup sûr l’objet interdit. Le deuxième reçoit un objet du premier — peut-être le bon.
Le troisième reçoit un objet du deuxième. Le Mehaber permet le troisième ; le Tour, le Rambam et le Chakh permettent déjà le deuxième.
סְפֵק סְפֵיקָא — le doute redoublé. Deux incertitudes indépendantes qui, mises
bout à bout, rendent l’interdit assez improbable pour qu’on le néglige. Le Tour insiste : ce mécanisme vaut pour l’idole
comme pour les autres interdits — contre l’avis de Chmouel.
נֶאֱבַד מִן הָעוֹלָם — disparu du monde. Tombé à la mer, brûlé : un objet
qui ne reviendra jamais. C’est ce qui permet de dire הך דנפל היינו דאיסורא — celui qui est
tombé, c’était l’interdit. Un objet simplement perdu ou vendu ne suffit pas.
שְׁנַיִם שְׁנַיִם — deux par deux. La condition de Rabbi Eliezer, reprise par
Rav Na’hman et par le seif : on ne profite des objets restants qu’en paires, jamais d’un objet isolé, et jamais un seul
homme de tous — le siman 110 seif 7 en donne le motif : dans chaque paire, l’un des deux est certainement permis.
4. Le tableau récapitulatif — les quatre situations du seif
Situation
Ce que dit le seif
Pourquoi
Un objet idolâtre mêlé à mille
כולן אסורו׳
L’idole ne s’annule pas
Un objet du 1er mélange dans deux autres, puis un des trois dans deux autres
הרי אלו האחרים מותרים
Doute redoublé
Un objet du 1er mélange tombé à la mer ou brûlé
כל הנשארים מותרים … שנים שנים
On présume que c’était l’interdit — par paires seulement, et pas tout à un seul
Selon le second avis
אלא אם כן נפלו שתים
Le Rambam lit la guemara autrement
Deux voies, une seule idée. Que l’objet interdit ait été dilué par un second passage, ou
qu’il ait peut-être disparu, dans les deux cas on ne l’annule pas — on cesse de savoir où il est. C’est
pourquoi les deux voies portent les mêmes réserves : minorité seulement, et premier mélange permis d’après la Torah.
5. Le Chakh, le Taz et le Baer Hetev
L’appareil de ce siman est bref, et il est intégralement présenté ici : le Chakh compte deux ס״ק,
le Taz un, le Baer Hetev un. Le Pit’hei Techouva ne commente pas ce siman,
et il n’y a pas de Nekoudot HaKessef sur lui.
Le Chakh — deux entrées
ס״ק א — les accessoires, et les ornements
« ונויה » (ש״ך יו״ד ק״מ ס״ק א)
résumé : “ses accessoires” — et ses ornements. Le Chakh élargit d’un mot : ce qui pare l’idole suit le régime de ce qui la sert.
ס״ק ב — le deuxième mélange est permis
« מותרים כ״כ הטור וכ״כ הרמב״ם פ״ז מהל׳ עבודת כוכבים והמחבר שלא התיר אלא התערובות הג׳ אזיל לטעמיה שבכסף משנה שם האריך להקשות ממ״ש הרמב״ם פרק ט״ז מהל׳ מ״א גבי רמוני בדן ושאר דברים החשובים דלא שרו אלא התערובת ג׳ והבין שדבריו סותרין זא״ז » (ש״ך יו״ד ק״מ ס״ק ב)
résumé : ils sont permis — ainsi le Tour, ainsi le Rambam au chapitre 7 des lois sur l’idolâtrie. Et le Mehaber, qui n’a permis que le troisième mélange, suit sa propre voie : dans le Kessef Michné, il a longuement objecté à partir de ce que le Rambam écrit au chapitre 16 des lois sur les aliments interdits, à propos des grenades de Badan et des autres objets importants, qui ne sont permis qu’au troisième mélange — et il a compris que ses propos se contredisaient.
« ולעיל סימן ק״י ס״ח בדברים החשובים פסק המחבר דלא שרי אלא התערובות הג׳ ולזה אסר גם כאן התערובות השני » (ש״ך יו״ד ק״מ ס״ק ב)
« אבל כבר כתבתי לעיל סימן ק״י ס״ק נ״א דדברי הרמב״ם הם ברורים ואינם סותרים זה את זה כלל ובכאן שרי התערובות השני לכ״ע » (ש״ך יו״ד ק״מ ס״ק ב)
résumé : et plus haut, au siman 110 seif 8, pour les objets importants, le Mehaber a tranché que seul le troisième mélange est permis — c’est pourquoi il a interdit ici aussi le deuxième. Mais j’ai déjà écrit au siman 110 ס״ק נ״א que les propos du Rambam sont clairs et ne se contredisent nullement ; et ici, le deuxième mélange est permis de l’avis de tous.
Le point de tout le siman. Le Mehaber a aligné l’idole sur les “objets importants” du siman 110, où il
exige un troisième mélange. Le Chakh sépare les deux : pour l’idole, le Rambam lui-même permet dès le second mélange,
et la contradiction que le Kessef Michné croyait voir n’existe pas. Verdict : שרי התערובות השני לכ״ע.
Le Taz — une entrée
ס״ק א — tout est au siman 110
« זה נתבאר סי׳ ק״י ס״ח גם מה שכתוב כאן שאסור להנות לאחד מכולם נתבאר שם » (ט״ז יו״ד ק״מ ס״ק א)
résumé : ceci a été expliqué au siman 110 seif 8 ; de même ce qui est écrit ici — qu’il est interdit à un seul de profiter de tous — y a été expliqué.
Le Taz renvoie donc au siman des objets importants. On y lit, pour le troisième mélange :
« דבר שאינו בטל מחמת חשיבותו שנתערב באחרים ונפל מהתערובות הזאת אחד לשנים אחרים ונפל מן השלשה אחד לשנים אחרים הרי אלו האחרים מותרים שהרי האחד של תערובות הראשונה בטל ברוב » (שו״ע יו״ד ק״י:ח)
résumé : un objet qui ne s’annule pas en raison de son importance, qui s’est mêlé à d’autres ; de ce mélange un est tombé dans deux autres, et des trois un est tombé dans deux autres — ces derniers sont permis, car l’objet du premier mélange est annulé dans la majorité.
Et, pour la règle des paires et la glose du Rama qui la complète :
« ודוקא כשאוכל הנשארות שתים שתים ביחד דממה נפשך איכא חדא דהיתרא אבל לאוכלם אחת אחת אסור » (שו״ע יו״ד ק״י:ז)
« ואפילו לאכלם שתים שתים אסור לאדם אחד לאכול את כולם » (שו״ע יו״ד ק״י:ז)
résumé : et cela seulement s’il mange les restantes deux par deux ensemble — car de toute façon l’une des deux est permise — mais les manger une par une est interdit. Glose : et même deux par deux, il est interdit à un seul homme de les manger toutes.
Le Baer Hetev — une entrée
« כ׳ הש״ך דהמחבר לטעמיה אזיל דס״ל בסי׳ ק״י דלא שרי אלא תערובות הג׳ אבל כבר כתבתי שם דבכאן שרי התערובות השני לכ״ע » (באר היטב יו״ד ק״מ ס״ק א)
résumé : le Chakh a écrit que le Mehaber suit sa propre voie, tenant au siman 110 que seul le troisième mélange est permis ; mais j’ai déjà écrit là-bas qu’ici le deuxième mélange est permis de l’avis de tous.
6. Le Rambam et le second avis — une bague à la mer, ou deux
Le seif se ferme sur un ויש מי שאוסר : certains n’acceptent la seconde voie que si
deux objets ont disparu. Le Beit Yossef identifie cet avis : c’est le Rambam.
résumé : une bague idolâtre mêlée à plusieurs bagues, et deux d’entre elles sont tombées dans la Grande Mer — toutes sont permises, car je dis que cette bague-là était parmi les deux.
D’où vient ce “deux” ? De la réponse de Rav Na’hman lui-même — אנא תרתי קאמינא — que le
Rambam lit comme portant sur le nombre d’objets disparus, et non sur la manière de profiter du reste :
« משמע שהוא סובר דע״כ לא שרי רב נחמן אלא בנפלו שתים וכדאיתא בגמרא דאמר ר״נ אנא תרתי קאמינא » (בית יוסף יו״ד ק״מ)
« ולפ״ז הא דקאמר ונפלה אחת מהן לאו דוקא אחת דהא לא שרי אלא בנפלו שתים א״נ מאי אחת זוג אחת » (בית יוסף יו״ד ק״מ)
résumé : il ressort qu’il tient que Rav Na’hman n’a permis que si deux sont tombées, comme il est dit dans la guemara — Rav Na’hman a dit : c’est de deux que je parle. Et selon cela, “l’une d’elles est tombée” n’est pas à prendre à la lettre, puisqu’il ne permet que si deux sont tombées ; ou bien : que veut dire “une” ? — une paire.
Le Mehaber écrit d’abord la lecture du Tour (une seule bague tombée suffit, et l’on profite du reste deux par deux),
puis rapporte celle du Rambam comme second avis. Le seif ne tranche pas entre elles ; le niveau 4 dit ce qu’on en fait.
Le même chapitre du Rambam donne la voie du second mélange en une phrase, et c’est elle que le Chakh oppose au Mehaber :
« סְפֵק עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אָסוּר, סְפֵק סְפֵקָהּ מֻתָּר » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י׳)
« פֵּרַשׁ כּוֹס אֶחָד מִן הַתַּעֲרֹבֶת וְנָפַל לְכוֹסוֹת שְׁנַיִם הֲרֵי אֵלּוּ מֻתָּרִין » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י׳)
résumé : un doute d’idolâtrie est interdit, un doute redoublé est permis ; une coupe s’est détachée du mélange et est tombée dans deux coupes — celles-ci sont permises.
7. Cas pratiques modernes
Cas 1 — La statuette dans le lot
Un lot d’objets d’art acheté en bloc contient une figure qui fut adorée, et l’on ne sait plus laquelle après
déballage. Le seif est formel : le lot entier est interdit au profit, quelle que soit sa taille — l’idole ne s’annule pas.
Cas 2 — L’objet parti du lot
Un objet de ce lot a été mis dans un second lot, et de là un objet dans un troisième. Le troisième est permis selon le
Mehaber ; le second l’est déjà selon le Tour, le Rambam et le Chakh (ס״ק ב). Condition du Beit Yossef : c’est une
minorité du premier lot qui a bougé, non sa majorité.
Cas 3 — L’objet détruit
Un objet du lot a brûlé dans un incendie. Le reste est permis — à profiter deux par deux, jamais un seul isolément, et
jamais tout à une seule personne. Selon le Rambam, il faudrait que deux objets aient disparu ; le niveau 4 y revient.
Cas 4 — L’objet égaré
Un objet du lot a simplement été perdu, ou vendu à un inconnu. Ce n’est pas נאבד מן העולם :
il existe encore quelque part. La seconde voie ne s’ouvre pas.
8. Synthèse du Siman 140
En une phrase : l’idole ne s’annule jamais dans un mélange ; mais un doute redoublé — second passage,
ou disparition d’un objet — permet de dire que l’interdit n’est plus là, à condition d’en profiter par paires.
Tableau-mémoire
Ce que dit le siman
En hébreu
Retenir
Ce qui est visé
אלילים ומשמשיה ותקרובתה
Idole, accessoires, offrandes — et ornements (Chakh)
Le principe
אוסרים בכל שהוא
Jamais d’annulation, même dans mille
Première voie
ונפל מהג׳ אחד לב׳ אחרים
Troisième mélange selon le Mehaber — second selon le Chakh
Seconde voie
נפל לים או נשרף
L’objet disparu, c’était l’interdit
La réserve
שנים שנים ביחד
Par paires, et pas tout à un seul
Le second avis
אלא אם כן נפלו שתים
Le Rambam exige deux objets disparus
Questions de compréhension
Pourquoi le siman ne parle-t-il jamais de “soixante” ni de “majorité” pour libérer le mélange ?
Quelle est la différence entre la première voie (second passage) et la seconde (disparition) ? Qu’ont-elles en commun ?
Le Mehaber exige un troisième mélange ; le Chakh permet dès le deuxième. D’où vient la position du Mehaber, et pourquoi le Chakh la refuse-t-il ?
Que signifie אנא תרתי קאמינא selon le Tour, et selon le Rambam ?
Pourquoi un objet simplement perdu n’ouvre-t-il pas la seconde voie ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : la ḥakira du doute redoublé sur un interdit qui ne s’annule pas, Rav contre Chmouel, la ma’hloket Mehaber / Chakh sur le deuxième mélange, et la lecture de תרתי
✨ Niveau 3 — Synthèse : les tableaux, les règles d’or, la mnémonique et les pièges classiques
~ ~ ~ ~ ~ DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות סימן ק״מ · Niveau 1 — Initiation · דין תקרובת עבודת כוכבים שנתערב daattorah.com