✦ ❖ ✦
DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קס״ו — le prêteur, l’esclave et la cour de son débiteur

Trois seifim : ce qu’on ne fait pas, ce qui se récupère en justice, et ce qui se déduit de la dette
יורה דעה · סימן קס״ו
המלוה לחבירו לא יעשה מלאכה בעבדו ולא ידור בחצרו
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
✦ ❖ ✦

Le siman 166 tient en trois seifim — le Choulhan Aroukh l’annonce lui-même : ובו ג׳ סעיפים. Aucune somme n’y est ajoutée au capital. L’intérêt y prend la forme d’un travail que l’on fait faire, d’un logement que l’on n’acquitte pas, d’un loyer qu’on paie moins cher. C’est le siman qui montre que l’intérêt n’est pas une affaire d’argent, mais de bénéfice tiré du prêt.

Sujet : Le prêteur et les biens de son débiteur — le travail de l’esclave, l’habitation de la cour, le loyer sous-payé
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קס״ו

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les trois seifim, et les trois gloses du Rama
2. Le mécanisme : comment un intérêt passe sans qu’aucune somme ne change de main
3. Contexte : la michna de בבא מציעא ס״ד ע״ב, sa guemara, le Tour et le Beit Yossef
4. Les concepts-clés : רבית קצוצה, אבק רבית, חצר דלא קיימא לאגרא, גברא דלא עביד למיגר
5. Le tableau récapitulatif : les trois seifim, clause par clause
6. Le Chakh (13 ס״ק), le Taz (5), le Baer Hetev (7), le Pit’hei Techouva (3) et les Nekoudot HaKessef (2)
7. Le Rambam : הלכות מלווה ולווה, et non les הלכות עבודה זרה
8. Cas pratiques modernes, synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les trois seifim

Le siman se lit en trois temps, et l’ordre est celui d’une seule question qui se resserre. Le seif 1 dit ce qu’un prêteur ne fait pas, et ce qu’il en est s’il l’a déjà fait. Le seif 2 change une chose, une seule : le bénéfice a été dit. Le seif 3 ne parle plus de l’interdit mais de son issue judiciaire — ce que le tribunal reprend, et ce qu’il ne reprend pas.

Seif 1 — ce qu’un prêteur ne fait pas, et ce qu’il en est après coup

המלוה לחבירו לא יעשה מלאכה בעבדו ולא ידור בחצרו. ובו ג׳ סעיפים:
המלוה את חבירו לא יעשה מלאכה בעבדו אפילו הוא בטל ולא ידור בחצרו חנם ולא ישכור ממנו בפחות אפילו בחצר דלא קיימא לאגרא (פירוש שאינה עומדת להשתכר) וגברא דלא עביד למיגר ואם דר בו כבר כיון דחצר לא קיימא לאגרא אין צריך לתת לו אפילו לצאת ידי שמים ואפילו אם הוא גברא דעביד למיגר ולהרמב״ם אפילו אם גברא דלא עביד למגר הוי אבק רבית וצריך להחזיר אם בא לצאת ידי שמים (ובחצר דקיימא לאגרא הוי אבק רבית (לכ״ע) (טור) ועיין עוד בח״ה ריש סימן ע״ב):
Titre du siman : celui qui prête à son prochain ne fera pas travailler son esclave et n’habitera pas dans sa cour ; et il comporte trois seifim.

Celui qui prête à son prochain ne fera pas travailler son esclave, même s’il est oisif ; il n’habitera pas gratuitement dans sa cour, et ne lui louera pas à moindre prix — même dans une cour qui n’est pas destinée à la location (glose de l’édition : c’est-à-dire qui n’est pas faite pour être louée) et avec un homme qui n’a pas coutume de louer. Et s’il y a déjà habité : puisque la cour n’est pas destinée à la location, il n’a rien à lui donner, pas même pour s’acquitter devant le Ciel — et même s’il s’agit d’un homme qui a coutume de louer. Et selon le Rambam, même s’il s’agit d’un homme qui n’a pas coutume de louer, c’est de l’אבק רבית, et il doit restituer s’il vient à vouloir s’acquitter devant le Ciel.

Incise : et dans une cour destinée à la location, c’est de l’אבק רבית de l’avis de tous (Tour) ; et voir encore le ח״ה, début du siman 72.

Seif 2 — quand le bénéfice a été stipulé

אמר ליה הלוני ודור בחצרי אי קיימא לאגרא הוי רבית קצוצה ואי לא קיימא לאגרא הוי אבק רבית: הגה ודוקא בסתם אבל אם אמר לו דור בחצרי בשכר הלואה אפי׳ לא קיימא לאגרא הוי כרבית קצוצה דמאחר שאמר לו בשכר מעותיך הוה ליה כאלו השכירו לו עכשיו (ב״י בשם תלמידי הרשב״א): ואם הלוהו ואחר זמן תבע חובו ואמר לו הלוה דור בחצרי יש אומרים שאינו אלא אבק רבית ויש אומרים שהוא רבית קצוצה והוא שיאמר לו כן בשעה שמרויח לו זמן: הגה והוא הדין בכל רבית שבא לאדם דלא קצץ מתחלה יש מחלוקת זו אם הוא אבק רבית או קצוצה:
Il lui a dit : “prête-moi et habite dans ma cour” — si elle est destinée à la location, c’est de la רבית קצוצה ; et si elle n’est pas destinée à la location, c’est de l’אבק רבית.

Glose du Rama : et cela précisément lorsqu’il a parlé sans préciser ; mais s’il lui a dit “habite dans ma cour en échange du prêt”, même si elle n’est pas destinée à la location, c’est comme de la רבית קצוצה — car du moment qu’il lui a dit “en échange de ton argent”, c’est comme s’il la lui avait louée dès maintenant (Beit Yossef au nom des élèves du Rachba).

Et s’il lui a prêté, puis, après un temps, a réclamé sa créance, et que l’emprunteur lui a dit “habite dans ma cour” : il en est qui disent que ce n’est que de l’אבק רבית, et il en est qui disent que c’est de la רבית קצוצה — et cela à condition qu’il le lui dise au moment où il lui accorde un délai.

Glose du Rama : et il en va de même pour tout intérêt qui échoit à quelqu’un sans avoir été stipulé au départ : cette même divergence existe, si c’est de l’אבק רבית ou de la קצוצה.

Seif 3 — la déduction du loyer sur la dette

היכא דהוי אבק רבית יש אומרים שאפילו אם לא פרעו עדיין ותובע הלוה שינכה לו מחובו שיעור השכירות לא מנכינן ליה ויש אומרים דמנכינן ליה: הגה והסברא אחרונה היא עיקר (היא סברת הרא״ש והטור ור׳ אפרים ורשב״א) מי שקבל מעות בהלואה מאחד וגם לומד עם בנו והתנה עמו שיתן לו משום זה ההוצאה אע״ג דהוי נותן לו ההוצאה בלא הלואה משום שלמד עם בנו אפי׳ הכי אסור דהוי ליה כהלוני ודור בחצרי דאסור אפילו לא קיימא לאגרא (במרדכי פרק איזהו נשך בשם תשובת מהר״ם ומהרי״ק שורש קי״ט) והוא הדין בכל כיוצא בזה מיהו אם נותן המעות בדרך מתנה ואם ירצה הלוה יוכל לעכבם לעצמו ולא ישלם לו מותר אע״ג דמשלם לו אחר כך מי שאינו צריך ללות מעות רק לטובת מלוה אומר לו בנה לך חורבה זו וכל מה שתוציא על זה עלי לשלם לך וכל זמן שאיני משלם לך דור בה בחנם מותר הואיל ואין כאן הלואה רק עשה לטובת המלוה (ב״י בשם בעל התרומות):
Là où il y a de l’אבק רבית : il en est qui disent que même s’il ne l’a pas encore remboursé, et que l’emprunteur réclame qu’on lui déduise de sa dette le montant du loyer, on ne lui déduit pas ; et il en est qui disent qu’on lui déduit.

Glose du Rama : et le dernier raisonnement est l’essentiel (c’est le raisonnement du Roch, du Tour, de Rabbénou Efraïm et du Rachba). Celui qui a reçu de l’argent en prêt de quelqu’un, et qui de plus étudie avec son fils, et qui a convenu avec lui de lui donner pour cela ses frais — bien qu’il lui donnerait ces frais même sans prêt, puisqu’il étudie avec son fils — c’est malgré tout interdit, car c’est comme “prête-moi et habite dans ma cour”, qui est interdit même si elle n’est pas destinée à la location (dans le Mordekhi, chapitre Eizehou Nechekh, au nom d’une réponse du Maharam et du Maharik, racine 119) ; et il en va de même pour tout cas semblable. Cependant, s’il donne l’argent à titre de don, et que si l’emprunteur le veut il peut le garder pour lui et ne pas le payer, c’est permis — même s’il le paie ensuite. Celui qui n’a pas besoin d’emprunter de l’argent, mais le fait seulement pour le bien du prêteur, et à qui celui-ci dit : “construis-toi cette ruine, et tout ce que tu y dépenseras, il m’incombe de te le rembourser ; et tant que je ne te rembourse pas, habite-la gratuitement” — c’est permis, puisqu’il n’y a pas ici de prêt, mais seulement un acte fait pour le bien du prêteur (Beit Yossef au nom du Baal HaTeroumot).
Trois seifim, une seule question posée trois fois. Ce qu’un prêteur ne fait pas (seif 1) ; ce qu’il en est quand le bénéfice a été dit d’avance (seif 2) ; et ce que le tribunal fait de ce qui a déjà été pris (seif 3). Le Mehaber n’écrit nulle part la raison de l’interdit — la michna, elle, l’écrit en trois mots.
« הַמַּלְוֶה אֶת חֲבֵירוֹ לֹא יָדוּר בַּחֲצֵרוֹ חִנָּם, וְלֹא יִשְׂכּוֹר מִמֶּנּוּ בְּפָחוֹת – מִפְּנֵי שֶׁהוּא רִבִּית » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)

2. Le mécanisme — comment un intérêt passe sans qu’aucune somme ne change de main

On se représente l’intérêt comme un supplément : cent prêtés, cent dix rendus. Ce siman ne parle jamais d’un supplément. Il parle d’un prêteur qui dort chez son débiteur, qui fait travailler son esclave, qui obtient un loyer inférieur au prix. Rien n’est ajouté au capital, et pourtant la michna appelle cela de l’intérêt.

La raison est que l’interdit ne porte pas sur l’argent mais sur le bénéfice tiré du prêt. Le prêteur a mis son argent hors de sa main ; tout ce qu’il reçoit en échange de cette attente est un prix payé pour le temps. Que ce prix soit une pièce, une nuit de logement ou une journée de travail ne change rien à sa nature.

La preuve est dans le Taz, et elle est saisissante : le même geste, fait la veille du prêt, était non seulement permis mais bienvenu.
« ואי לא הלוה לו היה מותר דניחא למריה דההוא עבד שלא ילמוד דרך הבטלה כדאיתא בח״מ סימן שס״ג מ״מ הכא דהלוהו מחזי כרבית » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק א)

La difficulté du siman commence là. Si l’intérêt est un bénéfice, il faut savoir ce qui compte comme bénéfice. Deux questions le décident, et tout le siman se joue sur elles.

Première question : le prêteur a-t-il pris quelque chose qui coûte ? Une cour destinée à la location — חצר דקיימא לאגרא — perd un loyer quand on l’occupe. Une cour qui n’est pas destinée à la location ne perd rien : le propriétaire n’aurait de toute façon rien encaissé. La guemara pose précisément cette distinction, et répond qu’elle ne suffit pas à permettre.
« אִי מִמַּתְנִיתִין, הֲוָה אָמֵינָא: הָנֵי מִילֵּי בְּחָצֵר דְּקַיְימָא לְאַגְרָא, וְגַבְרָא דַּעֲבִיד לְמֵיגַר. אֲבָל חָצֵר דְּלָא קָיְימָא לְאַגְרָא, וְגַבְרָא דְּלָא עֲבִיד לְמֵיגַר – אֵימָא לָא, קָא מַשְׁמַע לַן » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)
Seconde question : le bénéfice a-t-il été dit ? Un prêt suivi d’une occupation n’est pas la même chose qu’un prêt conditionné à l’occupation. La guemara oppose les deux formules — הלוהו ודר בחצירו et הלויני ודור בחצרי — et le siman entier en est la mise en ordre.
« מַאן דְּאָמַר הִלְוָהוּ – כׇּל שֶׁכֵּן הַלְוֵינִי. וּמַאן דְּאָמַר הַלְוֵינִי – אֲבָל הִלְוָהוּ לָא. מַאי טַעְמָא – כֵּיוָן דְּמֵעִיקָּרָא לָאו אַדַּעְתָּא דְּהָכִי אוֹזְפֵיהּ – לֵית לַן בַּה » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)

Les quatre cas, et ce qu’ils donnent

La courLe prêt puis l’occupation
הלוהו ודר בחצרו
L’occupation stipulée
הלוני ודור בחצרי
Destinée à la location
קיימא לאגרא
אבק רבית de l’avis de tous — non repris par le tribunal, mais le loyer reste dû comme dette ordinaireרבית קצוצה — reprise par le tribunal
Non destinée à la location
לא קיימא לאגרא
Interdit d’emblée ; après coup, rien n’est dû selon le premier avis du Mehaber, אבק רבית selon le Rambamאבק רבית selon le Mehaber ; רבית קצוצה selon le Rambam
Un point que l’on manque une fois sur deux. Que la cour ne soit pas destinée à la location n’autorise rien. Le seif 1 dit exactement l’inverse : l’interdit vaut même dans ce cas. La distinction ne sert qu’après coup — pour savoir ce qui est repris, jamais pour savoir ce qui est permis.
« אפילו בחצר דלא קיימא לאגרא (פירוש שאינה עומדת להשתכר) וגברא דלא עביד למיגר » (שו״ע יו״ד קס״ו:א)

3. Contexte — la michna, la guemara, le Tour et le Beit Yossef

La michna du chapitre Eizehou Nechekh donne le siman en une phrase, et sa raison en trois mots :

« הַמַּלְוֶה אֶת חֲבֵירוֹ לֹא יָדוּר בַּחֲצֵרוֹ חִנָּם, וְלֹא יִשְׂכּוֹר מִמֶּנּוּ בְּפָחוֹת – מִפְּנֵי שֶׁהוּא רִבִּית » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)

La guemara ajoute la nouveauté : ce qui, hors prêt, ne se paie pas, se paie quand il y a eu prêt.

« אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ הַדָּר בַּחֲצַר חֲבֵירוֹ שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ – אֵינוֹ צָרִיךְ לְהַעֲלוֹת לוֹ שָׂכָר. הִלְוָהוּ וְדָר בַּחֲצֵירוֹ – צָרִיךְ לְהַעֲלוֹת לוֹ שָׂכָר » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)

Puis elle demande ce que Rav Nahman apporte de plus que la michna, et répond en posant la distinction de la cour :

« אִי מִמַּתְנִיתִין, הֲוָה אָמֵינָא: הָנֵי מִילֵּי בְּחָצֵר דְּקַיְימָא לְאַגְרָא, וְגַבְרָא דַּעֲבִיד לְמֵיגַר. אֲבָל חָצֵר דְּלָא קָיְימָא לְאַגְרָא, וְגַבְרָא דְּלָא עֲבִיד לְמֵיגַר – אֵימָא לָא, קָא מַשְׁמַע לַן » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)

Une seconde version de la même parole change le cas de figure, et la guemara mesure la distance entre les deux :

« מַאן דְּאָמַר הִלְוָהוּ – כׇּל שֶׁכֵּן הַלְוֵינִי. וּמַאן דְּאָמַר הַלְוֵינִי – אֲבָל הִלְוָהוּ לָא. מַאי טַעְמָא – כֵּיוָן דְּמֵעִיקָּרָא לָאו אַדַּעְתָּא דְּהָכִי אוֹזְפֵיהּ – לֵית לַן בַּה » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)

La page se termine sur un fait, non sur une règle : Rav Yossef bar Hama saisissait les esclaves de ses débiteurs et les faisait travailler — et son fils Rava le lui reprocha.

« רַב יוֹסֵף בַּר חָמָא תָּקֵיף עַבְדֵי דְאִינָשֵׁי דְּמַסֵּיק בְּהוּ זוּזֵי, וְעָבֵיד בְּהוּ עֲבִידְתָּא » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)
« הַתּוֹקֵף עַבְדּוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ וְעָשָׂה בּוֹ מְלָאכָה – פָּטוּר » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)

Le Tour reprend le tout dans l’ordre du siman, et c’est chez lui que les avis prennent leurs noms :

« המלוה מעות לחבירו לא ידור בחצירו חנם ולא ישכור ממנו בפחות ולא יעשה מלאכה בעבדו » (טור יו״ד קס״ו)
« אפילו הוא בטל דבשביל מעותיו הבטלות אצלו הוא עושה » (טור יו״ד קס״ו)
« וכתב הרמב״ן דוקא לכתחלה שבא לדור בו אבל אם דר בו כבר כיון דחצר לא קיימא לאגרא אפילו הוא גברא דעביד למיגר אם הלוהו ודר בו אין כאן שום צד רבית ואפילו לצאת ידי שמים א״צ לתת לו » (טור יו״ד קס״ו)
« ומ״מ אם אמר לו הלויני ודור בחצרי הוי אבק רבית ולא מפקינן » (טור יו״ד קס״ו)
« ובחצר דקיימא לאגרא אם אמר לו הלויני ודור בחצרי הוי רבית קצוצה » (טור יו״ד קס״ו)
« והרמב״ם כתב דאפילו בחצר דלא קיימא לאגרא וגברא דלא עביד למיגר אם הלוהו ודר בו הוי אבק רבית » (טור יו״ד קס״ו)
« וא״א הרא״ש ז״ל הסכים לדברי הרמב״ן » (טור יו״ד קס״ו)
« ואין חילוק בין אם אמר כן בשעת הלואה או לאחר הלואה שאין חילוק בין קצץ בשעת הלואה להרויח לו זמן אחר ההלואה בשביל המתנת המעות דכשעת מתן מעות דמיא » (טור יו״ד קס״ו)
« וה״ר אפרים חלק עליו בזה וכתב כיון שלא פרעו מנכינן לו שיעור השכירות מעיקר החוב ולזה הסכים א״א ז״ל » (טור יו״ד קס״ו)
« כתב רב אלפס לא מיבעיא אם פרעו כבר דלא מפקינן מיניה דמלוה שכר הדירה שדר בו אלא אפי׳ לא פרעו הלוה עדיין ושואל הלוה שינכה לו מחובו שיעור השכירות שראוי ליתן על שדר בחצרו לא מנכינן ליה וצריך לפרוע לו כל החוב משלם » (טור יו״ד קס״ו)

Le Beit Yossef tranche entre les deux versions de la guemara en une ligne, et explique la distinction du Tour :

« ופסקו כל הפוסקים כלישנא קמא » (בית יוסף יו״ד קס״ו)
« דעת רבינו לחלק בין הלוהו להלויני דבהלוהו אפילו לצאת י״ש א״צ להחזיר אבל בהלויני אבק רבית היא » (בית יוסף יו״ד קס״ו)
« כתבו תלמידי הרשב״א דאי א״ל בפירוש הלויני ודור בה בשכר מעותיך אפי׳ בחצר דלא קיימא לאגרא רבית קצוצה הוא דהא גלי דעתיה שרוצה להשכירה ומהשתא קיימא לאגרא » (בית יוסף יו״ד קס״ו)

4. Les concepts-clés de ce siman

רבית קצוצה — l’intérêt stipulé L’intérêt convenu entre les parties. Il est interdit par la Torah, et le tribunal le reprend au prêteur pour le rendre à l’emprunteur. Le Rambam en donne la règle avec son contraire :
« שְׁטָר שֶׁכָּתוּב בּוֹ רִבִּית בֵּין קְצוּצָה בֵּין שֶׁל דִּבְרֵיהֶם גּוֹבֶה אֶת הַקֶּרֶן וְאֵינוֹ גּוֹבֶה אֶת הָרִבִּית. קָדַם וְגָבָה הַכּל מוֹצִיאִין מִמֶּנּוּ הָרִבִּית קְצוּצָה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ד׳ הלכה ו׳)
אבק רבית — la “poussière d’intérêt” Ce que les Sages ont interdit par crainte d’en venir à l’intérêt de la Torah. Il est interdit, mais le tribunal ne le reprend pas : ni de l’emprunteur au prêteur, ni du prêteur à l’emprunteur.
« אֲבָל אֲבַק רִבִּית שֶׁהוּא מִדִּבְרֵיהֶם אֵינוֹ גּוֹבֶה מִן הַלּוֶֹה לַמַּלְוֶה וְאֵין מַחֲזִירִין אוֹתוֹ מִן הַמַּלְוֶה לַלּוֶֹה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ד׳ הלכה ו׳)
« וְהוּא הַנִּקְרָא אֲבַק רִבִּית וְאֵינוֹ יוֹצֵא בְּדַיָּנִין » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה א׳)
חצר דלא קיימא לאגרא — la cour qui n’est pas destinée à la location Une cour que son propriétaire ne met pas en location. L’occuper ne lui coûte rien de tangible. L’édition elle-même le glose à l’intérieur du texte :
« אפילו בחצר דלא קיימא לאגרא (פירוש שאינה עומדת להשתכר) וגברא דלא עביד למיגר » (שו״ע יו״ד קס״ו:א)
גברא דלא עביד למיגר — l’homme qui n’a pas coutume de louer Celui qui, de toute façon, ne paie pas de loyer : il ne se serait pas logé contre argent. Le bénéfice qu’il tire n’est donc pas un bénéfice qu’il aurait payé. Les deux conditions se cumulent — la cour et l’homme —, et le Chakh le rappelle :
« הוא חצר דלא קיימא לאגרא וגברא דלא עביד למיגר הוי אבק רבית » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ג)
הלוהו ודר contre הלויני ודור בחצרי Deux formules, deux régimes. Dans la première, le prêt a précédé et l’occupation a suivi ; dans la seconde, l’occupation est la condition du prêt. La guemara mesure exactement l’écart :
« מַאן דְּאָמַר הִלְוָהוּ – כׇּל שֶׁכֵּן הַלְוֵינִי. וּמַאן דְּאָמַר הַלְוֵינִי – אֲבָל הִלְוָהוּ לָא. מַאי טַעְמָא – כֵּיוָן דְּמֵעִיקָּרָא לָאו אַדַּעְתָּא דְּהָכִי אוֹזְפֵיהּ – לֵית לַן בַּה » (בבא מציעא ס״ד ע״ב)
לצאת ידי שמים — s’acquitter devant le Ciel Ce que le tribunal ne peut pas exiger, mais que la conscience peut. C’est là que passe la divergence du seif 1 : selon le premier avis, il n’y a même pas cela ; selon le Rambam, il y a cela.
« ואם דר בו כבר כיון דחצר לא קיימא לאגרא אין צריך לתת לו אפילו לצאת ידי שמים ואפילו אם הוא גברא דעביד למיגר ולהרמב״ם אפילו אם גברא דלא עביד למגר הוי אבק רבית וצריך להחזיר אם בא לצאת ידי שמים » (שו״ע יו״ד קס״ו:א)
מנכינן ליה — la déduction Quand la dette n’est pas encore payée, l’emprunteur peut-il demander qu’on retranche le loyer de ce qu’il doit ? Le seif 3 est tout entier cette question, et le Taz en donne le raisonnement contraire :
« שאם אתה מנכה לו הוה כאילו אתה מוציא ממנו ודומה למשכנתא שבסי׳ קע״ב בהג״ה שאין לסלקו בלא מעות » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק ה)
רבית מאוחרת — l’intérêt tardif Le bénéfice donné après le remboursement, en considération de l’argent qui était immobilisé. Le Rambam le définit, et cette notion revient dans le débat du seif 2 sur le moment de la stipulation :
« לָוָה מִמֶּנּוּ וְהֶחְזִיר לוֹ מְעוֹתָיו וְהָיָה מְשַׁלֵּחַ לוֹ סִבְלוֹנוֹת בִּשְׁבִיל מְעוֹתָיו שֶׁהָיוּ בְּטֵלִין אֶצְלוֹ זוֹ הִיא רִבִּית מְאֻחֶרֶת » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ה׳ הלכה י״א)

5. Le tableau récapitulatif — les trois seifim, clause par clause

SeifLa clauseCe qu’elle dit
אלא יעשה מלאכה בעבדו אפילו הוא בטלLe prêteur ne fait pas travailler l’esclave de son débiteur, même oisif — même si nul n’y perd
אולא ידור בחצרו חנםIl n’habite pas gratuitement dans sa cour
אולא ישכור ממנו בפחותIl ne lui loue pas à moindre prix — la réduction est l’intérêt
אאפילו בחצר דלא קיימא לאגרא וגברא דלא עביד למיגרEt cela même là où personne ne perd rien : l’interdit ne dépend pas du dommage
אואם דר בו כבר… אין צריך לתת לו אפילו לצאת ידי שמיםAprès coup, dans ce cas, rien n’est dû — pas même devant le Ciel (premier avis)
אולהרמב״ם… הוי אבק רבית וצריך להחזיר אם בא לצאת ידי שמיםLe Rambam : c’est de l’אבק רבית, et il restitue s’il veut s’acquitter devant le Ciel
באמר ליה הלוני ודור בחצרי… אי קיימא לאגרא הוי רבית קצוצהLe bénéfice stipulé sur une cour qui se loue : intérêt de la Torah, repris en justice
בואי לא קיימא לאגרא הוי אבק רביתSur une cour qui ne se loue pas : אבק רבית, non repris
באבל אם אמר לו דור בחצרי בשכר הלואה… הוי כרבית קצוצהRama : dès que le prêt est nommé comme contrepartie, la cour est réputée louée
בואם הלוהו ואחר זמן תבע חובו… יש אומרים… ויש אומריםBénéfice concédé plus tard, au moment du délai : אבק ou קצוצה, deux avis
גיש אומרים… לא מנכינן ליה ויש אומרים דמנכינן ליהLe loyer déjà consommé se déduit-il de la dette qui reste ? Deux avis
גוהסברא אחרונה היא עיקרRama : on déduit — c’est l’avis du Roch, du Tour, de Rabbénou Efraïm et du Rachba
גמי שקבל מעות בהלואה… ולומד עם בנוLe service rendu au prêteur vaut la cour : interdit, même s’il l’aurait rendu sans prêt
גמי שאינו צריך ללות מעות רק לטובת מלוהLà où il n’y a pas de prêt du tout, il n’y a pas d’intérêt : permis

6. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev, le Pit’hei Techouva et les Nekoudot HaKessef

Le siman porte 30 entrées d’appareil : 13 ס״ק du Chakh, 5 du Taz, 7 du Baer Hetev, 3 du Pit’hei Techouva et 2 des Nekoudot HaKessef — celles-ci, comme toujours, référencées au seul siman.

ש״ך — שפתי כהן (13 ס״ק)

ס״ק א — לא יעשה מלאכה

« דוקא הני שהן דברים של פרהסיא אסור אבל להשאילו כליו או בהמתו וכה״ג מותר אם היה משאילו בלאו הכי כיון שעושה אותו מדעת הלוה כדלעיל סי׳ ק״ס ס״ז » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק א)
« וכ׳ עוד הרא״ש שי״מ היכא דידוע שקודם ההלואה היו אוהבים זא״ז כ״כ שהיו משאילים חצר זה לזה אם היו צריכים מותר להשאיל גם לאחר הלואה ואינו אסור רק בסתם בני אדם » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק א)
« ומדברי מהרש״ל פ׳ הגוזל עצים סי׳ ט׳ נראה דלא שרי בכה״ג אלא דברים שאינן של פרהסיא כגון השאלת בהמה וכלים » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק א)
« מי שלוה מחבירו אינו רשאי לכבדו במצוה כגון לקרותו לס״ת או לקנות לו גלילה אע״פ שהוא יודע בעצמו שבלאו הלואה נמי עביד ליה אפ״ה מאחר שאוושא מלתא דומה לבית ועבד דאסור אם לא שידוע לכל שלא מחמת הלואה קא עביד » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק א)

ס״ק ב — ואם דר בו כבר

Le Chakh explique le “après coup” du Mehaber, et il ajoute une condition que le texte ne dit pas : il faut que, sans le prêt, l’occupant n’eût rien dû.

« כלומר אע״ג דלכתחלה בכל ענין אסור מיהו אם בדיעבד דר בו כיון דחצר לא קיימא לאגרא והוא בענין שאם לא הלוהו לא היה חייב לתת לו שכר מחמת שדר בו » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ב)
« גם עכשיו שהלוהו לא מחזי כרבית » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ב)

ס״ק ג — ולהרמב״ם אפילו

« הוא חצר דלא קיימא לאגרא וגברא דלא עביד למיגר הוי אבק רבית » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ג)

ס״ק ד — ובחצר

« אסברא ראשונה קאי דמודה בהא דהוי אבק רבית » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ד)

ס״ק ה — הוי אבק רבית

Le ס״ק le plus long du siman, et le plus important pour la pratique : même là où l’intérêt n’est pas repris, le loyer reste dû comme dette ordinaire.

« דאע״ג דא״ר הוי ואינה יוצאה בדיינים מטעם רבית מ״מ חייב להעלות לו שכר דכיון דקיימא לאגרא אפילו בסתמא חייב להעלות לו שכר דחסריה ממונא ומשום דאית ביה איסורא לא הורע כחו » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ה)
« ומיהו אם אחר שהלוהו א״ל דור בחצרי חנם ולא הזכיר לו בשכר הלואתו בכי הא ודאי אע״ג דקיימא לאגרא לא הוי אלא א״ר כיון שלא קצץ עמו ואם דר פטור מלהעלות לו שכר » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ה)
« ונ״ל דה״ה בלא קיימא לאגרא אם הוא בענין שהיה חייב להעלות לו שכר אם לא הלוהו כגון שא״ל צא או שחסרו להלוה דבר מועט כגון שהשחירו או שגילה דעתו לשלם לו וכמ״ש שם בח״מ סעיף ו׳ ז׳ ח׳ וכל כה״ג מוציאין ממנו » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ה)

ס״ק ו — ואי לא קיימא

Le Chakh relève que le Mehaber a passé sous silence l’avis du Rambam, et il en tire une conséquence pratique.

« ודעת הרמב״ם דבאומר הלוני אפילו בלא קיימא לאגרא הוי ר״ק » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ו)
« ותימה למה השמיט המחבר דעתו ולענין דינא נ״ל דספיקא דדינא הוא והמע״ה » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ו)

ס״ק ז — שאינו אלא אבק רבית

« דלא הוי ר״ק אלא כשקוצץ בשעת הלואה מדכתיב לא תתן. הרב המגיד » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ז)

ס״ק ח — ויש אומרים

« וכן הוא הסכמת רוב הפוסקים » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ח)

ס״ק ט — והוא שיאמר לו כן בשעה שמרויח לו זמן

La limite du cas : le bénéfice doit être concédé au moment même où le délai est accordé.

« אבל אם כבר הרויח לו זמן ובא בתוך הזמן ואמר דור בחצרי בשביל מעותיך שהן בטילות אצלי אסור » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ט)
« ומשמע דלא הוי אלא אבק רבית כמו שהוכחתי בספרי דלא כהגהת דרישה שכתב דהוי ר״ק » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק ט)

ס״ק י — וי״א דמנכינן

« ע״ל סי׳ קס״א ס״ק ה׳ וסי׳ קע״ב » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק י)

ס״ק י״א — דמנכינן

« דדוקא במשכנתא דהוי ברשות המלוה והלוה מתחלה עליה לא מנכינן ליה כדלקמן סי׳ קע״ב ס״ס א׳ בהג״ה משא״כ הכא » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק י״א)

ס״ק י״ב — מי שקבל מעות

« ע״ל סי׳ קע״ז סי״ג » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק י״ב)

ס״ק י״ג — רק עשה לטובת המלוה

Le revers du cas permis de la ruine : si la construction sert au propriétaire, l’interdit revient.

« אבל אם בנה חורבה זו לצורך בעל החורבה אסור דמיד נתחייב לו לשלם ודר בו בשכר המתנת מעותיו » (ש״ך יו״ד קס״ו ס״ק י״ג)

ט״ז — טורי זהב (5 ס״ק)

ס״ק א — לא יעשה מלאכה בעבדו

Le Taz commence par ce qui rend le siman si frappant : hors prêt, le même geste était un service rendu.

« ואי לא הלוה לו היה מותר דניחא למריה דההוא עבד שלא ילמוד דרך הבטלה כדאיתא בח״מ סימן שס״ג מ״מ הכא דהלוהו מחזי כרבית » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק א)

ס״ק ב — ולא ישכור ממנו בפחות

« רש״י פירש דדין זה דוקא בבית וחצר לפי שאין שם הפסד משא״כ בכרם בסי׳ קע״ג דלפעמים יש בו הפסד ואפ״ה מנכה לו דבר קצוב לשנה והתוספות חולקים וס״ל דדין זה אף בכל מילי » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק ב)
« ועיקר החילוק דהלוהו על הבית הוה כזבינא ומותר בנכייתא אבל כאן הלוהו שלא על ביתו » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק ב)

ס״ק ג — ובחצר דקיימא לאגרא

Le Taz tient que la glose du Rama, telle qu’elle est imprimée, a perdu une ligne, et il la rétablit ; puis il s’étonne d’une contradiction avec le Rama de חושן משפט.

« ונ״ל שיש עוד חסרון וכצ״ל ומכל מקום חייב ליתן לו שכר כל שלא אמר ליה דור בחצרי חנם » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק ג)
« כן נראה לי שהמעתיק טעה מתיבת אבק רבית הראשון לשני ודלג מה שכתב רמ״א בינתיים וטעות כזה רגיל » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק ג)
« ומכאן תימה על מה שכ׳ רמ״א בח״מ סי׳ שס״ג האומר לחבירו דור בחצרי דפירושו כאומר בחנם וכאן אמרינן דצ״ל בפירוש » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק ג)

ס״ק ד — אלא אבק רבית

« לפי שלא קיצץ בשעת הלואה » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק ד)

ס״ק ה — לא מנכינן ליה

Le raisonnement de celui qui refuse la déduction, et la réponse qui distingue notre cas de la משכנתא.

« שאם אתה מנכה לו הוה כאילו אתה מוציא ממנו ודומה למשכנתא שבסי׳ קע״ב בהג״ה שאין לסלקו בלא מעות » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק ה)
« וי״א דמנכינן ס״ל שאני התם דהמלוה מוחזק בהמשכון והקרקע תחת ידו הוא כי מסרה על דעת שהפירות יהיו שלו על כן נחשב סילוק בלא מעות כאילו מוציא ממנו מה שאין כן כאן שלא מסר אותה תחת ידו » (ט״ז יו״ד קס״ו ס״ק ה)

באר היטב (7 ס״ק)

ס״ק א — מלאכה

« דוקא הני שהן דברים של פרהסיא אסור אבל להשאילו כליו או בהמתו וכה״ג מותר אם היה משאילו בלא״ה כיון שעושה אותו מדעת הלוה כדלעיל סי׳ ק״ס ס״ז » (באר היטב יו״ד קס״ו ס״ק א)

ס״ק ב — למיגר

« וגם החצר לא קיימא לאגרא אפ״ה הוי א״ר » (באר היטב יו״ד קס״ו ס״ק ב)
« והקשה בט״ז עמ״ש רמ״א בח״מ סי׳ שס״ג האומר לחבירו דור בחצרי דפירושו כאומר בחנם וכאן הצריכו לומר בפירוש דוקא כמ״ש ב״י דדור סתם משמע כדרך שבני אדם דרין בשכירות » (באר היטב יו״ד קס״ו ס״ק ב)

ס״ק ג — אבק

« ודעת הרמב״ם דבאומר הלוני אפילו בלא קיימא לאגרא הוי ר״ק ולענין דינא נ״ל דספיקא דדינא הוא והמע״ה » (באר היטב יו״ד קס״ו ס״ק ג)

ס״ק ד — אלא

« אבל הסכמת רוב הפוסקים כדעה ב׳ שהוא ר״ק » (באר היטב יו״ד קס״ו ס״ק ד)

ס״ק ה — בשעה

« אבל אם כבר הרויח לו זמן ובא בתוך הזמן וא״ל דור בחצרי בשביל מעותיך שהן בטלות אצלי אסור. טור. ומשמע דלא הוי אלא א״ר » (באר היטב יו״ד קס״ו ס״ק ה)

ס״ק ו — דמנכינן

« דדוקא במשכנתא דהוי ברשות המלוה והלוה מתחלה עליו לא מנכינן ליה כדלקמן סי׳ קע״ב סס״א בהג״ה משא״כ הכא » (באר היטב יו״ד קס״ו ס״ק ו)

ס״ק ז — לטובת

« אבל אם בנה חורבה זו לצורך בעל החורבה אסור דמיד נתחייב לשלם לו ודר בו בשכר המתנת מעותיו » (באר היטב יו״ד קס״ו ס״ק ז)

פתחי תשובה (3 ס״ק)

ס״ק א — ובחצר דקיימא

« עט״ז מה שתמה על רמ״א בת״ע ועיין בתשובת מקום שמואל סימן ל״א מה שתירץ על זה » (פתחי תשובה יו״ד קס״ו ס״ק א)

ס״ק ב — ודור בחצרי

« ראובן שכר בית מעובד כוכבים בעשרה לבנים ולוה משמעון לזמן ומשכנו בידו בנכייתא בלבן א׳ ליום הוי ר״ק דהוי כאומר הלוני ודור בחצר העובד כוכבים ואני אפרע מהראנ״ח ח״א סימן ס״ט » (פתחי תשובה יו״ד קס״ו ס״ק ב)

ס״ק ג — היא עיקר

« עיין בתשובת נו״ב תניינא חי״ד סי׳ ע״ו שכתב דדוקא בכה״ג שהלוה טוען שינכה לו בזה הכריע הרמ״א כסברא אחרונה כיון דהלוה נקרא מוחזק והמלוה בא להוציאה ממנו אבל נגד שאר בעלי חובות אין נקראים מוחזקים נגד בעל חוב זה ולא מנכינן ליה » (פתחי תשובה יו״ד קס״ו ס״ק ג)

נקודות הכסף (2 entrées, référencées au siman)

ט״ז ס״ק ג׳ — ונ״ל שיש עוד חסרון

« לא ידענא מי הכריחו לזה. ועוד נראה דרמ״א סמך בזה על מ״ש בח״מ סימן שס״ג דכיון דחייב מצד הדין פשיטא דלא גרע משום איסור » (נקודות הכסף יו״ד קס״ו)

ט״ז ס״ק ג׳ — ומכאן תימה על מ״ש רמ״א

« דבריו תמוהים דהרי לא נזכר שם בדברי רמ״א אלא דבלא קיימא לאגרא א״צ להעלות לו שכר ובזה ודאי אף המ״ר מודו וכדמוכח להדיא מדבריהם שהבאתי בש״ך ס״ק ד » (נקודות הכסף יו״ד קס״ו)

7. Le Rambam — הלכות מלווה ולווה, et non les הלכות עבודה זרה

Depuis le siman 159, le Rambam de référence a changé de traité : ce ne sont plus les lois de l’idolâtrie mais les הלכות מלווה ולווה. Notre siman est presque tout entier dans le sixième chapitre, et le Rambam y fait ce que le Mehaber ne fait pas : il donne d’abord la règle générale, puis notre cas comme son application.

La règle : ce qui est stipulé est de la Torah ; le reste est rabbinique

« וְכֵן הַמַּלְוֶה אֶת חֲבֵרוֹ וְהִתְנָה עִמּוֹ שֶׁיָּדוּר בַּחֲצֵרוֹ חִנָּם עַד שֶׁיַּחְזִיר לוֹ הַלְוָאָתוֹ. אוֹ שֶׁשָּׂכַר מִמֶּנּוּ בְּפָחוֹת וְקָצַב הַדָּבָר שֶׁפּוֹחֵת לוֹ מִן הַשָּׂכָר עַד שֶׁיַּחְזִיר לוֹ הַלְוָאָתוֹ. אוֹ שֶׁמִּשְׁכֵּן בְּיָדוֹ מָקוֹם שֶׁפֵּרוֹתָיו מְצוּיִין בְּעֵת הַהַלְוָאָה כְּגוֹן שֶׁמִּשְׁכֵּן חֲצֵרוֹ עַל מְנָת שֶׁיָּדוּר בּוֹ בְּחִנָּם. הֲרֵי זוֹ רִבִּית שֶׁל תּוֹרָה וְיוֹצְאָה בְּדַיָּנִין » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה א׳)
« וְהוּא הַנִּקְרָא אֲבַק רִבִּית וְאֵינוֹ יוֹצֵא בְּדַיָּנִין » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה א׳)

Le cas : l’esclave et la cour

« הַמַּלְוֶה אֶת חֲבֵרוֹ לֹא יִמְשֹׁךְ אֶת עַבְדּוֹ כְּדֵי שֶׁיַּעֲשֶׂה בּוֹ מְלָאכָה אַף עַל פִּי שֶׁהָעֶבֶד יוֹשֵׁב וּבָטֵל » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ב׳)
« וְלֹא יָדוּר בַּחֲצֵרוֹ בְּחִנָּם אַף עַל פִּי שֶׁאֵין הֶחָצֵר עֲשׂוּיָה לְשָׂכָר וְאֵין דֶּרֶךְ בַּעַל הֶחָצֵר לְהַשְׂכִּיר » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ב׳)
« וְאִם דָּר צָרִיךְ לְהַעֲלוֹת לוֹ שָׂכָר. וְאִם לֹא הֶעֱלָה לוֹ הֲרֵי זֶה אֲבַק רִבִּית לְפִי שֶׁלֹּא הִתְנָה עִמּוֹ שֶׁיַּלְוֵהוּ וְיָדוּר בַּחֲצֵרו » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ב׳)

Et le nikkoui, que le Rambam tranche autrement que les deux avis du seif 3

« לְפִיכָךְ אִם עֲדַיִן לֹא הֶחְזִיר לוֹ חוֹבוֹ וּבָא לְנַכּוֹת שְׂכַר הֶחָצֵר שֶׁדָּר בָּהּ מִן הַחוֹב אִם הָיָה הַשָּׂכָר כְּנֶגֶד הַחוֹב אֵינוֹ מְנַכֶּה לוֹ הַכּל אֶלָּא כְּמוֹ שֶׁיִּרְאוּ הַדַּיָּנִים » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ב׳)
« שֶׁאִם תְּסַלֵּק אוֹתוֹ בְּלֹא כְּלוּם הֲרֵי זֶה כְּמוֹ שֶׁהוֹצִיא אוֹתוֹ בְּדַיָּנִין וַאֲבַק רִבִּית אֵינָהּ יוֹצְאָה בְּדַיָּנִין » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ב׳)

Enfin, la source de l’avis “après coup, ce n’est qu’אבק רבית” :

« הוֹרוּ רַבּוֹתַי שֶׁהַמַּלְוֶה אֶת חֲבֵרוֹ וּלְאַחַר זְמַן תָּבַע חוֹבוֹ וְאָמַר לוֹ הַלּוֶֹה דּוּר בַּחֲצֵרִי עַד שֶׁאַחְזִיר לְךָ חוֹבְךָ הֲרֵי זֶה אֲבַק רִבִּית לְפִי שֶׁלֹּא קָצַץ בִּשְׁעַת הַלְוָאָה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ג׳)

8. Cas pratiques modernes

SituationCe que le siman en dit
J’ai prêté à un ami, il m’invite à dormir chez lui pendant un séjourInterdit tant que la dette court, même si la chambre serait restée vide (seif 1). Après coup, si la chambre ne se loue pas, rien n’est dû selon le premier avis ; le Rambam demande de restituer pour s’acquitter devant le Ciel.
Mon employé m’a emprunté de l’argent ; je lui demande une heure supplémentaireC’est exactement מלאכה בעבדו. La question n’est pas de savoir si l’heure lui coûte, mais si je la reçois parce que j’ai prêté.
Mon locataire m’emprunte de l’argent et me propose un mois de loyer offertC’est ולא ישכור ממנו בפחות : la réduction est le prix du temps. Si elle a été convenue à l’occasion du prêt, on est au seif 2.
Il me dit lui-même : “prête-moi, et loge chez moi”Bénéfice stipulé, seif 2. Si le logement se loue : רבית קצוצה, reprise en justice. Sinon : אבק רבית selon le Mehaber, et le Chakh laisse la loi pratique en ספיקא דדינא.
Je lui ai prêté ; il ne peut pas payer et me propose son studio en attendantC’est le cas du délai accordé. Deux avis dans le seif 2 ; le Chakh écrit que la majorité des décisionnaires y voit de la רבית קצוצה.
Mon débiteur donne des cours particuliers à mon fils et me demande ses fraisLe Rama traite ce cas nommément dans le seif 3 : interdit, même s’il aurait donné ces cours sans prêt.
Je lui prête un outil ou ma voiture, comme je le faisais déjà avantLe Chakh le permet : l’interdit vise ce qui se voit — דברים של פרהסיא — et ce prêt d’objet se fait au su de l’emprunteur.
Je l’honore d’une montée à la Torah, comme je l’aurais fait de toute façonLe Maharchal, rapporté par le Chakh, l’interdit : cela se remarque, et ressemble à la maison et à l’esclave — sauf s’il est notoire que ce n’est pas à cause du prêt.
Il me doit encore de l’argent, et je lui demande de déduire le loyer que j’ai consomméSeif 3 : le Rama tranche qu’on déduit. Le Pit’hei Techouva précise que cela vaut face au prêteur, non face aux autres créanciers.

9. Synthèse du Siman 166

Questions de compréhension

  1. Pourquoi le Mehaber précise-t-il “même s’il est oisif” à propos de l’esclave ?
  2. Que change exactement le fait que la cour ne soit pas destinée à la location — et à quel moment du raisonnement ?
  3. Quelle est la différence pratique, et une seule, entre רבית קצוצה et אבק רבית ?
  4. Pourquoi le Rama dit-il que “en échange de ton argent” suffit à faire de la cour une cour louée ?
  5. Dans le seif 3, qui demande la déduction — le prêteur ou l’emprunteur — et pourquoi cela compte-t-il ?
  6. Pourquoi le cas de la ruine construite pour le prêteur est-il permis, alors qu’il en tire un logement gratuit ?

Pour aller plus loin

Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
~ ~ ~ ~ ~
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קס״ו · Niveau 1 — Initiation · המלוה לחבירו לא יעשה מלאכה בעבדו ולא ידור בחצרו
daattorah.com

DAAT דעת — © 5786 / 2026 · Retour à l’accueil · Siman קס״ו · ♥ Soutenir

📖Rejoindre la khavroutha