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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קע״ב — le prêteur qui mange les fruits du gage

Six seifim : la משכנתא, ses trois formes permises, et la ligne qui les sépare de l’intérêt
יורה דעה · סימן קע״ב
הממשכן בית או שדה על מנת שיאכל פירות
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Rédigé par le Rav Yossef Haim Samama
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les six seifim, et les quatre gloses du Rama
2. Le mécanisme : pourquoi manger les fruits est un intérêt, et les trois manières de ne pas l’être
3. Contexte : la sougya de בבא מציעא ס״ז, le Rambam et le Tour
4. Les concepts-clés : משכנתא, אכילת פירות, משכנתא דסורא, משכנתא בנכייתא, אתרא דמסלקי, אחריות
5. Le tableau récapitulatif : les six seifim, clause par clause
6. Le Chakh (33 ס״ק), le Taz (14), le Baer Hetev (19), le Pit’hei Techouva (3) et les Nekoudot HaKessef (2)
7. Le Rambam : les trois משכונות des הלכות מלווה ולווה
8. Cas pratiques modernes, synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les six seifim

Le siman s’ouvre sur un seif énorme, qui porte à lui seul toute la matière, et se poursuit par cinq seifim brefs qui en tirent les conséquences. Le seif 1 dit à quelles conditions un prêteur peut consommer les fruits du bien qu’on lui a engagé ; les seifim 2 à 6 examinent cinq manières de sortir de ces conditions — relouer, transférer un risque, partir d’une dette ancienne, fixer un prix de rachat, payer un impôt.

Seif 1 — la משכנתא דסורא, la נכייתא, et les conditions de la permission

הממשכן בית או שדה על מנת שיאכל פירות. ובו ו׳ סעיפים:
המלוה את חבירו ומשכן לו בית או שדה על מנת שיאכל פירותיו כל ימי המשכונה אם היא כמשכנתא דסורא דהיינו שממשכנה לו לשנים ידועות וכותב במשלם שנין אלין תיפוק ארעא בלא כסף אפילו מרחיב הזמן הרבה שאין מגיע לכל שנה אלא דבר מועט כגון שהלוהו מנה והתנה עמו שאחר עשר שנים תחזור קרקע זו לבעליה חנם והיה שכר אותה קרקע שוה אלף דינרים בכל שנה מותר שאין זה אלא כמי ששכר בפחות וכן אם התנה בעל הקרקע עמו שבכל זמן שירצה הלוה לסלקו שיביא לו מעות ויחשוב לו עשר בכל שנה ויסלקו מהשדה או מהבית והוא יחזיר לו שאר דמים ויסתלק מותר שמאחר שאין כח ביד המלוה לגבות מחובו כלום ולהחזיר הקרקע ללוה אינו אלא שכירות: הגה וי״א דאפילו בלא משכנתא דסורא יש היתר ללוות כיצד אם הלוה לזמן קצוב כך וכך שנים אם הלוה יוכל לסלקו תוך הזמן ומנכה לו כל שנה ושנה אפילו דבר מועט דזהו מקרי משכנתא בנכייתא שרי ואם לא מנכה ליה כלום אסור והוי אבק רבית ואם אין הלוה יכול לסלקו תוך הזמן אפילו בלא נכייתא שרי (טור בשם רש״י ורא״ש) וי״א דאין חילוק בין אתרא דמסלקי ובין אתרא דלא מסלקי אלא בשניהם בנכייתא שרי ובלא נכייתא אסור (ב״י בשם רשב״א) ויש לילך בדבר זה אחר המנהג (תשובת רשב״א ובה״ת) ובמדינות אלו נוהגים היתר במשכנתא בנכייתא אפי׳ יכול לסלק (רשב״א ונ״י והרב המגיד כתבו מנהג זה) ואין חילוק בזה בין שדה לבית (טור בשם ר״י ור״ת ורבינו ירוחם ועב״ח שגם רא״ש סובר כן) או שאר מטלטלין (מרדכי ובית יוסף ס״ס זה בשם תשובת רשב״א ועיין בח״מ ר״ס ע״ג בהג״ה) דבכל מידי בנכייתא שרי ויש מתירין להלוות על ספרים או מקומות ב״ה ולישב עליהם אפילו בלא נכייתא דהוי לצורך מצוה ומותר ללוות ברבית לצורך מצוה (תשובת מהרי״ל סי׳ ל״ז והאגודה) וטוב להחמיר לעשות בנכייתא וכל זה לא מיירי אלא כשאחריות המשכונות על המלוה אבל כשהלוה כותב לו אחריות על שאר נכסיו ולא יוכל להגיע למלוה שום הפסד אסור (טור) ובכל מקום דהמשכנתא הוי אבק רבית אם בא הלוה לנכות למלוה הפירות שאכל לא מנכינן ליה דהואיל והמשכנתא הוי ברשות המלוה ולוה עליה מתחילה אילו מנכין ליה מחובו הוי כאילו מוציאין האבק רבית ממנו בדיינים (טור) מיהו אם אמר לו לא בעינא דתיכול עוד פירותי ברבית אם אכלן אח״כ אפי׳ באתרא דלא מסלקי מנכין לו פירות שאכל אח״כ (ב״י בשם הראב״ד ובתה״ד סי׳ ש״ה בשם הרמב״ן):
Titre du siman : celui qui donne en gage une maison ou un champ à condition d’en manger les fruits ; et il comporte six seifim.

Celui qui prête à son prochain et reçoit de lui en gage une maison ou un champ à condition d’en manger les fruits tous les jours du gage : si c’est comme la משכנתא דסורא — c’est-à-dire qu’il la lui engage pour un nombre d’années connu et qu’il écrit dans l’acte « au terme de ces années, la terre sortira sans argent » —, même s’il étend beaucoup la durée, au point qu’il ne revienne à chaque année qu’une chose infime, comme s’il lui a prêté une mané et a stipulé qu’après dix ans cette terre revienne gratuitement à ses propriétaires alors que le loyer de cette terre valait mille dinars par an : c’est permis, car ce n’est là que comme quelqu’un qui a loué à moindre prix.

Et de même, si le propriétaire de la terre a stipulé avec lui que chaque fois que l’emprunteur voudra l’écarter il lui apportera de l’argent et lui comptera dix par an, et l’écartera du champ ou de la maison, et lui rendra le reste des sommes et s’en ira : c’est permis. Car dès lors que le prêteur n’a le pouvoir de recouvrer aucune part de sa créance ni de rendre la terre à l’emprunteur, ce n’est là qu’une location.

Glose du Rama : et il en est qui disent que même sans משכנתא דסורא il y a une permission d’emprunter. Comment ? S’il a prêté pour un terme fixé, tant et tant d’années : si l’emprunteur peut l’écarter dans le terme et qu’il lui déduit chaque année, même une chose infime — cela s’appelle משכנתא בנכייתא, et c’est permis ; et s’il ne lui déduit rien, c’est interdit, et c’est de l’אבק רבית. Et si l’emprunteur ne peut pas l’écarter dans le terme, même sans נכייתא c’est permis (Tour au nom de Rachi et du Roch). Et il en est qui disent qu’il n’y a pas de différence entre un lieu où l’on écarte et un lieu où l’on n’écarte pas, mais que dans les deux, avec נכייתא c’est permis et sans נכייתא c’est interdit (Beit Yossef au nom du Rachba) ; et il faut suivre en cela la coutume (responsum du Rachba et Baal HaTeroumot). Et dans ces pays-ci, on a l’usage de permettre la משכנתא בנכייתא même lorsqu’il peut écarter (le Rachba, le Nimoukei Yossef et le Maggid Michné ont rapporté cet usage). Et il n’y a en cela aucune différence entre un champ et une maison (Tour au nom de Rabbénou Yits’haq, de Rabbénou Tam et de Rabbénou Yerou’ham ; et voir le Ba’h, que le Roch aussi tient ainsi) ni d’autres meubles (Mordekhaï et Beit Yossef à la fin de ce siman au nom d’un responsum du Rachba ; et voir Hochen Michpat au début du siman 73, dans la glose), car en toute chose, avec נכייתא c’est permis. Et il en est qui permettent de prêter sur des livres ou des places de synagogue et de s’asseoir dessus même sans נכייתא, car c’est pour un besoin de mitsva, et il est permis d’emprunter à intérêt pour un besoin de mitsva (responsum du Maharil 37 et l’Agouda) ; et il est bon d’être rigoureux et de le faire avec נכייתא. Et tout ceci ne vaut que lorsque la responsabilité des gages pèse sur le prêteur ; mais lorsque l’emprunteur lui écrit une garantie sur ses autres biens, de sorte qu’aucune perte ne puisse atteindre le prêteur, c’est interdit (Tour). Et partout où la משכנתא est de l’אבק רבית, si l’emprunteur vient faire déduire au prêteur les fruits qu’il a mangés, on ne lui déduit pas — car du moment que la משכנתא est dans le domaine du prêteur et qu’il a emprunté dessus dès le début, lui déduire de sa dette serait comme faire sortir de lui l’אבק רבית par des juges (Tour). Toutefois, s’il lui a dit « je ne veux pas que tu manges encore mes fruits à titre d’intérêt », et qu’il en a mangé ensuite, même dans un lieu où l’on n’écarte pas, on lui déduit les fruits mangés après cela (Beit Yossef au nom du Raavad, et Teroumat HaDechen 305 au nom du Ramban).

Seif 2 — reprendre le bien en location de la main du prêteur

משכונא זו אם בא המלוה לחזור ולהשכירה ללוה בדבר קצוב לשנה יש אוסרין (בה״ת וריב״ש סי׳ ש״ה בשם רמב״ן) ויש מתירין (ריב״ש בשם י״א מביאו ב״י בסי׳ קס״ד) ואם אדם אחר שכרה מהמלוה יכול הוא לשכרה ממנו: הגה ועיין לעיל סימן קס״ד גם נתבאר לעיל אם אכל המלוה הפירות לאחר זמן המשכנתא:
Cette משכונא : si le prêteur vient la relouer à l’emprunteur pour un montant fixé à l’année — il en est qui interdisent (Baal HaTeroumot et Rivach 305 au nom du Ramban) et il en est qui permettent (Rivach au nom d’un יש אומרים, rapporté par le Beit Yossef au siman קס״ד · 164). Et si une autre personne l’a louée du prêteur, il peut la louer de celle-là.

Glose du Rama : et vois plus haut le siman קס״ד · 164 ; il a également été expliqué plus haut ce qu’il en est lorsque le prêteur mange les fruits après le terme de la משכנתא.

Seif 3 — la réparation légère, la responsabilité du sinistre, et la dette antérieure

במשכנתא זו אם נותן המלוה ללוה דבר מועט לשנה בשביל שיקבל עליו איזה תיקון קל כגון שבירת קורה וכיוצא בזה מותר ואם נותן לו דבר קצוב לשנה כדי שיקבל אחריות מנפילה או שריפה יש מי שאוסר: הגה כל משכנתא אינה נפדית לחצאין ואם הביא לו קצת מעותיו המלוה אוכל פירותיו עד שיתן לו כולם (ב״י בשם הרשב״א) הא דמשכנתא שריא דוקא כשהשכין לו השדה בשעה שנותן לו המעות דהוי כמכר אבל אם נותנה לו בחוב קדום אסור (ב״י בשם עיטור) ואם עשו משכונא סתם ולא התנו זה עם זה במשכנתא דסורא או בנכייתא אזלינן בתר מנהג העיר ומסתמא דעתייהו כמנהג העיר וכן אם יוכל לסלקו הולכים אחר המנהג (ב״י בשם בעל התרומות) ועיין ס״ק כ״ד ועי׳ בחושן המשפט נתבארו בו שאר דיני המשכנתא :
Dans cette משכנתא, si le prêteur donne à l’emprunteur une somme infime à l’année pour qu’il prenne sur lui quelque réparation légère, comme une poutre brisée et le semblable — c’est permis. Et s’il lui donne un montant fixé à l’année pour qu’il prenne sur lui la responsabilité d’un effondrement ou d’un incendie — il en est un qui interdit.

Glose du Rama : toute משכנתא ne se rachète pas par moitiés, et s’il lui a apporté une partie de son argent, le prêteur mange ses fruits jusqu’à ce qu’il lui donne le tout (Beit Yossef au nom du Rachba). Que la משכנתא soit permise, c’est précisément lorsqu’il lui a engagé le champ au moment où il lui donne l’argent, car alors c’est comme une vente ; mais s’il la lui donne pour une dette antérieure — c’est interdit (Beit Yossef au nom du Itour). Et s’ils ont fait une משכונא sans préciser, sans stipuler entre eux ni משכנתא דסורא ni נכייתא, nous suivons la coutume de la ville, et par défaut leur intention est selon la coutume de la ville ; et de même s’il peut l’écarter, on suit la coutume (Beit Yossef au nom du Baal HaTeroumot) ; et vois le ס״ק כ״ד. Et vois Hochen Michpat : les autres lois de la משכנתא y ont été expliquées.

Seif 4 — « ne la vends qu’à moi » : le prix convenu et la valeur

הממשכן בית או שדה ביד חבירו והיה בעל הקרקע הוא אוכל פירותיהן וא״ל המלוה לכשתמכור קרקע זו לא תמכרנה אלא לי בדמים אלו אסור אבל אם א״ל אל תמכרנה אלא לי בשויה ועל מנת כן אני מלוה אותך הרי זה מותר:
Celui qui engage une maison ou un champ entre les mains de son prochain, le propriétaire de la terre en mangeant lui-même les fruits, et le prêteur lui a dit : « lorsque tu vendras cette terre, ne la vends qu’à moi, pour ce prix-ci » — c’est interdit. Mais s’il lui a dit : « ne la vends qu’à moi, à sa valeur, et c’est à cette condition que je te prête » — c’est permis.

Seif 5 — la cour d’un non-Juif engagée puis vendue à un Juif

עובד כוכבים שמשכן חצרו לישראל וחזר העובד כוכבים ומכרה לישראל אחר אין הממושכן חייב להעלות שכר לישראל מעת שקנה הישראל אלא דר בחצר בלא שכר עד שיחזיר לו העובד כוכבים את המעות שיש לו על חצר זו שהרי הוא ברשות הממושכן בדיניהם עד שיתן מעותיו ויסתלק:
Un non-Juif qui a engagé sa cour à un Israélite, et le non-Juif l’a ensuite vendue à un autre Israélite : le créancier gagiste n’est pas tenu de payer un loyer à l’Israélite depuis le moment où l’Israélite a acheté, mais il habite la cour sans loyer jusqu’à ce que le non-Juif lui rende l’argent qu’il a sur cette cour — car elle est, selon leur droit, dans le domaine du créancier gagiste jusqu’à ce qu’il lui donne son argent et s’en aille.

Seif 6 — la ruine à bâtir, l’impôt, et la maison qui n’était pas la sienne

הנותן חורבתו לחבירו שיבנה וידור בה עד שיכלו דמי ההוצאה ואם שוה ג׳ זהובים בשנה אינו חושב אלא זהוב אחד מותר: הגה לוה מותר לתת המס מן השדה שהשכין בדרך המותר ודווקא כשהמס מעות אבל אם נותנין המס מפירות השדה כגון שנותנין חלק מן הפירות הגדילים אסור (ב״י בשם בעל התרומות ורמב״ן) . מי שהשכין בית שאינו שלו ובא בעל הבית והוציא הבית שלו מן המלוה והוצרך לתת שכר לבעל הבית שדר בו הלוה צריך להחזיר לו מעותיו למלוה גם השכר שהוצרך ליתן (ב״י בשם הרשב״א):
Celui qui donne sa ruine à son prochain pour qu’il la construise et y habite jusqu’à épuisement du montant de la dépense, et si elle vaut trois zehouvim l’an il ne compte qu’un seul zahouv — c’est permis.

Glose du Rama : il est permis à l’emprunteur de payer l’impôt sur le champ qu’il a engagé de la manière permise, et cela précisément lorsque l’impôt est en argent ; mais si l’on acquitte l’impôt sur les fruits du champ, comme lorsqu’on donne une part des fruits qui poussent — c’est interdit (Beit Yossef au nom du Baal HaTeroumot et du Ramban). Celui qui a engagé une maison qui n’était pas la sienne, et le propriétaire est venu retirer sa maison des mains du prêteur, lequel a dû payer un loyer au propriétaire pour y avoir habité — l’emprunteur doit rendre au prêteur son argent, et aussi le loyer qu’il a dû verser (Beit Yossef au nom du Rachba).
Six seifim, une seule ligne de partage. Le prêteur peut manger les fruits à une condition, et une seule : que l’opération cesse d’être un prêt pour devenir une location ou une vente. Le Mehaber écrit cette condition en toutes lettres à la fin du seif 1.
« שמאחר שאין כח ביד המלוה לגבות מחובו כלום ולהחזיר הקרקע ללוה אינו אלא שכירות » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)

2. Le mécanisme — pourquoi manger les fruits est un intérêt, et les trois manières de ne pas l’être

Un homme prête cent et reçoit en garantie un champ. Il en récolte les fruits pendant que la dette court, puis rend le champ et récupère ses cent. À l’arrivée, il a repris exactement ce qu’il avait donné — et il a consommé dix récoltes. Ces récoltes sont le prix du temps : c’est de l’intérêt, et le Rambam le dit en un mot.

« הוֹרוּ רַבּוֹתַי שֶׁהַמַּלְוֶה אֶת חֲבֵרוֹ וּמִשְׁכֵּן לוֹ שָׂדֵהוּ עַל מְנָת שֶׁיֹּאכַל פֵּרוֹתֶיהָ כָּל יְמֵי הַמַּשְׁכּוֹנָא אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ מְנַכֶּה לוֹ כְּלוּם הֲרֵי זוֹ אֲבַק רִבִּית » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ז׳)

Trois voies, et trois seulement, font sortir l’opération du prêt. La première est celle du Mehaber : le prêteur ne peut rien recouvrer, il ne peut que consommer, et il rendra la terre sans rien recevoir. Il n’est plus un prêteur mais un locataire à bon compte.

« אם היא כמשכנתא דסורא דהיינו שממשכנה לו לשנים ידועות וכותב במשלם שנין אלין תיפוק ארעא בלא כסף » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)

La deuxième est celle du Rama : le prêteur déduit chaque année quelque chose de la dette — même une somme infime. Cette déduction transforme la consommation en achat de fruits, et l’achat en risque : peut-être la récolte manquera-t-elle.

« דזהו מקרי משכנתא בנכייתא שרי ואם לא מנכה ליה כלום אסור והוי אבק רבית » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)

La troisième, selon Rachi et le Roch, ne demande aucune déduction : il suffit que l’emprunteur ne puisse pas récupérer son bien avant terme. Le prêteur est alors immobilisé comme un acheteur, et le Rachba conteste précisément cela.

« ואם אין הלוה יכול לסלקו תוך הזמן אפילו בלא נכייתא שרי » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
« וי״א דאין חילוק בין אתרא דמסלקי ובין אתרא דלא מסלקי אלא בשניהם בנכייתא שרי ובלא נכייתא אסור » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
La condition que l’on oublie, et elle annule tout. Aucune de ces trois voies ne vaut si le prêteur est à l’abri de la perte. Dès que l’emprunteur lui garantit ses autres biens, l’opération redevient un prêt à intérêt — et le Rama l’écrit expressément.
« וכל זה לא מיירי אלא כשאחריות המשכונות על המלוה אבל כשהלוה כותב לו אחריות על שאר נכסיו ולא יוכל להגיע למלוה שום הפסד אסור » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)

3. Contexte — la sougya de Bava Metsia, le Rambam et le Tour

La sougya du chapitre איזהו נשך pose d’emblée la règle qui commande le siman, et elle la pose là où l’emprunteur peut récupérer son bien quand il veut :

« הַאי מַשְׁכַּנְתָּא, בְּאַתְרָא דִּמְסַלְּקִי – לָא נֵיכוֹל אֶלָּא בְּנַכְיְיתָא » (בבא מציעא ס״ז ע״ב)

Puis elle nomme la formule de l’acte qui rend l’opération permise sans aucune déduction — la formule que le Mehaber recopiera dans son seif 1 :

« שְׁרֵי כִּי מַשְׁכַּנְתָּא דְסוּרָא, דְּכָתְבִי בַּהּ הָכִי: בְּמִשְׁלָם שְׁנַיָּא אִילֵּין תִּיפּוֹק אַרְעָא דָּא בְּלָא כְּסַף » (בבא מציעא ס״ז ע״ב)

Elle rapporte enfin ce que faisaient les Amoraïm eux-mêmes, et ils ne faisaient pas tous la même chose :

« רַב כָּהֲנָא וְרַב פָּפָּא וְרַב אָשֵׁי לָא אָכְלִי בְּנַכְיְיתָא. רָבִינָא אָכֵיל בְּנַכְיְיתָא » (בבא מציעא ס״ז ע״ב)

Le Rambam organise cette matière en une classification que le Mehaber ne reprend pas, mais qui reste le cadre le plus clair du siman :

« נִמְצֵאתָ לָמֵד שֶׁשָּׁלֹשׁ מַשְׁכּוֹנוֹת הֵן. מַשְׁכּוֹנָא שֶׁהִיא רִבִּית קְצוּצָה. וּמַשְׁכּוֹנָא שֶׁהִיא אֲבַק רִבִּית. וּמַשְׁכּוֹנָא שֶׁהִיא מֻתֶּרֶת » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ז׳)
« מִשְׁכֵּן לוֹ מָקוֹם שֶׁפֵּרוֹתָיו מְצוּיִין תָּדִיר כְּגוֹן חָצֵר אוֹ מֶרְחָץ אוֹ חֲנוּת וְאָכַל פֵּרוֹתֵיהֶן הֲרֵי זוֹ רִבִּית קְצוּצָה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ז׳)
« מִשְׁכֵּן שָׂדֵהוּ בְּנִכּוּי הֲרֵי זֶה מֻתָּר » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ז׳)

Et c’est le Rambam qui donne au Mehaber son seif 1 presque mot pour mot, en rapportant l’avis de « certains Gueonim » :

« הוֹרוּ מִקְצָת גְּאוֹנִים שֶׁכָּל מַשְׁכּוֹנָא שֶׁאֵין בָּהּ נִכּוּי כְּלָל הֲרֵי הִיא רִבִּית קְצוּצָה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ח׳)
« וְהִתְנָה עִמּוֹ שֶׁאַחַר עֶשֶׂר שָׁנִים תַּחְזֹר קַרְקַע זוֹ לִבְעָלֶיהָ חִנָּם הֲרֵי זֶה מֻתָּר לֶאֱכל פֵּרוֹתֶיהָ כָּל עֶשֶׂר שָׁנִים » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ח׳)
« שֶׁאֵין זֶה אֶלָּא כִּשְׂכִירוּת וְכָל תְּנַאי שֶׁבִּשְׂכִירוּת מֻתָּר כְּמוֹ שֶׁבֵּאַרְנוּ » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ח׳)

4. Les concepts-clés de ce siman

משכנתא — le gage immobilier. Une maison ou un champ remis au prêteur pour la durée de la dette. Ce n’est pas le משכון du siman ק״ע · 170 — un objet mobilier qui garantit —, mais un bien dont le prêteur prend possession et dont il tire un revenu. C’est cette prise de possession qui fait toute la difficulté.
« המלוה את חבירו ומשכן לו בית או שדה על מנת שיאכל פירותיו כל ימי המשכונה » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
אכילת פירות — la consommation des fruits. Le revenu tiré du bien engagé : récolte d’un champ, loyer ou habitation d’une maison. C’est cela que le prêteur « mange », et c’est cela qui, sans aménagement, tient lieu d’intérêt. Le Rambam en fait le critère de gravité : là où les fruits sont réguliers et assurés — une cour, un bain, une boutique —, c’est de la רבית קצוצה.
« מִשְׁכֵּן לוֹ מָקוֹם שֶׁפֵּרוֹתָיו מְצוּיִין תָּדִיר כְּגוֹן חָצֵר אוֹ מֶרְחָץ אוֹ חֲנוּת וְאָכַל פֵּרוֹתֵיהֶן הֲרֵי זוֹ רִבִּית קְצוּצָה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ז׳)
משכנתא דסורא — le gage de Soura. La forme permise sans réserve : un acte pour un nombre d’années fixé, portant la clause « au terme de ces années, la terre sortira sans argent ». Le prêteur ne recouvrera rien ; il aura seulement joui du bien. C’est une location payée d’avance, et le montant du loyer est indifférent.
« כגון שהלוהו מנה והתנה עמו שאחר עשר שנים תחזור קרקע זו לבעליה חנם והיה שכר אותה קרקע שוה אלף דינרים בכל שנה מותר שאין זה אלא כמי ששכר בפחות » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
משכנתא בנכייתא — le gage avec déduction. La forme usuelle, et celle du Rama : chaque année, le prêteur retranche de la dette un montant convenu au titre des fruits qu’il consomme. Ce montant peut être dérisoire — le Chakh écrit qu’il peut être inférieur au tarif biblique du champ de possession —, mais il doit exister. Sans lui, l’opération est de l’אבק רבית.
« אפי׳ פחות מכדי שיעור שדה אחוזה שהוא לזרע חומר שעורים סלע ופונדיון לשנה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ו)
אתרא דמסלקי — le lieu où l’on écarte. Un lieu dont l’usage permet à l’emprunteur de rembourser à tout moment et de reprendre son bien. Le prêteur n’y est jamais immobilisé : il n’est donc pas un acheteur, et il lui faut une déduction. Là où l’usage ne le permet pas, Rachi et le Roch se passent de déduction.
« הַאי מַשְׁכַּנְתָּא, בְּאַתְרָא דִּמְסַלְּקִי – לָא נֵיכוֹל אֶלָּא בְּנַכְיְיתָא » (בבא מציעא ס״ז ע״ב)
אחריות — la charge du risque. Le point qui décide de tout. Tant que le prêteur peut tout perdre — inondation, incendie, effondrement —, il est dans la position d’un acquéreur. Dès que l’emprunteur lui garantit ses autres biens, le prêteur ne risque plus rien : c’est un prêt, et les fruits sont un intérêt. Le Chakh en donne la définition exacte, et elle est plus étroite qu’on ne croit.
« אלא ר״ל לאפוקי כשכותב לו אחריות על שאר נכסיו דאז כשיתקלקל המשכון מיד יש לו משכון אחר » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י)

5. Le tableau récapitulatif — les six seifim, clause par clause

ClauseCe qu’elle ditRégime
Seif 1 — משכנתא דסוראActe à durée fixée, « la terre sortira sans argent » : le prêteur ne recouvre rienPermis, quel que soit le rendement
Seif 1 — le rachat calculéL’emprunteur peut écarter à tout moment en comptant dix par an et en récupérant le soldePermis
Seif 1 — Rama, נכייתאUne déduction annuelle, même infime, dans un lieu où l’on peut écarterPermis
Seif 1 — Rama, sans נכייתאAucune déduction, dans un lieu où l’on peut écarterInterdit — אבק רבית
Seif 1 — Rama, אתרא דלא מסלקיL’emprunteur ne peut pas écarter avant terme, sans déductionPermis selon Rachi et le Roch, interdit selon le Rachba
Seif 1 — Rama, l’usageDans ces pays, on permet la נכייתא même là où l’on peut écarterPermis par la coutume
Seif 1 — Rama, livres et placesPrêt sur des livres ou des places de synagogue, même sans נכייתאPermis, mais « bon d’être rigoureux »
Seif 1 — Rama, אחריותGarantie écrite sur les autres biens de l’emprunteurInterdit
Seif 1 — Rama, ניכויDéduire après coup les fruits consommésRefusé — sauf après protestation
Seif 2Le prêteur reloue le bien à l’emprunteur pour un montant annuelDeux avis ; permis par un tiers, dans la seule משכנתא דסורא (Chakh)
Seif 3 — réparation légèreSomme infime pour que l’emprunteur assume une réparation mineurePermis
Seif 3 — sinistreMontant fixé pour que l’emprunteur assume effondrement ou incendieUn avis interdit — le risque est le fondement de la permission
Seif 3 — Rama, moitiésRachat partiel du gageLe prêteur mange tous les fruits jusqu’au rachat total
Seif 3 — Rama, dette antérieureLe gage donné pour une dette déjà néeInterdit
Seif 3 — Rama, sans stipulationNi משכנתא דסורא ni נכייתא convenuesOn suit la coutume de la ville
Seif 4« Ne vends qu’à moi, à ce prix » / « à sa valeur, et c’est ma condition »Interdit / permis
Seif 5Cour d’un non-Juif engagée à un Juif puis vendue à un autre JuifLe gagiste habite sans loyer jusqu’au remboursement
Seif 6 — la ruineBâtir et habiter jusqu’à épuisement de la dépense, en comptant un tiers de la valeurPermis
Seif 6 — Rama, l’impôtImpôt payé en argent / prélevé sur les fruitsPermis / interdit
Seif 6 — Rama, maison d’autruiLe propriétaire reprend la maison engagée par un tiersL’emprunteur rembourse le capital et le loyer versé

6. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev, le Pit’hei Techouva et les Nekoudot HaKessef

Soixante-et-onze entrées d’appareil pour six seifim : trente-trois ס״ק du Chakh, quatorze du Taz, dix-neuf du Baer Hetev, trois du Pit’hei Techouva et deux des Nekoudot HaKessef. Le Chakh y corrige deux fois le texte imprimé du Rama, et le Taz y consacre au Levouch le plus long développement du siman.

ש״ך — שפתי כהן (33 ס״ק)

ס״ק א — וכותב כו׳

Le ס״ק d’ouverture, et il pose la question qui commande tout le siman : pourquoi la משכנתא דסורא est-elle permise ?

« משמע דטעם ההיתר הוא בשביל שכותב כך בשטר וכן משמע בטור וכ״כ התוס׳ דף ס״ז ריש ע״ב » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק א)
« ומיהו פשט דבריו שם משמע דלעולם בעינן שלא יהא כח ביד המלוה לגבות מחובו כלום וכן נראה דעת המחבר » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק א)

ס״ק ב — שאחר י׳ שנים

« וה״ה יותר ועי׳ בתשובת מהר״ם אלשקר סימן קט״ו מדין משכנתא » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ב)

ס״ק ג — וכן אם התנה כו׳

« כלומר אפי׳ התנה הלוה שיוכל לסלקו כו׳ וכ״ש לא התנה דשרי » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ג)

ס״ק ד — מהשדה כו׳

Le Chakh explique la double mention du champ et de la maison : c’est un לא מיבעיא, du cas incertain au cas assuré.

« כלומר ל״מ שדה שפעמים אינו עושה פירות ונכנס בספק שמא לא יעשה פירות אלא אפילו בית וחצר שפירותיהן דהיינו הדירה מצויה תדיר מותר » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ד)

ס״ק ה — יוכל לסלקו כו׳

« ע״ל ס״ק כ״ו איזה מקרי יוכל לסלקו » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ה)

ס״ק ו — אפי׳ דבר מועט

« אפי׳ פחות מכדי שיעור שדה אחוזה שהוא לזרע חומר שעורים סלע ופונדיון לשנה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ו)

ס״ק ז — וי״א דאין חילוק כו׳

Le ס״ק qui corrige le Rama : « il n’y a pas de différence » est imprécis — il y en a une, mais elle porte sur la gravité de l’interdit, non sur la permission.

« אינו מדוקדק דודאי יש חילוק לי״א אלו שהם הרשב״א וסייעתו בין אתרא דמסלקי לאתרא דלא מסלקי בלא נכייתא דבמסלקי הוי ר״ק ובלא מסלקי הוי א״ר » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ז)
« ומשמע להדיא דלשתי סברות אלו אפילו יש כח ביד המלוה לגבות חובו שרי כיון דהוה בנכייתא ועל פי זה הוא גם כן המנהג » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ז)

ס״ק ח — ויש מתירין

« עיין בתשובת מהרי״ל שם משמע דאפילו בר״ק יש להתיר דמדמי ליה למעות של יתומים » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ח)

ס״ק ט — על ספרים כו׳

La défense du Rama contre le צ״ע du Taz sur les livres et les places de synagogue.

« הרי שלא נעלם מהרב דעת ראבי״ה וסייעתו שאוסרים גם בספרים בלא נכייתא וע״פ דבריהם כתב וטוב להחמיר לעשות בנכייתא » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ט)

ס״ק י — אלא כשאחריות המשכונות כו׳

La définition exacte de l’אחריות qui interdit : non pas la sûreté de la créance, mais la disposition immédiate d’un autre gage.

« אלא ר״ל לאפוקי כשכותב לו אחריות על שאר נכסיו דאז כשיתקלקל המשכון מיד יש לו משכון אחר » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י)

ס״ק י״א — אבל כו׳

« שאם יפול הבית או ישרף מיד יפרע משאר נכסיו » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י״א)

ס״ק י״ב — הפירות שאכל כו׳

« וכ״ש אכל טפי משיעור החוב שאין מוציאין ממנו » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י״ב)

ס״ק י״ג — דהואיל כו׳

La différence avec le siman קס״ז · 167, où l’on déduit : ici le gage était dans le domaine du prêteur dès le départ.

« כלומר דל״ד לדלעיל סי׳ קס״ז ס״ג דהכא המשכנתא היא בתחלה ברשות המלוה שלוה עליה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י״ג)

ס״ק י״ד — מיהו כו׳

« וכן אם אמר אטרח ואייתי זוזי אמרי׳ בש״ס דלא אכיל המלוה שוב הפירות » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י״ד)

ס״ק ט״ו — אם אמר כו׳

« כ׳ ב״י בשם תלמידי רשב״א י״מ דוקא בב״ד וי״מ אפי׳ שלא בב״ד נמי » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ט״ו)

ס״ק ט״ז — פירותי ברבית כו׳

La limite décisive : la déduction après protestation ne vaut que là où il y a de l’אבק רבית — non dans une משכנתא בנכייתא pleinement permise.

« משמע דוקא היכא דהוי א״ר הוא דמנכינן ליה היכא דמיחה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ט״ז)

ס״ק י״ז — אפילו כו׳

Et là où les décisionnaires se partagent, le Chakh conclut par la règle de la possession.

« ונ״ל דספיקא דדינא הוא והמע״ה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י״ז)

ס״ק י״ח — מנכין לו כו׳

« שכיון שזה מוחה עליו שלא יאכל גזל הוא » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י״ח)

ס״ק י״ט — משכונא זו

Le Chakh restreint le seif 2 à la seule משכנתא דסורא : dans toute autre, la relocation est interdite même par un tiers.

« דסורא אבל משכונא אחרת אסור אפי׳ אדם אחר שכרה כדלעיל סי׳ קס״ד » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י״ט)

ס״ק כ — יכול כו׳

« מיהו נ״ל שצריך שלא יתנו בכך מתחלה בשעת הלואה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ)

ס״ק כ״א — יש מי שאוסר

Qui est le « il en est un qui interdit » du seif 3, et sur quel raisonnement — celui-là même que le Chakh a refusé au ס״ק א.

« הוא הרמב״ן שהביא הרב המגיד שכתב הטעם דמשכנתא דסורא הוא מפני שאם שטפה נהר וכה״ג אינו נוטל כלום ואינו יכול לפרוע משאר נכסים » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ״א)

ס״ק כ״ב — אינה נפדית כו׳

Une correction textuelle rare : le Chakh écrit que le Rama, tel qu’il est imprimé dans tous les livres, comporte une faute de copiste.

« כן הוא בכל הספרים וט״ס הוא וכן הוא בעט״ז נפדית לחצאין כדאיתא בתשובת הרשב״א » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ״ב)

ס״ק כ״ג — בחוב קדום

« אפי׳ בנכייתא אסור דבמאי קני פריטי אין כאן נסכא אין כאן » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ״ג)

ס״ק כ״ד — אזלינן בתר מנהג

Un צ״ע du Chakh sur le Rama : le Baal HaTeroumot écrit exactement l’inverse.

« צ״ע דבה״ת כ׳ בהפך וכן הרשב״ץ הביא ב׳ הדעות ולא הכריע » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ״ד)

ס״ק כ״ה — וכן אם כו׳

« אמרינן בש״ס דסתם משכנתא שתא דאי בעי לסלוקי ליה גו שתא לא מצי מסלק ליה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ״ה)

ס״ק כ״ו — הולכים אחר המנהג

Ce qui fait qu’un lieu compte comme אתרא דמסלקי : le Raavad et le Roch ne mesurent pas la même chose.

« ובמקום שנוהגין שאם לא יפדנו לזמן ידוע כגון בתחלת כל שנה ושנה או ט״ו יום קודם שיכלה השנה שוב לא יפדנו אותה השנה כתב הראב״ד דחשיב אתרא דלא מסלקי » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ״ו)

ס״ק כ״ז — ועיין בחשן המשפט

« ובסימן קע״ה סנ״ז נ״ח נתבאר דין בר מצרא » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ״ז)

ס״ק כ״ח — בדמים

« אלו של דמי הלואה או שיוסיף לו מעט מ״מ הוא שוה יותר אסור » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ״ח)

ס״ק כ״ט — אסור

« כתב הב״ח דהוי א״ר דצד א׳ ברבית הוא מדרבנן » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק כ״ט)

ס״ק ל — אין הממושכן כו׳

« אפי׳ היה על הקונה לפדותו מותר לפי שבדיניהם הרי הוא כמכירה עד שיהא נפרע » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ל)

ס״ק ל״א — הנותן חורבתו כו׳

« ע״ל ס״ס קס״ו בהג״ה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ל״א)

ס״ק ל״ב — לוה כו׳

Le Chakh écrit que la glose du Rama est mal formulée, et il rétablit la distinction du Baal HaTeroumot.

« לשון הרב מגומגם בזה ומה שעולה מבה״ת בשם הרמב״ן הוא דכשהמס מוטל על גוף הקרקע אע״פ שהמלוה אוכל הפירות מותר ללוה לשלם המס שהרי הקרקע שלו היא » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ל״ב)

ס״ק ל״ג — צריך להחזיר כו׳ גם השכר

« היינו כשהמלוה היה דר בו בנכייתא וכהאי גוונא דלא היה אפי׳ א״ר אלא הוי כמכירה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ל״ג)

ט״ז — טורי זהב (14 ס״ק)

ס״ק א — כמשכנתא דסורא כו׳

Le Taz ouvre par le טעם du Ramban, et il en tire aussitôt une conséquence que le Chakh contestera.

« אבל במשכנתא בנכייתא כדרך שזכר רמ״א בהג״ה בשם י״א זהו אסור לדעה זאת » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק א)
« שבמשכנתא דסורא אין אחריות המלוה עליו ואם שטפה נהר אינו נוטל כלום אלא פירות שהוא עושה » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק א)

ס״ק ב — ואין חילוק בזה בין שדה לבית

La ma’hloket de Rachi et de Rabbénou Tam sur le champ et la maison, puis la position du Taz sur l’אחריות.

« זהו דעת ר״ת לאפוקי מדעת רש״י בטור שמחלק בין בית לשדה דבשדה מותר בנכייתא לפי שיש לפעמים הפסד אבל בבית הוי קרוב לשכר ורחוק מהפסד » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ב)
« כן נראה לי נכון להלכה דלא הוה רבית קצוצה כדעת הרא״ש » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ב)

ס״ק ג — ויש מתירין להלוות על ספרים כו׳

Le צ״ע du Taz sur les livres et les places de synagogue, auquel le Chakh répond au ס״ק ט.

« צ״ע דלמה סמך רמ״א על דעה זו כיון דבח״מ סימן ע״ב ובב״י מחודשים י״א מביא תשובת רשב״א דרבית קצוצה היא » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ג)

ס״ק ד — כותב לו אחריות כו׳

« כבר כתבתי הנראה לע״ד שלענין הלכה אבק רבית הוא ואפילו יהיה הדבר ספק מכל מקום אין כח לומר רבית קצוצה היא ולהוציא ממון » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ד)

ס״ק ה — הוי ברשות המלוה

« עי׳ סי׳ קס״ו סעיף ג » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ה)

ס״ק ו — מיהו אם אמר לא בעינא כו׳

Six mots qui changent le régime du cas : après protestation, ce n’est plus de l’intérêt mais du vol.

« דאז אכלם בגזל לא ברבית וכל גזל מוציאין ממנו » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ו)

ס״ק ז — משכונא זו

Le plus long ס״ק du siman, et le plus véhément : le Taz y démonte l’arrangement du Levouch.

« פי׳ משכנתא דסורא שנזכר בש״ע סעיף א׳ וההיתר בזה אם כבר החזיק המלוה בשדה כמ״ש סי׳ קס״ד אבל שאר משכנתא אסור אליבא דכ״ע » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ז)
« אבל פייסו פשיטא שאסור בכל גווני וישתקע הדבר ולא יאמר » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ז)

ס״ק ח — מנפילה או שריפה אסור

Pourquoi le transfert de l’אחריות détruit la permission, alors qu’ailleurs un dépositaire peut l’assumer.

« שאני הכא דעיקר ההיתר של ענין זה בהא שהמקבל מקבל עליו אחריות מש״ה כל שהאחריות בטל ממנו אין כאן היתר שהרי מלוה ולוה יש כאן » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ח)

ס״ק ט — בחוב קדום אסור

La sortie pratique du Taz pour la dette antérieure : un acte d’acquisition sur le champ lui-même.

« ונראה לי דהיינו שאין אומר אלא לשון משכון לחוד דאז אמרינן כיון שאין כאן מעות על מה יחול נתינת המשכון » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ט)

ס״ק י — בדמים אלו

« דהיינו פחות משויה ומוזיל גביה מחמת ההלואה » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק י)

ס״ק י״א — עד שיחזיר לו העובד כוכבים מעותיו

« מסיק ב״י לדעת רמב״ן ורשב״א אפילו אם היה על הקונה לפדותו מותר לפי שבדיניהם הרי היא כמכורה עד שיהא נפרע » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק י״א)

ס״ק י״ב — אלא זהוב אחד מותר

« דזה דמי למשכנתא דסורא שנזכר סעיף א׳ מסימן זה » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק י״ב)

ס״ק י״ג — כשהמס מעות

« שאין המס הזה מוטל על המעות שלו אלא על גוף הקרקע של לוה אבל אם המס בפירות שנוטל האדון חלק בפירות הקרקע אסור » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק י״ג)

ס״ק י״ד — מי שהשכין בית כו׳

Le ס״ק final, et il corrige le Rama : le Rachba exigeait une acceptation expresse de l’אחריות, que le Rama a omise.

« וצ״ע על רמ״א בהעתקה זו דבתשובת הרשב״א הוזכר שקיבל עליו הלוה אחריות ומכח זה פסק הרשב״א שחייב לוה לשלם מה שהתנה בדין האחריות » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק י״ד)
« אבל אם לא קיבל עליו בפירוש אחריות לא ישלם לו רק הממון שהלוהו בלא ניכוי אע״פ שהוכרח לשלם שכר דירה » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק י״ד)

באר היטב (19 ס״ק)

ס״ק א — דסורא

« והטעם בב״י בשם הרמב״ן שבמשכנתא דסורא אין אחריות המלוה עליו ואם שטפה נהר אינו נוטל כלום » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק א)

ס״ק ב — מועט

« אפילו פחות מכדי שיעור שדה אחוזה שהוא לזרע חומר שעורים סלע ופונדיון לשנה » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ב)

ס״ק ג — לסלק

« כ׳ הש״ך ואפילו יש כח ביד המלוה לגבות חובו שרי כיון דהוא בנכייתא וע״פ זה הוא המנהג » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ג)

ס״ק ד — ספרים

« והש״ך כתב שלא נעלם מעיני הרב דברים אלו וכמ״ש בד״מ לכך סיים וטוב להחמיר לעשות בנכייתא » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ד)

ס״ק ה — כשאחריות

« פי׳ שכותב לו אחריות על שאר נכסיו דאז אם יתקלקל המשכון מיד יש לו משכון אחר » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ה)

ס״ק ו — אסור

« וכ׳ הט״ז ומ״מ לא הוי אלא אבק רבית » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ו)

ס״ק ז — מנכין

« שכיון שזה מוחה עליו שלא יאכל גזל הוא » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ז)

ס״ק ח — לשכרה

« כ׳ הלבוש מיהו נ״ל שצריך שלא יתנה בכך בשעת ההלואה » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ח)

ס״ק ט — שאוסר

« דעיקר ההיתר הוא מאחר שמקבל עליו אחריות מש״ה כל שהאחריות בטל אין כאן היתר » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ט)

ס״ק י — אינה

« כ׳ הש״ך דהוא ט״ס וצ״ל נפדית לחצאין דהיינו דהמלוה מחויב לקבל החצי מ״מ יאכל המלוה כל הפירות » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק י)

ס״ק י״א — אסור

« אפילו בנכייתא דבמאי קני פריטי אין כאן נסכא אין כאן » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק י״א)

ס״ק י״ב — מנהג

« כ׳ הש״ך צ״ע דהב״י לא כתב כן אלא במשכנתא דסורא אבל לא בנכייתא » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק י״ב)

ס״ק י״ג — הולכים

« וכ׳ הב״י דכל הפוסקים ס״ל דהוי כאתרא דלא מסלקי » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק י״ג)

ס״ק י״ד — נתבארו

« בסי׳ ס״ז ס״ב ובסי׳ קע״ה סנ״ז נ״ח ובסי׳ רע״ח סס״ג » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק י״ד)

ס״ק ט״ו — בדמים

« כ׳ הש״ך פי׳ בדמים אלו של דמי ההלואה או שיוסיף לו מעט ומ״מ הוא שוה יותר » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ט״ו)

ס״ק ט״ז — שיחזיר

« אפי׳ היה על הקונה לפדותו מותר לפי שבדיניהן הרי הוא כמכירה עד שיהא נפרע » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק ט״ז)

ס״ק י״ז — מותר

« דזה דמי למשכנתא דסורא » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק י״ז)

ס״ק י״ח — כשהמס

« דכשהמס מוטל על גוף הקרקע אע״פ שהמלוה אוכל הפירות מותר ללוה לשלם המס » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק י״ח)

ס״ק י״ט — השכר

« היינו אם המלוה היה דר בו בנכייתא וכה״ג דלא היה אפי׳ א״ר אלא הוי כמכירה » (באר היטב יו״ד קע״ב ס״ק י״ט)

פתחי תשובה (3 ס״ק)

ס״ק א — וי״א דאפילו כו׳

« עי׳ בתשו׳ משכנות יעקב סי׳ ל״ח מ״ש בזה » (פתחי תשובה יו״ד קע״ב ס״ק א)

ס״ק ב — על ספרים

« עיין בח״מ סי׳ רצ״ב סעיף ך׳ בהגהה ועי׳ בסמ״ע ובש״ך שם ועי׳ במג״א סי׳ י״ד ס״ק יו״ד » (פתחי תשובה יו״ד קע״ב ס״ק ב)

ס״ק ג — בחוב קדום אסור

Le Le’hmei Toda, rapporté par le Pit’hei Techouva, restreint fortement l’interdit de la dette antérieure.

« שתמה על הרמ״א שסתם וכתב דאם נתנה לו בחוב קדום אסור » (פתחי תשובה יו״ד קע״ב ס״ק ג)
« ובאמת הא ליתא אלא במשכן לו על פה ולא אמר ליה לך חזק וקני או שלא כתב לו את השטר אבל במשכנתא דנהיגין השתא דע״י שטר הוי אפילו בחוב שקדום שריא לכ״ע » (פתחי תשובה יו״ד קע״ב ס״ק ג)

נקודות הכסף (2 entrées, référencées au siman)

Entrée א — (סימן קע״ב בט״ז ס״ק ג׳) צ״ע דלמה סמך כו׳

Contre le צ״ע du Taz sur les livres : le Chakh renvoie à son ס״ק ט.

« לק״מ כמ״ש בש״ך בס״ק ט » (נקודות הכסף יו״ד קע״ב)

Entrée ב — (בט״ז סק״ד) ר״ל דדוקא בקיבל עליו אחריות בפירוש

Contre la correction du Taz au Rama sur l’אחריות : la נכייתא vaut vente, et l’אחריות y est sous-entendue.

« ואין דבריו מוכרחים די״ל דכיון דהנכייתא הוי כמכירה לגבי פירות הוי כמכירה ממש ואמרינן אחריות ט״ס הוא » (נקודות הכסף יו״ד קע״ב)

7. Le Rambam — les trois משכונות des הלכות מלווה ולווה

Le Rambam range la matière en trois degrés, et sa classification vaut d’être mémorisée : elle donne d’un coup ce que le Mehaber et le Rama exposent en une page.

« נִמְצֵאתָ לָמֵד שֶׁשָּׁלֹשׁ מַשְׁכּוֹנוֹת הֵן. מַשְׁכּוֹנָא שֶׁהִיא רִבִּית קְצוּצָה. וּמַשְׁכּוֹנָא שֶׁהִיא אֲבַק רִבִּית. וּמַשְׁכּוֹנָא שֶׁהִיא מֻתֶּרֶת » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ז׳)
« מִשְׁכֵּן לוֹ מָקוֹם שֶׁפֵּרוֹתָיו מְצוּיִין תָּדִיר כְּגוֹן חָצֵר אוֹ מֶרְחָץ אוֹ חֲנוּת וְאָכַל פֵּרוֹתֵיהֶן הֲרֵי זוֹ רִבִּית קְצוּצָה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ז׳)
« מִשְׁכֵּן שָׂדֵהוּ בְּנִכּוּי הֲרֵי זֶה מֻתָּר » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ו׳ הלכה ז׳)

Deux seifim de notre siman sont du Rambam presque littéralement — le quatrième et le cinquième :

« וְאָמַר לוֹ הַמַּלְוֶה לִכְשֶׁתִּמְכֹּר קַרְקַע זוֹ לֹא תִּמְכְּרֶנָּה אֶלָּא לִי בְּדָמִים אֵלּוּ הֲרֵי זֶה אָסוּר » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ז׳ הלכה ז׳)
« עַכּוּ״ם שֶׁמִּשְׁכֵּן חֲצֵרוֹ לְיִשְׂרָאֵל וְחָזַר הָעַכּוּ״ם וּמְכָרָהּ לְיִשְׂרָאֵל אַחֵר אֵין הַמְמַשְׁכֵּן חַיָּב לְהַעֲלוֹת שָׂכָר לְיִשְׂרָאֵל » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ז׳ הלכה ו׳)
Et le Rambam donne la règle qui protège l’emprunteur contre lui-même : le prêteur ne se laisse pas écarter les mains vides, même s’il a déjà mangé la valeur de sa créance.
« אֲפִלּוּ אָכַל כְּשִׁעוּר חוֹבוֹ אֵין מְסַלְּקִין אוֹתוֹ בְּלֹא כְּלוּם שֶׁאִם תְּסַלֵּק אוֹתוֹ בְּלֹא מָעוֹת הֲרֵי זֶה כְּמִי שֶׁהוֹצִיא מִמֶּנּוּ בְּדַיָּנִין » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ז׳ הלכה א׳)
« הָא מַשְׁכַּנְתָּא בְּאַתְרָא דִּמְסַלְּקִי, אֲכַל שִׁיעוּר זוּזֵי – מְסַלְּקִינַן לֵיהּ » (בבא מציעא ס״ז ע״א)

8. Cas pratiques modernes

SituationCe que le siman en dit
Je prête à un ami et j’occupe son studio en attendant le remboursementC’est la משכנתא du seif 1. Sans aménagement, l’occupation est un intérêt. Deux voies : un acte à durée fixée où je ne récupère rien au bout (משכנתא דסורא), ou une déduction annuelle convenue sur la dette (נכייתא).
Je prête et je perçois les loyers de l’appartement donné en garantieMême cas, sous une autre forme : les loyers sont les fruits. Le Rambam range l’appartement parmi les biens « dont les fruits sont réguliers » et y voit la forme la plus grave — d’où l’importance de la déduction.
La déduction annuelle convenue est symbolique, très inférieure au loyer réelCela suffit selon le Rama, et le Chakh écrit qu’elle peut être inférieure au tarif biblique du champ de possession. Ce qui compte n’est pas son montant mais son existence : elle transforme la consommation en achat.
Le contrat prévoit que si l’immeuble brûle, l’emprunteur me garantit sur ses autres biensC’est la clause qui annule tout. Le Rama l’écrit expressément ; le Chakh précise qu’elle n’interdit que là où le prêteur dispose immédiatement d’un autre gage.
Je reloue l’appartement à l’emprunteur lui-même, contre un loyer annuelSeif 2, et le Mehaber donne deux avis. Le Chakh restreint la permission à la seule משכנתא דסורא ; dans une autre forme, c’est interdit même par l’intermédiaire d’un tiers.
L’emprunteur me verse un supplément pour que je prenne à ma charge le risque d’incendieSeif 3 : « il en est un qui interdit ». Le raisonnement est celui du Ramban — le risque est le fondement même de la permission ; en l’ôtant, on ôte l’aménagement.
Il me devait déjà de l’argent, et il me donne maintenant son appartement en garantieC’est la dette antérieure, et le Rama l’interdit. Le Taz indique la voie : que l’emprunteur lui fasse acquérir le bien par un acte de possession sur le champ lui-même. Le Pit’hei Techouva rapporte un avis qui restreint fortement l’interdit lorsqu’il y a un acte écrit.
Rien n’a été convenu : ni durée, ni déductionLe Rama renvoie à la coutume de la ville, et présume que telle était l’intention des parties. Le Chakh y met un צ״ע : le Baal HaTeroumot écrit l’inverse.
J’ai prêté sur des sefarim, et je les étudieLe Rama le permet même sans déduction, l’usage étant pour une mitsva ; il ajoute aussitôt qu’il est bon d’être rigoureux et de convenir d’une déduction. Le Taz laisse la permission en צ״ע.
J’ai consommé plus que ma créance, et l’emprunteur veut m’écarter sans rien payerLe Rambam et la guemara le refusent : on n’écarte pas le prêteur les mains vides, car ce serait faire sortir de lui par les juges ce qui n’en sort pas.
L’emprunteur me dit : « je ne veux plus que tu manges mes fruits »Ce qui est consommé après cette protestation se déduit de la dette. Le Taz en donne la raison : à partir de là, ce n’est plus de l’intérêt mais du vol — et le vol, on le fait sortir.
L’appartement engagé n’était pas à l’emprunteur, et le propriétaire le reprendFin du seif 6 : l’emprunteur rembourse le capital et le loyer que le prêteur a dû verser. Le Taz objecte que le Rachba exigeait une acceptation expresse de la garantie ; les Nekoudot HaKessef répondent que la נכייתא vaut vente et que la garantie est sous-entendue.

9. Synthèse du Siman 172

Questions de compréhension

  1. Pourquoi le montant du loyer est-il indifférent dans la משכנתא דסורא, alors qu’il est décisif partout ailleurs ?
  2. Qu’est-ce qu’une déduction ajoute exactement à l’opération, pour la faire sortir du prêt ?
  3. Pourquoi une garantie sur les autres biens de l’emprunteur interdit-elle, alors qu’elle protège l’emprunteur autant que le prêteur ?
  4. Quelle différence exacte entre le refus de déduire du seif 1 et la déduction accordée au siman קס״ו · 166 — et où le Chakh la place-t-il ?
  5. Pourquoi la protestation de l’emprunteur change-t-elle le régime de ce qui est consommé ensuite ?
  6. Que reproche le Chakh à la formule « il n’y a pas de différence entre un lieu où l’on écarte et un lieu où l’on n’écarte pas » ?

Pour aller plus loin

Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קע״ב · Niveau 1 — Initiation · הממשכן בית או שדה על מנת שיאכל פירות
daattorah.com

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