Siman 172 — le prêteur qui mange les fruits du gage
Six seifim — le Choulhan Aroukh l’annonce lui-même : ובו ו׳ סעיפים. Un homme prête cent et reçoit un champ en gage ; il en mange les récoltes, puis rend le champ et récupère ses cent. Rien n’a été ajouté au capital, et pourtant il a gagné dix moissons : c’est le prix du temps. Le siman dit les trois formes qui font sortir l’opération du prêt — משכנתא דסורא, נכייתא, et le lieu où l’on ne peut pas écarter —, la condition d’אחריות qui les commande toutes, et les cinq échappatoires que les seifim 2 à 6 referment (Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 172 — 6 seifim)
המלוה את חבירו ומשכן לו בית או שדה על מנת שיאכל פירותיו כל ימי המשכונה
Celui qui prête à son prochain et reçoit de lui en gage une maison ou un champ à condition d’en manger les fruits tous les jours du gage. Tout le siman tient dans la suite de cette phrase : à quelles conditions cette consommation cesse d’être le prix du temps.
Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 172:1
Les 4 niveaux d’étude
NIVEAU 01
רמת המתחיל
Base — Débutant & Intermédiaire
Texte hébreu des six seifim avec traduction française, et le mécanisme expliqué : pourquoi manger les fruits est un intérêt, et les trois manières de ne pas l’être. Le vocabulaire de la משכנתא — משכנתא דסורא, נכייתא, אכילת פירות, אתרא דמסלקי, אחריות —, la sougya de Bava Metsia, le Rambam des הלכות מלווה ולווה et ses trois משכונות, puis le Chakh (33 ס״ק), le Taz (14), le Baer Hetev (19), le Pit’hei Techouva (3) et les Nekoudot HaKessef (2) en entier.
Pilpoul approfondi : la ḥakira de fond — vente ou prêt sans effet ; le Ramban contre les Tossefot sur le טעם du heter ; Rachi et le Roch contre le Rachba sur l’אתרא דמסלקי, et la correction du Chakh au Rama ; les trois משכונות du Rambam contre Rabbénou Tam ; l’אחריות et le rang de l’interdit ; pourquoi l’on ne déduit pas ici ce que l’on déduit au siman קס״ו ; le Taz contre le Levouch ; et l’אחריות טעות סופר des Nekoudot HaKessef.
Un tableau-maître des six seifim clause par clause, les trois formes permises, la grille des trois משכונות du Rambam, les questions-réflexes, le vocabulaire du siman, les règles d’or et les pièges classiques.
La halakha pratique selon le ש״ך, le ט״ז, le באר היטב, le פתחי תשובה et les נקודות הכסף, puis dix cas contemporains du prêt garanti par un immeuble. Note : l’Admour HaZaken n’a pas écrit de Choulhan Aroukh sur Yoreh De'ah — niveau de psak, non “Daat HaRav”. Le Rambam de référence est ici les הלכות מלווה ולווה.
Je prête à un ami et j’occupe son appartement en attendant : est-ce permis ?
Pas tel quel. Le Choulhan Aroukh donne la condition en toutes lettres : il faut que l’opération cesse d’être un prêt.
« המלוה את חבירו ומשכן לו בית או שדה על מנת שיאכל פירותיו כל ימי המשכונה » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
« שמאחר שאין כח ביד המלוה לגבות מחובו כלום ולהחזיר הקרקע ללוה אינו אלא שכירות » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
Le Rama indique la voie ordinaire : une déduction annuelle sur la dette.
« דזהו מקרי משכנתא בנכייתא שרי ואם לא מנכה ליה כלום אסור והוי אבק רבית » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
De quel montant doit être la déduction ?
Le Chakh écrit qu’elle peut être infime — moins que le tarif biblique du champ de possession. Ce qui compte n’est pas son montant mais son existence.
« אפי׳ פחות מכדי שיעור שדה אחוזה שהוא לזרע חומר שעורים סלע ופונדיון לשנה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק ו)
Et le Rama atteste que tel est l’usage de ses pays, même là où l’emprunteur peut rembourser quand il veut.
« ובמדינות אלו נוהגים היתר במשכנתא בנכייתא אפי׳ יכול לסלק » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
L’acte prévoit qu’en cas de sinistre l’emprunteur me garantit sur ses autres biens : est-ce grave ?
C’est la clause qui annule tout l’aménagement, et le Rama l’écrit expressément.
« וכל זה לא מיירי אלא כשאחריות המשכונות על המלוה אבל כשהלוה כותב לו אחריות על שאר נכסיו ולא יוכל להגיע למלוה שום הפסד אסור » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
Le Chakh en donne la définition exacte : ce qui interdit est de disposer aussitôt d’un second gage.
« אלא ר״ל לאפוקי כשכותב לו אחריות על שאר נכסיו דאז כשיתקלקל המשכון מיד יש לו משכון אחר » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י)
Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
Puis-je relouer l’appartement à l’emprunteur lui-même ?
Le Mehaber donne deux avis, et le Chakh restreint la permission à la seule משכנתא דסורא.
« משכונא זו אם בא המלוה לחזור ולהשכירה ללוה בדבר קצוב לשנה יש אוסרין » (שו״ע יו״ד קע״ב:ב)
« דסורא אבל משכונא אחרת אסור אפי׳ אדם אחר שכרה כדלעיל סי׳ קס״ד » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י״ט)
Et le Taz démonte le montage par un tiers que proposait le Levouch.
« אבל פייסו פשיטא שאסור בכל גווני וישתקע הדבר ולא יאמר » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ז)
Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
Il me devait déjà de l’argent, et me donne aujourd’hui son appartement en garantie.
C’est la dette antérieure, et le Rama l’interdit sans distinguer.
« הא דמשכנתא שריא דוקא כשהשכין לו השדה בשעה שנותן לו המעות דהוי כמכר אבל אם נותנה לו בחוב קדום אסור » (שו״ע יו״ד קע״ב:ג)
Le Pit’hei Techouva rapporte une position qui restreint fortement cet interdit lorsque la משכנתא est faite par acte écrit.
« ובאמת הא ליתא אלא במשכן לו על פה ולא אמר ליה לך חזק וקני או שלא כתב לו את השטר אבל במשכנתא דנהיגין השתא דע״י שטר הוי אפילו בחוב שקדום שריא לכ״ע » (פתחי תשובה יו״ד קע״ב ס״ק ג)
Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
J’ai découvert après coup que la משכנתא était irrégulière : puis-je faire déduire les loyers perçus ?
Non, et c’est le contraire de ce que le Rama tranche au siman קס״ו · 166. Le Chakh explique où passe la ligne : ici le bien était dans le domaine du prêteur dès le départ.
« ובכל מקום דהמשכנתא הוי אבק רבית אם בא הלוה לנכות למלוה הפירות שאכל לא מנכינן ליה » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
« כלומר דל״ד לדלעיל סי׳ קס״ז ס״ג דהכא המשכנתא היא בתחלה ברשות המלוה שלוה עליה » (ש״ך יו״ד קע״ב ס״ק י״ג)
Une seule chose change le résultat : protester. Le Taz en donne la raison.
« מיהו אם אמר לו לא בעינא דתיכול עוד פירותי ברבית אם אכלן אח״כ אפי׳ באתרא דלא מסלקי מנכין לו פירות שאכל אח״כ » (שו״ע יו״ד קע״ב:א)
« דאז אכלם בגזל לא ברבית וכל גזל מוציאין ממנו » (ט״ז יו״ד קע״ב ס״ק ו)
Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.