✦ ❖ ✦
D A A T · N I V E A U 2 — L A M D A N

Siman 179 — Sorcellerie, augures et divination

סימן קע״ט
שלא לכשף לעונן ולנחש
Onze ma’hlokot, une seule question : où passe la frontière, et qui la trace ?
Pilpoul et étude approfondie
✦ ❖ ✦

שולחן ערוך יורה דעה סימן קע״ט · י״ט סעיפים
ש״ך כ״ג · ט״ז י׳ · באר היטב י״ב · פתחי תשובה ח׳ · טור · בית יוסף · רמב״ם

DAAT · הרב יוסף חיים סממה
daattorah.com

📑 Table des matières

  1. שאלה ומעשה — la ligne qui ouvre le siman
  2. החולה — quatre positions et une seule clause finale
  3. אמירת הטעם — le motif énoncé, et ce qui reste dans le cœur
  4. סימן לעתיד — et la contradiction apparente du Rambam
  5. לשון הקודש ולשון לעז — le Bach contre Rachi
  6. הרקיקה — l’ordre des deux gestes
  7. רפואת הגוף ורפואת הנפש — et les deux objets du seif י״ב
  8. אוחז את העינים — מעונן ou מכשף
  9. ספר יצירה — permis en droit, refermé en fait
  10. המקטר לשד — et la nafka mina du Chakh
  11. הלומד מן האמגושי — להבין ולהורות

1. שאלה ומעשה — la ligne qui ouvre le siman

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Le texte, et la seule source que le Rama lui donne Le seif n’interdit pas un acte : il dit qu’on n’interroge pas. Et la source qu’on lui assigne est un verset qui ne décrit aucun geste.
« אין שואלין בחוזים בכוכבים ולא בגורלות » (שו״ע יו״ד קע״ט:א)
« משום שנאמר תמים תהיה עם ה׳ אלהיך » (רמ״א יו״ד קע״ט:א)
« וכ״ש דאסור לשאול בקוסמים ומנחשים ובמכשפים » (רמ״א יו״ד קע״ט:א)
« וּמִפְּנֵי זֶה אָמְרָה תּוֹרָה כְּשֶׁהִזְהִירָה עַל כָּל אֵלּוּ הַהֲבָלִים » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״א הלכה ט״ז)
Ḥakira : que défend תמים תהיה ? (א) Un acte d’un genre particulier — se remettre à une science de l’avenir —, et l’interdit serait alors de même nature que celui de l’augure, seulement plus léger. (ב) Aucun acte : c’est une exigence de tenue, qui ne porte que sur le fait de consulter, et qui n’a pas de commune mesure avec l’interdit d’agir. Le Chakh tient (ב), et il le dit dans la même phrase où il nomme l’autre registre.
« הוא משום תמים תהיה אסור לשאול בהן אבל העושה מעשה בקסמים וניחוש וכישוף איסור דאורייתא הוא » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק א)
Nafka mina (1) Le malade. Si (ב), la question se rouvre : rien n’est fait, rien n’est accompli — c’est la section suivante. (2) Interroger des démons au sujet d’un vol. Le seif ט״ז le permet, et le Chakh en donne un motif qui est exactement (ב). (3) La table de la nuit de la circoncision. À l’inverse : aucune consultation, aucun acte de sorcellerie — et le seif י״ז interdit pourtant, à cause d’une phrase. Ce troisième cas montre que la ligne du Chakh n’est pas une ligne de gravité mais une ligne de nature.
« וכיוצא בזה מפני שאינו עושה מעשה » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ)
« ואומרים שהוא למזל התינוק אסור » (שו״ע יו״ד קע״ט:י״ז)
Le yessod, et il vient de la guemara elle-même. Le seif ה interdit de rassembler des bêtes par une incantation, et le Chakh ajoute que l’intention protectrice n’y change rien. Il écrit « ש״ס » — et c’est Sanhédrin, où Abayé tire précisément cette conséquence. L’acte est jugé pour ce qu’il est, non pour ce qu’on veut par lui : c’est l’exacte contrepartie de la ligne posée au premier ס״ק, où la parole est jugée pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle produit.
« ואע״ג דמכוון שלא יזיקו ומחברן למקום מדבר שלא ימצאו ביישוב ויזיקו אסור » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק ז)
« הַאי מַאן דְּצָמֵיד זִיבּוּרָא וְעַקְרַבָּא, אַף עַל גַּב דְּקָא מִיכַּוֵּין דְּלָא לַיזְּקוּ, אָסוּר » (סנהדרין ס״ה ע״א)

2. החולה — quatre positions et une seule clause finale

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ma’hloket, dans l’ordre où le Chakh la construit. (1) Il lit d’abord dans les Pisqei Maharai — la source même de la glose — que puisque le seul obstacle est תמים תהיה, un malade pourrait consulter. Le Beit Yossef rapporte cette lecture au nom de l’auteur lui-même. (2) Le Maharchal, après une longue discussion, conclut en sens inverse, et pose deux exceptions précises. (3) Le Beit Yossef, au nom du Zohar, tient que c’est un grand interdit même pour un malade — et le Chakh rapporte les trois sans arbitrer explicitement.
« ומבואר מדבריו שם דמותר לחולה לדרוש במכשפים וקוסמים כיון דאין איסור אלא משום תמים תהיה » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק א)
« וכתב מהר״ר איסרלן סי׳ נ״ו דאין איסור לדרוש במכשפים וקסמים אלא איסור דתמים תהיה ודקדק כן מדברי הפוסקים » (בית יוסף יו״ד קע״ט)
« והעלה דאסור לחולה לשאול בקוסמי׳ ומכשפים היכא דליכא סכנת נפשות אפילו יש סכנת אבר ואם בא לו החולי ע״י כישוף או מקרה ורוח רעה מותר » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק א)
« ובספר הזוהר נראה שאיסור גדול הוא לדרוש במכשפים אפילו לחולה » (בית יוסף יו״ד קע״ט)
Kouchia du Michkenot Yaakov, rapportée par le Pit’hei Techouva. Sur quoi le Zohar s’appuie-t-il pour tenir la consultation d’un sorcier pour un grand interdit ? Si c’est sur l’opinion, en guemara, qu’un ben Noah est lui aussi commandé sur la sorcellerie, alors le Zohar suit une position que la halakha ne suit pas. Et si cette position tombe, il ne reste plus que l’interdit de la parole et תמים תהיה — soit exactement ce que le Chakh avait posé au premier ס״ק.
« ועי׳ בתשובת משכנות יעקב סי׳ ל״ט שלמד זכית על הנוהגים היתר לדרוש במכשפים בשביל חולה » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ב)
« א״כ אין כאן רק איסור אמירה ואיסור דתמים תהיה כמו לשאול בכלדיים אולי בחולה שרי בפרט לחולה שיש בו סכנה ומ״מ שומר נפשו ירחק מהם » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ב)
Et une quatrième voix, que le Baer Hetev place entre parenthèses. Elle ne discute pas le droit mais le fait : elle tient que ce que la Torah a interdit était la sorcellerie des temps anciens, et que ce qui se pratique aujourd’hui est vide. L’argument est d’un autre ordre que les trois précédents — il ne déplace pas la ligne, il nie que quoi que ce soit se trouve du mauvais côté — et le Baer Hetev le signale en le mettant à part.
« ובת׳ נ״ש סימן ט״ו יורה להתיר להמון עם השואלין ודורשין בזה״ז למכשפים ע״ד הגניבה או החולה אם יחיה או ימות יען לא אסרה התורה אלא כישוף זמנים קדמוניות אכן עתה אין כישוף בעולם והכל הבל » (באר היטב יו״ד קע״ט ס״ק א)
Nafka mina Le Maharchal, seul des quatre, énonce des cas. (1) Danger de mort : permis. (2) Danger pour un membre seulement : interdit — et c’est un ‘hidouch, car ailleurs le danger d’un membre suffit souvent. (3) Maladie venue par sorcellerie, par accident ou par un esprit mauvais : permis. Le Baer Hetev résume l’échelle en une ligne, et le Pit’hei Techouva ajoute la sienne, qui se termine par la clause que le Rama emploie au seif ט״ז.
« כתב הש״ך בשם מהרש״ל דאסור לחולה לשאול בקוסמים ומכשפים היכא דליכא סכנת נפשות אפי׳ יש סכנת אבר » (באר היטב יו״ד קע״ט ס״ק א)
« מ״מ רוב העוסקים בזה אינן נפטרים מהם בשלום על כן שומר נפשו ירחק מהם » (רמ״א יו״ד קע״ט:ט״ז)
« ומעשה שדים שהתירו קצת פוסקים ראינו שרוב הנטפלים להן אינן יוצאין בשלום מתחת ידם ולכן שומר נפשו ירחק מהם » (בית יוסף יו״ד קע״ט)
« עי׳ בתשובת רדב״ז החדשות סי׳ תפ״ה » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק א)

3. אמירת הטעם — le motif énoncé, et ce qui reste dans le cœur

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La glose, et ce qu’elle déplace Le seif interdit d’égorger une poule qui a crié comme un coq. La glose permet le même geste, à une condition qui ne porte ni sur le geste ni sur l’intention mais sur la parole : qu’il ne dise pas pourquoi. Et le Chakh rapporte que l’usage observé va plus loin encore.
« וכן האומר שחוט תרנגול שקרא כעורב ותרנגולת זו שקראה כתרנגול אסור » (שו״ע יו״ד קע״ט:ג)
« אלא אומר סתם שחטו תרנגולת זו מותר לשחטה כשקראה כתרנגול » (רמ״א יו״ד קע״ט:ג)
« ועכשיו ראיתי המנהג שאומרים בפירוש שחטו התרנגולת שקרא׳ כתרנגול ושוחטין אותה » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק ג)
Kouchia du Taz, et il se la fait à lui-même. Si le silence sur le motif suffit à permettre, pourquoi ne suffirait-il pas dans les cas énumérés en tête du seif ? Celui à qui son pain est tombé de la bouche et qui renonce à sortir sans rien dire devrait être également permis — et le seif ne le dit nulle part.
« לפי זה נראה דגם בהנך דלעיל יש היתר כל שאינו אומר בפירוש שהוא עושה משום הכי » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ב)
Terouts du Taz, en deux traits. (1) Ici il y a devant lui un changement de nature — une poule qui crie comme un coq —, ce qui n’est le cas dans aucun des exemples précédents. (2) Et il y a chez l’homme une part de frayeur. C’est cette frayeur, et non l’augure, que la permission prend en charge : on lui laisse agir, pourvu qu’il n’énonce rien.
« אלא די״ל דשאני הכא כיון שיש שינוי טבע לפניו ויש מקצת חרדה על האדם הותר לו לעשות בלי אמירה משא״כ בהנך דלעיל שאין בהם שינוי טבע » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ב)
« כתב הט״ז לפ״ז נראה דגם בהנך דלעיל יש היתר כל שאינו אומר בפירוש שהוא עושה משום הכי » (באר היטב יו״ד קע״ט ס״ק ב)
Et la question que le Pit’hei Techouva pose à la place du Taz. Le Taz demandait si l’on peut agir sans rien dire. Le Pit’hei Techouva demande l’inverse : celui qui ne dit rien et s’abstient — qui renonce à ses affaires à cause de ces présages — est-il permis ? Le Chiltei Guiborim répond oui, parce qu’il est légitime de tenir compte de ce dont les gens se soucient. Mais le Pit’hei Techouva rapporte aussitôt les Tossefot de Bava Metsia, qui demandent précisément d’une pratique de ce genre si ce n’est pas de l’augure — et il en tire une difficulté qu’il pose non seulement au Chiltei Guiborim mais au Rama de notre seif.
« ואם אינו מוציא הדברים מפיו אלא מחשב בלבו ונמנע מעסקיו ע״י הנחשים האלה מותר שראוי לאדם לחוש על החשש שחוששין בו הבריות » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ג)
« משמע דלא כהש״ג וגם קשה מזה על הרמ״א בסעיף זה » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ג)
Nafka mina, et le Pit’hei Techouva la prend sur un cas concret. Au ס״ק ד, il rapporte la question posée au Hatam Sofer sur un usage de bâtisseurs — et la réponse est double. Le Hatam Sofer explique d’abord le raisonnement de ceux qui le pratiquent, ce qui l’écarte de l’augure pur. Puis il conclut qu’il vaut mieux ne pas s’attacher à de telles choses, qui ne sont mentionnées ni dans le Talmud ni chez les poskim. La conclusion ne repose donc pas sur la qualification mais sur la conduite — ce qui est la manière propre de ce siman.
« אודות מ״ש בבה״ט (של הרב מהרי״ט ז״ל) בשם צוואת ר״י חסיד שיש סכנה לבונה בית אבנים » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ד)
« אבל טוב יותר שלא לחוש לדברים אלו וכיוצא בהם שלא הוזכרו בש״ס ופוסקים ולא רבי יהודה חסיד חתום עליהם » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ד)

4. סימן לעתיד — et la contradiction apparente du Rambam

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La ma’hloket telle que la glose la pose. Peut-on se donner un signe sur une chose à venir — « si telle chose m’arrive, je ferai ceci » ? Le Tour et le Radak le permettent, sur l’exemple d’Éliézer et de Yonatan ; le Rambam et le Semag l’interdisent. La glose rapporte les deux et n’arbitre pas — elle conclut par une phrase qui n’est pas une décision.
« י״א דאדם מותר לעשות לו סימן בדבר שיבא לעתיד כמו שעשה אליעזר עבד אברהם או יהונתן » (רמ״א יו״ד קע״ט:ד)
« ויש אוסרין » (רמ״א יו״ד קע״ט:ד)
« וההולך בתום ובוטח בה׳ חסד יסובבנו » (רמ״א יו״ד קע״ט:ד)
« וכן כל דבר שעושים לסימן אם יארע כך וכך אעשה דבר פלוני ואם לא יארע לא אעשנו כאליעזר עבד אברהם » (טור יו״ד קע״ט)
Kouchia sur le Rambam, et elle est dans son propre chapitre. À la halakha ד, le Rambam range parmi les interdits celui qui se fixe des signes pour l’avenir, comme Éliézer serviteur d’Avraham — l’exemple même sur lequel le Tour s’appuie pour permettre. À la halakha ה, il permet la maison, la bête, et le verset demandé à l’enfant. Comment les deux tiennent-ils ensemble ?
« וְכֵן הַמֵּשִׂים סִימָנִים לְעַצְמוֹ אִם יֶאֱרַע לִי כָּךְ וְכָךְ אֶעֱשֶׂה דָּבָר פְּלוֹנִי וְאִם לֹא יֶאֱרַע לִי לֹא אֶעֱשֶׂה, כֶּאֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם. וְכֵן כָּל כַּיּוֹצֵא בַּדְּבָרִים הָאֵלּוּ הַכּל אָסוּר » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״א הלכה ד)
« וְכֵן הַשּׁוֹאֵל לְתִינוֹק אֵי זֶה פָּסוּק אַתָּה לוֹמֵד אִם אָמַר לוֹ פָּסוּק מִן הַבְּרָכוֹת יִשְׂמַח וְיֹאמַר זֶה סִימָן טוֹב כָּל אֵלּוּ וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן מֻתָּר הוֹאִיל וְלֹא כִּוֵּן מַעֲשָׂיו וְלֹא נִמְנַע מִלַּעֲשׂוֹת אֶלָּא עָשָׂה זֶה סִימָן לְעַצְמוֹ לְדָבָר שֶׁכְּבָר הָיָה הֲרֵי זֶה מֻתָּר » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״א הלכה ה)
Terouts, et le Rambam le donne lui-même dans la halakha ה. Le critère qu’il énonce est en trois membres : il n’a pas dirigé ses actes d’après le signe, il ne s’est pas abstenu de faire, et il s’est fait un signe sur une chose déjà advenue. Le dernier membre est décisif : le signe rétrospectif — la maison qui m’a porté chance depuis que je l’ai achetée — ne commande rien. Le signe prospectif, au contraire, engage un acte futur, et c’est lui que la halakha ד range avec le ניחוש. Le Chakh écarte le cas d’Éliézer et de Yonatan d’une autre manière, en renvoyant au Levouch et au Bach : ils sont autres.
« ואליעזר ויונתן שאני כדאיתא בעט״ז וב״ח » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק ו)
« פרש״י בנה בית או נולד לו בן או נשא אשה אע״פ שאין ניחוש שאסור לנחש ולסמוך על הניחוש יש סי׳ סימנים בעלמא הוי » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק ד)
Nafka mina, et elle est plus large qu’il n’y paraît. Le Chakh, au ס״ק ה, ne se contente pas de permettre de demander son verset à un enfant : il lit dans le Rama et les poskim qu’on peut même agir sur cette foi, pour l’avenir, « car cela compte un peu comme une prophétie ». Le Taz dit la même chose au ס״ק ג, et le Baer Hetev reprend le Chakh. La permission cesse donc d’être seulement rétrospective — et c’est exactement le point que la halakha ד du Rambam paraissait fermer.
« משמע דעת הרב והפוסקים דאפי׳ לעשות מעשה ולסמוך עליו לעתיד על הפסוק מותר דחשיב קצת נבואה » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק ה)
« ופסוק לי פסוקיך הוי כעין נבואה קטנה » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ג)
« כתב הש״ך דמשמע דעת הרב והפוסקים דאפי׳ לעשות מעשה ויסמוך עליו לעתיד על הפסוק מותר דחשיב קצת נבואה » (באר היטב יו״ד קע״ט ס״ק ג)

5. לשון הקודש ולשון לעז — le Bach contre Rachi, et la réponse du Chakh

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Rachi au nom de son maître, et le Rama qui le recueille Le seif interdit à qui chuchote sur la plaie de lire ensuite un verset. La glose restreint : cela n’est interdit qu’en langue sainte. Autrement dit, c’est le Nom porté par la langue de la Torah, et non le contenu du verset, qui fait l’interdit.
« וי״א דכל זה אינו אסור אלא כשקורא הפסוק בלשון הקדש אבל בלשון לעז לא » (רמ״א יו״ד קע״ט:ח)
Kouchia du Bach, rapportée par le Chakh. Au chapitre Kira, Abayé enseigne que des « choses de sainteté » ne peuvent être dites, même en langue profane, dans un bain ou dans un lieu d’aisances. Donc, dit le Bach, ce qui est interdit en langue sainte l’est aussi en langue profane ; et il ajoute que les poskim n’ont pas rapporté la position de Rachi.
« כ׳ הב״ח ותימה דבפרק כירה גבי מרחץ ובית הכסא אמר אביי דדברים של קודש אף לאמרם בל׳ חול אסור הלכך נראה גבי לחש נמי מה שאסור בלשון קודש אסור נמי בלשון חול » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״א)
Terouts du Chakh, et il est d’une netteté rare. La preuve du Bach porte sur autre chose. « Choses de sainteté » désigne une matière sainte — une décision halakhique, un enseignement de Torah — qu’on ne dit pas en un lieu impropre, et la langue n’y change rien. Ici, ce n’est pas la matière qui est en cause mais le Nom : or un Nom en langue sainte est un Nom, et en langue profane il n’en est pas un du tout. Le Chakh en donne une preuve qui décide : on a le droit d’effacer un nom écrit dans une langue profane. Il conclut néanmoins qu’on prendra garde autant qu’on le peut — et que là où l’on ne peut pas, on ne peut pas.
« ותימה איך עלה על דעתו לדחות דברי רש״י ורבו בדברי׳ שאינם ענין לכאן כלל » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״א)
« אבל השם בל׳ הקדש הוא שם אבל בלשון חול אינו שם כלל » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״א)
« והגע עצמך דהא מותר למחות שם שנכתב בלשון חול כגון גאט בלשון אשכנז או בו״ג בלשון פולי״ן ורוסי״א וכיוצא בזה » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״א)
« הלכך אני אומר ודאי לכתחלה יש ליזהר בכל מה דאפשר וכמ״ש גם הרב אבל היכא דלא אפשר לא אפשר » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״א)
« והב״ח אוסר גם לשון לעז כמו לשון הקודש וחולק עליו הש״ך » (באר היטב יו״ד קע״ט ס״ק ז)

6. הרקיקה — l’ordre des deux gestes

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Kouchia sur la raison du Taz. Le Taz donne la raison de la peine la plus lourde : mentionner le Nom du Ciel sur un crachat est un affront. Mais on crache aussi avant « ואנחנו כורעים », et le Nom y est mentionné ensuite — pourquoi n’est-ce pas le même affront ?
« הטעם דכיון דמזכיר שם שמים על הרקיקה הוי בזיון ח״ו » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ה)
« לפי שאין מזכירין ש״ש על הרקיקה » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י)
Terouts du Taz. Là, tout le monde sait que le crachat vise l’idolâtrie, et que le Nom mentionné ensuite est au contraire l’honneur du Ciel. Les deux gestes ne se rapportent donc pas au même objet. Ici, au contraire, le crachat et le verset portent tous deux sur la plaie — et le second ramasse ce que le premier a laissé.
« ועל כן אין להקשות ממה שנוהגין ברקיקה קודם ואנחנו כורעים דשם הכל יודעין שהרקיקה היא לבזיון הגילולים של עובדי כוכבים והיא כבוד שמים שמזכיר אח״כ » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ה)
Et une ma’hloket sur l’ordre des deux gestes. Rachi lit que seul est interdit celui qui chuchote après avoir craché. Le Tour écrit « il mentionne le Nom du Ciel et il crache », ce qui implique que l’interdit vaut même quand le crachat vient en second. Le Taz relève l’écart ; le Baer Hetev le résume. La différence n’est pas théorique : elle décide de la moitié des cas réels.
« וכן הוא ברש״י דדוקא לוחש אחר הרקיקה אסור אבל בטור כתוב ומזכיר שם שמים ורוקק משמע שהאיסור אפ׳ ברוקק אח״כ » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ו)
« ורש״י פי׳ דדוקא לוחש אחר הרקיקה אבל הטור כתב דלאו דוקא אלא אפילו רוקק אחר שהזכיר » (באר היטב יו״ד קע״ט ס״ק ו)
« ור״י פירש דווקא בלוחש על המכה ומזכיר שם שמים ורוקק אותו הוא שאין לו חלק לעוה״ב אבל אם אינו רוקק לא חמיר כולי האי » (טור יו״ד קע״ט)
Nafka mina — l’étendue du degré intermédiaire. Le seif dit : s’il ne crache pas, « il y a du moins un interdit ». Le Taz précise au ס״ק ז que cela vaut même sans mentionner le Nom, et pour toute maladie, non pour la seule plaie. Le Chakh, au ס״ק י, tire le pendant : quand on lit un verset sans Nom, même avec crachat, il n’y a qu’un interdit — et il en profite pour écarter la lecture du Levouch, qui voyait l’affront dans le crachat sur les versets eux-mêmes.
« פי׳ בלוחש פסוק אפי׳ בלא הזכרת שם שמים על המכה וה״ה שאר חולי שאינו מכה כ״כ ב״י » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ז)
« משמע בקורא פסוק בלא שם אף ברקיקה ליכא אלא איסורא » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י)

7. רפואת הגוף ורפואת הנפש — et les deux objets du seif י״ב

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Le yessod, et c’est le Taz qui le formule. Les paroles de Torah n’ont pas été données pour guérir le corps mais pour guérir l’âme. C’est le Rambam qui le dit le premier, et c’est ce qui sépare le seif ט du seif י : l’enfant frappé a besoin d’une guérison, le bien-portant n’a besoin que d’une protection. Le Chakh étend la règle à l’adulte malade, et il renvoie lui-même au seif suivant.
« הַלּוֹחֵשׁ עַל הַמַּכָּה וְקוֹרֵא פָּסוּק מִן הַתּוֹרָה. וְכֵן הַקּוֹרֵא עַל הַתִּינוֹק שֶׁלֹּא יִבָּעֵת וְהַמַּנִּיחַ סֵפֶר תּוֹרָה אוֹ תְּפִלִּין עַל הַקָּטָן בִּשְׁבִיל שֶׁיִּישַׁן. לֹא דַּי לָהֶם שֶׁהֵם בִּכְלַל מְנַחֲשִׁים וְחוֹבְרִים אֶלָּא שֶׁהֵן בִּכְלַל הַכּוֹפְרִים בַּתּוֹרָה שֶׁהֵן עוֹשִׂין דִּבְרֵי תּוֹרָה רְפוּאַת גּוּף וְאֵינָן אֶלָּא רְפוּאַת נְפָשׁוֹת » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״א הלכה י״ב)
« דאז צריך לרפוא׳ ודברי תורה לא ניתן לרפואת הגוף אלא לרפואת הנפש » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ח)
« וה״ה גדול שנחלה דאסור להתרפאות בד״ת אם לא להגן כדבסעיף שאח״ז » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״ב)
« וה״ה גדול שנחלה דאסור להתרפאות בד״ת אם לא להגן כדלקמן ומטעם זה קורין ק״ש על מטתו להגן עליו בלילה » (באר היטב יו״ד קע״ט ס״ק ח)
Kouchia sur le seif י״ב, et elle saute aux yeux. Le seif s’ouvre en permettant de se soigner par une amulette, et se poursuit en disant que c’est « uniquement pour se protéger afin de ne pas tomber malade, mais non pour s’en soigner ». Les deux membres se contredisent mot pour mot. Comment les lire ?
« מותר להתרפאות בקמיע אפי׳ יש בהם שמות » (שו״ע יו״ד קע״ט:י״ב)
« ודוקא להגן שלא יחלה אבל לא להתרפאות בהם מי שיש לו מכה או חולי » (שו״ע יו״ד קע״ט:י״ב)
Terouts — et il n’est pas une lecture, c’est la source. Le seif recopie une réponse du Rachba, que le Beit Yossef donne en entier. On y voit que les deux membres ne parlent pas du même objet : le premier permet de se soigner par une amulette qui contient des Noms ; le second traite des amulettes qui contiennent des versets, et c’est à celles-là, et à elles seules, que se rapporte « uniquement pour se protéger ». La restriction suit alors exactement le principe du Taz : ce sont les paroles de Torah qui ne guérissent pas le corps. Et le Rachba ajoute un troisième régime — écrire —, qui est celui du Taz au ס״ק ט.
« תשובה ודאי מותר להתרפאות בהם אפי׳ יש בהם שמות » (בית יוסף יו״ד קע״ט)
« וכ״ש שהוא מותר לישא קמיעים שיש בהם פסוקים ודוקא להגן שלא יחלה אבל לא להתרפאות בהם מי שיש לו מכה או חולי » (בית יוסף יו״ד קע״ט)
« אבל הקמיעין מסתברא שבאיסורן הן עומדין כל שיש בהם פסוקים » (בית יוסף יו״ד קע״ט)
« הטעם כדאיתא ריש פרק כל כתבי כותבי ברכות כשורפי ס״ת לפי שאם תפול דליקה בשבת אסור להצילם ולהטריח עבורם בשבת » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ט)
Nafka mina — le danger, et la distance. (1) Le danger de mort lève l’interdit : le Taz le dit en toutes lettres pour l’enfant frappé, et le Pit’hei Techouva le rapporte du Beér Chéva pour la femme en couches. Mais le même Pit’hei Techouva rapporte aussitôt l’avis qui restreint — non pas parce que l’interdit demeure, mais par égard pour l’honneur du rouleau. (2) Le Pit’hei Techouva, au ס״ק ה, ajoute un critère d’un autre ordre : ce qui s’accomplit loin du malade, et il note lui-même que la preuve appelle examen.
« ודבר פשוט שאם יש סכנת נפשות בתינוק שנפגע שמותר אפילו להתרפאות בד״ת כמו שמוזכר בסעיף ח » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק ח)
« דמותר להניח ס״ת על אשה המקשה לילד ולקרות עליה פסוקים משום שיש בה סכנת נפשות » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ו)
« שכתב דאינו נכון לזלזל בכבוד הס״ת כל כך ולא יביאו הס״ת אלא בפתח חדר של היולדת שזכות התורה יגין עליה ולא לענין סגולה או רפואה » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ו)
« ומינה לכל הדברים שעושים רחוק מהחולה דאסור » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ה)
« דכיון דמשום סכנתא שרו לה בכל גווני שרי דאין לך דבר שעומד בפני פיקוח נפש » (בית יוסף יו״ד קע״ט)

8. אוחז את העינים — מעונן ou מכשף, et deux solutions concurrentes

↩ Explication détaillée (niveau 1)
Le seif, et la position du Tour qui le précède Le seif interdit l’אוחז את העינים sans dire à quel titre. Le Tour, lui, le range sous le מעונן et écrit qu’il n’y a là qu’un interdit, sans flagellation — parce qu’il ne fait rien.
« אוחז את העינים אסור » (שו״ע יו״ד קע״ט:ט״ו)
« מעונן זה האוחז העינים שמדמה כאילו עשה מעשה ואינו עושה כלום הלכך אין בו אלא איסור ואינו לוקה » (טור יו״ד קע״ט)
Kouchia sur le Rambam, et « beaucoup l’ont posée ». Dans les lois du מעונן, le Rambam écrit que l’אוחז את העינים est de ce genre-là, et il est flagellé. Dans les lois du מכשף, il écrit qu’il reçoit une makat mardout, parce que l’interdit du sorcier est un לאו passible de mort par le tribunal, sur lequel on ne flagelle pas. Les deux passages se contredisent ; et il reste, note le Beit Yossef, deux difficultés de plus : pourquoi flageller au premier endroit, puisqu’il n’y a pas d’acte ? Et pourquoi, au second, avoir besoin de la raison du לאו passible de mort ?
« והרמב״ם כשכתב דין מעונן כ׳ וז״ל האוחז את העינים ומדמה בפני הרואים שעושה מעשה תמהון והוא לא עשה ה״ז בכלל מעונן ולוקה » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק י)
« ואח״כ בדין מכשף כתב וז״ל המכשף חייב סקילה והוא שעשה מעשה כשפים אבל האוחז את העינים והוא שמראה שעשה ולא עשה לוקה מכת מרדות » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק י)
« והקשו רבים דברי רמב״ם אלו אהדדי » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק י)
« ויש לתמוה שזה הפך מה שכתב תחלה שאוחז את העינים לוקין עליו » (בית יוסף יו״ד קע״ט)
Premier terouts — celui du Beit Yossef. Il n’y a pas de contradiction, parce qu’il n’y a pas d’absence d’acte : tout אוחז את העינים fait bien quelque chose, sans quoi il ne saisirait pas les yeux de personne. Ce que le Rambam nie, c’est qu’il ait accompli l’acte prodigieux qu’on lui voit faire — non qu’il n’ait rien fait. Dès lors il mériterait deux flagellations, l’une comme מעונן et l’autre comme מכשף, et c’est de la seconde seulement qu’il est dispensé, pour la raison que le Rambam donne à sa place.
« ונ״ל דכל אוחז את העינים הוא עושה מעשה כדי לאחוז את העינים » (בית יוסף יו״ד קע״ט)
« ומאחר שיש בו מעשה בדין הוא ללקות עליו שתים אחד משום מעונן ואחד משום מכשף » (בית יוסף יו״ד קע״ט)
Second terouts — celui du Taz, et il tient une autre ligne. Le Taz ne sauve pas l’acte : il accepte qu’il n’y en ait pas, et soutient que le Rambam flagelle tout de même, parce qu’aux yeux de ceux qui regardent il fait un acte. Il en donne un précédent : celui qui muselle une bête par la voix est flagellé, bien qu’il n’ait rien fait de ses mains, puisque par sa voix la bête a foulé sans manger. Puis il pose la distinction qui répartit les deux textes : l’אוחז את העינים du מעונן fait croire que lui-même accomplit un prodige ; celui du מכשף fait croire qu’à travers cet homme une chose est arrivée — les concombres arrachés du champ. Le premier est sous le לאו du מעונן et il est flagellé ; le second est sous celui du מכשף et il ne l’est pas.
« ולע״ד נראה דהרמב״ם ס״ל דיש מלקות בלאו זה אף על פי שאין בו מעשה כיון שלעיני הרואים נחשב שעושה מעשה » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק י)
« ודוגמא לדבר מצינו בפרק הפועלים לענין חסמה בקול דלוקה אע״פ שאין בו מעשה » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק י)
« והחילוק שביניהם דאוחז את העינים היינו דמדמה שהוא עושה מעשה תמהון הוא בכלל לאו דמעונן » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק י)
« אבל האוחז את העינים דמכשף היינו שמדמה להם שעי״ז האיש נעשה מעשה כגון שנעקרו הקישואין שבשדה » (ט״ז יו״ד קע״ט ס״ק י)
Nafka mina, et elle est pratique. Si ce qui est visé est le fait de paraître accomplir un prodige, alors l’illusion produite par des tours et par la vivacité de la main y entre pleinement, sans qu’aucune sorcellerie soit en cause — et c’est ce que le Chakh rapporte du Bach au nom du Rambam, et ce que le Baer Hetev redit. Le Pit’hei Techouva en tire, au ס״ק ז, trois conséquences distinctes sur les illusionnistes de noces : celui qui les fait, celui qui les engage, et celui qui regarde.
« עב״ח שכתב בשם הרמב״ם דגם אחיזת עינים שאינו ע״י כשוף רק ע״י מראה ותחבולות ועל ידי קלות התנועה ביד אסור » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״ז)
« הב״ח כתב בשם הרמב״ם דגם אחיזת עינים שאינו ע״י כישוף רק ע״י מראה ותחבולות ע״י קלות התנועה ביד אסור » (באר היטב יו״ד קע״ט ס״ק י)
« וע׳ בספר חכמת אדם כלל ע״ה שהתרעם על הבדחנים שעושים אחיזת עינים על החתונות » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ז)

9. ספר יצירה — permis en droit, refermé en fait

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La permission, dans les mots du Tour et du seif Elle n’est pas une tolérance : le Tour écrit qu’il est permis d’agir ab initio, et le seif ajoute entre parenthèses que cela vaut même pour accomplir un acte.
« ועל ידי ספר יצירה מותר לעשות לכתחלה » (טור יו״ד קע״ט)
« וע״י ספר יצירה מותר » (שו״ע יו״ד קע״ט:ט״ו)
Le yessod, et le Chakh le rapporte du Levouch. Ce ne sont pas des procédés mais des Noms saints, à qui le Créateur a donné une force ; celui qui agit par eux manifeste la grandeur du Nom. C’est pourquoi la permission est lekhathila — mais c’est aussi pourquoi elle est conditionnée : il faut s’en occuper dans la sainteté et la pureté, et pour le besoin de la sanctification du Nom ou d’une grande mitsva.
« לעשות לכתחלה דשמות הקדש הם והש״י נתן בהם כח שיוכלו לפעול על ידיהם החסידים והנביאי׳ והפועל בהם מראה גדולתו וגבורתו של הש״י » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״ח)
« אך שיתעסקו בהם בקדושה ובטהר׳ ולצורך קדושת השם או לצורך מצוה רבה אשר לא נמצא זה בדורות הללו בעו״ה » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״ח)
Nafka mina — une permission qui n’a plus d’objet. La condition n’est pas restrictive : elle est vide. Le Chakh écrit que cela ne se trouve pas dans nos générations, et que même en leur temps Yechayahou fut puni pour cela. Le Baer Hetev résume le Levouch en une ligne et conclut par la formule qui referme : celui qui s’en abstient sera béni. Le siman a ici sa figure propre : une permission entière en droit, et fermée par la conduite.
« וכן נמצא בכמה מחברים דורשי רשומות שאין להשתמש בשמות הקדש כ״א לצורך מצוה רבה ודאשתמש בתגא חלף » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק י״ח)
« וכתב הלבוש אבל צריך לזה קדושה וטהרה אשר לא נמצא זה בעו״ה בדורות הללו ועל זה נאמר ודאשתמש בתגא חלף על כן המונע יבורך » (באר היטב יו״ד קע״ט ס״ק י״א)

10. המקטר לשד — עבודת כוכבים ou בעל אוב, et la nafka mina

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La chaîne, et où elle se rompt Rabbénou Yerou’ham tient celui qui encense pour un démon pour un idolâtre, passible de lapidation même s’il n’encense pas au nom d’un culte. La Ramah en déduit que celui qui encense pour se l’associer est passible comme un בעל אוב. Le Beit Yossef ne comprend pas ce que le בעל אוב vient faire ici, et écrit qu’il faut effacer ces mots.
« ז״ל רבינו ירוחם ני״ז ח״ה המקטר לשד הוי עובד עבודת כוכבים ואפי׳ אינו מקטיר לשם עבודת כוכבים אלא לחבר הוי בסקילה » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ב)
« וכתב הרמ״ה דשמעינן מהא דהמקטר לשד לחברו ולכופו לעשות רצונו חייב משום בעל אוב » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ב)
« וכתב ב״י ואיני יודע מה ענין בעל אוב לזה ונראה שצריך למחוק משום בעל אוב וחייב משום עבודת כוכבים קאמר » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ב)
Kouchia du Chakh sur le Beit Yossef, et elle vient de la guemara. Dans le chapitre des Quatre morts, Oulla établit que le בעל אוב de la michna de Kéritot est celui qui encense pour un démon. Rava objecte qu’un tel homme est un idolâtre, et rectifie : il s’agit de celui qui encense pour se lier. Il ressort donc de la guemara elle-même que « celui qui encense pour un démon » a bien été proposé comme un בעל אוב — ce que le Beit Yossef déclarait sans objet.
« ותימה דבפרק ד׳ מיתות (סנהדרין דף ס״ה ע״א) אמרינן אלא אמר עולא (בעל אוב דקתני בכריתות) במקטר לשד » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ב)
« אֶלָּא אָמַר עוּלָּא: בִּמְקַטֵּר לַשֵּׁד. אֲמַר לֵיהּ רָבָא: מְקַטֵּר לַשֵּׁד – עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה הוּא! אֶלָּא, אָמַר רָבָא: בִּמְקַטֵּר לְחַבָּר. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: הַמְקַטֵּר לְחַבָּר – חוֹבֵר חָבֵר הוּא. אִין, וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: חוֹבֵר זֶה בִּסְקִילָה » (סנהדרין ס״ה ע״א)
Terouts du Chakh, et il tranche l’autre sens. Le Beit Yossef lit la guemara ainsi : « celui qui encense pour lier » est celui qui encense simplement, et que la fumée joint aux démons — celui-là est בעל אוב. Mais celui qui encense pour un démon, même afin de le joindre à lui, est passible comme idolâtre ; sinon l’objection de Rava à Oulla n’aurait pas lieu d’être. Et la Ramah, qui a repris la formule d’Oulla telle quelle, doit donc dire lui aussi « comme idolâtre ».
« ונראה ליישב דס״ל לב״י דש״ס משמע דמקטר לחבר היינו שמקטר סתם וע״י הקטרה נעשה שמתחברים עם השדים וחייב משום בעל אוב וכמ״ש רש״י » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ב)
« אבל כשמקטר לשד אע״פ שעשה כן לחבר השדים חייב משום עבודת כוכבים דאל״כ מאי קא מקשה רבא לעולא » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ב)
Nafka mina, et c’est le Chakh qui la nomme. Elle ne porte pas sur la peine mais sur le statut. Passible comme idolâtre, l’homme devient un מומר pour toute la Torah — avec tout ce que cela entraîne aux simanim 2 et 119. Passible comme בעל אוב, il n’est מומר que pour une chose. Toute la discussion, qui paraissait porter sur une leçon de texte, aboutit à une différence de régime. Le Pit’hei Techouva renvoie à ce ס״ק et ajoute une responsa.
« ונפקא מיניה דאם חייב משום עבודת כוכבים הוי מומר לכל התורה כולה וכדלעיל סימן ג׳ וסימן קי״ט משא״כ אם חייב משום בעל אוב דלא הוי אלא מומר לדבר אחד » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ב)
« עש״ך ס״ק כ״ב וע׳ בשו״ת שער אפרים סי׳ פ״ט מ״ש בזה » (פתחי תשובה יו״ד קע״ט ס״ק ח)

11. הלומד מן האמגושי — להבין ולהורות

↩ Explication détaillée (niveau 1)
La guemara, et les deux moitiés de sa phrase Rav Zoutra bar Toviya au nom de Rav enseigne que celui qui apprend une chose du מגוש est passible de mort. Et la guemara elle-même, quelques mots plus loin, en déduit le sens du mot : si le מגוש était un sorcier, on n’aurait rien à opposer au verset « tu n’apprendras pas à faire » — dont on conclut que l’on apprend bien, pour comprendre et pour enseigner.
« וְהַלּוֹמֵד דָּבָר אֶחָד מִן הַמָּגוֹשׁ — חַיָּיב מִיתָה » (שבת ע״ה ע״א)
« דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ חָרָשֵׁי: הָכְתִיב ״לֹא תִלְמַד לַעֲשׂוֹת״ — אֲבָל אַתָּה לָמֵד לְהָבִין וּלְהוֹרוֹת » (שבת ע״ה ע״א)
Et le Chakh choisit la seconde moitié. À son humble avis, dit-il, le principal est qu’il est permis d’apprendre d’un sorcier — des paroles de Torah comme des matières de sorcellerie — pour comprendre et pour enseigner ; et c’est ainsi qu’il ressort de Rachi et des Tossefot. La rigueur du seif ne vise dès lors qu’un cas précis, qu’il nomme. Quant à Rabbénou Yerou’ham, il propose deux issues : ou bien c’est une faute de copiste, ou bien il parle de celui qui apprend les matières de sorcellerie pour les faire.
« ולפע״ד נראה עיקר בש״ס דשבת (פ׳ כלל גדול דף ע״ה עמוד א׳) דמותר ללמוד מאמגושי מכשף דברי תורה ועניני כישוף להבין ולהורות » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ג)
« ודוקא ממין עובד כוכבים הלומד ממנו אפי׳ ד״ת חייב מיתה » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ג)
« ומ״ש רבינו ירוחם בזה או שהוא ט״ס או דמיירי כשלומד עניני כישוף לעשות » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ג)
Et la position du Bach, que le Chakh écarte. Le Bach, à la fin du siman 182, tient qu’un sorcier est présumé être un מין, et qu’il est donc interdit d’apprendre de lui même pour comprendre et pour enseigner, à moins qu’on ne sache qu’il ne l’est pas. Le Chakh écrit que cette lecture est forcée et maintient la sienne. C’est la dernière ligne de son commentaire sur le siman, et il la termine comme il l’avait commencée : en séparant ce qu’on apprend de ce qu’on fait.
« והב״ח ס״ס קפ״ב נדחק וכתב דסתם מכשף מין הוא ואסור ללמוד ממנו להבין ולהורות אלא אא״כ ידוע שאינו מין » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק כ״ג)
« הוא משום תמים תהיה אסור לשאול בהן אבל העושה מעשה בקסמים וניחוש וכישוף איסור דאורייתא הוא » (ש״ך יו״ד קע״ט ס״ק א)
Onze discussions, et la même articulation partout : ce qui se dit, ce qui se fait, et ce qu’on met dans l’un ou dans l’autre. Le Chakh la pose au premier ס״ק, la retrouve au ס״ק כ pour permettre, au ס״ק כ״ג pour permettre encore, et au ס״ק כ״ב pour distinguer deux statuts. Le Taz la déplace une fois — à l’אוחז את העינים, où ce qui compte n’est plus l’acte mais ce que les yeux en reçoivent — et cette exception vaut d’être retenue.
~ ~ ~ ~ ~
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קע״ט · Niveau 2 — Lamdan · שלא לכשף לעונן ולנחש
daattorah.com

DAAT דעת — © 5786 / 2026 · Retour à l’accueil · Siman קע״ט · ♥ Soutenir

📖Rejoindre la khavroutha