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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 190 — Les taches (כתמים)

La gzéra des Sages, le שיעור כגריס, les תליות, et le heter des בגדי צבעונים
יורה דעה · סימן ק״צ
דִּינֵי כְּתָמִים וּבְדִיקַת הָאִשָּׁה
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 190, le plus vaste des Hilkhot Nidah : ses 54 seifim, regroupés en 9 familles, texte hébreu vocalisé représentatif et traduction française fluide. Pourquoi une tache de sang (כֶּתֶם) rend-elle טמאה alors que la Torah n'interdit que par l'הַרְגָּשָׁה ? Le rôle de la gzéra des Sages (כתם דרבנן), de la mesure כְּגְרִיס וְעוֹד, du lieu et de la forme de la tache, de l'objet שאינו מקבל טומאה, des תליות (attributions), et du grand heter des בגדי צבעונים.

Sujet : Les taches (כתמים) — la gzéra des Sages, le שיעור כגריס, les תליות, les בגדי צבעונים
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״צ

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. Le texte du Mehaber : les 54 seifim, regroupés en 9 familles thématiques
2. Contexte : pourquoi les כתמים viennent après l'הרגשה (183) et les מראות (188)
3. Les concepts-clés : הרגשה דאורייתא, כתם דרבנן, כגריס ועוד, תליה, מקבל טומאה, צבעונים…
4. Le שיעור כגריס ועוד : le tableau de la mesure et du non-cumul des gouttes
5. Le Shach et le Taz : qui ils sont, quelques entrées-clés (le Taz très développé ici)
6. Les gloses du Rama (הגה)
7. בגדי צבעונים : le grand heter et sa portée pratique aujourd'hui
8. Cas pratiques modernes : sous-vêtements de couleur, montrer la tache au Rav, תליות, surfaces non concernées
9. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les 54 seifim en 9 familles

Le Siman 190 est le plus vaste des Hilkhot Nidah : 54 seifim. Plutôt que de les parcourir un à un, nous les avons regroupés en 9 familles qui suivent l'ordre du Mehaber (Rabbi Yossef Karo) et du Rama (Rabbi Moshe Isserles). Le principe directeur du siman est posé dès le seif 1 : la Torah ne rend טמאה que par l'הרגשה (la sensation de l'écoulement) ; mais les Sages ont décrété (גזרו) sur la tache (כתם) trouvée sur le corps ou le vêtement, même sans הרגשה. Tout le siman découle de cette גזרה דרבנן — et c'est précisément parce qu'elle est rabbinique que tant de קולות (indulgences) y sont possibles : la mesure, le lieu, les attributions, la couleur du vêtement.

Famille 1 — Le fondement : הרגשה דאורייתא vs כתם דרבנן (seifim 1-4)

Seif 1 — La Torah exige l'הרגשה ; les Sages décrètent sur le כתם

דְּבַר תּוֹרָה אֵין הָאִשָּׁה מִטַּמְּאָה וְלֹא אֲסוּרָה לְבַעְלָהּ עַד שֶׁתַּרְגִּישׁ שֶׁיָּצָא דָּם מִבְּשָׂרָהּ; וַחֲכָמִים גָּזְרוּ עַל כֶּתֶם שֶׁנִּמְצָא בְּגוּפָהּ אוֹ בִּבְגָדֶיהָ שֶׁהִיא טְמֵאָה וַאֲסוּרָה לְבַעְלָהּ אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא הִרְגִּישָׁה. (וְכָל כֶּתֶם הוּא מִדִּבְרֵיהֶם, וּלְפִיכָךְ הֵקֵלּוּ בּוֹ בְּכַמָּה דְּבָרִים.)
D'après la Torah, la femme ne devient טמאה et n'est interdite à son mari que si elle ressent (תַּרְגִּישׁ) que du sang est sorti de son corps (שיצא דם מבשרה). Mais les Sages ont décrété (גזרו) sur la tache (כֶּתֶם) trouvée sur son corps ou ses vêtements : elle est טמאה et interdite à son mari même sans avoir ressenti (אף על פי שלא הרגישה). Et puisque toute la loi du כתם est rabbinique (מדבריהם), ils y ont introduit de nombreuses indulgences (הקלו בו בכמה דברים).
L'idée fondatrice de tout le siman : il faut distinguer deux niveaux. La נדה דאורייתא du Siman 183 suppose une הרגשה — la femme sent l'écoulement. Le כֶּתֶם du Siman 190 est tout autre : c'est une tache découverte sans sensation ; elle ne rend טמאה que par une גזרת חכמים (décret rabbinique). Cette nature דרבנן explique le ton entier du siman : tache trop petite, mauvais endroit, surface non concernée, cause externe, vêtement de couleur — autant de קולות que la loi tolère car « ספקא דרבנן לקולא ».

Seif 2-4 — תינוקת/קטנה ; שופעת ומזלפת ; חזקת שלוש עונות

לֹא גָּזְרוּ בְּתִינוֹקֶת שֶׁלֹּא הִגִּיעַ זְמַנָּהּ לִרְאוֹת — דְּהַיְנוּ שֶׁהִיא פְּחוּתָה מִי״ב — אֲפִלּוּ הֵבִיאָה שְׁתֵּי שְׂעָרוֹת, וְכֵן אֲפִלּוּ הָיְתָה יְתֵרָה מִי״ב אִם בְּדָקוּהָ וְלֹא הֵבִיאָה ב׳ שְׂעָרוֹת. … הָיְתָה שׁוֹפַעַת כַּמָּה יָמִים אוֹ מְזַלֶּפֶת טִיף אַחַר טִיף בְּלֹא הֶפְסֵק — אֵינוֹ אֶלָּא כִּרְאִיָּה אַחַת עַד שֶׁתַּפְסִיק; אֲבָל אִם פָּסְקָה מְעַט וְחָזְרָה וְרָאֲתָה שָׁלֹשׁ פְּעָמִים — הֲרֵי זוֹ מֻחְזֶקֶת בְּדָמִים וְכִתְמָהּ טָמֵא. תִּינוֹקֶת שֶׁלֹּא הִגִּיעַ זְמַנָּהּ וְרָאֲתָה ג׳ פְּעָמִים וּפָסְקָה שִׁעוּר שָׁלֹשׁ עוֹנוֹת — שֶׁהֵם צ׳ יוֹם — חוֹזֶרֶת לְקַדְמוּתָהּ וְכִתְמָהּ טָהוֹר עַד שֶׁתַּחֲזוֹר וְתִרְאֶה שָׁלֹשׁ פְּעָמִים.
On n'a pas décrété pour une תִּינוֹקֶת qui n'est pas encore en âge de voir (שלא הגיע זמנה לראות) : à savoir une fillette de moins de 12 ans, même si elle a déjà deux poils (שתי שערות) ; et de même une fille de plus de 12 ans qui, examinée, n'a pas encore deux poils. — Une femme qui s'écoule plusieurs jours (שׁוֹפַעַת) ou goutte-à-goutte sans interruption (מְזַלֶּפֶת) : ce n'est qu'une seule vue (ראיה אחת) tant qu'elle n'a pas cessé ; mais si elle s'est arrêtée un peu et a revu trois fois, la voilà מֻחְזֶקֶת בְּדָמִים (établie comme « voyant du sang ») et sa tache est טמאה. — Une fillette pas encore en âge qui a vu trois fois puis a cessé l'équivalent de שלוש עונות, soit 90 jours, revient à son statut antérieur et sa tache est טהור — jusqu'à ce qu'elle revoie trois fois.
Les exemptions de la גזרה : la décret rabbinique sur les כתמים ne pèse que sur une femme en âge et établie de voir. La תינוקת/קטנה (moins de 12 ans, ou sans deux poils) en est exemptée ; un seul écoulement continu compte pour une seule ראיה ; et il faut une חזקה de trois fois pour être « établie », comme il faut צ׳ יום (90 jours) — שלוש עונות d'arrêt pour la perdre. La logique générale : tant que la femme n'est pas présumée source de sang menstruel, on n'applique pas la rigueur du כתם.

Famille 2 — Le שיעור : כגריס ועוד, le pou, le non-cumul (seifim 5-8)

Seif 5-6 — La mesure de כְּגְרִיס וְעוֹד (≈ 9 lentilles, carré 3×3)

לֹא גָּזְרוּ עַל הַכֶּתֶם אֶלָּא אִם כֵּן יֵשׁ בּוֹ כִּגְרִיס וְעוֹד; וְשִׁעוּר הַגְּרִיס הוּא כְּט׳ עֲדָשׁוֹת (ג׳ עַל ג׳) (טוּר), וְשִׁעוּר עֲדָשָׁה כְּד׳ שְׂעָרוֹת. הָא דְּבָעֵינַן שִׁעוּרָא — בֵּין בְּכֶתֶם הַנִּמְצָא עַל חֲלוּקָהּ בֵּין עַל בְּשָׂרָהּ; וְיֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁלֹּא אָמְרוּ אֶלָּא בְּכֶתֶם שֶׁעַל חֲלוּקָהּ, אֲבָל כֶּתֶם שֶׁעַל בְּשָׂרָהּ בִּמְקוֹמוֹת שֶׁחוֹשְׁשִׁין לָהֶם — אֵין לוֹ שִׁעוּר.
On n'a décrété sur la tache que si elle atteint כִּגְרִיס וְעוֹד (la taille d'une fève « gris » et un peu plus) ; et la mesure du גריס est celle de 9 lentilles (כְּט׳ עֲדָשׁוֹת), disposées en carré 3×3 (Tour), une lentille faisant elle-même environ 4 poils en largeur. Cette exigence de mesure vaut pour la tache sur le vêtement comme sur le corps ; selon une autre opinion (יש אומרים), elle ne vaut que pour la tache sur le vêtement — une tache trouvée sur le corps, aux endroits qui font craindre, n'a pas de mesure minimale (rend טמאה même en deçà).
Le seuil de la גזרה : une tache plus petite que כְּגְרִיס וְעוֹד (un peu plus que ~9 lentilles, un carré d'environ 3 cm de côté) ne rend pas טמאה — c'est l'un des grands קולות du siman. Le « ועוד » (« et un peu plus ») n'est pas décoratif : c'est lui qui sert à absorber la goutte attribuable au pou (כינה), comme on le verra. La discussion entre Mehaber et יש אומרים porte sur la tache sur le corps même : pour certains, là, on craint sans mesure minimale.

Seif 7-8 — תליה לפשפש (jusqu'à כתורמוס) ; on ne cumule pas les gouttes

אִם הָרְגָה פִּשְׁפֵּשׁ אוֹ הֵרִיחָה רֵיחוֹ — תּוֹלָה בּוֹ עַד כַּתֻּרְמוֹס (מִין קִטְנִית מַר, בְּלַעַז לוּפִינ״וֹ). אִם אֵין בַּכֶּתֶם בְּמָקוֹם אֶחָד כִּגְרִיס וְעוֹד, אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ שָׁם טִפִּין הַרְבֵּה סְמוּכִין זֶה לָזֶה — עַד שֶׁאִם נְצָרְפֵם יֵשׁ בָּהֶם יוֹתֵר מִכִּגְרִיס — טְהוֹרָה, שֶׁאָנוּ תּוֹלִין כָּל טִיפָּה וְטִיפָּה בְּכִנָּה, עַד שֶׁיְּהֵא בּוֹ כִּגְרִיס וְעוֹד בְּמָקוֹם אֶחָד.
Si elle a tué un pou/une punaise (פִּשְׁפֵּשׁ) ou en a senti l'odeur, elle attribue (תּוֹלָה) la tache à cet insecte jusqu'à la taille d'un כַּתֻּרְמוֹס (un lupin, légumineuse amère — bien plus grand qu'une lentille). — Si la tache, en un seul endroit, n'atteint pas כגריס ועוד, même s'il y a là de nombreuses petites gouttes contiguës qui, additionnées, dépasseraient le גריס, elle est טהורה : car on attribue chaque goutte séparée à un pou (תּוֹלִין כָּל טִיפָּה בְּכִנָּה) — il faut כגריס ועוד en un seul tenant.
Deux קולות décisifs : (1) la תליה לפשפש — un insecte écrasé peut « expliquer » une tache jusqu'à la taille (généreuse) d'un lupin ; (2) le non-cumul des gouttes : des gouttelettes séparées ne s'additionnent pas, car chacune peut venir d'un pou différent. Il faut donc כגריס ועוד d'un seul tenant pour que la גזרה s'applique. C'est dire combien la loi cherche, dès le départ, à ne pas rendre טמאה.

Famille 3 — Le lieu et la forme de la tache (seifim 9, 11-15)

Seif 9, 11 — כנגד בית התורפה ; seulement là où elle a pu venir מן המקור

כֶּתֶם הַנִּמְצָא עַל בְּשָׂרָהּ שֶׁהוּא אָרֹךְ כִּרְצוּעָה אוֹ עָגֹל אוֹ טִפִּין טִפִּין … הוֹאִיל וְהוּא כְּנֶגֶד בֵּית הַתֻּרְפָּה — טְמֵאָה. … לֹא בְּכָל מָקוֹם שֶׁיִּמָּצֵא שָׁם כֶּתֶם טְמֵאָה, אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁאֶפְשָׁר שֶׁבָּא שָׁם מִן הַמָּקוֹר. כֵּיצַד? נִמְצָא עַל עֲקֵבָהּ — טְמֵאָה; וְכֵן אִם נִמְצָא עַל כָּל אֹרֶךְ שׁוֹקָהּ וּפַרְסוֹתֶיהָ מִבִּפְנִים, שֶׁהֵם הַמְּקוֹמוֹת הַנִּדְבָּקִים זֶה בָּזֶה בְּעֵת שֶׁתַּעֲמֹד — טְמֵאָה.
Une tache trouvée sur le corps — longue comme une lanière, ronde, ou en gouttelettes — dès lors qu'elle se trouve face à בֵּית הַתֻּרְפָּה (la zone génitale, dite par pudeur « le lieu de la honte »), rend טמאה. — Mais la tache ne rend pas טמאה où qu'elle se trouve : seulement là où il est possible qu'elle soit venue מן הַמָּקוֹר (de la source utérine). Comment ? Sur son talon (עֲקֵבָהּ) → טמאה ; de même sur toute la longueur de sa jambe ou la face interne de ses pieds — endroits qui se touchent quand elle se tient debout.
La logique du lieu : la גזרה ne joue que si la tache a pu provenir de l'utérus (מן המקור). Sur la zone génitale (כנגד בית התורפה), sur le talon, sur la face interne des jambes (qui peuvent toucher cette zone) → on craint. Une tache sur le haut du corps, là où le sang utérin ne peut atteindre, ne relèvera pas de la même crainte. La forme (lanière, ronde, gouttes) n'y change rien : c'est l'emplacement qui décide.

Seif 12-15 — Le vêtement sous la ceinture ; la coiffe (מעפורת) ; deux femmes

נִמְצָא הַכֶּתֶם עַל חֲלוּקָהּ לְמַטָּה מֵהַחֲגוֹר אוֹ בִּמְקוֹם הַחֲגוֹר עַצְמוֹ — טְמֵאָה, אֲפִלּוּ נִמְצָא לְצַד חוּץ (וְאֵין חִלּוּק בֵּין לְפָנֶיהָ לַאֲחוֹרֶיהָ אוֹ מִן הַצְּדָדִין, מִפְּנֵי שֶׁהַבְּגָדִים חוֹזְרִין הֵנָּה וְהֵנָּה). … הָיְתָה פּוֹשַׁטְתּוֹ וּמִתְכַּסָּה בּוֹ בַּלַּיְלָה — בְּכָל מָקוֹם שֶׁיִּמָּצֵא בּוֹ טְמֵאָה; וְכֵן אִם נִמְצָא בַּמַּעֲפֹרֶת שֶׁמְּכַסָּה רֹאשָׁהּ אוֹ שֶׁחוֹגֶרֶת בָּהּ. שְׁתֵּי נָשִׁים שֶׁכִּסּוּ רֹאשָׁן בְּחָלוּק אֶחָד — שְׁתֵּיהֶן טְמֵאוֹת.
Tache trouvée sur le vêtement en dessous de la ceinture (למטה מהחגור) ou au niveau de la ceintureטמאה, même si elle est du côté extérieur, et sans distinction entre devant, derrière ou les côtés car les vêtements tournent (חוזרין הנה והנה). — Si elle ôtait le vêtement et s'en couvrait la nuit, une tache où qu'elle soit rend טמאה (le vêtement a pu venir partout). De même une tache sur la מַעֲפֹרֶת (coiffe/voile) qui couvre sa tête, ou avec laquelle elle se ceint. — Deux femmes qui ont couvert leur tête d'un même vêtement → les deux sont טמאות.
Du corps au vêtement : la même logique « la tache a-t-elle pu venir de la source ? » se prolonge sur l'habit. Sous la ceinture → on craint (le vêtement balaie la zone, devant comme derrière). Un vêtement qu'on retourne ou dont on se couvre la nuit fait craindre partout. La מעפורת portée tantôt en coiffe tantôt en ceinture entre dans le doute. Et deux femmes partageant un même vêtement : on ne peut attribuer la tache à l'une plutôt qu'à l'autre → les deux sont טמאות.

Famille 4 — דבר שאינו מקבל טומאה : sol et toilettes (seif 10)

Seif 10 — Pas de גזרה sur ce qui n'est pas réceptacle de טומאה

כֶּתֶם שֶׁנִּמְצָא עַל דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מְקַבֵּל טֻמְאָה — לֹא גָּזְרוּ. כֵּיצַד? בָּדְקָה קַרְקַע עוֹלָם (אוֹ בֵּית הַכִּסֵּא שֶׁאֵינוֹ מְקַבֵּל טֻמְאָה) (מָרְדְּכַי בְּשֵׁם סְמַ״ג וּסְמַ״ק) אוֹ כָּל דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מְקַבֵּל טֻמְאָה, וְיָשְׁבָה עָלָיו וּמָצְאָה עָלָיו דָּם — טְהוֹרָה.
Une tache trouvée sur un objet qui n'est pas réceptacle de טומאה (דבר שאינו מקבל טומאה) — on n'a pas décrété. Comment ? Si elle a examiné le sol nu (קַרְקַע עוֹלָם), ou la cuvette des toilettes (בֵּית הַכִּסֵּא) qui n'est pas réceptacle de טומאה, ou tout objet qui n'est pas מקבל טומאה, qu'elle s'y est assise et y a trouvé du sang → elle est טהורה.
דבר שאינו מקבל טומאה« objet non réceptacle de טומאה » : la גזרה des כתמים ne porte que sur les choses susceptibles de contracter la טומאה (vêtements, ustensiles…). Sur le sol nu, sur la cuvette des toilettes (en céramique attachée au sol, non amovible) et autres surfaces semblables, aucune crainte de כתם : la femme reste טהורה. C'est l'un des heterim les plus pratiques du siman.
Pourquoi cette exemption ? Le décret des כתמים a été calqué sur les catégories de la טומאה : il ne s'applique qu'à ce qui « reçoit » la טומאה. Le sol et la cuvette des toilettes, par leur nature, n'en sont pas réceptacles — donc le décret ne les atteint pas. Concrètement, une tache aperçue sur la cuvette ne relève pas, en soi, de la rigueur des כתמים (sous réserve des conditions précises, à vérifier auprès d'un Rav).

Famille 5 — Les תליות : attribuer la tache à une cause externe (seifim 16-31)

Seif 18-19 — Puisque les כתמים sont דרבנן, on attribue à tout ce qui se peut

כֵּיוָן שֶׁכְּתָמִים דְּרַבָּנָן — מְקִילִין בָּהֶם וְתוֹלָה בְּכָל דָּבָר שֶׁיְּכוֹלָה לִתְלוֹת. כֵּיצַד? שָׁחֲטָה בְּהֵמָה חַיָּה אוֹ עוֹף, אוֹ נִתְעַסְּקָה בִּכְתָמִים, אוֹ יָשְׁבָה בְּצַד הַמִּתְעַסְּקִים בָּהֶם, אוֹ שֶׁעָבְרָה בְּשׁוּק שֶׁל טַבָּחִים וְנִמְצָא דָּם בִּבְגָדֶיהָ — תּוֹלָה בָּהֶם. וּכְשֵׁם שֶׁתּוֹלָה בָּהּ כָּךְ תּוֹלָה בִּבְנָהּ וּבְבַעְלָהּ אִם נִתְעַסְּקוּ בִּכְתָמִים אוֹ אִם יֵשׁ בָּהֶם מַכָּה, לְפִי שֶׁדַּרְכָּם לִגַּע בָּהּ.
Puisque les כתמים sont דרבנן, on est indulgent et la femme attribue (תּוֹלָה) la tache à toute cause possible. Comment ? Si elle a abattu une bête, un animal ou un oiseau, si elle s'est occupée de taches, si elle s'est assise à côté de gens qui en manipulent, ou si elle est passée par le marché des bouchers (שׁוּק שֶׁל טַבָּחִים) et qu'on a trouvé du sang sur ses vêtements → elle l'attribue à cela. Et de même qu'elle attribue à elle-même, elle attribue à son fils et à son mari s'ils ont manipulé des taches ou s'ils ont une plaie (מַכָּה), car ils ont coutume de la toucher.
Le cœur du chapitre des תליות : la formule du seif 18 — כיון שכתמים דרבנן מקילין בהם ותולה בכל דבר שיכולה לתלות — est la clé de toute cette famille. Une plaie (מכה), du sang externe (passage au marché des bouchers, manipulation de viande ou de volaille), une cause sur le mari ou l'enfant : tout cela peut « rattacher » la tache à une origine non utérine. Les seifim 22-31 affinent : couleurs correspondantes (rouge sur rouge, noir sur noir), volaille (dont le sang varie), et le rôle du pou (כינה / מאכולת) dans le calcul de la mesure.

Seif 23-24, 28 — La couleur doit correspondre ; la volaille ; la כינה מעוכה

נִתְעַסְּקָה בְּדָבָר אָדֹם וְנִמְצָא עָלֶיהָ כֶּתֶם שָׁחֹר, אוֹ אִיפְּכָא — אֵין תּוֹלִין בּוֹ; אֲבָל אָדֹם בְּאָדֹם וְשָׁחֹר בְּשָׁחֹר — תּוֹלָה בּוֹ. נִתְעַסְּקָה בְּתַרְנְגֹלֶת — תּוֹלָה בּוֹ אָדֹם וְשָׁחֹר וְכַרְכּוֹמִי, לְפִי שֶׁדַּם שְׁחִיטָה אָדֹם וְדַם אֵיבָרֶיהָ שָׁחֹר וְדַם בְּנֵי מֵעֶיהָ כַּרְכּוֹמִי. הָאִשָּׁה שֶׁמָּצְאָה עַל חֲלוּקָהּ כִּשְׁנֵי גְרִיסִין וְכִנָּה מְעוּכָה בּוֹ — טְהוֹרָה.
Si elle a manipulé une chose rouge et qu'on trouve une tache noire, ou l'inverse, on n'attribue pas (la couleur ne correspond pas) ; mais rouge sur rouge, noir sur noir → elle attribue. — Si elle a manipulé une volaille (תַּרְנְגֹלֶת), elle peut attribuer une tache rouge, noire ou safran (כַּרְכּוֹמִי), car le sang d'abattage est rouge, celui des membres noir, celui des entrailles safran. — Une femme qui trouve sur son vêtement l'équivalent de deux גריסין avec un pou écrasé dedans (כִּנָּה מְעוּכָה)טהורה : un גריס vient certainement du pou écrasé, l'autre est attribué à un autre pou.
La discipline des תליות : l'attribution n'est pas un blanc-seing. Il faut une correspondance de couleur (אדום באדום) et une cause réelle et présente (un pou effectivement écrasé, une volaille effectivement manipulée). C'est précisément parce que ces conditions sont fines que la décision concrète revient au Rav, qui sait si la תליה tient ou non.

Famille 6 — בגדי צבעונים : on n'a décrété que sur le blanc

Le grand heter pratique : לא גזרו אלא בלבן

לֹא גָּזְרוּ עַל הַכֶּתֶם אֶלָּא בְּבֶגֶד לָבָן, אֲבָל בְּבִגְדֵי צִבְעוֹנִים — אֵין כֶּתֶם הַנִּמְצָא עֲלֵיהֶם מְטַמֵּא. וּלְפִיכָךְ תַּקָּנַת בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל לִלְבּוֹשׁ בִּגְדֵי צִבְעוֹנִים, כְּדֵי לְהַצִּילָן מִדִּקְדּוּקֵי הַכְּתָמִים.
On n'a décrété sur la tache que pour un vêtement blanc (בֶּגֶד לָבָן) ; mais sur un vêtement de couleur (בִּגְדֵי צִבְעוֹנִים), une tache trouvée ne rend pas טמאה. C'est pourquoi l'usage institué des filles d'Israël est de porter des vêtements de couleur (תַּקָּנַת בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל לִלְבּוֹשׁ בִּגְדֵי צִבְעוֹנִים), afin de se préserver des minuties des כתמים.
בגדי צבעונים« vêtements de couleur » : les Sages n'ont décrété sur le כתם que pour le blanc, où une tache de sang est nette et reconnaissable. Sur un tissu coloré, la tache n'est pas distincte → la גזרה ne s'y applique pas. De là l'usage très répandu, jusqu'à aujourd'hui, de porter des sous-vêtements de couleur (et des protections colorées) pour éviter la plupart des problèmes de כתמים.
Le heter le plus actuel du siman : dans la pratique contemporaine, c'est la famille 6 qui a la plus grande portée. Porter des sous-vêtements et des protections de couleur (non blancs) écarte d'emblée l'essentiel des questions de כתמים, puisque la גזרה ne pèse que sur le blanc. Attention : ce heter a ses modalités (les jours de בדיקה et de הפסק טהרה exigent au contraire du blanc bien examiné — cf. 196) ; il faut donc en régler l'usage avec un Rav.

Famille 7 — בדיקת הכתם, l'examen et les ספקות (seifim 32-43)

Seif 31-33 — Le doute sang/couleur ; le עד הבדוק

מָצְאָה כֶּתֶם וְאֵין לָהּ בַּמֶּה לִתְלוֹת, וְהַדָּבָר מְסֻפָּק אִם הוּא דָּם אוֹ צֶבַע — מַעֲבֶרֶת עָלָיו ז׳ סַמָּנִים; אִם עָמַד בְּעֵינוֹ הֲרֵי זֶה צֶבַע וּטְהוֹרָה, וְאִם אֵינָהּ מַעֲבֶרֶת עָלָיו — טְמֵאָה מִסָּפֵק. (וְעַכְשָׁו אֵין לָנוּ הַעֲבָרַת ז׳ סַמָּנִים.) הָאִשָּׁה שֶׁבָּדְקָה עַצְמָהּ בְּעֵד הַבָּדוּק לָהּ וְנִמְצָא עָלָיו אֲפִלּוּ טִיפָּה כְּחַרְדָּל — טְמֵאָה.
Si elle a trouvé une tache sans rien à quoi l'attribuer, et qu'il y a doute (מסופק) : est-ce du sang ou de la teinture ? — jadis on passait dessus sept produits (ז׳ סַמָּנִים) : si la tache résistait, c'était de la teinture → טהורה. Le Mehaber note : aujourd'hui nous n'avons plus l'usage des sept produits. — En revanche, une femme qui s'examine avec un עֵד הַבָּדוּק (linge préalablement vérifié) et y trouve du sang, même une goutte comme un grain de moutarde (כְּחַרְדָּל), est טמאה — car le עד בדוק n'a pas de mesure minimale : il vaut comme une ראיה, non comme un simple כתם.
Tache trouvée (כתם) vs examen actif (עד הבדוק) : il faut distinguer. Une tache fortuite sur un vêtement relève du régime indulgent des כתמים (mesure, lieu, תליות). Mais quand la femme s'examine activement avec un linge vérifié (עד הבדוק) et y trouve du sang, ce n'est plus un כתם : la moindre goutte la rend טמאה, comme une vraie vue (cf. seif 54). Les seifim 34-43 déclinent ce thème : עד posé sous l'oreiller, prêté à une autre femme, distinction מגליד/מקדיר (lequel des deux a tracé la tache), etc.
L'examen est une affaire de Rav. La couleur (sang ou teinture, cf. les מראות du Siman 188), la taille (כגריס), le lieu, le type de support (vêtement fortuit ou עד בדוק) : tous ces paramètres se combinent. Devant un doute, on ne tranche jamais seul — on montre la tache à un Rav, qui examine et décide.

Famille 8 — מי רגלים, eau et lavage

Le doute lié à l'eau, à l'urine ou au lavage du vêtement

חָלוּק שֶׁלָּבְשָׁה בִּימֵי נִדּוּתָהּ וְנִתְכַּבֵּס וְחָזְרָה וּלְבָשַׁתּוּ בִּזְמַן שֶׁהִיא טְהוֹרָה בְּלֹא בְּדִיקָה — אִם נִתְכַּבֵּס עַל יְדֵי יִשְׂרְאֵלִית וְאֵינָהּ בְּפָנֵינוּ לִשְׁאוֹל, חֲזָקָה בְּדָקַתּוּ בִּשְׁעַת כִּבּוּס וְאֵינָהּ תּוֹלָה בָּהּ.
Cette famille rassemble les nuances où la tache se mêle d'eau, d'urine (מֵי רַגְלַיִם) ou d'un lavage. Exemple (seif 46) : un vêtement porté pendant les jours de נדה puis lavé (נִתְכַּבֵּס), repris en état de טהרה sans examen. S'il a été lavé par une juive (יִשְׂרְאֵלִית) absente, qu'on ne peut interroger : il y a présomption (חֲזָקָה) qu'elle l'a vérifié au lavage, et l'on n'y attribue pas la tache. Le lavage, l'eau, l'urine modifient ainsi la portée d'une tache et les présomptions qu'on peut former.
L'eau, l'urine et le lavage introduisent des nuances fines de טהרה : une tache diluée d'eau ou d'urine, ou un vêtement déjà lavé, ne se lisent pas comme une tache pure. La règle générale du Mehaber joue ici aussi : on cherche, autant que possible, une présomption (חזקה) ou une תליה qui permette d'être indulgent — toujours dans le cadre rabbinique du siman, et toujours à valider auprès d'un Rav.

Famille 9 — Dinim supplémentaires & הנהגה (seifim 20, 44-54)

Seif 20, 53-54 — איש שיוצא ממנו דם ; כתמים et וסת ; le principe דרבנן לקולא

מִי שֶׁרָגִיל לָצֵאת מִמֶּנּוּ דָּם דֶּרֶךְ פִּי הָאַמָּה וּבִשְׁעַת תַּשְׁמִישׁ נִמְצָא בְּעֵד הָאִשָּׁה דָּם — תּוֹלָה בְּבַעְלָהּ. … אֵין בַּכְּתָמִים מִשּׁוּם וֶסֶת: כֵּיצַד? מָצְאָה כֶּתֶם בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ אֲפִלּוּ שָׁלֹשׁ פְּעָמִים — לֹא קְבָעַתּוּ וְלֹא עוֹקַרְתּוּ, חוּץ מִכִּתְמֵי עֵד הַבָּדוּק לָהּ שֶׁהֵם מְטַמְּאִים בְּכָל שֶׁהֵן וַהֲרֵי הֵן כִּרְאִיּוֹת לְכָל דָּבָר.
Un homme sujet à des saignements (איש שיוצא ממנו דם) par les voies urinaires : si, au moment de l'union, on trouve du sang sur le עד de la femme, elle l'attribue à son mari (תּוֹלָה בְּבַעְלָהּ) — cf. Siman 187. — Les כתמים ne fondent pas un וֶסֶת (cycle fixé) : si elle a trouvé une tache à ראש חודש, même trois fois, cela n'établit ni ne déracine un וסת — sauf les taches d'un עֵד הַבָּדוּק, qui rendent טמאה en toute quantité et valent comme de vraies vues à tous égards.
Le principe transversal du siman : parce que les כתמים sont דרבנן, on est globalement plus indulgent (ספקא דרבנן לקולא) — d'où le foisonnement de קולות : la mesure (כגריס), le lieu (מן המקור), les surfaces (מקבל טומאה), les תליות, et surtout les בגדי צבעונים. La grande exception reste l'עד הבדוק : là, on ne parle plus de כתם mais de ראיה, et la moindre goutte compte. Cette tension — indulgence générale, rigueur sur l'examen actif — est l'enseignement central de tout le Siman 190.

2. Contexte — où ce siman se place

Les Hilkhot Nidah s'ouvrent (Siman 183) sur la נדה דאורייתא : la femme devient טמאה quand elle ressent (הרגשה) l'écoulement du sang. Les simanim suivants traitent du sang lui-même : ses couleurs (les מראות, Siman 188), le sang de l'union (Siman 187), le doute (Siman 185). Le Siman 190 aborde alors une question d'un tout autre ordre : la tache (כתם) découverte sans aucune sensation. Ce n'est plus la Torah qui parle, mais une גזרת חכמים. Et parce que le décret est rabbinique, il s'accompagne d'un système entier d'indulgences — la matière propre de ce siman, le plus long de tout le traité.

Les grandes questions du siman

Question Famille Réponse-type
Qu'est-ce qui rend טמאה : הרגשה ou כתם ? 1 (s. 1-4) Torah → הרגשה ; כתם → גזרה דרבנן (avec exemptions)
Quelle taille minimale ? 2 (s. 5-8) כגריס ועוד d'un seul tenant ; non-cumul des gouttes
À quel endroit craint-on ? 3 (s. 9, 11-15) Seulement là où la tache a pu venir מן המקור
Quelles surfaces sont hors décret ? 4 (s. 10) Sol, toilettes : דבר שאינו מקבל טומאה → טהורה
Peut-on attribuer à une cause externe ? 5 (s. 16-31) Oui : מכה, sang externe, insectes (תליות)
Et le vêtement de couleur ? 6 לא גזרו אלא בלבן → צבעונים = pas de טומאה
L'idée transversale : tout découle de la nature דרבנן du décret. Mesure, lieu, surface, cause externe, couleur du tissu — autant de portes que la loi laisse ouvertes pour ne pas rendre טמאה, sauf lors d'un examen actif avec un עד הבדוק.

3. Les concepts-clés de ce siman

Pour comprendre le Siman 190, il faut maîtriser un petit vocabulaire qui décrit ce qui rend טמאה, comment se mesure une tache, et à quelles conditions on peut l'écarter.

הרגשהLa sensation : la perception physique de l'écoulement du sang. C'est elle qui rend טמאה d'après la Torah (דאורייתא), comme posé au Siman 183. Sans elle, on n'est qu'au plan rabbinique du כתם.
כתםLa tache : une tache de sang découverte sur le corps ou le vêtement sans הרגשה. Elle ne rend טמאה que par גזרת חכמים (décret rabbinique) — d'où toutes les indulgences du siman.
כגריס ועודLa mesure minimale : « comme une fève גריס et un peu plus » — environ 9 lentilles disposées en carré (3×3). En deçà, la גזרה ne s'applique pas. Le « ועוד » sert à absorber la goutte attribuable à un pou (seifim 5-8).
תליהL'attribution : rattacher la tache à une cause externe possible (plaie/מכה, sang du marché des bouchers, insecte/כינה…). Permise largement « car les כתמים sont דרבנן », sous condition de couleur et de cause réelle (seifim 16-31).
מן המקור« de la source » : la tache ne fait craindre que si elle a pu provenir de l'utérus — face à בית התורפה, sous la ceinture, etc. Ailleurs, l'origine utérine étant impossible, la crainte tombe (seifim 9, 11-15).
דבר שאינו מקבל טומאהObjet non réceptacle de טומאה : le sol, la cuvette des toilettes et autres surfaces semblables ne sont pas atteints par la גזרה ; une tache aperçue là ne rend pas טמאה (seif 10).
בגדי צבעוניםVêtements de couleur : on n'a décrété que sur le blanc ; sur un tissu coloré, la tache ne rend pas טמאה. D'où l'usage de porter des sous-vêtements de couleur (famille 6).
עד הבדוקLe linge vérifié : un tissu examiné avant l'examen interne. Une tache qu'on y trouve n'est pas un כתם mais vaut comme une ראיה : la moindre goutte rend טמאה (seifim 33, 54).
Le grand axe à retenir : la tache fortuite (כתם) relève d'un régime indulgent — mesure, lieu, תליות, couleur du tissu. L'examen actif avec un עד הבדוק relève d'un régime strict — toute goutte compte. Garder cette distinction, c'est tenir le fil du siman entier.

4. Le שיעור כגריס ועוד — la mesure et le cumul

Les seifim 5-8 se résument en un tableau. La question est : la tache atteint-elle כגריס ועוד d'un seul tenant ? — et peut-on attribuer une part à un insecte ?

Situation Raisonnement Résultat
Tache < כגריס ועוד (d'un seul tenant) En deçà du seuil de la גזרה 🟢 טהורה (pas de décret)
Tache ≥ כגריס ועוד d'un seul tenant Le décret s'applique 🔴 טמאה (sauf תליה / lieu / couleur)
Plusieurs gouttes séparées (cumul > גריס) Chaque goutte תלויה בכינה 🟢 טהורה (on ne cumule pas)
Pou (פשפש) écrasé / senti תליה jusqu'à כתורמוס (lupin) 🟢 Attribuée à l'insecte
Tache sur le corps (selon יש אומרים) Aux endroits qui font craindre 🟡 Peut n'avoir pas de mesure minimale
La logique en une phrase : la גזרה ne mord qu'à partir de כגריס ועוד d'un seul tenant. En deçà, ou en gouttes éparses, ou attribuable à un insecte → טהורה. Le « ועוד » et la תליה לכינה sont les deux ressorts par lesquels la loi évite, autant qu'elle peut, de rendre טמאה.

5. Le Shach et le Taz — les grands commentateurs

En Yoreh De'ah, le Choul'han Aroukh ne se lit jamais seul. Deux grands commentaires l'accompagnent sur chaque page : le Shach et le Taz (les nossei kelim de référence en Yoreh De'ah ; pas de Mishna Berurah ici, qui ne commente que l'Orach Chaim). Sur notre siman, le Taz est particulièrement développé (sur la mesure, le lieu, les תליות, les צבעונים, le מקבל טומאה).

Le Shach (ש״ך) — abréviation de שפתי כהן, Siftei Kohen, de Rabbi Shabtai haCohen (Lituanie, XVIIᵉ siècle). C'est le commentaire de référence sur Yoreh De'ah, d'une grande profondeur analytique ; en Nidah on le complète souvent par le Sidrei Tahara et la 'Hokhmat Adam.
Le Taz (ט״ז) — abréviation de טורי זהב, Turei Zahav, de Rabbi David haLévi Segal (Pologne, XVIIᵉ siècle). Souvent en dialogue — et parfois en désaccord — avec le Shach. Sur le Siman 190, il détaille la mesure (כגריס), les תליות et la portée du heter des צבעונים.

Une entrée-clé du Taz

Taz — la nature rabbinique du כתם et l'ampleur des קולות

כֶּתֶם — כֻּלּוֹ מִדִּבְרֵיהֶם, וְלָכֵן הֵקֵלּוּ בּוֹ חֲכָמִים בְּכַמָּה דְּבָרִים: בְּשִׁעוּר, בְּמָקוֹם, בִּתְלִיָּה, וּבְצִבְעוֹנִים. וְכָל סְפֵקָא דְּרַבָּנָן — לְקֻלָּא.
Le Taz souligne le principe directeur : le כתם étant entièrement rabbinique (מדבריהם), les Sages y ont introduit de nombreuses indulgences — dans la mesure (כגריס), le lieu (מן המקור), l'attribution (תליה) et la couleur du vêtement (צבעונים) — selon la règle générale ספקא דרבנן לקולא (un doute rabbinique se tranche dans le sens indulgent).

Une entrée-clé du Shach

Shach — le עד הבדוק n'est pas un כתם

כִּתְמֵי עֵד הַבָּדוּק לָהּ אֵינָם בִּכְלַל גְּזֵרַת כְּתָמִים, אֶלָּא מְטַמְּאִים בְּכָל שֶׁהֵן וַהֲרֵי הֵם כִּרְאִיּוֹת לְכָל דָּבָר; וְלָכֵן אֵין בָּהֶם דִּין שִׁעוּר וְלֹא תְּלִיָּה.
Le Shach précise la frontière du siman : les taches d'un עד הבדוק ne relèvent pas du décret des כתמים ; elles rendent טמאה en toute quantité et valent comme de vraies vues à tous égards. Pas de dîn de mesure ni de תליה pour elles — c'est le pendant strict de tout le système indulgent du siman (cf. seif 54). On complète, en Nidah, par le Sidrei Tahara et le Pitchei Teshuva (responsa des Aharonim).
On voit la méthode : le Shach et le Taz ne répètent pas le Mehaber — ils dégagent le principe (כתם דרבנן → קולות ; mais עד בדוק → ראיה) et balisent les conditions. C'est exactement ce qu'on approfondit au niveau Lamdan, et que les poskim contemporains (Sidrei Tahara, 'Hokhmat Adam, Taharat haBayit, Shevet haLevi) appliquent au concret.

6. Les gloses du Rama (הגה)

Le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute sur le texte du Mehaber des gloses qui reflètent l'usage achkénaze et précisent la pratique. Voici ses interventions les plus marquantes dans notre siman.

Sur la mesure et la couleur — חומרות et précisions

Le Rama précise les contours de la mesure (כגריס ועוד) et de la couleur des vêtements. Il rappelle, sur l'examen du עד, que dès lors qu'on s'examine avec un עד הבדוק, la moindre tache rend טמאה (seifim 33, 35 : וכן עיקר) — la rigueur de l'examen actif.

Sur le sol et les toilettes — דבר שאינו מקבל טומאה

Sur le seif 10, le Rama (au nom du Mordekhi, citant le Sma"g et le Sma"k) intègre la cuvette des toilettes (בית הכסא) parmi les objets non réceptacles de טומאה : une tache aperçue là ne relève pas de la גזרה. C'est un heter d'une grande portée pratique.

Sur les תליות — remuer le doute en faveur de la קולא

Sur les seifim 16-31, le Rama suit et précise le mouvement général : כיון שכתמים דרבנן מקילין בהם — on attribue volontiers à une plaie, à du sang externe, à un insecte, dès que la couleur correspond et que la cause est réelle. Il encadre les cas-limites (deux femmes, עד prêté, מגליד/מקדיר).
Le Rama distingue soigneusement la portée indulgente du décret (mesure, lieu, תליות, צבעונים, surfaces) et la rigueur de l'examen actif (עד הבדוק, qui rend טמאה en toute quantité). C'est l'équilibre même du siman — et la raison pour laquelle la pratique exige toujours un Rav.

7. בגדי צבעונים — le heter le plus actuel

La famille 6 mérite un arrêt, car c'est elle qui a, aujourd'hui, la plus grande portée pratique. Pourquoi un vêtement de couleur écarte-t-il la plupart des problèmes de כתמים ?

לֹא גָּזְרוּ עַל הַכֶּתֶם אֶלָּא בְּבֶגֶד לָבָן; וּלְפִיכָךְ תַּקָּנַת בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל לִלְבּוֹשׁ בִּגְדֵי צִבְעוֹנִים.
Le raisonnement est simple : la גזרה visait la tache nette et reconnaissable sur le blanc. Sur un tissu coloré, une tache de sang ne se distingue pas → il n'y a pas matière à la גזרה. De là :
Mais attention aux limites : ce heter vaut pour la tache fortuite. Il ne s'applique pas aux jours où la halakha exige précisément un linge blanc bien examiné — le הֶפְסֵק טָהֳרָה et les בדיקות des sept jours (cf. Siman 196), qui demandent un tissu blanc, propre et vérifié. Régler concrètement l'usage des couleurs (quand oui, quand non) relève donc du Rav.

8. Cas pratiques modernes

Comment ces règles s'appliquent-elles aujourd'hui ? Voici quatre situations courantes éclairées par notre siman.

Cas 1 — Porter des sous-vêtements de couleur (בגדי צבעונים)

C'est l'application pratique majeure du siman. Puisqu'on n'a décrété sur le כתם que pour le blanc, porter des sous-vêtements et des protections de couleur écarte l'essentiel des questions de taches fortuites. Mais les jours de הפסק טהרה et de בדיקה exigent au contraire du blanc examiné (cf. 196). Pour fixer concrètement quand porter de la couleur et quand non, consulte ton Rav.

Cas 2 — Montrer une tache douteuse à un Rav

Devant une tache, trois paramètres se croisent : la taille (atteint-elle כגריס ועוד ?), la couleur (sang ou teinture ? cf. les מראות du Siman 188), l'emplacement (a-t-elle pu venir מן המקור ?). Ces critères ne se jugent pas seul·e : on montre la tache au Rav, qui examine le support, la couleur et le lieu, et qui tranche. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

Cas 3 — Rattacher une tache à une cause externe (תליות)

Une plaie (מכה), un passage en cuisine ou au marché des bouchers, la manipulation de viande ou de volaille, un insecte écrasé : autant de תליות possibles, « car les כתמים sont דרבנן ». Encore faut-il que la couleur corresponde et que la cause soit réelle. La validité d'une תליה se vérifie au cas par cas. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

Cas 4 — Surfaces non concernées (le sol, les toilettes)

Une tache aperçue sur le sol ou sur la cuvette des toilettes relève de la catégorie דבר שאינו מקבל טומאה : la גזרה des כתמים ne s'y applique pas. Cela n'autorise pas à conclure soi-même dans tous les cas (le linge, le siège amovible, etc. diffèrent). Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
Le fil conducteur des quatre cas : avant de craindre, pose-toi les questions du siman — quelle taille ? quelle couleur ? quel endroit ? quel support ? y a-t-il une תליה ? Mais, les כתמים étant דרבנן, la pratique recèle beaucoup de קולות — et leur application exige toujours un Rav, qui connaît les détails de fait.

9. Synthèse du Siman 190

L'essentiel du Siman 190 en quelques phrases :
  1. La Torah ne rend טמאה que par l'הרגשה ; le כתם n'est qu'une גזרה דרבנן, d'où ses nombreuses קולות (famille 1).
  2. Exemptions de base : תינוקת/קטנה, écoulement continu = une seule ראיה, חזקת שלוש עונות (90 jours).
  3. La גזרה ne mord qu'à כגריס ועוד d'un seul tenant ; on ne cumule pas les gouttes ; תליה לפשפש jusqu'à כתורמוס (famille 2).
  4. Elle ne joue que là où la tache a pu venir מן המקור (כנגד בית התורפה, sous la ceinture) (famille 3).
  5. Le sol et les toilettes (שאינו מקבל טומאה) sont hors décret → טהורה (famille 4).
  6. On attribue (תליות) à une cause externe — מכה, sang du marché des bouchers, insecte — si la couleur correspond (famille 5).
  7. בגדי צבעונים : on n'a décrété que sur le blanc → porter de la couleur écarte l'essentiel des questions (famille 6).
  8. L'examen (עד הבדוק) est strict : la moindre goutte rend טמאה ; eau, urine et lavage nuancent les présomptions (familles 7-8).
  9. Dinim supplémentaires : איש שיוצא ממנו דם, les כתמים ne fondent pas un וסת — et le grand principe : כתמים דרבנן → לקולא (famille 9).

Tableau-mémoire

Situation Statut-type
Tache < כגריס ועוד (d'un seul tenant) 🟢 טהורה (sous le seuil de la גזרה)
Tache sur vêtement de couleur (צבעוני) 🟢 טהורה (לא גזרו אלא בלבן)
Tache sur le sol / les toilettes 🟢 טהורה (אינו מקבל טומאה)
Tache attribuable (couleur + cause réelle) 🟢 תליה → טהורה
Tache ≥ כגריס, blanc, מן המקור, sans תליה 🔴 טמאה (montrer au Rav)
Sang sur un עד הבדוק (examen actif) 🔴 טמאה en toute quantité (ראיה)

Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Quelle différence entre הרגשה (Torah) et כתם (Sages) ? Pourquoi le כתם autorise-t-il tant de קולות (seif 1) ?
  2. Qui est exempté de la גזרה : la תינוקת/קטנה ? Que signifie חזקת שלוש עונות (90 jours) (seifim 2-4) ?
  3. Quelle est la mesure כגריס ועוד ? Pourquoi ne cumule-t-on pas les gouttes séparées (seifim 5-8) ?
  4. Qu'est-ce que la תליה לפשפש jusqu'à כתורמוס (seif 7) ?
  5. Pourquoi la tache ne fait-elle craindre que מן המקור (כנגד בית התורפה) ? Et sous la ceinture (seifim 9, 11-15) ?
  6. Pourquoi le sol et les toilettes sont-ils hors décret (seif 10) ?
  7. À quelles conditions une תליה à une cause externe tient-elle (couleur, cause réelle) (seifim 16-31) ?
  8. Explique le heter des בגדי צבעונים et ses limites (הפסק טהרה, 196).
  9. Pourquoi le עד הבדוק est-il strict (toute goutte) alors que le כתם est indulgent (seifim 33, 54) ?
  10. Quel est le principe transversal du siman, et que dit le Taz sur la nature דרבנן des כתמים ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן ק״צ · Niveau 1 — Initiation
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