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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 207 — Les mots déformés qui lient (כינויי נדרים)

Un seul seif : קונם, קונח, קונס — un mot qui n’est pas le mot juste, et qui lie pourtant
יורה דעה · סימן ר״ז
דין כנויי נדרים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Premier contact avec le Siman 207, le plus court de tout Yoré Déa : un seul seif. Nous sommes au cœur du traité des נדרים — l’engagement de la parole. Ce siman pose une question minuscule et redoutable : un mot qui n’est pas le mot juste engage-t-il ? Quand un homme dit קונם au lieu de קרבן — un mot estropié, une déformation locale —, sa parole lie-t-elle ? Le Choulhan Aroukh répond en une ligne, et cette ligne contient un mécanisme entier. Ce sont des règles למעשה : tout cas réel se pose à un Rav.

Sujet : Les substituts de vœu — דין כנויי נדרים
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ר״ז (סעיף אחד)

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. De quoi parle ce siman ? Un mot déformé engage-t-il ?
2. Le seif unique : le texte hébreu, puis ses cinq propositions
3. Les concepts-clés : נדר, שבועה, כינוי, קונם, כינויי כינויים
4. D’où vient ce seif : la michna, la guemara Nedarim, le Rambam, le Tour, le Beit Yossef
5. L’appareil du siman : les cinq entrées, citées une à une
6. Le tableau du seif clause par clause
7. Cas pratiques
8. Questions de compréhension

1. De quoi parle ce siman ? (סעיף אחד)

Les simanim qui précèdent ont posé ce qu’est un נדר et ce qui le crée. Le Siman 207 prend la question par son bord le plus fragile : la forme des mots. Le vœu se fait par la parole ; que se passe-t-il quand la parole est approximative ?

Il y a des lieux, dit le Rambam que le Chakh recopie ici en entier, où les gens עלגים — bègues, gauches de langue — et abîment la langue : au lieu de dire קרבן (« offrande »), ils disent קונם, קונח, קונס. Ces mots ne sont pas de l’hébreu ; ce sont de l’hébreu cassé. Le siman tranche : ils lient. Et il pose aussitôt la limite : le substitut du substitut — un mot encore plus éloigné — ne lie plus.

Le siman tient en une phrase : le mot déformé vaut le mot juste, parce qu’on suit la langue réellement parlée là où l’on est ; mais le mot déformé au second degré (כינויי כינויים) ne vaut plus rien. Un seul seif — et deux règles opposées.

2. Le seif unique, mot à mot

Voici le seif intégral du Choulhan Aroukh, tel que la source le donne — y compris les deux gloses entre parenthèses que le texte imprimé insère en petits caractères, et leurs indications de source. Nous le lirons ensuite proposition par proposition.

Le seif entier

כנויי נדרים כנדרים כיצד קונם קונח קונס שאם אמר קונם או קונח או קונס ככר זה עלי אסור בו וכן בכל מקום הולכים אחר הלשון שרגילין בו שאם יש להם כנוי לנדר ונדר בו הוי נדר (וכן אם אינו מכיר אלו הלשונות שדברו בהם חכמים אע״פ שנדר בהם לאו כלום הוא) (ב״י וכן נראה מדברי הרמב״ם פ״א דנדרים ודנזיר ופ״ב דשבועות) אבל כינויי כינויים דהיינו כינוי שרחוק הרבה מהלשון אינו כנדר: (הנדר הוא בכל לשון שיאמר עליו מקרי נדר) (וכן משמע בב״י ורמב״ם רפ״א מה״נ):
Les substituts de vœux sont comme des vœux. Comment cela ? קונם, קונח, קונס — car s’il a dit « konam », ou « konaḥ », ou « konas : ce pain m’est [interdit] », il lui est interdit. Et de même en tout lieu, on suit la langue dont les gens ont l’usage : s’ils ont un substitut pour dire « vœu » et qu’il a voué par ce mot, c’est un vœu. (Et de même, si l’on ne connaît pas ces expressions dont les Sages ont parlé, bien qu’il ait voué par elles, ce n’est rien.) (Beit Yossef, et ainsi ressort-il des paroles du Rambam, chapitre 1 des נדרים et du נזיר, et chapitre 2 des שבועות.) Mais les substituts de substituts — c’est-à-dire un substitut fort éloigné de l’expression — ne sont pas comme un vœu. (Le vœu se fait en toute langue : ce qu’on dit à son sujet s’appelle un vœu.) (Et ainsi ressort-il du Beit Yossef et du Rambam, début du chapitre 1 des lois des נדרים.)

Proposition 1 — le principe, et ses trois mots

« כנויי נדרים כנדרים כיצד קונם קונח קונס שאם אמר קונם או קונח או קונס ככר זה עלי אסור בו » (שו״ע יו״ד ר״ז:א)
« Les substituts de vœux sont comme des vœux. Comment cela ? קונם, קונח, קונס — car s’il a dit קונם ou קונח ou קונס : “ce pain m’est [interdit]”, il lui est interdit. »
Trois mots, et un mécanisme. Le vrai mot du vœu est קרבן — « offrande » : dire d’un aliment qu’il est comme une offrande, c’est se l’interdire. קונם, קונח, קונס sont les trois déformations que la michna enregistre. Le Choulhan Aroukh les reprend telles quelles et ajoute la formule complète : ככר זה עלי — « ce pain m’est [interdit] ». Le vœu porte ici sur un objet nommé ; c’est ce qui en fait un נדר et non une שבועה.

Proposition 2 — pourquoi cela lie : la langue du lieu

« וכן בכל מקום הולכים אחר הלשון שרגילין בו שאם יש להם כנוי לנדר ונדר בו הוי נדר » (שו״ע יו״ד ר״ז:א)
« Et de même en tout lieu, on suit la langue dont les gens ont l’usage : s’ils ont un substitut pour dire “vœu” et qu’il a voué par ce mot, c’est un vœu. »
La raison est linguistique, pas magique. Ce ne sont pas ces trois mots-là qui ont une vertu : c’est que, dans ce lieu-là et à cette époque-là, ces mots veulent dire « offrande ». Le Choulhan Aroukh généralise donc immédiatement : partout où une communauté s’est donné un mot pour dire « vœu », ce mot est un mot de vœu. La liste de la michna n’est pas close ; c’est un exemple.

Proposition 3 — la glose : et si personne ne connaît le mot ?

« (וכן אם אינו מכיר אלו הלשונות שדברו בהם חכמים אע״פ שנדר בהם לאו כלום הוא) » (שו״ע יו״ד ר״ז:א)
(Et de même, si l’on ne connaît pas ces expressions dont les Sages ont parlé, bien qu’il ait voué par elles, ce n’est rien.)
Le revers exact de la proposition 2. Si la langue du lieu fait le vœu, alors là où la langue ne dit rien, il n’y a pas de vœu — même avec les mots de la michna. Un homme qui prononce קונם dans une ville où ce mot ne signifie rien pour personne n’a rien dit. לאו כלום הוא : « ce n’est rien ». Le Beit Yossef, que la glose désigne comme sa source, formule la chose en parlant du lieu — « si dans ce lieu et en ce temps aucun homme du peuple ne connaît la langue des substituts » — là où la glose écrit plus brièvement אינו מכיר.

Proposition 4 — la limite : כינויי כינויים

« אבל כינויי כינויים דהיינו כינוי שרחוק הרבה מהלשון אינו כנדר: » (שו״ע יו״ד ר״ז:א)
« Mais les substituts de substituts — c’est-à-dire un substitut fort éloigné de l’expression — ne sont pas comme un vœu. »
Le second degré ne passe pas. La guemara donne les mots : מקנמנא, מקנחנא, מקנסנא — des déformations des déformations. Le Choulhan Aroukh donne le critère, et c’est un critère de distance : שרחוק הרבה מהלשון, « fort éloigné de l’expression ». Tant que le mot reste reconnaissable, il lie ; passé une certaine distance, il ne dit plus rien.

Proposition 5 — la glose finale : le vœu en toute langue

« (הנדר הוא בכל לשון שיאמר עליו מקרי נדר) » (שו״ע יו״ד ר״ז:א)
(Le vœu se fait en toute langue : ce qu’on dit à son sujet s’appelle un vœu.)
Une précision qui garde tout le siman d’un contresens. On pourrait croire, en lisant les quatre propositions précédentes, que le vœu tient à des formules hébraïques. La glose finale dit l’inverse : le vœu se fait dans n’importe quelle langue. Ce qui importe n’est pas l’hébreu, c’est que le mot dise, pour celui qui le prononce et pour ceux qui l’entendent, l’idée de vœu.
Le seif, en cinq temps : (1) le principe et ses trois mots — קונם, קונח, קונס ; (2) sa raison — on suit la langue du lieu ; (3) son revers — un mot que personne ne connaît ne lie pas ; (4) sa limite — le substitut du substitut ne lie pas ; (5) sa portée — le vœu se fait en toute langue.

3. Les concepts-clés de ce siman

Ce siman ouvre un vocabulaire que les lots précédents n’avaient pas. Voici les mots dont on ne peut pas se passer.

נדר — « Vœu » : un engagement qui porte sur une chose — je rends tel pain interdit pour moi, comme si c’était une offrande. Le נדר change le statut de l’objet. C’est ce qui le distingue de la שבועה.
שבועה — « Serment » : un engagement qui porte sur la personne — je me lie moi-même à faire ou à ne pas faire. Le serment ne touche pas l’objet ; il oblige celui qui parle. Dire קונם ככר זה עלי est un נדר ; dire « je jure de ne pas manger ce pain » est une שבועה. Le siman 207 est du côté des נדרים.
כינוי · כינויי נדרים — « Substitut », « appellation détournée » : un mot qui n’est pas le mot propre mais qui en tient lieu. Le Roch, cité par le Beit Yossef, en donne la définition la plus nette : tout ce qui n’est pas le nom principal s’appelle כינוי. Le titre du siman est exactement cela : דין כנויי נדרים.
קונם · קונח · קונס — Les trois substituts de קרבן — « offrande ». Ce sont les mots de la michna, repris tels quels par le Rambam, le Tour et le Choulhan Aroukh. On les rencontrera dans tout le traité des נדרים : קונם devient le mot courant pour introduire un vœu.
כינויי כינויים — « Substituts de substituts » : la déformation d’une déformation — מקנמנא, מקנחנא, מקנסנא, que la guemara donne au nom de Rav Yossef. Ils ne lient pas : c’est la seule chose que le seif interdise de faire, et c’est un allègement.
הולכין אחר הלשון שרגילין בו — « On suit la langue en usage » : le principe qui commande tout le siman. Ce n’est pas une liste de mots qui fait le vœu, c’est l’usage du lieu et du temps. Le Rambam le dit en toutes lettres : הולכין אחר לשון כלל העם באותו מקום ובאותו זמן.
Les mots-clés en une ligne. Un נדר se fait par un mot ; ce mot peut être un כינוי — קונם, קונח, קונס — pourvu que l’usage du lieu le reconnaisse ; mais un כינוי של כינוי est trop loin et ne lie pas. Tout cas réel se pose à un Rav.

4. D’où vient ce seif

Le seif n’invente rien : il condense une michna, une discussion de la guemara Nedarim, deux halakhot du Rambam, et la lecture qu’en fait le Beit Yossef. Les voici, dans l’ordre.

La michna — au tout début du traité

Le traité Nedarim s’ouvre exactement sur notre règle, appliquée d’un coup aux quatre engagements de la parole :

« כָּל כִּנּוּיֵי נְדָרִים כִּנְדָרִים, וַחֲרָמִים כַּחֲרָמִים, וּשְׁבוּעוֹת כִּשְׁבוּעוֹת, וּנְזִירוּת כִּנְזִירוּת. » (משנה נדרים פ״א מ״א)

Puis la michna suivante nomme les mots, et c’est la liste que le Choulhan Aroukh recopie :

« הָאוֹמֵר לַחֲבֵרוֹ, קוֹנָם קוֹנָח, קוֹנָס, הֲרֵי אֵלּוּ כִנּוּיִין לְקָרְבָּן. » (משנה נדרים פ״א מ״ב)

La guemara — Nedarim 10b : pourquoi le second degré ne lie pas

Sur les כינויי כינויים, la guemara rapporte une divergence entre les écoles de Chammaï et de Hillel, et l’on tranche comme Beit Hillel :

« בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין — אֲסוּרִין. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין — מוּתָּרִין. » (נדרים י׳ ע״ב)

Elle en donne ensuite deux explications, qui ne reviennent pas au même — c’est le point que le niveau Lamdan reprendra :

« דְּכוּלֵּי עָלְמָא כִּינּוּיִין לְשׁוֹן אוּמּוֹת הֵן, וּבֵית שַׁמַּאי סָבְרִי: בְּהָנֵי נָמֵי מִשְׁתַּעִי אוּמּוֹת, וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי: בְּהָנֵי לָא מִשְׁתַּעִי אוּמּוֹת. » (נדרים י׳ ע״ב)
« בֵּית שַׁמַּאי סָבְרִי: גָּזְרִינַן כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין מִשּׁוּם כִּינּוּיִין » (נדרים י׳ ע״ב)

Et elle nomme enfin les mots eux-mêmes :

« הֵיכִי דָּמֵי כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין דִּנְדָרִים? תָּנֵי רַב יוֹסֵף: ״מַקְנֵמְנָא״ ״מַקְנַחְנָא״ ״מַקְנֵסְנָא״. » (נדרים י׳ ע״ב)

Le Rambam — הלכות נדרים, chapitre 1

Le Rambam donne la raison du dîn, et c’est elle que le Chakh et le Baer Hetev recopieront tous deux en tête de leur commentaire :

« יֵשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁאַנְשֵׁיהֶם עִלְּגִים וּמַפְסִידִין אֶת הַלָּשׁוֹן וּמְכַנִּין עַל דָּבָר בְּדָבָר אַחֵר הוֹלְכִין שָׁם אַחַר הַכִּנּוּי. » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה ט״ז)

Il donne ensuite les mots, puis la règle générale :

« הָאוֹמֵר הֲרֵי הֵן עָלַי קוֹנַם קוֹנָח קוֹנָז הֲרֵי אֵלּוּ כִּנּוּיִין לְקָרְבָּן. » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה ט״ז)
« וְכֵן כָּל כַּיּוֹצֵא בָּזֶה הוֹלְכִין אַחַר לְשׁוֹן כְּלַל הָעָם בְּאוֹתוֹ מָקוֹם וּבְאוֹתוֹ זְמַן: » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה ט״ז)

Et la halakha suivante donne la limite, dans les deux registres du vœu :

« וְכִנּוּיֵי הַכִּנּוּיִין מֻתָּרִין בֵּין בְּנִדְרֵי אִסָּר בֵּין בְּנִדְרֵי הֶקְדֵּשׁ: » (רמב״ם הלכות נדרים פרק א׳ הלכה י״ז)

Le Tour et le Beit Yossef

Le Tour formule déjà le seif presque mot pour mot — le Choulhan Aroukh le suit de très près :

« כינוי נדרים כנדרים כיצד קונם קונח קונס שאם אמר קונם או קונס ככר זה עלי אסור בו » (טור יו״ד ר״ז)
« אבל כינויי כינוים פירוש כינוי שרחוק הרבה מן זה הלשון אינה כנדר: » (טור יו״ד ר״ז)

Le Beit Yossef, lui, remonte aux sources et pose la définition du כינוי :

« משנה בריש נדרים (ב.) כל כינויי נדרים כנדרים » (ב״י יו״ד ר״ז)
« ופירש הרא״ש כל שאינו עיקר השם נקרא כינוי » (ב״י יו״ד ר״ז)

Il rapporte la divergence des Amoraïm sur ce qu’est un כינוי, et la question du Ran, qui fera le fond du niveau Lamdan :

« ובגמרא איתמר כינוי ר׳ יוחנן אמר. לשון נכרים ור״ל אמר לשון שבדו להם חכמים להיות נודר בו » (ב״י יו״ד ר״ז)
« ופירש הרא״ש לשון נכרים בלשונם קורין לקרבן קונם או קונח או קונם » (ב״י יו״ד ר״ז)
« והקשה הר״ן לרבי יוחנן דאמר לשון נכרים הם מ״ש דפריש הני לישני טפי משאר לישני לימא הנודר בכל לשון ה״ז נדר » (ב״י יו״ד ר״ז)

Et c’est lui qui fournit les deux gloses entre parenthèses du seif :

« ומשמע דכינויים אלו הכל לפי המקום והזמן אם יש באותו מקום ובאותו זמן בני אדם שקורין לאותן השמות וכינויים אע״פ שלא הזכירום חכמים הנודר בהם אסור » (ב״י יו״ד ר״ז)
« ואם באותו מקום ובאותו זמן אין שום אדם מעם הארץ מכיר בלשון הכינויין שאמרו חכמים הנודר בהם לאו כלום הוא » (ב״י יו״ד ר״ז)

5. L’appareil du siman, entrée par entrée

Ce siman est bref, et son appareil l’est aussi : cinq entrées en tout — deux du Chakh, une du Taz, deux du Baer Hetev. Nous les citons toutes, dans l’ordre, sans en résumer aucune.

Le Chakh (ש״ך) — deux ס״ק

Le premier ס״ק est presque entièrement une recopie : le Chakh cite le Rambam in extenso, puis le Semag, le Ramban, et surtout le Ran au nom de Rabbi Yehouda bar Rabbi Ḥasdaï — dont la réponse est le cœur du siman.

« ל׳ רמב״ם פ״א מהלכות נדרים דין ט״ז יש מקומות שאנשיהם עלגים ומפסידין את הלשון ומכנין על דבר בדבר אחר הולכים שם אחר הכינוי » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)
« כיצד כל כינוי קרבן כקרבן האומר הרי הן עלי קונם קונח קונס הרי אלו כינויים לקרבן » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)
« וכן כל כיוצא בזה הולכין אחר לשון כלל העם באותו מקום ובאותו זמן » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)
« וכ״כ הסמ״ג לאוין רמ״א ורמב״ן וכ״כ הר״ן ריש נדרים בשם החכם הגדול ר״י בר רבי חסדאי » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)
« דרבותא אשמועינן דלא מבעיא בלשונות עובדי כוכבים שהן לשונות גמורים הנודר בהן נדרו נדר » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)
« אלא אפי׳ בלשונות שאינם גמורים כגון אלו דקונם קונח קונם שהם לשון הקדש אלא שנשתבש » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)
« וס״ד אמינא שהנודר בהם לא יהיה נדר כיון שאינו לשון נדר גמור בפני עצמו » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)
« קמ״ל דכיון שעובדי כוכבים מדברים בהן אעפ״י שאינו מעיקר לשונם אלא משיבוש שהוא בידם הרי הוא נדר גמור » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)
« וכל שכן שאר לשונות העובדי כוכבים » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)
« וכך הם דברי הטור והרב וע״ל ר״ס רל״ז בהג״ה: » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק א)

Le second ס״ק tient en une ligne, et c’est la ligne qui donne au seif son contenu concret : sans elle, on ne sait pas ce qu’est un כינוי של כינוי.

« שרחוק הרבה מהלשון » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק ב)
« כגון דאמר מקנמנא מקנחנא מקנסנא. » (ש״ך יו״ד ר״ז ס״ק ב)

Le Taz (ט״ז) — un seul ס״ק

L’unique entrée du Taz part d’une évidence et arrive ailleurs : il s’en sert pour lire la formule de כל נדרי, et pour expliquer pourquoi elle nomme certains כינויים et pas d’autres.

« פשוט במשנה ובגמרא פרק קמא דנדרים (דף י׳) דגם קונם הוי כינוי » (ט״ז יו״ד ר״ז ס״ק א)
« וכל הכינויים הם כנוי לקרבן » (ט״ז יו״ד ר״ז ס״ק א)
« ומה שזכר בנוסח כל נדרי וקונמי וקנסי וכינויי רצונו לומר קונמי הוא הכינוי היותר פשוע שכן הוזכר במשנה תחילה לכינויים » (ט״ז יו״ד ר״ז ס״ק א)
« ואח״כ הזכיר במשנה קונס והיינו וקנסי » (ט״ז יו״ד ר״ז ס״ק א)
« על כן אמר אחר כך וכינויי רצונו לומר וכל שאר הכינויים » (ט״ז יו״ד ר״ז ס״ק א)
« וכמה שכתב הטור ושולחן ערוך כאן וכן בכל מקום הולכים כו׳ כן נראה לי: » (ט״ז יו״ד ר״ז ס״ק א)

Le Baer Hetev (באר היטב) — deux ס״ק

Le Baer Hetev fait ici son office habituel : il donne, en deux lignes, la raison du premier mot et le contenu du dernier. La première reprend le Rambam ; la seconde est le même ש״ס que le Chakh.

« הטעם כתב הרמב״ם דיש מקומות שאנשיהם עלגים ומפסידין את הלשון ומכנין על דבר בדבר אחר הולכים שם אחר הכינוי: » (באר היטב יו״ד ר״ז ס״ק א)
« כגון דאמר מקנמנא מקנחנא מקנסנא. » (באר היטב יו״ד ר״ז ס״ק ב)

Ce que l’appareil de ce siman ne contient pas

Il faut le dire, parce que le lecteur pourrait le chercher : sur ce siman, ni le Pit’hei Techouva ni les Nekoudot HaKessef ne donnent d’entrée. Ce n’est pas un oubli de cette page — c’est l’état de l’appareil. Nous n’écrivons donc rien sous leur nom : une colonne vide vaut mieux qu’une entrée fabriquée. Les Nekoudot HaKessef, en particulier, sont la réponse du Chakh au Taz ; ici le Taz ne conteste rien, et il n’y a rien à répondre.

6. Le seif clause par clause

Tout le siman dans une grille : la clause, ce qu’elle dit, et le degré qu’elle fixe.

ClauseLe texteCe qu’elle fixe
Le principe « כנויי נדרים כנדרים כיצד קונם קונח קונס שאם אמר קונם או קונח או קונס ככר זה עלי אסור בו » (שו״ע יו״ד ר״ז:א) Les trois substituts lient comme le mot vrai
La raison « וכן בכל מקום הולכים אחר הלשון שרגילין בו שאם יש להם כנוי לנדר ונדר בו הוי נדר » (שו״ע יו״ד ר״ז:א) Parce qu’on suit la langue en usage dans le lieu
Le revers « (וכן אם אינו מכיר אלו הלשונות שדברו בהם חכמים אע״פ שנדר בהם לאו כלום הוא) » (שו״ע יו״ד ר״ז:א) Là où la langue ne dit rien, il n’y a pas de vœu
La limite « אבל כינויי כינויים דהיינו כינוי שרחוק הרבה מהלשון אינו כנדר: » (שו״ע יו״ד ר״ז:א) Le substitut du substitut est trop loin : il ne lie pas
La portée « (הנדר הוא בכל לשון שיאמר עליו מקרי נדר) » (שו״ע יו״ד ר״ז:א) Le vœu se fait dans n’importe quelle langue

7. Cas pratiques

Comment ce seif s’incarne-t-il ? Voici quatre situations. Chacune se clôt sur le même renvoi : la conduite réelle revient au Rav.

Cas 1 — un mot d’une autre langue

Quelqu’un s’interdit un aliment en français, en anglais ou en judéo-arabe, sans prononcer un mot d’hébreu. La glose finale du seif répond directement : le vœu se fait en toute langue. Le Chakh le dit plus fort encore — וכל שכן שאר לשונות : si un hébreu cassé lie, à plus forte raison une langue entière. Mais savoir si ce qui a été dit est un vœu — et non une simple résolution — est précisément ce qui se demande à un Rav.

Cas 2 — un mot de vœu employé sans le savoir

Quelqu’un emploie le mot קונם pour plaisanter, ou parce qu’il l’a entendu, sans savoir ce qu’il signifie. Le seif traite le cas par son autre bout : ce qui fait le vœu est l’usage du lieu, et la glose ajoute que là où l’expression n’est connue de personne, לאו כלום הוא. Le rapport entre l’ignorance du locuteur et l’usage de son lieu est une question réelle — à poser à un Rav, non à trancher soi-même.

Cas 3 — un mot approximatif, mais reconnaissable

Quelqu’un déforme le mot — il dit autre chose que ce qu’il voulait dire, mais son entourage comprend parfaitement. C’est exactement le cas du seif, et la réponse est oui, cela lie : c’est ce que veut dire כינויי נדרים כנדרים. Le critère n’est pas la correction du mot, c’est sa reconnaissabilité dans la langue du lieu.

Cas 4 — un mot méconnaissable

Quelqu’un emploie un mot si déformé que personne ne l’identifie. Le seif le range dans les כינויי כינויים : שרחוק הרבה מהלשון, trop loin de l’expression — cela ne lie pas. Reste à savoir où passe la frontière entre « déformé » et « trop déformé ». Le seif ne donne pas de mesure ; c’est une question de Rav.

8. Questions de compréhension

  1. Quel est le mot propre dont קונם, קונח et קונס sont les substituts, et que veut dire ce mot ?
  2. Le seif donne trois mots. Pourquoi cette liste n’est-elle pas close, et par quelle clause le Choulhan Aroukh le dit-il ?
  3. Quelle est, selon le Rambam que le Chakh recopie, la raison pour laquelle ces mots existent ?
  4. La première glose entre parenthèses semble contredire la règle. Montre qu’elle en est au contraire la conséquence exacte.
  5. Qu’est-ce qu’un כינוי של כינוי, et quels sont les trois mots que la guemara donne comme exemples ?
  6. Le Beit Yossef rapporte une divergence sur ce qu’est un כינוי. Restitue les deux avis, et dis lequel des deux rend la règle plus large.
  7. Quelle question le Ran pose-t-il à Rabbi Yoḥanan, et quelle réponse le Chakh rapporte-t-il en son nom ?
  8. À quoi le Taz emploie-t-il son unique ס״ק, et qu’en tire-t-il sur l’ordre des mots dans la formule de כל נדרי ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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