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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 211 — La condition posée d’avance (המתנה שנדריו לא יהיו נדרים)

Quatre seifim : celui qui annule ses vœux avant de les faire, et ce que cette annulation peut
יורה דעה · סימן רי״א
המתנה שנדריו לא יהיו נדרים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le siman de la condition posée avant le vœu. Un homme déclare d’abord que ce qu’il s’apprête à vouer ne sera pas un vœu — et il voue. Que vaut alors son vœu ? Le Choulhan Aroukh répond en quatre seifim, et c’est de ce siman que la glose du Rama tire ce qu’elle dit de כל נדרי. Attention : ce que le siman établit est précis, et ce que les A’haronim en tirent l’est aussi. Ce sont des règles למעשה : tout cas réel se pose à un Rav.

Sujet : Celui qui stipule d’avance que ses vœux ne seront pas des vœux
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן רי״א (ד׳ סעיפים)

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. De quoi parle ce siman ? Annuler d’avance ce qu’on n’a pas encore dit
2. Les quatre seifim, clause par clause
3. Les concepts-clés : ביטול, עקריה לתנאיה, על דעת ראשונה, כל נדרי
4. D’où viennent ces seifim : la michna et la guemara Nedarim, le Rambam, le Tour, le Beit Yossef
5. L’appareil du siman : les dix-huit entrées, citées une à une
6. Le tableau des quatre seifim
7. Cas pratiques
8. Questions de compréhension

1. De quoi parle ce siman ? (ד׳ סעיפים)

Les simanim précédents disaient ce qui fait un vœu et ce qui l’empêche au moment où il se fait. Celui-ci recule encore : il parle de ce qu’on a dit avant. Un homme déclare que ses vœux à venir seront nuls — puis il voue. Deux situations, et le siman les sépare avec soin.

La première (seif 1) : la déclaration et le vœu sont dans le même souffle. La seconde (seif 2) : la déclaration a été faite longtemps avant, et le vœu vient plus tard. Le résultat s’inverse selon le cas, et la raison en est que celui qui se souvient de sa condition et voue quand même a défait sa condition. Le seif 3 traite du cas intermédiaire — il se souvient qu’il y a une condition mais a oublié sur quoi elle portait — et le seif 4 pose la limite de tout l’édifice.

Quatre seifim, une charnière. Seif 1 : dit dans le même souffle et à voix haute, le désaveu emporte le vœu. Seif 2 : posé longtemps avant, il ne vaut que si l’homme ne s’en souvient pas en vouant. Seif 3 : s’il s’en souvient sans savoir sur quoi il portait, la formule « selon mon intention première » le sauve. Seif 4 : rien de tout cela ne vaut pour un vœu qu’un autre lui a imposé.

2. Les quatre seifim, clause par clause

Voici les quatre seifim, chacun d’abord en entier — tel que la source le donne, glose du Rama comprise —, puis décomposé.

Seif 1 — le désaveu dit dans le même souffle

Le seif pose le cas, puis sa condition de forme, puis la position contraire — et le Rama y ajoute la glose la plus connue du siman.

המתנה שנדריו לא יהיו נדרים. ובו ד׳ סעיפים:
האומר נדר שאני רוצה לידור לא יהא נדר ונדר אינו נדר בד״א שהוציא תחילה בשפתיו לומר שלא יהא נדר אבל אם חשב כך בלבו הוי דברים שבלב ואינם מבטלים הנדר שהוציא בשפתיו וי״א דאפילו אמר כן בלחש הוי דברים שבלב: הגה והא דאמרינן כל נדרי בליל יום כיפורים הוי כאילו התנו בהדיא ומכל מקום לא סמכינן על זה להתיר בלא שאלה לחכם כי אם לצורך גדול (מהרי״ו סימן ב׳):
« המתנה שנדריו לא יהיו נדרים. ובו ד׳ סעיפים » (שו״ע יו״ד רי״א:א)
Celui qui stipule que ses vœux ne seront pas des vœux. Et il comporte quatre seifim
Le chapeau annonce la matière : il ne s’agit pas de délier un vœu, mais de l’empêcher de naître.
« האומר נדר שאני רוצה לידור לא יהא נדר ונדר אינו נדר » (שו״ע יו״ד רי״א:א)
Celui qui dit : le vœu que je veux vouer ne sera pas un vœu — et il a voué — ce n’est pas un vœu
Le cas le plus simple, et le plus fort : ici le vœu ne prend pas, et le Chakh soulignera que cela vaut même s’il se souvenait de sa condition en vouant.
« בד״א שהוציא תחילה בשפתיו לומר שלא יהא נדר » (שו״ע יו״ד רי״א:א)
Dans quel cas ? Lorsqu’il a d’abord énoncé de ses lèvres que ce ne serait pas un vœu
La condition de forme : le désaveu suit la même règle que le vœu — il passe par les lèvres.
« אבל אם חשב כך בלבו הוי דברים שבלב ואינם מבטלים הנדר שהוציא בשפתיו » (שו״ע יו״ד רי״א:א)
mais s’il l’a seulement pensé en son cœur, ce sont des choses du cœur, et elles n’annulent pas le vœu qu’il a énoncé de ses lèvres
La règle est symétrique de celle du siman précédent : la pensée ne défait pas plus qu’elle ne fait.
« וי״א דאפילו אמר כן בלחש הוי דברים שבלב » (שו״ע יו״ד רי״א:א)
et certains disent que même s’il l’a dit à voix basse, ce sont des choses du cœur
Une exigence de plus, et c’est la ma’hloket la plus vive du siman : que veut dire ici « à voix basse » ? Le Taz et le Chakh ne l’entendent pas de la même façon.
« הגה והא דאמרינן כל נדרי בליל יום כיפורים הוי כאילו התנו בהדיא » (רמ״א יו״ד רי״א:א)
Glose : et ce que nous disons כל נדרי la nuit de Kippour vaut comme s’ils avaient stipulé expressément
C’est la seule ligne du Choulhan Aroukh sur כל נדרי, et elle le rattache expressément à notre siman : c’est une stipulation préalable, du type de celles dont il est ici question.
« ומכל מקום לא סמכינן על זה להתיר בלא שאלה לחכם כי אם לצורך גדול (מהרי״ו סימן ב׳ » (רמ״א יו״ד רי״א:א)
et malgré tout nous ne nous appuyons pas là-dessus pour permettre sans demande à un sage, sinon pour un grand besoin
La seconde moitié de la glose est aussi importante que la première, et c’est celle qu’on oublie : la déclaration ne dispense pas de la déliaison. Le Chakh dira en outre que cette glose appartient au seif 2.

Seif 2 — la condition posée longtemps avant

Ici la condition et le vœu sont séparés dans le temps, et le résultat s’inverse : c’est le souvenir qui décide.

מי שהתנה ואמר כל נדרי שאדור עד זמן פלוני יהיו בטלים ונדר בתוך הזמן אם הוא זוכר לתנאו בשעת הנדר נדרו קיים שהרי מבטל תנאו בשעה שנודר ואם אינו זוכר לתנאו בשעת הנדר התנאי קיים והנדר בטל ויש אומרים שאין התנאי מועיל לבטל הנדר אלא אם כן יזכרנו תוך כדי דיבור לנדר ויאמר בלבו שהוא סומך על התנאי ויש לחוש לדבריהם:
« מי שהתנה ואמר כל נדרי שאדור עד זמן פלוני יהיו בטלים ונדר בתוך הזמן » (שו״ע יו״ד רי״א:ב)
Celui qui a stipulé et dit : tous les vœux que je vouerai jusqu’à telle date seront nuls — et il a voué dans ce délai
C’est la forme classique de la condition préalable, celle que la guemara place au Roch Hachana.
« אם הוא זוכר לתנאו בשעת הנדר נדרו קיים שהרי מבטל תנאו בשעה שנודר » (שו״ע יו״ד רי״א:ב)
s’il se souvient de sa condition au moment du vœu, son vœu tient — car il annule sa condition en vouant
La raison est donnée dans le seif même, et c’est le principe de toute la matière : vouer en se sachant dispensé, c’est retirer la dispense.
« ואם אינו זוכר לתנאו בשעת הנדר התנאי קיים והנדר בטל » (שו״ע יו״ד רי״א:ב)
et s’il ne se souvient pas de sa condition au moment du vœu, la condition tient et le vœu est nul
L’inverse exact. Et l’on notera que c’est le cas ordinaire : celui qui a posé une condition un an plus tôt ne l’a généralement pas en tête.
« ויש אומרים שאין התנאי מועיל לבטל הנדר אלא אם כן יזכרנו תוך כדי דיבור לנדר ויאמר בלבו שהוא סומך על התנאי ויש לחוש לדבריהם » (שו״ע יו״ד רי״א:ב)
et certains disent que la condition ne sert à annuler le vœu que s’il se la rappelle dans le temps d’une parole depuis le vœu et dit en son cœur qu’il s’appuie sur la condition — et il y a lieu de tenir compte de leurs paroles
Une exigence lourde, et c’est elle que le Taz contestera longuement. Le Chakh, lui, propose une correction du texte.

Seif 3 — il se souvient de la condition, mais pas de son objet

Le cas intermédiaire, et c’est celui de la guemara : il sait qu’il a posé une condition, il ne sait plus sur quoi.

התנה על קצת דברים שיהא נדרו בטל בהם ואינו יודע על מה התנה אם על אכילת בשר או שתיית יין אם אומר בשעת הנדר על דעת ראשונה אני נודר שאם אזכור על מה שהתניתי שאלך אחר התנאי ונזכר על מה התנה התנאי קיים והנדר בטל ואם לא אמר על דעת ראשונה אני נודר התנאי בטל והנדר קיים:
« התנה על קצת דברים שיהא נדרו בטל בהם ואינו יודע על מה התנה אם על אכילת בשר או שתיית יין » (שו״ע יו״ד רי״א:ג)
S’il a stipulé sur certaines choses que son vœu y serait nul, et qu’il ne sait pas sur quoi il a stipulé — si c’était sur la consommation de viande ou sur celle de vin
Le cas de Rava dans la guemara : il se souvient d’avoir posé une condition, mais l’objet lui échappe.
« אם אומר בשעת הנדר על דעת ראשונה אני נודר שאם אזכור על מה שהתניתי שאלך אחר התנאי ונזכר על מה התנה התנאי קיים והנדר בטל » (שו״ע יו״ד רי״א:ג)
s’il dit au moment du vœu : c’est selon mon intention première que je voue, de sorte que si je me rappelle sur quoi j’ai stipulé j’irai selon la condition — et il s’est rappelé sur quoi il avait stipulé — la condition tient et le vœu est nul
La formule est le tout : elle empêche que le vœu soit lu comme un retrait de la condition. Le Taz explique pourquoi elle est ici indispensable.
« ואם לא אמר על דעת ראשונה אני נודר התנאי בטל והנדר קיים » (שו״ע יו״ד רי״א:ג)
et s’il n’a pas dit : c’est selon mon intention première que je voue — la condition est nulle et le vœu tient
Car il savait qu’il y avait une condition et a voué sans rien dire : c’est exactement ce que le seif 2 appelle annuler sa condition.

Seif 4 — ce que le désaveu ne peut pas

Deux lignes, et elles bornent tout le siman.

אין דברים הללו אמורים אלא בשבועה או נדר שנשבע ונדר לעצמו אבל מי שהשביעו חבירו או הדירו אין ביטול זה מועיל לו כלום:
« אין דברים הללו אמורים אלא בשבועה או נדר שנשבע ונדר לעצמו » (שו״ע יו״ד רי״א:ד)
Ces choses ne sont dites que d’un serment ou d’un vœu qu’il a juré et voué pour lui-même
Première remarque à faire : le seif met le serment sur le même rang que le vœu. Les Gueonim, rapportés par le Rambam, n’en étaient pas tous d’accord.
« אבל מי שהשביעו חבירו או הדירו אין ביטול זה מועיל לו כלום » (שו״ע יו״ד רי״א:ד)
mais celui à qui son prochain a fait jurer ou a imposé un vœu — cette annulation ne lui sert de rien
La limite, et elle est absolue. Le Beit Yossef en donne la raison au nom du Ran et des Tossefot : c’est sur l’intention de l’autre qu’il jure.
Les quatre seifim en un mot. Un homme peut se prémunir d’avance contre ses propres vœux, à condition de le dire. Mais cette prémunition ne survit pas au souvenir : celui qui voue en sachant qu’il s’est prémuni a renoncé à sa protection — sauf s’il le dit expressément. Et rien de tout cela ne touche un vœu qu’un autre lui a imposé.

3. Les concepts-clés de ce siman

ביטול — l’annulation. Non pas la déliaison d’un vœu déjà fait, mais la déclaration qui l’empêche de naître. C’est tout l’objet du siman, et c’est pourquoi le seif 1 insiste sur les lèvres.

עקריה לתנאיה — « il a déraciné sa condition ». Le mot de la guemara, et la charnière du seif 2 : celui qui voue en se souvenant de sa condition la supprime par ce vœu même.

על דעת ראשונה אני נודר — « c’est selon mon intention première que je voue ». La formule du seif 3, qui empêche que le vœu se lise comme un retrait de la condition.

בלחש — à voix basse. Le mot du יש אומרים au seif 1, et le point sur lequel le Taz et le Chakh se séparent : est-ce l’inaudibilité pour soi-même, ou l’absence de public ?

כל נדרי — la déclaration de la nuit de Kippour. La glose du Rama en dit deux choses : qu’elle vaut comme une stipulation expresse, et qu’on ne s’en contente pas pour délier sans un sage.

דברים שבלב — les choses du cœur. Le principe qui ferme la porte à l’annulation purement intérieure, et qui fait le lien avec le siman précédent.

4. D’où viennent ces seifim

La michna et la guemara — מסכת נדרים

Toute la matière du siman est dans deux colonnes de Nedarim. La michna de Rabbi Éliézer ben Yaakov donne la formule ; la guemara objecte, corrige le texte de la michna, puis Rava propose une autre lecture qui donnera le seif 3.

« רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: אַף הָרוֹצֶה לְהַדִּיר אֶת חֲבֵירוֹ שֶׁיֹּאכַל אֶצְלוֹ, יֹאמַר לוֹ: ״כׇּל נֶדֶר שֶׁאֲנִי עָתִיד לִידּוֹר הוּא בָּטֵל״, וּבִלְבַד שֶׁיְּהֵא זָכוּר בִּשְׁעַת הַנֶּדֶר » (נדרים כ״ג ע״א)
« וְכֵיוָן דְּאָמַר ״כׇּל נֶדֶר שֶׁאֲנִי עָתִיד לִידּוֹר יְהֵא בָּטֵל״, לָא שָׁמַע לֵיהּ וְלָא אָתֵי בַּהֲדֵיהּ » (נדרים כ״ג ע״א)
« וְהָרוֹצֶה שֶׁלֹּא יִתְקַיְּימוּ נְדָרָיו כׇּל הַשָּׁנָה, יַעֲמוֹד בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְיֹאמַר: כׇּל נֶדֶר שֶׁאֲנִי עָתִיד לִידּוֹר יְהֵא בָּטֵל, וּבִלְבַד שֶׁיְּהֵא זָכוּר בִּשְׁעַת הַנֶּדֶר » (נדרים כ״ג ע״ב)
« אִי זָכוּר, עַקְרֵיהּ לִתְנָאֵיהּ, וְקַיֵּים לֵיהּ לְנִדְרֵיהּ! אָמַר אַבָּיֵי, תָּנֵי: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא זָכוּר בִּשְׁעַת הַנֶּדֶר » (נדרים כ״ג ע״ב)
« הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן — כְּגוֹן שֶׁהִתְנָה בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה, וְלֹא יָדַע בַּמֶּה הִתְנָה » (נדרים כ״ג ע״ב)
« אִי זָכוּר בִּשְׁעַת הַנֶּדֶר, וְאָמַר ״עַל דַּעַת הָרִאשׁוֹנָה אֲנִי נוֹדֵר״ — נִדְרֵיהּ לֵית בֵּיהּ מַמָּשָׁא » (נדרים כ״ג ע״ב)
« לֹא אָמַר ״עַל דַּעַת הָרִאשׁוֹנָה אֲנִי נוֹדֵר״ — עַקְרֵיהּ לִתְנָאֵיהּ וְקַיֵּים לְנִדְרֵיהּ » (נדרים כ״ג ע״ב)
Trois points à retenir. (1) La michna, telle qu’elle est imprimée, dit ובלבד שיהא זכור — « à condition qu’il s’en souvienne ». (2) Abayé corrige et lit ובלבד שלא יהא זכור, ce qui donne exactement le seif 2. (3) Rava garde le texte reçu et l’explique autrement : il s’en souvient, mais ne sait plus sur quoi — et c’est le seif 3.
« תַּנָּא קָא מְסַתֵּים לַהּ סַתּוֹמֵי כְּדֵי שֶׁלֹּא יִנְהֲגוּ קַלּוּת רֹאשׁ בִּנְדָרִים » (נדרים כ״ג ע״ב)
Une phrase à ne pas laisser passer : la guemara rapporte qu’on a voulu enseigner cette matière en public, et qu’on l’en a empêché — afin qu’on ne prenne pas les vœux à la légère. Le sujet est de ceux qu’on transmet avec précaution, et la glose du Rama au seif 1 dit, en somme, la même chose.

Le Rambam — הלכות נדרים, chapitre 2

Trois halakhot du Rambam recouvrent les seifim 2, 3 et 4 : la condition préalable et le souvenir, l’oubli partiel et la formule qui sauve, et la question de savoir si tout cela vaut aussi pour les serments.

« מִי שֶׁהִתְנָה קֹדֶם שֶׁיִּדֹּר וְאָמַר כָּל נֵדֶר שֶׁאֶדֹּר מִכָּאן וְעַד עֶשֶׂר שָׁנִים הֲרֵינִי חוֹזֵר בָּהֶן אוֹ הֲרֵי הֵן בְּטֵלִים » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ד)
« אִם הָיָה זוֹכֵר הַתְּנַאי בְּשָׁעָה שֶׁנָּדַר הֲרֵי נִדְרוֹ קַיָּם שֶׁהֲרֵי בִּטֵּל הַתְּנַאי בְּנֵדֶר זֶה » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ד)
« וְאִם לֹא זָכַר הַתְּנַאי אֶלָּא אַחַר שֶׁנָּדַר אַף עַל פִּי שֶׁקִּבֵּל הַתְּנַאי בְּלִבּוֹ וְקִיְּמוֹ הֲרֵי הַנֵּדֶר בָּטֵל » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ד)
« וְיֵשׁ שֶׁמּוֹרֶה לְהַחְמִיר וְאוֹמֵר וְהוּא שֶׁיִּזְכֹּר הַתְּנַאי אַחַר שֶׁנָּדַר בְּתוֹךְ כְּדֵי דִּבּוּר » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ד)
« מִי שֶׁהִקְדִּים אֶת הַתְּנַאי לְשָׁנָה אוֹ לְעֶשֶׂר וְאַחַר כָּךְ נָדַר וְנִזְכַּר בְּשָׁעָה שֶׁנָּדַר שֶׁיֵּשׁ לוֹ תְּנַאי וְשָׁכַח עַל אֵי זֶה דָּבָר הִתְנָה » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ה)
« אִם אָמַר עַל דַּעַת רִאשׁוֹנָה אֲנִי עוֹשֶׂה אֵין נִדְרוֹ נֵדֶר שֶׁהֲרֵי בִּטְּלוֹ » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ה)
« וְאִם לֹא אָמַר עַל דַּעַת רִאשׁוֹנָה אֲנִי עוֹשֶׂה כְּבָר בִּטֵּל הַתְּנַאי וְקִיֵּם הַנֵּדֶר » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ה)
« יֵשׁ מֵהַגְּאוֹנִים שֶׁאוֹמְרִים אֵין כָּל אֵלּוּ הַדְּבָרִים נוֹהֲגִין אֶלָּא בִּנְדָרִים בִּלְבַד לֹא בִּשְׁבוּעוֹת » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ו)
« וְיֵשׁ מִי שֶׁמּוֹרֶה שֶׁדִּין הַנְּדָרִים וְהַשְּׁבוּעוֹת בְּעִנְיָנוֹת אֵלּוּ אֶחָד הֵם » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ו)
La dernière halakha mérite qu’on s’y arrête : certains Gueonim tenaient que tout cela ne vaut que pour les vœux et non pour les serments. Notre seif 4 écrit בשבועה או נדר — il suit donc la seconde opinion que le Rambam rapporte.

Le Tour et le Beit Yossef

Le Tour donne les trois premières matières, et place בלחש non pas comme un יש אומרים mais dans le corps même de la règle. Le Beit Yossef donne la source de chaque pièce : le Rabbénou Éliézer de Metz pour le désaveu à voix basse, le Ran pour la différence entre les seifim 1 et 2, le Raavad pour le désaccord sur le délai, et le Ran au nom des Tossefot pour le seif 4.

« האומר נדר שאני רוצה לידור לא יהא נדר ונדר ודאי אינו נדר » (טור יו״ד רי״א)
« אבל אם חשב כך בלבו או שאומר בלחש הוי דברים שבלב ואינם מבטלים הנדר שהוציא בשפתיו » (טור יו״ד רי״א)
« וכתב הרמב״ם י״א שאין התנאי קיים לבטל הנדר אא״כ יזכרנו תוך כדי דבור לנדר וא״א הרא״ש ז״ל לא חילק בזה » (טור יו״ד רי״א)
« ופי׳ הרא״מ שאם ביטל בחשאי אין ביטולו ביטול דכיון דנדר בסתם אע״פ שחשב בלבו שנדר על דעת תנאו הוו דברים שבלב ולא מוכחי ולא הוו דברים » (ב״י יו״ד רי״א)
« אבל אם ביטל בפרהסיא הוו דברים שבלב דמוכחי ומועלת מחשבתו לבטל הנדר » (ב״י יו״ד רי״א)
« תירץ הר״ן דהתם היינו טעמא לפי שאמר התנאי בשעת הנדר וכיון שהוא אומר בפירוש שע״ד תנאו הוא נודר אי אפשר לומר דעקריה לתנאיה » (ב״י יו״ד רי״א)
« אבל כאן שהתנאי והנדר אינם באים כאחד שייך למימר עקריה » (ב״י יו״ד רי״א)
« וכתב עליו הראב״ד יפה הורה זה ולא בזכירת התנאי כמו שהוא סובר אלא בקבלתו וקיומו » (ב״י יו״ד רי״א)
« כתב הר״ן בשם התוס׳ על דינים אלו דוקא בשבועות ונדרים שנשבע ונדר לעצמו אבל מי שהשביעו חבירו או הדירו אין ביטול זה מועיל לו כלום » (ב״י יו״ד רי״א)
« שע״ד חבירו הוא נשבע ונודר כמי שמבטל תנאו לגמרי דמי » (ב״י יו״ד רי״א)
Le mot du Rabbénou Éliézer de Metz, rapporté par le Beit Yossef, est celui sur lequel tournera la ma’hloket du siman : דברים שבלב דמוכחי — des choses du cœur qui se manifestent. C’est le fait d’avoir annulé en public qui les rend manifestes.

5. L’appareil du siman, entrée par entrée

Dix-huit entrées : cinq du Chakh, quatre du Taz, quatre du Baer Hetev, deux du Pit’hei Techouva, trois des Nekoudot HaKessef. Elles sont citées ici toutes, dans leur ordre.

Le Chakh (ש״ך) — cinq ס״ק

« אינו נדר. משמע אף על פי שזוכר התנאי בשעת הנדר דבכהאי נוונא הנדר קיים לקמן סעיף ב׳ » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק א)
Le Chakh ouvre par une conséquence forte : la nullité du seif 1 vaut même si l’homme se souvenait de sa condition en vouant. Le texte imprimé porte ici une coquille — נוונא pour גוונא — que nous recopions telle quelle.
« הכא בטל מטעם שכתב הר״ן לפי שאמר התנאי בשעת הנדר וכן משמע בטור וכמ״ש הב״ח ופסק כן » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק א)
Et la raison, prise au Ran : ici il a énoncé la condition au moment du vœu.
« אבל לקמן התנאי והנדר אינם באים כאחד ושייך לומר עקריה לתנאיה » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק א)
Au seif 2 au contraire, les deux ne viennent pas ensemble, et il y a place pour dire qu’il a déraciné sa condition.
« וכתוב בפרישה לכאורה נראה דאין הדבר תלוי באם מתנה עתה בשעת הנדר או קודם לכן » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק א)
Le Chakh rapporte alors la Prisha, qui propose un tout autre critère : ce n’est pas la simultanéité qui compte.
« אלא העיקר הוא באם מתנה ואומר בפירוש למחר או לאחר שנה אנדור שלא לאכול בשר והריני מבטלו מעתה ה״ז בטל דהרי התנה בפירוש על זה הנדר » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק א)
Ce qui compte, dit la Prisha, c’est que la condition ait visé ce vœu-là expressément — « demain, ou dans un an, je vouerai de ne pas manger de viande, et je l’annule dès maintenant ».
« משא״כ כשהתנה סתם ואומר אם אנדור » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק א)
Ce qui n’est pas le cas de la condition générale : « si je voue… ». Le Taz contestera cette distinction, et les Nekoudot HaKessef la défendront.
« וי״א דאפילו אמר כן בלחש. הרא״ש בשם רא״מ » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ב)
La source du יש אומרים : le Roch, au nom de Rabbénou Éliézer de Metz.
« וכ׳ הב״ח מיהו נראה דלא אמרינן אמירה בלחש הוי דברים שבלב אלא היכא דאינו משמיע לאזניו » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ב)
Le Ba’h restreint : « à voix basse » ne veut dire « choses du cœur » que s’il ne s’est pas fait entendre à lui-même.
« אבל במשמיע לאזניו שפיר חשיב אמירתו הוציא בשפתיו לבטל הנדר והכי נקטינן בדין ק״ש ותפלה » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ב)
Et il tire la comparaison de la lecture du Chema et de la prière, où s’entendre soi-même suffit.
« ולא משמע כן בהרא״ש דא״כ הדרא קושיית הרא״ש לדוכתא דלישני בהשמיע בלחש לאזניו וחבירו לא שמע » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ב)
Le Chakh refuse : si c’était cela, la question du Roch reviendrait, et il aurait pu répondre que l’homme s’est fait entendre à lui-même sans que son prochain l’entende.
« גם מלשון שכתב הרא״ש אבל אם ביטל בפרהסיא הוי דברים שבלב דמוכחא ומועלת מחשבתו לבטל הנדר » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ב)
Et la langue du Roch le dit : c’est en public que l’annulation vaut, parce qu’alors les choses du cœur se manifestent.
« וכן משמע בר׳ ירוחם ני״ד ח״ג וז״ל מבטל בחשאי בלבו כל נדר שעתיד לדור אחריו לא הוה ביטול והוי נדרו נדר אא״כ ביטל בקול רם בפרהסיא » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ב)
Rabbénou Yeroḥam est cité en entier, et il écrit בקול רם בפרהסיא — à voix haute et en public.
« אלמא דוקא ביטול בקול רם בעינן » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ב)
Conclusion du Chakh, en quatre mots.
« והא דאמרינן כו׳. הג״ה זו שייכא בסעיף ב׳ » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ג)
Une remarque d’édition, et elle est de premier ordre : la glose du Rama sur כל נדרי, imprimée au seif 1, appartient au seif 2. Le Baer Hetev le répétera.
« וכתוב בתשו׳ מהר״מ גלאנטי סי׳ י״ח דה״ה בנזירות דינא הכי דכל נדרי מבטל הנזירות אע״פ שלא אמר נזירות הרי הוא בכלל נדרים » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ג)
Puis une extension, au nom d’une techouva : la déclaration vaut aussi pour le naziréat, bien qu’on n’y nomme pas le naziréat — car il est compris dans les vœux.
« אא״כ יזכרנו אחר הנדר תוך כדי דיבור לנדר כו׳ [כצ״ל » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ד)
Une correction de texte, et le Chakh l’écrit en toutes lettres : כצ״ל — voici comme il faut lire. Le mot qu’il ajoute, אחר הנדר, change le sens de l’exigence.
« אלא בשבועה. ובשבועה בנקיטת חפץ לא אתבריר לן דמועיל כל נדרי. מהרי״ו סי״ב » (ש״ך יו״ד רי״א ס״ק ה)
Et la dernière entrée, brève et pratique : pour un serment prêté en tenant un objet, il ne nous est pas établi que כל נדרי serve.

Le Taz (ט״ז) — quatre ס״ק

« בטור כתב בזה ודאי אינו נדר » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Le Taz commence par relever un mot du Tour : ודאי — assurément. Pourquoi cette insistance ?
« וכוונתו דבמשנה איתא הרוצה לידור חבירו שיאכל אצלו יאמר כל נדר שאני עתיד לידור יהא בטיל » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Il remonte à la michna, qu’il cite.
« ופריך בגמרא כיון דשמע חבירו ודאי לא שמע ליה ולא אזיל לאכול » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Puis à l’objection de la guemara : si l’autre l’entend, il ne viendra pas manger.
« ומשני חסורי מחסרא והכי קתני הרוצה שיאכל אצלו חבירו ומסרב בו ומדירו נדרי זרוזין הוא » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Et à la réponse, qui scinde la michna en deux enseignements.
« והרוצה שלא יתקיימו נדריו כל השנה יעמוד בראש השנה ויאמר כל נדרים שאני עתיד לידור יהיו בטלים » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Le second étant celui du Roch Hachana, c’est-à-dire notre seif 2.
« משמע מדברי המקשן שפשוט הוא שאין הנדר חל כיון שבתחילה אמר לבטלו » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Le Taz en tire ce que le Tour voulait dire par ודאי : pour celui qui posait l’objection, la nullité du vœu allait de soi.
« תירץ הר״ן הביאו בית יוסף דשאני הכא שהתנה בשעת הנדר וכיון שהוא אומר בפירוש שעל תנאו הוא נודר על כן הנדר בטל » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Reste la difficulté : pourquoi le seif 2 dit-il l’inverse ? Réponse du Ran, rapportée par le Beit Yossef.
« אבל כאן שאין התנאי והנדר באים כאחד שייך למימר עקריה » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Là-bas, les deux ne viennent pas ensemble, et l’on peut dire qu’il a déraciné sa condition.
« ונראה דלאו דוקא שיאמר בפירוש בשעת הנדר שעל תנאו הוא נודר דהא הטור לא זכר זה הדבר אלא כיון שסומך הנדר לתנאי הוה כאומר בפירוש » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Le Taz assouplit : il n’est pas nécessaire qu’il dise expressément qu’il voue sur sa condition — la proximité suffit.
« ונ״ל דמיירי שרוצה לנדור נדר גמור בפני חבירו להטעותו » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Puis il explique à quoi rime la scène : l’homme veut faire un vœu en règle devant son prochain pour le tromper.
« וזה רוצה לבטל אותו הנדר צריך שיבטלו בפירוש דוקא » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Et c’est pourquoi l’annulation doit être expresse.
« ולא ידעתי מקום לדברים אלו דודאי בזה שייך החילוק דאם זכר לתנאי כו׳ כמ״ש בסמוך דאם זכר לתנאי ונדר הרי עקריה לתנאו » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Le Taz s’en prend alors à la Prisha : sa distinction n’a pas de place.
« אלא דהכא מיירי כמ״ש הר״ן לעיל דמתנה בשעת הנדר וכ״כ בד״מ דהכא מיירי בשעת הנדר דוקא » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק א)
Car ici, dit-il, il s’agit précisément d’une condition posée au moment du vœu, comme le Ran et le Darkei Moché l’écrivent.
« אמר כן בלחש כו׳. פי׳ שאין נשמע לאזנו וכ״כ מו״ח ז״ל והביא ראייה מק״ש ותפלה דאם השמיע לאזניו חשיב שפיר אמירה » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ב)
Sur בלחש, le Taz est du côté du Ba’h : cela veut dire inaudible à son propre oreille. Et il rapporte la preuve tirée du Chema et de la prière.
« הטור כתב כן בשם הרמב״ם ואסיק עליה שהרא״ש לא חילק כן » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ג)
Sur le seif 2, il note d’abord que le Tour attribue l’exigence au Rambam et signale que le Roch ne distinguait pas ainsi.
« ובאמת יש כאן מקום עיון דהא בסעיף ג׳ כתב ונזכר על מה התנה והתם מהני אף אם נזכר לאחר זמן הרבה כמ״ש הר״ן ונזכר אח״כ ולמה צריך כאן ההזכרה תוך כדי דבור לנדר » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ג)
Puis il pose sa difficulté : au seif 3, un souvenir tardif suffit ; pourquoi faudrait-il ici un souvenir immédiat ?
« ואם לא זוכר התנאי אלא אחר שנדר אע״פ שקיבל התנאי בלבו וקיים התנאי הרי הנדר בטל » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ג)
Il recopie alors le Rambam, dont c’est le texte même.
« ואע״פ שלא הוציא עתה החזרה בפיו כבר הקדים החזרה לנדר והוציאה בפיו מקודם ויש שמורה להחמיר ואומר והוא שיזכור התנאי אחר שנדר בתוך כדי דיבור » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ג)
Y compris la clause finale, celle qui porte l’exigence contestée.
« וכתב הראב״ד וז״ל יפה הורה זה ולא בזכירת התנאי כמו שהוא סובר אלא בקבלתו וקיומו » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ג)
Puis le Raavad, qui approuve la position — mais la lit autrement.
« שאם שהה כדי דיבור אחר שזכר אותו ולא קיימו כבר בטל נדרו את תנאו לפי שצריך לומר בלבו על תנאי אני סומך » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ג)
Pour le Raavad, le délai ne court pas depuis le vœu mais depuis le souvenir : c’est l’acceptation de la condition qui doit suivre immédiatement.
« מבואר כוונת הראב״ד דלא אכפת לן כלל בתוך כדי דיבור לנדר אלא כל שיזכור התנאי אפילו אחר זמן הרבה צריך שתוך כדי דיבור לאותו זכירה ישים על לבו לקיים התנאי » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ג)
Le Taz conclut que telle est bien l’intention du Raavad, et que le Rambam lui-même l’entendait ainsi.
« ואם כן לא היה לש״ע לקבוע הלכה דבעינן תוך כדי דיבור לנדר » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ג)
D’où son objection au Choulhan Aroukh, en toutes lettres.
« אלא תוך כדי דיבור של זכירה וצריך עיון » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ג)
Et la fin de son commentaire : וצריך עיון. Il ne tranche pas — il signale que la chose demande examen. Les Nekoudot HaKessef lui répondront point par point.
« אם אומר בשעת הנדר כו׳. פירוש ובשעת הנדר הוא זוכר התנאי רק שאינו יודע על מה התנה וכן הוא ברמב״ם ובר״ן בהדיא » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ד)
Sur le seif 3, le Taz précise le cas et le distingue du seif 2 : ici il se souvient de la condition, et c’est seulement son objet qu’il ignore.
« ומ״ה צריך שיאמר על דעת ראשונה אני נודר דאל״כ לא היה לו לידור סתם כיון שזכר שיש תנאי » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ד)
D’où la nécessité de la formule : sans elle, vouer en sachant qu’il y a une condition revient à la retirer.
« אבל אם לא זכר בשעת הנדר כלל מתנאי פשיטא שדינו כמו בסעיף ב׳ דאחר כך כשיזכור התנאי בטל הנדר » (ט״ז יו״ד רי״א ס״ק ד)
Et s’il ne s’en souvenait pas du tout ? Alors c’est le seif 2, et le vœu tombe dès qu’il s’en souviendra.

Le Baer Hetev (באר היטב) — quatre ס״ק

« אינו. כתב הש״ך משמע אפילו זוכר התנאי בשעת הנדר דבכה״ג הנדר קיים לקמן ס״ב הכא בטל מטעם שכתב הר״ן לפי שאמר התנאי בשעת הנדר » (באר היטב יו״ד רי״א ס״ק א)
Le Baer Hetev résume le Chakh.
« והט״ז כתב שלא ידע מקום לדברי הפרישה דודאי בזה שייך החילוק דאם זכר לתנאי כו׳ » (באר היטב יו״ד רי״א ס״ק א)
Puis l’objection du Taz à la Prisha.
« ובנה״כ מסכים לדעת הפרישה ע״ש » (באר היטב יו״ד רי״א ס״ק א)
Et il note en petit que les Nekoudot HaKessef donnent raison à la Prisha — ce qui laisse le lecteur devant une divergence, non devant une conclusion.
« בלחש. כ׳ הב״ח דהיינו דוקא היכא דלא השמיע לאזניו אבל במשמיע לאזניו שפיר חשוב אמירתו הוציא בשפתיו לבטל הנדר והכי נקטינן בק״ש ותפלה » (באר היטב יו״ד רי״א ס״ק ב)
Sur בלחש, il donne d’abord le Ba’h.
« והש״ך כתב דלא משמע כן בהרא״ש אלא דוקא ביטול בפרהסיא בעינן ול״ד לק״ש ותפלה וכ״מ ברבי׳ ירוחם דלא הוי ביטול אא״כ ביטל בקול רם בפרהסיא » (באר היטב יו״ד רי״א ס״ק ב)
Puis le Chakh, avec Rabbénou Yeroḥam : il faut l’avoir annulé à voix haute et en public.
« לנדר. והט״ז חולק ע״ז דלא איכפת לן כלל בתוך כ״ד לנדר אלא כל שיזכור התנאי אפילו אחר זמן הרבה שצריך תוך כ״ד לאותה זכירה להשים על לבו לקיים התנאי » (באר היטב יו״ד רי״א ס״ק ג)
Sur le seif 2, il donne l’objection du Taz en abrégé.
« וכאן שייך הג״ה דבס״א המתחלת והא דאמרי׳ כל נדרי וכו׳ » (באר היטב יו״ד רי״א ס״ק ג)
Puis il répète, comme le Chakh, que la glose sur כל נדרי appartient ici.
« וכתוב בתשובת מהר״מ גלאנטי דה״ה בנזירות דינא הכי דכל נדרי מבטל הנזירות אע״פ שלא אמר נזירות הרי הוא בכלל נדרים » (באר היטב יו״ד רי״א ס״ק ג)
Et il reprend l’extension au naziréat.
« בשבועה. ובשבועה בנקיטת חפץ לא אתבריר לן דמועיל כל נדרי כן כתב מהרי״ו סי״ב » (באר היטב יו״ד רי״א ס״ק ד)
Enfin, la réserve sur le serment prêté en tenant un objet.

Le Pit’hei Techouva (פתחי תשובה) — deux ס״ק

« כן בלחש. [עבה״ט ועיין בספר לבושי שרד אות ר״ז שהביא ראיה ברורה לדברי הב״ח דלא כש״ך ומסיק כן לדינא דאם השמיע לאזניו אף שלא שמע שום אדם יש להקל » (פתחי תשובה יו״ד רי״א ס״ק א)
Le Pit’hei Techouva n’ajoute qu’une entrée sur ce point, et elle tranche : le Levouché Serad apporte une preuve claire en faveur du Ba’h, contre le Chakh, et conclut pour la pratique qu’on peut être indulgent dès lors qu’il s’est fait entendre à lui-même, même si personne d’autre n’a entendu.
« והנדר בטל. עיין בתשובת שמש צדקה חלק יורה דעה סימן ה׳ וסימן ו׳ אי גם מה שנדר בחלום יבטל על ידי זה » (פתחי תשובה יו״ד רי״א ס״ק ב)
Et sur le seif 3, un renvoi à une techouva qui pose la question du vœu fait en rêve — et rejoint ainsi le siman précédent.

Les Nekoudot HaKessef (נקודות הכסף) — trois entrées

« מקומן ניכר דלאו דוקא מתנה בשעת הנדר אלא ה״ה אם מתנ׳ בפירוש על נדר זה שאדור למחר או לאחר זמן כיון שפורט הנדר הוי כמתנה בשעת הנדר » (נקודות הכסף יו״ד רי״א)
Première entrée : contre le Taz, en faveur de la Prisha. Sa distinction a bien sa place — dès lors que la condition détaille le vœu visé, c’est comme si elle était posée au moment du vœu.
« ולא קאמר הר״ן מתנה בשעת הנדר אלא באומר בסתם נדר שאני עתיד לידור » (נקודות הכסף יו״ד רי״א)
Et le Ran lui-même, disent-ils, n’a parlé de simultanéité que dans le cas d’une condition générale.
« פירוש שאין נשמע כו׳. ז״א כמ״ש בש״ך ס״ק ב׳ ע״ש » (נקודות הכסף יו״ד רי״א)
Deuxième entrée : deux mots contre le Taz sur בלחש — ז״א, cela n’est pas, comme il l’a écrit au ס״ק ב.
« לא קשה מידי דהתם אומר בשעת הנדר ע״ד ראשונה אני נודר » (נקודות הכסף יו״ד רי״א)
Troisième entrée, et c’est une réfutation complète du long עיון du Taz. Première réponse : au seif 3 il dit expressément « selon mon intention première ».
« ועוד דהתם מה שאינו זוכר התנאי מיד לאו משום דעקריה לתנאיה אלא משום דאינו זוכר על מה התנה מה שאין כן הכא » (נקודות הכסף יו״ד רי״א)
Deuxième réponse : là-bas, s’il ne se souvient pas aussitôt, ce n’est pas qu’il ait déraciné sa condition, c’est qu’il ne sait pas sur quoi elle portait — ce qui n’est pas notre cas.
« גם מה שדחק בפירוש ד׳ הרמב״ם ודאי ליתא דפשט דבריו משמע כמו שהבין הטור וש״ע » (נקודות הכסף יו״ד רי״א)
Troisième : la lecture forcée que le Taz donne du Rambam est à écarter — le sens plain de ses paroles est celui du Tour et du Choulhan Aroukh.
« ומ״ש השלחן ערוך ויאמר בלבו שהוא סומך על התנאי היינו משום דמשמע ליה דגם להרמב״ם צריך שיאמר בלבו שהוא סומך על התנאי דאל״כ מה מועיל זכירתו וכל זה ברור » (נקודות הכסף יו״ד רי״א)
Et la conclusion, qui explique aussi pourquoi le Choulhan Aroukh ajoute la clause du cœur : וכל זה ברור.

6. Le tableau des quatre seifim

SeifLa clause du Choulhan AroukhCe qu’elle décide
א« האומר נדר שאני רוצה לידור לא יהא נדר ונדר אינו נדר » (שו״ע יו״ד רי״א:א)Le désaveu dit dans le même souffle emporte le vœu
א« בד״א שהוציא תחילה בשפתיו לומר שלא יהא נדר » (שו״ע יו״ד רי״א:א)À condition qu’il soit sorti des lèvres
א« אבל אם חשב כך בלבו הוי דברים שבלב ואינם מבטלים הנדר שהוציא בשפתיו » (שו״ע יו״ד רי״א:א)Pensé seulement, il ne défait rien
א« וי״א דאפילו אמר כן בלחש הוי דברים שבלב » (שו״ע יו״ד רי״א:א)Position contraire : dit à voix basse, c’est encore une chose du cœur
א« הגה והא דאמרינן כל נדרי בליל יום כיפורים הוי כאילו התנו בהדיא » (רמ״א יו״ד רי״א:א)Glose : כל נדרי vaut comme une stipulation expresse
א« ומכל מקום לא סמכינן על זה להתיר בלא שאלה לחכם כי אם לצורך גדול (מהרי״ו סימן ב׳ » (רמ״א יו״ד רי״א:א)Glose : mais on ne délie pas sans un sage, sinon pour un grand besoin
ב« מי שהתנה ואמר כל נדרי שאדור עד זמן פלוני יהיו בטלים ונדר בתוך הזמן » (שו״ע יו״ד רי״א:ב)La condition posée pour une période, et le vœu fait dans cette période
ב« אם הוא זוכר לתנאו בשעת הנדר נדרו קיים שהרי מבטל תנאו בשעה שנודר » (שו״ע יו״ד רי״א:ב)S’il s’en souvient en vouant, le vœu tient : il a déraciné sa condition
ב« ואם אינו זוכר לתנאו בשעת הנדר התנאי קיים והנדר בטל » (שו״ע יו״ד רי״א:ב)S’il ne s’en souvient pas, la condition tient et le vœu tombe
ב« ויש אומרים שאין התנאי מועיל לבטל הנדר אלא אם כן יזכרנו תוך כדי דיבור לנדר ויאמר בלבו שהוא סומך על התנאי ויש לחוש לדבריהם » (שו״ע יו״ד רי״א:ב)Position contraire : il faut se la rappeler aussitôt et s’y appuyer en son cœur
ג« התנה על קצת דברים שיהא נדרו בטל בהם ואינו יודע על מה התנה אם על אכילת בשר או שתיית יין » (שו״ע יו״ד רי״א:ג)Il se souvient d’avoir stipulé, sans savoir sur quoi
ג« אם אומר בשעת הנדר על דעת ראשונה אני נודר שאם אזכור על מה שהתניתי שאלך אחר התנאי ונזכר על מה התנה התנאי קיים והנדר בטל » (שו״ע יו״ד רי״א:ג)La formule « selon mon intention première » sauve la condition
ג« ואם לא אמר על דעת ראשונה אני נודר התנאי בטל והנדר קיים » (שו״ע יו״ד רי״א:ג)Faute de cette formule, la condition tombe et le vœu tient
ד« אין דברים הללו אמורים אלא בשבועה או נדר שנשבע ונדר לעצמו » (שו״ע יו״ד רי״א:ד)Tout cela ne vaut que pour un vœu ou un serment qu’il s’est imposé lui-même
ד« אבל מי שהשביעו חבירו או הדירו אין ביטול זה מועיל לו כלום » (שו״ע יו״ד רי״א:ד)Un vœu imposé par autrui n’est pas atteint par cette annulation

7. Cas pratiques

Cas 1 — annuler d’avance, à voix haute

C’est le cas du seif 1, et il est simple à condition que la déclaration soit sortie des lèvres. Encore faut-il savoir si « à voix basse » suffit : le Ba’h, le Taz et le Levouché Serad l’admettent dès qu’il s’est entendu lui-même ; le Chakh exige le public.

Cas 2 — une condition prise il y a longtemps

Elle ne joue que si l’homme ne l’avait pas en tête au moment de vouer. S’il l’avait en tête et a voué tout de même, le seif dit qu’il a défait sa condition.

Cas 3 — se souvenir qu’il y avait une condition, sans savoir laquelle

C’est le seif 3. La formule על דעת ראשונה אני נודר conserve le bénéfice de la condition ; son absence le fait perdre.

Cas 4 — כל נדרי

La glose du Rama dit deux choses, et il faut les tenir ensemble : la déclaration vaut comme une stipulation expresse, et l’on ne s’en contente pas pour permettre sans passer devant un sage, sauf grand besoin. Le Chakh ajoute que la glose relève du seif 2, et qu’elle vaut aussi pour le naziréat.

Cas 5 — un engagement pris envers quelqu’un d’autre

Le seif 4 est net : l’annulation préalable n’y fait rien. Le Chakh ajoute un cas particulier — le serment prêté en tenant un objet —, dont il écrit qu’il ne nous est pas établi que כל נדרי y serve.

8. Questions de compréhension

  1. Quelle différence y a-t-il entre le cas du seif 1 et celui du seif 2, et pourquoi le résultat s’inverse-t-il ?
  2. Que signifie עקריה לתנאיה, et dans lequel des quatre seifim ce raisonnement joue-t-il ?
  3. Le Chakh, au ס״ק א, tire une conséquence forte du seif 1. Laquelle ?
  4. La Prisha propose un autre critère que la simultanéité. Lequel, et qui l’approuve, qui le rejette ?
  5. Que veut dire בלחש selon le Ba’h et le Taz, et selon le Chakh ?
  6. Quelle preuve le Ba’h tire-t-il de la lecture du Chema, et comment le Chakh la repousse-t-il ?
  7. Le Pit’hei Techouva rapporte une décision pour la pratique sur ce point. De qui, et dans quel sens ?
  8. Les deux moitiés de la glose du Rama sur כל נדרי : que dit chacune ?
  9. Où le Chakh dit-il que cette glose devrait être imprimée, et qui le répète ?
  10. Quelle exigence le יש אומרים du seif 2 ajoute-t-il, et comment le Chakh corrige-t-il le texte ?
  11. Sur quoi porte le וצריך עיון du Taz, et que lui répondent les Nekoudot HaKessef ?
  12. Le seif 4 borne tout le siman. Quelle en est la raison, et qui la donne ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן רי״א · Niveau 1 — Base · המתנה שנדריו לא יהיו נדרים
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