1. L’axiome : on rattache, et c’est le terme du rattachement qui décide
L’axiome. Un vœu par comparaison ne vaut que ce que vaut la chose à laquelle il compare. Le parchemin d’un Séfer Torah est saint, mais nul ne l’a voué : le rattachement tombe donc à vide. Nommer ce qui est écrit dedans, ou tenir le rouleau, change l’objet — et le vœu prend.
« הנודר בתורה כגון שאמר פירות אלו עלי כזו לא אמר כלום » (שו״ע יו״ד רי״ב:א)
« לא אמר כלום. לפי שדעתו אגוילין ואינן כלום: » (ש״ך יו״ד רי״ב ס״ק א)
« פירות אלו עלי כזו. דדעתו אגוילים שבה: » (ט״ז יו״ד רי״ב ס״ק א)
Trois conséquences.(1) Le vœu « par la Torah » ne prend pas. (2) Il faut pourtant une dissolution, parce que l’homme du commun ne sait pas pourquoi il ne prend pas. (3) Le serment n’est pas concerné : il lie l’homme, non la chose.
2. Les trois questions-réflexes
1. Est-ce un vœu ou un serment ? Serment — dissolution en toute hypothèse, et on ne va pas plus loin. Vœu — question suivante.
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2. A-t-il dit « par ce qui est écrit dedans », ou tenu le rouleau ? Oui à l’un des deux — c’est un vrai vœu. Non aux deux — il n’a rien dit.
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3. Et alors, faut-il une dissolution ? Après le Chakh ס״ק ב : oui, puisque tous sont aujourd’hui jugés comme des עמי הארץ.
3. Tableau-maître — le seif clause par clause
Seif
La clause du Choulhan Aroukh
Ce qu’elle décide
א
« הנודר בתורה כגון שאמר פירות אלו עלי כזו לא אמר כלום » (שו״ע יו״ד רי״ב:א)
Le vœu par la Torah ne prend pas
א
« ואין צריך התרה אם הוא תלמיד חכם » (שו״ע יו״ד רי״ב:א)
Le savant n’a pas même besoin d’une dissolution
א
« אבל אם הוא עם הארץ צריך התרה כדי שלא ינהגו קלות ראש בנדרים » (שו״ע יו״ד רי״ב:א)
L’homme du commun doit en demander une — et la raison est dite
א
« ואם נדר במה שכתוב בה אסור שהרי כתוב בה איסור » (שו״ע יו״ד רי״ב:א)
« Par ce qui est écrit dedans » : c’est un vœu
א
« נטלה בידו ונדר בה כמי שנדר במה שכתוב בה דמי » (שו״ע יו״ד רי״ב:א)
Le rouleau tenu en main vaut la formule
א
« אבל הנשבע בתורה בכל ענין צריך התרה ועיין לקמן סימן רל״ז » (שו״ע יו״ד רי״ב:א)
Le serment par la Torah exige toujours une dissolution
א
« ב״י לענין מעשה » (שו״ע יו״ד רי״ב:א)
La mention de provenance : Beit Yossef, quant à la pratique
4. La grille des cas — le vœu prend-il, et que faut-il faire ?
Le cas
Verdict
Source
Rouleau posé, formule non dite, et c’est un ת״ח
Rien — et rien à faire
שו״ע יו״ד רי״ב:א
Le même, et c’est un עם הארץ
Rien — mais dissolution requise
שו״ע יו״ד רי״ב:א
Et aujourd’hui ?
Tous jugés comme des עמי הארץ
ש״ך יו״ד רי״ב ס״ק ב
Il a dit « par ce qui est écrit dedans »
Vœu véritable
שו״ע יו״ד רי״ב:א
Il tenait le rouleau
Vœu véritable
שו״ע יו״ד רי״ב:א
Il a dit « je voue par les Noms qui sont dedans »
Vœu — a fortiori, selon le Chakh
ש״ך יו״ד רי״ב ס״ק ג
Il a voué par une partie des feuillets
Vœu, s’ils portent offrandes ou Noms
ש״ך יו״ד רי״ב ס״ק ג
Il a juré par la Torah
Dissolution en toute hypothèse
שו״ע יו״ד רי״ב:א · ב״י
5. Les deux raisons de l’interdit, et ce qui les sépare
Qui
La raison
Ce qu’elle produit
Le Mehaber, après le Rambam
« ואם נדר במה שכתוב בה אסור שהרי כתוב בה איסור » (שו״ע יו״ד רי״ב:א)
Le mot de l’interdit est écrit dans la Torah
Le Raavad et le Ran, par le Chakh
« שהרי כתוב בה איסור כו׳. והראב״ד בהשגות פי״ב מה״ש והר״ן פ״ב דנדרים כתבו הטעם מפני שיש בה קרבנות ואזכרות שהן כדבר הנדור » (ש״ך יו״ד רי״ב ס״ק ג)
Les offrandes et les Noms sont comme une chose vouée
Nafka mina 1
« ולפ״ז כ״ש אם אמר בפירוש אני נודר באזכרות שבה דהוי נדר אעפ״י שאין כוונתו על איסור ונדר הכתוב בה » (ש״ך יו״ד רי״ב ס״ק ג)
Vouer expressément par les Noms — vœu, a fortiori
Nafka mina 2
« וכן אם נדר במקצת יריעות שבתורה אע״פ שאין כתוב באותן יריעות איסור או נדר כיון שיש בהן קרבנות או אזכרות הוי נדר » (ש״ך יו״ד רי״ב ס״ק ג)
Vouer par des feuillets sans le mot — vœu quand même
6. Le vocabulaire du siman
Terme
Sens
Où il joue
גויל
Le parchemin du rouleau
La raison du « il n’a rien dit »
אזכרות
Les mentions du Nom divin
La raison du Raavad et du Ran pour le vœu qui prend
דבר הנדור
Chose rendue interdite par une parole d’homme
La condition du rattachement
במה שכתוב בה
« Par ce qui est écrit dedans »
La formule qui fait basculer le vœu
נטלה בידו
« Il l’a prise en main »
Le geste qui vaut la formule
קלות ראש בנדרים
La légèreté envers les vœux
La raison de la dissolution de l’עם הארץ
התרה
La dissolution
Ce qui est requis, ici, sans qu’un vœu ait pris
7. Règles d’or, mnémonique et pièges classiques
Les règles d’or.(1) Le parchemin n’est pas une chose vouée : le vœu « par la Torah » tombe à vide. (2) Trois mots ou un geste suffisent à le relever. (3) La dissolution est requise même quand rien n’a pris. (4) Le serment n’entre pas dans ce calcul.
גויל → rien · במה שכתוב בה → vœu · נטלה בידו → vœu · שבועה → toujours התרה
Piège 1 — « donc je suis libre ». C’est exactement l’usage que le Beit Yossef a vu faire de cette braita, et qu’il qualifie de profanation du Nom. Le seif lui-même ferme la porte par sa parenthèse finale.
Piège 2 — croire que la distinction ת״ח / עם הארץ s’applique encore. Le Chakh, au ס״ק ב, écrit qu’aujourd’hui tous sont jugés comme des עמי הארץ ; le Baer Hetev le répète. La dispense du seif n’a plus d’usage pratique.
Piège 3 — confondre les deux raisons de l’interdit. Elles ne produisent pas les mêmes cas. Sur la raison du Mehaber, des feuillets où le mot n’est pas écrit ne diraient rien ; sur celle du Raavad et du Ran, ils suffisent. Le Chakh le dit expressément.
~ ~ ~ ~ ~ DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות סימן רי״ב · Niveau 3 — Synthèse · דין הנודר בתורה daattorah.com