✦ ❖ ✦
DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 224 — le texte, la traduction et l’appareil (יורה דעה רכ״ד)

Le texte, sa traduction, et les neuf entrées de l’appareil
יורה דעה · סימן רכ״ד
מי שאמר נכסך עלי חרם
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
✦ ❖ ✦

Un seif, trois formules, et une leçon qui ne s’oublie plus : dans un vœu, la préposition décide. « Me voici pour toi » ferme mes biens à l’autre ; « te voici pour moi » ferme les siens à moi. Puis vient la vraie difficulté : que devient la synagogue, dont ils sont tous deux copropriétaires avec la ville entière ?

Sujet : « Me voici pour toi חרם » — et qui se trouve lié
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן רכ״ד (א seif)

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

Plan de l’étude

1. La préposition qui décide
2. Le seif, clause par clause
3. Le vocabulaire : חרם · הנאה · דבר של עולי בבל · דין חלוקה · תקנת ר׳ גרשום
4. D’où cela vient : la michna de נדרים מ״ז ע״ב, le Rambam, le Tour
5. Les neuf entrées de l’appareil
6. Le tableau de révision
7. Quatre situations réelles
8. Se vérifier

1. Le principe du siman

Le siman précédent parlait d’un père et d’un fils. Celui-ci prend deux hommes quelconques — Réouven et Chimon, les noms que la littérature halakhique donne toujours à ceux qui n’ont pas de nom — et il demande une seule chose : qu’a-t-il dit exactement ?

Car la langue du vœu n’est pas une manière de parler, c’est un instrument. חרם signifie « mis à part », retranché de l’usage. Dire « me voici pour toi חרם », c’est se retrancher soi-même de l’usage de l’autre : mes biens lui deviennent fermés. Dire « te voici pour moi חרם », c’est retrancher l’autre de mon usage : ses biens me deviennent fermés. La différence tient à un seul suffixe, et elle décide lequel des deux hommes sera gêné toute l’année.

La seconde moitié du seif est d’un tout autre ordre, et c’est elle qui a occupé les commentateurs. Quand les deux hommes se sont interdits l’un à l’autre, que faire des choses qu’ils possèdent en commun avec des tiers ? Le Mont du Temple appartient à tout Israël — personne n’y a de part propre, et rien n’est fermé. La synagogue, elle, appartient aux gens de cette ville-là : chacun y a une part, et c’est un obstacle réel. Le Choul’han Aroukh donne le remède — céder sa part — puis rapporte une opinion pour laquelle il n’y a même pas de problème.

Les trois blocs du seif. (1) Trois formules et, pour chacune, le nom de celui qui est lié. (2) Les biens partagés : ouverts s’ils sont à tout Israël, fermés s’ils sont à la ville. (3) Le remède — céder sa part — et le יש אומרים qui le rend superflu partout où il n’y a pas de דין חלוקה. Puis la glose du Rama, qui déplace la question vers le droit des communautés.

2. Le texte du Choul’han Aroukh

Le siman n’a qu’un seif, mais il est long. Le voici en entier, avec son chapeau et la glose du Rama, puis clause par clause.

Seif unique — les trois formules, les biens communs, et le remède

Le seif se lit en trois mouvements. D’abord trois formules, et pour chacune le nom de celui qui se trouve lié. Puis la question que ces formules soulèvent aussitôt : et les biens que les deux hommes partagent avec d’autres ? Enfin le remède, et une opinion dissidente qui le rend inutile dans la plupart des cas.

מי שאמר נכסך עלי חרם. ובו סעיף אחד:
ראובן שאמר לשמעון הריני עליך חרם או הרי אתה אסור בהנאתי ראובן מותר בהנאת שמעון ושמעון אסור בהנאת ראובן ואם אמר לשמעון הרי אתה עלי חרם ראובן אסור בהנאת שמעון ושמעון מותר בהנאת ראובן הריני עליך חרם ואתה עלי שניהם אסורין ליהנות זה מזה ומותרים בדברים שהם בשותפות לכל ישראל כמו הר הבית והעזרות ואסורין בדברים שהם בשותפות לבני אותה העיר כמו בית הכנסת והתיבה והספרים ומה תקנתם שיקנו חלקם שיש להם בו לאחר ונמצא שאין אחד מהם נהנה משל חבירו וי״א שהם מותרים בכל דבר שאין בו דין חלוקה: הגה ומי שהשאיל ביתו לבית הכנסת יש בתקנת ר׳ גרשון שאינו רשאי לאסרה על א׳ מבני הקהל אא״כ יאסרנה על כולם: (ב״י בשם א״ח וכל בו סי׳ קי״ו):
« ראובן שאמר לשמעון הריני עליך חרם או הרי אתה אסור בהנאתי » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א)
Réouven qui a dit à Chimon : « me voici pour toi חרם », ou : « te voici interdit de mon profit » —
Les deux formules sont équivalentes et disent la même chose : ce qui est à moi t’est fermé. Le mot עליך, « sur toi », place l’interdit du côté de l’interlocuteur.
« ראובן מותר בהנאת שמעון ושמעון אסור בהנאת ראובן » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א)
Réouven est permis dans le profit de Chimon, et Chimon est interdit dans le profit de Réouven.
Le vœu n’est pas réciproque, et il ne lie pas celui qui parle. Celui qui a parlé garde l’accès aux biens de l’autre ; c’est l’autre qui perd l’accès aux siens.
« ואם אמר לשמעון הרי אתה עלי חרם » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א)
Et s’il a dit à Chimon : « te voici pour moi חרם » —
Un seul mot change — עלי au lieu de עליך — et tout bascule. « Sur moi » signifie : ce qui est à toi m’est fermé. Le locuteur s’est interdit lui-même.
« ראובן אסור בהנאת שמעון ושמעון מותר בהנאת ראובן » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א)
Réouven est interdit dans le profit de Chimon, et Chimon est permis dans le profit de Réouven.
L’exacte image inversée de la première clause. C’est ce renversement qui fait tout l’intérêt du siman : le résultat ne dépend pas de l’intention mais de la préposition.
« הריני עליך חרם ואתה עלי שניהם אסורין ליהנות זה מזה » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א)
« Me voici pour toi חרם, et toi pour moi » — tous deux sont interdits de profiter l’un de l’autre.
Les deux formules cumulées produisent un interdit réciproque. C’est ce cas-là, et lui seul, qui va poser la question des biens communs : deux hommes également liés se retrouvent copropriétaires de la même chose.
« ומותרים בדברים שהם בשותפות לכל ישראל כמו הר הבית והעזרות » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א)
Et ils sont permis dans les choses qui sont en association de tout Israël, comme le Mont du Temple et les parvis.
Ce qui appartient à tout Israël n’appartient, en un sens, à personne en particulier : aucun des deux n’y a de part que l’autre puisse lui reprocher de partager.
« ואסורין בדברים שהם בשותפות לבני אותה העיר כמו בית הכנסת והתיבה והספרים » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א)
Et ils sont interdits dans les choses qui sont en association des gens de cette ville-là, comme la synagogue, le pupitre et les livres.
Ici, au contraire, chacun a une part réelle et identifiable : entrer dans la synagogue, c’est entrer aussi dans la part de l’autre. C’est autour de cette clause que se noue toute la discussion de l’appareil.
« ומה תקנתם שיקנו חלקם שיש להם בו לאחר ונמצא שאין אחד מהם נהנה משל חבירו » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א)
Et quel est leur remède ? Qu’ils fassent acquérir à un autre la part qu’ils y ont, et il se trouve alors qu’aucun d’eux ne profite du bien de son compagnon.
Le remède est un acte juridique réel, pas une fiction : on sort de l’indivision. La michna, elle, parlait d’écrire sa part au נשיא ; le Choul’han Aroukh dit שיקנו, qu’ils la fassent acquérir.
« וי״א שהם מותרים בכל דבר שאין בו דין חלוקה: » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א)
Et certains disent qu’ils sont permis dans toute chose qui n’a pas de דין חלוקה.
Le דין חלוקה est le droit de réclamer le partage d’un bien indivis, qui n’existe que si la chose reste utile une fois divisée. Pour cette opinion, une synagogue n’a pas ce statut, et donc aucun interdit n’y prend. Le Chakh la retiendra.
« הגה ומי שהשאיל ביתו לבית הכנסת יש בתקנת ר׳ גרשון שאינו רשאי לאסרה על א׳ מבני הקהל אא״כ יאסרנה על כולם: » (רמ״א יו״ד רכ״ד:א)
Glose (Rama) : et celui qui a prêté sa maison pour servir de synagogue — il y a, dans la takana de Rabbenou Guerchom, qu’il n’a pas le droit de l’interdire à l’un des membres de la communauté à moins qu’il ne l’interdise à eux tous.
Le Rama quitte le droit des vœux pour celui des communautés : la question n’est plus ce qu’un homme peut interdire, mais ce qu’une takana lui permet de faire contre un seul homme. Le Choul’han Aroukh dit la même chose en אורח חיים.
À retenir. עליך lie l’autre, עלי lie soi-même, les deux ensemble lient les deux. Les biens de tout Israël restent ouverts ; ceux de la ville se ferment — et le remède est de céder sa part. Une opinion tient que là où il n’y a pas de דין חלוקה, rien ne s’est fermé du tout.

3. Le vocabulaire du siman

חרם — littéralement « ce qui est mis à part ». Employé dans un vœu, le mot produit le même effet qu’un קונם : il retranche une chose de l’usage de quelqu’un. Le siman l’emploie comme la formule type, parce que c’est elle qui rend l’asymétrie la plus visible.
הנאה — le profit, au sens le plus large : tout avantage qu’on retire d’une chose ou d’une personne. C’est l’objet ordinaire de ces vœux — on n’interdit pas un objet, on interdit d’en tirer profit.
דבר של עולי בבל — « ce qui est aux montants de Babel », c’est-à-dire ce qui a été consacré à l’usage de tout Israël lors du retour d’exil : le Mont du Temple, les parvis. La michna l’oppose à דבר של אותה העיר. Le Choul’han Aroukh traduit la première expression par « en association de tout Israël ».
דין חלוקה — le droit de réclamer le partage d’un bien indivis. Il n’existe que si la chose divisée reste utile : une cour trop petite pour laisser à chacun un espace utilisable n’a pas de דין חלוקה. Toute la discussion de l’appareil porte sur la place de la synagogue dans cette échelle.
תקנת רבנו גרשום — l’ensemble des ordonnances attribuées à Rabbenou Guerchom Meor HaGola. Le Rama en invoque une ici : on ne peut pas interdire aux uns ce qu’on laisse ouvert aux autres, dans une maison prêtée pour servir de synagogue.

4. Les sources — michna, Rambam, Tour, Beit Yossef

La michna — נדרים מ״ז ע״ב et מ״ח ע״א

Le siman entier est une michna, et le Beit Yossef le dit d’un mot : כל סימן זה משנה. Elle donne les trois formules avec deux termes techniques que le Choul’han Aroukh remplacera par des noms propres — le מודר, celui à qui l’on a fait le vœu, et le נודר, celui qui l’a prononcé.

« הֲרֵינִי עָלֶיךָ חֵרֶם״ — הַמּוּדָּר אָסוּר. ״הֲרֵי אַתְּ עָלַי חֵרֶם״ — הַנּוֹדֵר אָסוּר. ״הֲרֵינִי עָלֶיךָ וְאַתְּ עָלַי״ — שְׁנֵיהֶם אֲסוּרִין, וּשְׁנֵיהֶם מוּתָּרִין בְּדָבָר שֶׁל עוֹלֵי בָּבֶל » (נדרים מ״ז ע״ב)
« וְאֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁל עוֹלֵי בָּבֶל — כְּגוֹן הַר הַבַּיִת, וְהָעֲזָרוֹת, וְהַבּוֹר שֶׁבְּאֶמְצַע הַדֶּרֶךְ. וְאֵיזֶהוּ דָּבָר שֶׁל אוֹתָהּ הָעִיר — כְּגוֹן הָרְחָבָה, וְהַמֶּרְחָץ, וּבֵית הַכְּנֶסֶת, וְהַתֵּיבָה, וְהַסְּפָרִים » (נדרים מ״ח ע״א)
« אָמַר רַב שֵׁשֶׁת, הָכִי קָתָנֵי: וּמָה תַּקָּנָתָן — יִכְתְּבוּ חֶלְקָן לַנָּשִׂיא » (נדרים מ״ח ע״א)

Le Rambam — הלכות נדרים, chapitres ה׳ et ז׳

Le Rambam répartit la matière sur deux chapitres : les formules au cinquième, les biens communs au septième. Et il ajoute, au cinquième, un étage que le Choul’han Aroukh ne reprendra pas — celui des מלקות. Le niveau 2 y revient.

« רְאוּבֵן שֶׁאָמַר לְשִׁמְעוֹן הֲרֵינִי עָלֶיךָ חֵרֶם אוֹ הֲרֵי אַתָּה אָסוּר בַּהֲנָיָתִי נֶאֱסַר עַל שִׁמְעוֹן שֶׁיֵּהָנֶה בִּרְאוּבֵן » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ה׳ הלכה א)
« אָמַר לְשִׁמְעוֹן הֲרֵי אַתָּה עָלַי חֵרֶם אוֹ הֲרֵינִי אָסוּר בַּהֲנָיָתְךָ הֲרֵי נֶאֱסַר רְאוּבֵן מִלֵּהָנוֹת בְּשִׁמְעוֹן » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ה׳ הלכה ב)
« וּמֻתָּרִין בִּדְבָרִים שֶׁהֵם בְּשֻׁתָּפוּת כָּל יִשְׂרָאֵל » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ז׳ הלכה ב)
« כָּל אֶחָד וְאֶחָד מִשְּׁנֵיהֶם כּוֹתֵב חֶלְקוֹ לַנָּשִׂיא אוֹ לְאֶחָד מִשְּׁאָר הָעָם וּמְזַכֶּה לוֹ בְּחֶלְקוֹ עַל יְדֵי אַחֵר » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ז׳ הלכה ג)
« וְאִם אֵין בָּהּ דִּין חֲלוּקָה כָּל אֶחָד וְאֶחָד נִכְנָס לְבֵיתוֹ וְהוּא אוֹמֵר בְּתוֹךְ שֶׁלִּי אֲנִי נִכְנָס » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ז׳ הלכה ד)

Le Tour et le Beit Yossef

Le Tour suit le Rambam de près et rapporte expressément la distinction sur les מלקות. Le Beit Yossef, lui, fait deux choses qui comptent : il signale que le Ran diverge du Rambam sur ce point précis, et il rapporte du Or’hot Haïm la décision du Raavad et de tous les sages de sa génération — qu’on ne peut tout simplement pas interdire sa part de la synagogue.

« ראובן שאומר לשמעון הריני עליך חרם או הרי אתה אסור בהנאתי » (טור יורה דעה רכ״ד)
« וכתב הרמב״ם ואם נהנה אינו לוקה שהרי לא אמר שמעון כלום » (טור יורה דעה רכ״ד)
« ואם אומר לשמעון הרי את עלי חרם ראובן אסור בהנאת שמעון ואם נהנה לוקה שהרי חילל דבריו » (טור יורה דעה רכ״ד)
« וממה שכתבתי בסוף סימן ר״כ בשם הר״ן ז״ל יתבאר לך שהוא ז״ל חלוק בזה » (בית יוסף יורה דעה רכ״ד)
« כתוב בספר א״ח הורה הראב״ד וכל חכמי דורו שאין אדם יכול לאסור חלקו מב״ה ולא מן הספרים ואם אסר אין איסורו איסור » (בית יוסף יורה דעה רכ״ד)

L’écho dans אורח חיים, siman 153

Le Choul’han Aroukh a écrit deux fois sur cette matière : ici, dans le droit des vœux, et là, dans le droit de la synagogue. Le Chakh renvoie expressément au second endroit, et il donne le numéro : או״ח קנ״ג סט״ו. C’est exact — et le texte y est tranchant.

« אין אדם יכול לאסור חלקו מב״ה ולא מהספרים ואם אסר אינו כלום » (שו״ע או״ח קנ״ג:ט״ו)
« מי שהשאיל ביתו לב״ה ויש לו מריבה עם אחד מהקהל אינו יכול לאסרה אא״כ יאסרנו לכל הקהל כאחד » (שו״ע או״ח קנ״ג:ט״ז)

5. L’appareil, entrée par entrée

Ce siman porte neuf entrées : trois du Chakh, trois du Taz, deux du Baer Hetev et une du Pit’hei Techouva. Elles sont toutes citées ci-dessous. La première du Taz est un cas particulier : c’est une dissertation de près de quatre mille caractères, la plus longue de tout ce bloc. Elle est ici découpée en quatre blocs successifs qui la couvrent en entier — tous quatre sous la même référence de ס״ק, parce qu’il s’agit d’une seule entrée.

Le Chakh — trois entrées

La première distingue le droit de la takana ; la deuxième prend parti pour le יש אומרים ; la troisième renvoie à אורח חיים.

ס״ק א — « כמו ב״ה » — le droit dit une chose, la takana en dit une autre

« כמו ב״ה כו׳. היינו מדינא אבל מצד התקנה כב״י בשם הא״ח שהורו הראב״ד וכל חכמי דורו שאין אדם יכול לאסור חלקו מב״ה ולא מספרים ואם אסר אין איסורו איסור וכן כתב הב״ח וכן כתב המחבר בא״ח סי׳ קנ״ג סט״ו: » (ש״ך יו״ד רכ״ד ס״ק א)

ס״ק ב — « וי״א » — la synagogue n’a pas de דין חלוקה, et c’est l’essentiel dans le Chas

« וי״א כו׳. בכל דבר שאין בו דין חלוקה כלומר בב״ה וכה״ג אין בהם דין חלוקה ומותר כדלקמן סימן רכ״ו וכ״פ מהרש״ל פ׳ שור שנגח את הפרה סי׳ ל״ב וכן נראה עיקר בש״ס: » (ש״ך יו״ד רכ״ד ס״ק ב)

ס״ק ג — « ומי שהשאיל » — voir le Rama en אורח חיים

« ומי שהשאיל כו׳ עיין בא״ח שם בדברי הרב: » (ש״ך יו״ד רכ״ד ס״ק ג)

Le Taz — trois entrées

La première est une dissertation en quatre temps, citée ci-dessous en quatre blocs sous une seule et même référence.

ס״ק א — « כמו בית הכנסת » — la contradiction du Rambam, en quatre temps

« כמו בית הכנסת כו׳. הרמב״ן והר״ן כתבו שיש לתמוה על הרמב״ם לפי שדבריו סותרים זה את זה דבריש פרק השותפין פליגי ראב״י ורבנן בשותפין שנדרו הנאה זה מזה דראב״י ס״ל שניהם יכולים ליכנס להחצר של שותפות דזה נכנס לתוך שלו וזה לתוך שלו ורבנן אוסרים ואמר רבה מחלוקת ביש בה דין חלוקה אבל באין בה דין חלוקה דברי הכל מותר אמר ליה רב יוסף והרי ב״ה דכשאין בה דין חלוקה דמי ותנן ושניהם אסורין כמאן אתיא מתניתין אלא אמר רב יוסף מחלוקת באין בה דין חלוקה אבל יש בה דין חלוקה דברי הכל אסור וכתב הר״ן דף מ״ח ומתניתין דקתני שאסורין בב״ה רבנן הוא ולא ראב״י כדאמרינן לעיל דב״ה כחצר שאין בה דין חלוקה דמי הילכך כיון דאיפסקא הילכתא כראב״י דמתיר באין בה דין חלוקה ליתא למתניתין שאמרה שניהם אסורים בב״ה ויש לתמוה על הרמב״ם בפסק זה שפסק כראב״י ופסק נמי כמתניתין וכן השיגו רמב״ן שכתב היאך מזכה שטרא לבי תרי עכ״ל והב״י הביא קושיא זו » (ט״ז יו״ד רכ״ד ס״ק א)
« ואם כן יש לתמוה גם על הרא״ש והטור והשולחן ערוך שכולם כתבו כרמב״ם דהיינו כאן כתבו שהם אסורים בב״ה ובסימן רכ״ו כתבו ששניהם מותרים בדבר שאין בו דין חלוקה והרי ב״ה הוה אין בה דין חלוקה כמו שזכרנו וחלילה לומר שאלו הגדולים וגם הרמב״ם שגגו בזה ומו״ח ז״ל תירץ קושיא זאת ואמר דהיה קשה להם הילכתא אהילכתא דהלכה כראב״י והלכה כסתם מתניתין דאוסרם בב״ה הלכך תירצו דשאני ב״ה דאסור אפילו באין בה דין חלוקה כיון שיש בה תיקון שיקנו חלקם לאחר ויכול אח״כ לחזור להשתמש בו ולא מחזי כהערמה כיון שרבים משתמשים שם משא״כ בחצר של שני שותפין אם יתן חלקו לאחר וישתמש בו מחזי כהערמה והא דפריך רב יוסף לעיל מב״ה לא הוה ס״ל חילוק זה אבל אנן סבירא לן למסקנא כמו חילוק זה ע״כ » (ט״ז יו״ד רכ״ד ס״ק א)
« ולא דק כלל דאטו בכל מידי שאין בו דין חלוקה לא שייך לומר שאחד מהם יקנה חלקו דודאי גם בחצר של שותפים לא מחזי כהערמה דמאי שנא מסימן רכ״א סעיף ט׳ דאמרינן נותן מתנה לאחר כו׳ ולא חיישינן דמחזי כהערמה וגם הוא עצמו מותר ליהנות אחר כך ממנו כיון שיצאה מרשותו דאם לא כן היה לתלמוד ולפוסקים לכתוב דבר זה שהוא עצמו לא יהנה אחר כך ממנו משום הערמה שזה חידוש גדול אלא ודאי שאינו כלל וכמו שכתב הר״ן בפירוש שבכל מקום מהני נותן חלקו לאחר ואין חילוק בין בית הכנסת לשאר דברים שאין בהם דין חלוקה ותו דלאיזה דבר קרי מסקנא דהרי אין לפנינו רק סתם מתניתין שאוסרת בבית הכנסת ומי נתן לנו כח לחלוק על רב יוסף וכי רב יוסף לא ראה המשנה כמות שהיא ותו דאם נאמר דאזדא לה קושיא דרב יוסף אם כן נשאר מימרא דרבה שזכרנו דביש בה דין חלוקה מחלוקת והלכה כראב״י דמותר ואמאי פסקינן בסימן רכ״ו דאסורין ביש בה דין חלוקה אלא על כרחך דלית מאן דפליג על רב יוסף ואם כן הדרא קושיא לדוכתה » (ט״ז יו״ד רכ״ד ס״ק א)
« והנלע״ד דשפיר מתפרש׳ סוגיית התלמוד אליבא דהרמב״ם ושאר הגדולים שזכרנו והיינו שנדקדק לשון התלמוד הרי ב״ה דכשאין בה דין חלוקה דמי ולא אמר שאין בה דין חלוקה אלא נראה דתלתא מילי נינהו. האחד יש בה דין חלוקה גמורה כמו חצר שיש בה כדי לזה ולזה וזה מסתבר שיהיו אסורים. והשני הוא אין בה דין חלוקה לגמרי דהיינו חצר שאין בה ארבע אמות שא״א לומר שיהיו אסורים. השלישי הוא אמצעי ביניהם דהיינו ב״ה וכיוצא בה שזה אפשר בו קצת בחלוקה שזה יסתלק מן חלק זה וזה יסתלק מן חלק זה ויוכל להתפלל בחלקו אלא שאין דרך לחלקו כיון שרבים נכנסים לשם וכן התיבה ומשום הכי אמר אחר כך והספרים לשון רבים דהיינו שיש בה שני ספרים והוה יש שם כדי חלוקה אבל אי לא הוה רק ספר אחד הוה דבר שאין בה חלוקה ומותר. נמצא שקצת קרוי יש בה כדין חלוקה וקצת קרוי אין בה כדין חלוקה לפי שאין דרך לחלקם והשתא הוי שפיר דמעיקרא כי אמר רבה דפליגי ביש בה דין חלוקה היינו ביש בה דין חלוקה גמורה והוא בחצר דנקט׳ מתניתין פלוגתא דראב״י ורבנן דדרך לחלוק בזה דוקא ס״ל לרבנן דאסור אבל במילי מציעתא דהיינו ב״ה מודים דמותר ועל זה פריך שפיר והא תנן דשניהם אסורים בבית הכנסת והוא דלא כמאן ומשני רב יוסף דהכי קאמר דפליגי באין בה דין חלוקה כלל דהיינו בחצר דנקטה מתניתין בפלוגתא דראב״י ולפי זה במילתא מציעתא דהיינו בית הכנסת הוה בכלל יש בה דין חלוקה ולכולי עלמא אסור וא״כ אתיא מתניתין דשניהם אסורים בבית הכנסת לכולי עלמא ועל כן פסקוה להלכה. כן נראה לע״ד לתרץ ברור ונכון הגם כי הרמב״ן והר״ן אסקוה בקושיא מכל מקום הרמב״ם והרא״ש והטור והשולחן ערוך לאו בני טועים נינהו ח״ו בפרט במילתא דמפורש בתלמוד וראוי להמליץ בעדם כפי מה שנוכל כל שכן במידי דרויחא בס״ד כמ״ש » (ט״ז יו״ד רכ״ד ס״ק א)

ס״ק ב — « ויש אומרים שהם מותרים » — c’est l’avis du Ramban et du Ran

« ויש אומרים שהם מותרים כו׳. זהו דעת הרמב״ן והר״ן שזכרתי בסמוך דס״ל ב״ה וכל הנך הוויין לגמרי כדבר שאין בו דין חלוקה: » (ט״ז יו״ד רכ״ד ס״ק ב)

ס״ק ג — « שאינו רשאי » — le renvoi à אורח חיים sur la glose du Rama

« שאינו רשאי כו׳. עיין בא״ח סימן קנ״ג סעיף י״ז מזה: » (ט״ז יו״ד רכ״ד ס״ק ג)

Le Baer Hetev — deux entrées

Il rapporte le Chakh, puis — et c’est le service qu’il rend — il met le Taz en face de lui et nomme la divergence.

ס״ק א — « תקנתם » — le Chakh, rapporté et nommé

« תקנתם. היינו מדינא אבל מצד התקנה כב״י שהורו הראב״ד וכל חכמי דורו שאין אדם יכול לאסור חלקו מבהכ״נ ולא מספרים ואם אסר אין איסורו איסור וכ״כ הב״ח עיין בא״ח סי׳ קנ״ג סט״ו עכ״ל הש״ך: » (באר היטב יו״ד רכ״ד ס״ק א)

ס״ק ב — « חלוקה » — le Chakh d’un côté, le Taz de l’autre

« חלוקה. כלומר בבהכ״נ וכה״ג אין בהם דין חלוקה דמותר וכן נראה עיקר בש״ס ש״ך אבל הט״ז כתב דבש״ס משמע דבבהכ״נ יש בו דין חלוקה ואסור כדעת ראשונה שכתב המחבר ע״ש ועיין בא״ח סי׳ קנ״ג סי״ז: » (באר היטב יו״ד רכ״ד ס״ק ב)

Le Pit’hei Techouva — une entrée

Deux mots, et une référence de responsa contemporaine.

ס״ק א — « וי״א שהם מותרים » — voir le Taz, le Chakh, et le Michkenot Yaakov

« וי״א שהם מותרים. [עט״ז וש״ך ועיין בתשובת משכנות יעקב סימן מ״ח מ״ש בזה]: » (פתחי תשובה יו״ד רכ״ד ס״ק א)

Un ouvrage sans entrée sur ce siman

Les Nekoudot HaKessef n’ont pas d’entrée sur ce siman. C’est logique : les Nekoudot HaKessef sont la réponse du Chakh au Taz, et elles ne paraissent que là où le Chakh a jugé devoir répliquer point par point. Ici, sa réplique tient déjà dans son propre ס״ק ב — il prend le parti contraire à celui du Taz et écrit que c’est l’essentiel dans le Chas. On lit les Nekoudot HaKessef au siman voisin 223, et au siman 226. Aucune entrée n’a été fabriquée ici.

6. Tableau — chaque clause et son sens

Les dix clauses du seif — neuf du Mehaber, une du Rama — chacune en regard de son sens.

SeifTexteSens
א « ראובן שאמר לשמעון הריני עליך חרם או הרי אתה אסור בהנאתי » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) Réouven qui a dit à Chimon : « me voici pour toi חרם », ou : « te voici interdit de mon profit » —
א « ראובן מותר בהנאת שמעון ושמעון אסור בהנאת ראובן » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) Réouven est permis dans le profit de Chimon, et Chimon est interdit dans le profit de Réouven.
א « ואם אמר לשמעון הרי אתה עלי חרם » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) Et s’il a dit à Chimon : « te voici pour moi חרם » —
א « ראובן אסור בהנאת שמעון ושמעון מותר בהנאת ראובן » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) Réouven est interdit dans le profit de Chimon, et Chimon est permis dans le profit de Réouven.
א « הריני עליך חרם ואתה עלי שניהם אסורין ליהנות זה מזה » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) « Me voici pour toi חרם, et toi pour moi » — tous deux sont interdits de profiter l’un de l’autre.
א « ומותרים בדברים שהם בשותפות לכל ישראל כמו הר הבית והעזרות » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) Et ils sont permis dans les choses qui sont en association de tout Israël, comme le Mont du Temple et les parvis.
א « ואסורין בדברים שהם בשותפות לבני אותה העיר כמו בית הכנסת והתיבה והספרים » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) Et ils sont interdits dans les choses qui sont en association des gens de cette ville-là, comme la synagogue, le pupitre et les livres.
א « ומה תקנתם שיקנו חלקם שיש להם בו לאחר ונמצא שאין אחד מהם נהנה משל חבירו » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) Et quel est leur remède ? Qu’ils fassent acquérir à un autre la part qu’ils y ont, et il se trouve alors qu’aucun d’eux ne profite du bien de son compagnon.
א « וי״א שהם מותרים בכל דבר שאין בו דין חלוקה: » (שו״ע יו״ד רכ״ד:א) Et certains disent qu’ils sont permis dans toute chose qui n’a pas de דין חלוקה.
א « הגה ומי שהשאיל ביתו לבית הכנסת יש בתקנת ר׳ גרשון שאינו רשאי לאסרה על א׳ מבני הקהל אא״כ יאסרנה על כולם: » (רמ״א יו״ד רכ״ד:א) Glose (Rama) : et celui qui a prêté sa maison pour servir de synagogue — il y a, dans la takana de Rabbenou Guerchom, qu’il n’a pas le droit de l’interdire à l’un des membres de la communauté à moins qu’il ne l’interdise à eux tous.

7. Cas pratiques

Quatre situations, et dans chacune la même première question : quels mots exactement ont été prononcés ?

« Je ne veux plus rien recevoir de toi »

Formulé ainsi, en français, ce n’est pas encore un vœu — c’est une déclaration d’intention. Mais si la phrase a été dite en forme de vœu, il faut savoir de quel côté elle penche : l’homme s’est-il fermé les biens de l’autre (עלי) ou a-t-il fermé les siens à l’autre (עליך) ? C’est la première chose que le Rav demandera.

Deux membres d’une même communauté se sont interdits l’un à l’autre

C’est exactement le cas du seif. Le Mehaber écrit qu’ils sont interdits dans la synagogue, la téva et les livres, et il donne le remède. Mais le Chakh rappelle aussitôt que, par la takana du Raavad, un homme ne peut pas interdire sa part de la synagogue ni des livres — et que s’il l’a fait, son interdit n’en est pas un. Le Choul’han Aroukh le dit lui-même en או״ח קנ״ג:ט״ו.

Une maison prêtée qui sert de synagogue

C’est la glose du Rama, et elle change de registre : la question n’est plus ce qu’un vœu peut atteindre mais ce qu’une takana communautaire autorise. Le propriétaire ne peut pas viser un seul membre ; il doit interdire à toute la communauté ou à personne.

Un lieu ouvert à tous

Le seif range le Mont du Temple et les parvis parmi les biens de tout Israël, où le vœu ne mord pas. La michna y ajoute הבור שבאמצע הדרך, le puits au milieu du chemin. Le critère n’est pas l’usage public mais l’absence de part propre.

8. Questions de compréhension

  1. « הריני עליך חרם » et « הרי אתה עלי חרם » : lequel des deux hommes est lié dans chaque cas, et à quel mot le voit-on ?
  2. Pourquoi les biens de tout Israël échappent-ils au vœu alors que ceux de la ville n’y échappent pas ? Le critère n’est pas l’usage public : lequel est-ce ?
  3. Quel est le remède donné par le seif, et en quoi diffère-t-il de la formule de la michna ?
  4. Le יש אומרים rend le remède inutile dans certains cas. Lesquels, et pourquoi ?
  5. Le Chakh et le Taz ne sont pas du même avis sur la synagogue. Qui dit quoi, et où le Baer Hetev l’écrit-il ?
  6. Le Rambam distingue un cas où l’on reçoit des מלקות d’un cas où l’on n’en reçoit pas. Où est la différence, et qui la rapporte ?
  7. Le Chakh oppose le droit à une takana. Que dit la takana, de qui vient-elle, et où le Choul’han Aroukh la reprend-il ?

Pour aller plus loin

Revenir au siman 223 pour le cas du père et du fils, puis lire le siman 225, qui montre ce qui arrive quand on prétend interdire une chose qui n’est même pas à soi. Le siman 226 reprend la question du דין חלוקה pour deux associés, et le siman 228 dit comment on dénoue un vœu qui a pris.
~ ~ ~ ~ ~
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן רכ״ד · Niveau 1 — Initiation · מי שאמר נכסך עלי חרם
daattorah.com

DAAT דעת — © 5786 / 2026 · Retour à l’accueil · סימן רכ״ד · ♥ Soutenir

📖Rejoindre la khavroutha