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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION
Siman י׳ · Les coins du talit (כנפות)
דיני כנפות הטלית — la géométrie du talit, ses quatre coins, et ce qui en est exempt
סימן י׳ · י״ב סעיפים
דיני כנפות הטלית
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche des 12 seifim : texte hébreu vocalisé, traduction française fluide et explications pédagogiques sur les quatre coins du talit, le coin coupé en diagonale, les coins pliés ou cousus, le talit à coins de cuir, le תעשה ולא מן העשוי, le רוב פתוח / רוב סתום, les coins carrés et la מצנפת פטורה — avec une section de cas pratiques.
Sujet : La géométrie du talit et ses quatre coins ; quels vêtements y sont astreints selon la forme de leurs כנפות, et lesquels en sont exempts
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן י׳ · י״ב סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
Après avoir appris au siman précédent quelle matière faire le talit et ses fils, le Choulhan Aroukh aborde ici la géométrie du vêtement : combien de coins (כנפות), de quelle forme, et comment l'obligation suit la structure du tissu. Le tsitsit n'est dû que sur un vêtement de quatre coins ; tout le siman explore cette règle dans ses cas-limites : coin coupé en diagonale, coins pliés ou cousus, coins de cuir, vêtements ouverts ou fermés sur les côtés (רוב פתוח / רוב סתום), coins carrés et non arrondis, et les couvre-chefs ou foulards d'épaule qui en sont exempts (כסותך). On y rencontre aussi un grand principe : le תעשה ולא מן העשוי (la mitsva doit être faite après l'obligation). Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite pratique — surtout le talit-katan moderne et la mesure du רוב — nous renvoyons à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A. Les quatre coins — moins de 4 coins : patour ; plus de 4 : ḥayav, et l'on met les tsitsit aux 4 coins les plus éloignés (séif 1)
B. Le coin coupé en diagonale — un talit à 4 coins dont on coupe un coin en deux devient « à 5 coins » et ḥayav (séif 2)
C. Les coins pliés ou cousus — plier et nouer/coudre les coins (« comme קיצען ») ne dispense pas : il reste ḥayav (séif 3)
D. Tissu et cuir — talit de tissu à coins de cuir : ḥayav ; de cuir à coins de tissu : patour (séif 4)
E. תעשה ולא מן העשוי — 3 coins + 3 tsitsit, puis un 4e coin avec son tsitsit : pasoul (séif 5)
F. Ne pas plier le talit — on ne plie pas le talit pour mettre les tsitsit sur les coins pliés (sauf cousu) ; ציצית על ציצית (séif 6)
G. Ouverts / fermés sur les côtés — רוב סתום : patour ; רוב פתוח : ḥayav ; חציו-חציו : לחומרא, et on ne sort pas avec à Chabbat (séif 7)
H. La קאפ"ה — fermer par une אשטרינג"ה pour exempter : conditions, sinon מראית העין (séif 8)
I. Coins carrés — les coins doivent être מרובעות (carrés), non עגולות (arrondis) (séif 9)
J. La מצנפת — patour, car son essence est de couvrir la tête (כסותך ולא כסות הראש) (séif 10)
K. Le foulard d'épaule — le סודר (שי"ד) et le ביק"א posés sur le cou/l'épaule : patour (séif 11)
L. Vêtements à 4 coins non alignés — certains vêtements, même à 4 coins, sont patour quand les coins ne se font pas face (séif 12)
+ Cas pratiques et questions de compréhension
A. Les quatre coins du talit (séif 1)
Texte original (séif 1)
[א] טַלִּית שֶׁאֵין לָהּ ד׳ כְּנָפוֹת — פְּטוּרָה ; יֵשׁ לָהּ יוֹתֵר מֵאַרְבַּע — חַיֶּבֶת, וְעוֹשֶׂה לָהּ אַרְבַּע צִיצִיּוֹת בְּאַרְבַּע כְּנָפוֹת הַמְרֻחָקוֹת זוֹ מִזּוֹ יוֹתֵר.
[1] Un talit qui n'a pas quatre coins (kenafot) est patour (exempt) ; s'il a plus de quatre [coins], il est ḥayav (obligé), et l'on fait pour lui quatre tsitsit aux quatre coins les plus éloignés l'un de l'autre.
כָּנָף / כְּנָפוֹת (kanaf / kenafot) — le « coin » du vêtement — la Torah obligee au tsitsit « עַל אַרְבַּע כַּנְפוֹת כְּסוּתְךָ » — sur les quatre coins de ton vêtement. La כנף est l'angle du tissu où l'on attache la frange. Toute l'obligation se mesure donc au nombre et à la forme des coins — c'est le sujet de tout ce siman.
La règle de base du nombre de coins :
- Moins de quatre coins : un vêtement à trois coins (ou moins) est patour — il n'entre pas dans « les quatre coins de ton vêtement ».
- Plus de quatre coins : un vêtement à cinq coins ou plus est ḥayav — il reste un « vêtement de quatre coins » et davantage.
- Où mettre les fils : sur un vêtement à plus de quatre coins, on attache les quatre tsitsit aux quatre coins les plus éloignés les uns des autres (המרוחקות זו מזו יותר).
Le séif 1 en une phrase : moins de quatre coins → patour ; plus de quatre coins → ḥayav, et l'on place les tsitsit aux quatre coins les plus éloignés l'un de l'autre.
B. Le coin coupé en diagonale (séif 2)
Texte original (séif 2)
[ב] יֵשׁ לָהּ אַרְבַּע, וְחָתַךְ אֶחָד בָּאֲלַכְסוֹן וַעֲשָׂאוֹ שְׁנַיִם — הֲרֵי נַעֲשֵׂית בַּעֲלַת ה׳ וְחַיֶּבֶת.
[2] [Un talit] qui a quatre [coins], et l'on a coupé l'un d'eux en diagonale (ba-alakhson) et l'a fait deux — voici qu'il est devenu « à cinq coins » et il est ḥayav.
אֲלַכְסוֹן (alakhson) — la diagonale — couper un coin « en diagonale » signifie le diviser par une coupe oblique, de sorte qu'un seul coin devienne deux coins. Le nombre total de coins passe ainsi de quatre à cinq.
De quatre à cinq coins :
- La coupe oblique : on prend un talit déjà à quatre coins et l'on coupe l'un des coins en diagonale, le transformant en deux coins.
- Le résultat : le talit a désormais cinq coins — donc « plus de quatre » — et il reste ḥayav (comme au séif 1). On y mettra les tsitsit aux quatre coins les plus éloignés.
À retenir : couper un coin en diagonale sur un talit de quatre coins en fait un talit à cinq coins — qui reste ḥayav.
C. Les coins pliés ou cousus (séif 3)
Texte original (séif 3)
[ג] כָּפַל קַרְנוֹת טַלִּיתוֹ וּקְשָׁרָם אוֹ תְּפָרָם, וְדוֹמֶה כְּאִלּוּ קִצְּעָן וְאֵין לָהּ כְּנָפוֹת — אַף עַל פִּי כֵן לֹא נִפְטְרָה.
[3] S'il a plié les coins de son talit et les a noués ou cousus, en sorte que cela ressemble comme s'il les avait « tranchés » (kitsetsan) et qu'il n'a plus de coins — malgré cela il n'est pas dispensé (lo niftera).
קִצֵּעַ (kitsea) — « trancher / arrondir » le coin — donner au coin une forme telle qu'il ne soit plus un véritable angle. Ici, on plie le coin et on le fixe (par un nœud ou une couture) pour masquer l'angle. La question : cela suffit-il à faire perdre au vêtement son statut de « quatre coins » ?
Plier ne dispense pas :
- La manœuvre : on plie les coins et on les noue ou coud, de sorte que le coin paraisse « tranché » et que le talit semble n'avoir plus de coins.
- La halakha : malgré cela, le talit n'est pas dispensé (לא נפטרה) — le pli ne supprime pas vraiment le coin, qui reste « rattachable ». Le vêtement demeure ḥayav.
À retenir : plier et nouer/coudre les coins pour les faire paraître « tranchés » ne dispense pas du tsitsit — le talit reste ḥayav.
D. Talit de tissu, coins de cuir — et l'inverse (séif 4)
Texte original (séif 4)
[ד] טַלִּית שֶׁל בֶּגֶד וְכַנְפֶיהָ שֶׁל עוֹר — חַיֶּבֶת ; הִיא שֶׁל עוֹר וְכַנְפֶיהָ שֶׁל בֶּגֶד — פְּטוּרָה.
[4] Un talit de tissu (beged) dont les coins (kenafeha) sont de cuir (or) — est ḥayav ; [un talit] de cuir dont les coins sont de tissu — est patour.
בֶּגֶד / עוֹר (beged / or) — tissu et cuir — le tsitsit n'est dû que sur un véritable « vêtement » (בגד). Le cuir (עור), lui, n'est pas un בגד au sens de la mitsva. La question est donc : l'obligation suit-elle le corps du vêtement, ou bien ses coins ?
Le corps commande, pas le coin :
- Tissu à coins de cuir : le talit est de tissu (un vrai vêtement), même si ses coins sont de cuir — il est ḥayav. Le corps du vêtement est déterminant.
- Cuir à coins de tissu : à l'inverse, un talit dont le corps est de cuir reste un « vêtement de cuir » — non astreint — même si ses coins sont de tissu : il est patour.
- Le principe : on suit donc le corps du vêtement, et non la matière des seuls coins.
À retenir : tissu à coins de cuir → ḥayav ; cuir à coins de tissu → patour. L'obligation suit le corps du vêtement.
E. תעשה ולא מן העשוי : 3 coins puis 4 (séif 5)
Texte original (séif 5)
[ה] הָיוּ לָהּ ג׳ כְּנָפוֹת וְעָשָׂה בָּהֶם ג׳ צִיצִיּוֹת, וְשׁוּב עָשָׂה לָהּ כָּנָף ד׳ וְעָשָׂה גַּם בּוֹ צִיצִית — פְּסוּלָה, מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי.
[5] [Un talit] qui avait trois coins, et l'on y a fait trois tsitsit, puis on lui a fait un quatrième coin et l'on y a fait aussi un tsitsit — il est pasoul (invalide), à cause de « taasse ve-lo min he-assouy » (tu feras, et non de ce qui est déjà fait).
תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי (taasse ve-lo min he-assouy) — un grand principe des mitsvot « à faire » : l'acte de la mitsva doit être accompli après que l'obligation existe, et non « tomber » d'un acte fait avant. Un tsitsit posé alors que le vêtement n'était pas encore astreint (ici, avant qu'il ait quatre coins) n'est pas un tsitsit « fait pour la mitsva ».
Pourquoi pasoul ?
- L'ordre des choses : tant que le talit n'avait que trois coins, il n'était pas obligé ; les trois tsitsit posés alors l'ont été avant l'obligation.
- Le quatrième coin : en ajoutant ensuite un quatrième coin, le vêtement devient ḥayav — mais les trois premiers tsitsit ont été « faits » sur un vêtement non encore obligé : c'est « מן העשוי », du déjà-fait.
- Le résultat : le talit est pasoul — il faudrait refaire les tsitsit après que les quatre coins existent.
À retenir : poser les tsitsit avant que le vêtement soit astreint (3 coins, puis un 4e) le rend pasoul — c'est le yesod תעשה ולא מן העשוי : la mitsva se fait après l'obligation.
F. Ne pas plier le talit ; ציצית על ציצית (séif 6)
Texte original (séif 6)
[ו] אֵין כּוֹפְלִין אֶת הַטַּלִּית וּמַטִּילִים צִיצִית עַל כְּנָפֶיהָ כְּמוֹ שֶׁהִיא כְּפוּלָה [הַגָּהּ: אֲבָל צָרִיךְ לְהָטִיל בְּד׳ כְּנָפֶיהָ הַפְּשׁוּטִים]. הֵטִיל צִיצִית עַל צִיצִית: אִם נִתְכַּוֵּן לְבַטֵּל הָרִאשׁוֹנָה — חוֹתֵךְ הָרִאשׁוֹנָה וּכְשֵׁרָה ; וְאִם נִתְכַּוֵּן לְהוֹסִיף, אַף עַל פִּי שֶׁחָתַךְ אַחַת מִשְּׁתֵּיהֶן — פְּסוּלָה [הַגָּהּ: וְיֵשׁ מַכְשִׁירִים בְּכָל עִנְיָן וְכֵן עִיקָר] ; וְקֹדֶם שֶׁחָתַךְ מֵרִאשׁוֹנָה — פָּסוּל בְּכָל עִנְיָן.
[6] On ne plie pas le talit pour mettre les tsitsit sur ses coins tels qu'il est plié [Glose (Rama) : mais il faut [les] mettre sur ses quatre coins déployés] — sauf s'il l'a entièrement cousu, même d'un seul côté. [S'il a mis] un tsitsit sur un tsitsit : s'il a eu l'intention d'annuler le premier, il coupe le premier et [le talit] est valide ; et s'il a eu l'intention d'ajouter, même s'il a coupé l'un des deux, il est pasoul [Glose (Rama) : certains valident en tout cas, et ainsi est l'essentiel] ; et avant d'avoir coupé du premier, il est pasoul en tout cas.
צִיצִית עַל צִיצִית (tsitsit al tsitsit) — mettre un second tsitsit sur un coin qui en a déjà un. Tout dépend de l'intention : annuler le premier (לבטל) ou en ajouter un second (להוסיף). L'intention change la validité — car le tsitsit « surnuméraire » peut tomber sous le « בל תוסיף » ou laisser le premier sans validité propre.
Deux règles distinctes :
- Ne pas plier : on attache les tsitsit aux quatre coins déployés du talit, non sur des coins repliés — sauf si le pli a été entièrement cousu (alors c'est un vrai coin).
- Pour annuler le premier (לבטל) : on coupe le premier tsitsit et le talit est valide.
- Pour ajouter (להוסיף) : même après avoir coupé l'un des deux, il est pasoul — mais le Rama rapporte que « certains valident en tout cas, et c'est l'essentiel ».
- Avant toute coupe : tant qu'on n'a rien coupé du premier, le talit est pasoul en tout cas.
À retenir : on met les tsitsit sur les coins déployés (Rama) ; pour le ציצית על ציצית, tout dépend de l'intention (לבטל / להוסיף), et le Rama tend à valider — pour le cas concret, on se réfère à la décision du Rav.
G. Vêtements ouverts ou fermés sur les côtés (séif 7)
Texte original (séif 7)
[ז] מַלְבּוּשִׁים שֶׁהֵם פְּתוּחִים מִן הַצְּדָדִין לְמַטָּה וְיֵשׁ לָהֶם ד׳ כְּנָפוֹת לְצַד מַטָּה, וּלְמַעְלָה הֵם סְתוּמִים — אִם רֻבּוֹ סָתוּם, פָּטוּר ; וְאִם רֻבּוֹ פָּתוּחַ, חַיָּב ; וְאִם חֶצְיוֹ סָתוּם וְחֶצְיוֹ פָּתוּחַ — מַטִּילִין אוֹתוֹ לְחֻמְרָא וְחַיָּב בְּצִיצִית, וְאֵין יוֹצְאִין בּוֹ בְּשַׁבָּת.
[7] Des vêtements qui sont ouverts sur les côtés vers le bas et qui ont quatre coins vers le bas, et en haut ils sont fermés — si la plus grande partie (rov) en est fermée, [le vêtement est] patour ; et si la plus grande partie en est ouverte, [il est] ḥayav ; et si la moitié en est fermée et la moitié ouverte — on le tranche par rigueur (le-ḥoumra) et il est ḥayav en tsitsit, mais on ne sort pas avec lui à Chabbat.
רֹב סָתוּם / רֹב פָּתוּחַ (rov satoum / rov patouah) — un vêtement ouvert sur les côtés : « la majorité fermée » (רוב סתום) le rapproche d'un manteau (non « à quatre coins » libres) ; « la majorité ouverte » (רוב פתוח) en fait un vrai « quatre coins ». Quand c'est moitié-moitié (חציו-חציו), il y a doute, et on tranche par rigueur.
Trois cas selon le רוב :
- רוב סתום (majorité fermée) : le vêtement est patour — il n'a pas vraiment « quatre coins » libres.
- רוב פתוח (majorité ouverte) : il est ḥayav — c'est un vrai vêtement de quatre coins.
- חציו-חציו (moitié-moitié) : doute → on tranche לחומרא : ḥayav en tsitsit, mais on ne sort pas avec à Chabbat (car peut-être patour, et les fils seraient alors un fardeau porté).
À retenir : רוב סתום → patour ; רוב פתוח → ḥayav ; חציו-חציו → לחומרא (ḥayav en tsitsit, mais on n'en sort pas à Chabbat). La mesure du רוב est délicate — on se réfère à la décision du Rav.
H. La קאפ"ה et le fait de la « fermer » (séif 8)
Texte original (séif 8)
[ח] קַאפַּ"ה שֶׁהִיא פְּתוּחָה בְּעִנְיָן שֶׁיֵּשׁ לָהּ ד׳ כְּנָפוֹת — אִם יִקְבְּעוּ בָּהּ אַשְׁטְרִינְגָּ"ה לַעֲשׂוֹתָהּ כִּסְתוּמָה כְּדֵי לְפוֹטְרָהּ מִצִּיצִית, אֵינוֹ מוֹעִיל תִּיקּוּן זֶה אִם לֹא תִּהְיֶה קְבוּעָה מֵחֲצִי אָרְכָּהּ וּלְמַטָּה לְכָל הַפָּחוֹת, וְגַם שֶׁתִּהְיֶה קְבוּעָה לְמַטָּה מִן הַחֲגוֹר, לְמַעַן יִהְיֶה הָרֹב הַסָּתוּם רֹב הַנִּרְאֶה לָעֵינַיִם ; דְּאִם לֹא כֵן יֵאָסֵר מִשּׁוּם מַרְאִית הָעַיִן.
[8] Une kapa (sorte de cape) qui est ouverte de façon à avoir quatre coins — si l'on y fixe une « astringa » (lien/agrafe) pour la rendre comme fermée afin de la dispenser du tsitsit, cette réparation (tikoun) ne sert pas, à moins qu'elle ne soit fixée depuis la moitié de sa longueur vers le bas au moins, et aussi qu'elle soit fixée en-dessous de la ceinture (ḥagor), afin que la majorité fermée soit la majorité visible aux yeux ; sinon, [le vêtement] sera interdit à cause de la « maraït ha-ayin » (l'apparence).
מַרְאִית הָעַיִן (maraït ha-ayin) — « l'apparence aux yeux » — un acte permis en soi peut être interdit s'il paraît fautif à l'observateur. Ici, fermer la kapa par un lien peut techniquement la dispenser ; mais si la fermeture n'est pas visible, on croira voir un « quatre coins » sans tsitsit — d'où l'interdit.
Fermer pour exempter — à conditions :
- L'idée : fixer une אשטרינג"ה (lien) pour rendre la kapa « fermée » et la dispenser du tsitsit.
- Les conditions : la fermeture doit aller depuis la moitié de la longueur vers le bas au moins, et être sous la ceinture — pour que la majorité fermée soit la majorité visible.
- Sinon : la fermeture cachée ne suffit pas et le vêtement est interdit par maraït ha-ayin (il paraît un « quatre coins » sans tsitsit).
À retenir : « fermer » un vêtement à quatre coins pour le dispenser ne vaut que si la fermeture est visible (sous la ceinture, sur plus de la moitié) — sinon c'est interdit par maraït ha-ayin.
I. Les coins doivent être carrés (séif 9)
Texte original (séif 9)
[ט] הַכְּנָפַיִם צָרִיךְ שֶׁיִּהְיוּ מְרֻבָּעוֹת, וְלֹא שֶׁיִּהְיוּ עֲגֻלּוֹת.
[9] Les coins (kenafayim) doivent être carrés (merubaot), et non arrondis (agoulot).
מְרֻבָּעוֹת / עֲגֻלּוֹת (merubaot / agoulot) — carrés / arrondis — un véritable « coin » (כנף) est un angle carré. Un coin arrondi n'est plus à proprement parler une כנף : il manque l'angle que la Torah désigne par « les quatre coins » du vêtement.
La forme du coin :
- Carrés : les coins du talit doivent être מרובעות — de vrais angles droits, pour être de véritables כנפות.
- Non arrondis : on ne fait pas les coins עגולות (arrondis) — un coin arrondi n'est pas une vraie כנף et pose problème pour l'obligation.
À retenir : les coins du talit doivent être carrés (מרובעות), non arrondis (עגולות) — c'est l'angle qui fait la כנף.
J. La מצנפת (le couvre-chef) : patour (séif 10)
Texte original (séif 10)
[י] מִצְנֶפֶת — פְּטוּרָה, אֲפִלּוּ שֶׁל אַרְצוֹת הַמַּעֲרָב שֶׁשְּׁנֵי רָאשֶׁיהָ מֻשְׁלָכִים עַל כִּתְפֵיהֶם וְגוּפָם ; וְאַף עַל פִּי שֶׁמִּתְכַּסֶּה בָּהּ רֹאשׁוֹ וְרֻבּוֹ — פְּטוּרָה, כֵּיוָן שֶׁעִיקָרָהּ לְכַסּוֹת הָרֹאשׁ, דִּכְסוּתְךָ אָמַר רַחֲמָנָא וְלֹא כְּסוּת הָרֹאשׁ.
[10] La mitsnefet (couvre-chef, turban) est patour, même celle des pays du Maghreb (Occident) dont les deux extrémités sont jetées sur leurs épaules et leur corps ; et bien que l'on en couvre sa tête et la plus grande partie [de son corps], elle est patour, puisque son essence (ikara) est de couvrir la tête — car « keskutekha » (ton vêtement) a dit le Miséricordieux, et non « kesout ha-rosh » (le vêtement de la tête).
כְּסוּתְךָ וְלֹא כְּסוּת הָרֹאשׁ (kesutekha ve-lo kesout ha-rosh) — la Torah dit « עַל אַרְבַּע כַּנְפוֹת כְּסוּתְךָ » : ton vêtement (de corps), et non « le vêtement de la tête ». Le critère décisif n'est pas la surface couverte, mais l'essence (עיקר) de la pièce : sert-elle d'abord à couvrir la tête, ou le corps ?
L'essence, non la surface :
- Patour, même grand : la מצנפת est patour même quand ses pans tombent sur les épaules et le corps, et même si elle couvre la tête et la majeure partie du corps.
- Le critère : ce qui compte est que son essence (עיקרה) est de couvrir la tête — c'est un כסות הראש, non un כסותך.
À retenir : la מצנפת est patour — même si elle couvre la majeure partie du corps — car son essence est de couvrir la tête : « כסותך ולא כסות הראש ».
K. Le foulard d'épaule : patour (séif 11)
Texte original (séif 11)
[יא] סוּדָר שֶׁנּוֹתְנִין עַל הַצַּוָּאר בְּמַלְכוּת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, שֶׁנִּקְרָא בְּעַרְבִי שִׁי"ד, וְכֵן בִּיקָ"א שֶׁהָיוּ נוֹתְנִין בִּסְפָרַד עַל כִּתְפֵיהֶם — פְּטוּרִים.
[11] Le soudar (foulard) que l'on met sur le cou dans le royaume de la Terre d'Israël, appelé en arabe « chid », et de même le « bika » que l'on mettait en Espagne sur les épaules — sont patour.
סוּדָר (soudar) — le foulard de cou ou d'épaule — une pièce d'étoffe portée autour du cou ou sur les épaules, non comme vêtement de corps. Comme la מצנפת, son essence n'est pas de « couvrir le corps » au sens de כסותך — d'où l'exemption.
Le foulard d'épaule :
- Le שי"ד : le foulard porté sur le cou (en Terre d'Israël) — patour.
- Le ביק"א : de même, la pièce portée sur les épaules (en Espagne) — patour.
- Le principe : ce ne sont pas des « vêtements de corps » à quatre coins au sens de la mitsva ; ils en sont donc exempts.
À retenir : le foulard de cou (שי"ד) et le foulard d'épaule (ביק"א) sont patour — ce ne sont pas des « vêtements de corps » astreints au tsitsit.
L. Vêtements à quatre coins non alignés (séif 12)
Texte original (séif 12)
[יב] מַלְבּוּשִׁים שֶׁבְּמִצְרַיִם הַנִּקְרָאִים גּוֹחַ"שׁ, וְכֵן מִינְטִי"נִי וְדוֹלַאפַאנִי"שׁ וְקַפְטַאנִי"שׁ וּפִידוֹנִי"שׁ שֶׁבְּתֻרְגְּמָה — אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ לָהֶם ד׳ כְּנָפַיִם, פְּטוּרִים. [הַגָּהּ: וְהוּא הַדִּין מַלְבּוּשִׁים שֶׁל גְּלִילוֹת בְּנֵי אַשְׁכְּנַז וּסְפָרַד, הוֹאִיל וְאֵין כַּנְפֵיהֶם עֲשׂוּיִים שֶׁיִּהְיוּ ב׳ לִפְנֵיהֶם וב׳ לַאֲחוֹרֵיהֶם מְכֻוָּנִים זוֹ כְּנֶגֶד זוֹ — פְּטוּרִים.]
[12] Les vêtements d'Égypte appelés « gouḥach », ainsi que les « mintini », « doulapanich », « kaftanich » et « pidonich » de Turquie (Tourgma) — bien qu'ils aient quatre coins, sont patour. [Glose (Rama) : et il en va de même des vêtements des contrées des Ashkénazes et des Séfarades, puisque leurs coins ne sont pas faits de manière à ce qu'il y en ait deux devant et deux derrière alignés l'un face à l'autre — ils sont patour.]
ב׳ לפניהם ו-ב׳ לאחוריהם מכוונים (deux devant, deux derrière, alignés) — pour être un vrai « vêtement de quatre coins » au sens de la mitsva, les coins doivent se répartir deux devant et deux derrière, en vis-à-vis. Des coins disposés autrement (mal alignés) ne font pas du vêtement un astreint, même s'ils sont au nombre de quatre.
Quatre coins ne suffisent pas toujours :
- Les vêtements nommés : divers manteaux régionaux (גוח"ש et autres) ont quatre coins et sont pourtant patour.
- La raison (Rama) : leurs coins ne sont pas deux devant et deux derrière, alignés en vis-à-vis — la condition d'un vrai « quatre coins » n'est pas remplie.
- Le principe : il ne suffit pas de compter quatre coins ; encore faut-il qu'ils soient disposés comme la mitsva le requiert.
À retenir : certains vêtements à quatre coins sont quand même patour quand leurs coins ne sont pas deux devant et deux derrière, alignés — la disposition compte, pas seulement le nombre.
Cas pratiques
Cas 1 — Le talit-katan moderne et le רוב
Situation : un talit-katan moderne a quatre coins carrés et il est ouvert sur les côtés — on se demande s'il est bien « à quatre coins » au sens de l'obligation.
Conduite : tout dépend de la mesure du רוב (séif 7) : si la majorité est ouverte (רוב פתוח), il est ḥayav ; si la majorité est fermée (רוב סתום), il serait patour. Un talit-katan bien fait veille à des coins carrés (séif 9) et à une ouverture suffisante. La mesure exacte du רוב, et le statut des fermetures latérales modernes, sont des points délicats : pour la conduite exacte, on se réfère à la décision du Rav.
Cas 2 — Réparer ou refaire un coin déchiré
Situation : un coin du talit s'est déchiré ou abîmé, et l'on veut le réparer ou le refaire.
Conduite : attention au תעשה ולא מן העשוי (séif 5) : si le coin n'est plus un vrai coin, le tsitsit qui s'y trouvait peut perdre sa validité, et il faudra refaire les fils après avoir rétabli le coin. De même, le ציצית על ציצית (séif 6) — ajouter ou remplacer un fil — dépend de l'intention (לבטל / להוסיף). Ces réparations sont délicates : avant d'agir, on se réfère à la décision du Rav.
Cas 3 — Le couvre-chef et l'écharpe
Situation : on porte un grand foulard, un châle ou une écharpe à quatre coins, et l'on se demande s'il faut y mettre des tsitsit.
Conduite : une pièce dont l'essence est de couvrir la tête (מצנפת, séif 10) ou de se porter sur le cou / l'épaule (foulard, séif 11) est patour — « כסותך ולא כסות הראש ». Mais la frontière (quand une grande pièce devient-elle un « vêtement de corps » ?) et le cas des châles modernes à quatre coins sont des points délicats : pour la conduite exacte, on se réfère à la décision du Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
- Combien de coins faut-il pour qu'un talit soit ḥayav ? Que se passe-t-il avec moins de quatre, et avec plus de quatre (המרוחקות זו מזו) ?
- Un talit de tissu à coins de cuir est-il ḥayav ou patour ? Et l'inverse (séif 4) ?
- Explique le תעשה ולא מן העשוי dans le cas des 3 coins puis 4 (séif 5). Pourquoi pasoul ?
- Distingue רוב סתום, רוב פתוח et חציו-חציו (séif 7). Que fait-on à Chabbat dans le dernier cas ?
- Pourquoi la מצנפת et le foulard sont-ils patour (כסותך ולא כסות הראש) ? Et pourquoi les coins doivent-ils être carrés (séif 9) ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
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- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — la géométrie des כנפות et « les quatre les plus éloignées » ; le yesod du תעשה ולא מן העשוי (Menahot מ"א-מ"ג) et le ציצית על ציצית (לבטל / להוסיף) ; le din du רוב פתוח / רוב סתום / חציו-חציו (ספק, לחומרא, מראית העין à Chabbat) ; « כסותך ולא כסות הראש » (la מצנפת et le foulard) ; et le חיוב qui suit le גוף הבגד (tissu / cuir, séif 4)
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
- 👑 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : la chitah du Choulhan Aroukh HaRav — les quatre כנפות, le din du רוב פתוח / רוב סתום, le תעשה ולא מן העשוי, et la מצנפת