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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman י״א · Les fils du tsitsit (חוטי הציצית)

דיני חוטי הציצית — la fabrication des fils, leur filage, leur longueur et leurs nœuds
סימן י״א · ט״ו סעיפים
דיני חוטי הציצית
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche des 15 seifim : texte hébreu vocalisé, traduction française fluide et explications pédagogiques sur le filage à leur intention, le filage par un non-juif et la torsion, la longueur des fils, la laine interdite, la laine volée, le trou (נקב), le nombre des fils (ד׳ כפולים = ח׳), l'ordre des nœuds et le נוטף על הקרן — avec une section de cas pratiques.

Sujet : Les fils du tsitsit — comment on les file, on les tord, on les compte, on les mesure et on les noue, et ce qui les rend valides ou invalides
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן י״א · ט״ו סעיפים

Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

Après avoir appris au siman précédent la géométrie du talit et ses quatre coins, le Choulhan Aroukh aborde ici les fils eux-mêmes — les חוטי הציצית. Tout commence par une exigence d'intention : les fils doivent être filés לשמן (à leur intention, pour la mitsva) ; puis viennent leur torsion (שזירה), leur longueur (י״ב גודלים), le nombre des fils (ד׳ כפולים = ח׳), la matière qui les rend invalides (laine volée, ביזוי מצוה, נעבד), l'endroit du trou (נקב) sur le coin, et enfin l'ordre précis des nœuds et des enroulements (כריכות). On y rencontre aussi un grand principe déjà vu : le תעשה ולא מן העשוי (couper les têtes des fils avant de nouer). Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite pratique — nouer soi-même, réparer un נקב — nous renvoyons à la décision du Rav.

📑 Plan de l'étude

A. Filés à leur intention — les fils doivent être filés לשמן ; on le dit au début du filage ; sinon pasoul (séif 1)
B. Filés par un non-juif ; la torsion — un juif présent qui aide ; Rambam pasoul / Rosh kasher ; שזירה requise (séif 2)
C. Fils déroulés — la torsion défaite → 16 fils : kasher s'il reste כדי עניבה (séif 3)
D. La longueur des fils — pas moins de 4 (ou י״ב) גודלים ; un fil plus long (le שמש) ; couper si trop long (séif 4)
E. Laine interdite (ביזוי מצוה) — pas de laine de ronces, arrachée, ou de restes de tissage (séif 5)
F. Laine volée (גזול) — pasoul : ועשו להם משלהם (séif 6)
G. Fils empruntés — כשרים, comme les siens (séif 7)
H. Le נעבד — laine d'un animal adoré : pesoula ; le lin adoré planté : kasher (שינוי) (séif 8)
I. L'emplacement du trou (נקב) — pas plus haut que 3 doigts, pas plus bas que מלא קשר גודל (על הכנף) (séif 9)
J. Le אימרא autour du trou — distance מהכנף, et l'ourlet qui empêche la déchirure (séif 10)
K. Le גדיל (אוריליי״ו) large — ne pas y mettre les tsitsit ; il compte pour la mesure (séif 11)
L. Le nombre des fils — ד׳ כפולים = ח׳ ; un ajout rend pasoul (séif 12)
M. Couper les têtes avant — לחתוך ראשי החוטין avant de nouer/enrouler (תעשה ולא מן העשוי) (séif 13)
N. L'ordre des nœuds — 4+4, 2 nœuds, כריכות, 5 קשרים כפולים et 4 אווירים (séif 14)
O. נוטף על הקרן — poser le tsitsit dans le sens de la longueur ; ne rien mettre dans les נקבים (séif 15)
+ Cas pratiques et questions de compréhension

A. Les fils filés à leur intention (séif 1)

Texte original (séif 1)

[א] הַחוּטִין צָרִיךְ שֶׁיִּהְיוּ טְווּיִין לִשְׁמָן [הַגָּהּ: וְיֵשׁ מַחְמִירִין אֲפִלּוּ לְנַפְּצָן לִשְׁמָן, וְהַמִּנְהָג לְהָקֵל בְּנִפּוּץ] שֶׁיֹּאמַר בִּתְחִלַּת הַטְּוִיָּה שֶׁהוּא עוֹשֶׂה כֵּן לְשֵׁם צִיצִית, אוֹ שֶׁיֹּאמַר לְאִשָּׁה טְווִי לִי צִיצִית לְטַלִּית ; וְאִם לֹא הָיוּ טְווּיִין לִשְׁמָן — פְּסוּלִים.
[1] Les fils doivent être filés à leur intention (lishman) [Glose (Rama) : et certains sont plus stricts, [exigeant] même de les carder (nafets) à leur intention, mais l'usage est indulgent pour le cardage] — de sorte que l'on dise au début du filage que l'on fait ainsi pour le tsitsit, ou que l'on dise à une femme « file-moi du tsitsit pour un talit » ; et s'ils n'ont pas été filés à leur intention — ils sont pasoul (invalides).
לִשְׁמָן (lishman) — « à leur intention » — la fabrication des fils du tsitsit doit se faire pour la mitsva, avec l'intention explicite. Le verset dit « תַּעֲשֶׂה לְךָ » : on fait pour soi, avec une intention dirigée. On l'exprime au début du filage (טווייה), en disant que l'on file « לשם ציצית ».
L'intention au moment du filage :
Le séif 1 en une phrase : les fils doivent être filés לשמן (à leur intention pour la mitsva), et on le dit au début du filage — sinon ils sont pasoul.

B. Filés par un non-juif ; la torsion (séif 2)

Texte original (séif 2)

[ב] טְוָואָן נָכְרִי וְיִשְׂרָאֵל עוֹמֵד עַל גַּבּוֹ וְאוֹמֵר שֶׁיַּעֲשֶׂה לִשְׁמָהּ — לְהָרַמְבַּ״ם פְּסוּל, לְהָרֹא״שׁ כָּשֵׁר [הַגָּהּ: וְנוֹהֲגִין שֶׁיְּסַיֵּעַ הַיִּשְׂרָאֵל מְעַט, וְכִדְאִיתָא לְקַמָּן סִימָן ל״ב] ; וּצְרִיכִין שְׁזִירָה וְשֶׁיִּהְיוּ שְׁזוּרִין לִשְׁמָן.
[2] Si un non-juif les a filés et qu'un juif se tient à ses côtés en disant qu'il [les] fasse à leur intention (lishmah) — pour le Rambam c'est pasoul, pour le Rosh c'est kasher [Glose (Rama) : et l'usage est que le juif aide un peu, comme il est dit plus loin au siman ל״ב] ; et [les fils] requièrent la torsion (shezira) et qu'ils soient tordus à leur intention.
שְׁזִירָה (shezira) — la torsion des fils — chaque « fil » du tsitsit est en réalité tordu à partir de plusieurs brins. Cette torsion aussi doit être faite לשמן (à son intention). C'est une exigence supplémentaire, au-delà du simple filage (טווייה).
Deux points distincts :
À retenir : pour des fils filés par un non-juif, il y a machloket Rambam (pasoul) / Rosh (kasher) — l'usage : que le juif aide un peu ; et les fils requièrent la torsion (שזירה) לשמן.

C. Fils déroulés de leur torsion (séif 3)

Texte original (séif 3)

[ג] אִם נִתְפָּרְקוּ מִשְּׁזִירָתָן וְנַעֲשׂוּ ט״ז — כְּשֵׁרִים, וְהוּא שֶׁיִּשְׁתַּיֵּר בַּשָּׁזוּר כְּדֵי עֲנִיבָה [הַגָּהּ: וּלְכַתְּחִלָּה טוֹב לִקְשׁוֹר הַחוּטִין לְמַטָּה כִּדְלְקַמָּן בְּסָעִיף י״ד].
[3] Si [les fils] se sont déroulés de leur torsion et sont devenus seize — ils sont kasher, à condition qu'il reste dans la partie tordue de quoi faire un nœud (kedei aniva) [Glose (Rama) : et de préférence il est bon de nouer les fils en bas, comme [indiqué] plus loin au séif י״ד].
כְּדֵי עֲנִיבָה (kedei aniva) — « de quoi nouer » — la mesure minimale d'une partie tordue restante : assez de longueur pour former un petit nœud. Si les huit fils (torsades) se défont en seize brins simples, la torsion tient encore tant qu'il en reste כדי עניבה.
La torsion défaite :
À retenir : des fils tordus qui se déroulent (jusqu'à 16 brins) restent kasher tant qu'il reste dans le tordu כדי עניבה — et il est bon de les nouer en bas.

D. La longueur des fils ; le שמש (séif 4)

Texte original (séif 4)

[ד] אֹרֶךְ הַחוּטִין — אֵין פָּחוֹת מֵאַרְבַּע גּוּדָלִים, וְיֵשׁ אוֹמְרִים י״ב גּוּדָלִים וְכֵן נוֹהֲגִין, וּלְמַעְלָה אֵין לָהֶם שִׁעוּר [הַגָּהּ: וְאִם עֲשָׂאוֹ אָרוֹךְ יוֹתֵר מִדַּאי יָכוֹל לְקַצְּרוֹ, וְאֵין בָּזֶה מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי]. אֶחָד מֵהַחוּטִים יִהְיֶה יוֹתֵר אָרוֹךְ כְּדֵי שֶׁיִּכְרֹךְ בּוֹ הַגְּדִיל.
[4] La longueur des fils — pas moins de quatre goudalim (mesures de pouce), et certains disent douze goudalim, et ainsi est l'usage ; et vers le haut il n'y a pas de mesure [maximale] [Glose (Rama) : et s'il l'a fait trop long, il peut le raccourcir, et il n'y a pas là de « taasse ve-lo min he-assouy »]. L'un des fils sera plus long, afin qu'il enroule avec lui le guedil (la partie enroulée).
גּוּדָל / שַׁמָּשׁ (goudal / shamash) — le goudal est la mesure du pouce, qui sert d'unité de longueur. Le שמש (« serviteur ») est le fil laissé plus long que les autres : c'est lui qui servira aux enroulements (כריכות) autour des autres fils, formant la partie tressée (גדיל).
La mesure et le fil long :
À retenir : les fils mesurent au moins 4 (l'usage : י״ב) goudalim, sans maximum ; l'un des fils, le שמש, est plus long pour les enroulements. Trop long → on peut couper (pas de תעשה ולא מן העשוי).

E. La laine interdite : ביזוי מצוה (séif 5)

Texte original (séif 5)

[ה] אֵין עוֹשִׂין הַצִּיצִיּוֹת מֵהַצֶּמֶר הַנֶּאֱחָז בַּקּוֹצִים כְּשֶׁהַצֹּאן רוֹבְצִים בֵּינֵיהֶם, וְלֹא מֵהַנִּימִין הַנִּתְלָשִׁים מִן הַבְּהֵמָה, וְלֹא מִשְּׁיָרֵי שְׁתִי שֶׁהָאוֹרֵג מְשַׁיֵּר בְּסוֹף הַבֶּגֶד ; וְהַטַּעַם — מִשּׁוּם בִּזּוּי מִצְוָה.
[5] On ne fait pas les tsitsit avec la laine qui s'accroche aux ronces quand les brebis se couchent parmi elles, ni avec les poils arrachés de l'animal, ni avec les restes de chaîne (chti) que le tisserand laisse à la fin du tissu ; et la raison — à cause du « bizouy mitsva » (le mépris de la mitsva).
בִּזּוּי מִצְוָה (bizouy mitsva) — le « mépris de la mitsva » — la mitsva doit être accomplie avec des matériaux dignes, non avec des rebuts ou des restes méprisables. Se servir de laine ramassée sur des ronces, de poils arrachés, ou de fils de rebut, ce serait traiter la mitsva sans l'honneur qui lui est dû.
Trois sortes de laine à éviter :
À retenir : on ne fait pas les tsitsit avec de la laine de ronces, des poils arrachés ou des restes de tissage — c'est du ביזוי מצוה.

F. La laine volée : ועשו להם משלהם (séif 6)

Texte original (séif 6)

[ו] אִם עֲשָׂאָם מִצֶּמֶר גָּזוּל — פְּסוּלִים, דִּכְתִיב « וְעָשׂוּ לָהֶם מִשֶּׁלָּהֶם » [הַגָּהּ: וְדַוְקָא שֶׁגָּזַל הַחוּטִין, אֲבָל אִם גָּזַל צֶמֶר וַעֲשָׂאָן חוּטִים — כְּשֵׁרִים, מִיהוּ לְכַתְּחִלָּה אָסוּר לַעֲשׂוֹתָן] ; עַיֵּן מַה שֶּׁכָּתוּב רֵישׁ סִימָן ט״ו.
[6] S'il les a faits avec de la laine volée (gazoul) — ils sont pasoul, car il est écrit « et ils feront pour eux de ce qui est à eux » (ve-assou lahem mi-chelahem) [Glose (Rama) : et c'est précisément lorsqu'il a volé les fils ; mais s'il a volé de la laine et [en] a fait des fils — ils sont kasher, toutefois il est interdit לכתחילה de les faire ainsi] ; vois ce qui est écrit au début du siman ט״ו.
וְעָשׂוּ לָהֶם מִשֶּׁלָּהֶם (ve-assou lahem mi-chelahem) — « qu'ils fassent pour eux de ce qui est à eux » : la mitsva doit se faire avec un bien qui appartient à celui qui l'accomplit. Un objet volé (גזול) n'est pas « à lui », et le tsitsit qui en est fait n'est pas valide.
Volé : pasoul, avec une nuance :
À retenir : des fils volés sont pasoul (ועשו להם משלהם) ; de la laine volée puis filée est kasher bediavad — mais interdit לכתחילה.

G. Les fils empruntés (séif 7)

Texte original (séif 7)

[ז] חוּטִים שְׁאוּלִין — הַלְוָאָה הִיא, דְּלֹא הָדְרִי בְּעֵינַיְהוּ, וּכְדִידֵיהּ דָּמֵי.
[7] Des fils empruntés (cheoulin) — c'est un prêt, car ils ne reviennent pas [au prêteur] tels quels (be-eineihou), et ils sont considérés comme siens (ke-didei).
שְׁאוּלִין / הַלְוָאָה (cheoulin / halvaa) — un objet « emprunté » qui doit être rendu tel quel reste au prêteur ; mais un prêt (הלואה) de choses consommables ou transformées devient la propriété de l'emprunteur (il rendra l'équivalent). Les fils du tsitsit relèvent de ce second cas : ils sont « comme les siens ».
Empruntés = les siens :
À retenir : des fils empruntés valent comme un prêt — ils sont « comme les siens » (כדידיה), et le tsitsit est valide.

H. La laine ou le lin adorés : le נעבד (séif 8)

Texte original (séif 8)

[ח] הַמִּשְׁתַּחֲוֶה לִבְהֵמָה — צַמְרָהּ פָּסוּל לְצִיצִית ; הַמִּשְׁתַּחֲוֶה לְפִשְׁתָּן נָטוּעַ — כָּשֵׁר לְצִיצִית, שֶׁהֲרֵי נִשְׁתַּנָּה.
[8] Celui qui se prosterne devant un animal — sa laine est pesoula (invalide) pour le tsitsit ; celui qui se prosterne devant du lin planté (encore en terre) — [ce lin] est kasher pour le tsitsit, car il a changé (nichtana).
נֶעֱבָד (neevad) — « l'objet d'un culte » — ce que l'on a adoré (par une prosternation) devient interdit. La laine d'un animal adoré reste « telle quelle » — donc pesoula. Mais le lin encore planté, une fois arraché et travaillé, a changé (שינוי) : il n'est plus l'objet même que l'on a adoré, et redevient kasher.
La différence : le changement (שינוי) :
À retenir : la laine d'un animal adoré est pesoula ; le lin planté adoré devient kasher une fois travaillé, car il a changé (שינוי).

I. L'emplacement du trou (נקב) (séif 9)

Texte original (séif 9)

[ט] יַעֲשֶׂה נֶקֶב בְּאֹרֶךְ הַטַּלִּית — לֹא לְמַעְלָה מִג׳ אֶצְבָּעוֹת [הַיְנוּ גּוּדָלִים] שֶׁאֵינוֹ נִקְרָא כָּנָף, וְלֹא לְמַטָּה מִכְּשִׁעוּר שֶׁיֵּשׁ מִקֶּשֶׁר גּוּדָל עַד סוֹף הַצִּפֹּרֶן, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר « עַל הַכָּנָף » ; שֶׁאִם הָיָה לְמַטָּה מִמְּלֹא קֶשֶׁר גּוּדָל הָיָה תַּחַת הַכָּנָף [הַגָּהּ: וּמוֹדְדִין זֶה בַּיֹּשֶׁר וְלֹא בַּאֲלַכְסוֹן מִן הַקֶּרֶן].
[9] On fait un trou (nekev) dans la longueur du talit — pas plus haut que trois doigts [c'est-à-dire des goudalim] car [au-dessus] cela ne s'appelle plus « coin », et pas plus bas que la mesure qu'il y a de la jointure du pouce jusqu'au bout de l'ongle, parce qu'il est dit « sur le coin » (al ha-kanaf) ; car s'il était plus bas que « plein d'une jointure de pouce » (melo kecher goudal), il serait en-dessous du coin [Glose (Rama) : et l'on mesure cela en ligne droite, et non en diagonale depuis l'angle].
עַל הַכָּנָף / מְלֹא קֶשֶׁר גּוּדָל — la Torah dit de mettre le tsitsit « sur le coin » (על הכנף). Le trou par lequel passent les fils doit donc être dans la zone qui est vraiment « le coin » : ni trop haut (plus de 3 doigts, ce n'est plus le coin), ni trop bas (moins que « מלא קשר גודל » — la largeur d'une phalange de pouce — car alors c'est sous le coin).
Ni trop haut, ni trop bas :
À retenir : le trou (נקב) se fait dans la zone du coin : pas plus haut que 3 doigts, pas plus bas que מלא קשר גודל — « על הכנף » — et on mesure en ligne droite.

J. Le אימרא autour du trou (séif 10)

Texte original (séif 10)

[י] אִם הָיָה רָחוֹק מֵהַכָּנָף מְלֹא קֶשֶׁר גּוּדָל וְנִתְּקוּ מֵחוּטֵי הָעֵרֶב עַד שֶׁלֹּא נִשְׁאַר בּוֹ כַּשִּׁעוּר — כָּשֵׁר, כֵּיוָן שֶׁהָיוּ בּוֹ כַּשִּׁעוּר בְּשָׁעָה שֶׁהֵטִיל בּוֹ צִיצִית [הַגָּהּ: וְנוֹהֲגִין לַעֲשׂוֹת אִימְרָא סָבִיב הַנֶּקֶב שֶׁלֹּא יִנָּתֵק שָׁם, וְכֵן עוֹשִׂין אִימְרָא בִּשְׂפַת הַבֶּגֶד לְמַטָּה] ; יֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁבְּתוֹךְ רֹחַב הַבֶּגֶד אֵין לוֹ שִׁעוּר, וְיֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁדִּין רֹחַב הַבֶּגֶד כְּדִין הָאֹרֶךְ, וְנִרְאִין דִּבְרֵיהֶם.
[10] S'il était éloigné du coin de la mesure d'une jointure de pouce (melo kecher goudal) et que [des fils] se sont détachés des fils de la trame (erev) au point qu'il n'y reste plus la mesure — [le talit reste] kasher, puisqu'il y avait la mesure au moment où l'on y a mis le tsitsit [Glose (Rama) : et l'usage est de faire un ourlet (imra) autour du trou pour qu'il ne s'y déchire pas, et de même on fait un ourlet au bord du vêtement en bas] ; certains disent que dans la largeur du vêtement il n'y a pas de mesure, et certains disent que la loi de la largeur est comme celle de la longueur, et leurs paroles paraissent [justes].
אִימְרָא (imra) — l'ourlet — un ourlet cousu autour du trou (et au bord du vêtement) pour renforcer le tissu et empêcher qu'il ne se déchire, ce qui rapprocherait le trou du bord et le ferait sortir de la mesure requise « sur le coin ».
Renforcer et mesurer :
À retenir : ce qui compte est la distance au moment de la pose ; l'usage est de coudre un אימרא autour du trou (et au bord) contre la déchirure — la largeur suit la loi de la longueur.

K. Le גדיל (אוריליי״ו) large (séif 11)

Texte original (séif 11)

[יא] אִם הַגְּדִיל שֶׁקּוֹרִין אוֹרִילִיי״וֹ הוּא רָחָב — לֹא יָטִיל בּוֹ הַצִּיצִיּוֹת, וְאִם הֵטִיל בּוֹ פָּסוּל, דְּ« עַל כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם » כְּתִיב וְזֶה אֵינוֹ נֶחְשָׁב מִן הַבֶּגֶד ; אֲבָל עוֹלֶה הוּא לְשִׁעוּר מְלֹא קֶשֶׁר גּוּדָל וּלְהַרְחָקַת ג׳ אֶצְבָּעוֹת, כֵּיוָן שֶׁהַנֶּקֶב בְּתוֹךְ הַבֶּגֶד [הַגָּהּ: וְטוֹב שֶׁיִּמְדֹּד שִׁעוּר קֶשֶׁר גּוּדָל בְּלֹא הַגְּדִיל].
[11] Si le guedil (bordure tressée) que l'on appelle « orilyo » est large — on n'y met pas les tsitsit, et si l'on y a mis [les tsitsit] c'est pasoul, car il est écrit « sur les coins de leurs vêtements » (al kanfei bigdeihem) et cela n'est pas compté comme faisant partie du vêtement ; mais il entre [en compte] pour la mesure « plein d'une jointure de pouce » et pour l'éloignement de trois doigts, puisque le trou est à l'intérieur du vêtement [Glose (Rama) : et il est bon de mesurer la jointure de pouce sans le guedil].
גְּדִיל (guedil) — la bordure tressée — une bordure ou lisière tressée sur le bord du vêtement (nommée « orilyo »). N'étant pas à proprement parler « le vêtement » (הבגד), on n'y attache pas les tsitsit ; mais comme le trou est dans le corps du tissu, la bordure compte pour mesurer les distances.
Ne pas y nouer, mais on la mesure :
À retenir : on ne met pas les tsitsit sur un גדיל large (pasoul) — mais il compte pour les mesures de distance, le trou étant dans le vêtement.

L. Le nombre des fils : ד׳ כפולים = ח׳ (séif 12)

Texte original (séif 12)

[יב] מִנְיַן חוּטֵי הַצִּיצִיּוֹת בְּכָל כָּנָף — אַרְבָּעָה כְּפוּלִים שֶׁהֵם שְׁמוֹנָה ; וְאִם הוֹסִיף — פָּסוּל. יַחְתֹּךְ רָאשֵׁי הַחוּטִין הָאַרְבָּעָה וְיִתְחַבֵּם בַּכָּנָף וְיִכְפְּלֵם, וְאָז יִהְיוּ ח׳.
[12] Le nombre des fils du tsitsit à chaque coin — quatre pliés (kefoulim) qui sont huit ; et s'il a ajouté [des fils] — c'est pasoul. Il coupe les têtes des quatre fils, les insère dans le coin et les plie, et alors ils seront huit.
אַרְבָּעָה כְּפוּלִים שֶׁהֵם שְׁמוֹנָה (arbaa kefoulim = shemona) — on prend quatre fils, on les passe dans le trou et on les plie en deux : chaque fil devient deux pans, ce qui donne huit pans qui pendent. Ni plus, ni moins : ajouter des fils rend le tsitsit pasoul.
Quatre pliés = huit :
À retenir : à chaque coin, quatre fils pliés = huit pans — un nombre exact : en ajouter rend pasoul.

M. Couper les têtes des fils avant de nouer (séif 13)

Texte original (séif 13)

[יג] יִזָּהֵר לַחְתֹּךְ רָאשֵׁי הַחוּטִין לַעֲשׂוֹתָם ח׳ קֹדֶם שֶׁיִּכְרֹךְ, שֶׁאִם כָּרַךְ אֲפִלּוּ חֻלְיָא אַחַת [פֵּרוּשׁ: הַחֵלֶק מֵהַצִּיצִית שֶׁבֵּין קֶשֶׁר לְקֶשֶׁר] וְקָשַׁר אֲפִלּוּ קֶשֶׁר אֶחָד וְאַחַר כָּךְ חֲתָכָן — פָּסוּל, מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי, שֶׁהֲרֵי בְּפִסּוּל עֲשָׂאָם.
[13] Qu'il prenne garde de couper les têtes des fils pour en faire huit avant d'enrouler (likhrokh), car s'il a enroulé ne serait-ce qu'un seul « ḥoulya » [explication : la partie du tsitsit qui est entre un nœud et un [autre] nœud] et a noué ne serait-ce qu'un seul nœud, puis les a coupés — c'est pasoul, à cause de « taasse ve-lo min he-assouy » (tu feras, et non de ce qui est déjà fait), car il les a faits dans l'invalidité.
תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי (taasse ve-lo min he-assouy) — le grand principe déjà rencontré : l'acte de la mitsva doit se faire après que tout est en état valide. Tant que les fils sont encore une seule boucle (non coupés en huit), enrouler ou nouer, c'est « faire » le tsitsit dans un état invalide — et le couper ensuite ne « répare » pas ce qui a été fait de travers.
Couper d'abord, nouer ensuite :
À retenir : il faut couper les têtes des fils (pour en faire huit) avant d'enrouler ou de nouer — sinon pasoul par תעשה ולא מן העשוי.

N. L'ordre des nœuds et des כריכות (séif 14)

Texte original (séif 14)

[יד] יִקַּח ד׳ חוּטִים מִצַּד זֶה וְד׳ מִצַּד זֶה, וְיִקְשֹׁר שְׁתֵּי פְעָמִים זֶה עַל גַּב זֶה, וְאַחַר כָּךְ יִכְרֹךְ חוּט הָאָרֹךְ סָבִיב הַשִּׁבְעָה קְצָת כְּרִיכוֹת, וְקוֹשֵׁר שְׁתֵּי פְעָמִים זֶה עַל גַּב זֶה, וְחוֹזֵר וְכוֹרֵךְ ; וְכֵן יַעֲשֶׂה עַד שֶׁיַּשְׁלִים לַחֲמִשָּׁה קְשָׁרִים כְּפוּלִים וְאַרְבָּעָה אֲוִירִים בֵּינֵיהֶם מְלֵאִים כְּרִיכוֹת. אֵין שִׁעוּר לַכְּרִיכוֹת, רַק שֶׁיְּהֵא כָּל הַכָּרוּךְ וְהַקְּשָׁרִים רֹחַב אַרְבָּעָה גּוּדָלִים וְהֶעָנָף שְׁמוֹנָה גּוּדָלִים [הַגָּהּ: וְאִם הֶאֱרִיךְ הַצִּיצִית יִרְאֶה שֶׁשְּׁלִישִׁיתוֹ יִהְיֶה גְּדִיל וּב׳ חֲלָקִים עָנָף] ; נוֹהֲגִים לִכְרֹךְ בַּאֲוִיר רִאשׁוֹן ז׳ כְּרִיכוֹת, וּבַשֵּׁנִי ט׳, וּבַשְּׁלִישִׁי י״א, וּבָרְבִיעִי י״ג, שֶׁעוֹלִים כֻּלָּם אַרְבָּעִים.
[14] Il prend quatre fils d'un côté et quatre de l'autre côté, et il noue deux fois l'un sur l'autre, puis il enroule le fil long autour des sept [autres] quelques enroulements (kerikhot), et noue deux fois l'un sur l'autre, et revient enrouler ; et ainsi il fait jusqu'à compléter cinq nœuds doubles (kesharim kefoulim) et quatre espaces (avirim) entre eux remplis d'enroulements. Il n'y a pas de mesure pour les enroulements, seulement que tout l'enroulé et les nœuds fassent une largeur de quatre goudalim et le pan (anaf) huit goudalim [Glose (Rama) : et s'il a allongé le tsitsit, il veillera à ce qu'un tiers soit tressé (guedil) et deux parts en pan (anaf)] ; l'usage est d'enrouler au premier espace sept enroulements, au deuxième neuf, au troisième onze, et au quatrième treize, qui montent en tout à quarante.
קֶשֶׁר / חֻלְיָא / כְּרִיכָה / אֲוִיר — le קשר est un nœud (double) ; la כריכה est un tour d'enroulement du fil long autour des autres ; l'אויר est l'espace entre deux nœuds, rempli d'enroulements. La structure : 5 nœuds doubles et 4 espaces d'enroulements — le début (גדיל) tressé, la suite (ענף) en fils libres.
La structure du tsitsit :
À retenir : on fait 5 nœuds doubles et 4 espaces d'enroulements (usage : 7-9-11-13 = quarante) ; le tressé (גדיל) est un tiers, le pan (ענף) deux tiers. Pour nouer soi-même, on se réfère à la décision du Rav.

O. נוטף על הקרן : le sens de la pose (séif 15)

Texte original (séif 15)

[טו] יֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁצָּרִיךְ לְדַקְדֵּק שֶׁיִּתְלֶה הַצִּיצִית לְאֹרֶךְ הַטַּלִּית, דְּבָעֵינַן שֶׁתְּהֵא נוֹטֶפֶת עַל הַקֶּרֶן [פֵּרוּשׁ: תָּלוּי עַל הַקֶּרֶן], וְאִם הָיָה בְּרָחְבּוֹ לֹא הָיָה נוֹטֵף, שֶׁהֲרֵי כְּלַפֵּי קַרְקַע הָיָה תָּלוּי. יֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁאֵין לָתֵת שׁוּם בֶּגֶד בְּנִקְבֵי הַטַּלִּית שֶׁמַּכְנִיסִים בָּהֶם הַצִּיצִיּוֹת, וְיֵשׁ מַתִּירִין וְכֵן נָהֲגוּ.
[15] Certains disent qu'il faut veiller à ce que le tsitsit pende dans le sens de la longueur du talit, car nous voulons qu'il « dégoutte sur le coin » (notefet al ha-keren) [explication : suspendu sur le coin] ; et s'il était dans sa largeur, il ne « dégoutterait » pas, car il pendrait vers le sol. Certains disent qu'on ne met aucun tissu dans les trous du talit par lesquels on fait passer les tsitsit, et certains permettent, et ainsi l'usage.
נוֹטֵף עַל הַקֶּרֶן (notef al ha-keren) — « pendre sur le coin » — le tsitsit doit être posé de sorte à pendre dans le sens de la longueur du talit, « retombant » sur le coin (הקרן) — non dans le sens de la largeur, où il pendrait simplement vers le sol.
Le sens de la pose :
À retenir : le tsitsit se pose de préférence dans le sens de la longueur, « נוטף על הקרן » ; quant à mettre un tissu dans les trous — l'usage permet.

Cas pratiques

Cas 1 — Acheter des tsitsit « טווי ושזור לשמן »

Situation : on achète des fils de tsitsit et l'on veut être sûr qu'ils sont bien « טווי ושזור לשמן » (filés et tordus à leur intention).
Conduite : on cherche des fils certifiés « טווי ושזור לשמן » — c'est-à-dire filés (séif 1) et tordus (séif 2) לשמן. « לשמה » veut dire que la personne qui file a l'intention explicite de faire du tsitsit, en le disant au début du filage. Le détail des certifications et le cas des fils filés par un non-juif (machloket Rambam / Rosh) sont des points délicats : pour le choix concret, on se réfère à la décision du Rav.

Cas 2 — La longueur des fils et le sens de la pose

Situation : on veut vérifier que les fils ont la bonne longueur et qu'on les pose dans le bon sens.
Conduite : les fils font au moins 4 goudalim — l'usage étant י״ב גודלים (séif 4) — avec un fil (le שמש) plus long pour les enroulements. Après le nœud, on veille aux proportions (un tiers גדיל, deux tiers ענף) et à ce que le tsitsit pende dans le sens de la longueur — « נוטף על הקרן » (séif 15). Les mesures précises étant délicates, on se réfère à la décision du Rav.

Cas 3 — Refaire ou nouer les fils soi-même

Situation : on veut nouer soi-même les fils du tsitsit, ou refaire un tsitsit dénoué.
Conduite : attention au תעשה ולא מן העשוי (séif 13) : il faut couper les têtes des fils (pour en avoir huit) avant d'enrouler ou de nouer — sinon le tsitsit est pasoul. Il faut aussi respecter le nombre exact (ד׳ כפולים = ח׳, séif 12) et l'ordre des nœuds (5 nœuds, 4 espaces, séif 14). Ces gestes sont délicats : avant de nouer soi-même, on se réfère à la décision du Rav.

Cas 4 — Fils déchirés, réparation du נקב (אימרא)

Situation : le tissu s'est déchiré près du trou, ou l'on veut renforcer le נקב.
Conduite : l'usage est de coudre un אימרא (ourlet) autour du trou et au bord du bas (séif 10) pour éviter la déchirure qui rapprocherait le trou du bord. Si le trou était à la bonne distance au moment de la pose, le talit reste kasher même déchiré ensuite. Ces réparations, et l'emplacement exact du נקב (séif 9), sont délicats : on se réfère à la décision du Rav.

Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Que signifie filer les fils לשמן (séif 1) ? À quel moment le dit-on, et que se passe-t-il sinon ?
  2. Qu'est-ce que la שזירה (séif 2) ? Quelle est la machloket Rambam / Rosh sur les fils filés par un non-juif ?
  3. Quelle est la longueur des fils (séif 4) ? Qu'est-ce que le שמש ?
  4. Combien de fils à chaque coin (ד׳ כפולים, séif 12) ? Pourquoi faut-il couper les têtes avant (séif 13) ?
  5. Décris l'ordre des nœuds et כריכות (séif 14). Que veut dire « נוטף על הקרן » (séif 15) ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
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DAAT · רב יוסף חיים סממה

סימן י״א · ט״ו סעיפים · Niveau 1 — Initiation
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