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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION
Siman ק״ע · Les règles de bonne conduite (moussar) à table
דברי מוסר שינהג אדם בסעודה — on ne bavarde pas en mangeant (danger de fausse route), on ne fixe pas celui qui mange, on n est pas irritable à table ; on ne se comporte pas en glouton, on ne partage pas la coupe où l on a bu (danger), et l on observe les égards dus à l hôte, aux convives et au servant
סימן ק״ע · כ״ב סעיפים
דברי מוסר שינהג אדם בסעודה
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Ce siman enseigne le מוסר et le דרך ארץ à table : on ne parle pas en mangeant (אֵין מְשִׂיחִין בַּסְּעוּדָה) de peur d une fausse route, on ne fixe pas celui qui mange (שֶׁלֹּא לְבַיֵּשׁ), on n est pas colérique (קַפְּדָן), on ne se conduit pas en glouton (גַּרְגְּרָן), on ne partage pas la coupe (סַכָּנַת נְפָשׁוֹת) ; puis les égards dus à l hôte, aux convives et au servant (הַשַּׁמָּשׁ). Texte hébreu, traduction française et explication des כ״ב seifim, avec une section de cas pratiques.
Sujet : La bonne conduite à table — אין משיחין, דרך ארץ, מדות, השמש
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן ק״ע · כ״ב סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
Après la בציעת הפת et la ברכת המוציא (simanim 167-168) et les dinim du repas (169), le Choulhan Aroukh consacre ce siman au מוסר et au דרך ארץ à table : comment se tenir, parler, manger et boire avec mesure, et comment honorer autrui — l hôte, les convives et le servant. Ces règles ne sont pas de simples politesses : elles touchent au danger (fausse route, coupe partagée), au respect d autrui (ne pas humilier, ne pas fixer) et aux mesures de l âme (ni glouton, ni colérique). Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la coutume et à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A. אין משיחין בסעודה ונטילה (séif 1) — ne pas parler en mangeant, et la netila de celui qui sort
B. הקערה והשמש (séifim 2-3) — attendre l autre dans le plat, la part du servant
C. דרך ארץ וכבוד (séifim 4-6) — ne pas fixer, obéir à l hôte, ne pas être irritable
D. שלא כגרגרן וכרעבתן (séifim 7-12) — la juste mesure à manger et à boire
E. נימוסי הנתינה והחלוקה (séifim 13-19) — demander, trancher, partager, la coupe et le danger
F. חבורה, שמש ושיירי הכוס (séifim 20-22) — la compagnie, le servant, le reste du vin
1-3. Cas pratiques et questions de compréhension
A. אין משיחין בסעודה — ne pas parler en mangeant
דֶּרֶךְ אֶרֶץ בַּסְּעוּדָה — l ensemble des règles de bonne conduite et de מוסר que l on observe pendant le repas. Elles mêlent le souci de la santé et de la vie (ne pas s étouffer, ne pas partager une coupe), l égard pour autrui (ne pas humilier, ne pas fixer) et la maîtrise de soi (ni glouton, ni colérique). Le siman en réunit vingt-deux, du danger de parler en mangeant jusqu au reste du vin dans la coupe.
Séif 1 — אין משיחין בסעודה : le danger de parler
אין משיחין בסעודה שמא יקדים קנה לושט ; ואפילו מי שנתעטש בסעודה אסור לומר לו אסותא. היו מסובין בסעודה ויצא אחד מהם להטיל מים — נוטל ידו אחת ששפשף בה ואינו נוטל אלא בפני כולם שלא יחשדוהו שלא נטלו. הגה ואם לא שפשף אינו נוטל כלל אם לא נגע במקום טנופת, אבל אם עשה צרכיו ודאי צריך נטילה ; והני מילי לשתות אבל לאכול נוטל אפילו בחוץ … ואם דבר עם חבירו והפליג נוטל שתי ידיו כיון שהסיח דעתו.
Séif 1 : on ne bavarde pas pendant le repas, de peur que la nourriture ne passe dans la trachée (קנה) au lieu de l œsophage (ושט) — et ne mette en danger ; et même à celui qui éternue pendant le repas, il est interdit de dire « à tes souhaits » (אסותא). S ils étaient attablés et que l un d eux est sorti pour uriner, il lave la seule main qu il a frottée, et il ne la lave qu en présence de tous, pour qu on ne le soupçonne pas de ne pas s être lavé. Glose du Rama : et s il ne l a pas frottée, il ne lave pas du tout — à moins d avoir touché un endroit sale ; mais s il a fait ses besoins (déféqué), il faut certainement une netila. Et cela (une seule main) vaut pour boire, mais pour manger on lave même dehors… et s il a parlé avec son compagnon et s est attardé (הפליג), il lave ses deux mains, puisqu il s est déconcentré.
Parole et danger. On ne parle pas en mangeant (אין משיחין בסעודה) : la parole peut faire passer l aliment dans la trachée au lieu de l œsophage — un vrai danger. On ne dit même pas « à tes souhaits » à qui éternue à table. Le siman greffe ici la netila de celui qui sort : une main frottée pour boire, les deux mains s il s est attardé à parler et déconcentré.
B. הקערה והשמש — le plat commun et le servant
Séif 2 — ממתינים זה את זה : attendre dans le plat
שנים ממתינים זה את זה בקערה, שכשהאחד מסלק ידו מן הקערה לשתות חבירו מפסיק מלאכול עד שיגמור השתיה ; אבל אם הם שלשה אין השנים פוסקין בשביל האחד.
Séif 2 : deux personnes s attendent l une l autre dans le plat — quand l une retire sa main du plat pour boire, l autre s arrête de manger jusqu à ce qu elle finisse de boire ; mais s ils sont trois, les deux ne s arrêtent pas pour un seul.
Le plat partagé. Quand deux mangent d un même plat, on ne continue pas à se servir pendant que l autre boit — ce serait le laisser en arrière, une inconvenance. Mais à trois, les deux qui restent ne s interrompent pas pour un seul, car ce n est plus un tête-à-tête.
Séif 3 — פאה בקערה : la part du servant
משיירין פאה בקערה כל אחד מהאוכלים, והוא מאכל השמש ; אבל כשהשמש מערה מן האלפס לתוך הקערה אין דרך להניח באלפס כלום לצרכו.
Séif 3 : chacun des convives laisse un coin (פאה) dans le plat, et c est la nourriture du servant (השמש) ; mais quand le servant verse lui-même de la marmite (אלפס) dans le plat, il n y a pas coutume de laisser quoi que ce soit dans la marmite pour son besoin.
Ne pas tout prendre. On laisse un coin (פאה) dans le plat pour le servant qui sert et ne mange pas encore — un geste d égard. Mais quand c est le servant qui verse de la marmite, il n a pas à se réserver une part dans la marmite : il se servira du plat comme les autres.
C. דרך ארץ וכבוד — les égards à table
Séif 4 — אין מסתכלין בפני האוכל : ne pas fixer
אין מסתכלין בפני האוכל ולא במנתו שלא לביישו.
Séif 4 : on ne fixe pas le visage de celui qui mange ni sa portion, pour ne pas l embarrasser.
Détourner le regard. On ne dévisage pas celui qui mange ni ce qu il a dans son assiette — cela le gênerait (שלא לביישו), comme s il mangeait trop ou pas assez. Le respect d autrui commence par un regard discret.
Séif 5 — כל מה שיאמר בעל הבית : obéir à l'hôte
הנכנס לבית — כל מה שיאמר לו בעל הבית יעשה.
Séif 5 : celui qui entre dans une maison — tout ce que lui dit le maître de maison, il le fait.
Chez l hôte, sa règle. L invité se plie aux demandes du בעל הבית — se laver, s asseoir à telle place, manger ce qu on lui présente. C est à la fois de la courtoisie et une reconnaissance de l honneur que l hôte lui fait en l accueillant.
Séif 6 — לא יהא קפדן : ne pas être irritable
לא יהא אדם קפדן בסעודתו.
Séif 6 : qu un homme ne soit pas irritable (קפדן) à son repas.
La table, lieu de paix. On ne s emporte pas (קפדן — colérique, pointilleux) pendant le repas : ni contre la maisonnée, ni contre les convives. Le repas doit rester un moment de sérénité et de bonne entente ; la colère y est particulièrement déplacée.
D. שלא כגרגרן — la juste mesure
Séif 7 — פרוסה כביצה : la taille de la bouchée
לא יאכל אדם פרוסה כביצה, ואם אכל הרי זה גרגרן.
Séif 7 : qu un homme ne mange pas une bouchée grosse comme un œuf ; et s il l a mangée, c est un glouton (גרגרן).
Des bouchées mesurées. On ne met pas en bouche un morceau gros comme un œuf (כביצה) : c est un signe de gloutonnerie (גרגרן). La bonne tenue veut des bouchées raisonnables — question de mesure et de dignité, non seulement de propreté.
Séif 8 — לא ישתה בבת אחת : boire posément
לא ישתה כוסו בבת אחת, ואם שתה הרי זה גרגרן ; שנים דרך ארץ, שלשה הרי זה מגסי הרוח. הגה ומיהו כוס קטן מאד מותר לשתותו בבת אחת, וכן גדול מאד בשלשה או ארבעה פעמים.
Séif 8 : on ne boit pas son verre d un seul trait (בבת אחת), et si on l a bu ainsi, c est un glouton ; en deux fois, c est la bonne conduite (דרך ארץ) ; en trois, c est de l arrogance (מגסי הרוח). Glose du Rama : toutefois, un verre très petit, il est permis de le boire d un trait ; et de même un très grand, en trois ou quatre fois.
Ni d un trait, ni à petits coups. On ne vide pas son verre d une seule gorgée (glouton), mais on ne le morcelle pas non plus à l excès (arrogance). La juste mesure est deux fois (שנים דרך ארץ). Le Rama nuance selon la taille : un très petit verre peut se boire d un coup, un très grand en trois ou quatre fois.
Séif 9 — שום או בצל : l'ail et l'oignon
לא יאכל שום או בצל מראשו אלא מעליו, ואם אכל הרי זה רעבתן. הגה ולא יאכל דרך רעבתנות, ולא יאחוז המאכל בידו אחת ויתלוש ממנו בידו השנית.
Séif 9 : on ne mange pas l ail ou l oignon par sa tête (sa racine) mais par ses feuilles (le haut) ; et si on l a mangé (par la tête), c est un vorace (רעבתן). Glose du Rama : et on ne mange pas de manière vorace, et on ne tient pas l aliment d une main pour en arracher de l autre.
Manger avec retenue. Détail parlant : on entame l ail ou l oignon par le haut, pas par la racine — le manger « par la tête » trahit la voracité (רעבתן). Le Rama généralise : pas de gestes voraces, et on ne déchire pas l aliment à deux mains comme un affamé.
Séif 10 — לא ישוך פרוסה : ne pas reposer une bouchée entamée
לא ישוך פרוסה ויניחנה על גבי השלחן.
Séif 10 : on ne mord pas une tranche pour la reposer ensuite sur la table.
Par égard pour autrui. Une tranche déjà mordue puis reposée sur la table répugne aux autres convives. La règle protège la propreté commune et le confort de chacun — on ne rend pas au plat ni à la table ce que l on a porté à sa bouche.
Séif 11 — שני כוסות בבת אחת : deux verres à la fois
לא ישתה אדם שני כוסות בבת אחת בתוך סעודתו ויברך ברכת המזון, מפני שנראה כגרגרן.
Séif 11 : qu un homme ne boive pas deux verres d un coup au cours de son repas et récite (ensuite) le birkat hamazon, parce que cela paraît glouton.
Éviter l apparence d avidité. Enchaîner deux verres coup sur coup juste avant le birkat hamazon donne l air d un glouton pressé de finir. La halakha soigne ici l apparence (שנראה כגרגרן) autant que le fond : la tenue à table est aussi affaire de dignité.
Séif 12 — הגדול פושט ידו תחלה : la préséance
שנים שיושבין על השלחן — הגדול פושט ידו תחלה ; והשולח ידו בפני מי שגדול ממנו הרי זה גרגרן.
Séif 12 : deux qui sont assis à table — le plus grand tend sa main en premier ; et celui qui tend sa main devant quelqu un de plus grand que lui est un glouton.
L honneur d abord. On laisse le plus grand (en âge ou en Torah) se servir en premier. Devancer un plus grand pour attraper la nourriture, c est se conduire en glouton — l empressement à manger l emporte alors sur le respect dû à autrui.
E. נימוסי הנתינה והחלוקה — donner, partager, la coupe
Séif 13 — לא יאמר תנו לי : ne pas réclamer
הנכנס לבית לא יאמר תנו לי לאכול עד שיאמרו הם. הגה לא יאמר אדם לחבירו בא ואכול עמי מה שהאכלתני, דהוי כפורע לו חובו … אבל מותר לומר לו בא ואכול עמי ואאכול עמך בפעם אחרת.
Séif 13 : celui qui entre dans une maison ne dit pas « donnez-moi à manger » jusqu à ce qu eux le disent (le proposent). Glose du Rama : on ne dit pas à son compagnon « viens manger chez moi ce que tu m as fait manger », car c est comme lui rembourser une dette (et il y a un soupçon de ribbit)… mais il est permis de lui dire « viens manger chez moi et je mangerai chez toi une autre fois ».
Ni réclamer, ni « rembourser ». L invité attend qu on lui propose, il ne réclame pas. Le Rama ajoute une finesse : inviter quelqu un « pour lui rendre » le repas qu il vous a offert ressemble au remboursement d une dette (soupçon de רבית) ; mais une invitation réciproque et libre (« toi chez moi, moi chez toi ») est permise.
Séif 14 — לא יפרוס על הקערה : ne pas trancher au-dessus du plat
לא יפרוס אדם פרוסה על גבי הקערה, אבל מקנח הקערה בפרוסה.
Séif 14 : qu un homme ne tranche pas un morceau au-dessus du plat (commun) ; mais il peut essuyer le plat avec un morceau.
Le plat commun reste propre. On ne découpe pas sa tranche au-dessus du plat partagé (miettes, contact) ; en revanche, saucer le plat avec un morceau de pain est permis. La ligne : ne pas salir ce qui est à tous, tout en profitant normalement du plat.
Séif 15 — לא ילקט פירורין : miettes et bouchées entamées
לא ילקט פירורין ויניח על גבי השלחן, מפני שהוא ממחה דעתו של חבירו ; ולא ישוך פרוסה ויתננה לפני חבירו או לתוך הקערה, לפי שאין דעת כל הבריות שוה.
Séif 15 : on ne ramasse pas les miettes pour les poser sur la table, parce que cela trouble l esprit de son compagnon ; et on ne mord pas une tranche pour la donner ensuite devant son compagnon ou dans le plat, car l esprit des gens n est pas identique (ce qui plaît à l un dégoûte l autre).
Chacun sa sensibilité. Ramasser des miettes sur la table importune le voisin ; et surtout, on ne donne pas à autrui une bouchée entamée — car « אין דעת כל הבריות שוה » : ce qui te semble anodin peut répugner à l autre. Le principe est l attention à la sensibilité d autrui.
Séif 16 — לא ישתה ויתן לחבירו : ne pas partager la coupe
לא ישתה מהכוס ויתן לחבירו מפני סכנת נפשות.
Séif 16 : on ne boit pas de la coupe pour la donner (ensuite) à son compagnon, à cause du danger pour la vie (סכנת נפשות).
La santé avant tout. On ne fait pas boire à autrui la coupe où l on a déjà bu : le siman y voit un danger pour la vie (סכנת נפשות) — risque de transmission. La Torah prend au sérieux la préservation de la santé ; ce n est pas ici qu une affaire de bienséance.
Séif 17 — יאחזנו בידו : tenir la coupe
לא ישתה כוס ויניחנו על השלחן, אלא יאחזנו בידו עד שיבא השמש ויתננו לו.
Séif 17 : on ne boit pas un verre pour le reposer (aussitôt) sur la table, mais on le tient en main jusqu à ce que le servant vienne et qu on le lui donne.
Rendre proprement. Après avoir bu, on ne repose pas le verre n importe où sur la table ; on le garde en main jusqu à le remettre au servant. Encore un geste de tenue et d ordre, qui évite l encombrement et le désordre de la table.
Séif 18 — לא יקח חלקו ויתננו לשמש : sa part au servant
הנכנס לסעודה לא יקח חלקו ויתננו לשמש שמא יארע דבר קלקול בסעודה, אלא יקחנה ויניחנו ואחר כך יתננו לו.
Séif 18 : celui qui vient à un repas ne prend pas sa part pour la donner (immédiatement) au servant, de peur qu il n arrive quelque incident au repas ; mais il la prend, la pose, et ensuite la lui donne.
Prendre, puis donner. On ne fait pas passer directement sa part au servant — s il survenait un incident (manque de nourriture), on aurait donné ce qui aurait pu servir aux convives. On prend d abord, on pose, et l on donne ensuite : la prudence avant la générosité.
Séif 19 — נטלו רשות : la permission de l'hôte
אורחים הנכנסין אצל בעל הבית אינם רשאים ליטול מלפניהם וליתן לבנו או לעבדו של בעל הבית, אלא אם כן נטלו רשות מבעל הבית.
Séif 19 : des invités qui entrent chez un maître de maison ne sont pas autorisés à prendre de devant eux pour le donner au fils ou au serviteur du maître de maison, sauf s ils en ont pris la permission auprès du maître de maison.
Rien ne se donne sans l hôte. L invité ne dispose pas de sa part en la donnant au fils ou au serviteur de l hôte sans permission : la nourriture est offerte à l invité, pas pour qu il en fasse cadeau chez son hôte. On respecte ainsi l intention et la maison du בעל הבית.
F. חבורה, שמש ושיירי הכוס — la compagnie, le servant, le reste du vin
Séif 20 — נקיי הדעת שבירושלים : bien choisir sa compagnie
נקיי הדעת שבירושלים לא היו מסובין בסעודה אלא אם כן יודעים מי מסב עמהם, מפני שגנאי הוא לתלמיד חכם לישב אצל עם הארץ בסעודה.
Séif 20 : les hommes de conscience délicate de Jérusalem (נקיי הדעת שבירושלים) ne s attablaient à un repas que s ils savaient qui s attablait avec eux, parce que c est une honte pour un talmid hakham de s asseoir près d un ignorant (עם הארץ) à un repas.
La table façonne. Les נקיי הדעת de Jérusalem voulaient savoir avec qui ils mangeaient : la table est un lieu d influence, et il n est pas honorable pour un תלמיד חכם de se retrouver au coude à coude avec un עם הארץ dont la conduite jure avec la sienne. Le choix de la compagnie fait partie du דרך ארץ.
Séif 21 — השמש : le servant à table
השמש שהיה משמש על שנים הרי זה אוכל עמהם אף על פי שלא נתנו לו רשות ; היה משמש על שלשה אינו אוכל עמהם אלא אם כן נתנו לו רשות.
Séif 21 : le servant qui servait deux personnes mange avec elles, même si elles ne lui en ont pas donné la permission ; s il servait trois personnes, il ne mange pas avec elles, sauf si elles lui en ont donné la permission.
Le servant a sa dignité. Servant deux convives, le שמש mange de droit avec eux — on présume leur accord, car chacun n en cède qu un peu. Servant trois, il attend leur permission explicite. Le siman veille aussi aux égards dus à celui qui sert.
Séif 22 — שיירי הכוס : le reste du vin
אחר ששתית ונשאר יין בכוס לשתיית חבירך — קנח מקום נשיקת הפה משום מיאוס, ולא תשפוך משום בל תשחית ; אחר שתיית מים שפוך מהם דרך שם. הגה אחר כל אכילתך אכול מלח, ואחר כל שתייתך שתה מים, וכמו שיתבאר לקמן סימן קע״ט …
Séif 22 : après avoir bu, s il reste du vin dans la coupe destiné à ton compagnon — essuie l endroit où la bouche s est posée (מקום נשיקת הפה), par répugnance (מיאוס), et ne le verse pas, à cause de « ne gaspille pas » (בל תשחית) ; après avoir bu de l eau, verse-en (un peu) par le même endroit. Glose du Rama : après toute ta nourriture mange du sel, et après toute ta boisson bois de l eau, comme il sera expliqué plus loin, siman 179…
Égard et non-gaspillage ensemble. Du vin qui reste pour un autre : on essuie le bord (par égard et répugnance, מיאוס) mais on ne le jette pas (בל תשחית). Pour l eau, on peut rincer le bord. Le Rama clôt par une recommandation d hygiène ancienne (sel et eau après le repas), renvoyée au siman 179.
Le siman en une phrase : à table, on cultive le מוסר et le דרך ארץ — on ne parle pas en mangeant (שמא יקדים קנה לושט), on ne fixe pas celui qui mange (שלא לביישו), on n est pas colérique (קפדן), on mange et boit avec mesure (ni גרגרן ni רעבתן), on ne partage pas la coupe où l on a bu (סכנת נפשות), et l on honore l hôte, les convives et le servant (השמש).
Cas pratiques
Cas 1 — Parler pendant le repas
Situation : quelqu un me pose une question alors que j ai la bouche pleine, ou éternue à côté de moi. Que faire ?
Conduite : on ne répond pas en mangeant (אין משיחין בסעודה שמא יקדים קנה לושט) : on avale d abord, puis on parle. Et l on ne s empresse pas de dire « à tes souhaits » à qui éternue à table (séif 1). Pour les usages précis (souhaits, conversation de Torah à table), on suit son Rav.
Cas 2 — Manger et boire avec mesure
Situation : j ai très faim et soif. Puis-je prendre de grosses bouchées et vider mon verre d un trait ?
Conduite : non — ni bouchée grosse comme un œuf (גרגרן, séif 7), ni verre bu d un seul trait ; la mesure est de boire en deux fois (שנים דרך ארץ, séif 8). On laisse aussi le plus grand se servir d abord (séif 12). C est du דרך ארץ, expression de la maîtrise de soi.
Cas 3 — Partager sa coupe ou sa part
Situation : je veux faire goûter mon verre à un ami, ou donner ma part au serveur. Est-ce permis ?
Conduite : on ne fait pas boire d une coupe où l on a déjà bu — מפני סכנת נפשות (séif 16). Et on ne remet pas directement sa part au servant : on la prend, on la pose, puis on la donne (séif 18) ; on ne donne rien au fils ou au serviteur de l hôte sans sa permission (séif 19). Pour un cas délicat, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
- Pourquoi ne parle-t-on pas en mangeant, et que ne dit-on pas à qui éternue (séif 1) ?
- Pourquoi ne fixe-t-on pas celui qui mange, et pourquoi ne faut-il pas être קפדן (séifim 4, 6) ?
- Quelle est la bonne mesure pour une bouchée et pour boire un verre (séifim 7-8) ?
- Pourquoi ne partage-t-on pas la coupe où l on a bu (séif 16) ?
- Quand le servant (השמש) mange-t-il avec les convives, et que fait-on du reste du vin (séifim 21-22) ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📖Rejoindre la khavroutha
- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — גדר איסור השיחה ושמא יקדים קנה לושט ; דרך ארץ וכבוד הבריות ; גדרי גרגרן ורעבתן ומגסי הרוח
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
- 🌉 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : page-passerelle — ce siman n a pas été rédigé dans le Choulhan Aroukh HaRav ; renvoi aux Niveaux 1-3 et au Siddour de l Admour HaZaken