מי שאכל דבר איסור אם מצטרף לזימון — ce qui a été mangé en transgression (אכל דבר איסור), l'absence de zimoun et de bénédiction (אין מזמנין עליו ואין מברכין עליו), la portée d'un simple interdit rabbinique (אף על פי שאינו אלא מדרבנן), l'aliment mangé en un lieu de danger (מקום סכנה), la jonction de convives qui ne mangent pas le pain l'un de l'autre (מצטרפין), et la mesure du kazayit
סימן קצ״ו · ד׳ סעיפים
מי שאכל דבר איסור אם מצטרף לזימון
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le zimoun suppose un repas — mais tout ce qui se mange ne fait pas un repas. Ce siman pose la question la plus simple et la plus grave : que vaut, devant la bénédiction, ce qui a été mangé en transgression ? La réponse du Mehaber est nette — ni zimoun, ni bénédiction, ni avant ni après — et elle vaut même pour un interdit rabbinique. Viennent ensuite trois précisions : le lieu de danger, où l'on bénit ; la jonction de convives qui ne peuvent pas manger le pain l'un de l'autre ; et la mesure minimale du kazayit. Texte hébreu, traduction française et explication des ד׳ seifim, avec une section de cas pratiques.
Compilation : רב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
Les simanim précédents demandaient qui mange ensemble et où — deux compagnies dans une même maison, un serveur qui va de l'une à l'autre. Ici la question change de nature : elle porte sur ce que l'on a mangé. La michna en avait déjà dressé les deux listes : d'un côté אכל דמאי ומעשר ראשון שנטלה תרומתו מעשר שני והקדש שנפדו והשמש שאכל כזית והכותי מזמנין עליו (ברכות מ״ה ע״א), et de l'autre אכל טבל ומעשר ראשון שלא נטלה תרומתו ומעשר שני והקדש שלא נפדו והשמש שאכל פחות מכזית והנכרי אין מזמנין עליו (ברכות מ״ה ע״א). Notre siman n'est que la mise en halakha de cette seconde liste, élargie en une règle générale. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A.אכל דבר איסור — אין מזמנין ואין מברכין (séif 1) — la règle générale
B.אף על פי שאינו אלא מדרבנן (séif 1) — jusqu'où porte la règle
C.מקום סכנה (séif 2) — l'exception qui éclaire la règle
D.צירוף לזימון ופחות מכזית (séifim 3-4) — la jonction des convives et la mesure
1-3.Cas pratiques et questions de compréhension
A. אכל דבר איסור — אין מזמנין ואין מברכין
דְּבַר אִיסּוּר — l'aliment interdit. Il ne s'agit pas d'un aliment qui déplaît ou qui manque de tenue, mais d'un aliment dont la Torah ou les Sages ont interdit la consommation : טבל (produit dont les prélèvements n'ont pas été faits), מעשר ראשון שלא נטלה תרומתו, מעשר שני והקדש שלא נפדו, et a fortiori ce que la michna n'a pas eu besoin de nommer. Le Rambam en donne la règle générale : כל האוכל דבר האסור בין בזדון בין בשגגה אינו מברך עליו לא בתחלה ולא בסוף (רמב״ם הלכות ברכות פרק א׳ הלכה י״ט), et il en donne aussitôt le revers : אבל אם אכל דמאי… הרי זה מברך תחלה וסוף (רמב״ם הלכות ברכות פרק א׳ הלכה כ׳).
Séif 1 — אכל דבר איסור אין מזמנין עליו
אכל דבר איסור אף על פי שאינו אלא מדרבנן אין מזמנין עליו ואין מברכין עליו לא בתחלה ולא בסוף:
Séif 1 : s'il a mangé une chose interdite — même si ce n'est qu'un interdit rabbinique — on ne fait pas le zimoun sur lui, et l'on ne bénit pas dessus, ni au début ni à la fin.
Le zimoun d'abord : אכל דבר איסור… אין מזמנין עליו (שו״ע או״ח קצ״ו:א). Celui qui a mangé de l'interdit ne compte pas parmi les trois : il est présent à table, il a mangé, et pourtant il ne fait pas nombre. La michna le disait déjà de plusieurs cas nommés : אכל טבל ומעשר ראשון שלא נטלה תרומתו ומעשר שני והקדש שלא נפדו והשמש שאכל פחות מכזית והנכרי אין מזמנין עליו (ברכות מ״ה ע״א). résumé : le Mehaber transforme la liste en principe — ce n'est pas tel ou tel interdit qui écarte le zimoun, c'est l'interdit comme tel.
Et pas seulement le zimoun : ואין מברכין עליו לא בתחלה ולא בסוף (שו״ע או״ח קצ״ו:א). Ni la bénédiction d'avant, ni le Birkat haMazon d'après. La raison en est cette braïta : הרי שגזל סאה של חטים וטחנה ואפאה והפריש ממנה חלה כיצד מברך אין זה מברך אלא מנאץ (סנהדרין ו׳ ע״ב), et le verset qu'elle applique : ובצע ברך נאץ ה׳ (סנהדרין ו׳ ע״ב).
résumé : bénir, c'est reconnaître un don. Bénir sur ce que l'on n'avait pas le droit de prendre, ce n'est plus remercier — c'est faire dire à la bénédiction le contraire de ce qu'elle dit. Voilà pourquoi la halakha ne se contente pas de supprimer le zimoun : elle supprime la bénédiction elle-même. On notera que le Tour rapporte ici une divergence — le Rambam écarte les deux bénédictions, tandis que le Raavad et le Roch maintiennent celle d'après ; le Mehaber a tranché comme le Rambam, et le débat est étudié au Niveau 2.
B. אף על פי שאינו אלא מדרבנן — jusqu'où porte la règle
Le Mehaber a pris soin de fermer la porte à une atténuation naturelle : אף על פי שאינו אלא מדרבנן (שו״ע או״ח קצ״ו:א). On aurait pu croire qu'un interdit léger, institué par les Sages, ne va pas jusqu'à défaire une bénédiction ; le siman dit le contraire.
D'où le sait-on ? De la façon dont la Guemara lit le mot טבל de la michna. Elle demande pourquoi il fallait l'enseigner — טבל פשיטא לא צריכא בטבל טבול מדרבנן (ברכות מ״ז ע״ב) — et elle précise le cas : היכי דמי בעציץ שאינו נקוב (ברכות מ״ז ע״ב). résumé : le cas que la michna enseignait n'était donc pas un interdit de la Torah, mais un interdit rabbinique ; et pourtant elle a dit אין מזמנין עליו.
résumé : le critère n'est pas le poids de l'interdit mais son existence. Dès lors qu'un aliment était interdit à celui qui l'a mangé, la bouche qui l'a mangé ne peut pas s'en servir pour bénir.
C. מקום סכנה — l'exception qui éclaire la règle
Séif 2 — אם אכל דבר איסור במקום סכנה
אם אכל דבר איסור במקום סכנה מברכים עליו (ועיין לקמן סי׳ ר״ד):
Séif 2 : s'il a mangé une chose interdite en un lieu de danger, on bénit dessus (et voir plus loin, siman 204).
Ici l'on bénit : אם אכל דבר איסור במקום סכנה מברכים עליו (שו״ע או״ח קצ״ו:ב). Et le Mehaber renvoie lui-même au développement : ועיין לקמן סי׳ ר״ד (שו״ע או״ח קצ״ו:ב).
résumé : l'exception dit la règle. Si l'on ne bénissait pas au séif 1, ce n'était pas parce que l'aliment est sale ou indigne — c'était parce que l'acte de le manger était une faute. Or, en un lieu de danger, manger cet aliment n'est plus une faute : c'est ce que la Torah elle-même demande. La faute ayant disparu, la bénédiction revient — la bouche qui bénit ne dément plus ce qu'elle vient de faire, et l'on n'est plus dans le cas de אין זה מברך אלא מנאץ (סנהדרין ו׳ ע״ב).
D. צירוף לזימון ופחות מכזית — la jonction des convives et la mesure
Séif 3 — שלשה שאכלו כאחד ואחד נזהר בפת עכו״ם
שלשה שאכלו כאחד וא׳ נזהר בפת עכו״ם וא׳ אינו נזהר או אחד מהן כהן ואוכל חלות אע״פ שאותו שנזהר אינו יכול לאכול עם אותו שאינו נזהר ולא ישראל עם הכהן כיון שאותו שאינו נזהר יכול לאכול עם הנזהר וכהן עם הישראל מצטרפין אבל אם היו כהנים וזר אוכלים כאחד והכהנים אוכלים חלה ונזהרים מפת של עכו״ם והזר אוכל פת של עכו״ם אינם מצטרפין וה״ה לשלשה שמודרים זה מזה שאינם מצטרפין לזימון:
הגה ודוקא כשכל אחד אוכל מככרו אבל אם אוכלים מככר בעל הבית מצטרפין דהא אוכלים מככר אחד (א״ז):
Séif 3 : trois qui ont mangé ensemble, l'un se garde du pain de non-Juifs et l'autre ne s'en garde pas, ou bien l'un d'eux est kohen et mange de la halla : bien que celui qui se garde ne puisse pas manger avec celui qui ne s'en garde pas, et qu'un Israël ne puisse pas manger avec le kohen — puisque celui qui ne se garde pas peut manger avec celui qui se garde, et le kohen avec l'Israël, ils se joignent. Mais s'il y avait des kohanim et un non-kohen mangeant ensemble, les kohanim mangeant de la halla et se gardant du pain de non-Juifs, et le non-kohen mangeant du pain de non-Juifs — ils ne se joignent pas. Et il en va de même pour trois qui se sont interdits l'un à l'autre par vœu : ils ne se joignent pas au zimoun. Glose (Rama) : et cela seulement lorsque chacun mange de son propre pain ; mais s'ils mangent du pain du maître de maison, ils se joignent, car ils mangent d'un seul et même pain (Or Zaroua).
Le critère du séif : il suffit que l'un des deux puisse manger avec l'autre — כיון שאותו שאינו נזהר יכול לאכול עם הנזהר וכהן עם הישראל מצטרפין (שו״ע או״ח קצ״ו:ג). La source en est une braïta : הכל מצטרפין לזימון כהנים לוים וישראלים (ערכין ד׳ ע״א) ; la Guemara précise le cas — לא צריכא דקאכלי כהנים תרומה או קדשים וזר קאכיל חולין (ערכין ד׳ ע״א) — et donne la raison : נהי דזר בהדי כהן לא מצי אכיל כהן בהדי זר מצי אכיל (ערכין ד׳ ע״א). Le Rambam l'a codifié ainsi : וכן כהנים וישראלים שאכלו כאחד ואכלו הכהנים תרומה וישראל חלין חיבין בזמון כחיובן בברכת המזון (רמב״ם הלכות ברכות פרק ה׳ הלכה ו׳).
Et le cas inverse : quand aucun ne peut manger avec l'autre — אבל אם היו כהנים וזר אוכלים כאחד והכהנים אוכלים חלה ונזהרים מפת של עכו״ם והזר אוכל פת של עכו״ם אינם מצטרפין (שו״ע או״ח קצ״ו:ג) — la table ne fait plus un ensemble. Le siman en tire un second cas : וה״ה לשלשה שמודרים זה מזה שאינם מצטרפין לזימון (שו״ע או״ח קצ״ו:ג).
La glose du Rama déplace le regard du convive vers le pain : ודוקא כשכל אחד אוכל מככרו אבל אם אוכלים מככר בעל הבית מצטרפין דהא אוכלים מככר אחד (רמ״א או״ח קצ״ו:ג). résumé : ce qui unit la table, c'est le pain partagé ; là où le pain est commun, la séparation des convives cesse d'être en cause.
Séif 4 — אין מזמנין על מי שאכל פחות מכזית
אין מזמנין על מי שאכל פחות מכזית:
Séif 4 : on ne fait pas le zimoun sur celui qui a mangé moins d'un kazayit.
La mesure : אין מזמנין על מי שאכל פחות מכזית (שו״ע או״ח קצ״ו:ד). La michna en donne le chiffre et la discussion : עד כמה מזמנין… עד כזית (ברכות מ״ה ע״א), et רבי יהודה אומר עד כביצה (ברכות מ״ה ע״א) — la halakha suivant le premier avis. Le Rambam écrit : אין מזמנין אלא על מי שאכל כזית פת ולמעלה (רמב״ם הלכות ברכות פרק ה׳ הלכה ח׳), et pour trois convives : אבל בשלשה צריך שיאכלו כל אחד ואחד מהן כזית פת ואחר כך מזמנין (רמב״ם הלכות ברכות פרק ה׳ הלכה ח׳).
résumé : les quatre seifim disent une seule chose sous quatre angles — on ne se joint au zimoun que par une nourriture qui compte. Elle ne compte pas si elle est interdite (séif 1), et l'interdit rabbinique suffit (séif 1) ; elle compte de nouveau si l'interdit tombe (séif 2) ; elle relie les convives dès que l'un peut manger avec l'autre (séif 3) ; et elle doit atteindre le kazayit (séif 4).
Le siman en une phrase : ce qui a été mangé en transgression ne porte rien — אכל דבר איסור… אין מזמנין עליו ואין מברכין עליו לא בתחלה ולא בסוף — et cela אף על פי שאינו אלא מדרבנן ; mais en un lieu de danger מברכים עליו ; des convives qui ne mangent pas le pain l'un de l'autre מצטרפין dès que l'un peut manger avec l'autre, et אינם מצטרפין quand nul ne le peut ; et אין מזמנין על מי שאכל פחות מכזית.
Cas pratiques
Cas 1 — L'un des trois a mangé un aliment interdit : compte-t-il pour le zimoun ?
Situation : nous sommes trois à table, mais l'un des convives s'aperçoit que ce qu'il a mangé lui était interdit. Fait-on quand même le zimoun ?
Conduite : il ne compte pas — אכל דבר איסור… אין מזמנין עליו (שו״ע או״ח קצ״ו:א) — et il ne bénit pas non plus sur cet aliment : ואין מברכין עליו לא בתחלה ולא בסוף (שו״ע או״ח קצ״ו:א). Et l'on ne se dira pas que l'interdit était léger : אף על פי שאינו אלא מדרבנן (שו״ע או״ח קצ״ו:א). Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 2 — J'ai dû manger un aliment interdit pour ma santé, dans un cas de danger
Situation : un malade en situation de danger a mangé, sur avis autorisé, un aliment normalement interdit. Bénit-il ?
Conduite : oui — אם אכל דבר איסור במקום סכנה מברכים עליו (שו״ע או״ח קצ״ו:ב) — et le Mehaber renvoie lui-même à la suite : ועיין לקמן סי׳ ר״ד (שו״ע או״ח קצ״ו:ב). résumé : ce qui est mangé pour sauver une vie n'est plus une transgression, et la bénédiction n'y contredit plus rien. Le cas relevant à la fois du danger et de la bénédiction, on suit son Rav.
Cas 3 — Trois à table : l'un ne mange que du pain « pat Israël », les autres non
Situation : l'un des trois se garde du pain de non-Juifs, les autres non ; ou bien l'un est kohen et mange de la halla. Peut-on faire le zimoun ?
Conduite : oui, dès lors que l'un peut manger avec l'autre — כיון שאותו שאינו נזהר יכול לאכול עם הנזהר וכהן עם הישראל מצטרפין (שו״ע או״ח קצ״ו:ג), et la braïta dit de même הכל מצטרפין לזימון כהנים לוים וישראלים (ערכין ד׳ ע״א). Si en revanche aucun ne peut manger avec l'autre, אינם מצטרפין (שו״ע או״ח קצ״ו:ג) ; et le Rama ajoute que tout change s'ils partagent le même pain : אבל אם אוכלים מככר בעל הבית מצטרפין (רמ״א או״ח קצ״ו:ג). Pour la pratique, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
Pourquoi celui qui a mangé un aliment interdit perd-il à la fois le zimoun et la bénédiction (séif 1) ?
Que change la précision אף על פי שאינו אלא מדרבנן, et d'où la Guemara la tire-t-elle (séif 1) ?
En quoi le cas du lieu de danger éclaire-t-il la raison du premier séif (séif 2) ?
Pourquoi suffit-il que l'un des deux puisse manger avec l'autre pour qu'il y ait jonction (séif 3) ?
Que change le pain du maître de maison selon le Rama, et quelle est la mesure du séif 4 ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — אכל דבר איסור ; אף על פי שאינו אלא מדרבנן ; צירוף לזימון
✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
👑 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : la chitah du Choulhan Aroukh HaRav — מי שאכל דבר איסור אם מצטרף לזימון