Orah Haïm רי״ד · Niveau 4 · שיטת אדמו״ר הזקן

דעת הרב

Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) — Siman רי״ד · בְּכָל בְּרָכָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה שֵׁם וּמַלְכוּת

La voie de l’Admour HaZaken sur בְּכָל בְּרָכָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה שֵׁם וּמַלְכוּת : הַזְכָּרַת הַשֵּׁם ; מַלְכוּת בִּפְתִיחָתָן ; בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל תְּפִלַּת י״ח ; מֵעֵין שֶׁבַע ; תֵּבַת הָעוֹלָם ; מֶלֶךְ לְבַדּוֹ ; מוּסָב עַל בָּרוּךְ ; הַמֶּלֶךְ — dans la sensibilité de Habad.

Pourquoi un niveau 4 dédié à l’Admour HaZaken ? Le Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken n’est pas un commentaire sur le Mehaber (מחבר) — c’est un Choulhan Aroukh autonome et complet, écrit par l’Admour HaZaken (Rabbi Schneur Zalman de Liadi, fondateur de Habad, élève du Maguid (מגיד) de Mezeritch). Sa singularité : il combine halakha (הלכה) + טעמי המצוות + dimension intérieure dans un seul ouvrage, et il tranche avec une rigueur talmudique unique.

Pour le Habad, l’Admour HaZaken est הפוסק האחרון — son psak est l’autorité décisionnaire. Cette page rassemble la voie du Rav sur le siman רי״ד — בְּכָל בְּרָכָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה שֵׁם וּמַלְכוּת (toute bénédiction doit comporter le Nom et la Royauté), qui tient chez le Rav en ב׳ סְעִיפִים (deux seifim), là où le Mehaber n’en compte qu’un seul. Le Rav y pose la charpente même de la bénédiction. D’abord le seuil : une formule où le Nom n’est pas mentionné n’est pas une bénédiction défectueuse — elle n’est pas une bénédiction du tout. Ensuite la Royauté, exigée de toutes les bénédictions qui s’ouvrent par « Baroukh », et exigée dès l’ouverture : à défaut, on ne s’est pas acquitté. Deux formulaires échappent à cette seconde exigence, et pour un seul et même motif : la première bénédiction de la Amida n’est ni une action de grâce sur une jouissance ni une bénédiction de mitsva, mais l’entrée en matière d’une demande — on ordonne d’abord les louanges de l’Omniprésent, on prie ensuite ; c’est pourquoi les Sages n’y ont pas institué de Royauté. Et le Méein Cheva du vendredi soir la suit, son ouverture étant calquée sur elle. Le second seif descend jusqu’au mot : omettre le seul « haOlam » oblige à recommencer, car « mélekh » resté seul ne dit plus rien — et le Rav y déploie, dans une longue parenthèse, l’analyse grammaticale du formulaire : à quoi « mélekh » se rattache, à quoi se rattache la suite de la bénédiction, et pourquoi « Baroukh mélekh haOlam » est la seule lecture conforme à l’intention des Sages.

→ Lire la préface générale sur la chitah de l’Admour HaZaken

Note de source. Le texte hébreu reproduit dans cette page est le texte intégral et réel du Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken, Orah Haïm siman רי״דב׳ סְעִיפִים (deux seifim) de la main du Rav — d’après l’édition Kehot telle que numérisée sur Sefaria (Shulchan Arukh HaRav, Orach Chayim רי״ד). L’Admour HaZaken y traite de בְּכָל בְּרָכָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה שֵׁם וּמַלְכוּת. Le texte est reproduit sans retouche, y compris ses particularités d’impression (parenthèses, guillemets, espacements). Les traductions françaises sont les nôtres. Aucun passage n’est cité hors de ce texte vérifiable.
1 · טקסט אדמו״ר הזקן

שולחן ערוך הרב — סימן רי״ד — בְּכָל בְּרָכָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה שֵׁם וּמַלְכוּת

Le texte intégral du Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken

שולחן ערוך הרב, סימן רי״ד — בְּכָל בְּרָכָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה שֵׁם וּמַלְכוּת — וּבוֹ ב׳ סְעִיפִים
Texte de l’Admour HaZaken lui-même (source Sefaria Shulchan_Arukh_HaRav,_Orach_Chayim.214), suivi de notre traduction française. Le siman comporte deux seifim (ב׳ סְעִיפִים ; seif k → .214.k).

סעיף א שֵׁם וּמַלְכוּת בְּכָל בְּרָכָה — חוּץ מִבְּרָכָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל תְּפִלַּת י״ח וּמֵעֵין שֶׁבַע.

בְּכָל בְּרָכָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה שֵׁם וּמַלְכוּת, וּבוֹ ב׳ סְעִיפִים:
כָּל בְּרָכָה שֶׁאֵין בָּהּ הַזְכָּרַת הַשֵּׁם — אֵינָהּ בְּרָכָה. וְכָל בְּרָכוֹת הַפּוֹתְחוֹת בְּ"בָרוּךְ" — צָרִיךְ לוֹמַר גַּם מַלְכוּת בִּפְתִיחָתָן, וְאִם לָאו — לֹא יָצָא. חוּץ מִבְּרָכָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל תְּפִלַּת י״ח, שֶׁאֵינָהּ הוֹדָאָה עַל הֲנָאָה, אוֹ מִצְוָה, אֶלָּא עַל תְּבִיעַת צְרָכָיו שֶׁל אָדָם, כְּדֵי שֶׁיְּסַדֵּר שְׁבָחָיו שֶׁל מָקוֹם וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל, לְפִיכָךְ לֹא תִּקְּנוּ בָּהּ מַלְכוּת. וְכֵן בְּבִרְכוֹת מֵעֵין שֶׁבַע שֶׁבְּלֵיל שַׁבָּת, הוֹאִיל וּפְתִיחָתָהּ הִיא מֵעֵין בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל תְּפִלַּת י״ח:

Toute bénédiction doit comporter le Nom et la Royauté. Et il comporte deux seifim. Toute bénédiction dans laquelle il n’y a pas mention du Nom — n’est pas une bénédiction. Et toutes les bénédictions qui s’ouvrent par « Baroukh » — il faut y dire aussi la Royauté dans leur ouverture ; et si ce n’est pas fait — on ne s’est pas acquitté. Hormis la première bénédiction de la prière des Dix-huit, qui n’est pas une action de grâce sur une jouissance ou sur une mitsva, mais [qui porte] sur la demande de ses besoins par l’homme, afin qu’il ordonne d’abord les louanges de l’Omniprésent et qu’ensuite il prie ; c’est pourquoi on n’y a pas institué la Royauté. Et de même dans la bénédiction de Méein Cheva de la nuit de Chabbat, puisque son ouverture est faite à la manière de la première bénédiction de la prière des Dix-huit.

סעיף ב דִּלֵּג תֵּבַת הָעוֹלָם — חוֹזֵר וּמְבָרֵךְ, שֶׁמֶּלֶךְ לְבַדּוֹ אֵינוֹ מַלְכוּת.

אֲפִלּוּ אִם לֹא דִּלֵּג אֶלָּא תֵּבַת "הָעוֹלָם" לְבַד — צָרִיךְ לַחֲזֹר וּלְבָרֵךְ, שֶׁ"מֶּלֶךְ" לְבַדּוֹ אֵינוֹ חָשׁוּב מַלְכוּת (כִּי אֵין לוֹ בֵּאוּר כְּלָל בְּלֹא תֵּבַת "הָעוֹלָם" שֶׁהוּא סָמוּךְ אֲלֵיהֶם, שֶׁאִם תִּמְצֵי לוֹמַר שֶׁהוּא מוּסָב עַל תֵּבַת "אֱלֹהֵינוּ", כְּלוֹמַר שֶׁ"אֱלֹהֵינוּ" הוּא "מֶלֶךְ" — אֵין זוֹ כַּוָּנַת חֲכָמִים שֶׁתִּקְּנוּ מַלְכוּת בִּבְרָכוֹת, אֶלָּא שֶׁיִּהְיֶה מוּסָב עַל "בָּרוּךְ" שֶׁבִּתְחִלַּת הַבְּרָכָה, כְּלוֹמַר "בָּרוּךְ מֶלֶךְ הָעוֹלָם", שֶׁהֲרֵי מְסַיֵּם "שֶׁהַכֹּל כוּ׳", אוֹ "אֲשֶׁר כוּ׳", אוֹ "שֶׁעָשָׂה כוּ׳", שֶׁכָּל זֶה מוּסָב עַל "בָּרוּךְ", וּכְשֶׁאֵינוֹ אוֹמֵר "הָעוֹלָם" — אֵינוֹ מוּסָב עַל "בָּרוּךְ" אֶלָּא תֵּבַת "ה׳ אֱלֹהֵינוּ", אֲבָל "מֶלֶךְ" נִשְׁאַר לְבַדּוֹ, אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה אוֹמֵר "הַמֶּלֶךְ". וְאִם תִּמְצֵי לוֹמַר שֶׁ"מֶּלֶךְ" מוּסָב לְמַטָּה, "מֶלֶךְ שֶׁעָשָׂה כוּ׳", אוֹ "מֶלֶךְ שֶׁהַכֹּל כוּ׳" — גַּם זוֹ אֵינָהּ כַּוָּנַת חֲכָמִים בְּמַטְבֵּעַ הַבְּרָכוֹת, אֶלָּא שֶׁשְּׁאָר הַבְּרָכָה יְהֵא מוּסָב עַל "הַשֵּׁם" שֶׁהוּא עִקַּר הַבְּרָכָה, וְלֹא עַל "מֶלֶךְ" לְבַד):

Même s’il n’a omis que le seul mot « haOlam » — il doit recommencer et bénir, car « mélekh » à lui seul n’est pas considéré comme Royauté (car il n’a absolument aucun sens sans le mot « haOlam » qui lui est adjacent. Car si tu voulais dire qu’il se rapporte au mot « Élokénou », c’est-à-dire que « Élokénou » est « mélekh » — ce n’est pas là l’intention des Sages qui ont institué la Royauté dans les bénédictions ; mais [il faut] qu’il se rapporte à « Baroukh » qui est au commencement de la bénédiction, c’est-à-dire « Baroukh mélekh haOlam » — car on conclut par « chéhakol, etc. », ou « acher, etc. », ou « chéassa, etc. », et tout cela se rapporte à « Baroukh » ; or lorsqu’il ne dit pas « haOlam » — [la suite] ne se rapporte plus à « Baroukh » mais aux mots « Hachem Élokénou », tandis que « mélekh » demeure seul — sauf s’il avait dit « haMélekh ». Et si tu voulais dire que « mélekh » se rapporte à ce qui vient après, « mélekh chéassa, etc. », ou « mélekh chéhakol, etc. » — cela non plus n’est pas l’intention des Sages dans le formulaire des bénédictions ; mais [ils ont voulu] que le reste de la bénédiction se rapporte au « Nom », qui est l’essentiel de la bénédiction, et non à « mélekh » seul).

2 · למעשה

הלכה למעשה — מנהג חב״ד

La conduite Habad pratique

Des points de conduite qui découlent directement du siman רי״ד dans la sensibilité de l’Admour HaZaken et de Habad — présentés au niveau du principe, en renvoyant au Rav pour le détail des cas.

Pour le Hassid Habad — Siman רי״ד (בְּכָל בְּרָכָה צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה שֵׁם וּמַלְכוּת)

  • ① Seif א. Deux exigences, et non une seule. La mention du Nom d’abord : une formule où le Nom n’est pas prononcé n’est pas une bénédiction imparfaite — elle n’est pas une bénédiction. La Royauté ensuite, et pour toutes les bénédictions qui s’ouvrent par « Baroukh » : il faut la dire dans l’ouverture même, et si on ne l’a pas dite, on ne s’est pas acquitté. Le Rav pose ensuite deux exceptions qui tiennent à un même motif de fond. La première bénédiction de la Amida (בְּרָכָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל תְּפִלַּת י״ח) n’est ni une action de grâce sur une jouissance ni une bénédiction de mitsva : elle ouvre une demande, selon l’ordre voulu — d’abord ordonner les louanges de l’Omniprésent, ensuite prier ; c’est pourquoi les Sages n’y ont pas institué de Royauté. Et la bénédiction de Méein Cheva (מֵעֵין שֶׁבַע), le vendredi soir, la suit : son ouverture est faite sur le modèle de cette première bénédiction. Conséquence pratique à retenir : ces deux textes ne sont pas des formulaires abrégés qu’il faudrait compléter — ils sont ainsi de droit, et l’on ne recommence pas pour l’absence de Royauté.
  • ② Seif ב. Le Rav descend ici au mot près : omettre le seul mot « haOlam », tout le reste étant dit, oblige à recommencer la bénédiction, car « mélekh » resté seul n’est pas la Royauté. Suit, tout entière tenue dans une parenthèse, l’une des plus fines analyses grammaticales du Choulhan Aroukh du Rav : trois manières de rattacher le mot « mélekh », dont deux sont écartées. (a) Le rattacher en amont à « Élokénou » — « Élokénou est mélekh » — n’est pas ce que les Sages ont institué en instaurant la Royauté dans les bénédictions. (b) Le rattacher en aval à la suite — « mélekh chéassa », « mélekh chéhakol » — n’est pas davantage la forme du formulaire, car la suite de la bénédiction doit se rapporter au Nom, qui en est l’essentiel, et non au seul « mélekh ». (c) Reste la seule lecture juste : « mélekh » se rattache à « Baroukh » du début — « Baroukh mélekh haOlam » —, exactement comme s’y rattachent les conclusions « chéhakol… », « acher… », « chéassa… ». Or ce rattachement ne tient que par le mot « haOlam », qui lui est adjacent : sans lui, la phrase se recompose autour de « Hachem Élokénou » et « mélekh » demeure orphelin. Le Rav signale enfin l’unique variante qui sauverait la formule : s’il avait dit « haMélekh », avec l’article — car alors le mot se tiendrait de lui-même.

⚠ Cette section présente la conduite Habad fondée sur le Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken, siman רי״ד (texte réel reproduit au §1). Elle ne remplace pas une décision rabbinique pour un cas particulier. Pour toute question concrète — une bénédiction dite sans le Nom ou sans la Royauté, un mot omis au milieu de l’ouverture, ou le doute de savoir s’il faut recommencer — consulter ton Rav, et pour Habad, un Rav de Habad.