Première approche du Siman רפ"ח : texte hébreu intégral du Mehaber, traduction française fluide, explications pédagogiques des concepts halakhiques, cas pratiques modernes et synthèse.
Sujet : Jeûne et jeûne suite à un rêve à Shabbat Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן רפ"ח (10 seifim)
Compilation : רב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l'étude
1.Le texte du Choul'han Aroukh — les 10 seifim du Mehaber
2.Le contexte général : pourquoi ce siman, quelle est la question ?
3.Les concepts-clés halakhiques de ce siman
4.Le détail des seifim — un par un
5.Le Mishnah Berurah — premières entrées
6.La position du Rama — différences ashkénaze vs séfarade
7.Cas pratiques modernes
8.Synthèse pratique et règles à retenir
9.Questions de compréhension
1. Le texte du Choul'han Aroukh
Le siman רפ"ח contient 10 seifim du Mehaber (Rabbi Yossef Karo) qui codifient les règles relatives à jeûne et jeûne suite à un rêve à shabbat.
Seif א — Interdit de jeûner Shabbat jusqu'à midi (6h solaires)
דין תענית ודין תענית חלום בשבת. ובו י סעיפים: אסור להתענות בשבת עד ו' שעות: [הגה ואפי' לומד ומתפלל אסור] [מרדכי פ"ק דשבת]:
Traduction : « Il est interdit de jeûner à Shabbat jusqu'à la 6ème heure [= midi solaire ≈ 12h]. Rama : Et même celui qui étudie et prie [et oublie de manger] — c'est interdit (Mordekhaï 1er chap. de Shabbat). »
Pourquoi cet interdit ? Le Shabbat est un jour de oneg (Yeshayahou 58:13). Jeûner = jeûner contre l'oneg. Donc interdit. La fenêtre de 6 heures = jusqu'à midi = la tranche horaire normale du repas du Shabbat matin (après chaharit + Moussaf). Au-delà de midi, sans aucun motif justifié, ne pas avoir mangé = avoir « jeûné » Shabbat.
Seif ב — Si manger nuit, ne pas manger est le « oneg »
י"א שאדם שמזיק לו האכילה דאז עונג הוא לו שלא לאכול לא יאכל: הגה וכן מי שיש לו עונג אם יבכה כדי שילך הצער מלבו מותר לבכות בשבת (אגור בשם שבולי הלקט):
Traduction : « Certains disent : pour celui à qui manger nuit (cas où le oneg consiste à ne pas manger) — qu'il ne mange pas. Rama : Et de même, celui pour qui pleurer est un soulagement (oneg) car cela évacuera la souffrance de son cœur — il est permis de pleurer à Shabbat (Agour au nom de Shibbolei ha-Leket). »
Le principe inversé : normalement, manger = oneg, jeûner = ze'a (souffrance). Mais quand manger nuit à quelqu'un (malade, post-chirurgie, etc.) — c'est l'inverse. La vrai mitzva est de respecter son oneg, qui peut être de ne pas manger. De même : pleurer est interdit Shabbat (souffrance), mais si pleurer soulage — c'est lui le oneg, et c'est permis.
Seif ג — Hassidim qui jeûnent toute la semaine
אדם המתענה בכל יום ואכילה בשבת צער הוא לו מפני שינוי וסת (פי' דבר קבוע) יש אומרים שראו כמה חסידים ואנשי מעשה שהתענו בשבת מטעם זה וכן אמרו שכך היה עושה ה"ר יהודה החסיד:
Traduction : « Un homme qui jeûne chaque jour [de la semaine] et pour qui manger à Shabbat est une souffrance à cause du changement d'vesset (habitude fixe) — certains disent qu'ils ont vu plusieurs hassidim et anshei ma'asseh qui jeûnaient Shabbat pour cette raison ; et ainsi est-il rapporté que faisait Rabbi Yehouda HaHasid. »
Cas extrême : certains hommes pieux (Rabbi Yehouda HaHasid, hassidim Rabbeinou Tam) jeûnaient toute la semaine. Pour eux, manger Shabbat devenait douloureux physiquement et spirituellement. Le siman rapporte qu'ils continuaient leur jeûne Shabbat — l'oneg étant pour eux l'élévation spirituelle, pas la nourriture.
Halakha pratique aujourd'hui : ce cas n'est pas applicable à la masse. La halakha pour le commun reste : il est obligatoire de manger Shabbat. Seuls quelques individus avec accord rabbinique spécial pouvaient le pratiquer.
Seif ד — Ta'anit Halom : jeûne après un rêve effrayant
מותר להתענות בו תענית חלום כדי שיקרע גזר דינו וצריך להתענות ביום ראשון כדי שיתכפר לו מה שביטל עונג שבת ואם תשש כחו ואינו יכול להתענות שני ימים רצופים לא יתענה ביום ראשון ויתענה אח"כ: הגה וכ"ש אם היה ביום ראשון חנוכה או פורים או יו"ט אפי' יו"ט שני של גליות שאין להתענות עד אח"כ. יש אומרים מי שישן שינת צהרים וחלם לו חלום רע יתענה מחצי היום עד חצי הלילה ואז יבדיל וביום הראשון יתענה כאלו התענה כל יום השבת (מצאתי כתוב):
Traduction : « Il est permis de jeûner Shabbat un ta'anit halom (jeûne suite à un rêve [effrayant]) — afin que soit déchiré son gzar din (verdict céleste). Mais il doit aussi jeûner Dimanche pour expier l'annulation du oneg Shabbat. Et si ses forces sont affaiblies et qu'il ne peut jeûner 2 jours consécutifs, qu'il ne jeûne pas Dimanche mais ensuite. Rama : A fortiori si Dimanche est Hanouka, Pourim, ou Yom Tov (même Yom Tov sheni shel galouyot) — il ne jeûne pas et reporte. Certains disent : celui qui a fait une sieste l'après-midi et a rêvé un mauvais rêve — qu'il jeûne de midi à minuit, puis fait havdala, et Dimanche jeûne comme s'il avait jeûné tout Shabbat. »
Ta'anit Halom : jeûne réparateur après un rêve angoissant qui suggère un mauvais décret. Tradition : ce jeûne « déchire le décret » avant qu'il ne se concrétise. Permis Shabbat exceptionnellement — car il sauve une vie. Mais avec compensation : jeûner Dimanche pour la « violation » de l'oneg Shabbat.
Seif ה — Quels rêves justifient un ta'anit halom Shabbat ?
יש אומרים שאין להתענות תענית חלום בשבת אלא על חלום שראהו תלת זימני וי"א שבזמן הזה אין להתענות תענית חלום בשבת שאין אנו בקיאין בפתרון חלומות לידע איזה טוב ואיזה רע והעולם אומרים שנמצא בספרים קדמונים שעל שלשה חלומות מתענים בשבת ואלו הן הרואה ספר תורה שנשרף או יום הכפורים בשעת נעילה או קורות ביתו או שיניו שנפלו ויש אומרים הרואה יוה"כ אפי' שלא בשעת נעילה וי"א הרואה שקורא בתורה ויש אומרים הרואה שנושא אשה והא דרואה שיניו שנפלו דוקא שיניו אבל הרואה לחייו שנשרו חלום טוב הוא דמתו היועצים עליו רעה ונראה לי שהחלומות שאמרו בפרק הרואה שהם רעים גם עליהם מתענין בשבת:
Traduction : « Certains disent : on ne jeûne ta'anit halom Shabbat que sur un rêve vu 3 fois (telat zimnei). Et d'autres disent : aujourd'hui, on ne jeûne plus ta'anit halom Shabbat, car nous ne sommes plus experts en interprétation des rêves pour savoir lequel est bon ou mauvais. Et l'opinion populaire est qu'on trouve dans des livres anciens 3 rêves pour lesquels on jeûne Shabbat : (1) voir un Sefer Torah brûlé, (2) voir Yom Kippour à Ne'ila, (3) voir les poutres de sa maison ou ses dents tomber. Certains ajoutent : voir YK même hors de Ne'ila. Certains : se voir lire la Torah. D'autres : se voir épouser une femme. Et concernant les dents — c'est seulement les dents ; mais voir ses joues tomber est un bon rêve (les méchants conseillers tombent). Et il me semble que les rêves cités dans le perek Haroe (Berakhot 55-57) comme mauvais — sur eux aussi on jeûne Shabbat. »
3 rêves classiques de ta'anit halom :
Sefer Torah brûlé — symbole de catastrophe spirituelle.
Yom Kippour à Ne'ila — symbole de jugement final.
Dents qui tombent — symbole de mort d'un proche (mais joues = bonne nouvelle).
Plus 2 ajouts : poutres de la maison qui tombent, et voir Yom Kippour hors de Ne'ila.
Halakha pratique aujourd'hui : la plupart des poskim contemporains (cités par MB) suivent la position « nous ne sommes plus experts » — donc on ne jeûne plus ta'anit halom Shabbat sauf cas exceptionnel autorisé par un Rav.
Seif ו — Texte d'Anenou pour qui jeûne Shabbat
המתענה בשבת אומר עננו אחר סיום תפלתו בלא חתימה וכוללו באלהי נצור: הגה ויאמר אחר תפלתו רבון העולמים גלוי כו' כמו בחול (א"ז הלכות תענית):
Traduction : « Celui qui jeûne Shabbat dit Anenou après la fin de la tefilla sans la hatima (sans la berakha finale), et l'inclut dans Elohai Netsor. Rama : Et il dira après la tefilla Ribon ha-Olamim, galui... comme en semaine (Or Zaroua, Hilkhot Ta'anit). »
Adaptation du texte : En semaine, Anenou est récité dans Refainou (au beau milieu de l'Amida) avec sa berakha finale (« Hashem ha-oneh be-et tsara »). À Shabbat — l'Amida n'a que 7 berakhot et l'on n'y ajoute rien. Donc on dit Anenou après la tefilla (dans Elohai Netsor) et sans la hatima — c'est une déclaration personnelle, pas un ajout liturgique formel.
Seif ז — Heure du repas : selon ce qui est oneg pour lui
אם הקדימה לאכול הוא עונג לו כגון שנתעכלה סעודת הלילה יקדים ואם האיחור עונג לו כגון שעדיין לא נתעכלה יאחר: הגה וכן מי שיש לו סעודות כל יום כמו בשבת ישנה בשבת להקדים או לאחר (גמרא פ' כ"כ וטור):
Traduction : « Si manger plus tôt est un oneg pour lui — par exemple s'il a digéré le repas de la nuit — qu'il anticipe. Et si manger plus tard est un oneg — par exemple s'il n'a pas encore digéré — qu'il retarde. Rama : Et de même celui qui a un repas habituel chaque jour (semaine) comme à Shabbat — qu'il modifie Shabbat pour anticiper ou retarder (Gemara perek kol Kitvei, Tour). »
La règle « shinui le-kavod Shabbat » : Shabbat doit être différent de la semaine. Si on a l'habitude de manger à 13h en semaine, il faut, à Shabbat, manger plus tôt ou plus tard — pour marquer la distinction. L'oneg Shabbat se trouve dans le changement, qui crée la conscience du jour spécial.
Seif ח — Aucun jeûne Shabbat pour aucune souffrance
אין מתענין על שום צרה מהצרות כלל:
Traduction : « On ne jeûne aucunement à Shabbat pour aucune tsara (souffrance/calamité) du tout. »
Règle absolue : guerre, maladie de proche, deuil personnel, calamité publique — aucune souffrance ne justifie un jeûne Shabbat en tant que tel. Seul ta'anit halom (seif ד) est une exception unique pour son propre danger spirituel-onirique.
Seif ט — Ne pas crier ni sonner du shofar pour les souffrances (sauf exceptions)
אין צועקים ולא מתריעין בו על שום צרה חוץ מצרת המזונות שצועקים עליה בפה בשבת ולא בשופר וכן עיר שהקיפוה עכו"ם או נהר וספינה המטורפת בים ואפי' על יחיד הנרדף מפני עכו"ם או לסטים או רוח רעה זועקין ומתחננין בתפילות בשבת אבל אין תוקעין אא"כ תוקעין לקבץ העם לעזור אחיהם ולהצילם (וע"ל סי' תקע"ו סי"ג):
Traduction : « On ne crie pas ni ne sonne du shofar à Shabbat pour aucune souffrance — sauf : (1) tsarat ha-mezonot (manque de nourriture) où l'on crie de la bouche (pas du shofar) ; (2) une ville assiégée par des non-juifs ; (3) une rivière en crue ou un bateau ballotté en mer ; et même (4) un individu poursuivi par des non-juifs, des brigands, ou un roua'h ra'a [esprit malin = maladie grave] — on crie et on supplie en tefilla Shabbat. Mais on ne sonne pas du shofar, sauf si on sonne pour rassembler le peuple pour secourir un frère. Voir aussi siman 576:13. »
Distinction « crier » vs « sonner shofar » :
Cri de bouche (=tefilla) : permis pour les 4 cas listés (manque, ville assiégée, bateau en mer, individu poursuivi).
Shofar : interdit Shabbat sauf pour rassembler des secours — utilisation pratique, pas liturgique.
Seif י — « Roua'h ra'a » étendu à toute maladie avec danger de vie
נרדף מפני רוח רעה שאמרו לאו דוקא דה"ה לכל חולי שיש בו סכנת היום זועקים ומתחננין וכן נהגו לומר מצלאים בשבת על חולים המסוכנים סכנות היום: הגה וכן מותר לברך החולה המסוכן בו ביום. (ליקוטי מהר"י ברין וב"י בשם הר"ן פרק ג' דתענית):
Traduction : « "Poursuivi par roua'h ra'a" mentionné [au seif ט] n'est pas exclusif : il en va de même pour toute maladie qui présente un danger de vie le même jour — on crie et on supplie. Et l'usage est de dire mitzlaim (prières de Mishaberach pour la guérison) Shabbat pour les malades en danger ce jour même. Rama : Et il est de même permis de bénir le malade en danger ce jour-là (Likoutei Maharaï Brin, Beit Yossef au nom du Ran chap. 3 de Ta'anit). »
Pikuah nefesh étend les permissions : ce seif applique la règle de seif ט (cris et supplications permises) à toute situation médicale aigüe. Donc à l'hôpital, dans un cas de sakanat ha-yom (danger immédiat), on peut dire un Mishaberach à voix haute, prier ouvertement, et bénir le malade explicitement — contrairement à la règle stricte de Shabbat 287.
Texte intégral : ces 10 seifim constituent l'ensemble de la codification du Mehaber pour ce sujet. Chacun précise un cas, une condition, ou une exception.
2. Le contexte général
De quoi parle ce siman ?
Notre siman traite de la relation entre Shabbat et la souffrance. Il codifie trois questions liées :
L'interdit général de jeûner à Shabbat (jour d'oneg).
Les exceptions : ta'anit halom, hassidim qui jeûnent toute la semaine, malade pour qui manger nuit.
Les permissions limitées pour les urgences : Mishaberach, cris en tefilla pour danger collectif ou individuel.
La tension fondamentale : Shabbat est jour d'oneg, donc incompatible avec souffrance, jeûne, prière de détresse. Mais quand la souffrance est extrême (rêve de gzar din, maladie en danger, ville assiégée), la halakha permet certaines manifestations — non comme contradiction du Shabbat, mais comme nécessité absolue.
Place dans Hilkhot Shabbat
Le siman רפ"ח s'inscrit dans une séquence sur les limites de l'oneg Shabbat :
Siman 287 — bikkour holim et nihoum avelim (souffrance des autres)
Siman 288 — jeûne et détresse personnelle
Siman 289-291 — kiddush du jour, seuda shenia, Minha (positif de l'oneg)
2. תענית חלום (Ta'anit Halom) : jeûne après un rêve effrayant suggérant un mauvais décret. Permis Shabbat pour « déchirer » le décret, mais avec compensation (jeûne Dimanche pour expiation de l'oneg Shabbat manqué).
3. עונג שבת (Oneg Shabbat) : joie obligatoire (Yeshayahou 58:13). Manger 3 seudot est l'expression principale. Mais pour celui à qui manger nuit, ne pas manger est aussi oneg.
4. קרע גזר דין (Kera Gzar Din) : « déchirer le verdict » — concept kabbalo-halakhique : le jeûne, surtout après un rêve angoissant, peut annuler un décret céleste avant qu'il ne se concrétise.
6. צרת המזונות et סכנת היום : exceptions où l'on crie en tefilla (mais pas du shofar) — manque de nourriture, ville assiégée, bateau en mer, individu poursuivi, ou maladie immédiate en danger de vie (« sakanat ha-yom »).
7. עננו (Anenou) : prière du jour de jeûne. Pour qui jeûne Shabbat (ta'anit halom), dit Anenou après la tefilla, sans hatima, dans Elohai Netsor.
4. Vue d'ensemble des 10 seifim
Seif
Sujet
Halakha
א
Interdit de base
Pas de jeûne Shabbat jusqu'à midi (6h sol.) ; même étudier-prier sans manger
ב
Quand jeûner = oneg
Si manger nuit, ne pas manger ; pleurer si ça soulage
ג
Hassidim et anshei ma'asseh
Cas spécial : R. Yehouda HaHasid jeûnait Shabbat (pas pour le commun)
ד
Ta'anit Halom
Permis Shabbat ; jeûne Dimanche pour compenser ; reporté si Hanouka/Pourim/YT
ה
Quels rêves ?
3 (ou plus) rêves classiques ; aujourd'hui plupart ne jeûnent plus
ו
Anenou de qui jeûne
Après tefilla, sans hatima, dans Elohai Netsor
ז
Heure du repas
Anticiper ou retarder selon oneg ; shinui vs semaine
ח
Tsara collective
Aucun jeûne Shabbat pour aucune souffrance
ט
Crier / shofar
Crier en tefilla permis pour 4 cas ; shofar non (sauf pour rassembler)
י
Sakanat ha-yom
Mishaberach pour malade en danger ; bénir le malade
5. Le Mishnah Berurah — premières entrées
Le Mishnah Berurah de Rabbi Israël Méir Kagan (Hafets Haïm) compte 28 entrées sur ce siman. Voici les premières — pour mieux comprendre le sens des seifim :
משנה ברורה (א) — (א) עד ו' שעות - דגם בחול האוכל אחר ו' שעות הוי כזורק אבן לחמת ע"כ נקרא כמו תענית בשבת. ולשם תענית אפילו שעה אחת אסור וע"כ שלא כדין עושין מקצת קהלות שמתענים בשבת עד סמוך לחצות על הגזרות ואם טעים מידי קודם תפלת מוסף מותר להתאחר יותר משש שעות [פמ"ג]:
משנה ברורה (ב) — (ב) ומתפלל אסור - ולפ"ז הש"ץ שמנגן ואין יוצאין מבהכ"נ עד אחר שש שלא כהוגן הוא ובפרט בחורף שהימים קצרים ומכ"ש ביו"ט מלבד בר"ה [ב"ח] ובא"ר מצא סמך להקל בלומד ומתפלל להתאחר עד אחר חצות ובבגדי ישע שעל המרדכי פ"ק דשבת כתב ג"כ שמותר ללמוד ולהתפלל עד חצות:
משנה ברורה (ג) — (ג) לא יאכל - וכמעט קרוב לאיסור האכילה כיון שמשער שיזיק לו [פמ"ג ותו"ש] והיינו אם גם כזית קשה לו לאכול ועיין לקמן בסימן רצ"א ס"א בהג"ה:
Pour le texte intégral des 28 entrées, consulte Sefaria : Mishnah Berurah 288.
6. La position du Rama
Là où le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute une הגהה (glose), il précise généralement les nuances ashkénazes par rapport au Mehaber séfarade. Vérifie attentivement le texte hébreu ci-dessus pour repérer les passages introduits par הגה.
Les ajouts du Rama dans ce siman :
Seif א : même étudier+prier sans manger est interdit jusqu'à midi.
Seif ב : celui pour qui pleurer soulage la souffrance — permis Shabbat.
Seif ד : si Dimanche est Hanouka/Pourim/Yom Tov (même YT shenì) — on reporte le jeûne compensatoire. Et siesta + mauvais rêve → jeûne de midi à minuit, puis havdala, puis Dimanche jeûne complet.
Seif ו : dire Ribon ha-Olamim Galui après tefilla comme en semaine.
Seif ז : celui qui mange chaque jour comme à Shabbat — doit modifier Shabbat (anticiper ou retarder).
Seif י : permission explicite de bénir le malade en danger ce jour même.
7. Cas pratiques modernes
Situation
Halakha pratique
Patient en chimiothérapie qui doit jeûner avant un examen
Si médecin exige et que ne pas manger lui permet d'aller à l'examen vital (Dimanche) — c'est pikuah nefesh, autorisé. Si simple confort — chercher alternative.
Hyperactif / pauvre qui jeûne en semaine
L'usage de R. Yehouda HaHasid n'est pas pour le commun. Manger Shabbat est obligatoire (la halakha tranche contre seif ג comme exception).
Rêve effrayant la nuit Shabbat
Aujourd'hui : la plupart ne jeûnent plus ta'anit halom Shabbat (« nous ne sommes plus experts » — MB). Cas-limite : consulter un Rav.
Catastrophe (attentat, guerre)
Pas de jeûne Shabbat. Mais on peut faire un mishaberach général, dire Avinou Malkenou (si tradition), prier en cri silencieux dans son cœur.
Proche en danger immédiat à l'hôpital
Mishaberach à voix haute permis (seif י). Bénir explicitement le malade — permis (Rama).
Repas Shabbat avec horaire identique à la semaine
Modifier l'heure : anticiper ou retarder pour marquer la distinction (seif ז).
Personne âgée à qui manger nuit
Ne pas la forcer ; oneg pour elle = repos, pas plat lourd. Aliments légers, jus, fruits.
Endeuillé Shabbat qui veut pleurer
Si pleurer le soulage (oneg) — permis Shabbat (Rama, seif ב). Sinon — refouler en privé.
Règle d'or : Shabbat est jour d'oneg, mais l'oneg est personnel — ce qui élève une personne peut être différent de ce qui élève une autre. La halakha s'adapte au cas — mais jeûner comme forme de tristesse est toujours interdit.
8. Synthèse pratique du Siman
Les 5 enseignements clés du Siman רפ"ח :
Pas de jeûne Shabbat sauf ta'anit halom (avec compensation Dimanche).
Oneg personnel : si manger nuit ou pleurer soulage, c'est lui le oneg.
Anenou modifié pour celui qui jeûne ta'anit halom : après tefilla, sans hatima.
Aucune souffrance ne justifie un jeûne Shabbat — mais cris en tefilla permis pour 4 cas (mezonot, ville, bateau, individu poursuivi).
Sakanat ha-yom : Mishaberach et bénédiction du malade explicite autorisés pour danger immédiat.
9. Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
Jusqu'à quelle heure est-il interdit de jeûner Shabbat ? Pourquoi 6 heures (= midi) ?
Si manger nuit à un malade, doit-il jeûner ou manger ? Quel principe est en jeu ?
Qu'est-ce qu'un ta'anit halom et pourquoi est-il permis Shabbat ?
Pourquoi jeûne-t-on aussi Dimanche après un ta'anit halom Shabbat ?
Quels sont les 3 rêves classiques pour lesquels on jeûne Shabbat ? Et quels rêves sont en réalité de bons signes (vs mauvais) ?
Pour quelles 4 situations peut-on crier en tefilla Shabbat sans sonner du shofar ?
Que dit le Rama sur la permission de bénir le malade en danger Shabbat ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul, les שיטות ראשונים, les חקירות יסודיות, et les nuances Acharonim
✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide avec mnémoniques
📜 Niveau 4 — Daat HaRav : la chitah de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav siman רפ"ח)