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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman שכ"ה · 16 Seifim

Non-juif qui travaille pour le Juif Shabbat — pour découvrir et comprendre
סימן שכ"ה
נָכְרִי שֶׁעָשָׂה מְלָאכָה בְּעַד יִשְׂרָאֵל
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman שכ"ה : texte hébreu intégral du Mehaber, traduction française fluide, explications pédagogiques des concepts halakhiques, cas pratiques modernes et synthèse.

Sujet : Non-juif qui travaille pour le Juif Shabbat
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן שכ"ה (16 seifim)

Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. Le texte du Choul'han Aroukh — les 16 seifim du Mehaber
2. Le contexte général : pourquoi ce siman, quelle est la question ?
3. Les concepts-clés halakhiques de ce siman
4. Le détail des seifim — un par un
5. Le Mishnah Berurah — premières entrées
6. La position du Rama — différences ashkénaze vs séfarade
7. Cas pratiques modernes
8. Synthèse pratique et règles à retenir
9. Questions de compréhension

1. Le texte du Choul'han Aroukh

Le siman שכ"ה contient 16 seifim du Mehaber (Rabbi Yossef Karo) qui codifient les règles relatives à non-juif qui travaille pour le juif shabbat.

Seif א

עכו"ם שעשה מלאכה בעד ישראל. ובו טז סעיפים:
מותר לזמן עכו"ם בשבת ומותר ליתן מזונות לפניו בחצר לאכלן ואם נטלן ויצא אין נזקקין לו ודוקא שהעכו"ם בחצר אבל אם עומד בחוץ ופשט ידו לפנים שידוע הוא שיוציאנו או ליתן לו שאר חפצים שדרך להוציא אסור אפילו אם עומד בפנים אפילו אם החפצים של עכו"ם שהרואה אינו יודע שהחפצים של עכו"ם: הגה ואפילו בייחד לו מקום מבעוד יום יש להחמיר: (מרדכי פרק קמא דשבת):
Traduction : il est permis d'inviter un non-juif le Shabbat et de placer de la nourriture devant lui dans la cour pour qu'il la mange ; et s'il la prend et sort, on ne s'en préoccupe pas. Mais cela uniquement quand le non-juif est dans la cour ; s'il se tient dehors et tend la main à l'intérieur — sachant qu'il va l'emporter — ou pour lui donner d'autres objets qu'on a l'habitude de sortir, c'est interdit, même s'il se tient à l'intérieur, et même si les objets appartiennent au non-juif, car l'observateur ne sait pas qu'ils sont à lui (mar'it ayin). (Rama : même si on lui a désigné un emplacement avant Shabbat, il faut être strict.)

Seif ב

היכא דאיכא משום דרכי שלום או בעכו"ם אלם מותר לתת לו או לשלוח לו ע"י עכו"ם: וה"ה לצורך מצוה כגון להוציא חמץ מביתו בפסח (מרדכי):
Traduction : lorsqu'il y a un enjeu de דרכי שלום (voies de paix), ou face à un non-juif violent, il est permis de lui donner ou de lui faire porter quelque chose par un non-juif. (Et de même pour un besoin de mitzva — par exemple sortir le ḥamets de sa maison à Pessaḥ.)

Seif ג

מותר להחליף משכון בשבת אם הוא מלבוש ויוציאנו דרך מלבוש כי אין זה משא ומתן וגם בישראל מותר בענין זה אם הישראל צריך ללבשו: הגה וטוב שהעכו"ם יקח המשכון עצמו ויניח אחר במקומו ולא יגע בו הישראל שלא יהא נראה כנושא ונותן (אגודה) וע"ל סי' ש"ו בסופו מדין עכו"ם המביא בשבת איזה דבר אם מותר לקבלו:
Traduction : il est permis de récupérer un gage (משכון) le Shabbat si c'est un vêtement et qu'on le sort en le portant sur soi — car ce n'est pas du commerce ; et avec un Juif aussi c'est permis ainsi, si le Juif a besoin de le porter. (Rama : il est préférable que le non-juif prenne lui-même le gage et en dépose un autre à sa place, et que le Juif n'y touche pas, pour que cela ne ressemble pas à du commerce.)

Seif ד

פת שאפה עכו"ם לעצמו בשבת יש אוסרים ויש מתירים ובשעת הדחק או לצורך מצוה כגון סעודת ברית מילה או לצורך ברכת המוציא יש לסמוך על המתירים: הגה אבל אסור ליתן לו מעות מערב שבת ושיתן לו הפת בשבת דאז אדעתא דישראל קא עביד (רבינו ירוחם ח"א):
Traduction : du pain qu'un non-juif a cuit pour lui-même le Shabbat — certains l'interdisent, d'autres le permettent ; en cas de nécessité pressante ou pour un besoin de mitzva (repas de brit mila, ou pour la bénédiction de HaMotsi), on peut s'appuyer sur ceux qui permettent. (Rama : mais il est interdit de lui donner de l'argent avant Shabbat pour qu'il remette le pain le Shabbat — car alors il agit en pensant au Juif.)

Seif ה

עכו"ם שצד דגים או ליקט פירות לעצמו אסורים לישראל ואפי' ספק אם לקטן או צדן היום אסורים בו ביום אבל לערב מותרים מיד אפי' אם ודאי לקטן וצדן היום:
Traduction : un non-juif qui a pêché des poissons ou cueilli des fruits pour lui-même le Shabbat — ils sont interdits au Juif (muktsé) ; et même en cas de doute s'il les a cueillis ou pêchés ce jour, ils sont interdits ce jour-là. Mais le soir, ils sont permis immédiatement, même s'il est certain qu'ils ont été cueillis et pêchés ce jour.

Seif ו

אם ליקט וצד בשביל ישראל או בשביל ישראל ועכו"ם צריך להמתין לערב בכדי שיעשו:
Traduction : s'il a cueilli et pêché pour un Juif, ou pour un Juif et un non-juif, il faut attendre le soir בכדי שיֵעשו — le temps qu'il aurait fallu pour les faire après Shabbat (pour qu'il ne tire aucun profit de la mélakha faite le Shabbat).

Seif ז

ספק אם ליקטן בשביל ישראל או שידוע שליקטן בשביל ישראל ואין ידוע אם נלקטו היום אם לאו אסורים בו ביום ולערב בכדי שיעשו ויש אומרים דלערב מותר מיד:
Traduction : en cas de doute s'il les a cueillis pour un Juif, ou s'il est connu qu'il les a cueillis pour un Juif mais qu'on ignore s'ils l'ont été ce jour — ils sont interdits ce jour-là, et le soir בכדי שיעשו ; certains disent que le soir ils sont permis immédiatement.

Seif ח

דבר שאין בו חשש צידה ומחובר אלא שהובא מחוץ לתחום אם הביאו העכו"ם לעצמו מותר אפילו בו ביום ואם הביאו בשביל ישראל מותר לטלטל אפילו מי שהובא בשבילו אבל לאכול אסור בו ביום למי שהובא בשבילו ולערב בכדי שיעשו: הגה וי"א דאין הלילה עולה מן החשבון רק צריך להמתין ביום ראשון בכדי שיעשו [סמ"ק ומרדכי ס"פ כ"כ] ולאחרים מותר בו ביום וי"א דלמי שהובא בשבילו מותר לערב מיד והא דשרי לישראל לטלטל אפי' כשהביאו העכו"ם לעצמו דוק' בתוך ד' אמות או בתוך העיר אם היא מוקפת חומה והוא שתהא מוקפת לדירה דהיינו שישבה ולבסוף הוקפה וסתם עיירות מוקפות לדירה וסתם מבצרים אינם מוקפים לדירה (וע"ל סי' ת"א):
Traduction : une chose sans aucun enjeu de capture (tsida) ni d'attachement au sol, mais seulement amenée de hors du teḥum (limite du Shabbat) : si le non-juif l'a amenée pour lui-même — permise même ce jour ; s'il l'a amenée pour un Juif — permise à déplacer même par celui pour qui elle fut amenée, mais interdite à consommer ce jour-là pour celui-ci, et le soir בכדי שיעשו (Rama : certains disent que la nuit ne compte pas, et qu'il faut attendre le dimanche בכדי שיעשו) — et pour les autres permise ce jour même. La permission de déplacer ne vaut que dans les 4 amot ou à l'intérieur d'une ville entourée d'un mur conçu pour l'habitation.

Seif ט

אם הוא ספק אם הובא מחוץ לתחום אסור ודוקא בעכו"ם שאינו שרוי עמו בעיר אבל עכו"ם השרוי עמו בעיר ופירות המצויים בעיר אין לחוש מספק ואפילו אם יש לעכו"ם שני בתים ואחד מהם בתוך התחום תולין להקל ומותר לאכול אפילו למי שהובא בשבילו:
Traduction : en cas de doute si la chose a été amenée de hors du teḥum — elle est interdite ; et cela ne vaut que pour un non-juif qui n'habite pas la ville avec lui ; mais un non-juif habitant la même ville, et des fruits couramment disponibles dans la ville — pas de crainte sur un simple doute. Et même si le non-juif a deux maisons, l'une dans le teḥum — on incline à la légèreté, et il est permis de consommer même pour celui pour qui c'était amené.

Seif י

עכו"ם שמילא מים לבהמתו מבור שהוא רשות היחיד לרשות הרבים מותר לישראל להשקות מהם בהמתו והוא שאין העכו"ם מכירו דליכא למיחש שמא ירבה בשבילו ואם מילא לצורך בהמת ישראל אסור בכל מיני תשמיש אפילו לישראל אחר ואם מילא מבור רשות היחיד לכרמלית מותר לאחר שלא מילא בשבילו: הגה ויש מקילין ואומרים דאף אם הובא דרך ר"ה לצורך ישראל מותר לאדם לשתות מהם הואיל ואפשר לילך שם ולשתות (טור בשם ר"ת) ויש מתירין אף לכתחלה (כל בו) וכן נהגו היתר לומר אף לכתחלה לעכו"ם להביא שכר או שאר דברים דרך כרמלית או בלא עירוב ואע"פ שיש להחמיר בדבר מ"מ אין למחות ביד מקילין לצורך שבת ובשעת הדחק דהא יש להקל באמירה לעכו"ם לצורך כמו שנתבאר סי' ש"ז וכל שכן בכהאי גוונא:
Traduction : un non-juif qui a puisé de l'eau pour son propre animal d'un puits (domaine privé) vers le domaine public — il est permis au Juif d'y abreuver son animal, à condition que le non-juif ne le connaisse pas (sinon on craindrait qu'il en puise davantage pour lui). S'il a puisé pour l'animal d'un Juif — interdit pour tout usage, même à un autre Juif. (Rama : certains sont indulgents… et l'usage s'est répandu de permettre même le-khatḥila de dire à un non-juif d'apporter de la bière ou autre via un karmelit ou sans érouv ; bien qu'il faille être strict, on ne réprimande pas ceux qui sont indulgents pour les besoins du Shabbat ou en cas de nécessité pressante.)

Seif יא

ליקט עכו"ם עשבים לצורך בהמתו אם אינו מכירו מאכיל אחריו ישראל שעומד בפניה בענין שלא תוכל לנטות אלא דרך שם דאלו להעמידה עליהן אסור דחיישינן שמא יטול בידו ויאכלנה והם מוקצים אבל אם מכירו אסור וכן בכל דבר דאיכא למיחש שמא ירבה בשבילו אבל בדבר דליכא למיחש שמא ירבה בשבילו כגון שהדליק נר לעצמו או עשה כבש לירד בו שבנר אחד ובכבש אחד יספיק לכל אפי' מכירו מותר:
Traduction : si un non-juif a cueilli des herbes pour son propre animal — s'il ne connaît pas le Juif, ce dernier peut faire paître son animal après lui en se tenant devant la bête pour qu'elle ne puisse aller que par là ; mais la placer directement dessus est interdit, car on craint qu'il ne prenne en main et ne donne (les herbes étant muktsé). S'il le connaît — interdit. Il en va de même pour toute chose où l'on craint qu'il en fasse plus pour le Juif. Mais là où il n'y a pas cette crainte — par exemple il a allumé une lampe pour lui-même, ou fait une rampe pour descendre, où une seule lampe ou rampe suffit à tous — c'est permis, même s'il le connaît.

Seif יב

אע"פ שאינו מכירו אם אומר בפירוש שלצורך ישראל הוא עושה או אפילו אם אינו אומר כן ומעשיו מוכיחים שלצורך ישראל עושה כגון שהדליק נר בבית שישראל בו והלך לו העכו"ם אסור:
Traduction : même s'il ne connaît pas le Juif, s'il dit explicitement qu'il agit pour le besoin du Juif, ou même s'il ne le dit pas mais que ses actes le prouvent — par exemple il a allumé une lampe dans une maison où se trouve un Juif puis est parti — c'est interdit.

Seif יג

אם ליקט עכו"ם והאכיל לבהמת ישראל אין צריך למחות בידו לפי שעה אבל אם רגיל בכך צריך למחות:
Traduction : si un non-juif a cueilli puis a donné à manger à l'animal d'un Juif — pas besoin de l'en empêcher sur le moment ; mais s'il en a l'habitude, il faut l'en empêcher (protester).

Seif יד

עשה עכו"ם בשבת ארון או קבר לעצמו מותר לישראל ליקבר בו ואם עשאו בשביל ישראל לא יקברנו בו עולמית ודוקא שהקבר בפרהסיא והארון על גביו שהכל יודעים שנעשה לפלוני ישראל אבל אם הוא בצנעה מותר ליקבר בו לערב בכדי שיעשו ואפילו כשהוא בפרהסיא אינו אסור אלא לאותו ישראל שנעש' בשבילו אבל לישראל אחר מותר והוא שימתין בכדי שיעשו:
Traduction : un non-juif qui a fabriqué le Shabbat un cercueil ou une tombe pour lui-même — il est permis à un Juif d'y être enterré ; s'il l'a fait pour un Juif — on n'y enterrera jamais ce Juif. Et cela quand la tombe est publique et le cercueil dessus, de sorte que tous savent qu'elle fut faite pour tel Juif ; mais si c'est en privé, il est permis d'y enterrer le soir בכדי שיעשו. Et même quand c'est public, l'interdit ne vise que le Juif pour qui ce fut fait ; pour un autre Juif c'est permis, à condition d'attendre בכדי שיעשו.

Seif טו

עכו"ם שהביא בשבת חלילין [פי' כלי נגון חלילים שקולם מעורר הבכי] לספוד בהם ישראל לא יספוד בהם לא הוא ולא אחרים עד שימתין לערב בכדי שיבואו ממקום קרוב ואם ידע בודאי שממקום פלוני הביאו בשבת ימתין לערב כדי שיבואו מאותו מקום ואחר כך מותרים בין לו בין לאחרים וה"מ כשהביאם דרך רשות הרבים אבל אם לא הביאם אלא דרך כרמלית כיון שלא נעשה בהם איסור תורה אינו צריך להמתין כדי שיבואו אלא מותרים לערב מיד:
Traduction : un non-juif qui a apporté le Shabbat des flûtes (חלילין — instruments dont le son éveille les pleurs) pour faire avec elles l'éloge funèbre d'un Juif — on ne fera pas d'éloge avec elles, ni lui ni d'autres, jusqu'à ce qu'on attende le soir le temps de les apporter d'un lieu proche (בכדי שיבואו) ; et si l'on sait avec certitude de quel lieu elles ont été apportées le Shabbat, on attend le temps de les apporter de ce lieu. Et cela quand il les a apportées via le domaine public ; mais via un karmelit, puisqu'aucun interdit de la Torah n'a été commis, pas besoin d'attendre — permises le soir immédiatement.

Seif טז

ספק אם הובאו מחוץ לתחום או מתוך התחום חוששין שמא מחוץ לתחום הובאו:
Traduction : en cas de doute si les objets ont été apportés de hors du teḥum ou de l'intérieur du teḥum — on adopte la crainte qu'ils aient été apportés de hors du teḥum (et on est donc strict).
Texte intégral : ces 16 seifim constituent l'ensemble de la codification du Mehaber pour ce sujet. Chacun précise un cas, une condition, ou une exception.

2. Le contexte général

De quoi parle ce siman ?

Le siman שכ"ה traite du travail accompli par un non-juif le Shabbat, et de la question de savoir quand un Juif peut en bénéficier. Il prolonge le grand sujet de l'amira le-aku"m (dire à un non-juif de travailler — siman ש"ז) : ici, le non-juif a déjà agi, et la question n'est plus « peut-on le lui dire » mais « peut-on profiter du résultat ».

La question fondamentale : un Juif peut-il jouir d'une mélakha faite par un non-juif le Shabbat ? Tout dépend de deux variables — pour qui le non-juif a agi (pour lui-même ou pour le Juif) et quel type de mélakha (interdit de la Torah ou rabbinique).

Place dans Hilkhot Shabbat

Le siman שכ"ה fait suite au siman ש"ז (amira le-non-juif) et précède les simanim sur le muktsé et le teḥum. Il y renvoie d'ailleurs : le cas le plus fréquent du siman est celui d'un produit apporté de hors du teḥum.

3. Les concepts-clés halakhiques

Quatre concepts structurent les 16 seifim :

Les concepts-clés du siman שכ"ה :
La question maîtresse à se poser : « pour qui le non-juif a-t-il agi ? » — pour lui-même : on incline à permettre ; pour le Juif : on interdit, et après Shabbat il faut attendre bikhdei she-ye'asu.

4. Le détail des seifim — un par un

Les 16 seifim se regroupent en trois familles :

SeifimThèmeRègle
א-דInviter un non-juif, gage, painNourrir un non-juif permis ; éviter l'apparence de commerce ou de hotsaa
ה-ט, טזProduits cueillis, pêchés ou hors-teḥumPour lui-même : permis ; pour le Juif : interdit + בכדי שיעשו ; doute → strict
י-טוEau, herbe, lampe, tombe, flûtesDistinction מכירו / non ; שמא ירבה בשבילו ; selon mélakha de la Torah ou rabbinique
Méthode de lecture : pour chaque seif — (1) pour qui le non-juif a agi ; (2) le non-juif connaît-il le Juif ; (3) la mélakha est-elle de la Torah ou rabbinique ; (4) conclusion : permis / interdit / attendre בכדי שיעשו.

5. Le Mishnah Berurah — premières entrées

Le Mishnah Berurah compte 81 entrées sur ce siman. Les premières éclairent le seif א :

משנה ברורה (א) — (א) לזמן א"י בשבת - אף דביו"ט אסור לזמן א"י לאכול עמו גזירה שמא ירבה לבשל בשבילו כדלקמן בסימן תקי"ב בשבת דאין לחוש לזה שרי:
משנה ברורה (ב) — (ב) ומותר ליתן וכו' - אף דאסור לטרוח בשבת בשביל מי שאין מזונותן עליו כדלעיל בסימן שכ"ד אינו יהודי חשיב מזונותן עליו לענין שמותר לטרוח בשבילו משום דמפרנסין עניי א"י עם עניי ישראל מפני דרכי שלום [תוס']:
משנה ברורה (ג) — (ג) לפניו בחצר - כתבו הפוסקים דדוקא ליתן לפניו והוא יקחם בעצמו שרי אבל ליתן לידו אסור דשמא יוציא לר"ה ונמצא למפרע דהישראל עשה העקירה מרה"י דאסור וכדלקמן בסימן שמ"ז. ודעת הא"ר דמותר ליתן לו אף בידו כשהוא בחצר כיון שאין נותן לו ע"מ להוציאו דכיון דהא"י עומד בפנים כשיוציא לחוץ חשוב עושה בעצמו העקירה ויש להקל בזה כדבריו וכמ"ש בבה"ל ואם הישראל אינו מוסר לידו אלא הא"י לוקח מיד הישראל לכו"ע מותר כשלוקח ע"…
Le Mishnah Berurah précise un point fondamental : on autorise à dépenser de l'effort le Shabbat pour un non-juif (le nourrir, l'inviter) — alors qu'on ne le ferait pas pour un animal dont la subsistance n'est pas à notre charge — en vertu du principe de דרכי שלום : « on subvient aux pauvres non-juifs avec les pauvres d'Israël, pour les voies de paix ».

Pour le texte intégral des 81 entrées : Mishnah Berurah 325.

6. La position du Rama

Le Rama ajoute plusieurs gloses, généralement dans le sens de la rigueur ou de la précaution :

Les גהות du Rama :

7. Cas pratiques modernes

SituationAnalyse
Femme de ménage / aide non-juive qui allume une lumièreSi elle l'allume pour elle-même et qu'une seule lampe suffit à tous : on peut en profiter (seif יא). Si elle l'allume pour le Juif : interdit d'en bénéficier.
Voisin non-juif qui apporte un plat / un colisS'il l'a apporté de hors du teḥum pour un Juif : interdit à consommer ce Shabbat (seif ח). Pour lui-même : permis.
Ascenseur ou minuterie actionnés par un non-juifS'il agit pour lui-même et que le Juif en profite « au passage » : à examiner. Demander un Rav.
Pain ou produit cuit par un non-juif un jour de ShabbatPour lui-même : en cas de nécessité ou besoin de mitzva, s'appuyer sur les indulgents (seif ד).
Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav — les cas du non-juif sont parmi les plus délicats du Shabbat (variables : pour qui, מכיר ou non, type de mélakha).

8. Synthèse pratique du Siman

Le Siman שכ"ה en 5 règles :
  1. Pour qui ? — le non-juif a agi pour lui-même : on incline à permettre ; pour le Juif : interdit.
  2. בכדי שיעשו — après Shabbat, attendre le temps qu'aurait pris la mélakha avant d'en profiter.
  3. מכירו — s'il connaît le Juif, on craint qu'il en fasse plus pour lui ; interdit.
  4. Type de mélakha — interdit de la Torah (ex. via reshut ha-rabbim) : plus strict ; rabbinique (karmelit) : plus indulgent.
  5. Mar'it ayin et darkhei shalom — éviter l'apparence de transgression ; nourrir un non-juif est permis au nom des voies de paix.

9. Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Quelle est la variable centrale qui détermine si un Juif peut profiter d'une mélakha faite par un non-juif ?
  2. Qu'est-ce que בכדי שיעשו et pourquoi cette attente est-elle exigée ?
  3. Pourquoi la distinction מכירו / il ne le connaît pas est-elle importante (seif יא) ?
  4. Pourquoi est-il permis de nourrir et d'inviter un non-juif le Shabbat (seif א) ?
  5. Quelle différence fait le siman entre un objet apporté via reshut ha-rabbim et via un karmelit (seif טו) ?
  6. En cas de doute sur l'origine d'un produit (dans ou hors teḥum), comment tranche-t-on (seif טז) ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Pour continuer l'étude — siman suivantSiman 326 →
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