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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

שולחן ערוך · יורה דעה

Siman 129 — Le vin confié, et le Juif qui va et vient : ce que le non-Juif croit de la situation où on l’a laissé
סימן קכ״ט
דִּין הַמַּנִּיחַ יַיִן בְּיַד עוֹבֵד כּוֹכָבִים וְיִשְׂרָאֵל יוֹצֵא וְנִכְנָס
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ ללומדים ותלמידי חכמים ⚡
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Pilpoul et étude approfondie

Sougyot, sources, ḥakira de fond, ma’hlokot des Richonim et des A’haronim,
nafka minot pour la halakha et analyse des chitot

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן קכ״ט (כ׳ סעיפים)
עם נושאי כלים: ש״ך (שפתי כהן), ט״ז (טורי זהב), בית יוסף, טור

Fondement talmudique de la sougya :
עבודה זרה ס״ט ע״א (המניח נכרי בחנותו, בחזקת המשתמר, הודיעו שהוא מפליג) · עבודה זרה ס״ט ע״ב (הצריכותא, דרך עקלתון, לכו ואני בא אחריכם, שייכא) · עבודה זרה ע׳ ע״א (ביזעא בדשא, אית ליה לאישתמוטי, נתפס כגנב, קל צלויי, קל שיפורי, אריא, גנבי דפומבדיתא) · עבודה זרה ע׳ ע״ב (מסוביתא ואיקלידא, חצר שחלקה במסיפס, בולשת) · עבודה זרה ע״א ע״א (לנסך אין פנאי)

Rédaction et iyoun :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. שורש הסימן — la troisième voie : ni yi'houd, ni sceau, mais מירתת
  2. הצריכותא — les trois scènes, et le והוא שלא נודע du Mehaber (seif 1)
  3. דרך עקלתון — le Ran, le Rachba, le Ba'h et la théorie du Taz ס״ק ב (seifim 1, 2, 6, 7)
  4. נתפס כגנב — la seconde source de la crainte, et les deux étages du Chakh ס״ק י״ז (seifim 1, 5, 10)
  5. הודיעו שהוא מפליג — Raavad et Rachba contre le Roch, et le fût ouvert (seifim 1, 4)
  6. קול צלויי — la grande kouchia du Rachba et les trois terouzim (seifim 6-7)
  7. המוסר מפתח — Rabbenou Tam contre le Ramban, et le silence du Rambam (seif 5)
  8. תשובת הרא״ש כלל י״ט — la glose contre sa propre source, et l'édition de Venise (seif 8)
  9. יצאו בבהלה — le Beit Yossef, le Taz ס״ק ט״ו, et l'inversion de la clause (seif 9)
  10. גנבים וחיל — ספק ספיקא, la שכונה, et le seuil de la ריעותא (seifim 11-12)
  11. רוב וקרוב — la cour, la barrique flottante et le vignoble (seifim 16-19)
  12. בזמן הזה — le yessod du Chakh ס״ק י״ד, et le dernier mot du siman (seifim 14, 20)

1. שורש הסימן — la troisième voie : ni yi'houd, ni sceau, mais מירתת

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le siman 128 mesurait le yi'houd : le non-Juif se trouve seul avec le vin, et la question est de savoir si cette solitude suffit à interdire. Le siman 130 mesurera le sceau : un vin scellé voyage sans surveillance. Le siman 129 tient tout entier entre les deux, et il ne mesure ni l'un ni l'autre. Il mesure une chose beaucoup plus fine : la crainte du non-Juif — מירתת — c'est-à-dire la présence du Juif là même où il est absent. Le Juif est parti prier, il est parti au bain, il va et vient dans sa boutique ; le vin n'est ni scellé ni gardé, et il reste permis, parce que l'autre ne sait pas quand la porte s'ouvrira.

Le Tour ouvre le siman par une règle, non par un cas Avant même de raconter la boutique et la barque, il énonce le principe dont les vingt seifim ne seront que des applications : « כל מקום שהיין בחזקת משתמר דאיכא למיתלי שלא נגע בו הנכרי » (טור יו״ד קכ״ט) Le mot décisif est בחזקת משתמר : non pas “gardé”, mais “réputé gardé”. Ce n'est pas un fait, c'est un statut — et un statut qui dispense du sceau.
La michna, et le mot du titre Trois clauses parallèles dans la michna du perek HaSokher ; la troisième donne au siman son nom : « נׇכְרִי שֶׁהָיָה מַעֲבִיר עִם יִשְׂרָאֵל כַּדֵּי יַיִן מִמָּקוֹם לְמָקוֹם, אִם הָיָה בְּחֶזְקַת הַמִּשְׁתַּמֵּר — מוּתָּר » (עבודה זרה ס״ט ע״א) « הַמַּנִּיחַ נׇכְרִי בַּחֲנוּת, אַף עַל פִּי שֶׁיֹּצֵא וְנִכְנָס — מוּתָּר, וְאִם הוֹדִיעוֹ שֶׁהוּא מַפְלִיג — כְּדֵי שֶׁיִּשְׁתּוֹם וְיִסְתּוֹם וְיִגּוֹב » (עבודה זרה ס״ט ע״א) יוצא ונכנס n'est pas une surveillance : c'est une intermittence. Le Juif n'est là qu'une fraction du temps — et c'est assez.
Le Rambam nomme le moteur Là où la michna se contente du résultat, le Rambam écrit la cause, et il l'écrit du point de vue du non-Juif : « אֲפִלּוּ הִפְלִיגוּ מִמֶּנּוּ כְּדֵי מִיל הֲרֵי אֵלּוּ מֻתָּרוֹת. שֶׁאֵימָתוֹ עֲלֵיהֶן וְאוֹמֵר עַתָּה יֵצֵא לְפָנֵינוּ וְיִרְאֶה אוֹתָנוּ » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה ט״ז) שֶׁאֵימָתוֹ עֲלֵיהֶן : ce n'est pas le vin qui est protégé, c'est l'homme qui est retenu. Toute la casuistique du siman consistera à dire quand cette retenue tombe.
Trois régimes pour un même danger
SimanCe qui protègeCe qui le fait tomber
קכ״ח · 128 — ייחודLa brièveté de la solitude, et le fait qu'il soit נתפס כגנבUne porte verrouillée de l'intérieur
קכ״ט · 129 — מירתתL'imprévisibilité du retour du Juifהודיעו שהוא מפליג, ou l'absence de דרך עקלתון
ק״ל · 130 — חותםLe sceau lui-même : le vin voyage seulLe temps de défaire et refaire le sceau
La ḥakira qui gouverne les vingt seifim (א) מירתת est un בירור. C'est une évaluation de fait : ayant peur, il n'a très probablement pas touché. Le permis est alors un permis de doute résolu, et il s'effondre dès qu'un indice matériel — une porte verrouillée, un fût ouvert — vient contredire l'évaluation. (ב) מירתת est un דין שמירה. C'est un statut juridique : un vin qu'un homme craint d'approcher est, en droit, un vin gardé — בחזקת משתמר — au même titre qu'un vin scellé. Le permis ne dépend alors pas de la probabilité mais de la configuration. Les deux branches courent côte à côte dans tout le siman, et ce sont elles qui séparent le Taz du Beit Yossef au seif 9, comme on le verra.

2. הצריכותא — les trois scènes, et ce que chacune ajoute (seif 1)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le Mehaber ouvre par trois scènes juxtaposées : la boutique, la barque ou la charrette, le porteur de fût. Elles paraissent redondantes. La Guemara montre qu'elles ne le sont pas — et le Taz tire de cette צריכותא, à rebours, les conditions que le Mehaber écrira ensuite.

La צריכותא « וצריכא, דאי תנא נכרי דסבר: דלמא אתי וחזי ליה, אבל בקרון או בספינה אימא דמפליג לה לספינתיה ועביד מאי דבעי » (עבודה זרה ס״ט ע״ב) Chaque scène est là pour écarter une crainte que les deux autres n'écartent pas : dans la boutique, il pourrait fermer la porte ; dans la barque, il pourrait s'éloigner du rivage ; pour le porteur, le maître peut surgir à tout instant.
Le Taz lit la צריכותא à l'envers Puisque la Guemara a dû écarter la crainte, c'est que la crainte serait décisive si elle se vérifiait. De là, deux conséquences que le Mehaber écrira mot pour mot : « ומיהו ש״מ שאם בבירור סגר כאן העובד כוכבים הדלת אסור כיון דאית ליה שייכות בבית ואית ליה לאשתמוטיה דברשות עומד שם שהרי ישראל הניחו שם » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק א) « וכן נמי אם בבירור הפליג בספינה או קרון במקום שא״א לראות ודאי אסור אלא דמספיקא לא חיישינן לזה » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק א) Et c'est exactement la clause du Mehaber : והוא שלא נודע — non pas “à condition qu'il n'ait pas fermé”, mais “à condition qu'on ne l'ait pas su”. Le doute ne fait pas tomber le permis ; seule la certitude le fait.
La fente du Rama, et la limite du Chakh Le Rama ajoute qu'une boutique fermée mais fendue reste ouverte : « ואפי׳ סגר החנות כל זמן שיש שם סדק או חור שיכולים לראות בתוכו חשוב כפתוח » (שו״ע יו״ד קכ״ט:א) Le Chakh y met la seule condition qui compte, et qui ne va pas de soi : « ודוקא ביום אבל בלילה לא מהני סדק » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק י״ח) La fente n'est pas un dispositif : c'est un regard possible. La nuit, il n'y a pas de regard, donc pas de fente.
Nafka mina Un Juif laisse son entrepôt à un employé non-Juif et part. Il revient et trouve la porte poussée. Selon le Taz ס״ק א, tant qu'on ne sait pas qu'elle a été verrouillée de l'intérieur, le vin reste permis ; s'il est établi qu'elle l'a été, l'employé — qui se trouvait là de droit et pourra toujours se justifier — ne craint plus rien, et le vin est atteint.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif א׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

דין המניח יין ביד עובד כוכבים וישראל יוצא ונכנס (וכה״ג). ובו כ׳ סעיפים: המניח עובד כוכבים בחנותו ויצא או שהיה לו יין בספינה או בקרון והניחו עם העובד כוכבי׳ והלך לו לבית (הכנסת) או לבית המרחץ או שהיה עובד כוכבים מעביר לו חבית יין ממקום למקום והניחו לבדו עם היין ויצא מותר (לכתחלה לא יניח אדם בביתו יין או חומץ אצל עובד כוכבים לבד כלל אבל בדיעבד מותר) (מרדכי פ׳ ר״י בשם ראב״ן) אפילו שהה זמן רב מפני שהוא ירא בכל שעה עתה יבא ויראני והוא שלא נודע שסגר העובד כוכבים החנות או שהרחיק הקרון והספינה בענין שאין יכולים לראותו (ואפי׳ סגר החנות כל זמן שיש שם סדק או חור שיכולים לראות בתוכו חשוב כפתוח) (שם במרדכי ובסמ״ג) בד״א שיש דרך עקלתון שיכול לבא עליו פתאום שלא יראנו וכן כשהלך לבית המרחץ הלך דרך עקלתון בענין שלא ידע העובד כוכבים שהלך לבית המרחץ אבל אם ראה שהלך ליכנס לבית המרחץ יודע שלא ימהר לבא וכן אם אמר לעובד כוכבים שהניח בחנות שמור לי יודע שנסתלק משמירתו וכן אם אמר לעובד כוכבים המעביר החבית לך ואני אבא אחריך או שהודיעו שהוא מפליג אם החביות פתוחות כיון שנעלמו מעיניו אסורות ואם הם סתומות אם יש בהפלגתו שיעור כדי שיוכל להסיר מגופות החבית כולה בין שהיא של טיט בין שהיא של סיד ולהחזירה ותנגב אסור: הגה וי״א דאם הם סתומות שרי בכל ענין דיין סגי ליה חותם א׳ (דעת ר״ת) ויש לסמוך על זה בהפסד מרובה וע״ל סי׳ ק״ל:

3. דרך עקלתון — où faut-il un chemin détourné ? (seifim 1, 2, 6, 7)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le דרך עקלתון — un chemin de traverse par lequel le maître peut revenir sans être vu — est la pièce mécanique du siman. Sans lui, le non-Juif voit venir de loin et retire la main à temps. Mais où l'exige-t-on ? La question, née d'une seule ligne de la Guemara, sépare le Ran du Rachba, engendre une objection du Ba'h, une défense du Chakh, et une théorie propre du Taz.

La source : la beraïta des ânes et des ouvriers « הֲרֵי שֶׁהָיוּ חֲמָרָיו וּפוֹעֲלָיו טְעוּנִין טְהָרוֹת, אֲפִילּוּ הִפְלִיג מֵהֶן יוֹתֵר מִמִּיל — טׇהֳרוֹתָיו טְהוֹרוֹת » (עבודה זרה ס״ט ע״א) La Guemara demande pourquoi la fin diffère du début, et répond que le début parle d'un chemin détourné — puis explique la fin : « כיון דאמר להם לכו ואני בא אחריכם, סמכא דעתייהו » (עבודה זרה ס״ט ע״ב) Deux mécanismes différents apparaissent ici : l'un est la possibilité physique d'arriver sans être vu, l'autre est la confiance installée par une parole. Le siman entier vivra de leur écart.
Le Ran restreint, le Rachba étend Le Beit Yossef met les deux textes l'un contre l'autre. Le Ran d'abord : « ומיהו כי בעינן דרך עקלתון דוקא כשהנכרי אוחז החבית בידו על כתפו אבל במניח נכרי בחנותו וישראל יוצא ונכנס לא בעינן דרך עקלתון דכל שעה מסתפי מיניה דילמא השתא אתי וחזי ישראל שהוא מתקרב לחבית » (בית יוסף יו״ד קכ״ט) Le Rachba, lui, déduit de la צריכותא elle-même que la charrette et la barque exigent bien un chemin détourné : la Guemara n'a parlé d'un אורחא אחריתי que là. Trois positions se dessinent donc : le Ran (seulement quand il tient le fût), le Rachba (aussi charrette et barque), et le Tour suivi du Ba'h (partout).
La fenêtre du Beit Yossef Le Beit Yossef ajoute de lui-même un cas-limite, et il l'ajoute pour aggraver : « ומיהו אם א״א לישראל לבא לחנות פתאום כגון שיש חלון על הפתח שיכול הנכרי לראות ממנו אם בא הישראל משמע דאסור משום דתו לא מסתפי » (בית יוסף יו״ד קכ״ט) Une fenêtre au-dessus de la porte : le non-Juif voit venir, donc il ne craint plus.
Le Taz retourne l'argument « ותמוהין לי דברי הרב במ״ש דאם יש חלון כו׳ דאסור דאדרבה כיון דיש חלון מרתת העובד כוכבים שיבא הישראל ויראה דרך אותו החלון » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק ב) Sa preuve est de droit positif : au siman 128 seif 3, des trous dans la porte permettent le vin, parce que le non-Juif redoute d'être vu à travers eux. Comment la même ouverture pourrait-elle ici interdire ? Une fenêtre laisse voir dans les deux sens ; le Beit Yossef n'a compté qu'un seul.
La théorie propre du Taz : le champ contre la ville « ונראה לתת טעם למה באמת אמרו דוקא במעביר ובספינה שצריך דרך עקלתון לפי שהם בשדה מקום פנוי » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק ב) « אבל בבית או חנות אפשר שהלך בדרך קרוב מאד לאחד מן הבתים ובמהרה כהרף עין יבא ויראנו ומרתת » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק ב) Ce n'est donc pas le type de garde qui décide, c'est le terrain. En rase campagne, une seule route signifie qu'on voit venir de loin ; entre les maisons, tout chemin est déjà un chemin détourné. Le Taz conclut d'ailleurs que même un porteur de fût, s'il chemine entre les maisons, n'a besoin d'aucun עקלתון.
Le Chakh défend le Ran contre le Ba'h Le Ba'h avait objecté que même dans une boutique le non-Juif peut laisser la porte entrouverte et guetter de loin. Le Chakh répond que c'est une objection pour rien : « ולחנם תמה דהא כב״י וד״מ דגם הר״ן מודה לזה ולא הוציא אלא בענין שאין העובד כוכבים יכול לראות אם בא הישראל » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ח) et il donne la raison exacte de la distinction du Ran : celui qui tient le fût ne peut pas s'en éloigner d'un coup, il ne peut que retirer la main — et retirer la main ne suffit pas s'il est déjà tout près. Celui qui est seulement dans la boutique, lui, a le temps de s'écarter.
Le seuil : un non-Juif, pas deux « הא דשרי כשיש דרך עקלתון דוקא כשהעובד כוכבים לבדו אבל אם הם שנים או יותר אסור » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ב) Le Tour l'avait pris du Rachba : « כתב הרשב״א הא דשרי כשיש דרך עקלתון דוקא כשהנכרי לבדו אבל אם אחד או שנים עמו אסור שאיפשר לאחד מהם לשמור דרך עקלתון והאחד ליגע » (טור יו״ד קכ״ט) Et le Chakh mesure exactement la portée du chiffre : « אפי׳ עשרה או יותר ול״ד לבין הגתות דסעיף ד׳ דהתם העובד כוכבי׳ מירתת מעובדי כוכבים אחרים אבל הכא עצה אחת להם ולא מירתתי מהדדי » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק י״ב) Le contraste avec le seif 4 est instructif : là, beaucoup de passants permettent, parce qu'ils ne sont pas complices ; ici, deux suffisent à interdire, parce qu'ils le sont.
Nafka mina Un chauffeur non-Juif conduit une palette de vin dans une rue urbaine, le propriétaire suit à distance dans la circulation. Selon le Ran et selon le Taz ס״ק ב, on n'exige rien de plus : en ville, tout est chemin détourné. Selon le Rachba et le Ba'h, il faut encore qu'un autre itinéraire existe. Deux convoyeurs au lieu d'un, et le seif 2 interdit chez tout le monde.

4. נתפס כגנב ואית ליה לאשתמוטי — la seconde source de la crainte (seifim 1, 5, 10)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Jusqu'ici la crainte venait d'une chose : être vu. Rava, au perek HaSokher, en nomme une seconde, indépendante : être pris pour un voleur. Un homme peut être parfaitement visible et n'avoir aucune crainte, s'il a une excuse toute prête ; il peut être invisible et craindre, s'il n'en a pas. C'est le second moteur du siman, et le Chakh en fait un usage d'une rigueur remarquable.

Les deux formules de Rava « אם נתפס עליו כגנב שרי, ואי לא אסיר » (עבודה זרה ע׳ ע״א) « אי אית ליה לאישתמוטי חמרא אסיר, ואי לא חמרא שרי » (עבודה זרה ע׳ ע״א) אית ליה לאישתמוטי — il a de quoi se dérober — est la contradictoire exacte de נתפס כגנב. Ce n'est pas la présence qui protège, c'est l'impossibilité d'expliquer sa présence.
Le Chakh applique la distinction au seif 1 Pourquoi la boutique fermée interdit-elle, alors qu'au siman 128 celui qui entre chez autrui est justement נתפס כגנב ? « אבל סגר כו׳ חיישי׳ כיון דאית ליה שייכות בבית ואית ליה לאשתמוטי דברשות עומד שם שהרי הישראל הניחו שם רשב״א כלומר דאי לא ה״ל לאשתמוטי הוי שרי כיון דנתפס כגנב על הכניסה » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ה) La réponse tient en une phrase : ici le Juif l'a lui-même installé dans la boutique. Il y est de droit. Fermer la porte n'est donc pas un vol — et l'unique frein disparaît.
Et il le raffine encore : voler l'entrée, ou voler le contact Sur la glose du Rama au seif 5, le Chakh sépare deux vols possibles, et montre que le second suffit : « כיון דנתפס כגנב על הנגיעה מירתת וסבר השתא אתי ישראל וחזי ליה » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק י״ז) Autrement dit : même celui qui est entré légitimement ne peut pas toucher légitimement. La culpabilité se rattrape au second étage. C'est une nafka mina d'une grande portée pratique, et elle explique pourquoi le Rama exige, pour interdire, le cumul de la porte verrouillée et de l'absence de fente.
La glose du Rama, seif 5 « ואם עבר העובד כוכבים ונכנס שם אם נתפס כגנב שרי ואם אינו נתפס כגנב ויש לו התנצלות על מה שנכנס אסור » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ה) Le Chakh y ajoute une note d'une sécheresse notable contre le Ba'h, qui avait voulu restreindre le “pris pour voleur” à l'ouverture du fût : « בין על הכניסה בין על הנגיעה אסור ובב״ח פי׳ נתפס כגנב על פתיחת החבית לחוד ולא ידעתי למה » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ט״ז)
Le lion, et la preuve que la crainte n'a pas besoin d'objet réel « כי היכי דטשינא אנא, איטשא נמי ישראל אחוריי וקא חזי לי » (עבודה זרה ע׳ ע״א) Le non-Juif s'est caché parmi les fûts pour fuir un lion ; le vin reste permis, et le Mehaber recopie textuellement le raisonnement qu'il se tient : « מפני שהוא אומר שמא ישראל אחר נחבא כאן ויראה אותי כשאגע » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י) Il n'y a peut-être personne derrière les fûts. Il suffit qu'il ne puisse pas savoir qu'il n'y a personne. La crainte n'est pas la présence du gardien : c'est l'impossibilité de la nier.
Et le Rambam, sur le même axe « אִם נִבְהַל כְּשֶׁנִּמְצָא וְנִתְפַּשׂ עָלָיו כְּגַנָּב הַיַּיִן מֻתָּר בִּשְׁתִיָּה שֶׁמִּפַּחְדּוֹ וְיִרְאָתוֹ אֵין לוֹ פְּנַאי לְנַסֵּךְ » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה כ״ג) La formule est frappante : ce n'est pas qu'il craigne d'être puni, c'est qu'il n'a pas le loisir. La peur consomme le temps qu'il faudrait pour toucher.
Les deux moteurs, et leur nafka mina (א) La visibilité. Ce qui retient est la possibilité matérielle d'être surpris : d'où le דרך עקלתון, la fente, la fenêtre, le יוצא ונכנס. (ב) La culpabilité. Ce qui retient est le fait de n'avoir aucune excuse : d'où נתפס כגנב et son revers אית ליה לאשתמוטי. Les deux sont indépendants, et le siman les combine différemment selon les seifim : au seif 1 le premier gouverne et le second est neutralisé (il est là de droit) ; au seif 10 le second gouverne seul ; au seif 5 le Rama exige que les deux tombent ensemble.

5. הודיעו שהוא מפליג — qu'annonce-t-on, et de combien ? (seifim 1, 4)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

La michna oppose au vin réputé gardé un seul cas : הודיעו שהוא מפליג. À partir de là tout se calcule en temps — le temps de percer, de reboucher, de laisser sécher. Mais deux questions préalables décident de tout : que faut-il avoir annoncé, et à quel type de fût l'annonce s'applique-t-elle ?

La michna et son barème « אִם הוֹדִיעוֹ שֶׁהוּא מַפְלִיג כְּדֵי שֶׁיִּשְׁתּוֹם וְיִסְתּוֹם וְיִגּוֹב. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁיִּפְתַּח אֶת הֶחָבִית וְיִגּוֹף וְתִיגּוֹב » (עבודה זרה ס״ט ע״א) La halakha suit Rabban Chimon ben Gamliel — la Guemara le dit expressément, et en tire une conséquence sur toute la pratique de son temps : « וכי מאחר דקיימא לן כוותיה דרבן שמעון בן גמליאל דלא חייש לשתומא, והלכתא כוותיה דרבי אליעזר דלא חייש לזיופא, האידנא מאי טעמא לא מותבינן חמרא ביד גוים? משום שייכא » (עבודה זרה ס״ט ע״ב)
Ce qu'il faut avoir annoncé : trois shitot Le Taz expose la ma'hloket et tranche, et son critère de tranchage est purement quantitatif : « שהראב״ד והרשב״א ס״ל דדוקא שמודיעו בפירוש שמפליג כשיעור האיסור והרא״ש אוסר אפילו אומר בסתם שיפליג ויש להקל בזה כדעת הראב״ד והרשב״א דהם רבים לגבי הרא״ש » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק ד) Le Raavad et le Rachba : il faut une annonce explicite, et portant sur une durée au moins égale au barème. Le Roch : une annonce vague suffit. Le Taz suit les deux premiers, parce qu'ils sont deux. Le Chakh ס״ק ט׳, lui, note simplement que cette clause du Mehaber porte sur les trois scènes du seif 1 à la fois, contre la Drisha.
Le Mas'at Binyamin distingue, le Chakh refuse Le Mas'at Binyamin avait voulu séparer l'annonce dite de l'éloignement simplement constaté : voir partir n'équivaudrait pas à s'entendre dire qu'on part. Le Chakh écarte la distinction en quatre mots : « וקשה דמה בכך ס״ס יודע שמפליג » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ) Le résultat est le même : il sait. Et le Chakh renforce en citant la réponse du Mabit sur celui qui passe d'une barque à l'autre — on le voit s'éloigner, aucune parole n'est nécessaire.
Le fût ouvert n'a pas de barème du tout « וְכָל הַדְּבָרִים הָאֵלּוּ בְּחָבִיּוֹת סְתוּמוֹת. אֲבָל בִּפְתוּחוֹת אֲפִלּוּ לֹא שָׁהָה מֵאַחַר שֶׁהוֹדִיעָן שֶׁהוּא מַפְלִיג הַיַּיִן אָסוּר » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה י״ז) C'est le Mehaber mot pour mot : אם החביות פתוחות כיון שנעלמו מעיניו אסורות. Le barème du temps n'existe que pour vaincre une fermeture ; là où il n'y a rien à vaincre, l'instant suffit.
Le seif 4, et ce qu'il renverse « אפילו הודיעו שהוא מפליג אם החבית פקוקה והוא בזמן שיש הרבה עוברי דרכים כגון בין הגתות מותר » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ד) Le Rachba l'a appris d'une sougya sur les sceaux : בין הגתות שנינו — au temps des vendanges tout le monde circule, et l'homme craint les regards, fussent-ils ceux de ses pareils. Le Chakh ס״ק י״ג en tire une règle générale : « משום דבעיר לא סמיך העובד כוכבים אשומר משום דאפשר שיבא פתאום ולא יראו אותו מרחוק אבל בשדה סמיך שפיר על השומר » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק י״ג) En ville on ne se fie pas au guetteur, parce qu'on peut arriver sans être annoncé ; aux champs on s'y fie. Le seif 4 est donc l'exacte contrepartie du seif 2 : la foule anonyme protège, l'équipe complice non.
Tossefot, le Rachbam, et la question de notre temps Tossefot rapportent au nom du Rachbam une lecture beaucoup plus large de tout le mécanisme : « ופירש רשב״ם בשם רש״י דכל מה שאנו אוסרים בהודיעו שהפליג היינו דוקא כשיש לחוש שמא עובד כוכבים גנב יין ונתן מים תחת החסרון או החליף טוב ברע » (תוספות עבודה זרה ס״ט ע״ב ד״ה מאי טעמא לא מותבינן חמרא משום שייכא) mais ils lui posent aussitôt une limite, qui est celle qui gouverne la pratique : « מיהו נראה זה דהיינו דוקא בחביות או בדרדורים שאין להם רק פתח קטן למעלה אבל גיגית או קנקן וכוס שיש בו יין ופתחו רחבה קל הוא ליגע בהם ורגילות ליגע בהן דרך מתעסק לא » (תוספות עבודה זרה ס״ט ע״ב ד״ה מאי טעמא לא מותבינן חמרא משום שייכא) Le Taz reprend exactement cette ligne et en fait la règle de notre temps : « וכן נ״ל עיקר דגם בזמן הזה שאין חיבת ניסוך מכל מקום כל שהנגיעה היא קרוב לודאי אסור אף בזמן הזה » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק ט) Le critère bascule : il ne s'agit plus de savoir s'il a l'intention de libation, mais si le contact est quasi certain. Un goulot étroit — non ; un large récipient ouvert — oui.
Nafka mina Une caisse de bouteilles bouchées est laissée chez un transporteur non-Juif, et on lui dit qu'on part pour la journée. Bouteilles bouchées, goulot étroit : selon le Rama à la fin du seif 1, un seul sceau suffit en cas de grande perte ; selon le Taz ס״ק ט׳, comme le contact n'est pas quasi certain, il n'y a rien à craindre de nos jours. Le même vin dans une cuve ouverte : interdit chez tout le monde, sans aucun barème de temps.

6. קול צלויי contre הודיעו שמפליג — la grande kouchia du siman (seifim 6-7)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Voici la difficulté qui commande le siman entier, et dont on peut dire qu'elle n'a jamais été refermée. Le seif 1 interdit quand le Juif a annoncé son départ. Les seifim 6 et 7 permettent quand il est parti prier ou accueillir le Chabbat — et partir prier, c'est bien annoncer qu'on part. Trois écoles répondent, et leurs réponses ne portent pas sur le même objet.

Les deux faits de Rava « שמע ישראל קל צלויי בי כנישתא, קם ואזל. אמר רבא: חמרא שרי, מימר אמר: השתא מדכר ליה לחמריה והדר אתי » (עבודה זרה ע׳ ע״א) Le second est identique, avec le chofar du vendredi soir à la place de l'appel à la prière ; et le Mehaber en tire au seif 6 une remarque d'histoire sociale que la Guemara lui a donnée : « אפילו אם יש בינו ליין יותר מאלפים אמה שאין אנו בעיניהם בחזקת שומרי שבת כראוי » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ו) Le non-Juif ne compte pas sur l'observance du Chabbat pour évaluer la durée : il ne croit pas les Juifs si scrupuleux. La longueur de l'absence n'entre donc pas dans son calcul.
La kouchia, dans la formulation du Rachba « הרשב״א בתה״ה הקשה דאם כן אמאי אסר לעיל בהודיע שהוא מפליג נימא דמידכר ליה לחמריה ואתי דהא כי אזיל לשבות שבת ולצלויי הרי הוא כמודיעו שמפליג » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י״א)
Terouts (א) — le Rachba : ce qui peut se faire ici, et ce qui ne le peut pas « ותירץ דלא אמרו מידכיר לחמריה אלא במפליג בדברים שאפשר לעשותן כאן כצלוי׳ ושמירת שבת » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י״א) Prier, on peut le faire n'importe où : donc le Juif, s'il se souvient de son vin, revient et prie chez lui. Aller au bain, non : le lieu est fixé, et le retour est exclu. Le Rachba lui-même n'est pas convaincu, et il clôt le passage par un ועוד צריך תלמוד בזה. Le Beit Yossef est plus net encore : « ובאמת שיש לגמגם בו דמה טעם הוא שמפני שאי איפשר לעשות אותן דברים כאן כשיחזור שיפסיד יינו » (בית יוסף יו״ד קכ״ט)
Terouts (ב) — le Tour : il n'y a rien à distinguer « ונראה כיון דטעמא משום שאומר עתה יזכור יינו ויבא אין חילוק בכל דבר שייך לומר כן אף על פי שא״א לעשותו כאן אינו רוצה להפסיד יינו בשבילו » (טור יו״ד קכ״ט) Le raisonnement du non-Juif ne porte pas sur la faisabilité de l'affaire, mais sur la valeur du vin : quelle que soit la course, un homme n'y sacrifie pas sa cave. Le Chakh ס״ק כ׳ dit que c'est là l'opinion du Mehaber, qui n'a rien distingué — et il ajoute que le Ba'h l'approuve.
Terouts (ג) — le Ra'ah et le Taz : ce n'est pas l'affaire, c'est la précipitation Le Taz observe que la Guemara n'a pas dit “il alla prier”. Elle a dit : il entendit le son, et se leva. Ce détail narratif est, pour lui, la halakha même : « אלא ודאי דוקא בכה״ג שאינו הולך מעצמו אלא דרך פתאום וע״כ נשכח היין שלו וזה רואה העובד כוכבים וע״כ הוא מירתת שמא יחזור ויזכור ליינו מה שאין כן בהנהו דריש הסי׳ בהודיע שמפליג בודאי ניחוש בעצמו קודם הליכתו וחושב העובד כוכבים שבכוונה הניח יינו אצלו ומאמינו ועל כן לא מרתת » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י״א) Et il ajoute avoir retrouvé son terouts, après coup, chez le Ra'ah dans le Bedek HaBayit — et note que le Rachba, dans le Michmeret HaBayit, l'a repoussé d'un rejet שאין בו ממש.
Le Chakh cite le Ra'ah dans le texte Le Chakh a le même terouts, et il donne à lire le Ra'ah lui-même, dans le Bedek HaBayit : « שהרי לצלויי לבי כנישתא אזיל ודכותיה לא אפשר ליה הכא אבל דברים אלו מוכרעים ממקומן דאמרינן שמע קל צלויי קם נפק שמע קל שיפורי קם סלק הרי זה מוכיח שישראל זה מתוך ששמע קולות אלו קם בטירדא כאדם נחפז » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ) « אבל כל שהוא פורש משם בלא טירדא אלא ביישוב דעתו אסור ל״ש רחיצה ל״ש תפלה » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ) La conclusion du Ra'ah est saisissante de netteté : ce n'est pas la prière contre le bain, c'est טירדא contre יישוב דעתו. Et le Chakh ajoute : וראוים הדברים למי שאמרם.
Le yessod du Taz — et la preuve qui le confirme Ce que le troisième terouts déplace, ce n'est pas un détail : c'est l'objet même de la crainte. Il ne s'agit plus de calculer combien de temps le Juif sera absent, mais de savoir ce que le non-Juif croit de la situation où on l'a laissé. « ועיקרא דמילתא שם אם חושב העובד כוכבים שהאמין לו היין » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י״א) Et voici la preuve, qui est la plus forte du siman. Le seif 1 interdit lorsque le Juif dit au porteur לך ואני אבא אחריך. Or il vient tout de suite derrière lui : le calcul du temps devrait permettre, et il interdit. Le Taz en tire : « דאין שייך שינוי דעת אלא כשיוצא שלא על ידי עצמו אלא על ידי אחרים או יוצא שלא בכוונה ואפשר שאחר כך יזכור ויתחרט » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י״א) Le vin n'est pas gardé par la brièveté de l'absence : il est gardé par le fait que le non-Juif n'a pas été fait dépositaire. Dès qu'il croit l'avoir été, la durée n'y peut plus rien.
Nafka mina Un Juif quitte son entrepôt en courant parce qu'on l'appelle pour une urgence, sous les yeux de l'employé non-Juif. Selon le Rachba, il faudrait encore savoir si l'affaire est de celles qui peuvent se faire ici ; selon le Tour, la question ne se pose pas et le vin est permis ; selon le Ra'ah, le Chakh et le Taz, c'est la précipitation visible qui permet, et rien d'autre. Le même homme qui range ses affaires, ferme calmement et dit “je m'absente” : interdit chez les trois.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ה׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

המוסר מפתח חנותו לעובד כוכבים היין שבו מותר אפילו לא נשאר שום יהודי בעיר אפילו הודיעו שהוא מפליג שלא מסר לו אלא שמירת המפתח והוא ירא ליכנס בו ויש מי שאומר שלא התירו אלא כשאינו יודע שהוא מפליג ואז מותר אפילו מצאו שנכנס אבל אם הודיע שהוא מפליג אפילו אם נתפס עליו כגנב אסור: הגה ויש להקל כסברא הראשונה (היא סברת ר״ח שכ״ה בריב״ש סימן תכ״ד ות״ה סימן ר״ן ורשב״א) ואם עבר העובד כוכבים ונכנס שם אם נתפס כגנב שרי ואם אינו נתפס כגנב ויש לו התנצלות על מה שנכנס אסור ודוקא אם סגר הדלת במנעול מבפנים ואין סדק בחדר שיכולים לראות משם אבל אם הדלת פתוח (ב״י בשם רשב״א) או אפילו רק סדק שיכולים לראותו היין מותר (מרדכי פר״י) ואפילו אמר לו ליכנס שם (שם) אם לא אמר ליה להפליג ויוכל לבא דהעובד כוכבים מירתת ואם העובד כוכבים אינו מירתת כגון עבדי המושל שתפסו היהודי (ומחפשים בבית היהודי) הכל אסור אם אין לו סימן שלא נגעו (ב״י בשם התוס׳ והמרדכי ס״פ ר״י):

7. המוסר מפתח — Rabbenou Tam contre le Ramban, et le silence du Rambam (seif 5)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Confier la clef n'est pas confier la maison. C'est le paradoxe du seif 5, et il vient d'un fait rapporté au perek HaSokher. La règle est étonnamment large — elle vaut même dans une ville sans un seul Juif — et deux Richonim se sont opposés sur son extension.

Le fait, et sa formule « לא מסרה לה אלא שמירת מפתח בלבד » (עבודה זרה ע׳ ע״ב) Abbayé y joint aussitôt une michna de טהרות : celui qui remet ses clefs à un ‘am ha-arets garde ses purs purs — et si les purs le sont, le vin l'est a fortiori. La Guemara demande alors si les טהרות sont plus fortes que le yayin nessekh, et répond que oui.
Rabbenou Tam étend, le Ramban restreint Le Tour rapporte que Rabbenou Tam a permis, sur cette base, à un Juif parti passer la fête dans une autre ville en laissant la clef de sa cave à sa servante — et cela même s'il ne restait aucun Juif dans la ville. Puis : « והרמב״ן חלק על זה וכתב שלא התירו אלא כשאינו יודע שהוא מפליג ואז מותר אפי׳ מצאו שנכנס אבל אם הודיעו שהוא מפליג אפי׳ אם נתפש עליו כגנב אסור » (טור יו״ד קכ״ט) Le Mehaber recopie la première opinion en corps de texte et la seconde en ויש מי שאומר ; le Rama tranche pour la première.
Le mécanisme du Roch : une crainte circulaire « ואפי׳ אין ישראלים בעיר משום דעובד כוכבים אחרים מירתתי מעובד כוכבים זה ועובד כוכבים זה מירתת מעובדי כוכבים אחרים שמא יאמרו לישראל שנכנס » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ט״ו) C'est la construction la plus élégante du siman : aucun Juif ne surveille, et pourtant chacun est surveillé — par les autres non-Juifs, qui pourraient parler. La délation remplace le regard. Le Beit Yossef juge l'argument si solide qu'il s'en contente seul : « ולי נראה דטענת הרא״ש דשפחה מירתתה מנכרי שמא יאמרו לישראל שנכנסה טענה יפה היא » (בית יוסף יו״ד קכ״ט)
Faut-il dire “garde-moi cette clef” ? Le Rambam écrit la halakha avec la parole explicite : « וְאִם אָמַר לוֹ אֱחֹז לִי מַפְתֵּחַ זֶה עַד שֶׁאָבוֹא הַיַּיִן מֻתָּר שֶׁלֹּא מָסַר לוֹ שְׁמִירַת הַבַּיִת אֶלָּא שְׁמִירַת הַמַּפְתֵּחַ » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ג הלכה ב׳) Le Taz relève l'écart et le mesure : « כתב ב״י דמלשון הפוסקים משמע אפילו במסר לו המפתח סתם אמרינן לא מסר לו אלא שמירת המפתח דלא כדמשמע מלשון הרמב״ם שצריך שיאמר בפירוש שאינו מוסר רק שמירת המפתח » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י) Le Chakh ס״ק ט״ו dit la même chose au nom du Darkhei Moché, et va plus loin : non seulement l'expression n'est pas requise, mais elle n'a même pas besoin d'être sous-entendue — la remise d'une clef, en soi, ne transfère jamais la garde de la maison.
La question moderne : les clefs prises, non données Tossefot tirent du même fait un cas tout autre, et beaucoup plus grave : « מכאן שאם תפס המושל את היהודי והניח שמירת עובדי כוכבים בביתו ונמסר להם כל המפתחות אף של יין אם אין אוכלים ושותים ממה שבבית הישראל היין מותר ואם אוכלים בבית אסור » (תוספות עבודה זרה ע׳ ע״ב ד״ה לא מסרה לה אלא שמירת מפתח) Et le Rama en fait la fin de son seif 5 : « ואם העובד כוכבים אינו מירתת כגון עבדי המושל שתפסו היהודי » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ה) Le principe est intact et son application se renverse : lorsque celui qui détient la clef ne peut pas être pris pour un voleur — parce qu'il détient la maison par la force — il n'y a plus de crainte, et il n'y a plus de permission.

8. תשובת הרא״ש כלל י״ט — quand la glose contredit sa propre source (seif 8)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le seif 8 est court et son cas est banal : on a fermé le verrou sans donner le tour de clef, on s'en aperçoit des jours plus tard. Le Mehaber permet. Le Rama ajoute une raison entre parenthèses, avec sa référence. Le Taz et le Chakh vont montrer, l'un après l'autre, que la raison dit exactement l'inverse de la référence. C'est le passage de critique textuelle le plus serré de tout le bloc du yayin nessekh.

La glose du Rama « הואיל ולא ידע העובד כוכבים שמפליג הישראל מירתת ולא נגע » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ח) La référence donnée est תשובת הרא״ש כלל י״ט סימן י״ג. La raison donnée est : il ne savait pas que le Juif s'éloignait. Autrement dit, s'il l'avait su, ce serait interdit.
Le Taz ouvre le livre « לא דק הרב כזה ולא עיין בתשובת הרא״ש עצמה שכתב בפירוש » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י״ד) et il donne le texte du Roch, qui est en effet l'exacte contradictoire : « ולא מיבעיא אם לא הודיעו שהוא מפליג דשרי דמימר אמר השתא אתא כל שעה ומרתת אלא אפי׳ הודיעו שהוא מפליג דמימר אמר העובד כוכבים כשיזכור הישראל שלא סגר במפתח ישוב לביתו ויסגור ומרתת » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י״ד) Le Taz ajoute la remarque la plus dure du siman : le Rama n'a pas lu la teshouva, il a lu le Beit Yossef qui la citait — et le Beit Yossef n'avait pas recopié le ולא מיבעיא.
Le Chakh identifie l'édition fautive Le Chakh, qui pose la même difficulté, ne s'arrête pas au reproche : il cherche le livre que le Rama avait sous les yeux, et il le trouve. « ותימה דבהדיא איתא בתשוב׳ הרא״ש שם להיפך דאפילו ידע שמפליג הישראל » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ״א) « ובאמת ניכרים הדברים שהיה לפני הרב תשו׳ הרא״ש דפוס ישן ויניציאה שנדפס בשנת שי״ב » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ״א) Dans l'ancienne impression de Venise de 5312, la seconde branche du ולא מיבעיא répète les mots de la première : l'œil saute, la phrase paraît dire le contraire, et le Rama a corrigé de bonne foi ce qu'il croyait une faute. Le Chakh conclut que la vérité est du côté de l'impression nouvelle, apporte trois preuves internes, et referme par un וצ״ע qui vise le Mehaber lui-même.
Mais pourquoi ici serait-ce différent ? Reste une vraie question : au début du siman, celui qui s'en va de lui-même en l'annonçant interdit. Comment le seif 8 permet-il ? Le Taz répond, et sa réponse est la suite directe de son terouts du seif 6 : « הכא שאני שעל כרחך צריך אתה לומר ששכח סגירת המפתח כיון שהכניס הבריח והתחיל בסגירת הבית ולא גמרו » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י״ד) La preuve est matérielle : le verrou est engagé mais la clef n'a pas tourné. Un homme ne laisse pas sa maison à moitié fermée s'il y a pensé. La porte elle-même témoigne d'un oubli — et un oubli, aux yeux du Taz, est l'équivalent exact de la בהלה.
Ce que la dispute révèle Trois lectures du seif 8 coexistent désormais, et elles ne diffèrent pas d'un détail mais d'un principe. (א) Celle du Rama tel qu'il est imprimé : la connaissance de l'éloignement est décisive, comme au seif 1 ; le seif 8 n'est qu'une application ordinaire. (ב) Celle du Roch tel que le lisent le Taz et le Chakh : ici l'éloignement ne compte pas, parce que le non-Juif se dit que le Juif reviendra fermer dès qu'il s'en souviendra — la crainte porte sur le retour pour réparer, non sur le retour pour surveiller. (ג) Celle du Taz : ce qui compte est que l'oubli soit démontré par l'état du verrou. Les trois donnent la même halakha dans le cas du Roch et se séparent dès qu'on le modifie.

9. יצאו בבהלה — ce que la précipitation ajoute (seif 9)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Deux voisins sortent en courant, le non-Juif rentre le premier et ferme la porte derrière lui. Le vin du Juif, ouvert, reste permis — parce que le non-Juif croit peut-être que l'autre est déjà rentré et le regarde d'en haut. Le Rambam ajoute une condition que la Guemara ne dit pas ; le Beit Yossef lui donne une raison ; le Taz démolit la raison et en propose une autre, qui renverse le sens de toute la clause.

Le fait de Rava, et la raison du Mehaber « כי היכי דקדים אתאי אנא, קדים ואתא ישראל ויתיב בעליונה וקא חזי לי » (עבודה זרה ע׳ ע״א) « שלא סגר העובד כוכבים אלא על דעת שכבר נכנס הישראל לביתו ולא נשאר אדם בחוץ וכמדומה לו שהוא קדמו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ט) La logique est celle d'une méprise symétrique : chacun a couru, chacun peut avoir été devancé.
La condition du Rambam « עַכּוּ״ם וְיִשְׂרָאֵל שֶׁהָיוּ דָּרִין בֶּחָצֵר אַחַת וְיָצְאוּ שְׁנֵיהֶם בְּבֶהָלָה לִרְאוֹת חָתָן אוֹ הֶסְפֵּד » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה כ׳) Le mot בְּבֶהָלָה n'est pas dans le récit de la Guemara — qui dit seulement שמעו קל תיגרא. Le Rambam a lu le récit comme une condition. Le Rama recopie la lecture : « ודוקא שיצאו בבהלה וחזרו דאפשר לומר שמתוך בהלתו חזר ולא דקדק יפה בכניסת ישראל אבל שלא בבהלה היין אסור » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ט)
La raison du Beit Yossef « ונראה מדברי הרמב״ם דדוקא כשיצאו בדרך בהלה הוא דתלינן בהכי אבל אם יצאו שלא בדרך בהלה לא דאיכא למיחש שמא ראו את הישראל בשוק והניחו שם ובא לבית לנסך ואינו מתירא שיראנו מעלייה שהרי הניחו בשוק » (בית יוסף יו״ד קכ״ט) Sans précipitation, dit-il, il faut craindre que le non-Juif ait vu le Juif au marché et sache donc qu'il n'est pas rentré. La précipitation permet de dire qu'on se croise sans se voir.
Le Taz : on n'interdit pas sur un doute « הא דכתב דשלא בבהלה יש לחוש שמא ראהו בשוק כו׳ תמוה לי דמספיקא מי אסרינן חמרא » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק ט״ו) Sa preuve : au siman 128 seif 3, on ne dit pas “peut-être a-t-il verrouillé” alors même que le verrou est là ; au début de notre siman non plus. Et il pose le principe : « אלא ברור דלא אסרו ביין נסך עד שיהא האיסור ברור » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק ט״ו) Il ajoute une seconde objection, de bon sens narratif : la Guemara n'a parlé de précipitation que pour la sortie. Or la porte se ferme au retour, et un homme revenu d'un attroupement n'est plus affolé — d'autant que le cas parle d'un mariage ou d'un enterrement.
La raison de rechange du Taz — et l'inversion qu'elle produit « ע״כ נראה לע״ד דהא דנקט יצאו בבהלה הוא מטעם דל״ת דהיין אסור דלא מרתת העובד כוכבים שהישראל שומר היין דאם אינו מאמינו לעובד כוכבים למה יצא לחוץ ועזב את יינו » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק ט״ו) La précipitation ne sert donc pas à excuser une méprise sur le marché : elle sert à établir que le Juif n'a pas confié son vin. Sans elle, le non-Juif se dirait que si le Juif est sorti en laissant tout ouvert, c'est qu'il lui fait confiance — et la confiance tue la crainte. On reconnaît, mot pour mot, le yessod du ס״ק י״א. Et le Taz en tire la conséquence qui renverse le Beit Yossef : si le non-Juif a vu le Juif au marché en revenant, le vin est interdit même s'il était sorti en courant. Là où le Beit Yossef faisait de la précipitation une couverture contre un doute, le Taz en fait une preuve positive de non-dépôt.
La lucarne, sans laquelle rien ne tient Toute la permission repose sur le fait que le Juif d'en haut pourrait voir. Le Chakh limite donc : « דמצי למחזי לכ״ע הא לא״ה דהך גיסא ודהך גיסא אסור » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ב) C'est le partage de Rava sur la fente de la porte, appliqué à la verticale : « כל דלהדי ביזעא שרי, דהאי גיסא והאי גיסא אסיר » (עבודה זרה ע׳ ע״א) Et le Chakh ajoute, pour la nuit, une présomption inverse de celle du seif 1 : « ובלילה אמרינן מסתמא סגר ואוסר מאחר שיש לעובד כוכבים שייכות בבית » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ג) Le contraste est net : au seif 1 on ne suppose pas qu'il a fermé ; ici on le suppose. La différence tient à ce que le non-Juif habite la maison — il a שייכות בבית, et fermer chez soi la nuit n'est pas un acte suspect.
Nafka mina Alarme incendie dans un immeuble ; le Juif du dessus, qui a du vin ouvert dans un local commun, et son voisin non-Juif descendent en courant. Le voisin remonte le premier et referme. Selon le Beit Yossef, tout dépend de savoir si l'on peut craindre qu'il ait aperçu le Juif dehors. Selon le Taz, la course elle-même prouve qu'aucun dépôt n'a eu lieu — mais si l'on établit qu'il l'a vu dehors en remontant, le vin est atteint malgré la course. Et dans les deux cas, s'il n'y a pas d'ouverture par où l'étage voit le local, tout est interdit.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif ט׳

↩ Explication détaillée (niveau 1)

בית שיש לישראל בו יין ועובד כוכבים דר למטה וישראל בעלייה וארובה מהעלייה לבית ויצאו שניהם בבהלה לראות חתן או הספד וחזר העובד כוכבים וסגר הפתח ואחר כך בא הישראל אף על פי שאין לישראל מעבר אלא דרך הבית ואי אפשר לעבור שלא יראנו הרי יין הפתוח שבבית הישראלי בהיתירו שלא סגר העובד כוכבים אלא על דעת שכבר נכנס הישראל לביתו ולא נשאר אדם בחוץ וכמדומה לו שהוא קדמו: הגה ודוקא שיצאו בבהלה וחזרו דאפשר לומר שמתוך בהלתו חזר ולא דקדק יפה בכניסת ישראל אבל שלא בבהלה היין אסור (ב״י בשם הרמב״ם):

10. גנבים וחיל — רוב, ספק ספיקא et le seuil de la ריעותא (seifim 11-12)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Ici le siman change de registre. Il ne s'agit plus de mesurer une crainte mais d'attribuer un acte : des fûts ont été ouverts, et l'on ne sait pas par qui. On passe de la psychologie au calcul des probabilités — et le Chakh va montrer que le Tour a franchi une ligne que la Guemara ne franchissait pas.

Les voleurs de Poumbedita « הנהו גנבי דסלקי לפומבדיתא, ופתחו חביתא טובא. אמר רבא: חמרא שרי. מאי טעמא? רובא גנבי ישראל נינהו » (עבודה זרה ע׳ ע״א) Le second cas, celui de Nehardea, est permis par Chmouel, et la Guemara doit expliquer comment : ce n'est pas un simple רוב, c'est un doublement de doute : « שאני התם, כיון דאיכא דפתחי לשום ממונא, הוה ליה ספק ספיקא » (עבודה זרה ע׳ ע״א)
Le צריך עיון du Chakh sur le Tour Le Mehaber, après le Tour, permet là où l'on a l'habitude de cacher de l'argent dans les fûts, même si la majorité des voleurs de la ville sont non-Juifs. Le Chakh objecte : « וצ״ע דבש״ס לא מתיר אלא משום ס״ס ופירש״י ספק עובדי כוכבים ספק ישראלים ואת״ל עובדי כוכבים שמא לא פתחו אלא בשביל ממון וכשראו שהוא יין פירשו » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ח) Le raisonnement est d'une exactitude sèche : le ספק ספיקא de la Guemara était “peut-être des Juifs ; et s'ils sont non-Juifs, peut-être n'ont-ils pas touché”. Si la majorité est déjà non-juive, le premier doute est consommé, et il n'en reste qu'un. Le Chakh dit pouvoir répondre בדוחק, et abrège — parce que de son temps on ne cachait plus d'argent dans les fûts.
Le Rama déplace le seuil : il faut voir une ריעותא « וכל זה מיירי שראינו ריעותא כגון שהיו תחילה סתומות ונפתחו אבל אם היו סתומות ונמצאו סתומות או שהיו כולם פתוחות ולא נמצא בהם ריעותא הכל שרי » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״א) C'est la clause la plus opératoire de tout le siman, et elle vaut aujourd'hui encore : la majorité ne s'applique pas d'elle-même à un vin dont rien ne dit qu'il a été ouvert. Trouvé scellé, trouvé comme on l'a laissé — la question ne se pose pas. Le Taz ס״ק כ׳ la rattache à la responsum du Maharam et au Rivach : on ne présume pas un défaut là où on n'en voit pas.
La שכונה — un רוב battu par un מיעוט מובדל Le Ra'ah avait objecté au Rachba : n'a-t-on pas la règle que רוב וקרוב הולכין אחר הרוב ? Le Rachba répond dans le Michmeret HaBayit, et le Taz recopie : « ותירץ במשמרת הבית דלא אמרינן כן אלא כשאין המועט מובדל בפני עצמו אבל אם הוא מובדל כהך דהכא שיש שם שכונה לישראל לבד בטילה רוב העיר מן השכונה ההיא » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק י״ז) Le Chakh formule le même principe avec plus de précision encore, et signale que la nafka mina est le seif 17 : « אע״ג דרוב וקרוב הולכים אחר הרוב אפילו בקורבה דמוכח כדלקמן סעיף י״ז שאני הכא כיון שנמצא בתוך השכונה גופה » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ז) Un objet proche d'un lieu suit la majorité ; un objet dans un lieu suit ce lieu. Ce n'est pas une exception au רוב : c'est une redéfinition de la population de référence.
Et faut-il encore que les portes se ferment la nuit ? Le Roch l'exige, le Rachba non. Le Beit Yossef et le Darkhei Moché les tiennent pour divisés ; le Ba'h propose de s'appuyer sur le Roch en cas de grande perte. Le Chakh refuse la lecture reçue : « ולפעד״נ דגם הרשב״א והמחבר מודים לזה דלא הצריכו שיהא אין דרך העובדי כוכבים מפסיקתה אלא כשאין דלתות השכונה ננעלות בלילה » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ו) Les deux Richonim parleraient donc de deux cas différents, et il n'y aurait pas de ma'hloket du tout : והשתא הרא״ש והרשב״א לא פליגי. Le Taz ס״ק י״ח arrive au même résultat par un autre chemin, en jugeant que le Ba'h a parlé שלא בדקדוק, puisque des portes verrouillées valent mieux encore qu'une rue non traversée.
Le détachement militaire, et pourquoi il n'est pas un voleur « בולשת שנכנסה לעיר, בשעת שלום חביות פתוחות אסורות, סתומות מותרות; בשעת מלחמה אלו ואלו מותרות, לפי שאין פנאי לנסך » (עבודה זרה ע׳ ע״ב) « לנסך אין פנאי, לבעול יש פנאי » (עבודה זרה ע״א ע״א) Tossefot demandent pourquoi l'on ne dit pas ici, comme pour la troupe de Nehardea, qu'ils ont ouvert pour de l'argent : « משמע אפילו טובא ולא אמרי׳ אדעתא דממונא פתחו כדאמרי׳ לעיל גבי פולמוסא והיינו משום דפולמוסא באים לגבות מס המלך וארנונא » (תוספות עבודה זרה ע׳ ע״ב ד״ה פתוחות אסורות) La distinction est sociologique et non juridique : le fisc cherche de l'argent, la soldatesque cherche à boire.
Le Taz refuse d'en tirer une indulgence pour ses contemporains « ואין ללמוד מזה קולא לבעלי מלחמה דהאידנא שבאים לשלול ממון דמכל מקום גם לשתות הם באים » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ב) Puis il distingue le moment du pillage du moment du cantonnement, et conclut que la même armée interdit ou permet selon l'heure : au plus fort du sac, il n'y a pas le loisir de toucher ; le lendemain, quand elle stationne, si. Le Chakh, de son côté, explique pourquoi le Mehaber a écrit que même bouchées de bois elles sont interdites, en donnant la raison du Ran : « שזה ראיה שלא פתחום שאם פתחום לא חזרו לסותמם שאין אימת אדם עליהם » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק ל״א) Une fermeture qui coûte de l'effort est une preuve ; une fermeture qui n'en coûte pas n'en est pas une. Tout le seif 12 tient dans cette différence — et c'est elle que la fin du seif redouble : ודוקא בפתוחות מתחלתן אבל סתומות שנפתחו חיישינן להו.
Nafka mina On rentre dans une cave forcée. Cinq fûts scellés le sont restés, un a été percé. Selon la glose du Rama et le Taz ס״ק כ׳, seul le fût percé est en cause ; les autres ne portent aucune ריעותא et ne sont pas jugés par le רוב. Si tous étaient déjà ouverts avant l'effraction, la question ne se pose même pas — דסתם גנב אינו לוקח יין.

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — seif י״א

↩ Explication détaillée (niveau 1)

גנבים שנכנסו למרתף ופתחו חביות יין אם רוב גנבי העיר עובדי כוכבים אסור ואם רובן ישראל מותר ואם רובן ישמעאלים אסור בשתיה ומותר בהנאה ואם יש ליהודים שכונה לבדם שאין דרך העובדי כוכבים מפסיקתה הולכים אחר רוב בני השכונה אע״פ שרוב בני העיר עובדי כוכבים ובמקום שרגילים להצניע ממון בחביות ומניחים אותם בין חביות יין אפילו אם רוב גנבי העיר עובדי כוכבים מותר דשמא לא באו אלא בשביל הממון וכשראו שהוא יין לא נגעו בו: הגה וכל זה מיירי שראינו ריעותא כגון שהיו תחילה סתומות ונפתחו אבל אם היו סתומות ונמצאו סתומות או שהיו כולם פתוחות ולא נמצא בהם ריעותא הכל שרי (בב״י ריב״ש סי׳ תכ״ד ומרדכי ואגודה וראב״ן) דסתם גנב אינו לוקח יין ואם היה במקצתן ריעותא ונפתחו האחרים שאין אנו רואים בהן ריעותא הכל שרי (בב״י ומרדכי ס״פ ר״י תשובת מוהר״ם) וי״א שכל זה מיירי שיש גנבים ידועים מן העובדי כוכבים (כן משמע במרדכי פר״י והביאו הבית יוסף) אבל אם ידוע גנב אחד מישראל ומעובד כוכבים אינו ידוע תלינן בישראל הידוע ועיין לעיל סימן קכ״ח עוד מדינים אלו:

11. רוב וקרוב — la cour, la barrique flottante et le vignoble (seifim 16-19)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

La fin du siman traite quatre cas où le vin est trouvé sans qu'on sache d'où il vient, ou déposé là où la main d'autrui peut l'atteindre. Une seule règle les gouverne — רוב וקרוב הולכין אחר הרוב — et la question intéressante est de savoir pourquoi elle ne s'applique pas au seif 11.

La cour partagée, et la sougya des טהרות « חצר שחלקה במסיפס, אמר רב: טהרותיו טמאות, ובגוי אינו עושה יין נסך, ורבי יוחנן אמר: אף טהרותיו טהורות » (עבודה זרה ע׳ ע״ב) La Guemara y oppose deux beraïtot sur le ‘haver et le ‘am ha-arets — cour intérieure et extérieure d'un côté, toits superposés de l'autre — et Rabbi Yo'hanan répond que là il a de quoi se dérober : אימצורי קא ממצרנא, “je ne fais que rectifier ma limite”. La halakha du Mehaber suit la permission : « וכן אם היה גגו של ישראל למעלה מגגו של עובד כוכבים וחלוקים ביתידות מניח שם יינו אע״פ שידו מגעת שם » (שו״ע יו״ד קכ״ט:ט״ז)
Le Taz corrige une lettre du Mehaber Le Mehaber écrit “et ils sont séparés par des piquets” à propos des toits. Le Taz s'en étonne : des toits sont déjà séparés l'un de l'autre, et la Guemara ne parle pas de piquets à leur sujet. « ונראה דהך וחלוקים הוה כמו או חלוקים » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ה) et il le prouve par le Rambam, qui écrit expressément אוֹ : « וְכֵן שְׁנֵי גַּגִּין שֶׁהָיָה גַּג יִשְׂרָאֵל לְמַעְלָה וְגַג הָעַכּוּ״ם לְמַטָּה. אוֹ שֶׁהָיוּ זֶה בְּצַד זֶה וְיֵשׁ בֵּינֵיהֶן מְסִיפִים » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ג הלכה ז׳) Il ajoute que le moteur reste le même que partout : ובכל זה הטעם שהעובד כוכבים נתפס עליו כגנב. Le seif 16 n'est donc pas une exception au siman : il en est un cas particulier, où le partage matériel crée la culpabilité.
La barrique dans le fleuve « עד שמוכיח קורבתה שהיא של עובד כוכבים מניחים הקרוב והולכים אחר הרוב » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ז) Le Chakh ס״ק ל״ח note que cela vaut même contre une proximité démonstrative, et renvoie au seif 18 : « החבית אסורה דאזלינן בתר רובא אף ע״ג דאיכא קורבא דמוכח דשל ישראל היתה » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ח)
Pourquoi la שכונה l'emporte et la קורבה דמוכח non Les deux clauses semblent se contredire : au seif 11, un quartier juif minoritaire l'emporte sur la majorité de la ville ; au seif 18, une proximité évidente ne l'emporte pas sur la majorité des vignes. Le Chakh a déjà donné la clef au ס״ק כ״ז : dans le premier cas l'objet est dans le quartier, dans le second il est à côté des vignes. La proximité est une probabilité, l'inclusion est une appartenance. Et le même Chakh applique le principe au seif 18 lui-même : « אבל בלא האי טעמא הוה שרי דאף על גב דאפי׳ בקורבה דמוכח אזלינן בתר רובא הכא כיון שנמצא בתוך הכרם עדיף טפי » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק מ׳) Sans la raison particulière du Tour — on ne cache pas dans la vigne même qu'on a volée — la barrique trouvée dans la vigne aurait donc été permise, exactement comme le quartier du seif 11.
Le Taz et le אין צריך לומר du seif 18 Le Taz trouve la clause doublement étrange : pourquoi un a fortiori, et pourquoi le Tour a-t-il eu besoin d'une raison supplémentaire là où le רוב suffisait déjà ? Sa réponse : « ונראה דהאי אצ״ל מיירי שהכרם הוא מופרש לגמרי ואין סביבו לא כרם ישראל ולא כרם עובד כוכבים » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ז) Une vigne isolée, sans aucune voisine, ne peut plus être jugée par un rov de vignes : on penserait à la suivre elle-même, comme le Michmeret HaBayit le faisait pour le quartier. C'est là que le Tour a besoin de sa raison propre — et l'on voit que le Taz lit toute la fin du siman à travers le ס״ק י״ז.
Les outres, et la petite qui équilibre la charge « שהגדולים מוכיחים על הקטנים שהם משופכי יין והרי רובם ישראל והקטנים להכריע המשא באו » (שו״ע יו״ד קכ״ט:י״ט) Le Taz reprend l'image de Rachi, et elle mérite d'être vue : une petite outre ne prouve rien par elle-même, mais accolée à une grande elle cesse d'être un bagage de voyageur pour devenir un contrepoids. « פי׳ כשיש שני נודות זה גדול וזה קטן והגדול מכביד קצת המשא לצד אחד מניחין נוד קטן אצלו להשוות המשא » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ח) La halakha suit ici une inférence de forme, non de nombre : ce n'est pas la majorité des outres qui décide, c'est la manière dont les grandes expliquent les petites.

12. בזמן הזה — le yessod du Chakh, et le dernier mot du siman (seifim 14, 20)

↩ Explication détaillée (niveau 1)

Le siman s'achève sur une question de méthode qui vaut pour tout le bloc du yayin nessekh, et qui est peut-être la contribution la plus durable du Chakh : lorsque le Rama a écrit une fois, à l'endroit principal, que de notre temps il n'y a plus de libation, faut-il le répéter à chaque seif ? Et le Taz, sur un autre seif, tire de la même prémisse une conclusion rigoureuse.

Le Ba'h s'étonne du silence du Rama Au seif 4, le Rama n'a rien glosé alors qu'au siman 128 il avait écrit qu'aujourd'hui on ne craint le contact que s'il y a profit. Le Chakh répond, et sa réponse est un principe de lecture : « אלא ודאי כיון שכתב הרב בעיקר דוכתא דדינא דבזה״ז שרי א״כ ממילא משתמע דכל מ״ש המחבר אינו אלא לסברתו מצד הדין ואטו כי רוכלא ליחשב וליזיל » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק י״ד) ואטו כי רוכלא ליחשב וליזיל — “doit-il, comme un colporteur, énumérer sa marchandise en marchant ?” Une fois la règle posée à sa place, le silence n'est pas une rétractation : c'est l'économie d'une répétition. Tout ce que le Mehaber écrit après relève de sa propre logique, non de la halakha reçue.
La dernière ligne du Rama « מיהו בזמן הזה דאין העובדי כוכבים מנסכים שרי » (שו״ע יו״ד קכ״ט:כ) Elle porte sur le cas de la servante qui a refermé les robinets. Le Taz en limite exactement la portée : « זה קאי אהך דינא דנקט בסוף לחוד דכיון דרגלים לדבר כו׳ » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק ל״ב) Elle ne s'applique donc qu'au dernier cas, celui où il y a des רגלים לדבר. Pour les deux premiers, l'indulgence tient déjà à ce qu'elle n'est pas crue.
Le renvoi impossible du Rama Le Rama renvoie, à la fin du seif 20, aux simanim 123 et 124. Le Chakh consacre son dernier ס״ק à montrer que le renvoi imprimé était autre, et qu'il ne peut pas être : « כן הוא בספרים ובעט״ז וכן הוא בד״מ ולא ידעתי שום ענין שם לכאן ונראה דטעות הוא וצ״ל סי׳ קכ״ד או צ״ל סי׳ קכ״ח » (ש״ך יו״ד קכ״ט ס״ק מ״ג) C'est la seconde fois dans ce siman qu'un a'haron reconstitue la bibliothèque du Rama pour comprendre sa glose. La première était le ס״ק כ״א sur la teshouva du Roch. Ces deux passages sont, ensemble, la meilleure leçon de méthode du chapitre : une glose se lit avec son livre ouvert.
Et le même “de notre temps” peut aggraver Au seif 14, la Guemara permet le vin d'une réunion où se trouve une prostituée non-Juive, parce que le penchant à la libation n'est pas aussi violent que le penchant à la faute. Le Taz refuse de transposer : « ע״כ נראה לי דחמרא של אותן הפושעים בזנות עובדי כוכבים ודאי אסור לדידן » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ד) Son raisonnement est de droit et non de morale : la Guemara raisonnait sur un interdit très lourd, dont on se tenait loin ; aujourd'hui l'interdit est léger aux yeux du public, et l'on tient au contraire pour règle que הנחשד על החמור נחשד על הקל. La même prémisse — le relâchement du temps — sert au Chakh à alléger et au Taz à aggraver.
Et là où le Rambam lui-même a dit “on va trop loin” Le seif 13 exige, pour un pressoir humide, rinçage et essuyage. Le Taz rapporte que le Rambam a clos la halakha par un aveu : « והרמב״ם סיים אחר דין זה והרחקה יתירה היא » (ט״ז יו״ד קכ״ט ס״ק כ״ג) « וְאִם לָאו מֵדִיחַ בִּלְבַד וְזוֹ הַרְחָקָה יְתֵרָה » (רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק י״ב הלכה כ״ז) Le Chakh, de son côté, donne la raison pour laquelle il faut craindre ici alors qu'ailleurs le contact d'un non-Juif près d'une cuve ne fait rien : il ne redoute pas de toucher, parce qu'il croit que ce fond de liquide n'a aucune valeur.
Le yessod du siman Vingt seifim, et un seul objet : ce que le non-Juif croit de la situation dans laquelle on l'a laissé. Ni le vin ni la porte ne décident — sa représentation décide. C'est pourquoi le siman peut permettre un vin ouvert dans une pièce sans témoin (seif 10) et interdire un vin dont le maître revient sur les talons du porteur (seif 1) : dans le premier cas il ne peut pas exclure un regard, dans le second il se sait devenu dépositaire. Le Taz l'a écrit en cinq mots au ס״ק י״א — אם חושב העובד כוכבים שהאמין לו היין — et cette phrase, prise au sérieux, réorganise le siman entier : la בהלה du seif 9 n'est plus une circonstance mais une preuve, l'oubli du verrou au seif 8 est une בהלה matérialisée, et l'annonce du départ au seif 1 n'est pas un calcul de minutes mais un transfert de confiance. Ce que le siman 130 achèvera par un sceau, le siman 129 l'obtient sans rien fermer : en laissant l'autre dans l'incertitude où se tient tout homme surveillé.

📊 Récapitulatif

Tableau — le siman seif par seif

SeifCe qui est jugéLa glose du Rama
א׳Boutique, barque, porteur : permis, même longtemps — sauf si l'on sait qu'il a fermé, ou s'il n'y a pas de chemin détourné, ou si l'éloignement a été annoncéLekhathila on ne laisse pas ; et יש אומרים : un seul sceau suffit, sur quoi l'on s'appuie en cas de grande perte
ב׳Le chemin détourné ne permet que si le non-Juif est seul : deux se répartissent le guet
ג׳Fûts entièrement ouverts : permis en barque et en boutique, non chez le porteur — même entamés
ד׳Même s'il a annoncé son départ : bouché, entre les pressoirs, permis — il craint les passants, fussent-ils non-Juifs
ה׳La clef remise : permis, même si aucun Juif ne reste en ville, même s'il a annoncé son départ ; ויש מי שאומר : interdit dès l'annonceOn suit la première opinion ; s'il est entré, tout dépend du “pris pour voleur”, de la porte verrouillée et de la fente — et les gens du gouverneur ne craignent rien
ו׳Le chofar du vendredi soir : permis s'il y a un chemin détourné et un seul non-Juif, même au-delà de deux mille coudées
ז׳L'appel à la prière : permis ; mais s'ils buvaient du même vin — celui de la table est interdit, et hors de la table selon l'extension du bras
ח׳Le verrou engagé sans le tour de clef, découvert des jours plus tard : permisMotif : il ne savait pas que le Juif s'éloignait — motif que le Taz ס״ק י״ד et le Chakh ס״ק כ״א montrent contraire à la teshouva du Roch
ט׳Sortis tous deux en hâte, le non-Juif rentré le premier et ayant fermé : le vin ouvert reste permisEt seulement s'ils sont sortis en hâte ; sinon le vin est interdit
י׳Caché parmi les fûts par peur d'un lion, porte fermée derrière lui : permis, même ouverts
י״אVoleurs : on suit la majorité des voleurs de la ville ; ismaélites — interdit à la boisson, permis au profit ; le quartier juif fait sa propre majorité ; et l'argent caché dans les fûts permetTout cela seulement si l'on a vu une ריעותא ; sans ריעותא tout est permis ; et un voleur juif connu suffit à y rattacher
י״בDétachement en temps de paix : les ouverts interdits même bouchés de bois, les scellés d'argile permis ; en temps de guerre, tout est permis
י״גTrouvé debout près du pressoir : s'il y a de quoi mouiller deux mains, rinçage et essuyage ; sinon rinçage seul
י״דProstituée non-Juive dans une réunion juive : permis ; prostituée juive chez des non-Juifs : son vin est interdit lui aussi
ט״וIl a introduit une prostituée et fermé la porte ; le vin trouvé comme on l'a laissé : permis
ט״זCour partagée par des piquets, toit au-dessus d'un toit : permis même à portée de bras
י״זBarrique flottant sur le fleuve : barrages et écluses la rattachent à la ville en vis-à-vis ; sinon on suit la majorité des environsEt seulement si elle est bouchée ; entièrement ouverte, le vin est interdit
י״חBarrique trouvée dans une vigne : on suit la majorité des vignes, même contre une proximité démonstrative ; et de même pour alléger
י״טOutres jetées sur la route : les grandes suivent la majorité de ceux qui versent le vin, les petites la majorité des voyageurs — et les grandes expliquent les petites
כ׳Entrepôt fermé à une clef, trouvé ouvert, et un non-Juif reconnaît être entré puiser de l'eau : permisLa servante n'est pas crue sur ce qu'elle a pris ; mais si elle a rebouché les robinets, avec des רגלים לדבר, le vin est interdit — et de nos jours permis

Tableau — les ma’hlokot centrales

SujetChita א׳Chita ב׳
Où faut-il un דרך עקלתון ?Le Ran — seulement quand il tient le fût ; le Taz ס״ק ב — jamais entre les maisonsLe Rachba — aussi en charrette et en barque ; le Tour et le Ba'h — partout
La fenêtre au-dessus de la porteLe Beit Yossef — elle interdit, car il voit venirLe Taz ס״ק ב — au contraire elle permet, comme les trous du siman 128
Que faut-il avoir annoncé ?Le Raavad et le Rachba — explicitement, et de la durée du barème (le Taz ס״ק ד tranche ainsi)Le Roch — même une annonce vague ; et le Chakh ס״ק כ׳ : voir partir vaut entendre dire
Prier contre se baignerLe Rachba — ce qui peut se faire ici permet, le reste non (et lui-même : צריך תלמוד)Le Tour — aucune distinction ; le Ra'ah, le Chakh ס״ק כ׳ et le Taz ס״ק י״א — c'est la טירדא qui permet
La clef confiéeRabbenou Tam, le Roch, le Ran, le Rama — permis même s'il a annoncé son départLe Ramban — interdit dès l'annonce, fût-il pris pour un voleur
Faut-il dire “garde-moi cette clef” ?Le Rambam (מאכלות אסורות י״ג:ב) — la parole est requiseLe Beit Yossef, le Taz ס״ק י׳ et le Chakh ס״ק ט״ו — même remise sans un mot
La glose du seif 8 et la teshouva du RochLe Rama tel qu'imprimé — l'ignorance de l'éloignement est décisiveLe Taz ס״ק י״ד — לא דק ; le Chakh ס״ק כ״א — une édition fautive, et וצ״ע
À quoi sert la בהלה du seif 9 ?Le Beit Yossef — à écarter la crainte qu'il l'ait vu au marchéLe Taz ס״ק ט״ו — à prouver qu'il ne lui a rien confié ; et l'avoir vu interdit malgré la hâte
Les fûts sans ריעותאLe Rama et le Taz ס״ק כ׳ — hors du champ du רובLe Rachba dans sa teshouva (rapportée au siman 128) — il aurait pu les vérifier toutes
Le quartier juif contre la villeLe Ra'ah — רוב וקרוב הולכין אחר הרוב, donc pas de quartierLe Rachba (משמרת הבית), le Taz ס״ק י״ז, le Chakh ס״ק כ״ז — un מיעוט מובדל fait sa propre population
Portes du quartier verrouillées la nuitLe Roch l'exige (et le Ba'h veut s'y appuyer en cas de grande perte)Le Chakh ס״ק כ״ו — les deux parlent de cas différents et לא פליגי ; le Taz ס״ק י״ח — c'est même une raison plus forte
Ce que “de notre temps” produitLe Chakh ס״ק י״ד — une indulgence générale, écrite une fois pour toutesLe Taz ס״ק כ״ד — au seif 14 au contraire une rigueur : הנחשד על החמור נחשד על הקל

Tableau — les sources de la sougya

Guemara : עבודה זרה ס״ט ע״א–ע״ב (המשנה, הצריכותא, דרך עקלתון, שייכא) · עבודה זרה ע׳ ע״א (ביזעא, אישתמוטי, נתפס כגנב, קל צלויי, קל שיפורי, אריא, גנבי) · עבודה זרה ע׳ ע״ב (איקלידא, מסיפס, בולשת) · עבודה זרה ע״א ע״א (לנסך אין פנאי)
Richonim : רש״י · רשב״ם · תוספות · הרי״ף · הרמב״ם (הלכות מאכלות אסורות פרקים י״ב–י״ג) · הראב״ד · הרמב״ן · הרשב״א (תורת הבית הארוך והקצר, משמרת הבית) · הרא״ה (בדק הבית) · הר״ן · הרא״ש (פסקים ותשובה כלל י״ט) · ר״ת · ר״י · ראב״ן · המרדכי · סמ״ג · אגודה · הגהות אשירי · רבנו ירוחם · הטור
A’haronim : בית יוסף · דרכי משה · רמ״א · ש״ך (שפתי כהן) · ט״ז (טורי זהב) · ב״ח · פרישה · דרישה · עטרת זהב (עט״ז) · הריב״ש (סימן תכ״ד) · תשובת מהר״ם · תשובת מהרי״ל · משאת בנימין · מבי״ט · תשב״ץ

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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
Pilpoul et iyoun sur le vin laissé sans surveillance · Siman 129 · ⚡ Niveau 2 — Lamdan
⚠️ Ce contenu est destiné à l’étude et à l’iyoun. Pour toute application pratique (לְמַעֲשֶׂה), consultez un Rav qualifié.

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