Quand ce n’est plus le vin qu’on juge, mais le travail fait autour de lui : se louer, louer sa bête, son bateau et sa cave, l’argent broyé et les fruits brûlés, le flacon posé sur l’âne, cent tonneaux pour cent peroutot, le gage pris sur celui qui travaille gratuitement, le serveur, l’interprète et le crieur, la garde gratuite et les tonneaux qu’on est payé pour briser (Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 133 — 7 seifim)
כשם שאסור למכור סתם יינם וליהנות בו כך אסור להשתכר בו
De même qu’il est interdit de vendre du stam yeinam et d’en tirer profit, de même il est interdit d’en percevoir un salaire. La première phrase du siman en donne toute la mesure : ce n’est plus le vin qui est en cause, c’est ce qu’on gagne à côté de lui.
Choulhan Aroukh, Yoreh De'ah 133:1
Les 4 niveaux d’étude
NIVEAU 01
רמת המתחיל
Base — Débutant & Intermédiaire
Texte hébreu des 7 seifim avec traduction française fluide. Le salaire du travail fait sur le vin, l’argent qu’on broie et les fruits qu’on brûle, le flacon posé sur l’âne loué, les deux libellés du contrat, le gage, le serveur et l’interprète, la garde gratuite et les tonneaux brisés — expliqués pas à pas avec des exemples concrets.
Pilpoul approfondi : la ḥakira entre extension de l’interdit et קנס, le gueder de l’איבוד entre broyer et éloigner, le Taz contre le Beit Yossef sur le cimetière, le Ba’h contre le Chakh sur le salaire encaissé d’avance, la ma’hloket Raavad/Ramban sur la תקנה du tonneau isolé, et la preuve du Rachba tirée du מכוש אחרון.
Tableaux-maîtres des sept seifim, les trois questions-réflexes, le sort de ce qu’on a reçu, les deux libellés du contrat, la ma’hloket Chakh/Taz, les six règles d’or, la mnémonique « ש.כ.ר » et les cinq pièges classiques.
La halakha pratique selon le ש״ך, le ט״ז, le באר היטב et les פתחי תשובה, puis les cas contemporains — transport, entrepôt, service, destruction d’un stock. Note : l’Admour HaZaken n’a pas écrit de Choulhan Aroukh sur Yoreh De'ah — niveau de psak, non “Daat HaRav”.
Pourquoi le salaire d’un travail fait sur du vin interdit est-il lui-même interdit ?
Parce que ce n’est pas une règle sur l’argent mais une pénalité contre un homme. La Guemara propose deux fondements et les écarte l’un après l’autre, avant de conclure : « קְנָס הוּא שֶׁקָּנְסוּ חֲכָמִים בַּחֲמָרִין וּבְיֵין נֶסֶךְ » (עבודה זרה ס״ב ע״א). Le Chakh ouvre son commentaire là-dessus, pour écarter la lecture qui ferait de la chemita le modèle : « כלומר דל״ת כדקס״ד מעיקרא דש״ס ר״פ בתרא דעבודת כוכבים דהוי בעי למימר דיי״נ דמי לשביעית דמכירה אסור ושכרו מותר אלא לא דמי לשביעית אלא משום קנס החמירו ביי״נ דשכרו ג״כ אסור כדמסיק ש״ס התם » (ש״ך יו״ד קל״ג ס״ק א). Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
Un flacon de vin sur l’âne loué rend-il le salaire interdit ?
Non, et c’est le seif 2 : « השכיר לו חמורו לרכוב עליו אע״פ שהניח לגינו של יין עליו או שהשכיר לו ספינתו להוליך בה סחורתו אף ע״פ שנותן בה גם מאכליו ומשקיו שכרו מותר כיון שעיקר השכירות לא היה בשביל יין נסך » (שו״ע יו״ד קל״ג:ב). Le Chakh en donne le test : « אע״ג דמן הדין יכול להניח עליו לגינו אפ״ה הואיל שאם לא הניח עליו לגינו אינו יכול לומר לו נכה לי משכר הלגין הרי הוא כאלו לא שכרו לכך. ש״ס » (ש״ך יו״ד קל״ג ס״ק ה). Autrement dit : le prix baisserait-il si le vin n’était pas là ? Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
Cent tonneaux dont un de vin : peut-on sauver quelque chose ?
Le Mehaber interdit tout le salaire dans un forfait. Sur le remède, le Chakh est net : « ולא מהני הולכת הנאה לים המלח כדלקמן סימן קל״ד דהכא כיון שקבלנות היא כולי אגרא אחדא וחדא יהיב ליה וגם אפשר שאלו הודיעו מתחלה שאין מעביר לו אותו חבית שמא לא היה שוכרו כלל כן הסכימו רוב הפוסקים וכ״פ ב״י והאחרונים » (ש״ך יו״ד קל״ג ס״ק ו). Le Taz admet un remède, mais après réception seulement — position minoritaire. Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
Travailler gratuitement met-il à l’abri ?
Non : « היה עושה עמו ביין בחנם ממשכנים מנכסיו כנגד שכרו » (שו״ע יו״ד קל״ג:ד). Le Taz donne les deux qualifications possibles : « פירוש הב״ד יקחו ממנו משכון בעבור הנאתו שיחזיק לו העובד כוכבים טובה על זה וכתב רש״ל קנסא בעלמא הוא » (ט״ז יו״ד קל״ג ס״ק ח). Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
Jusqu’où va l’allègement du Rama pour notre époque ?
Le Rama écrit : « ועיין לעיל סימן קכ״ג דבזמן הזה מקילין לענין היתר הנאה מסתם יינם ולכן אין להחמיר באלו הדינים רק ביין נסך גמור » (רמ״א יו״ד קל״ג:א). Mais le Chakh pose aussitôt la borne : « מיהו לכתחלה ודאי אין להשכיר עצמו או ביתו וכליו לסתם יינם וכן כתב ב״י בשם א״ח בשם מהר״מ ע״ש » (ש״ך יו״ד קל״ג ס״ק ד), et le Pit’hei Techouva rapporte le Radbaz, rigoureux même pour le stam yeinam quant au service : « עבה״ט של מהרי״ט ז״ל ועיין בתשובת הרדב״ז ח״א סימן כ״ב שכתב דראוי להחמיר אף בסתם יינם עיין שם » (פת״ש יו״ד קל״ג ס״ק א). Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.
Pourquoi le seif 7 permet-il ce que le seif 6 interdit ?
Parce que ce n’est pas le souhait qui est jugé, mais ce vers quoi il tend. Rav Nahman tranche : « אָמַר רַב נַחְמָן: יִשְׁבּוֹר, וְתָבֹא עָלָיו בְּרָכָה » (עבודה זרה ס״ג ע״ב), et le Beit Yossef en donne la définition : « שאע״פ שהוא רוצה בקיומם שלא ישתברו מאליהם עד שישברם הוא ויטול שכרם כל למעט תיפלה ש״ד כלומר דלא מיתסר רוצה בקיומו אלא כשהוא רוצה בקיומו כדי להשיב לבעליו או עד שימכור אבל רוצה בקיומו עד שיאבדנו הוא בידיו לא חשיב רוצה בקיומו » (בית יוסף יו״ד קל״ג). Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.