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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קל״ד — Le vin libé qui s’est mélangé

Ce qui se mesure dans un mélange, et ce qui ne se mesure pas
יורה דעה · סימן קל״ד
דִּין יַיִן שֶׁנִּתְנַסֵּךְ וְנִתְעָרֵב
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman 134 : les 13 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Les simanim précédents demandaient ce qui rend le vin interdit — le contact, le récipient, la garde. Celui-ci part d’un vin déjà interdit et pose une seule question, treize fois : que devient-il lorsqu’il se mêle à autre chose ? Et la réponse n’est jamais un chiffre unique : elle dépend du genre, du sens du versement, du calibre du jet et de ce que le goût fait à ce qui le reçoit.

Sujet : Le vin libé mélangé — מין במינו במשהו, ראשון ראשון בטל, צרצור קטן, ששה חלקים, הדחה, לשבח ולפגם
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״ד

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les 13 seifim, avec les gloses du Rama
2. Contexte : la michna d’Avoda Zara 73a et sa guemara
3. Les concepts-clés : מין במינו, נותן טעם, ראשון ראשון בטל, חוזר וניעור, רואין, הדחה, לפגם…
4. Le tableau récapitulatif : la mesure, cas par cas
5. Le Taz et le Chakh : six entrées-clés
6. Les gloses du Rama (הגה) : cinq interventions
7. Cas pratiques modernes : le vinaigre de vin, l’arôme, le grain, la bouteille renversée
8. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les 13 seifim

Le Siman 134 se lit en trois mouvements. Les seifim 1 à 7 traitent d’un liquide qui se mélange à un liquide, et y posent trois variables : le genre (du vin dans du vin, ou du vin dans de l’eau), le sens du versement, et le calibre du jet. Les seifim 8 à 12 quittent les liquides pour ce sur quoi le vin tombe — raisins, figues, orge, blé, gruaux — et la question devient celle de l’absorption et du rinçage. Le seif 13 ferme le siman sur le cas le plus courant de tous : les boissons fabriquées où l’on mêle du vin par habitude. Le Rama intervient cinq fois, et l’une de ses gloses — celle du seif 2 — commande toute la pratique ashkénaze jusqu’à aujourd’hui.

Seif 1 — Le vin libé dans du vin : le משהו, et le sens du versement

דין יין שנתנסך ונתערב. ובו י״ג סעיפים: יין שנתנסך לעבודת כוכבים שנתערב ביין של היתר אוסר בהנאה בכל שהוא בד״א כשהורק היין המותר על טפה של יין נסך אבל אם עירה יין נסך מצרצור קטן (פי׳ פך קטן) לתוך הבור של יין אפי׳ עירה כל היום כולו ראשון ראשון בטל עירה מהחבית בין שעירה מהמותר לאיסור או מהאיסור למותר הכל אסור מפני שהעמוד היורד מפי החבית גדול:

Titre du siman : la loi du vin qui a été libé et qui s’est mélangé ; et il comporte treize seifim.

Du vin qui a été libé à une idole et qui s’est mélangé à du vin permis rend interdit au profit, en quelque quantité que ce soit.

En quoi cela s’applique-t-il ? Lorsqu’on a versé le vin permis sur une goutte de yayin nesekh. Mais si l’on a versé du yayin nesekh d’un petit pot (explication : une petite cruche) dans la cuve de vin — même si l’on a versé tout le jour durant — chaque première quantité s’annule au fur et à mesure.

S’il a versé depuis le tonneau, que ce soit du permis vers l’interdit ou de l’interdit vers le permis, tout est interdit, parce que la colonne qui descend de la bouche du tonneau est grosse.

Tout le siman tient dans le renversement qu’opère ce seif. On croirait que la sévérité vient de la quantité — une goutte suffit. Elle vient en réalité de trois choses distinctes qu’il faut apprendre à séparer : le genre (du vin dans du vin), le sens du versement (qui est tombé sur qui), et le calibre du jet (un filet ou une colonne). Change l’une des trois, et la mesure change.

Seif 2 — Le vin interdit à la seule boisson, le tonneau, et la coutume de notre temps

יין שאינו אסור אלא בשתייה אינו אוסר אלא בששים נתערב סתם יינם ביין מותר הרי זה אוסר בכל שהוא בשתייה וימכר כולו לעובד כוכבים ולוקח דמי היין האסור שבו ומשליכו לים המלח ויהנה בשאר המעות וכן אם נתערבה חבית של יין נסך בין החביות הכל אסורים בשתייה ומותרים בהנאה ויוליך דמי אותה חבית לים המלח כשימכור הכל לעובד כוכבים וכן בחבית של סתם יינם: הגה הא דחבית של יין נסך אוסר כל החביות שנתערבה בהן היינו דוקא בחביות גדולות שחשובות ואינן בטלות אבל אם הם קטנים ואינם חשובים חד בתרי בטיל כמו בשאר איסורים (תא״ו נ׳ י״ז) ואפילו בגדולות אם נפל אחד מן התערובות לים או נשרף האחרים כולם מותרים כמו בשאר איסורים (ג״ז שם) וע״ל סימן ק״י ויש אומרים דכל סתם יינם בזמן הזה בטל בששים (תשובת הרא״ש כלל כ״ט ומרדכי פרק השוכר ובארוך כלל ט״ז דין י״ד ור״ש סוף תרומות וע״פ) וכן נוהגין להקל ובמקום דנתערב על ידי נצוק חבור כדלעיל סימן קכ״ו אין היין העליון מועיל ליין התחתון לבטל האיסור (ב״י):

Un vin qui n’est interdit qu’à la boisson ne rend interdit que par soixante.

Du stam yeinam qui s’est mélangé à du vin permis rend interdit à la boisson en quelque quantité que ce soit ; il vendra le tout à un non-Juif, prendra le prix du vin interdit qui s’y trouve et le jettera dans la mer Morte, et profitera du reste de l’argent. Et de même, si un tonneau de yayin nesekh s’est mélangé parmi des tonneaux, tous sont interdits à la boisson et permis au profit ; il portera le prix de ce tonneau-là à la mer Morte lorsqu’il vendra le tout à un non-Juif. Et de même pour un tonneau de stam yeinam.

Glose du Rama : ce qui a été dit — qu’un tonneau de yayin nesekh rend interdits tous les tonneaux avec lesquels il s’est mélangé — ne vaut que pour de grands tonneaux, qui sont importants et ne s’annulent pas ; mais s’ils sont petits et sans importance, un dans deux s’annule, comme pour les autres interdits (Toldot Adam veHava, netiv 17). Et même pour de grands, si l’un du mélange est tombé à la mer ou a brûlé, tous les autres sont permis, comme pour les autres interdits (ibid.) ; et voir plus haut le siman 110.

Et certains disent que tout stam yeinam, de nos jours, s’annule dans soixante (sources citées par le Rama : תשובת הרא״ש כלל כ״ט, מרדכי פרק השוכר, ובארוך כלל ט״ז דין י״ד, ור״ש סוף תרומות, וע״פ) — et telle est la coutume, d’alléger.

Et là où le mélange s’est fait par un jet continu, qui fait lien (נצוק חבור), comme il a été expliqué plus haut au siman 126, le vin d’en haut ne sert pas au vin d’en bas pour annuler l’interdit (Beit Yossef).

Le seif 2 fait deux choses. Il baisse d’abord la mesure pour un vin qui n’est interdit qu’à la boisson : soixante, comme partout ailleurs. Puis il ouvre la porte de sortie qui traverse tout le bloc — vendre le tout à un non-Juif en retranchant la valeur de l’interdit. La glose du Rama, elle, contient la phrase qui gouverne aujourd’hui toute la pratique ashkénaze : de nos jours, le stam yeinam s’annule dans soixante, et telle est la coutume.

Seif 3 — L’eau et le vin : deux genres, donc le goût

מים שנתערבו ביין או יין במים בנותן טעם מפני שהם מין בשאינו מינו. במה דברים אמורים שנפל המשקה המותר לתוך המשקה האסור אבל אם נפל המשקה האסור לתוך המשקה המותר ראשון ראשון בטל והוא שיורק מצרצור קטן שהיה מריק ויורד מעט מעט ואם נתרבה המשקה האסור עד שיש בו כדי ליתן טעם אוסר והיאך יהיו המים אסורים כגון שהיו נעבדים או תקרובת לעבודת כוכבים: הגה דבריו בכאן סותרים זה את זה דכתב דאם נפל המשקה האסור להיתר ראשון ראשון בטל ואח״כ כתב דאם נתרבה האסור חוזר ואוסר והוא מחלוקת בין הפוסקים ולענין דינא סברא אחרונה היא עיקר:

De l’eau qui s’est mélangée à du vin, ou du vin à de l’eau : par נותן טעם, parce qu’ils sont de genres différents.

En quoi cela s’applique-t-il ? Lorsque le liquide permis est tombé dans le liquide interdit. Mais si le liquide interdit est tombé dans le liquide permis, chaque première quantité s’annule — et cela, pourvu qu’il coule d’un petit pot qui se vidait et descendait peu à peu. Et si le liquide interdit s’est accumulé jusqu’à ce qu’il y ait de quoi donner du goût, il rend interdit.

Et comment de l’eau serait-elle interdite ? Par exemple si elle avait été adorée, ou offerte à une idole.

Glose du Rama : ses paroles, ici, se contredisent l’une l’autre : il a écrit que si le liquide interdit est tombé dans le permis, chaque première quantité s’annule, puis il a écrit que si l’interdit s’est accumulé, il redevient interdisant. C’est une ma‘hloket entre les décisionnaires ; et quant à la loi, la dernière opinion est l’essentiel.

Ce seif est le plus discuté du siman, et pour une raison qui saute aux yeux dès la deuxième lecture : il permet, puis il interdit, dans la même phrase. Le Rama le dit sans détour ; le Taz consacre à le défendre la plus longue note de tout le siman ; le Chakh conclut qu’un mot a sauté des éditions. Retiens pour l’instant la règle du Rama : quand l’interdit s’est accumulé jusqu’au goût, il interdit.

Seif 4 — La cruche d’eau tombée la première

בור של יין שנפל בתוכו קיתון של מים תחילה ואח״כ נפל לתוכו יין נסך רואין את יין ההיתר כאילו אינו והמים שנפלו משערים אם יש בהם כדי לבטל טעם אותו יין נסך הרי המים רבים עליו ומבטלים אותו ויהיה הכל מותר ואם סתם יינם נתערב ביין של היתר אפילו לא נפל לתוכו קיתון של מים אלא לבסוף אם יש במים כדי לבטל טעם היין האסור מותר:

Une cuve de vin dans laquelle est d’abord tombée une cruche d’eau, et où est tombé ensuite du yayin nesekh : on regarde le vin permis comme s’il n’était pas, et l’on évalue avec l’eau qui est tombée. S’il y a en elle de quoi annuler le goût de ce yayin nesekh, voici que l’eau l’emporte sur lui et l’annule, et tout sera permis.

Et si c’est du stam yeinam qui s’est mélangé à du vin permis, même si la cruche d’eau n’est tombée qu’à la fin : s’il y a dans l’eau de quoi annuler le goût du vin interdit, c’est permis.

Le mot décisif est תחילה — “ d’abord ”. L’eau qui arrive avant l’interdit peut être comptée comme si le vin permis n’existait pas ; l’eau qui arrive après ne le pourrait pas, puisque le vin permis a déjà rejoint l’interdit. Le Mehaber n’exige pourtant cet ordre que pour le yayin nesekh proprement dit : pour le stam yeinam, l’eau vaut même arrivée à la fin.

Seif 5 — Six parts d’eau

כמה יהא במים ויהא בהם כדי לבטל טעם היין ששה חלקים כנגדו וכל שיש במים כשיעור הזה מותר אפי׳ בשתייה: הגה ואם אין במים כשיעור הזה מוכר הכל לעובד כוכבים חוץ מדמי יין נסך שבו (הרשב״א הסכים בזה לדעת רבותיו ודלא כהר״ן פרק השוכר) מיהו לא ימכור לעובד כוכבים הרבה ביחד שמא יחזור וימכור המים לישראל (דעת התוספות) וה״ה בכל דבר הנאסר במשהו וניקח מן העובד כוכבים דינא הכי (ב״י בשם הר״ן שכ״כ בשם הראב״ד) ועי׳ לקמן סימן קל״ז אם נתן יין בכלים אסורים מחמת יין נסך כיצד משערים לבטלו:

Combien faut-il d’eau pour qu’il y ait de quoi annuler le goût du vin ? Six parts contre lui. Et dès qu’il y a dans l’eau cette mesure, c’est permis, même à la boisson.

Glose du Rama : et s’il n’y a pas dans l’eau cette mesure, il vend le tout à un non-Juif, hormis le prix du yayin nesekh qui s’y trouve (le Rachba s’est rangé en cela à l’avis de ses maîtres, et non comme le Ran au perek haSokher). Toutefois il ne vendra pas beaucoup en une seule fois à un non-Juif, de peur que celui-ci ne revende l’eau à un Juif (avis de Tossefot). Et il en va de même pour toute chose devenue interdite par un משהו et achetée d’un non-Juif (Beit Yossef au nom du Ran, qui l’écrit au nom du Raavad). Et voir plus loin le siman 137, si l’on a mis du vin dans des récipients devenus interdits à cause du yayin nesekh, comment on évalue pour l’annuler.

Six parts, et non soixante. Ce n’est pas une indulgence : c’est que le vin, dilué au-delà d’une certaine proportion, cesse d’être du vin. Le Taz montre d’où vient le chiffre — la sougya des deux coupes — et refuse le raisonnement qui le déduirait d’une simple majorité.

Seif 6 — Le vinaigre et le vin : genres différents

חומץ (של) עובד כוכבים שנפל לתוך יין של היתר או יין (של) עובד כוכבים שנפל לחומץ (של) היתר בנותן טעם:

Du vinaigre d’un non-Juif tombé dans du vin permis, ou du vin d’un non-Juif tombé dans du vinaigre permis : par נותן טעם.

Deux liquides, mais deux genres : le vinaigre n’est pas du vin. La mesure retombe donc au régime commun de tous les interdits, le goût.

Seif 7 — Vinaigre dans vinaigre : le même genre, malgré la matière

חומץ של יין של עובד כוכבים שנפל לתוך חומץ שכר אוסר בכל שהוא מפני שהוא במינו ששניהם חומץ הם:

Du vinaigre de vin d’un non-Juif tombé dans du vinaigre de bière rend interdit en quelque quantité que ce soit, parce qu’il est dans son genre — tous deux étant du vinaigre.

Et voici la contre-épreuve du seif précédent : du vinaigre de vin dans du vinaigre de bière. Les deux matières premières n’ont rien de commun — le raisin et l’orge — et pourtant c’est le même genre, parce que le genre se lit sur le nom, non sur l’origine.

Seif 8 — Le vin tombé sur des raisins

יין (של) עובד כוכבים בין ישן בין חדש שנפל על ענבים אם הם שלימות ידיחם והם מותרות באכילה ואם הם מבוקעות או שניטל עוקצן אם יש בו בנותן טעם אסורות באכילה ויעצרם וימכרם לעובד כוכבים חוץ מדמי יין נסך שבהן אבל לא ימכרם כמו שהן שמא יחזור וימכרם לישראל ואם אין בו כדי ליתן טעם מותרות באכילה:

Du vin d’un non-Juif, qu’il soit vieux ou nouveau, tombé sur des raisins : s’ils sont entiers, il les rincera et ils sont permis à la consommation.

Et s’ils sont fendus, ou qu’on leur a ôté le pédoncule : s’il y a de quoi donner du goût, ils sont interdits à la consommation ; il les pressera et les vendra à un non-Juif, hormis le prix du yayin nesekh qui s’y trouve — mais il ne les vendra pas tels quels, de peur qu’il ne les revende à un Juif. Et s’il n’y a pas de quoi donner du goût, ils sont permis à la consommation.

Le siman quitte ici les liquides pour les solides, et la question change : ce n’est plus “ combien ? ” mais “ le vin est-il entré ? ”. Un raisin entier est une peau fermée : le rinçage emporte tout. Un raisin fendu a déjà absorbé.

Seif 9 — Le vin tombé sur des figues

יין (של) עובד כוכבים שנפל על גבי תאנים מותרים מפני שהיין פוגם בטעם התאנים:

Du vin d’un non-Juif tombé sur des figues : elles sont permises, parce que le vin gâte le goût des figues.

Un seul seif, et il rappelle que l’interdit n’est pas une contagion mécanique : ce qui interdit, c’est un goût qui améliore. Le vin sur des figues gâte, donc ne dit rien.

Seif 10 — Les lentilles et l’orge : le rinçage, et le temps qui passe

נפל על עדשים ושעורים וכיוצא בהם ידיחם והם מותרים ואם עבר עליהם זמן רב ודאי בלעו ואין להם היתר בהדחה ומשערים אותם בנותן טעם:

S’il est tombé sur des lentilles, de l’orge et semblables : il les rincera, et elles sont permises.

Et s’il s’est écoulé sur elles un long temps, elles ont certainement absorbé, et il n’y a pas pour elles de permission par le rinçage ; on les évalue par נותן טעם.

La règle du rinçage a une horloge. Le seif ne la chiffre pas — il dit “ un long temps ” — et c’est précisément là que le Taz et le Chakh se sépareront.

Seif 11 — Le blé : la fente qui absorbe

נפל על גבי חטים אין להם היתר בהדחה מפני שמתוך שיש בהם סדק היין נבלע בהם לפיכך אם יש ביין כדי ליתן טעם אסורות באכילה ולא ימכרם לעובד כוכבים שמא יחזור וימכרם לישראל אלא כיצד עושה טוחן אותם ועושה מהם פת ומוכרה לעובד כוכבים שלא בפני ישראל ואם הוא במקום שנהגו לאכול פת עובד כוכבים אין להם תקנה (למכרם לעובד כוכבים כי אם בפרוסות שאסור לקנות מעובד כוכבים בכל מקום) (כל בו) (כדלעיל סימן קי״ב):

S’il est tombé sur du blé, il n’y a pas pour lui de permission par le rinçage, parce que le blé ayant une fente, le vin y est absorbé. C’est pourquoi, s’il y a dans le vin de quoi donner du goût, ils sont interdits à la consommation ; et il ne les vendra pas à un non-Juif, de peur qu’il ne les revende à un Juif.

Comment fait-il donc ? Il les moud, en fait du pain, et le vend à un non-Juif hors de la présence d’un Juif. Et si l’on est dans un lieu où l’usage est de manger du pain de non-Juif, il n’y a pour eux aucun remède (— de les lui vendre — sinon en tranches, car il est interdit d’en acheter à un non-Juif en tout lieu) (Kol Bo) (comme plus haut au siman 112).

Le blé est l’exception des grains, et pour une raison matérielle : il est fendu par nature. Rien n’en ressort donc par lavage, et le seif est réduit à chercher un débouché qui ne remette jamais ces grains dans une main juive.

Seif 12 — Les gruaux chauds et froids, et les épices imprégnées

חומץ יין של עובד כוכבים שנפל לתוך גריסין רותחין פוגמין ומותרים אבל לתוך צוננים משביחים ואסורים אפילו הרתיחן אח״כ וחזרו להיות טעם לפגם: הגה ובשמים הבלועים מיין נסך ונתנם לתבשיל אם יש ששים נגד יין הבלוע בהן הכל שרי אע״ג דהבשמים לטעמא עבידי הואיל ואין אסורים מחמת עצמן בטילי ואם היין שבהן הוי לפגם בתבשיל אפילו ס׳ אינו צריך (ב״י בשם הרשב״א):

Du vinaigre de vin d’un non-Juif tombé dans des gruaux bouillants les gâte, et ils sont permis. Mais dans des gruaux froids, il les améliore et ils sont interdits — même s’il les a fait bouillir ensuite et que le goût est redevenu gâtant.

Glose du Rama : et des épices imprégnées de yayin nesekh que l’on a mises dans un plat : s’il y a soixante contre le vin absorbé en elles, tout est permis. Bien que les épices soient faites pour le goût, puisqu’elles ne sont pas interdites par elles-mêmes, elles s’annulent. Et si le vin qui est en elles est gâtant dans le plat, même soixante n’est pas nécessaire (Beit Yossef au nom du Rachba).

Chaud ou froid, la même goutte de vinaigre donne deux lois opposées — et le seif ajoute la règle qui les verrouille : ce qui a commencé par améliorer ne se rattrape pas en gâtant ensuite.

Seif 13 — Les boissons des non-Juifs

כל המשקים של עובד כוכבים שדרכם לערב בהם יין או חומץ אסורים: הגה ועיין לעיל סימן קי״ד וכל זה במשקים שהיין והחומץ הוא בהם לשבח או שאינו פוגם אבל אם הוא לפגם כגון צבע שנתנו בהם חומץ או מלח שמבשלים עובדי כוכבים ונותנים בו יין או דם ללבנו (מרדכי פא״מ) או דיו של עובד כוכבים (ר״ת) מותר דכל זה הוי לפגם וה״ה בכל כיוצא בזה ויש מחמירים בדיו של עובד כוכבים מפני שלפעמים נותן קולמסו לתוך פיו והדיו עליו (ת״ה סימן קכ״ט כל בו בשם הר״ף) ועיין לעיל סימן קכ״ג דנוהגין היתר בדבר שנותנין בו חומץ הואיל והוי לפגם ונראה דהוא הדין בדיו אפילו היה בו ודאי יין נסך אינו אלא פגם ושרי כן נראה לי:

Toutes les boissons des non-Juifs dans lesquelles il est d’usage de mêler du vin ou du vinaigre sont interdites.

Glose du Rama : et voir plus haut le siman 114. Et tout ceci vaut pour des boissons où le vin et le vinaigre sont là pour améliorer, ou du moins ne gâtent pas. Mais si c’est pour gâter — comme une teinture dans laquelle on a mis du vinaigre, ou du sel que des non-Juifs font cuire et dans lequel ils mettent du vin ou du sang pour le blanchir (Mordekhi, perek Ein Maamidin), ou l’encre d’un non-Juif (Rabbenou Tam) — c’est permis, car tout cela est gâtant ; et il en va de même pour tout ce qui y ressemble.

Et certains sont stricts pour l’encre d’un non-Juif, parce qu’il met parfois son calame dans sa bouche alors que l’encre est dessus (Teroumat haDéchen, siman 129 ; Kol Bo au nom du Raf). Et voir plus haut le siman 123 : l’usage est de permettre une chose dans laquelle on met du vinaigre, puisque c’est gâtant ; et il semble qu’il en aille de même pour l’encre — même s’il y avait certainement du yayin nesekh dedans, ce n’est que gâtant, et c’est permis. Ainsi me semble-t-il.

Le seif qui ferme le siman est celui qui le rend quotidien. Il ne parle plus d’un accident mais d’une fabrication : une boisson dans laquelle il est d’usage de mettre du vin. Et la glose du Rama en donne aussitôt la limite — tout dépend si ce vin améliore ou s’il gâte.

2. Contexte — la michna d’Avoda Zara 73a et sa guemara

Tout le siman est le commentaire d’une seule michna, à la fin du perek haSokher. Elle donne d’un trait les deux mesures qui gouverneront les treize seifim :

« יֵין נֶסֶךְ אָסוּר וְאוֹסֵר בְּכׇל שֶׁהוּא, יַיִן בְּיַיִן וּמַיִם בְּמַיִם בְּכׇל שֶׁהוּא, יַיִן בְּמַיִם וּמַיִם בְּיַיִן בְּנוֹתֵן טַעַם » — עבודה זרה ע״ג ע״א

Puis elle énonce la règle en une ligne, et c’est de cette ligne que sortira le משהו du seif 1 :

« זֶה הַכְּלָל: מִין בְּמִינוֹ — בְּמַשֶּׁהוּ, וְשֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — בְּנוֹתֵן טַעַם » — עבודה זרה ע״ג ע״א

La guemara apporte alors la tradition de Rav Dimi, qui introduit le renversement du seif 1 — l’interdit versé dans le permis ne se compte pas comme le permis versé sur l’interdit :

« כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַמְעָרֶה יֵין נֶסֶךְ מֵחָבִית לַבּוֹר, אֲפִילּוּ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ — רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל » — עבודה זרה ע״ג ע״א

Rav Its’hak bar Yossef pose ensuite la limite qui deviendra la clause du Mehaber sur le petit pot et le tonneau :

« כִּי אֲתָא רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַמְעָרֶה יֵין נֶסֶךְ מִצַּרְצוּר קָטָן לְבוֹר, אֲפִילּוּ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ — רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל. וְדַוְקָא צַרְצוּר קָטָן, דְּלָא נְפִישׁ עַמּוּדֵיהּ, אֲבָל חָבִית דִּנְפִישׁ עַמּוּדֵיהּ — לָא » — עבודה זרה ע״ג ע״א

Ravin apporte la règle du seif 4 — l’eau qui permet de regarder le vin permis comme absent :

« כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: יֵין נֶסֶךְ שֶׁנָּפַל לַבּוֹר, וְנָפַל שָׁם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם — רוֹאִין אֶת הַהֶיתֵּר כְּאִילּוּ אֵינוֹ, וְהַשְּׁאָר מַיִם רָבִין עָלָיו וּמְבַטְּלִין אוֹתוֹ » — עבודה זרה ע״ג ע״א

Rav Chmouel bar Yehouda ajoute la condition du mot תחילה, et donne son revers : l’interdit qui retrouve son genre se réveille.

« לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁנָּפַל קִיתוֹן שֶׁל מַיִם תְּחִלָּה, אֲבָל לֹא נָפַל שָׁם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם תְּחִלָּה — מָצָא מִין אֶת מִינוֹ וְנֵיעוֹר » — עבודה זרה ע״ג ע״א

Le principe du רואין vient d’ailleurs : de la question de Rabbi Assi à Rabbi Yo’hanan sur deux coupes coupées d’eau. C’est de là que le Taz tirera les six parts du seif 5.

« שְׁנֵי כּוֹסוֹת, אֶחָד שֶׁל חוּלִּין וְאֶחָד שֶׁל תְּרוּמָה, וּמְזָגָן וְעֵירְבָן זֶה בָּזֶה — רוֹאִין אֶת הַהֶיתֵּר כְּאִילּוּ אֵינוֹ, וְהַשְּׁאָר מַיִם רָבִין עָלָיו וּמְבַטְּלִין אוֹתוֹ » — עבודה זרה ע״ג ע״ב

Reste la question de fond : pourquoi le vin est-il plus sévère que les autres interdits ? La guemara répond en trois mots, et c’est la clé du siman entier :

« בִּשְׁלָמָא יֵין נֶסֶךְ, מִשּׁוּם חוּמְרָא דַּעֲבוֹדָה זָרָה, אֶלָּא טֶבֶל מַאי טַעְמָא » — עבודה זרה ע״ג ע״ב

Le Rambam a rassemblé cette sougya en quatre halakhot, et le Mehaber les recopie presque mot pour mot dans ses quatre premiers seifim — le Taz le remarque expressément. Le Tour, lui, ouvre le siman en posant d’emblée la question qui occupera le Rama : le stam yeinam suit-il la même mesure que le vin réellement libé ?

« יַיִן שֶׁנִּתְנַסֵּךְ לְעַכּוּ״ם שֶׁנִּתְעָרֵב עִם הַיַּיִן הַכּל אָסוּר בַּהֲנָיָה בְּכָל שֶׁהוּא כְּמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ » — רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק ט״ז הלכה כ״ח
« יין נסך גמור שנתערב ביין של היתר אפילו כל שהוא אסור בהנאה אבל סתם יין שנתערב ביין של היתר כתב ר״ת שבטל בששים כמו שאר איסורין » — טור יו״ד קל״ד

Les grandes questions du siman

  1. Pourquoi une goutte suffit-elle ici, alors qu’ailleurs il faut soixante ? Parce que le vin dans le vin est du même genre, et que pour le vin de libation les Sages ont maintenu la sévérité du משהו — משום חומרא דעבודה זרה.
  2. Pourquoi le sens du versement change-t-il la loi ? Parce que ce qui est en place compte davantage que ce qui survient. Ce qui tombe goutte à goutte dans une masse permise s’y perd avant que la goutte suivante n’arrive.
  3. Pourquoi un petit pot et pas un tonneau ? Parce qu’un filet se dissout, et qu’une colonne arrive d’un bloc. Ce n’est pas la quantité totale qui décide, c’est le débit.
  4. Pourquoi l’eau permet-elle ce que le vin ne permet pas ? Parce que l’eau n’est pas du même genre : elle ne réveille rien, elle dilue. Et diluée au-delà de six parts, le vin cesse d’être du vin.
  5. Pourquoi le rinçage suffit-il parfois, et jamais pour le blé ? Parce que la question n’est plus de mesurer mais de savoir si le liquide est entré. Une peau ferme le retient dehors ; une fente le laisse passer.

3. Les concepts-clés de ce siman

מִין בְּמִינוֹle même genre. Du vin dans du vin, du vinaigre dans du vinaigre. Pour le vin de libation, cette identité fait tomber la mesure ordinaire : une quantité infime suffit à interdire. Le genre ne se lit pas sur la matière première mais sur le nom de la chose — c’est pourquoi le vinaigre de raisin et le vinaigre d’orge sont du même genre.
שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ · נוֹתֵן טַעַםun autre genre, et la mesure du goût. Du vin dans de l’eau, du vinaigre dans du vin. Là, on revient à la règle commune de tous les interdits : ce qui interdit, c’est un goût perceptible.
בְּכָל שֶׁהוּא · מַשֶּׁהוּen quelque quantité que ce soit. La sévérité propre au vin de libation dans son genre. Le siman en montre les deux visages : elle est extrême au seif 1, et le Rama l’écarte presque entièrement pour le stam yeinam de notre temps au seif 2.
רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵלchaque première quantité s’annule. Le vin interdit qui tombe goutte à goutte dans une masse permise s’y perd au fur et à mesure : la goutte suivante ne trouve plus d’interdit à réveiller. C’est le mécanisme central des seifim 1 et 3.
צַרְצוּר קָטָן · הָעַמּוּד הַיּוֹרֵדle petit pot, et la colonne qui descend. La condition matérielle du mécanisme précédent : il ne vaut que pour un filet. D’un tonneau, le jet arrive en bloc, et le mélange se fait d’un coup — dans les deux sens.
חוֹזֵר וְנֵיעוֹרl’interdit se réveille. Ce qui s’était annulé peu à peu peut redevenir interdisant si la quantité s’accumule jusqu’au goût, ou si l’interdit retrouve son propre genre. C’est le point de la glose du Rama au seif 3.
רוֹאִין אֶת הַהֶיתֵּר כְּאִילּוּ אֵינוֹon regarde le permis comme s’il n’était pas. Quand de l’eau est présente, on la fait compter seule contre l’interdit, sans lui adjoindre le vin permis. Le seif 4 exige pour cela que l’eau soit arrivée תחילה — sauf pour le stam yeinam.
שִׁשָּׁה חֲלָקִיםsix parts. La mesure du seif 5 : de l’eau six fois plus abondante que le vin interdit suffit. Ce n’est pas une majorité mais un seuil de dilution — au-delà, le vin n’est plus du vin.
סְתַם יֵינָםle vin ordinaire d’un non-Juif. À distinguer du vin réellement libé. Le seif 2 lui donne déjà une porte de sortie, et la glose du Rama y ajoute la coutume : de nos jours, il s’annule dans soixante.
הוֹלָכַת הֲנָאָה לְיָם הַמֶּלַחporter le bénéfice à la mer Morte. Le procédé du seif 2 : on vend tout à un non-Juif, on retranche la valeur du vin interdit et on la détruit. Ce qui reste est un gain licite.
הֲדָחָהle rinçage. Le remède des seifim 8 et 10, pour ce qui n’a pas absorbé. Il ne vaut que tant que le contact est récent — et jamais pour le blé, fendu par nature.
לְשֶׁבַח · לִפְגָםaméliorer · gâter. La ligne de partage des seifim 9, 12 et 13. Un goût qui gâte n’interdit pas ; et ce qui a commencé par améliorer ne se rattrape pas en gâtant ensuite.

4. Le tableau récapitulatif — la mesure, cas par cas

Toutes les situations du siman tiennent dans une grille à trois entrées : de quel genre, dans quel sens, et par quel jet.

SituationLa mesurePourquoi
Vin libé dans du vin permis, le permis versé sur l’interdit (seif 1)בכל שהואMême genre, et l’interdit est en place
Vin libé versé d’un petit pot dans du vin permis (seif 1)ראשון ראשון בטלChaque filet se perd avant le suivant
Versé d’un tonneau, dans un sens ou dans l’autre (seif 1)הכל אסורLa colonne arrive d’un bloc
Vin interdit à la seule boisson (seif 2)ששיםLa règle commune des interdits
Un tonneau de yayin nesekh parmi des tonneaux (seif 2)אסורים בשתייה ומותרים בהנאהLe prix d’un tonneau part à la mer Morte
Stam yeinam, de nos jours, selon la coutume (Rama, seif 2)בטל בששיםוכן נוהגין להקל
Eau et vin (seif 3)בנותן טעםGenres différents
L’interdit accumulé jusqu’au goût (seif 3, selon le Rama)חוזר ואוסרLa dernière opinion est l’essentiel
Eau tombée la première, puis du yayin nesekh (seif 4)רואין את ההיתר כאילו אינוL’eau seule est comptée
Combien d’eau (seif 5)ששה חלקיםAu-delà, le vin n’est plus du vin
Vinaigre dans du vin, vin dans du vinaigre (seif 6)בנותן טעםGenres différents
Vinaigre de vin dans du vinaigre de bière (seif 7)בכל שהואLe même genre : tous deux sont du vinaigre
Raisins entiers (seif 8), lentilles et orge récemment mouillées (seif 10)ידיחםRien n’est entré
Raisins fendus, grains longtemps imbibés (seifim 8 et 10)בנותן טעםL’absorption a eu lieu
Blé (seif 11)אין להם היתר בהדחהLa fente laisse passer le vin
Figues (seif 9), gruaux bouillants (seif 12)מותריםLe vin y gâte le goût
Boissons où l’on mêle du vin par habitude (seif 13)אסוריםCe n’est pas un accident, c’est une fabrication
Lis la colonne du milieu de haut en bas : la mesure ne descend jamais par indulgence, elle descend parce que l’une des trois variables a changé. Le siman n’assouplit rien ; il distingue.

5. Le Taz et le Chakh — sept entrées-clés

Trois entrées du Taz

Taz s.k. 5 — d’où viennent les six parts

Le chiffre du seif 5 n’est pas une estimation : le Taz le fait sortir de la sougya des deux coupes. Chaque coupe est coupée de trois parts d’eau ; on regarde le vin permis comme absent ; il reste donc six parts d’eau contre le vin interdit.
« רואין היין של חולין כאילו אינו ונמצא נשארו ששה חלקים מים מן היין של תרומה ומבטלין אותו כן פירש הראב״ד ור״י » — ט״ז יו״ד קל״ד ס״ק ה

Taz s.k. 9 — la vente n’est pas ouverte à tout vin

Le seif 8 permet de presser les raisins et de les vendre à un non-Juif en retranchant la valeur du vin. Le Taz, au nom du Maharchal, en délimite la portée : ce remède ne vaut que pour le stam yeinam, non pour un vin réellement libé.
« היינו בסתם יינם אבל ודאי יינם אין לו תקנה » — ט״ז יו״ד קל״ד ס״ק ט

Taz s.k. 10 — combien de temps dure “ un long temps ” ?

Le seif 10 ne chiffre pas le délai au-delà duquel le rinçage ne sert plus. Le Taz va le chercher dans le Tour, qui exige un rinçage immédiat ou presque, et il en conclut au plus court des deux sens possibles.
« משמע דזמן מועט הוא מועט דומיא דמיד וכל שיש שהות יותר מזה מקרי מרובה » — ט״ז יו״ד קל״ד ס״ק י

Quatre entrées du Chakh

Chakh s.k. 1 — pourquoi le sens du versement compte

C’est la phrase qui explique le seif 1 tout entier, et le Chakh la prend au Ran. Ce qui est en place a plus de poids que ce qui survient : voilà pourquoi une goutte d’interdit posée au fond interdit un tonneau de permis versé dessus, tandis que le même tonneau, s’il est en place, absorbe la goutte.
« וטעמא דמלתא שאותו דבר שעומד במקומו חשוב יותר מן הבא עליו » — ש״ך יו״ד קל״ד ס״ק א

Chakh s.k. 5 — la question du Ran sur le petit pot

Le Ran s’étonne : où est la frontière entre un petit pot et un tonneau ? Une loi ne se donne pas en mesures approximatives. Sa réponse — rapportée par le Chakh — déplace le critère : ce n’est pas la taille, c’est l’usage. On a coutume de vider une cuve avec un tonneau, donc tout ce qui reste dedans est déjà tenu pour mélangé.
« ולא ידעתי באיזה דבר החילוק שבין צרצור קטן לחבית דהיאך נתן דבריו לשיעורים בכיוצא בזה » — ש״ך יו״ד קל״ד ס״ק ה

Chakh s.k. 15 — la réserve qui suit la coutume

Le Ba’h avait conclu que, la coutume annulant le stam yeinam dans soixante, il n’y a plus rien à porter à la mer Morte. Le Chakh hésite, et sa raison est de méthode : l’allégement de notre époque est né d’une situation de perte, il ne peut donc pas servir à s’enrichir de plein gré.
« אבל איך יהנה לכתחלה מהיין נסך שנפל לשם אלא יוליך הנאה לים המלח ומותר בשתייה נ״ל » — ש״ך יו״ד קל״ד ס״ק ט״ו

Chakh s.k. 27 — l’horloge du rinçage, contre le Taz

Sur la même clause que le Taz, le Chakh donne un délai bien plus long : vingt-quatre heures, comme partout ailleurs pour un contact à froid. C’est l’un des rares endroits du siman où les deux grands commentateurs se séparent sur un chiffre pratique.
« נראה דמעת לעת בעינן כמ״ש לעיל סימן ק״ה ס״ק ב׳ » — ש״ך יו״ד קל״ד ס״ק כ״ז

6. Les gloses du Rama (הגה) — six interventions

Sur le seif 2, première glose — le tonneau qui s’annule

La règle du Mehaber vaut pour de grands tonneaux, qui sont des objets importants et ne se perdent donc pas dans une majorité. De petits contenants sans valeur propre s’annulent, eux, comme n’importe quel interdit.
« אבל אם הם קטנים ואינם חשובים חד בתרי בטיל כמו בשאר איסורים » — רמ״א יו״ד קל״ד:ב

Sur le seif 2, deuxième glose — la coutume de notre temps

C’est la ligne la plus lourde de conséquences du siman entier, et elle tient en trois mots après l’avis rapporté : telle est la coutume, d’alléger. Tout le niveau 4 en dépend.
« ויש אומרים דכל סתם יינם בזמן הזה בטל בששים » — רמ״א יו״ד קל״ד:ב

Sur le seif 3 — la contradiction, et la décision

Le Rama ne cherche pas à concilier : il constate que les deux moitiés du seif ne peuvent pas tenir ensemble, rattache le désaccord aux décisionnaires, et tranche pour la seconde. C’est ce qui met en mouvement toute la discussion du niveau 2.
« והוא מחלוקת בין הפוסקים ולענין דינא סברא אחרונה היא עיקר » — רמ״א יו״ד קל״ד:ג

Sur le seif 5 — vendre, mais pas en gros

Le Rama ouvre la sortie par la vente lorsque la dilution n’atteint pas six parts, puis il la referme aussitôt d’un cran : vendre en petites quantités, pour que la marchandise ne puisse pas revenir sur un marché juif.
« מיהו לא ימכור לעובד כוכבים הרבה ביחד שמא יחזור וימכור המים לישראל » — רמ״א יו״ד קל״ד:ה

Sur le seif 12 — les épices imprégnées

Une épice est faite pour donner du goût : on pourrait croire qu’elle ne s’annule jamais. Le Rama répond en distinguant l’objet de l’interdit : l’épice n’est pas interdite en elle-même, seul l’est ce qu’elle a bu.
« אע״ג דהבשמים לטעמא עבידי הואיל ואין אסורים מחמת עצמן בטילי » — רמ״א יו״ד קל״ד:י״ב

Sur le seif 13 — l’encre du non-Juif

Le Rama ferme le siman sur un cas mineur en apparence — l’encre — et il y met sa propre décision, en toutes lettres. Ce n’est pas un renvoi : c’est une conclusion personnelle, et il la signe.
« ונראה דהוא הדין בדיו אפילו היה בו ודאי יין נסך אינו אלא פגם ושרי כן נראה לי » — רמ״א יו״ד קל״ד:י״ג

7. Cas pratiques modernes

Cas 1 — Une bouteille de vin non cachère renversée dans une cuve

C’est la scène du seif 1, et la première question à poser n’est pas “ combien ? ” mais “ dans quel sens, et par quel jet ? ”. Le vin est-il tombé dans la masse permise, ou la masse permise a-t-elle été versée sur lui ? Et est-il arrivé en filet ou d’un coup ? Ensuite seulement vient la question du volume — et là, la glose du Rama au seif 2 change tout pour qui suit la coutume ashkénaze.

Cas 2 — Le vinaigre de vin dans une sauce ou une moutarde

Le seif 6 et le seif 7 se répondent, et c’est le second qui surprend. Du vinaigre de vin dans du vin est un autre genre et se mesure au goût ; mais du vinaigre de vin dans un autre vinaigre est du même genre, quelle qu’en soit la matière première. Un vinaigre d’alcool et un vinaigre de vin portent le même nom : c’est cela qui décide.

Cas 3 — Les arômes et extraits alcooliques

C’est le sujet du seif 13, transposé. Une boisson ou un arôme dans lesquels il est d’usage de mettre du vin n’est pas un accident isolé : le seif l’interdit par principe. Mais la glose du Rama en donne aussitôt la limite, et c’est la question à poser en pratique : ce vin y améliore-t-il, ou y gâte-t-il ?

Cas 4 — Du vin renversé sur des fruits ou des céréales

Les seifim 8 à 11 tiennent en une question : le liquide est-il entré ? Une peau intacte le retient dehors et le rinçage suffit ; un fruit ouvert, une graine fendue l’ont bu. Le blé est l’exemple extrême — le seif refuse d’emblée le rinçage. Et sur le délai au-delà duquel il est trop tard, le Taz (ס״ק י) et le Chakh (ס״ק כ״ז) ne disent pas la même chose.

Cas 5 — Des épices, un bouillon ou un fond de sauce ayant absorbé du vin

C’est exactement la glose du Rama au seif 12, et elle est plus indulgente qu’on ne l’attendrait : bien qu’une épice serve précisément à donner du goût, elle n’est pas interdite en elle-même, et l’on ne compte que le vin qu’elle a bu. Et si ce vin gâte le plat, la mesure elle-même devient inutile.

Cas 6 — Un produit acheté chez un non-Juif et interdit par un משהו

Le Rama, au seif 5, étend la vente-avec-retranchement à toute chose de cet ordre achetée d’un non-Juif — mais avec la restriction qui en fait le prix : ne pas revendre en gros. Un stock écoulé d’un bloc revient sur le marché, et la précaution s’annule d’elle-même.

8. Synthèse du Siman 134

En une phrase : un mélange ne se juge pas, il se mesure — et la mesure dépend de trois choses avant de dépendre du volume : le genre, le sens du versement, et le calibre du jet.

Tableau-mémoire

Ce que dit le simanEn hébreuRetenir
Le vin dans son propre genreמין במינו במשהוLa sévérité vient du genre, non de la quantité
Le vin dans un autre genreבנותן טעםOn retombe dans la règle commune
L’interdit versé peu à peu dans le permisראשון ראשון בטלCe qui est en place l’emporte sur ce qui survient
Le tonneauהעמוד היורד מפי החבית גדולLe débit, non le volume
Le stam yeinam de notre tempsוכן נוהגין להקלLa glose qui commande la pratique
L’eau tombée d’abordרואין את ההיתר כאילו אינוL’eau seule est comptée
La dilution suffisanteששה חלקיםAu-delà, le vin n’est plus du vin
Le vin sur des solidesידיחםTant que rien n’est entré
Le bléאין להם היתר בהדחהLa fente a déjà tout laissé passer
Ce qui gâteמותריםUn goût qui gâte n’interdit pas

Questions de compréhension

  1. Pourquoi le seif 1 interdit-il par un משהו, alors que le seif 3 exige un goût ? Quelle variable a changé entre les deux ?
  2. Deux versements de même volume, l’un depuis un petit pot et l’autre depuis un tonneau : pourquoi la loi diffère-t-elle ? Quelle phrase du Mehaber le dit ?
  3. Que veut dire exactement le mot תחילה au seif 4, et pour quel vin le Mehaber s’en dispense-t-il ?
  4. Le vinaigre de vin est du même genre que le vinaigre de bière (seif 7) mais d’un autre genre que le vin (seif 6). Sur quoi le genre se lit-il donc ?
  5. Où le Rama place-t-il la coutume des soixante, et quelle réserve le Chakh y ajoute-t-il ? Pourquoi cette réserve n’est-elle pas une simple sévérité ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
יורה דעה · סימן קל״ד · Niveau 1 — Initiation
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