Première approche du Siman 134 : les 13 seifim du Mehaber et les gloses du Rama, texte hébreu et traduction française fluide. Les simanim précédents demandaient ce qui rend le vin interdit — le contact, le récipient, la garde. Celui-ci part d’un vin déjà interdit et pose une seule question, treize fois : que devient-il lorsqu’il se mêle à autre chose ? Et la réponse n’est jamais un chiffre unique : elle dépend du genre, du sens du versement, du calibre du jet et de ce que le goût fait à ce qui le reçoit.
Sujet : Le vin libé mélangé — מין במינו במשהו, ראשון ראשון בטל, צרצור קטן, ששה חלקים, הדחה, לשבח ולפגם
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קל״ד
Compilation : הרב יוסף חיים סממה
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Le Siman 134 se lit en trois mouvements. Les seifim 1 à 7 traitent d’un liquide qui se mélange à un liquide, et y posent trois variables : le genre (du vin dans du vin, ou du vin dans de l’eau), le sens du versement, et le calibre du jet. Les seifim 8 à 12 quittent les liquides pour ce sur quoi le vin tombe — raisins, figues, orge, blé, gruaux — et la question devient celle de l’absorption et du rinçage. Le seif 13 ferme le siman sur le cas le plus courant de tous : les boissons fabriquées où l’on mêle du vin par habitude. Le Rama intervient cinq fois, et l’une de ses gloses — celle du seif 2 — commande toute la pratique ashkénaze jusqu’à aujourd’hui.
דין יין שנתנסך ונתערב. ובו י״ג סעיפים: יין שנתנסך לעבודת כוכבים שנתערב ביין של היתר אוסר בהנאה בכל שהוא בד״א כשהורק היין המותר על טפה של יין נסך אבל אם עירה יין נסך מצרצור קטן (פי׳ פך קטן) לתוך הבור של יין אפי׳ עירה כל היום כולו ראשון ראשון בטל עירה מהחבית בין שעירה מהמותר לאיסור או מהאיסור למותר הכל אסור מפני שהעמוד היורד מפי החבית גדול:
Titre du siman : la loi du vin qui a été libé et qui s’est mélangé ; et il comporte treize seifim.
Du vin qui a été libé à une idole et qui s’est mélangé à du vin permis rend interdit au profit, en quelque quantité que ce soit.
En quoi cela s’applique-t-il ? Lorsqu’on a versé le vin permis sur une goutte de yayin nesekh. Mais si l’on a versé du yayin nesekh d’un petit pot (explication : une petite cruche) dans la cuve de vin — même si l’on a versé tout le jour durant — chaque première quantité s’annule au fur et à mesure.
S’il a versé depuis le tonneau, que ce soit du permis vers l’interdit ou de l’interdit vers le permis, tout est interdit, parce que la colonne qui descend de la bouche du tonneau est grosse.
יין שאינו אסור אלא בשתייה אינו אוסר אלא בששים נתערב סתם יינם ביין מותר הרי זה אוסר בכל שהוא בשתייה וימכר כולו לעובד כוכבים ולוקח דמי היין האסור שבו ומשליכו לים המלח ויהנה בשאר המעות וכן אם נתערבה חבית של יין נסך בין החביות הכל אסורים בשתייה ומותרים בהנאה ויוליך דמי אותה חבית לים המלח כשימכור הכל לעובד כוכבים וכן בחבית של סתם יינם: הגה הא דחבית של יין נסך אוסר כל החביות שנתערבה בהן היינו דוקא בחביות גדולות שחשובות ואינן בטלות אבל אם הם קטנים ואינם חשובים חד בתרי בטיל כמו בשאר איסורים (תא״ו נ׳ י״ז) ואפילו בגדולות אם נפל אחד מן התערובות לים או נשרף האחרים כולם מותרים כמו בשאר איסורים (ג״ז שם) וע״ל סימן ק״י ויש אומרים דכל סתם יינם בזמן הזה בטל בששים (תשובת הרא״ש כלל כ״ט ומרדכי פרק השוכר ובארוך כלל ט״ז דין י״ד ור״ש סוף תרומות וע״פ) וכן נוהגין להקל ובמקום דנתערב על ידי נצוק חבור כדלעיל סימן קכ״ו אין היין העליון מועיל ליין התחתון לבטל האיסור (ב״י):
Un vin qui n’est interdit qu’à la boisson ne rend interdit que par soixante.
Du stam yeinam qui s’est mélangé à du vin permis rend interdit à la boisson en quelque quantité que ce soit ; il vendra le tout à un non-Juif, prendra le prix du vin interdit qui s’y trouve et le jettera dans la mer Morte, et profitera du reste de l’argent. Et de même, si un tonneau de yayin nesekh s’est mélangé parmi des tonneaux, tous sont interdits à la boisson et permis au profit ; il portera le prix de ce tonneau-là à la mer Morte lorsqu’il vendra le tout à un non-Juif. Et de même pour un tonneau de stam yeinam.
Glose du Rama : ce qui a été dit — qu’un tonneau de yayin nesekh rend interdits tous les tonneaux avec lesquels il s’est mélangé — ne vaut que pour de grands tonneaux, qui sont importants et ne s’annulent pas ; mais s’ils sont petits et sans importance, un dans deux s’annule, comme pour les autres interdits (Toldot Adam veHava, netiv 17). Et même pour de grands, si l’un du mélange est tombé à la mer ou a brûlé, tous les autres sont permis, comme pour les autres interdits (ibid.) ; et voir plus haut le siman 110.
Et certains disent que tout stam yeinam, de nos jours, s’annule dans soixante (sources citées par le Rama : תשובת הרא״ש כלל כ״ט, מרדכי פרק השוכר, ובארוך כלל ט״ז דין י״ד, ור״ש סוף תרומות, וע״פ) — et telle est la coutume, d’alléger.
Et là où le mélange s’est fait par un jet continu, qui fait lien (נצוק חבור), comme il a été expliqué plus haut au siman 126, le vin d’en haut ne sert pas au vin d’en bas pour annuler l’interdit (Beit Yossef).
מים שנתערבו ביין או יין במים בנותן טעם מפני שהם מין בשאינו מינו. במה דברים אמורים שנפל המשקה המותר לתוך המשקה האסור אבל אם נפל המשקה האסור לתוך המשקה המותר ראשון ראשון בטל והוא שיורק מצרצור קטן שהיה מריק ויורד מעט מעט ואם נתרבה המשקה האסור עד שיש בו כדי ליתן טעם אוסר והיאך יהיו המים אסורים כגון שהיו נעבדים או תקרובת לעבודת כוכבים: הגה דבריו בכאן סותרים זה את זה דכתב דאם נפל המשקה האסור להיתר ראשון ראשון בטל ואח״כ כתב דאם נתרבה האסור חוזר ואוסר והוא מחלוקת בין הפוסקים ולענין דינא סברא אחרונה היא עיקר:
De l’eau qui s’est mélangée à du vin, ou du vin à de l’eau : par נותן טעם, parce qu’ils sont de genres différents.
En quoi cela s’applique-t-il ? Lorsque le liquide permis est tombé dans le liquide interdit. Mais si le liquide interdit est tombé dans le liquide permis, chaque première quantité s’annule — et cela, pourvu qu’il coule d’un petit pot qui se vidait et descendait peu à peu. Et si le liquide interdit s’est accumulé jusqu’à ce qu’il y ait de quoi donner du goût, il rend interdit.
Et comment de l’eau serait-elle interdite ? Par exemple si elle avait été adorée, ou offerte à une idole.
Glose du Rama : ses paroles, ici, se contredisent l’une l’autre : il a écrit que si le liquide interdit est tombé dans le permis, chaque première quantité s’annule, puis il a écrit que si l’interdit s’est accumulé, il redevient interdisant. C’est une ma‘hloket entre les décisionnaires ; et quant à la loi, la dernière opinion est l’essentiel.
בור של יין שנפל בתוכו קיתון של מים תחילה ואח״כ נפל לתוכו יין נסך רואין את יין ההיתר כאילו אינו והמים שנפלו משערים אם יש בהם כדי לבטל טעם אותו יין נסך הרי המים רבים עליו ומבטלים אותו ויהיה הכל מותר ואם סתם יינם נתערב ביין של היתר אפילו לא נפל לתוכו קיתון של מים אלא לבסוף אם יש במים כדי לבטל טעם היין האסור מותר:
Une cuve de vin dans laquelle est d’abord tombée une cruche d’eau, et où est tombé ensuite du yayin nesekh : on regarde le vin permis comme s’il n’était pas, et l’on évalue avec l’eau qui est tombée. S’il y a en elle de quoi annuler le goût de ce yayin nesekh, voici que l’eau l’emporte sur lui et l’annule, et tout sera permis.
Et si c’est du stam yeinam qui s’est mélangé à du vin permis, même si la cruche d’eau n’est tombée qu’à la fin : s’il y a dans l’eau de quoi annuler le goût du vin interdit, c’est permis.
כמה יהא במים ויהא בהם כדי לבטל טעם היין ששה חלקים כנגדו וכל שיש במים כשיעור הזה מותר אפי׳ בשתייה: הגה ואם אין במים כשיעור הזה מוכר הכל לעובד כוכבים חוץ מדמי יין נסך שבו (הרשב״א הסכים בזה לדעת רבותיו ודלא כהר״ן פרק השוכר) מיהו לא ימכור לעובד כוכבים הרבה ביחד שמא יחזור וימכור המים לישראל (דעת התוספות) וה״ה בכל דבר הנאסר במשהו וניקח מן העובד כוכבים דינא הכי (ב״י בשם הר״ן שכ״כ בשם הראב״ד) ועי׳ לקמן סימן קל״ז אם נתן יין בכלים אסורים מחמת יין נסך כיצד משערים לבטלו:
Combien faut-il d’eau pour qu’il y ait de quoi annuler le goût du vin ? Six parts contre lui. Et dès qu’il y a dans l’eau cette mesure, c’est permis, même à la boisson.
Glose du Rama : et s’il n’y a pas dans l’eau cette mesure, il vend le tout à un non-Juif, hormis le prix du yayin nesekh qui s’y trouve (le Rachba s’est rangé en cela à l’avis de ses maîtres, et non comme le Ran au perek haSokher). Toutefois il ne vendra pas beaucoup en une seule fois à un non-Juif, de peur que celui-ci ne revende l’eau à un Juif (avis de Tossefot). Et il en va de même pour toute chose devenue interdite par un משהו et achetée d’un non-Juif (Beit Yossef au nom du Ran, qui l’écrit au nom du Raavad). Et voir plus loin le siman 137, si l’on a mis du vin dans des récipients devenus interdits à cause du yayin nesekh, comment on évalue pour l’annuler.
חומץ (של) עובד כוכבים שנפל לתוך יין של היתר או יין (של) עובד כוכבים שנפל לחומץ (של) היתר בנותן טעם:
Du vinaigre d’un non-Juif tombé dans du vin permis, ou du vin d’un non-Juif tombé dans du vinaigre permis : par נותן טעם.
חומץ של יין של עובד כוכבים שנפל לתוך חומץ שכר אוסר בכל שהוא מפני שהוא במינו ששניהם חומץ הם:
Du vinaigre de vin d’un non-Juif tombé dans du vinaigre de bière rend interdit en quelque quantité que ce soit, parce qu’il est dans son genre — tous deux étant du vinaigre.
יין (של) עובד כוכבים בין ישן בין חדש שנפל על ענבים אם הם שלימות ידיחם והם מותרות באכילה ואם הם מבוקעות או שניטל עוקצן אם יש בו בנותן טעם אסורות באכילה ויעצרם וימכרם לעובד כוכבים חוץ מדמי יין נסך שבהן אבל לא ימכרם כמו שהן שמא יחזור וימכרם לישראל ואם אין בו כדי ליתן טעם מותרות באכילה:
Du vin d’un non-Juif, qu’il soit vieux ou nouveau, tombé sur des raisins : s’ils sont entiers, il les rincera et ils sont permis à la consommation.
Et s’ils sont fendus, ou qu’on leur a ôté le pédoncule : s’il y a de quoi donner du goût, ils sont interdits à la consommation ; il les pressera et les vendra à un non-Juif, hormis le prix du yayin nesekh qui s’y trouve — mais il ne les vendra pas tels quels, de peur qu’il ne les revende à un Juif. Et s’il n’y a pas de quoi donner du goût, ils sont permis à la consommation.
יין (של) עובד כוכבים שנפל על גבי תאנים מותרים מפני שהיין פוגם בטעם התאנים:
Du vin d’un non-Juif tombé sur des figues : elles sont permises, parce que le vin gâte le goût des figues.
נפל על עדשים ושעורים וכיוצא בהם ידיחם והם מותרים ואם עבר עליהם זמן רב ודאי בלעו ואין להם היתר בהדחה ומשערים אותם בנותן טעם:
S’il est tombé sur des lentilles, de l’orge et semblables : il les rincera, et elles sont permises.
Et s’il s’est écoulé sur elles un long temps, elles ont certainement absorbé, et il n’y a pas pour elles de permission par le rinçage ; on les évalue par נותן טעם.
נפל על גבי חטים אין להם היתר בהדחה מפני שמתוך שיש בהם סדק היין נבלע בהם לפיכך אם יש ביין כדי ליתן טעם אסורות באכילה ולא ימכרם לעובד כוכבים שמא יחזור וימכרם לישראל אלא כיצד עושה טוחן אותם ועושה מהם פת ומוכרה לעובד כוכבים שלא בפני ישראל ואם הוא במקום שנהגו לאכול פת עובד כוכבים אין להם תקנה (למכרם לעובד כוכבים כי אם בפרוסות שאסור לקנות מעובד כוכבים בכל מקום) (כל בו) (כדלעיל סימן קי״ב):
S’il est tombé sur du blé, il n’y a pas pour lui de permission par le rinçage, parce que le blé ayant une fente, le vin y est absorbé. C’est pourquoi, s’il y a dans le vin de quoi donner du goût, ils sont interdits à la consommation ; et il ne les vendra pas à un non-Juif, de peur qu’il ne les revende à un Juif.
Comment fait-il donc ? Il les moud, en fait du pain, et le vend à un non-Juif hors de la présence d’un Juif. Et si l’on est dans un lieu où l’usage est de manger du pain de non-Juif, il n’y a pour eux aucun remède (— de les lui vendre — sinon en tranches, car il est interdit d’en acheter à un non-Juif en tout lieu) (Kol Bo) (comme plus haut au siman 112).
חומץ יין של עובד כוכבים שנפל לתוך גריסין רותחין פוגמין ומותרים אבל לתוך צוננים משביחים ואסורים אפילו הרתיחן אח״כ וחזרו להיות טעם לפגם: הגה ובשמים הבלועים מיין נסך ונתנם לתבשיל אם יש ששים נגד יין הבלוע בהן הכל שרי אע״ג דהבשמים לטעמא עבידי הואיל ואין אסורים מחמת עצמן בטילי ואם היין שבהן הוי לפגם בתבשיל אפילו ס׳ אינו צריך (ב״י בשם הרשב״א):
Du vinaigre de vin d’un non-Juif tombé dans des gruaux bouillants les gâte, et ils sont permis. Mais dans des gruaux froids, il les améliore et ils sont interdits — même s’il les a fait bouillir ensuite et que le goût est redevenu gâtant.
Glose du Rama : et des épices imprégnées de yayin nesekh que l’on a mises dans un plat : s’il y a soixante contre le vin absorbé en elles, tout est permis. Bien que les épices soient faites pour le goût, puisqu’elles ne sont pas interdites par elles-mêmes, elles s’annulent. Et si le vin qui est en elles est gâtant dans le plat, même soixante n’est pas nécessaire (Beit Yossef au nom du Rachba).
כל המשקים של עובד כוכבים שדרכם לערב בהם יין או חומץ אסורים: הגה ועיין לעיל סימן קי״ד וכל זה במשקים שהיין והחומץ הוא בהם לשבח או שאינו פוגם אבל אם הוא לפגם כגון צבע שנתנו בהם חומץ או מלח שמבשלים עובדי כוכבים ונותנים בו יין או דם ללבנו (מרדכי פא״מ) או דיו של עובד כוכבים (ר״ת) מותר דכל זה הוי לפגם וה״ה בכל כיוצא בזה ויש מחמירים בדיו של עובד כוכבים מפני שלפעמים נותן קולמסו לתוך פיו והדיו עליו (ת״ה סימן קכ״ט כל בו בשם הר״ף) ועיין לעיל סימן קכ״ג דנוהגין היתר בדבר שנותנין בו חומץ הואיל והוי לפגם ונראה דהוא הדין בדיו אפילו היה בו ודאי יין נסך אינו אלא פגם ושרי כן נראה לי:
Toutes les boissons des non-Juifs dans lesquelles il est d’usage de mêler du vin ou du vinaigre sont interdites.
Glose du Rama : et voir plus haut le siman 114. Et tout ceci vaut pour des boissons où le vin et le vinaigre sont là pour améliorer, ou du moins ne gâtent pas. Mais si c’est pour gâter — comme une teinture dans laquelle on a mis du vinaigre, ou du sel que des non-Juifs font cuire et dans lequel ils mettent du vin ou du sang pour le blanchir (Mordekhi, perek Ein Maamidin), ou l’encre d’un non-Juif (Rabbenou Tam) — c’est permis, car tout cela est gâtant ; et il en va de même pour tout ce qui y ressemble.
Et certains sont stricts pour l’encre d’un non-Juif, parce qu’il met parfois son calame dans sa bouche alors que l’encre est dessus (Teroumat haDéchen, siman 129 ; Kol Bo au nom du Raf). Et voir plus haut le siman 123 : l’usage est de permettre une chose dans laquelle on met du vinaigre, puisque c’est gâtant ; et il semble qu’il en aille de même pour l’encre — même s’il y avait certainement du yayin nesekh dedans, ce n’est que gâtant, et c’est permis. Ainsi me semble-t-il.
Tout le siman est le commentaire d’une seule michna, à la fin du perek haSokher. Elle donne d’un trait les deux mesures qui gouverneront les treize seifim :
« יֵין נֶסֶךְ אָסוּר וְאוֹסֵר בְּכׇל שֶׁהוּא, יַיִן בְּיַיִן וּמַיִם בְּמַיִם בְּכׇל שֶׁהוּא, יַיִן בְּמַיִם וּמַיִם בְּיַיִן בְּנוֹתֵן טַעַם » — עבודה זרה ע״ג ע״א
Puis elle énonce la règle en une ligne, et c’est de cette ligne que sortira le משהו du seif 1 :
« זֶה הַכְּלָל: מִין בְּמִינוֹ — בְּמַשֶּׁהוּ, וְשֶׁלֹּא בְּמִינוֹ — בְּנוֹתֵן טַעַם » — עבודה זרה ע״ג ע״א
La guemara apporte alors la tradition de Rav Dimi, qui introduit le renversement du seif 1 — l’interdit versé dans le permis ne se compte pas comme le permis versé sur l’interdit :
« כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַמְעָרֶה יֵין נֶסֶךְ מֵחָבִית לַבּוֹר, אֲפִילּוּ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ — רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל » — עבודה זרה ע״ג ע״א
Rav Its’hak bar Yossef pose ensuite la limite qui deviendra la clause du Mehaber sur le petit pot et le tonneau :
« כִּי אֲתָא רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הַמְעָרֶה יֵין נֶסֶךְ מִצַּרְצוּר קָטָן לְבוֹר, אֲפִילּוּ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ — רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן בָּטֵל. וְדַוְקָא צַרְצוּר קָטָן, דְּלָא נְפִישׁ עַמּוּדֵיהּ, אֲבָל חָבִית דִּנְפִישׁ עַמּוּדֵיהּ — לָא » — עבודה זרה ע״ג ע״א
Ravin apporte la règle du seif 4 — l’eau qui permet de regarder le vin permis comme absent :
« כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: יֵין נֶסֶךְ שֶׁנָּפַל לַבּוֹר, וְנָפַל שָׁם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם — רוֹאִין אֶת הַהֶיתֵּר כְּאִילּוּ אֵינוֹ, וְהַשְּׁאָר מַיִם רָבִין עָלָיו וּמְבַטְּלִין אוֹתוֹ » — עבודה זרה ע״ג ע״א
Rav Chmouel bar Yehouda ajoute la condition du mot תחילה, et donne son revers : l’interdit qui retrouve son genre se réveille.
« לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁנָּפַל קִיתוֹן שֶׁל מַיִם תְּחִלָּה, אֲבָל לֹא נָפַל שָׁם קִיתוֹן שֶׁל מַיִם תְּחִלָּה — מָצָא מִין אֶת מִינוֹ וְנֵיעוֹר » — עבודה זרה ע״ג ע״א
Le principe du רואין vient d’ailleurs : de la question de Rabbi Assi à Rabbi Yo’hanan sur deux coupes coupées d’eau. C’est de là que le Taz tirera les six parts du seif 5.
« שְׁנֵי כּוֹסוֹת, אֶחָד שֶׁל חוּלִּין וְאֶחָד שֶׁל תְּרוּמָה, וּמְזָגָן וְעֵירְבָן זֶה בָּזֶה — רוֹאִין אֶת הַהֶיתֵּר כְּאִילּוּ אֵינוֹ, וְהַשְּׁאָר מַיִם רָבִין עָלָיו וּמְבַטְּלִין אוֹתוֹ » — עבודה זרה ע״ג ע״ב
Reste la question de fond : pourquoi le vin est-il plus sévère que les autres interdits ? La guemara répond en trois mots, et c’est la clé du siman entier :
« בִּשְׁלָמָא יֵין נֶסֶךְ, מִשּׁוּם חוּמְרָא דַּעֲבוֹדָה זָרָה, אֶלָּא טֶבֶל מַאי טַעְמָא » — עבודה זרה ע״ג ע״ב
Le Rambam a rassemblé cette sougya en quatre halakhot, et le Mehaber les recopie presque mot pour mot dans ses quatre premiers seifim — le Taz le remarque expressément. Le Tour, lui, ouvre le siman en posant d’emblée la question qui occupera le Rama : le stam yeinam suit-il la même mesure que le vin réellement libé ?
« יַיִן שֶׁנִּתְנַסֵּךְ לְעַכּוּ״ם שֶׁנִּתְעָרֵב עִם הַיַּיִן הַכּל אָסוּר בַּהֲנָיָה בְּכָל שֶׁהוּא כְּמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ » — רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק ט״ז הלכה כ״ח
« יין נסך גמור שנתערב ביין של היתר אפילו כל שהוא אסור בהנאה אבל סתם יין שנתערב ביין של היתר כתב ר״ת שבטל בששים כמו שאר איסורין » — טור יו״ד קל״ד
Toutes les situations du siman tiennent dans une grille à trois entrées : de quel genre, dans quel sens, et par quel jet.
| Situation | La mesure | Pourquoi |
|---|---|---|
| Vin libé dans du vin permis, le permis versé sur l’interdit (seif 1) | בכל שהוא | Même genre, et l’interdit est en place |
| Vin libé versé d’un petit pot dans du vin permis (seif 1) | ראשון ראשון בטל | Chaque filet se perd avant le suivant |
| Versé d’un tonneau, dans un sens ou dans l’autre (seif 1) | הכל אסור | La colonne arrive d’un bloc |
| Vin interdit à la seule boisson (seif 2) | ששים | La règle commune des interdits |
| Un tonneau de yayin nesekh parmi des tonneaux (seif 2) | אסורים בשתייה ומותרים בהנאה | Le prix d’un tonneau part à la mer Morte |
| Stam yeinam, de nos jours, selon la coutume (Rama, seif 2) | בטל בששים | וכן נוהגין להקל |
| Eau et vin (seif 3) | בנותן טעם | Genres différents |
| L’interdit accumulé jusqu’au goût (seif 3, selon le Rama) | חוזר ואוסר | La dernière opinion est l’essentiel |
| Eau tombée la première, puis du yayin nesekh (seif 4) | רואין את ההיתר כאילו אינו | L’eau seule est comptée |
| Combien d’eau (seif 5) | ששה חלקים | Au-delà, le vin n’est plus du vin |
| Vinaigre dans du vin, vin dans du vinaigre (seif 6) | בנותן טעם | Genres différents |
| Vinaigre de vin dans du vinaigre de bière (seif 7) | בכל שהוא | Le même genre : tous deux sont du vinaigre |
| Raisins entiers (seif 8), lentilles et orge récemment mouillées (seif 10) | ידיחם | Rien n’est entré |
| Raisins fendus, grains longtemps imbibés (seifim 8 et 10) | בנותן טעם | L’absorption a eu lieu |
| Blé (seif 11) | אין להם היתר בהדחה | La fente laisse passer le vin |
| Figues (seif 9), gruaux bouillants (seif 12) | מותרים | Le vin y gâte le goût |
| Boissons où l’on mêle du vin par habitude (seif 13) | אסורים | Ce n’est pas un accident, c’est une fabrication |
« רואין היין של חולין כאילו אינו ונמצא נשארו ששה חלקים מים מן היין של תרומה ומבטלין אותו כן פירש הראב״ד ור״י » — ט״ז יו״ד קל״ד ס״ק ה
« היינו בסתם יינם אבל ודאי יינם אין לו תקנה » — ט״ז יו״ד קל״ד ס״ק ט
« משמע דזמן מועט הוא מועט דומיא דמיד וכל שיש שהות יותר מזה מקרי מרובה » — ט״ז יו״ד קל״ד ס״ק י
« וטעמא דמלתא שאותו דבר שעומד במקומו חשוב יותר מן הבא עליו » — ש״ך יו״ד קל״ד ס״ק א
« ולא ידעתי באיזה דבר החילוק שבין צרצור קטן לחבית דהיאך נתן דבריו לשיעורים בכיוצא בזה » — ש״ך יו״ד קל״ד ס״ק ה
« אבל איך יהנה לכתחלה מהיין נסך שנפל לשם אלא יוליך הנאה לים המלח ומותר בשתייה נ״ל » — ש״ך יו״ד קל״ד ס״ק ט״ו
« נראה דמעת לעת בעינן כמ״ש לעיל סימן ק״ה ס״ק ב׳ » — ש״ך יו״ד קל״ד ס״ק כ״ז
« אבל אם הם קטנים ואינם חשובים חד בתרי בטיל כמו בשאר איסורים » — רמ״א יו״ד קל״ד:ב
« ויש אומרים דכל סתם יינם בזמן הזה בטל בששים » — רמ״א יו״ד קל״ד:ב
« והוא מחלוקת בין הפוסקים ולענין דינא סברא אחרונה היא עיקר » — רמ״א יו״ד קל״ד:ג
« מיהו לא ימכור לעובד כוכבים הרבה ביחד שמא יחזור וימכור המים לישראל » — רמ״א יו״ד קל״ד:ה
« אע״ג דהבשמים לטעמא עבידי הואיל ואין אסורים מחמת עצמן בטילי » — רמ״א יו״ד קל״ד:י״ב
« ונראה דהוא הדין בדיו אפילו היה בו ודאי יין נסך אינו אלא פגם ושרי כן נראה לי » — רמ״א יו״ד קל״ד:י״ג
En une phrase : un mélange ne se juge pas, il se mesure — et la mesure dépend de trois choses avant de dépendre du volume : le genre, le sens du versement, et le calibre du jet.
| Ce que dit le siman | En hébreu | Retenir |
|---|---|---|
| Le vin dans son propre genre | מין במינו במשהו | La sévérité vient du genre, non de la quantité |
| Le vin dans un autre genre | בנותן טעם | On retombe dans la règle commune |
| L’interdit versé peu à peu dans le permis | ראשון ראשון בטל | Ce qui est en place l’emporte sur ce qui survient |
| Le tonneau | העמוד היורד מפי החבית גדול | Le débit, non le volume |
| Le stam yeinam de notre temps | וכן נוהגין להקל | La glose qui commande la pratique |
| L’eau tombée d’abord | רואין את ההיתר כאילו אינו | L’eau seule est comptée |
| La dilution suffisante | ששה חלקים | Au-delà, le vin n’est plus du vin |
| Le vin sur des solides | ידיחם | Tant que rien n’est entré |
| Le blé | אין להם היתר בהדחה | La fente a déjà tout laissé passer |
| Ce qui gâte | מותרים | Un goût qui gâte n’interdit pas |
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