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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קמ״ג — Ne pas bâtir contre une maison d’idolâtrie, et quand on peut tirer profit d’une idole

Ne pas jouir de l’idole — et ne rien lui procurer non plus
יורה דעה · סימן קמ״ג
שֶׁלֹּא לִבְנוֹת בֵּיתוֹ סָמוּךְ לְבֵית עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וּבְאֵיזֶה אֹפֶן מֻתָּר לֵהָנוֹת מֵעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le siman 142 disait qu’il est interdit de tirer profit d’une idole et de ses accessoires. Le siman 143 retourne la proposition : il est interdit aussi de lui procurer un profit — כשם שאסור ליהנות מאליל כך אסור לההנותם, dit le Tour en l’ouvrant. Six seifim déclinent cette règle : un mur qu’on ne rebâtit pas, une voûte qu’on ne construit pas, un jardin et un bain dont on peut jouir à certaines conditions, des flûtes, des boutiques et une taxe. Et une question revient à chaque fois, qui décide de tout : à qui va l’argent ?

Sujet : La maison contiguë à une maison d’idolâtrie, et le profit qu’on procure à une idole — נהנה ומהנה, ד׳ אמות, כיפה, בטובה ושלא בטובה, מכס
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קמ״ג

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les 6 seifim, avec les gloses du Rama
2. Contexte : les michnayot d’Avoda Zara (47a, 16a, 51b), la sougya du salaire (19b), le Rambam et le Tour
3. Les concepts-clés : נהנה ומהנה, כונס לתוך שלו, כיפה, תשמיש דתשמיש, מכוש אחרון, בטובה, כהנים ועובדיה, מכס…
4. Le tableau des bénéficiaires : l’idole, les prêtres, les adorateurs, la ville
5. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev et le Pit’hei Techouva
6. Les gloses du Rama (הגה) : six interventions
7. Cas pratiques modernes : le mur mitoyen, le chantier, le loyer, la taxe
8. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les 6 seifim

Le siman compte six seifim, et c’est le compte annoncé par l’en-tête (ובו ו׳ סעיפים). Le seif 1 traite du mur mitoyen qui s’effondre ; le seif 2, de la voûte où l’on dresse l’idole et du salaire de celui qui l’a bâtie ; le seif 3, du jardin et du bain qui appartiennent à l’idole ; les seifim 4, 5 et 6, de trois cas venus du Yerouchalmi — les flûtes, les boutiques et la taxe.

Seif 1 — Le mur mitoyen qui s’effondre

שלא לבנות ביתו סמוך לבית עבודת כוכבים ובאיזה אופן מותר ליהנות מעבודת כוכבים. ובו ו׳ סעיפים:
מי שהיה ביתו סמוך לבית אלילים ונפל אסור לבנותו כיצד יעשה כונס לתוך שלו ובונה ואותו הריוח ממלאו קוצים או צואה כדי שלא ירחיב בבית אלילים היה הכותל שלו ושל אלילים ידון מחצה למחצה שלו מותר בהנאה ושל אלילים (אסור ואם אינו מכיר) (טור) הכל אסור בהנאה אבניו ועציו ואפרו. (מיהו מותר למכור להם חלקו בכל מקום שהוא) (ר״ן פ׳ כל הצלמים):
Titre du siman : ne pas bâtir sa maison contre une maison d’idolâtrie, et de quelle manière il est permis de tirer profit d’une idole ; et il comporte six seifim.

Celui dont la maison était contiguë à une maison d’idoles, et qui s’est effondrée — il lui est interdit de la rebâtir. Comment fera-t-il ? Il se retire à l’intérieur de son propre terrain et bâtit ; et cet espace laissé libre, il le remplit d’épines ou d’excréments, afin de ne pas agrandir la maison d’idoles.

Si le mur était à lui et à l’idole, on le juge moitié-moitié : sa part est permise au profit, et celle de l’idoleglose du Rama : est interdite ; et s’il ne reconnaît pas [ses pierres] (Tour) — tout est interdit au profit : ses pierres, ses bois et ses cendres.

Glose du Rama : toutefois, il lui est permis de leur vendre sa part, où qu’elle se trouve (Ran, chapitre Kol haTselamim).
Deux mots commandent le seif : « il se retire ». Rebâtir le mur là où il était, ce serait bâtir un mur pour la maison d’idoles — lui procurer un profit. La solution n’est pas de renoncer à sa maison, mais de reculer de quatre coudées (Chakh ס״ק ב) et de rendre l’espace libre inutilisable pour le voisin : épines ou ordures, « afin de ne pas agrandir la maison d’idoles ». Et si le mur était mitoyen, sa propre moitié compte dans les quatre coudées (Chakh ס״ק ג).

Seif 2 — La voûte, le salaire, et la salle

אסור לבנות עם העובד כוכבים כיפה שמעמידים בה אלילים ואם עבר ובנה (אפי׳ עבודת כוכבים עצמה) (כל בו) שכרו מותר אבל בונה הוא לכתחילה הטרקלין או החצר שיש בה אותה הכיפה:
Il est interdit de bâtir avec le non-Juif la voûte dans laquelle on dresse des idoles ; et s’il a transgressé et l’a bâtieglose du Rama : même l’idole elle-même (Kol Bo) — son salaire est permis. Mais il peut bâtir a priori la salle ou la cour dans laquelle se trouve cette voûte.
Trois cercles, trois réponses. La voûte où l’on dresse l’idole : interdit de la bâtir. Le salaire déjà gagné : permis — et le Rama ajoute, d’après la guemara, que c’est vrai même pour l’idole elle-même, parce que l’objet ne devient idole qu’au dernier coup de marteau, qui ne vaut pas une perouta (Taz ס״ק ג). La salle ou la cour qui contient la voûte : permis a priori selon le Mehaber, qui suit Rachi et le Rambam — mais le Taz (ס״ק ד) demande de s’en abstenir en pratique.

Seif 3 — Le jardin et le bain de l’idole : « avec faveur » ou « sans faveur »

היה לאלילים גנה או מרחץ והטובה היוצאת מהם היא לכהנים מותר ליהנות מהם שלא בטובה ואסור ליהנות מהם בטובה ואפי׳ יש לאחרים חלק בטובה עם הכהנים ואם אין הטובה היוצאת מהם לכהנים אלא לעובדיה מותר ליהנות מהם אפילו בטובה אפילו הגנה והמרחץ לאלילים לבדה (כן משמע בטור לדעת רש״י): הגה וי״א שאין אסור ליהנות ממנה אם הטובה באה לכהני׳ אלא כשהם עומדים בחצר עבודת כוכבים עצמה אבל כשאין עומדין לפניה אע״פ שהטובה היוצאת מהם היא לכהנים מותר ליהנות ממנה אם לא שהטובה לעבודת כוכבים עצמה ויש לסמוך על זה להקל (טור בשם ר״ת ותוס׳ דף מ״ד ורא״ש ומרדכי בשם ר״ת):
Si l’idole avait un jardin ou un bain, et que le bénéfice qui en sort revient aux prêtres : il est permis d’en jouir « sans faveur » et interdit d’en jouir « avec faveur », même si d’autres ont part à ce bénéfice avec les prêtres. Et si le bénéfice qui en sort ne va pas aux prêtres mais à ses adorateurs, il est permis d’en jouir même « avec faveur », même si le jardin et le bain appartiennent à l’idole seule (ainsi ressort-il du Tour, selon l’avis de Rachi).

Glose du Rama : et certains disent qu’il n’est interdit d’en jouir, lorsque le bénéfice va aux prêtres, que s’ils se tiennent dans la cour de l’idole elle-même ; mais lorsqu’ils ne se tiennent pas devant elle, bien que le bénéfice qui en sort aille aux prêtres, il est permis d’en jouir — sauf si le bénéfice est pour l’idole elle-même ; et l’on peut s’appuyer là-dessus pour être indulgent (Tour au nom de Rabbenou Tam ; Tossefot f. 44 ; Roch et Mordekhi au nom de Rabbenou Tam).
Tout tient dans un mot : בטובה. Pour Rachi, jouir « avec faveur », c’est payer les prêtres ; pour Rabbenou Tam, c’est leur en être redevable, leur devoir une faveur — même sans payer. Le Mehaber suit Rachi (et le Chakh ס״ק ה explique pourquoi il est sévère : même si d’autres partagent le bénéfice, interdit) ; le Rama ouvre la porte de Rabbenou Tam : dès que le bain ou le jardin n’est pas dans la cour même de l’idole, on peut être indulgent.

Seif 4 — Les flûtes

חלילים של אלילים אסור לספוד בהם:
Les flûtes d’idoles : il est interdit de s’en servir pour une lamentation funèbre.

Seif 5 — Les boutiques

חנויות של אלילים אסור לשכור מהם. (ואם נופל השכר למדינה והם קונים צרכיהם שרי) (טור והפוסקים מהירושלמי):
Les boutiques d’idoles : il est interdit de les louer. Glose du Rama : et si le loyer tombe à la ville, et que ce sont eux qui achètent ses besoins, c’est permis (Tour et les décisionnaires, d’après le Yerouchalmi).

Seif 6 — Les collecteurs de taxe

גבאים שנוטלים מכס לאלילים אסור ליתן להם: הגה וכן בכאן אינו אסור אלא כשנופל השכר לצרכי עבודת כוכבים עצמה אבל כשנופל לכיס בני המדינה אע״פ שהם קונים צרכי עבודת כוכבים שרי. (טור):
Les collecteurs qui prélèvent une taxe pour les idoles : il est interdit de leur donner. Glose du Rama : et ici aussi, ce n’est interdit que lorsque le produit tombe aux besoins de l’idole elle-même ; mais lorsqu’il tombe dans la bourse des gens de la ville, bien qu’ils achètent les besoins de l’idole, c’est permis (Tour).
Les seifim 4, 5 et 6 viennent d’un même passage du Yerouchalmi, et ils obéissent à une même règle, que le Rama écrit deux fois : interdit quand l’argent va à l’idole elle-même, permis quand il tombe dans la caisse de la ville — même si la ville, ensuite, en finance l’idole. Le Tour en donne la raison : ce que la ville donne à l’idole, elle le donne de sa propre bourse ; le Juif, lui, n’a payé que la ville.

2. Contexte — d’où vient chaque pièce du siman

Le seif 1 est une michna du chapitre Kol haTselamim, dont la guemara explique la solution des « épines » :

« מִי שֶׁהָיָה בֵּיתוֹ סָמוּךְ לַעֲבוֹדָה זָרָה, וְנָפַל — אָסוּר לִבְנוֹתוֹ. כֵּיצַד יַעֲשֶׂה? כּוֹנֵס בְּתוֹךְ שֶׁלּוֹ אַרְבַּע אַמּוֹת וּבוֹנֶה » (עבודה זרה מ״ז ע״א)
résumé : celui dont la maison était contiguë à une idole, et qui s’est effondrée — il lui est interdit de la rebâtir. Comment fera-t-il ? Il se retire de quatre coudées à l’intérieur de son propre terrain, et bâtit.
« וְהָא קָא מַרְוַוח לַעֲבוֹדָה זָרָה! אָמַר רַב חֲנִינָא מִסּוּרָא: דְּעָבֵד לֵיהּ בֵּית הַכִּסֵּא » (עבודה זרה מ״ז ע״ב)
« דְּעָבֵד לֵיהּ לְתִינוֹקוֹת. אִי נָמֵי, דְּגָדַיר לֵיהּ בְּהִיזְמֵי וְהִיגֵי » (עבודה זרה מ״ז ע״ב)
résumé : mais il élargit ainsi [l’espace de] l’idole ! — Rav Hanina de Soura : il en fait des latrines. […] Il le réserve aux enfants ; ou bien, il le clôture d’épines et de ronces.

Le seif 2 vient d’une michna du premier chapitre, et de la guemara qui la commente au sujet du salaire :

« אֲבָל בּוֹנִין עִמָּהֶם בִּימוֹסְיָאוֹת וּבֵית מֶרְחֲצָאוֹת. הִגִּיעַ לְכִיפָּה שֶׁמַּעֲמִידִין בָּהּ עֲבוֹדָה זָרָה — אָסוּר לִבְנוֹת » (עבודה זרה ט״ז ע״א)
« הִגִּיעַ לַכִּיפָּה מָקוֹם שֶׁמַּעֲמִידִין בָּהּ עֲבוֹדָה זָרָה. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אִם בָּנָה — שְׂכָרוֹ מוּתָּר. פְּשִׁיטָא! מְשַׁמְּשֵׁי עֲבוֹדָה זָרָה הֵן, וּמְשַׁמְּשֵׁי עֲבוֹדָה זָרָה, בֵּין לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֵּין לְרַבִּי עֲקִיבָא, אֵינָן אֲסוּרִין עַד שִׁיעְבְּדוּ » (עבודה זרה י״ט ע״ב)
résumé : mais on bâtit avec eux des bimossiaot et des bains ; parvenu à la voûte où l’on dresse l’idole — interdit de bâtir. — Rabbi Elazar au nom de Rabbi Yohanan : s’il l’a bâtie, son salaire est permis. C’est évident ! Ce sont des accessoires d’idole, et les accessoires ne deviennent interdits que lorsqu’ils ont servi.

C’est ce « c’est évident » qui produit la clause du Rama : la guemara conclut que l’enseignement vise le salaire de l’idole elle-même, et en donne la raison — le dernier coup de marteau ne vaut pas une perouta, et le salaire s’acquiert au fur et à mesure :

« אֶלָּא אָמַר רַבָּה בַּר עוּלָּא: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא בְּמַכּוֹשׁ אַחֲרוֹן. עֲבוֹדָה זָרָה מַאן קָא גָרֵים לַהּ? גְּמַר מְלָאכָה, וְאֵימַת הָוְיָא גְּמַר מְלָאכָה? בְּמַכּוֹשׁ אַחֲרוֹן. מַכּוֹשׁ אַחֲרוֹן לֵית בֵּיהּ שָׁוֶה פְּרוּטָה. אַלְמָא קָסָבַר, יֶשְׁנָהּ לִשְׂכִירוּת מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף » (עבודה זרה י״ט ע״ב)

Le seif 3 est une michna du chapitre Rabbi Yichmaël, et le mot בטובה y est expliqué par Abbaye :

« עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁהָיָה לָהּ גִּינָּה אוֹ מֶרְחָץ — נֶהֱנִין מֵהֶן שֶׁלֹּא בְּטוֹבָה, וְאֵין נֶהֱנִין מֵהֶן בְּטוֹבָה. הָיָה שֶׁלָּהּ וְשֶׁל אֲחֵרִים — נֶהֱנִין מֵהֶן בֵּין בְּטוֹבָה וּבֵין שֶׁלֹּא בְּטוֹבָה » (עבודה זרה נ״א ע״ב)
« אָמַר אַבָּיֵי: בְּטוֹבָה — בְּטוֹבַת כּוֹמָרִין, שֶׁלֹּא בְּטוֹבָה — שֶׁלֹּא בְּטוֹבַת כּוֹמָרִין, לְאַפּוֹקֵי טוֹבַת עוֹבְדֶיהָ דִּשְׁרֵי » (עבודה זרה נ״א ע״ב)
résumé : une idole qui avait un jardin ou un bain — on en jouit sans faveur, on n’en jouit pas avec faveur ; s’il était à elle et à d’autres, on en jouit avec ou sans faveur. — Abbaye : « avec faveur » — la faveur des prêtres ; « sans faveur » — sans la faveur des prêtres, à l’exclusion de la faveur de ses adorateurs, qui est permise.

Le Rambam répartit ces lois sur trois chapitres de Hilkhot Avodat Kokhavim. Le mur, d’abord :

« מִי שֶׁהָיָה בֵּיתוֹ סָמוּךְ לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְנָפַל אָסוּר לִבְנוֹתוֹ. כֵּיצַד יַעֲשֶׂה. כּוֹנֵס לְתוֹךְ שֶׁלּוֹ וּבוֹנֶה וְאוֹתוֹ הָרֶוַח מְמַלְּאֵהוּ קוֹצִים אוֹ צוֹאָה. כְּדֵי שֶׁלֹּא יַרְחִיב לְבֵית עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. הָיָה הַכֹּתֶל שֶׁלּוֹ וְשֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים יִדּוֹן מֶחֱצָה לְמֶחֱצָה, מֶחֱצָה שֶׁלּוֹ מֻתָּר בַּהֲנָאָה וְשֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים הַכּל אָסוּר בַּהֲנָאָה. אֲבָנָיו עֵצָיו וַעֲפָרוֹ הַכּל אָסוּר בַּהֲנָאָה » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ח׳ הלכה ה׳

La voûte et la salle, ensuite — c’est la formule que le Mehaber recopie mot pour mot au seif 2 :

« אָסוּר לִבְנוֹת עִם הָעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים כִּפָּה שֶׁמַּעֲמִידִים בָּהּ עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים. וְאִם עָבַר וּבָנָה שְׂכָרוֹ מֻתָּר. אֲבָל בּוֹנֶה הוּא לְכַתְּחִלָּה הַטְּרַקְלִין אוֹ הֶחָצֵר שֶׁיֵּשׁ בָּהּ אוֹתָהּ הַכִּפָּה » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ט׳ הלכה י״א

Et le jardin et le bain — où le Rambam tranche autrement que le Mehaber lorsque d’autres partagent le bénéfice avec les prêtres :

« עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים שֶׁהָיָה לָהּ מֶרְחָץ אוֹ גִּנָּה נֶהֱנִים בָּהֶם שֶׁלֹּא בְּטוֹבָה וְאֵין נֶהֱנִים בָּהֶם בְּטוֹבָה. הָיָה לָהּ וְלַאֲחֵרִים נֶהֱנִין בָּהֶן אֲפִלּוּ בְּטוֹבַת כֹּהֲנֶיהָ וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתֵּן שָׂכָר » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י״ז
résumé : une idole qui avait un bain ou un jardin, on en jouit sans faveur et non avec faveur ; s’il était à elle et à d’autres, on en jouit même avec la faveur de ses prêtres, pourvu qu’on ne paie pas.

Le Tour, enfin, ouvre le siman par le principe qui le gouverne, et le Mehaber le suit presque mot à mot :

« כשם שאסור ליהנות מאליל כך אסור לההנותם לפיכך מי שביתו סמוך לאליל ונפל אסור לבנותו שמהנה לה לבנות לה כותל כיצד יעשה כונס לתוך שלו ד׳ אמות ובונה » (טור יו״ד קמ״ג)
résumé : de même qu’il est interdit de tirer profit d’une idole, il est interdit de lui en procurer ; c’est pourquoi celui dont la maison était contiguë à une idole, et qui s’est effondrée, ne peut la rebâtir — car il lui procurerait un profit en lui bâtissant un mur.
  1. Pourquoi ne peut-on pas rebâtir son propre mur ? Parce qu’il est aussi le mur de la maison d’idoles : le rebâtir, c’est bâtir pour elle — מהנה.
  2. Pourquoi le salaire du bâtisseur est-il permis ? Parce que l’objet ne devient idole qu’au dernier coup de marteau, qui ne vaut pas une perouta, et que le salaire s’acquiert au fur et à mesure.
  3. Que veut dire « avec faveur » ? Payer les prêtres (Rachi), ou leur devoir une faveur (Rabbenou Tam) : c’est la ma’hloket du seif 3.
  4. Pourquoi la taxe qui tombe à la ville est-elle permise ? Parce que le Juif n’a rien donné à l’idole : c’est la ville qui, de sa bourse, décide ensuite d’en financer le culte.

3. Les concepts-clés de ce siman

נֶהֱנֶה · מְהַנֶּהjouir, et faire jouir. Le premier interdit est celui du siman 142 : tirer profit d’une idole. Le second est celui du siman 143 : lui en procurer. La guemara (13a) les lie par un kal va’homer — si jouir est interdit, faire jouir l’est à plus forte raison.
כּוֹנֵס לְתוֹךְ שֶׁלּוֹil se retire à l’intérieur de son propre terrain. De quatre coudées, précise la michna (Chakh ס״ק ב). Le Mehaber ne dit pas le chiffre, mais il le suppose. Et si le mur était mitoyen, sa moitié d’épaisseur compte dans ces quatre coudées (Chakh ס״ק ג).
קוֹצִים אוֹ צוֹאָהépines ou excréments. Les deux solutions de la guemara (47b) pour que l’espace laissé libre ne profite pas à l’idole : en faire des latrines, ou le clôturer de ronces. L’un ou l’autre suffit.
מֶחֱצָה לְמֶחֱצָהmoitié-moitié. Le sort du mur mitoyen. Sa part est permise ; celle de l’idole, interdite ; et quand on ne peut pas distinguer les pierres, tout est interdit — אין ברירה, on ne tranche pas rétroactivement (Rachi 47b).
כִּפָּהla voûte. Le lieu, dans un bâtiment, où l’on dresse l’idole — Rachi l’explique par l’habitude de placer une statue dans les bains. C’est un accessoire direct de l’idole : on ne le bâtit pas.
תַּשְׁמִישׁ דְּתַשְׁמִישׁl’accessoire de l’accessoire. La salle ou la cour qui contient la voûte : elle sert à ce qui sert à l’idole. Rachi et le Rambam permettent de la bâtir ; Rabbenou Yitshak (les Tossefot) l’interdit, et le Taz le suit en pratique.
מַכּוֹשׁ אַחֲרוֹןle dernier coup de marteau. Ce qui achève l’idole — et donc ce qui la fait naître. Il ne vaut pas une perouta ; et comme ישנה לשכירות מתחלה ועד סוף — le salaire s’acquiert du début à la fin —, le bâtisseur a été payé pour du travail licite.
בְּטוֹבָה · שֶׁלֹּא בְּטוֹבָהavec faveur · sans faveur. Le mot du seif 3. Rachi : payer les prêtres. Rabbenou Tam : leur devoir une faveur. Rambam et Raavad : la reconnaissance verbale. Trois lectures, trois halakhot différentes pour le moulin et le four du prêtre.
כֹּהֲנִים · עוֹבְדֶיהָles prêtres · ses adorateurs. La ligne de partage d’Abbaye : le bénéfice qui va aux prêtres est celui qui inquiète ; celui qui va aux simples fidèles (Taz ס״ק ו : « la masse de ceux qui adorent cette idole ») est permis, même « avec faveur ».
מֶכֶסla taxe. Le prélèvement de la foire ou du collecteur. Interdit quand il finance l’idole, ses parures et ses offrandes ; permis quand il tombe dans la caisse de la ville — même si la ville, elle, entretient le culte.

4. Le tableau des bénéficiaires

Tout le siman se ramène à une question : à qui profite ce que le Juif fait ou paie ?

Le bénéficiaireLa règle
L’idole elle-même (son mur, sa voûte, ses parures)אסורSeifim 1, 2 ; Rama seifim 5–6 (« aux besoins de l’idole elle-même »)
Les prêtres, quand on paie ou qu’on leur doit une faveurאסור בטובהSeif 3 — Mehaber
Les prêtres, hors de la cour de l’idoleיש לסמוך על זה להקלSeif 3 — Rama, d’après Rabbenou Tam
Les adorateurs (les fidèles)מותר אפילו בטובהSeif 3
Personne en particulier (« sans faveur »)מותרSeif 3
La caisse de la ville, qui entretient ensuite le culteשריRama seifim 5–6
Le bâtisseur, pour un travail déjà faitשכרו מותרSeif 2
Lis la première colonne : l’idole, les prêtres, les fidèles, la ville. Plus l’argent s’approche de l’idole, plus l’interdit est net ; plus il s’en éloigne, plus le siman s’ouvre. C’est la même idée qui fait reculer le mur de quatre coudées et qui permet la taxe municipale.

5. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev et le Pit’hei Techouva

L’appareil de ce siman est mesuré : 7 ס״ק au Chakh, 6 au Taz, 8 au Baer Hetev, 1 au Pit’hei Techouva ; et le Nekoudot haKessef n’y intervient pas. Mais deux de ces ס״ק — le premier et le quatrième du Chakh — sont de longues discussions avec le Ba’h, et c’est là que se joue la lecture du siman.

Le Chakh

ס״ק א — le mur est interdit même si la maison elle-même n’est pas adorée

« משמע מדברי הט״ו שאפילו אין הבית עצמו נעבד אסור לבנות כותל להבית כיון שמהנה לאליל » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק א)
résumé : il ressort du Tour et du Choulhan Aroukh que même si la maison elle-même n’est pas adorée, il est interdit de bâtir un mur pour cette maison, puisqu’il procure un profit à l’idole.
« והב״ח כתב וז״ל ומפרש במשנה פרק כל הצלמים מי שהיה ביתו סמוך לאליל נראה שאם לא היה הבית עצמו נעבד אלא שהעמידו בו עבודת כוכבים לא היה נקרא מהנה לעבודת כוכבים בבנין הכותל » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק א)
résumé : le Ba’h avait écrit qu’il semble que, si la maison elle-même n’était pas adorée mais qu’on y avait seulement placé une idole, bâtir le mur ne s’appellerait pas « procurer un profit à l’idole ». Le Chakh le réfute longuement : Rachi ne parlait de « maison adorée » que pour expliquer l’impureté « comme une nidda » de Rabbi Akiva.

ס״ק ב et ס״ק ג — les quatre coudées, et la moitié qui compte

« ד׳ אמות כן הוא במשנה וטור ופוסקים » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק ב)
« וחלקו עולה לו שאם היה עביו של כותל ב׳ אמות מונה האמה שלו וכונס עוד ג׳ אמות לתוך שלו. רש״י והר״ן » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק ג)
résumé : « il se retire » — de quatre coudées, ainsi dans la michna, le Tour et les décisionnaires. Et sa part lui est comptée : si le mur avait deux coudées d’épaisseur, il compte sa coudée et recule encore de trois coudées dans son terrain — Rachi et le Ran.

ס״ק ד — le salaire pour l’idole elle-même : le Rif, le Ba’h, le Rama

« משמע מדברי הט״ו דדוקא כיפה אבל עבודת כוכבי׳ עצמה שכרה אסור וכ״נ דעת הרי״ף ותמה הב״ח דבש״ס (בעבודת כוכבים דף י״ט ע״ב) אמרין דאפי׳ עבודת כוכבים עצמה שכרה מותר » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק ד)
résumé : le Tour et le Mehaber semblent ne permettre le salaire que pour la voûte, mais non pour l’idole elle-même — ainsi le Rif ; et le Ba’h s’en est étonné, puisque la guemara (19b) dit que même pour l’idole elle-même, le salaire est permis.
« אבל הרא״ש והר״ן והתו׳ לשם פסקו כר׳ ירמיה וכ״פ הרמב״ם ספ״ז מהלכות עבודת כוכבים דין ה׳ והרשב״א בתה״א דף קל״ח ע״א וכן כ׳ הכלבו סימן צ״ז וזהו דעת הרב » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק ד)
résumé : mais le Roch, le Ran et les Tossefot y ont tranché comme Rabbi Yirmiya, et de même le Rambam, le Rachba et le Kol Bo — et c’est l’avis du Rama. Le Chakh trouve alors « grandement étonnant » que le Ba’h ait attaqué le Rama : la seule surprise est que le Rama ait cité le Kol Bo, alors que c’est une guemara explicite.

ס״ק ה — pourquoi le Mehaber est sévère et le Rambam indulgent

« משמע דהיינו כהמפרשי׳ השכר וכ״כ עט״ז ולכך פסק לחומרא דאפי׳ יש לאחרים חלק בטובה עם הכהנים אסור » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק ה)
« והרמב״ם פרק ז׳ דין י״ז לפי שמפרש בטובה בטובת דברים ובלבד שלא יתן שכר פסק לקולא דאם היה לה ולאחרים מותר דכיון דטובת דברים אינה אלא דרבנן אזלינן לקולא » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק ה)
résumé : « le bénéfice » — il faut comprendre, comme ceux qui l’expliquent par le salaire (ainsi le Levouch) ; c’est pourquoi le Mehaber tranche sévèrement : même si d’autres ont part au bénéfice avec les prêtres, interdit. Le Rambam, qui explique « avec faveur » par la reconnaissance verbale, pourvu qu’on ne paie pas, tranche avec indulgence : si le jardin était à l’idole et à d’autres, permis — car la reconnaissance verbale n’est interdite que par les Sages, et l’on suit l’indulgence.

ס״ק ו — « ses adorateurs »

« ור״ל העובדי כוכבים העובדים אותה העבודת כוכבים וכן פרש״י והר״ן והוא פשוט ודלא כהעט״ז שפירש למשרתיה שבגנה ומרחץ » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק ו)
résumé : ce sont les non-Juifs qui adorent cette idole — ainsi Rachi et le Ran, et c’est évident ; et non, comme le Levouch, ses serviteurs employés au jardin et au bain.

ס״ק ז — la limite du Ba’h à l’indulgence du Rama

« והב״ח פסק להחמיר היכא דלא היה מגיע זה הריוח לכומרים אם לא ע״י ישראל זה שנותנו אבל אם לא היה קונה פירות אלו או רוחץ במרחץ היו באים עובדי כוכבים וקונים פירות ורוחצים במרחץ מותר » (ש״ך יו״ד קמ״ג ס״ק ז)
résumé : le Ba’h a tranché sévèrement lorsque ce profit ne serait pas parvenu aux prêtres sans ce Juif qui le donne ; mais si, n’eût-il pas acheté ces fruits ou pris ce bain, des non-Juifs seraient venus les acheter et s’y baigner — permis.

Le Taz

ס״ק ב — de la voûte aux fenêtres

« מכאן אסור לעשות חלונות לבית עבודת כוכבים דהיינו להחדר שהעבודת כוכבים בתוכו » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ב)
« ואין להתיר משום איבה דכבר כתבו התוספות פ״ק דעבודת כוכבים (דף י״ט) לענין תכשיטין של אליל דאיכא לאשתמוטי למימר דאסור לנו למיעבד תכשיטין לאליל » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ב)
résumé : d’ici l’on apprend qu’il est interdit de faire des fenêtres à une maison d’idolâtrie — c’est-à-dire à la pièce où se trouve l’idole. Et l’on ne permet pas par crainte de l’hostilité, car les Tossefot ont déjà écrit, au sujet des parures d’idole, qu’on peut s’en tirer en disant qu’il nous est interdit de fabriquer des parures pour une idole.

ס״ק ג — pourquoi le salaire est permis même pour l’idole elle-même

« הטעם בגמרא אפי׳ למ״ד דאליל של עובד כוכבים אסור מיד וכמו שפסק ריש סימן קל״ט מ״מ לא נקרא אליל אלא במכוש האחרון שמכה בקורנס ומכוש האחרון לית ביה שוה פרוטה וישנה לשכירות מתחילה ועד סוף וכל פורתא דעביד שרי ליה למישקל אגריה » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ג)
« וכן כתבו כל הפוסקים רק הרי״ף והטור והש״ע לא הביאו להאי רבותא דאפילו אליל עצמה שרי השכר בדיעבד ונראה טעמם שלא רצו לגלות היתר זה כדי להרחיק את האדם מכיעור עבירה זו וכדרך שאמרו בפרק מי שהחשיך עוד אחרת אמרו ולא רצו לגלותה » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ג)
résumé : la raison, dans la guemara — même selon celui qui tient que l’idole d’un non-Juif est interdite dès sa fabrication (comme il est tranché au début du siman 139), elle ne s’appelle idole qu’au dernier coup de marteau, qui ne vaut pas une perouta, et le salaire s’acquiert du début à la fin. Ainsi tous les décisionnaires ; mais le Rif, le Tour et le Choulhan Aroukh n’ont pas rapporté cette nouveauté — sans doute pour ne pas divulguer une permission qui rapprocherait de la laideur de cette faute.

ס״ק ד — la salle : Rachi et le Rambam contre Rabbenou Yitshak, et le Taz en pratique

« כן פסק רש״י ורמב״ם במתניתין דקתני בונה עמהם בימוסיאות דהיינו מידי דהוה תשמיש דתשמיש לעבודת כוכבים והתוספות חולקים וגורסים בגמרא דימוסיאו׳ ופירושו מרחצאות וכ״פ הערוך והטור הביאו במסקנא אבל תשמיש דתשמיש לעבודת כוכבים אסור » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ד)
« ונ״ל עוד דאפי׳ לרש״י ורמב״ם אין היתר אלא דרך מסייע לחוד שהרי איתא במשנה בלשון זה בונה עמהם וכן הרמב״ם שהעתיק המחבר כאן כתב בריש הסעיף אסור לבנות עם העובדי כוכבים כו׳ ועלה קאמר אבל בונה כו׳ כלומר עמהם דוקא ומצינו כמה פעמים דמסייע אין בו ממש אבל לבנות הוא לבדו אסור לכ״ע » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ד)
« אבל למעשה ודאי ראוי לנו לפסוק כר״י שראה דברי רש״י וחלק עליהם ואליו תשמעון להרחיק מכיעור ודומה לו » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ד)
résumé : la permission de la salle suit Rachi et le Rambam, qui lisent dans la michna « on bâtit avec eux des bimossiaot » — un accessoire d’accessoire. Les Tossefot lisent dimossiaot, des bains, et interdisent l’accessoire d’accessoire. Le Taz s’étonne que le Choulhan Aroukh et le Rama n’aient pas tranché sévèrement, en matière d’idolâtrie où l’on est d’ordinaire plus strict. Il ajoute que même selon Rachi et le Rambam, la permission ne vaut qu’en aidant — « il bâtit avec eux » —, mais bâtir seul est interdit de l’avis de tous ; et qu’en pratique il convient de suivre Rabbenou Yitshak, pour s’éloigner de la laideur.

ס״ק ה — trois lectures de « avec faveur », et la ligne du Taz

« פירש״י שמעלה להם שכר ולפ״ז אסור לטחון ולאפות ברחיים ובתנור של אליל ור״ת פירש בטובה שמחזיק להם טובה אסור אבל באינו מחזיק להם טובה מותר אע״פ שנותן להם שכר כ״כ הטור » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ה)
« והרמב״ם כתב דבשכר גרע טפי ונראה דהכי קי״ל וכל שאסור בטובה אסור הן בנתינת שכר הן בהחזקת טובה » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ה)
résumé : Rachi explique « avec faveur » par le paiement d’un salaire — d’où l’interdiction de moudre et de cuire au moulin et au four de l’idole ; Rabbenou Tam, par le fait de leur devoir une faveur — sans cela, permis même en payant, ainsi le Tour. Le Rambam écrit que payer est pire ; et « il semble que nous tenons ainsi : tout ce qui est interdit avec faveur l’est aussi bien en payant qu’en devant une faveur ».
« וכתב רש״ל דהך שלא בטובה פירושו שכל העולם נהנין ממנה שלא בטובה אבל אם מוחלין ליחיד אסור דאדרבה נהנה מעובד כוכבים שמהנה אותו כדלקמן סימן קמ״ט גבי מכס עכ״ל » (ט״ז יו״ד קמ״ג ס״ק ה)
résumé : le Maharchal écrit que « sans faveur » signifie que tout le monde en jouit sans faveur ; mais s’ils en dispensent un particulier, interdit — car alors il jouit d’un non-Juif qui lui fait une faveur, comme au siman 149 à propos de la taxe.

Le Baer Hetev

ס״ק א et ס״ק ה — le Chakh contre le Ba’h, et le Taz en pratique

« כ׳ הש״ך משמע מדברי הט״ו שאפי׳ אין הבית עצמו נעבד אסור לבנות כותל להבית כיון שמהנה לאליל וכן משמע בש״ס וברש״י דלא כהב״ח שמתיר אם הבית עצמו אינו נעבד רק שהעמידו בו עבודת כוכבים דלא נקרא מהנה לעבודת כוכבי׳ בבנין הכותל ואין דבריו נראין כלל » (באר היטב יו״ד קמ״ג ס״ק א)
« כ׳ הט״ז ונראה דאין להתיר אלא דרך מסייע לחוד שיהא בונה עמהם אבל לבנות הוא לבדו אסור לכ״ע וכל זה להלכה אבל למעשה ודאי ראוי להחמיר ולהרחיק מהכיעור ודומה לו לאסור אף במסייע להם » (באר היטב יו״ד קמ״ג ס״ק ה)
résumé : le Chakh écrit qu’il ressort du Tour et du Choulhan Aroukh que même si la maison elle-même n’est pas adorée, bâtir le mur est interdit, et que les paroles du Ba’h « ne paraissent pas du tout ». Et le Taz : la permission de la salle ne vaut qu’en aidant, jamais seul ; « tout cela en théorie, mais en pratique il convient de se montrer strict, s’éloigner de la laideur, et interdire même d’aider ».

ס״ק ו — le Maharchal, et le Chakh sur la reconnaissance verbale

« והש״ך כתב דבטובת דברים אם היה לאחרים חלק בהן מותר דכיון דטובת דברים אינה אלא דרבנן אזלינן לקולא » (באר היטב יו״ד קמ״ג ס״ק ו)
résumé : et le Chakh écrit que pour une reconnaissance verbale, si d’autres y avaient part, c’est permis, car la reconnaissance verbale n’est interdite que par les Sages, et l’on suit l’indulgence.

Le Pit’hei Techouva

Une seule entrée sur ce siman, et elle renvoie à la question du salaire :

« עיין ב״ח ובש״ך סק״ד הטעם למה השמיטו הטור והמחבר הא דר׳ ירמיה בש״ס דאפילו שכר עבודת כוכבים עצמה מותר » (פתחי תשובה יו״ד קמ״ג ס״ק א)
résumé : voir le Ba’h et le Chakh ס״ק ד, pour la raison pour laquelle le Tour et le Mehaber ont omis l’enseignement de Rabbi Yirmiya dans la guemara — que même le salaire pour l’idole elle-même est permis ; et voir le Chaar haMelekh, Ichout ch. 5 h. 20, qui s’en étonne.

6. Les gloses du Rama

Sur le seif 1 — « interdite ; et s’il ne reconnaît pas »

Le Mehaber disait « sa part est permise au profit » ; le Rama complète d’après le Tour : la part de l’idole est interdite, et si l’on ne peut pas reconnaître ses pierres, tout est interdit. Le Tour l’écrit ainsi :

« וחלקו מן העצים והאבנים אם מכירן מותרין ואם לאו הכל אסור ובאותם ד׳ אמות שהרחיק יעשה בהם דברים שלא תהנה מהם האליל ואם אינו רשאי ימלאנה קוצים » (טור יו״ד קמ״ג)
résumé : sa part de bois et de pierres, s’il les reconnaît, est permise ; sinon, tout est interdit ; et dans ces quatre coudées dont il s’est retiré, il fera des choses dont l’idole ne profite pas, et s’il ne le peut pas, il les remplira d’épines.

Sur le seif 1 — « il lui est permis de leur vendre sa part »

Cette glose vient du Ran, que le Beit Yossef rapporte avec sa réserve : le Yerouchalmi lit « moitié-moitié » comme un partage des pierres ; le Ran ajoute qu’on peut de toute façon vendre sa part ; et le Beit Yossef « hésite à se montrer strict » — mais le Rama retient la permission de vendre :

« וכתב הר״ן אבל בירושלמי פירשו דמאי דאמרינן נדון מחצה על מחצה היינו לומר שחצי הכותל מותר ונוטל מחצה בעצים ובאבנים ומיהו ה״מ במכיר האבנים שכנגדו אבל כשאינו מכירו הכל אסור דאין ברירה ומיהו מסתברא דמותר למכור לו חלקו בכל מקום שהוא » (בית יוסף יו״ד קמ״ג)

Sur le seif 2 — « même l’idole elle-même »

Le Mehaber ne parle que de la voûte ; le Rama, au nom du Kol Bo, étend la permission du salaire à l’idole elle-même. Le Chakh (ס״ק ד) montre que c’est la guemara même (19b), suivie par le Roch, le Ran, les Tossefot, le Rambam et le Rachba — et le Rambam l’écrit en toutes lettres :

« הָעוֹשֶׂה עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לַאֲחֵרִים אַף עַל פִּי שֶׁהוּא לוֹקֶה שְׂכָרוֹ מֻתָּר וַאֲפִלּוּ עֲשָׂאָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁהִיא אֲסוּרָה מִיָּד. מִפְּנֵי שֶׁאֵינָהּ נֶאֱסֶרֶת עַד שֶׁתִּגָּמֵר וּמַכּוֹשׁ אַחֲרוֹן שֶׁגּוֹמְרָהּ אֵין בּוֹ שְׁוֵה פְּרוּטָה » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה ה׳
résumé : celui qui fabrique une idole pour d’autres, bien qu’il soit passible des coups, son salaire est permis — même s’il l’a fabriquée pour un non-Juif, chez qui elle est interdite immédiatement —, parce qu’elle n’est interdite qu’une fois achevée, et que le dernier coup de marteau qui l’achève ne vaut pas une perouta.

Sur le seif 3 — la cour de l’idole

C’est la glose la plus lourde du siman : le Rama rapporte Rabbenou Tam, pour qui l’interdit du bain et du jardin ne vaut que dans la cour même de l’idole, et conclut ויש לסמוך על זה להקל. Les Tossefot le disent au sujet des fours et des moulins de leur temps :

« ועוד נראה לר״ת דמה שאנו אופין עתה בתנור של כומרים וטוחנין בריחים של מים שלהם ודאי ליכא למיחש דלא מיבעיא בשכר דשרי דאין אנו מחזיקין להם טובה אלא אפילו שלא בשכר נמי מותר כיון שאין התנור והריחים בבית העבודת כוכבים עצמו כמו הכא מרחץ של אפרודיטי » (תוספות עבודה זרה מ״ד ע״ב ד״ה נהנין)
résumé : et il paraît encore à Rabbenou Tam que, quand nous cuisons aujourd’hui au four des prêtres et moulons à leurs moulins à eau, il n’y a certainement rien à craindre : non seulement en payant — car nous ne leur devons aucune faveur — mais même sans payer, puisque le four et le moulin ne sont pas dans la maison d’idolâtrie elle-même, à la différence du bain d’Aphrodite.

Sur les seifim 5 et 6 — « si le loyer tombe à la ville »

Deux gloses jumelles, d’après le Yerouchalmi et le Tour : ce qui tombe dans la caisse de la ville est permis, même si la ville finance ensuite le culte. Le Tour en donne le mécanisme :

« וגבאין של אליל אסור ליתן להם ואם היו מעלין שכר למדינה אע״פ שגובין לאליל מותר ליתן להם פירוש שבני המדינה לוקחין לעצמן מה שגובין ומספיקין צרכי האליל מותר כיון שאם ירצו יקחו לעצמן כל מה שגבו ומה שנותנין לאליל כאילו נתנו מכיסן » (טור יו״ד קמ״ג)
résumé : les collecteurs de l’idole, il est interdit de leur donner ; mais s’ils versent le produit à la ville, bien qu’ils collectent pour l’idole, il est permis de leur donner — c’est-à-dire que les gens de la ville prennent pour eux ce qu’ils collectent et fournissent les besoins de l’idole : permis, puisque, s’ils le voulaient, ils garderaient tout, et ce qu’ils donnent à l’idole, c’est comme s’ils le donnaient de leur bourse.
Les gloses du Rama tirent toutes dans le même sens : elles précisent où passe la frontière — entre sa part et celle de l’idole, entre la voûte et l’idole, entre la cour de l’idole et le reste, entre la caisse du culte et la caisse de la ville. Le Mehaber pose l’interdit ; le Rama en dessine les bords.

7. Cas pratiques modernes

Une réserve avant tout. Savoir si tel lieu de culte contemporain relève des lois de עבודת כוכבים au sens de ce siman est une question à part entière, que ce niveau ne tranche pas : elle passe par un Rav. Les cas ci-dessous montrent comment le siman raisonne, non ce qu’il décide dans chaque situation.

Cas 1 — Un mur mitoyen avec un lieu de culte

C’est le seif 1. Rebâtir le mur commun, c’est bâtir un mur pour la maison d’idolâtrie. La solution du siman est de reculer et de ne pas laisser l’espace au voisin. Et le Chakh (ס״ק א) précise que la règle vaut même si le bâtiment n’est pas lui-même « adoré » : il suffit qu’on y dresse une idole.

Cas 2 — Un entrepreneur sur un chantier

Le seif 2 distingue trois zones. La pièce même où l’idole est dressée — interdit, et le Taz (ס״ק ב) y ajoute jusqu’aux fenêtres de cette pièce. Le salaire d’un travail déjà fait — permis. Le reste du bâtiment — permis selon le Mehaber, mais le Taz (ס״ק ד) demande de s’en abstenir, et au minimum de ne jamais bâtir seul.

Cas 3 — Un local loué à une institution religieuse

C’est le seif 5, et la glose du Rama en donne le critère : où va le loyer ? S’il finance directement le culte — interdit. S’il tombe dans une caisse générale (une ville, une collectivité) qui, de son côté, entretient le culte — permis. Ce qui compte n’est pas l’usage final de l’argent, mais à qui le Juif l’a remis.

Cas 4 — Acheter les produits d’un domaine religieux

C’est le seif 3 avec ses trois lectures de בטובה. Le Rama permet quand le jardin n’est pas dans la cour de l’idole ; le Ba’h (Chakh ס״ק ז) ajoute la condition que d’autres acheteurs existeraient de toute façon ; et le Rachba, cité par le Beit Yossef, invoque l’usage établi — פוק חזי מאי עמא דבר.

Cas 5 — Un droit d’entrée, une taxe

C’est le seif 6. Le siman 149 y reviendra pour la foire ; ici, le critère est déjà posé : une taxe qui alimente le culte lui-même est interdite ; une taxe municipale ne l’est pas. Et le Maharchal (Taz ס״ק ה) ajoute une borne inverse : ne pas accepter une exemption personnelle du culte, car alors c’est l’idole qui « fait une faveur ».

8. Synthèse du Siman 143

En une phrase : comme il est interdit de jouir d’une idole, il est interdit de la faire jouir ; et pour savoir si on la fait jouir, le siman pose toujours la même question — à qui va ce que je fais, ou ce que je paie ?

Tableau-mémoire

Ce que dit le simanEn hébreuRetenir
Le mur mitoyen effondréכונס לתוך שלו ובונהReculer de quatre coudées
L’espace laissé libreממלאו קוצים או צואהNe pas agrandir la maison d’idoles
Le mur mitoyenידון מחצה למחצהSa part permise ; sans reconnaître, tout interdit
La voûteאסור לבנותAccessoire direct de l’idole
Le salaireשכרו מותרLe dernier coup de marteau ne vaut rien
La salle et la courבונה הוא לכתחילהPermis — mais le Taz s’en abstient
Le jardin et le bainשלא בטובה מותר, בטובה אסורPayer ou devoir une faveur aux prêtres
Les adorateursמותר אפילו בטובהLes fidèles ne sont pas l’idole
Hors de la courיש לסמוך על זה להקלLa porte du Rama
Flûtes, boutiques, taxeכשנופל לכיס בני המדינה שריÀ la ville, oui ; à l’idole, non

Questions de compréhension

  1. Pourquoi le mur effondré ne peut-il pas être rebâti là où il était, et que doit faire le propriétaire des quatre coudées dont il s’est retiré ?
  2. Le Mehaber ne permet le salaire que pour la voûte ; le Rama l’étend à l’idole elle-même. Quelle est la raison de la guemara, et pourquoi le Taz pense-t-il que le Rif et le Mehaber l’ont tue ?
  3. Que signifie « avec faveur » selon Rachi, selon Rabbenou Tam et selon le Rambam ? Quelle différence pratique pour le four du prêtre ?
  4. Le Mehaber interdit même si d’autres partagent le bénéfice avec les prêtres ; le Rambam permet. Comment le Chakh (ס״ק ה) explique-t-il la divergence ?
  5. Pourquoi la taxe qui tombe à la ville est-elle permise, alors que la ville entretient l’idole ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קמ״ג · Niveau 1 — Initiation · שלא לבנות ביתו סמוך לבית עבודת כוכבים ובאיזה אופן מותר ליהנות מעבודת כוכבים
daattorah.com

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