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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קנ״ו — se faire couper les cheveux par un non-Juif

Trois seifim : de qui l’on se fait couper les cheveux, le miroir, et la blorit
יורה דעה · סימן קנ״ו
אם מותר להסתפר מעובד כוכבים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le siman 156 tient en trois seifim — le Choulhan Aroukh l’annonce lui-même : ובו ג׳ סעיפים. Les deux premiers ne relèvent pas de l’idolâtrie mais de la garde de la vie : on craint le rasoir dans la main d’un inconnu. Le troisième, lui, touche au culte.

Sujet : Se faire couper les cheveux par un non-Juif — le danger, le miroir, la blorit
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קנ״ו

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les trois seifim, et les deux gloses du Rama
2. Contexte : la michna d’Avoda Zara (כ״ז ע״א), la guemara (כ״ט ע״א), les Tossefot, le Rambam, le Tour et le Beit Yossef
3. Les concepts-clés : שמא יהרגנו, אדם חשוב, מראה, תער ומספריים, לא ילבש גבר, בלורית, קרחה
4. Le tableau récapitulatif : les trois seifim, clause par clause
5. Le Chakh (2 ס״ק), le Taz (1 ס״ק) et le Baer Hetev (2 ס״ק) — l’appareil complet
6. Le Rambam : deux traités pour un seul siman
7. Cas pratiques modernes
8. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les trois seifim

Le siman se lit en deux temps. Les seifim 1 et 2 tiennent ensemble : le premier dit d’où l’on peut se faire couper les cheveux, le second dit ce qu’il est permis de faire du miroir dont le premier vient de parler. Le seif 3 change de sujet — il ne s’agit plus du Juif que l’on coiffe, mais du Juif qui coiffe.

Seif 1 — de qui l’on ne se fait pas couper les cheveux

אם מותר להסתפר מעובד כוכבים. ובו ג׳ סעיפים:
אין מסתפרין מהעובד כוכבים אלא במקום שמצויין בני אדם או אם אותו העובד כוכבים מדמה שאותו ישראל הוא אדם חשוב: הגה ויש מחמירים שלא להסתפר מעובד כוכבים אפילו במקום רבים בתער אם לא שיראה במראה (תוספות ומרדכי פא״מ) ונהגו להקל כסברא ראשונה:
Titre du siman : s’il est permis de se faire couper les cheveux par un non-Juif ; et il comporte trois seifim.

On ne se fait pas couper les cheveux par le non-Juif, sinon dans un endroit où des gens se trouvent, ou si ce non-Juif s’imagine que ce Juif est un homme important.

Glose du Rama : et il en est qui sont rigoureux, de ne pas se faire couper les cheveux par un non-Juif même dans un lieu fréquenté, au rasoir, à moins qu’il ne regarde dans un miroir (Tossefot et Mordekhi, chapitre Ein Ma‘amidin) ; et l’usage est d’alléger selon le premier avis.

Seif 2 — le miroir, et les cas où il est permis

אסור לאיש להסתכל במראה משום לא ילבש גבר אלא אם כן משום רפואה כגון שחושש בעיניו או שמספר עצמו או אם מסתפר מן העובד כוכבים בינו לבינו וכדי ליראות אדם חשוב מותר לראות במראה: הגה וי״א הא דאסור לראות במראה היינו דוקא במקום דאין דרך לראות במראה רק נשים ואית ביה משום לא ילבש גבר אבל במקום שדרך האנשים לראות ג״כ במראה מותר (ר״ן פא״מ) ואפי׳ במקום שנהגו להחמיר אם עושה לרפואה שמאיר עיניו או שעושה להסיר הכתמים מפניו או נוצות מראשו שרי (סמ״ג בשם הר״ר זעלקיל) וכן נהגו ועיין לקמן סימן קפ״ב:
Il est interdit à un homme de regarder dans un miroir, à cause de « un homme ne portera pas » ; sauf pour raison de soin — par exemple s’il souffre des yeux — ou s’il se coupe lui-même les cheveux, ou s’il se fait couper les cheveux par le non-Juif en tête-à-tête et afin de paraître un homme important : il lui est permis de regarder dans un miroir.

Glose du Rama : et il en est qui disent que ce qui est interdit — regarder dans un miroir — ne vaut précisément que dans un lieu où seules les femmes ont coutume de le faire, et où il y a donc « un homme ne portera pas » ; mais dans un lieu où les hommes aussi ont coutume de regarder dans un miroir, c’est permis (Ran, chapitre Ein Ma‘amidin). Et même dans un lieu où l’on a coutume d’être rigoureux, s’il le fait pour se soigner — pour éclaircir ses yeux — ou pour ôter les taches de son visage ou des duvets de sa tête, c’est permis (Semag au nom de Rabbi R. Zelkil), et ainsi est l’usage ; et voir plus loin siman 182.

Seif 3 — la blorit, et la tonsure des prêtres

ישראל המספר את העובד כוכבים כיון שהגיע סמוך לבלוריתו ג׳ אצבעות מכל רוח שומט ידו וכן הקרחה שעושים כהני עבודת כוכבים אסור לישראל לעשות להם:
Un Juif qui coupe les cheveux du non-Juif : dès qu’il est arrivé près de sa blorit — trois doigts de chaque côté — il retire sa main. Et de même la tonsure que font les prêtres du culte idolâtre, il est interdit à un Juif de la leur faire.
Deux interdits, deux raisons, un seul siman. Le Mehaber n’écrit pas la raison du seif 1 ; le Tour et le Rambam l’écrivent, et elle est la même : la crainte d’un rasoir tenu par quelqu’un qui n’a pas de compte à rendre.
« אין מסתפרין מהעכו״ם שמא יהרגנו » (טור יו״ד קנ״ו)
« וְאָסוּר לְהִסְתַּפֵּר מֵהֶן בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד שֶׁמָּא יַהַרְגֶנּוּ » (רמב״ם הלכות רוצח ושמירת נפש פרק י״ב הלכה י״א)
Le seif 3, au contraire, est un interdit de culte : la בלורית est la mèche que l’on faisait pousser pour le culte idolâtre, et la קרחה est la tonsure de ses prêtres. C’est pourquoi le Rambam le range, lui, dans les lois de l’idolâtrie et non dans celles de l’homicide.

2. Contexte — la michna, la guemara, les Tossefot, le Rambam, le Tour

La michna du chapitre Ein Ma‘amidin porte une divergence, et c’est elle qui commande tout le seif 1 :

« וְאֵין מִסְתַּפְּרִין מֵהֶן בְּכׇל מָקוֹם, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מוּתָּר, אֲבָל לֹא בֵּינוֹ לְבֵינוֹ » (עבודה זרה כ״ז ע״א)

Le Beit Yossef dit d’un mot ce que la halakha en retient :

« תנן אין מסתפרין מהם בכל מקום דר״מ וחכ״א בר״ה מותר אבל לא בינו לבינו » (בית יוסף יו״ד קנ״ו)
« וידוע שהלכה כחכמים וכן פסק הרמב״ם ז״ל » (בית יוסף יו״ד קנ״ו)

La braïta de la page כ״ט donne les deux moitiés du siman — le miroir du Juif que l’on coiffe, et la blorit du non-Juif que l’on coiffe :

« יִשְׂרָאֵל הַמִּסְתַּפֵּר מִגּוֹי רוֹאֶה בַּמַּרְאָה, וְגוֹי הַמִּסְתַּפֵּר מִיִּשְׂרָאֵל, כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לִבְלוֹרִיתוֹ שׁוֹמֵט אֶת יָדוֹ » (עבודה זרה כ״ט ע״א)

La guemara demande à quoi sert ce miroir, et répond :

« לְעוֹלָם בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד, וְכֵיוָן דְּאִיכָּא מַרְאָה — מִתְחֲזֵי כְּאָדָם חָשׁוּב » (עבודה זרה כ״ט ע״א)

Puis elle raconte Rav Hana bar Bizna, qui se faisait couper les cheveux dans les ruelles de Nehardea :

« רַב חָנָא בַּר בִּיזְנָא הֲוָה מִסְתַּפֵּר מִגּוֹי בִּשְׁבִילֵי דִנְהַרְדְּעָא » (עבודה זרה כ״ט ע״א)
« אָמַר: תֵּיתֵי לִי דַּעֲבַרִי אַדְּרַבִּי מֵאִיר » (עבודה זרה כ״ט ע״א)
« וְהוּא סָבַר: שְׁבִילֵי דִנְהַרְדְּעָא, כֵּיוָן דִּשְׁכִיחִי רַבִּים, כִּרְשׁוּת הָרַבִּים דָּמוּ » (עבודה זרה כ״ט ע״א)

Et elle donne la mesure de la blorit :

« וְכַמָּה? אָמַר רַב מַלְכִּיָּה אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: שָׁלֹש אֶצְבָּעוֹת לְכׇל רוּחַ וָרוּחַ » (עבודה זרה כ״ט ע״א)

Les Tossefot, sur cette page, tirent de l’épisode une conclusion pratique plus stricte que celle des Sages — c’est la source de la glose du Rama :

« והלכה למעשה דאסור להסתפר מעובד כוכבים אלא אם כן רואה ואפילו ברשות הרבים » (תוספות עבודה זרה כ״ט ע״א)
« ודוקא בתער דשכיח ביה הזיקא בקל אבל במספרים לא שכיח בהו הזיקא שרי אם יש עמו אחר » (תוספות עבודה זרה כ״ט ע״א)

Le Tour donne le siman entier, avec sa raison :

« לפיכך ברשות הרבים שהכל עוברין ושבים שם מותר שהוא ירא » (טור יו״ד קנ״ו)
« וכן אם הוא מסתכל במראה מותר שאז נראה כאדם חשוב וירא לעשות לו רעה » (טור יו״ד קנ״ו)
« ולא התירו להסתכל במראה אלא למי שמסתפר מן העכו״ם » (טור יו״ד קנ״ו)
« ועכו״ם המסתפר מישראל כיון שהגיע סמוך לבלוריתו ג׳ אצבעות מכל רוח שומט ידיו » (טור יו״ד קנ״ו)

Le Beit Yossef, lui, ne suit pas les Tossefot jusqu’au bout :

« אלא שהתוס׳ כתבו דהלכה למעשה אסור להסתפר מעכו״ם אא״כ רואה ואפילו בר״ה » (בית יוסף יו״ד קנ״ו)
« ואין נראה כן דעת הפוסקים וצ״ל דאף התוס׳ לא כתבוה אלא לומר שטוב לנהוג כך » (בית יוסף יו״ד קנ״ו)
Deux écarts entre le Tour et le Mehaber méritent d’être notés dès le niveau 1. (1) Le Tour écrit la raison — שמא יהרגנו — et le Mehaber ne l’écrit pas ; il faut aller au Rambam ou au Tour pour la trouver. (2) Le Tour met les deux permissions sur le même plan — le lieu public et le miroir ; le Mehaber, au seif 1, ne retient que le lieu public et l’homme important, et renvoie le miroir au seif 2.

3. Les concepts-clés de ce siman

שֶׁמָּא יַהַרְגֶנּוּde peur qu’il ne le tue. La raison des deux premiers seifim, écrite par le Tour et par le Rambam. Ce n’est pas un interdit d’idolâtrie : c’est une règle de שמירת נפש, la garde de la vie.
אָדָם חָשׁוּבun homme important. Celui que l’on n’ose pas tuer, parce qu’on aurait à en répondre. Le Mehaber en fait la seconde permission du seif 1 — et il suffit, dit-il, que le non-Juif s’imagine qu’il en est un.
מַרְאָהle miroir. Il joue deux rôles opposés dans ce siman. Au seif 1, glose du Rama, il est ce qui permet — il donne au client l’air d’un homme important. Au seif 2, il est ce qui est interdit — un homme ne se regarde pas dans un miroir.
תַּעַר וּמִסְפָּרַיִםle rasoir et les ciseaux. La distinction du Chakh et du Taz. Le rasoir blesse aisément ; les ciseaux non. Toute la rigueur du Rama porte sur le rasoir.
לֹא יִלְבַּשׁ גֶּבֶרun homme ne portera pas. Le verset du seif 2 :
« וְלֹא־יִלְבַּ֥שׁ גֶּ֖בֶר שִׂמְלַ֣ת אִשָּׁ֑ה » (דברים כ״ב:ה)
Les Tossefot en donnent le targoum, et c’est là que se voit la portée réelle de l’interdit : il vise l’homme qui s’apprête comme une femme.
בְּלוֹרִיתla blorit. La mèche que l’on laissait pousser pour le culte idolâtre. Un Juif ne la taille pas : arrivé à trois doigts d’elle de chaque côté, il lâche la main.
קָרְחָהla tonsure. Le cercle rasé des prêtres du culte. Un Juif ne le leur fait pas. C’est la seule clause du siman qu’aucun des noseï kelim de ce siman ne commente ; le Gaon de Vilna note d’ailleurs qu’elle est propre au Mehaber.

4. Le tableau récapitulatif — les trois seifim, clause par clause

SituationInterditPermis
Se faire couper les cheveux par un non-Juif, en tête-à-têteOui — le Mehaber ne l’autorise pasDans un lieu où des gens se trouvent (seif 1)
Le non-Juif le tient pour un homme importantPermis, même sans public (seif 1)
Au rasoir, en lieu fréquentéLes rigoureux l’interdisent (Rama)Sauf s’il regarde dans un miroir — et l’usage est d’alléger comme le premier avis (seif 1)
Aux ciseauxPas de danger courant : permis, si un autre est avec lui (Chakh, Taz)
Un homme qui se regarde dans un miroirInterdit — לא ילבש גברPour se soigner, pour se coiffer lui-même, ou pour paraître important devant le coiffeur (seif 2)
Là où les hommes aussi se regardent dans un miroirPermis (Rama, au nom du Ran) — et là où l’on est rigoureux, permis pour un soin ou pour se nettoyer le visage
Couper les cheveux d’un non-Juif près de sa bloritInterditOn coupe jusqu’à trois doigts d’elle, puis on lâche la main (seif 3)
Faire la tonsure des prêtres du culteInterdit à un Juif— (seif 3)

5. Le Chakh, le Taz et le Baer Hetev

L’appareil de ce siman est court, et il est donné ici en entier : le Chakh compte deux ס״ק, le Taz un seul, le Baer Hetev deux. Le Pit’hei Techouva et les Nekoudot HaKessef ne commentent pas ce siman.

Le Chakh — deux entrées

ס״ק א — sur בתער : le rasoir, les ciseaux, et le yihoud

« דשכיחא היזקא אבל במספריים דלא שכיח היזקא שרי אם יש עמו אחר » (ש״ך יו״ד קנ״ו ס״ק א)
« ופי׳ הב״ח דאם אין עמו אחר בלא״ה אסור להתייחד עם העובד כוכבי׳ (כדלעיל סי׳ קנ״ג ס״ב) עכ״ל » (ש״ך יו״ד קנ״ו ס״ק א)
« אבל בינו לבינו אסור להסתפר פי׳ במקום שאין רגילין בני אדם כ״כ » (ש״ך יו״ד קנ״ו ס״ק א)
« אבל בייחוד ממש לא איצטריך דתיפוק ליה אף בלא מסתפר אסור להתייחד עמהם משום שפיכת דמים » (ש״ך יו״ד קנ״ו ס״ק א)
résumé : avec le rasoir le dommage est courant ; avec des ciseaux il ne l’est pas, et c’est permis si un autre se trouve avec lui — ainsi les Tossefot. Et le Bach a expliqué que s’il n’y a personne avec lui, il est de toute façon interdit de rester seul à seul avec un non-Juif, comme plus haut au siman 153 seif 2 ; et cela est dit expressément dans les Tossefot au dibbour précédent : « mais en tête-à-tête il est interdit de se faire couper les cheveux » — c’est-à-dire dans un endroit où les gens ne sont pas si fréquents ; quant au yihoud proprement dit, il n’était pas nécessaire de le dire, puisque même sans coupe de cheveux il est interdit de rester seul avec eux, à cause de l’effusion de sang.

ס״ק ב — sur ונהגו להקל : sur quoi l’usage indulgent s’appuie

« ונראה הא דנהגו להקל היינו משום דאנו נותנים להם שכר וכתב הגה״א דבשכר מותר עכ״ל » (ש״ך יו״ד קנ״ו ס״ק ב)
« וקשה א״כ מאי ונהגו להקל כסברא הראשונה » (ש״ך יו״ד קנ״ו ס״ק ב)
« אלא ר״ל דסברא הראשונה מתיר במקום שבני אדם מצויין שם אפי׳ בלא מראה וע״ז סמכו להקל » (ש״ך יו״ד קנ״ו ס״ק ב)
« וכן הוא הסכמת הפוסקים כמ״ש בבית יוסף » (ש״ך יו״ד קנ״ו ס״ק ב)
« ואותן בני אדם שמסתפרים מן העובד כוכבים בינם לבין עצמן לאו שפיר עבדי דבלא״ה אסור להתייחד עמהן כ״ש במסתפר » (ש״ך יו״ד קנ״ו ס״ק ב)
résumé : la Dericha voulait que l’usage indulgent tienne à ce que nous les payons, et que le paiement suffise à écarter le danger. Le Chakh objecte : en ce cas, ce ne serait plus « comme le premier avis ». Il conclut donc que le premier avis permet dès qu’il y a du monde, même sans miroir, et que c’est là-dessus que l’on s’est appuyé — tel est l’accord des décisionnaires selon le Beit Yossef. Et il ajoute que ceux qui se font couper les cheveux par un non-Juif seuls à seuls n’agissent pas bien : indépendamment de tout, il est interdit de rester seul avec eux, et à plus forte raison quand on se fait couper les cheveux.

Le Taz — une entrée

ס״ק א — sur בתער אם לא כו׳

« אבל במספריים לא שכיחא בהו היזקא ושרי » (ט״ז יו״ד קנ״ו ס״ק א)
résumé : mais avec des ciseaux le dommage n’est pas courant avec eux, et c’est permis. Le Taz s’accorde donc avec le Chakh sur la limite de la glose du Rama — elle ne vise que le rasoir — sans ajouter la condition d’un tiers présent.

Le Baer Hetev — deux entrées

« דשכיחא היזקא אבל במספריים דלא שכיחא היזקא שרי אם יש עמו אחר » (באר היטב יו״ד קנ״ו ס״ק א)
résumé : il abrège le Chakh et garde l’essentiel — le rasoir est dangereux, les ciseaux ne le sont pas, et il faut alors qu’un autre soit présent.
« פי׳ במקום שב״א מצויין שם אפילו בלא מראה ע״ז סמכו להקל » (באר היטב יו״ד קנ״ו ס״ק ב)
résumé : il abrège le second ס״ק du Chakh — le premier avis permet là où les gens sont présents, même sans miroir ; c’est là-dessus que l’on s’est appuyé pour alléger.
Les trois disent la même chose, et le Chakh dit une chose de plus. Sur le rasoir et les ciseaux, l’appareil est unanime. Ce que le Chakh ajoute seul, c’est le rappel du yihoud : le tête-à-tête avec un non-Juif est déjà interdit par ailleurs, au siman 153. Le seif 1 n’est donc pas la seule barrière — il en existe une seconde, et elle est indépendante de la coupe de cheveux.

6. Le Rambam — deux traités pour un seul siman

C’est la particularité de ce siman : ses trois seifim ne viennent pas du même endroit du Michné Torah. Les seifim 1 et 2 sont dans les lois de l’homicide et de la garde de la vie ; le seif 3 est dans les lois de l’idolâtrie.

Seifim 1 et 2 — הלכות רוצח ושמירת נפש

« וְאָסוּר לְהִסְתַּפֵּר מֵהֶן בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד שֶׁמָּא יַהַרְגֶנּוּ » (רמב״ם הלכות רוצח ושמירת נפש פרק י״ב הלכה י״א)
« אִם הָיָה אָדָם חָשׁוּב מֻתָּר מִפְּנֵי שֶׁמִּתְיָרֵא לְהָרְגוֹ » (רמב״ם הלכות רוצח ושמירת נפש פרק י״ב הלכה י״א)
« וְאִם דִּמָּה לְעַכּוּ״ם שֶׁהוּא אָדָם חָשׁוּב כְּדֵי שֶׁיְּפַחֵד מִמֶּנּוּ וְלֹא יַהַרְגֶנּוּ הֲרֵי זֶה מֻתָּר לְהִסְתַּפֵּר מִמֶּנּוּ » (רמב״ם הלכות רוצח ושמירת נפש פרק י״ב הלכה י״א)

Seif 3 — הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים

« עַכּוּ״ם שֶׁהָיָה מִסְתַּפֵּר מִיִּשְׂרָאֵל כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לִבְלוֹרִיתוֹ קָרוֹב שָׁלֹשׁ אֶצְבָּעוֹת לְכָל רוּחַ שׁוֹמֵט אֶת יָדוֹ » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״א הלכה ב׳)

Et le chapitre s’ouvre sur la règle générale dont la blorit n’est qu’un cas :

« אֵין הוֹלְכִין בְּחֻקּוֹת הָעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וְלֹא מִדַּמִּין לָהֶן לֹא בְּמַלְבּוּשׁ וְלֹא בְּשֵׂעָר וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״א הלכה א׳)

Le même chapitre donne la seule exception — celle du Juif proche du pouvoir :

« יִשְׂרָאֵל שֶׁהָיָה קָרוֹב לַמַּלְכוּת וְצָרִיךְ לֵישֵׁב לִפְנֵי מַלְכֵיהֶם וְהָיֳה לוֹ גְּנַאי לְפִי שֶׁלֹּא יִדְמֶה לָהֶן הֲרֵי זֶה מֻתָּר לִלְבּשׁ בְּמַלְבּוּשֵׁיהֶן וּלְגַלֵּחַ כְּנֶגֶד פָּנָיו כְּדֶרֶךְ שֶׁהֵן עוֹשִׂין » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״א הלכה ג׳)

Quant au verset du seif 2, le Rambam le définit ailleurs, et sa définition explique la glose du Rama :

« וְלֹא יַעֲדֶה אִישׁ עֲדִי אִשָּׁה כְּגוֹן שֶׁיִּלְבַּשׁ בִּגְדֵי צִבְעוֹנִין וַחֲלִי זָהָב בְּמָקוֹם שֶׁאֵין לוֹבְשִׁין אוֹתָן הַכֵּלִים וְאֵין מְשִׂימִים אוֹתוֹ הַחֲלִי אֶלָּא נָשִׁים הַכּל כְּמִנְהַג הַמְּדִינָה » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י״ב הלכה י׳)
« Le tout selon l’usage du pays. » Ces quatre mots du Rambam — הכל כמנהג המדינה — sont exactement ce que le Rama fera valoir au seif 2 : là où les hommes aussi se regardent dans un miroir, il n’y a plus d’ornement de femme, donc plus de לא ילבש גבר.

7. Cas pratiques modernes

Cas 1 — un salon de coiffure ordinaire

C’est le cas du seif 1 lu par le Chakh : un lieu où des gens se trouvent. Le Chakh écrit que le premier avis permet dès qu’il y a du monde, même sans miroir, et que c’est sur cela que s’appuie l’usage indulgent rapporté par le Rama.

Cas 2 — un coiffeur qui vient à domicile

C’est le cas que le Chakh vise expressément à la fin de son second ס״ק. Deux motifs se rejoignent : le seif 1, et l’interdit indépendant de rester seul avec un non-Juif, qui vient du siman 153. Pour l’application à ta situation, consulte ton Rav.

Cas 3 — rasoir ou ciseaux

Toute la rigueur du Rama porte sur le rasoir. Le Chakh, le Taz et le Baer Hetev écrivent d’une seule voix qu’aux ciseaux le dommage n’est pas courant ; le Chakh et le Baer Hetev ajoutent la condition qu’un autre soit présent.

Cas 4 — un homme devant un miroir

Le seif 2 l’interdit, et donne aussitôt trois exceptions : le soin, la coupe que l’on se fait à soi-même, et le miroir du coiffeur. Le Rama en ajoute une quatrième, décisive aujourd’hui : là où les hommes aussi se regardent dans un miroir, il n’y a plus d’interdit — וכן נהגו.

Cas 5 — un Juif coiffeur

C’est le seif 3, et il est le seul du siman à porter sur ce que le Juif fait, non sur ce qu’on lui fait. Deux gestes lui sont interdits : tailler la mèche de culte, et faire la tonsure des prêtres.

8. Synthèse du Siman 156

Trois seifim, deux matières. Seifim 1 et 2 : la garde de la vie. On ne se fait pas couper les cheveux par un non-Juif en tête-à-tête ; on le peut là où il y a du monde, ou s’il vous tient pour un homme important. Le Rama rapporte les rigoureux — au rasoir, même en public, sauf miroir — puis conclut : ונהגו להקל כסברא ראשונה. Le Chakh, le Taz et le Baer Hetev limitent tout cela au rasoir. Le miroir, interdit à un homme au titre de לא ילבש גבר, est permis pour un soin, pour se coiffer soi-même, devant le coiffeur — et, dit le Rama, partout où les hommes s’en servent aussi. Seif 3 : le culte. Un Juif ne taille pas la blorit — trois doigts de chaque côté — et ne fait pas la tonsure des prêtres.

Questions de compréhension

  1. Pourquoi le Mehaber n’écrit-il pas la raison du seif 1, alors que le Tour et le Rambam l’écrivent ?
  2. Le miroir apparaît deux fois dans ce siman, et dans deux rôles contraires. Lesquels ?
  3. Sur quoi porte exactement la rigueur du Rama au seif 1 — et qu’en font le Chakh et le Taz ?
  4. Quelle objection le Chakh fait-il à la Dericha, et par quoi la résout-il ?
  5. Pourquoi le seif 3 ne relève-t-il pas du même traité du Rambam que les deux premiers ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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