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DAAT · NIVEAU 3 — SYNTHÈSE

Siman 167 — Prêter à condition que l’argent travaille

Un seul seif : révision structurée, tableaux, mémorisation rapide
יורה דעה · סימן קס״ז
באיזה אופן מותר להלות מעות בתנאי שיתעסק בו לריוח
✨ Niveau Synthèse · חזרה וסיכום
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Dix sections, une question à chaque fois, et la réponse en une ligne. À la fin, quatre règles d’or, une mnémonique sur le mot עסקא et les quatre pièges où l’on tombe.

Sujet : Révision du siman 167 — אחריות, פקדון והלואה, שכר עמלו, תנאי הראיה
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קס״ז — 1 seif · ש״ך (2 ס״ק) · ט״ז (1) · באר היטב (2) · נקודות הכסף (1) · טור · בית יוסף

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de la synthèse

  1. L’axiome : la charge du risque fait le nom du contrat
  2. Les 3 questions-réflexes
  3. Tableau-maître — le seif clause par clause
  4. Les deux phases, et ce qui change entre elles
  5. שכר עמלו : combien, et depuis quel bord
  6. Les deux clauses de preuve, et la limite du Taz
  7. Le duel Taz — Nekoudot HaKessef sur l’הערמת רבית
  8. La glose : l’ordre inverse, et pourquoi il est plus difficile
  9. Le vocabulaire du siman
  10. Règles d’or, mnémonique, pièges et carte-éclair

1. L’axiome : la charge du risque fait le nom du contrat

Le point de départ :

Ce qui fait qu’un argent remis est un prêt n’est pas le nom qu’on lui donne, mais la charge du risque. Tant que la perte serait celle du bailleur, l’argent n’est pas sorti de chez lui : c’est un dépôt, et l’interdit d’intérêt ne le rencontre pas.

D’où l’axiome : le montage tient tant que le risque reste au prêteur, et il tombe à l’instant où il passe au gérant. Le Taz le dit dans les deux sens — en positif, et en citant le Roch en négatif.
« דעיקר ההיתר בדין זה הוא מחמת שבשעה שמרויח מנה הוא עדיין פקדון בידו ולא הלואה » (ט״ז יו״ד קס״ז ס״ק א)
« אבל הכא שנושא ונותן בנכסים כיון שקיבל עליו כל האחריות פקע ממנו שם הפקדון ונעשה מלוה » (ט״ז יו״ד קס״ז ס״ק א)

2. Les 3 questions-réflexes

1. Qui perd si l’argent disparaît ? Si c’est le bailleur, il n’y a pas de prêt et la suite est possible. Si c’est le gérant, l’argent est un prêt et tout gain du bailleur est un intérêt — Taz.
2. Le gérant est-il payé pour son travail ? Si non, son travail est un avantage donné gratuitement au bailleur, avant le prêt (Tour : רבית מוקדמת) ou après lui (Chakh : et aussi מאוחרת).
3. Le salaire a-t-il été stipulé dès le début ? Si oui, une quantité quelconque suffit — c’est la lettre du seif. Sinon, on revient à la mesure pleine selon le Beit Yossef ; la Pericha se contente d’une somme quelconque même alors.

3. Tableau-maître — le seif clause par clause

La clauseCe qu’elle règleQui parle
מלוה אדם לחבירו מנה על תנאי שיתעסק בו לריוח המלוה עד שיהא שני מניםLe montage : cent prêtés pour être exploités au profit du prêteur jusqu’à deux centsמחבר
ויהיה באחריות המלוה עד אותו זמןLe pivot : jusque-là, le risque est au prêteur — donc ce n’est pas un prêtמחבר
ולכשיהיו שני מנים יחזרו שני המנים למלוהLe terme : à deux cents, les deux cents reviennent au prêteurמחבר
ומשם ואילך יהיה כל הריוח ללוהLa seconde phase : à partir de là, tout le profit est à l’emprunteurמחבר
ובלבד שיתן שכר עמלו עד שיהיו ב׳ מניםLa condition : le salaire de la peine, pour la première phaseמחבר
ואם התנה עמו מתחילה אפילו בכל שהוא שהתנה לתת לו בשכר עמלו סגיLa stipulation initiale : si elle a eu lieu, une quantité quelconque suffitמחבר
והוא הדין איפכא שמלוה לו תחילה לצורך הלוה ואחר כך יעסוק בו לצורך המלוה ונותן לוLa glose : l’ordre inverse est licite au même prix — et il lui donneהגה

4. Les deux phases, et ce qui change entre elles

Phase 1 — jusqu’à deux centsPhase 2 — après deux cents
Qui porte le risqueLe prêteur — באחריות המלוהL’emprunteur
Nature juridique de l’argentUn dépôt (פקדון) entre les mains du gérantUn prêt (הלואה)
À qui va le profitAu prêteur, jusqu’à deux centsÀ l’emprunteur, en entier
Ce que fait l’emprunteurIl travaille pour le prêteurIl travaille pour lui-même
Ce qu’il faut payerLe salaire de sa peine — quelconque s’il a été stipuléRien
Le risque halakhiqueQue le travail devienne un intérêt anticipéAucun : c’est un prêt sans intérêt
Le piège est ici : on retient “deux cents reviennent au prêteur” et l’on croit à une exception qui permettrait un gain. Il n’y a pas d’exception. Il y a un dépôt qui devient un prêt, et la ligne de partage est celle du risque.

5. שכר עמלו : combien, et depuis quel bord

Combien ? Le seif : אפילו בכל שהוא, à condition d’avoir stipulé dès le début. Le Beit Yossef explique le prix du silence : sans stipulation, un salaire quotidien כפועל בטל.
« ובלבד שיתן שכר עמלו עד שיהיו ב׳ מנים » (שו״ע יו״ד קס״ז:א)
« ונ״ל דצריך להתנות כן מעיקרא דאם לא כן צריך ליתן שכר בכל יום ויום כפועל בטל כמ״ש בסי׳ קע״ו » (בית יוסף יו״ד קס״ז)
Depuis quel bord ? Le Tour ne nomme que l’intérêt anticipé, parce qu’il suit l’ordre du seif. Le Chakh nomme les deux, parce que la glose autorise l’ordre inverse.
« ובלבד שיתן לו שכר עמלו עד שיהו ב׳ מנים שלא יהיה רבית מוקדמת » (טור יו״ד קס״ז)
« משא״כ הכא דכשעוסק אין כאן הלואה כלל אלא שהוא כמו רבית מוקדמת ומאוחרת ומשום הכי אפילו בלא תנאי סגי בכל שהוא » (ש״ך יו״ד קס״ז ס״ק ב)
Et l’avis plus indulgent La Pericha, rapportée par le Chakh et par le Baer Hetev : même sans stipulation, une somme quelconque suffit — car ici le gérant ne travaille sur rien qui soit à lui, contrairement à l’עסקא du siman 177.
« ובפרישה כתב דאפילו לא התנה בתחלה סגי בשכר כל שהוא » (באר היטב יו״ד קס״ז ס״ק ב)

6. Les deux clauses de preuve, et la limite du Taz

Sur le capital — la clause de témoins est permise, à condition que les témoins connaissent l’affaire (Taz).
« ואם המלוה אינו מאמין ללוה על ההפסד בקרן או בריוח אזי יכתוב בשטר העיסקא שאין הלוה נאמן בהפסד הקרן כי אם ע״פ עדים כשרים מפורסמים » (ש״ך יו״ד קס״ז ס״ק א)
« וכתב עוד בענין ההיתר שמתנה המלוה שלא יהא הלוה נאמן על הפסד הקרן כ״א ע״פ ב׳ עדים כשרים היינו דוקא שהעדים הללו יש להם ידיעה קצת בעסק זה של הלוה » (באר היטב יו״ד קס״ז ס״ק ב)
Sur le profit — la clause de témoins est interdite : un serment solennel, oui. Le Chakh écrit שזהו רבית גמור.
« ועל הריוח לא יהא נאמן כ״א בשבועה חמורה כרצון בעל השטר » (ש״ך יו״ד קס״ז ס״ק א)
« דלא כאותן שנהגו לכתוב בשטר שגם בריוח לא יהא נאמן כ״א בעדים שזהו רבית גמור » (ש״ך יו״ד קס״ז ס״ק א)
Hors du שטר עיסקא — dans un prêt véritable, même la clause sur le capital tombe, l’intérêt y étant de la Torah.
« ומשמע דוקא הכא שהוא בשטר עיסקא אבל בהלואה ממש דהוי רבית דאורייתא אסור להתנות גם על הקרן שלא יהא נאמן כ״א ע״פ ב׳ עדים כשרים » (ש״ך יו״ד קס״ז ס״ק א)
Ne pas confondre les deux limites. Celle du Chakh porte sur l’objet de la clause (capital ou profit) ; celle du Taz porte sur la qualité des témoins. Un acte peut respecter la première et violer la seconde.

7. Le duel Taz — Nekoudot HaKessef sur l’הערמת רבית

Le procédé — celui du Levouch, rapporté par le Taz : au lieu d’un intérêt, l’emprunteur vend au prêteur une marchandise qu’il possède, à bas prix, avec engagement de livraison et pénalité.
Le Taz — le procédé ne vaut que si l’emprunteur n’a pas d’abord dit “prête-moi”. S’il l’a dit, c’est interdit, a fortiori depuis le siman 163.
« ונ״ל ברור שאין להיתר זה מקום רק אם לא אמר תחלה הלויני מעות » (ט״ז יו״ד קס״ז ס״ק א)
« אבל אמר תחלה הלויני מנה ואח״כ עושה עמו היתר זה אסור » (ט״ז יו״ד קס״ז ס״ק א)
Les Nekoudot HaKessef — l’analogie avec le siman 163 ne porte pas : là-bas le vendeur n’avait aucun besoin de vendre, ici la marchandise était réellement à lui, et un homme peut vendre son bien à bas prix.
« ול״נ דלא דמי דהתם לאיזה צורך הוא מוכר לו החטין שהרי חוזר ולוקחן ממנו הרי יש כאן הערמת רבית » (נקודות הכסף יו״ד קס״ז)
« וכשזה מוכרו לו בפחות אין איסור כשיש לו שהרי רשאי אדם למכור סחורותיו בפחות כשיש לו ואין כאן הערמת רבית כיון שהסחורה היא מתחלה של המוכר » (נקודות הכסף יו״ד קס״ז)
Où porte le désaccord — non sur la règle, que les deux acceptent, mais sur la qualification du fait : la vente est-elle réelle ?

8. La glose : l’ordre inverse, et pourquoi il est plus difficile

Ce que dit la glose — l’ordre inverse est licite : d’abord le prêt pour le besoin de l’emprunteur, ensuite le travail pour le besoin du prêteur, et il lui donne.
« והוא הדין איפכא שמלוה לו תחילה לצורך הלוה ואחר כך יעסוק בו לצורך המלוה ונותן לו » (רמ״א יו״ד קס״ז:א)
Pourquoi il est plus difficile — le Raavad, rapporté par le Beit Yossef, hésitait : le travail suit alors le prêt, et c’est un intérêt différé.
« אבל אם ירצה לעשות עסקו פקדון אחר שנה זה לא שמעתי ולא נתברר לי להתיר מפני שהיא כרבית מאוחרת » (בית יוסף יו״ד קס״ז)
« כי בשביל חצי ההלואה שהלוה לו שנה טורח לו שנה בפקדונו » (בית יוסף יו״ד קס״ז)
Ce qui le sauve — un salaire pour la garde de la seconde année, si minime soit-il, דתו לא מיחזי כרבית. Les trois derniers mots de la glose sont cette condition.
« מיהו בנותן לו שכר בעבור שמירתו בשנה שניה אפילו כל דהו נראה דפשיטא דמותר דתו לא מיחזי כרבית » (בית יוסף יו״ד קס״ז)

9. Le vocabulaire du siman

Le termeCe qu’il désigne
עֵסֶק · עִסְקָאl’exploitation confiée. Le Rambam en donne la définition la plus nette : lorsque l’un seul des deux fait le commerce avec l’argent commun, l’association s’appelle essek et celui qui commerce s’appelle mitassek. Le siman 167 en est le cas-limite : l’argent est entièrement au prêteur, et le mitassek ne travaille d’abord que pour lui.
מִתְעַסֵּקle gérant. Celui qui manie l’argent d’autrui pour le faire fructifier. Il n’est pas un emprunteur tant que le risque n’est pas passé sur lui — et c’est pourquoi la première phase du seif n’est pas un prêt.
פִּקָּדוֹן · הַלְוָאָהle dépôt · le prêt. Le partage décisif. Ce qui distingue les deux n’est pas la forme du contrat mais la charge du risque : ce qui est aux risques du propriétaire est un dépôt ; ce qui est aux risques du détenteur est un prêt. Le Taz le dit en une phrase que l’on retiendra : dès qu’il assume toute la responsabilité, פקע ממנו שם הפקדון ונעשה מלוה.
אַחְרָיוּתla charge du risque. Le mot par lequel tout bascule. Le seif ne dit pas “il gardera bien l’argent” : il dit que la perte éventuelle est celle du prêteur. C’est un partage juridique, pas une précaution.
שְׂכַר עֲמָלוֹle salaire de sa peine. Ce que le prêteur doit payer au gérant pour la phase où celui-ci travaille pour lui. Sans cela, le travail serait un avantage donné gratuitement en vue d’un prêt — donc un intérêt.
כְּפוֹעֵל בָּטֵלcomme un ouvrier au repos. La mesure ordinaire du salaire du gérant : ce qu’un homme accepterait pour être détourné de son propre travail. C’est la mesure à laquelle on revient faute de stipulation initiale — d’où l’intérêt de stipuler.
רִבִּית מֻקְדֶּמֶת · רִבִּית מְאֻחֶרֶתl’intérêt anticipé · l’intérêt différé. L’avantage donné au prêteur avant le prêt, ou après son remboursement. Ici tout le problème est là : le travail de la première phase précède le prêt (Tour), et dans l’ordre inverse de la glose il le suit (Raavad). Le Chakh, au ס״ק ב, nomme les deux ensemble.
קָרוֹב לְשָׂכָר וְרָחוֹק לְהֶפְסֵדproche du gain et loin de la perte. La formule du Rambam pour le montage où l’un encaisse le profit sans supporter le risque. C’est la limite que le Taz oppose aux clauses de preuve : des témoins choisis pour ne jamais pouvoir attester une perte rendraient le prêteur “loin de la perte” — et le montage tomberait.
שְׁטַר עִסְקָאl’acte d’exploitation. L’écrit où l’on consigne le montage. Le Chakh, au ס״ק א, y règle deux clauses de preuve — l’une permise, l’autre non — et précise qu’elles ne valent que dans un acte de ce genre.
הַעֲרָמַת רִבִּיתle contournement de l’interdit d’intérêt. Un montage licite en apparence dont la fonction réelle est de faire passer un intérêt. C’est le nom du désaccord entre le Taz et les Nekoudot HaKessef à la fin du ס״ק א.

10. Règles d’or, mnémonique, pièges et carte-éclair

  1. Le nom suit le risque. Tant que la perte serait celle du bailleur, ce n’est pas un prêt.
  2. Le travail se paie. Seul le travail passe du gérant au bailleur : c’est lui, et lui seul, qui devrait être compensé.
  3. Stipuler d’avance change la mesure. Avec stipulation, une somme quelconque ; sans elle, la mesure pleine — et la Pericha allège.
  4. Une clause de preuve ne doit pas effacer le risque qu’elle constate. C’est la limite du Taz, et elle porte le nom de קרוב לשכר ורחוק להפסד.
Mnémonique — le mot עסקא
עעמל : le travail du gérant se paie, toujours
ססגי בכל שהוא : stipulé d’avance, une somme quelconque suffit
קקרן : sur le capital on peut exiger des témoins — pas sur le profit
אאחריות : et tant qu’elle reste au prêteur, il n’y a pas de prêt
  1. Lire le siman comme une exception. Il n’en est pas une : il qualifie, il ne permet pas.
  2. Croire qu’on peut acheter la charge du risque. C’est la Derisha, et le Taz la réfute — le paiement crée la difficulté au lieu de la lever.
  3. Étendre la clause de témoins au profit. Le Chakh l’écarte en trois mots : שזהו רבית גמור.
  4. Appliquer les clauses du Chakh à un prêt ordinaire. Il l’exclut lui-même : elles ne valent que dans un שטר עיסקא.
Carte-éclair. מלוה אדם לחבירו מנהשיתעסק בו לריוח המלוהבאחריות המלוהיחזרו שני המנים למלוהכל הריוח ללוהובלבד שיתן שכר עמלואפילו בכל שהואוהוא הדין איפכאונותן לו.
🎓 Récapitulatif du parcours d’étude
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קס״ז · Niveau 3 — Synthèse / Révision · באיזה אופן מותר להלות מעות בתנאי שיתעסק בו לריוח
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