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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 171 — Le non-Juif qui a prêté à intérêt, et s’est converti

Un seul seif, deux cas symétriques — et une seule chose qui décide
יורה דעה · סימן קע״א
דין עובד כוכבים שהלוה ברבית ונתגייר
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Un prêt à intérêt entre un Juif et un non-Juif est licite. Puis l’un des deux se convertit, et le prêt se retrouve entre deux Juifs. Que devient l’intérêt ? Le seif répond deux fois, et ses deux réponses ne sont pas symétriques : ce n’est pas la conversion qui décide, mais la date de la זקיפה במלוה — l’arrêté de compte qui refond l’intérêt en capital.

Sujet : Le prêt à intérêt qui traverse une conversion — זקיפה במלוה, קרן ורבית, גר
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קע״א

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : le seif unique, clause par clause
2. Contexte : la braïta de Bava Metzia, Rabbi Yossi, le Tour et le Beit Yossef
3. Le vocabulaire : זקיפה במלוה, קרן ורבית, גר, לרבותא
4. Les cinq situations : le tableau du siman
5. Le Chakh (3 ס״ק), le Taz (2), le Baer Hetev (2), le Pit’hei Techouva (1)
6. Le Rambam : הלכות מלווה ולווה, chapitre 5
7. Cas pratiques modernes
8. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — le seif unique

Le siman ne compte qu’un seif — le Choulhan Aroukh l’annonce lui-même : ובו סעיף אחד. Il n’y a pas de glose du Rama. Mais ce seif contient deux cas complets, leur raison et sa limite ; on le lit donc clause par clause.

Le seif — texte intégral

דין עובד כוכבים שהלוה ברבית ונתגייר. ובו סעיף אחד:
ישראל שלוה מעות מהעובד כוכבים ברבית וזקפן עליו במלוה ונתגייר אם עד שלא נתגייר זקפן עליו במלוה גובה קרן ורבית ואם משנתגייר זקפן עליו במלוה גובה הקרן ולא הרבית אבל עובד כוכבים שלוה מישראל ברבית וזקף עליו את הרבית במלוה אע״פ שזקפן עליו אחר שנתגייר גובה את הקרן ואת הרבית שלא יאמרו בשביל מעותיו נתגייר זה וגובה הישראל ממנו אחר שנתגייר כל מעות הרבית שנתחייב בהם כשהיה עובד כוכבים:
Titre du siman : le droit du non-Juif qui a prêté à intérêt et s’est converti ; et il comporte un seul seif.

Un Juif qui a emprunté de l’argent au non-Juif à intérêt, et que celui-ci a arrêté contre lui en dette, puis s’est converti : si c’est avant de se convertir qu’il l’a arrêté contre lui en dette, il recouvre capital et intérêt ; et si c’est après s’être converti qu’il l’a arrêté contre lui en dette, il recouvre le capital et non l’intérêt. Mais un non-Juif qui a emprunté à un Juif à intérêt, et qui a arrêté contre lui l’intérêt en dette — bien qu’il l’ait arrêté contre lui après s’être converti, il recouvre le capital et l’intérêt, afin que l’on ne dise pas : c’est pour son argent que celui-ci s’est converti. Et le Juif recouvre de lui, après qu’il s’est converti, tout l’argent d’intérêt dont il s’est rendu débiteur lorsqu’il était non-Juif.
Deux cas, et une asymétrie qui saute aux yeux. Dans le premier, la date de l’arrêté de compte décide tout ; dans le second, elle ne décide rien — l’intérêt se recouvre même si l’arrêté est postérieur à la conversion. La raison est donnée en toutes lettres, et elle n’est pas une raison de droit du prêt mais de réputation : שלא יאמרו בשביל מעותיו נתגייר זה. Elle ne protège pas le prêteur : elle protège le converti.

Le seif, clause par clause

La clauseCe qu’elle règleQui parle
ישראל שלוה מעות מהעובד כוכבים ברבית וזקפן עליו במלוה ונתגיירLe premier cas : le prêteur non-Juif se convertitמחבר
אם עד שלא נתגייר זקפן עליו במלוה גובה קרן ורביתArrêté de compte avant la conversion : capital et intérêtמחבר
ואם משנתגייר זקפן עליו במלוה גובה הקרן ולא הרביתArrêté de compte après : le capital seulמחבר
אבל עובד כוכבים שלוה מישראל ברבית וזקף עליו את הרבית במלוהLe second cas, en sens inverse : l’emprunteur non-Juif se convertitמחבר
אע״פ שזקפן עליו אחר שנתגייר גובה את הקרן ואת הרביתMême arrêté après la conversion : capital et intérêtמחבר
שלא יאמרו בשביל מעותיו נתגייר זהLa raison, et elle est unique : le renom du convertiמחבר
וגובה הישראל ממנו אחר שנתגייר כל מעות הרבית שנתחייב בהם כשהיה עובד כוכביםLa limite : ce dont il s’est rendu débiteur lorsqu’il était non-Juifמחבר

2. Contexte — la braïta, Rabbi Yossi, le Tour et le Beit Yossef

Le Beit Yossef ouvre le siman en donnant sa source d’un mot : tout le siman est dans la guemara, au chapitre איזהו נשך de Bava Metzia. La braïta y pose les deux cas, et Rabbi Yossi tranche le second :

« כל סימן זה בגמרא פרק איזהו נשך (עב.) ובהרא״ש עלה קמ״ה ד״ג » (בית יוסף יו״ד קע״א)
« תָּנוּ רַבָּנַן: יִשְׂרָאֵל שֶׁלָּוָה מָעוֹת מִן הַנׇּכְרִי בְּרִבִּית, וּזְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוֶה, וְנִתְגַּיֵּיר. אִם קוֹדֶם שֶׁנִּתְגַּיֵּיר זְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוֶה – גּוֹבֶה אֶת הַקֶּרֶן וְגוֹבֶה אֶת הָרִבִּית. וְאִם לְאַחַר שֶׁנִּתְגַּיֵּיר זְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוֶה – גּוֹבֶה אֶת הַקֶּרֶן וְאֵינוֹ גּוֹבֶה אֶת הָרִבִּית » (בבא מציעא ע״ב ע״א)
« וְכֵן נׇכְרִי שֶׁלָּוָה מָעוֹת מִיִּשְׂרָאֵל בְּרִבִּית וּזְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוֶה וְנִתְגַּיֵּיר, אִם עַד שֶׁלֹּא נִתְגַּיֵּיר זְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוֶה – גּוֹבֶה אֶת הַקֶּרֶן וְגוֹבֶה אֶת הָרִבִּית. אִם מִשֶּׁנִּתְגַּיֵּיר זְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוֶה – גּוֹבֶה אֶת הַקֶּרֶן וְאֵינוֹ גּוֹבֶה אֶת הָרִבִּית » (בבא מציעא ע״ב ע״א)
« רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: נׇכְרִי שֶׁלָּוָה מָעוֹת מִיִּשְׂרָאֵל בְּרִבִּית, בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ – גּוֹבֶה אֶת הַקֶּרֶן וְגוֹבֶה אֶת הָרִבִּית » (בבא מציעא ע״ב ע״א)
« אָמַר רָבָא אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַב הוּנָא: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי » (בבא מציעא ע״ב ע״א)
« אָמַר רָבָא: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי – כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ בִּשְׁבִיל מְעוֹתָיו נִתְגַּיֵּיר זֶה » (בבא מציעא ע״ב ע״א)
résumé : nos maîtres ont enseigné — un Juif qui a emprunté de l’argent au non-Juif à intérêt, et que celui-ci a arrêté contre lui en dette, puis s’est converti : si c’est avant sa conversion qu’il l’a arrêté contre lui en dette, il recouvre le capital et recouvre l’intérêt ; et si c’est après sa conversion, il recouvre le capital et ne recouvre pas l’intérêt. Et de même un non-Juif qui a emprunté à un Juif… Rabbi Yossi dit : un non-Juif qui a emprunté à un Juif à intérêt, dans un cas comme dans l’autre il recouvre le capital et recouvre l’intérêt. Rava a dit au nom de Rav ‘Hisda au nom de Rav Houna : la halakha est comme Rabbi Yossi. Rava a dit : quelle est la raison de Rabbi Yossi ? — pour que l’on ne dise pas : c’est pour son argent que celui-ci s’est converti.
La braïta traite les deux cas de la même façon. C’est Rabbi Yossi qui rompt la symétrie sur le second, et la halakha suit Rabbi Yossi. Le seif du Mehaber est donc, dans sa première moitié, la braïta, et dans sa seconde, Rabbi Yossi — avec sa raison recopiée mot pour mot.

Le Tour ajoute deux choses que le Mehaber ne reprendra pas telles quelles : la raison du premier cas, et un désaccord sur l’étendue du second.

« שהרי קודם שנתגייר חזר כולו כקרן דמשעת זקיפה חשוב כגבוי » (טור יו״ד קע״א)
« ופירש א״א הרא״ש ז״ל דאפי׳ רבית שעלה קודם שנתגייר אסור ליקח » (טור יו״ד קע״א)
« ועכו״ם שלוה מישראל ברבית ונתגייר אפי׳ לא זקפן במלוה עד לאחר שנתגייר גובה קרן ורבית שלא יאמר בשביל מעותיו של זה נתגייר זה » (טור יו״ד קע״א)
« וה״ה נמי לא זקפן עליו במלוה כיון שלוה כשהיה עכו״ם צריך לפרוע הרבית » (טור יו״ד קע״א)
La raison du Tour est la clé du siman : משעת זקיפה חשוב כגבוי — dès l’arrêté de compte, l’intérêt est réputé perçu. S’il a été perçu quand la perception était licite, ce qui reste n’est plus un intérêt : c’est du capital. D’où la date comme critère.

Puis le Tour rapporte un désaccord sur ce que paie le converti-emprunteur : seulement ce qui a couru avant sa conversion, ou aussi ce qui a couru après ?

« וכתב הרמ״ה שאינו נותן אלא רבית שעלה קודם שנתגייר אבל לא מה שעלה לאחר שנתגייר » (טור יו״ד קע״א)
« וא״א הרא״ש ז״ל כתב שנותן אפי׳ רבית שעלה לאחר שנתגייר עד שעת פרעון » (טור יו״ד קע״א)
Le Beit Yossef tranche, et le Mehaber le suit sans le dire : les derniers mots du seif — שנתחייב בהם כשהיה עובד כוכבים — sont exactement la position du רמ״ה, du Rambam et des disciples du Rachba, et non celle du Roch. La conclusion du Beit Yossef est écrite dans le seif, dans son dernier membre.

Voici la conclusion du Beit Yossef, et la raison que le Roch donnait à son avis :

« כן דעת הרמב״ם בפ״ה מה׳ מלוה ולוה וכ״נ שהוא דעת תלמידי הרשב״א » (בית יוסף יו״ד קע״א)
« ונתן טעם דאף ע״ג דאיסורא דאורייתא קא עביד יש כח ביד חכמים לעקור דבר מן התורה ואפי׳ במקום עבירה » (בית יוסף יו״ד קע״א)
« ולענין הלכה נקיטינן כהרמב״ם והרמ״ה ותלמידי הרשב״א דרבים נינהו וכל שכן דמסתבר טעמייהו » (בית יוסף יו״ד קע״א)

3. Le vocabulaire — à poser une fois pour toutes

זְקִיפָה בְּמִלְוֶהl’arrêté de compte. L’acte par lequel créancier et débiteur arrêtent le compte et refondent le tout — capital et intérêts échus — en une dette nouvelle. C’est le pivot du siman : ce n’est pas la conversion qui décide, c’est la date de cet acte.
חָשׁוּב כְּגָבוּיréputé perçu. La raison que le Tour et le Taz donnent : dès l’arrêté de compte, l’intérêt est traité comme s’il avait été encaissé. Encaissé au temps où l’encaissement était licite, il ne redevient pas un intérêt ensuite — il est devenu du capital.
קֶרֶן וְרִבִּיתle capital et l’intérêt. Les deux masses que tout le siman s’emploie à séparer. Le capital se recouvre toujours ; l’intérêt, seulement selon la date de l’arrêté de compte, et selon le sens du prêt.
גֵּרle converti. Avant sa conversion, le prêt à intérêt entre lui et un Juif était licite ; après, il ne l’est plus. Le siman ne demande pas ce qu’il est devenu, mais quand l’acte a eu lieu.
שלא יאמרו בשביל מעותיו נתגייר זהla raison de Rabbi Yossi. Elle est de réputation, non de patrimoine : si le converti se trouvait dispensé d’une dette du fait même de sa conversion, on soupçonnerait sa sincérité. La règle protège donc le converti — et c’est pourquoi elle ne joue que dans le sens où il aurait gagné.
הָרַב הַמַּגִּידle Maguid Michné. Le commentateur du Rambam, cité dans ce siman par le Chakh, par le Taz, par le Baer Hetev et par le Beit Yossef — tous à propos de la même phrase : par la stricte loi il pourrait recouvrer, mais les Sages ont institué de suivre l’arrêté de compte par rigueur.
לְרַבוּתָאpour dire davantage. La clé de lecture du Chakh au ס״ק ב : le Maguid Michné n’a nommé l’arrêté de compte que pour dire le cas le plus fort ; à plus forte raison lorsqu’il n’y a pas eu d’arrêté du tout. C’est une manière de lire, et la Pericha ne la partage pas.
עוֹבֵד כּוֹכָבִיםla graphie de l’édition. C’est la forme que porte le texte imprimé dont nous recopions les seifim, et nous la recopions telle quelle. Dans les gloses, nous traduisons par “non-Juif”.

4. Les cinq situations — le tableau du siman

La situationCe qui se recouvreLa source
Le prêteur non-Juif se convertit — arrêté de compte avantCapital et intérêt, y compris ce qui a couru après la conversionשו״ע יו״ד קע״א:א · ש״ך ס״ק א
Le même — arrêté de compte aprèsLe capital seul — pas même l’intérêt couru avantשו״ע יו״ד קע״א:א · ש״ך ס״ק ב
Le même — aucun arrêté de compteLe capital seul, a fortiori — et non comme la Perichaש״ך יו״ד קע״א ס״ק ב
L’emprunteur non-Juif se convertit — arrêté même aprèsCapital et intérêt — שלא יאמרושו״ע יו״ד קע״א:א
Le même — aucun arrêté de compteDeux avis ; le Chakh conclut וטוב להחמירש״ך יו״ד קע״א ס״ק ג
L’intérêt couru après la conversion de l’emprunteurNon recouvré — c’est la lettre du seifשו״ע יו״ד קע״א:א · בית יוסף יו״ד קע״א
Lire le tableau de haut en bas fait apparaître la logique. Les trois premières lignes forment une échelle : plus l’arrêté de compte est tardif — ou absent —, moins on recouvre. Les trois dernières ne suivent pas cette échelle du tout, parce qu’elles obéissent à une autre raison, qui n’est pas l’arrêté de compte mais le renom du converti. Et cette raison a elle-même une limite, que le dernier membre du seif écrit : ce dont il s’est rendu débiteur lorsqu’il était non-Juif.

5. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev et le Pit’hei Techouva

L’appareil est ici intégral : le Chakh compte trois ס״ק, le Taz deux, le Baer Hetev deux et le Pit’hei Techouva un. Les Nekoudot HaKessef ne commentent pas ce siman — le Chakh n’a rien à y répondre au Taz, et de fait les deux disent ici la même chose.

Le Chakh — trois entrées, une par membre du seif

ס״ק א — sur גובה קרן ורבית : jusqu’où va l’intérêt recouvré

Le Chakh élargit la première réponse du seif, et il dit à qui il l’emprunte :

« אפי׳ רבית שעלה משנתגייר דמשעה שזקפו עליו במלוה ה״ל כולי׳ קרן כמו שנתבאר בסוף סי׳ הקודם. ת״ה והאחרונים » (ש״ך יו״ד קע״א ס״ק א)
résumé : même l’intérêt qui a couru après sa conversion — car dès l’heure où il l’a arrêté contre lui en dette, tout est devenu comme du capital, ainsi qu’il a été expliqué à la fin du siman précédent. Le Terumat HaDechen et les Aharonim.
Le renvoi בסוף סי׳ הקודם est exact et vérifiable : la glose du Rama, à la fin du siman 170, énonce la même règle dans un autre contexte.
« ואם זקף העובד כוכבים הקרן עם הרבית אז אפילו מה שיעלה עליו אח״כ הוי כקרן וצריך לשלם לו הכל » (רמ״א יו״ד ק״ע:ב)

ס״ק ב — sur ולא הרבית : jusqu’où va l’intérêt perdu

Le Chakh élargit aussi la seconde réponse, puis il lit le Maguid Michné d’une certaine façon :

« אפילו רבית שעלה קודם שנתגייר. הרא״ש וטור » (ש״ך יו״ד קע״א ס״ק ב)
« וכתב הה״מ מן הדין יכול לגבות מה שעלה קודם שנתגייר אלא שחכמים תקנו לילך אחר זקיפה להחמיר » (ש״ך יו״ד קע״א ס״ק ב)
« ומ״ש אחר זקיפה להחמיר לרבותא קאמר וכ״ש לא זקפו כלל דאסור אף במה שלא נתגייר וכ״כ הב״ח ועט״ז ולא כהפרישה » (ש״ך יו״ד קע״א ס״ק ב)
résumé : même l’intérêt qui a couru avant sa conversion. Le Roch et le Tour. Et le Maguid Michné a écrit que par la stricte loi il peut recouvrer ce qui a couru avant sa conversion, mais que les Sages ont institué de suivre l’arrêté de compte par rigueur. Et ce qu’il a dit “suivre l’arrêté de compte par rigueur”, il l’a dit pour dire davantage — et à plus forte raison s’il n’y a pas eu d’arrêté du tout, c’est interdit même pour ce qui a couru avant la conversion ; et ainsi ont écrit le Bah et l’Ateret Zahav, et non comme la Pericha.
Trois couches dans une seule entrée. D’abord l’extension : on perd même l’intérêt antérieur. Ensuite la source de la difficulté : le Maguid Michné dit que par la stricte loi on pourrait le recouvrer. Enfin la lecture : ce que le Maguid Michné a nommé, il l’a nommé לרבותא, et l’absence d’arrêté de compte est plus grave, non moins. La Pericha lisait l’inverse.

ס״ק ג — sur אע״פ שזקפן עליו : et s’il n’y a pas eu d’arrêté du tout ?

Le Chakh pose la question dans le second cas, rapporte les deux avis, et conclut :

« וה״ה נמי לא זקפן כלל. טור ויש פוסקים » (ש״ך יו״ד קע״א ס״ק ג)
« אבל ה״ה כ׳ שי״א דלא זקפן לא וכ״נ דעת הרמב״ם ע״כ ולשון המחבר הועתק מהרמב״ם וטוב להחמיר » (ש״ך יו״ד קע״א ס״ק ג)
résumé : et il en va de même s’il ne l’a pas arrêté du tout — le Tour et certains décisionnaires. Mais le Maguid Michné a écrit que certains disent que s’il ne l’a pas arrêté, non ; et ainsi paraît l’avis du Rambam. Et la formulation du Mehaber a été recopiée du Rambam — et il est bon d’être rigoureux.
La dernière phrase mérite d’être notée pour elle-même : le Chakh lit le silence du Mehaber par sa source. Le seif ne parle que du cas où il y a eu arrêté de compte ; comme sa formulation vient du Rambam, et que le Rambam est réputé exclure le cas contraire, le silence n’est pas une permission. C’est une manière de lire le Choulhan Aroukh, et elle vaut d’être retenue.

Le Taz — deux entrées, et elles donnent les deux raisons

Sur le premier membre, le Taz reprend mot pour mot la raison du Tour :

« שהרי קודם שנתגייר חזר כולו כקרן דמשעת זקיפה חשוב כגבוי » (ט״ז יו״ד קע״א ס״ק א)

Sur le second, il donne la raison du Roch, puis rappelle le Maguid Michné :

« ואפי׳ מה שעלה קודם שנתגייר והטעם דכיון דלא זקפן עליו במלוה קודם שנתגייר השתא דקא שקיל מיניה רביתא כו׳ כן כתב הרא״ש » (ט״ז יו״ד קע״א ס״ק ב)
« וכתב המגיד משנה דאף דמדינא מותר מכ״מ להחמיר הלכו אחר הזקיפה » (ט״ז יו״ד קע״א ס״ק ב)
résumé : et même ce qui a couru avant sa conversion. Et la raison : puisqu’il ne l’a pas arrêté contre lui en dette avant sa conversion, maintenant qu’il perçoit de lui, c’est un intérêt qu’il perçoit, etc. — ainsi a écrit le Roch. Et le Maguid Michné a écrit que, bien que par la stricte loi ce soit permis, ils ont néanmoins suivi l’arrêté de compte par rigueur.
Le Taz et le Chakh ne se contredisent pas ici — c’est assez rare pour être noté, et c’est sans doute pourquoi les Nekoudot HaKessef n’ont rien à dire de ce siman. Le Taz apporte pourtant quelque chose que le Chakh ne dit pas : la raison du Roch. Elle est simple et forte — sans arrêté de compte préalable, ce que le créancier prend aujourd’hui est un intérêt qu’il prend aujourd’hui.

Le Baer Hetev — deux entrées

Le Baer Hetev résume les trois ס״ק du Chakh en deux entrées, et il le fait très fidèlement :

« אפילו רבית שעלה משנתגייר דמשעה שזקפה עליו במלוה ה״ל כוליה קרן » (באר היטב יו״ד קע״א ס״ק א)
« אבל אם זקפה אחר שנתגייר אפילו הרבית שעלה קודם שנתגייר ג״כ אינו גובה הרא״ש והטור » (באר היטב יו״ד קע״א ס״ק א)
« וכתב הרב המגיד דמן הדין יוכל לגבות מה שעלה קודם שנתגייר אלא שחכמים תקנו לילך אחר זקיפה להחמיר וכתב הש״ך דלרבותא קאמר דכ״ש אם לא זקפה כלל דאסור אף במה שלא נתגייר וכ״כ הב״ח ולבוש ודלא כפרישה » (באר היטב יו״ד קע״א ס״ק א)
« ואם לא זקפן כלל יש פלוגתא בין הפוסקים אי גובה או לא וטוב להחמיר » (באר היטב יו״ד קע״א ס״ק ב)
Le Baer Hetev est ici le meilleur résumé du siman : il donne, en deux entrées, les deux extensions du Chakh, la phrase du Maguid Michné, la lecture du Chakh contre la Pericha, et la conclusion וטוב להחמיר sur le cas où il n’y a pas eu d’arrêté de compte.

Le Pit’hei Techouva — une entrée, et c’est un renvoi

L’unique entrée du Pit’hei Techouva sur ce siman ne tranche rien : elle renvoie au Baer Hetev, puis à trois recueils de responsa.

« עבה״ט ועי׳ בתשובת מהר״י הלוי סי׳ נ״ב ובתשובת מהרי״ט ח״א סימן קמ״ד ובמהראנ״ח ח״ב סימן ו » (פתחי תשובה יו״ד קע״א ס״ק א)
Une entrée de ce genre est un mareh mekomot : elle indique où la question a été traitée en responsa, sans en rapporter le contenu. Elle est utile pour savoir que la matière a une littérature, et elle ne dispense pas d’aller y voir.

Les Nekoudot HaKessef

Les Nekoudot HaKessef ne commentent pas ce siman — il n’y a donc rien à en citer ici. On les retrouvera au siman 172, où elles comptent deux entrées.

6. Le Rambam — הלכות מלווה ולווה, chapitre 5

Le seif est ici la recopie presque littérale d’une halakha du Rambam, et le Chakh le dit lui-même au ס״ק ג : ולשון המחבר הועתק מהרמב״ם. La comparaison est instructive, parce qu’elle montre ce que le Mehaber a gardé — y compris la limite finale.

« יִשְׂרָאֵל שֶׁלָּוָה מָעוֹת מִן הָעַכּוּ״ם בְּרִבִּית וּזְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוֶה וְנִתְגַּיֵּר אִם עַד שֶׁלֹּא נִתְגַּיֵּר זְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוֶה גּוֹבֶה אֶת הַקֶּרֶן וְהָרִבִּית וְאִם מִשֶּׁנִּתְגַּיֵּר זְקָפָן עָלָיו בְּמִלְוֶה גּוֹבֶה אֶת הַקֶּרֶן וְלֹא אֶת הָרִבִּית » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ה׳ הלכה ו)
« אֲבָל עַכּוּ״ם שֶׁלָּוָה מִיִּשְׂרָאֵל בְּרִבִּית וְזָקַף עָלָיו אֶת הָרִבִּית בְּמִלְוֶה אַף עַל פִּי שֶׁזְּקָפָן עָלָיו אַחֵר שֶׁנִּתְגַּיֵּר גּוֹבֶה אֶת הַקֶּרֶן וְאֶת הָרִבִּית שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ בִּשְׁבִיל מְעוֹתָיו נִתְגַּיֵּר זֶה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ה׳ הלכה ו)
« וְגוֹבֶה הַיִּשְׂרָאֵל מִמֶּנּוּ אַחַר שֶׁנִּתְגַּיֵּר כָּל מְעוֹת הָרִבִּית שֶׁנִּתְחַיֵּב בָּהֶן כְּשֶׁהָיָה עַכּוּ״ם » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ה׳ הלכה ו)
Trois observations. Un : le Rambam pose les deux cas dans le même ordre, avec la même raison. Deux : il écrit lui aussi la limite finale — שנתחייב בהן כשהיה עכו״ם —, ce qui montre que la position rapportée par le Tour au nom du רמ״ה est bien la sienne. Trois : il ne dit rien du cas où il n’y a pas eu d’arrêté de compte, et c’est de ce silence que le Chakh tire son וטוב להחמיר.

7. Cas pratiques modernes

Cas 1 — Un prêt à intérêt consenti avant la conversion de l’une des parties

C’est exactement le siman. La première question n’est jamais “qui s’est converti ?” mais “y a-t-il eu un arrêté de compte, et à quelle date ?”. Question de Rav.

Cas 2 — Le compte a été arrêté avant la conversion du prêteur

Le seif recouvre alors capital et intérêt, et le Chakh au ס״ק א précise que cela vaut même pour l’intérêt couru après la conversion, parce que dès l’arrêté tout est devenu du capital. Question de Rav.

Cas 3 — Le compte a été arrêté après la conversion du prêteur

Le capital seul se recouvre — et le Chakh au ס״ק ב précise : pas même l’intérêt couru avant. Question de Rav.

Cas 4 — Il n’y a jamais eu d’arrêté de compte

Le Chakh conclut a fortiori que c’est interdit, contre la Pericha ; et dans le second cas du seif, il écrit וטוב להחמיר. Deux réponses différentes pour les deux sens du prêt. Question de Rav.

Cas 5 — L’emprunteur s’est converti, et le prêteur veut recouvrer l’intérêt

Le seif le lui accorde, même si l’arrêté de compte est postérieur à la conversion — mais pour une raison qui n’est pas la sienne : שלא יאמרו בשביל מעותיו נתגייר זה. Question de Rav.

Cas 6 — L’intérêt a continué de courir après la conversion de l’emprunteur

Le seif limite lui-même : ce dont il s’est rendu débiteur lorsqu’il était non-Juif. Le Beit Yossef expose le désaccord et conclut comme le Rambam, le רמ״ה et les disciples du Rachba. Question de Rav.

Cas 7 — Une créance ancienne portée devant un beit din

Ce siman est un siman de beit din : il ne se règle pas entre les parties mais devant un tribunal, sur des pièces datées. Le Pit’hei Techouva renvoie d’ailleurs à trois recueils de responsa. Question de Rav.

8. Synthèse du Siman 171

En une phrase : lorsqu’un prêt à intérêt entre un Juif et un non-Juif traverse une conversion, ce n’est pas la conversion qui décide mais la date de l’arrêté de compte — sauf lorsque c’est l’emprunteur qui s’est converti, car alors une autre raison prend le relais, le renom du converti, et elle a pour limite ce dont il s’est rendu débiteur tant qu’il était non-Juif.

Tableau-mémoire

Ce que dit le simanEn hébreuRetenir
Le premier casישראל שלוה מעות מהעובד כוכבים ברבית וזקפן עליו במלוה ונתגיירLe prêteur non-Juif se convertit
Arrêté avantאם עד שלא נתגייר זקפן עליו במלוה גובה קרן ורביתCapital et intérêt
Arrêté aprèsואם משנתגייר זקפן עליו במלוה גובה הקרן ולא הרביתLe capital seul
Le second casאבל עובד כוכבים שלוה מישראל ברבית וזקף עליו את הרבית במלוהL’emprunteur non-Juif se convertit
Même arrêté aprèsאע״פ שזקפן עליו אחר שנתגייר גובה את הקרן ואת הרביתCapital et intérêt tout de même
La raisonשלא יאמרו בשביל מעותיו נתגייר זהLe renom du converti, non le droit du prêteur
La limiteוגובה הישראל ממנו אחר שנתגייר כל מעות הרבית שנתחייב בהם כשהיה עובד כוכביםCe dont il s’est rendu débiteur avant sa conversion

Questions de compréhension

  1. Le seif traite deux cas et ne les traite pas de la même façon. Formule l’asymétrie, puis explique-la par la raison que le seif donne lui-même.
  2. Qu’est-ce qu’une זקיפה במלוה, et pourquoi sa date décide-t-elle de tout dans le premier cas ?
  3. Le Tour écrit משעת זקיפה חשוב כגבוי. Explique en quoi cette phrase suffit à justifier le premier membre du seif.
  4. Le Chakh, au ס״ק ב, lit le Maguid Michné לרבותא. Reconstitue la phrase du Maguid Michné, la lecture du Chakh, et celle de la Pericha.
  5. Au ס״ק ג, le Chakh conclut וטוב להחמיר à partir d’un silence. De quel silence s’agit-il, et quel raisonnement le Chakh applique-t-il ?
  6. La braïta traite les deux cas de la même façon. Qui rompt la symétrie, et par quelle raison ?
  7. Le dernier membre du seif limite ce qui se recouvre. Retrouve dans le Tour et dans le Beit Yossef le désaccord que cette limite tranche.

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קע״א · Niveau 1 — Initiation · דין עובד כוכבים שהלוה ברבית ונתגייר
daattorah.com

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